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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Palette des Deux Chiens (sauvages) d’Hiérakonpolis, d’environ -3 150

Palette des Deux Chiens (sauvages) d’Hiérakonpolis, d’environ -3 150

 

Certains motifs iconographiques récurrents dans l'art égyptien prédynastique depuis la période de Nagada IIc (Gerzéen : -3 400 à -3 300) sont supposés avoir été introduits par différents types de contacts avec les cultures contemporaines du Proche-Orient. Certes, les Égyptiens ont d'abord été inspirés par l'iconographie des sceaux-cylindres glyptiques dans la période protolittéraire de la Mésopotamie (périodes d’Uruk et élamite, de -4 000 à -3 000), qu’ils connaissaient par des contacts commerciaux à longue distance, mais ils ont réélaboré et manipulé ces métaphores visuelles en fonction de leur propre idéologie. Plus tard, à Nagada III (de -3 200 à -3 050), un motif similaire au mušhuššu sumérien {article à venir : ce "lion à cou de serpent" était considéré comme la manifestation de l'aspect chthonien du dieu de la vitalité naturelle, qui se manifeste dans toute vie émergeant de la terre}, les deux "serpopards" avec leurs longs cous détenus avec des cordes, se retrouve dans le registre central à l’avers de la palette de Narmer. Plus tard, pendant le Moyen Empire, ces animaux ont été représentés sur les murs des tombes appartenant à certains hauts fonctionnaires à Beni Hasan et Bersheh en Moyenne-Égypte. En outre, le nom de la capitale du 14è nome (Mier) de Haute-Égypte, el-Qusiya, lorsqu'il était écrit en hiéroglyphes avait deux serpopards dos à dos, leur cou tenu par un homme. Cette province était proche des points de départ pour la route du désert qui conduisait à la côte de la mer Rouge, la péninsule du Sinaï et la Nubie. Par conséquent, les fonctionnaires devaient inspecter ces routes et étaient donc sans doute en contact avec les nomades du désert oriental. Il est probable que leur intérêt pour ces animaux provient de leurs contacts avec ces habitants du désert de l'Est et leurs croyances en de curieux animaux du désert plutôt qu’avec les premiers marins et leurs monstres aquatiques. Ces animaux fantastiques représentés dans les tombes ont probablement servi pour protéger le propriétaire au cours de la vie après la mort lorsque il ou elle devait traverser des zones frontalières gardés par des êtres dangereux. Également au cours du Moyen Empire, ces animaux composites ont été illustrés sur ce qu'on appelle les baguettes magiques. Ces baguettes étaient faites d’ivoire d'hippopotame et retravaillées en lames courbes simples. Dans au moins une scène, les animaux fantastiques sont inclus dans un cortège de démons. Quand représenté sur les baguettes magiques, cet animal a souvent un serpent dans sa bouche, et rarement porte également un collier. Les textes qui accompagnent ces images indiquent que les animaux ont été pensés pour avoir des pouvoirs magiques et de protection. La plupart de ces objets appartenaient à l'élite, et beaucoup viennent de Thèbes ou Lisht, les deux centres de pouvoir les plus importants de l'époque. Cependant, certains ont également été trouvés dans des endroits tels que Nagada, Hiérakonpolis et d'autres villes de moyenne et haute Égypte. Nous ne connaissons pas d'autres représentations de cet animal autres que celles sur des palettes, baguettes magiques et dans certains hiéroglyphes (tels que le nom de el-Qusiya). Après le Moyen Empire, ces animaux ont été plus rarement illustrés.

 

Le serpopard était appelé en égyptien Sedja, « Celui qui voyage depuis l'Afar » (une des neuf régions de l'Éthiopie, située à l'Est du pays, à proximité de Bab-el-Mandeb, le détroit séparant Djibouti et le Yémen, la péninsule arabique et l'Afrique ; la dépression de l'Afar/de Danakil est la zone la plus basse d'Afrique, 174 m sous le niveau de la mer, et on y trouve des manifestations volcaniques telles que des lacs de lave mais aussi de nombreuses failles). Depuis le début de l'histoire égyptienne, il y avait une signification religieuse dans la chasse au-delà de la vallée du Nil. La chasse dans le désert est devenu symbolique de dompter et apprivoiser les forces hostiles qui menacent le Nil fertile et donc la civilisation égyptienne. Ces animaux fantastiques sont devenus les acteurs de cette chasse de protection au profit de l'Égypte.

Le serpopard est une créature mythologique dont le nom est un mot-valise des mots "serpent" et "léopard" : il avait le corps d’un félin/lion, un très long cou de serpent et la tête d'un léopard (une variation de son aspect se produit à Beni Hasan et à Bersheh, où ils sont représentés avec la tête d'un serpent). Les lionnes ont joué un rôle important dans les concepts religieux de la Haute et de la Basse Égypte : elles étaient désignées comme des animaux associés à la protection et à la royauté. Pour autant, comme le lion incarne les forces du chaos, il appartient à un monde au-delà du domaine ordonné du roi égyptien (les femelles incarnaient l'essence du pouvoir surnaturel et étaient beaucoup plus vénérées, liées au dieu-soleil Rê). En Afrique, les chefs portent des coiffes ou des capes en fourrure de léopard, ou parent leur trône d'une peau de léopard (les têtes et peaux de léopard servaient également de vêtements sacerdotaux et étaient censées garantir le rajeunissement et la fertilité). L'image du serpopard est décrite spécifiquement sur des palettes cosmétiques décorées de la période prédynastique de l'Égypte.

 

Les palettes à fard apparaissent pour la première fois dans la vallée du Nil, sur les sites et dans les tombes de la civilisation badarienne (entre -4 400 et -3 800), au sud de la Moyenne-Égypte. Au cours du temps, elles vont prendre des formes variées, et devenir les artéfacts les plus communs dans toutes les cultures prédynastiques, tant égyptiennes que nubiennes. Contrairement aux palettes simples en forme d'animaux et des exemples ultérieurs de Hiérakonpolis, les palettes ornées de la période de Nagada III-IIIb1 avec les canidés rampants, félins et serpopards (sauf la palette d’Oxford du dépôt principal d’Hiérakonpolis) ont souvent été supposées être un produit du Delta (c'est de là que la palette Minshat el Ezzat, Munagat et d'autres ont été trouvées ou achetées). Il est plus raisonnable de lier leur origine aux principales régions où l'émergence des élites de la fin de Nagada II-III a eu lieu, dans les régions d’Abydos-Nagada-Hiérakonpolis (la principale, sinon unique, source de grauwacke/schiste métapélite, Wadi Hammamat, est située à l'est du virage Qena, une région contrôlée par Nagada puis par les régimes politiques d’Abydos). Sous le règne d’Hor Aha (« l'Horus combattant », régnant vers -3 100 : deuxième pharaon de la première dynastie, successeur de Narmer l’unificateur de la Basse et Haute Égypte), les palettes décorées avaient déjà disparu, mais des morceaux plus bruts restèrent en service pendant la période des dynasties archaïques, au moins jusqu'au règne de Den (cinquième souverain de la Ière dynastie, vers -3 000). En Basse-Égypte, des exemples de la deuxième dynastie sont connus. Ce sont des palettes rectangulaires simples avec des coins arrondis et une ou plusieurs lignes parallèles gravées le long de la bordure, ou, plus typiquement, sans décoration du tout.

Les premières palettes à fard étaient utilisées pour la fabrication du fard (l'ocre, la malachite pour le vert et la galène pour le noir), appliqué notamment pour la protection des yeux. En effet, la protection de l’œil est un acte essentiel dans un pays désertique. Il n'y a pas seulement une volonté de se farder, mais une réelle nécessité de se protéger les yeux. On parle même de protection magique. De même, cette "peinture des yeux" servait à générer le regard inspirant la crainte du dirigeant. Pourtant, le godet des palettes sculptées ne présente aucune trace de pigments qui aurait confirmé l'utilisation de la palette pour broyer les fards. Leur décor serait alors la représentation d'épisodes susceptibles de se produire ou, dans le cas de motifs exclusivement animaliers, d'animaux recherchés ou redoutés. La position centrale du godet est toutefois le témoin de l'accomplissement de rites sacrés destinés à protéger ou à assurer le succès lors d'une expédition. De plus, si les premières palettes à fard étaient déposées dans la tombe, à proximité des mains ou du visage du défunt, ce n'est plus le cas des palettes sculptées. En effet, après l'unification du pays elles étaient déposées dans un temple, en ex-voto ou en hommage à la divinité locale. Les palettes à fard seraient donc ainsi des objets à la fois utilitaires et magiques ou symboliques, des artefacts commémoratifs, ornementaux et peut-être cérémoniels. Les palettes historiées, qui portent un décor beaucoup plus important, représentent la phase finale de l'évolution des palettes. Rares et toutes en schiste, elles présentent un décor organisé autour d'un godet central, délimité par un anneau en relief qui le sépare des motifs décoratifs. Elles mesurent jusqu'à un mètre de haut. Ce n'est que progressivement qu'elles prennent en charge le discours idéologique royal, sachant que les palettes ne sont pas directement liées au monde des dieux et n'offrent aucune indication précise de divinités. On y note également, au fur et à mesure de l'évolution du décor des palettes, un éloignement des formes orientales de monstres ailés ou à long cou. On remarquera que la déesse Mafdet, dont les premières traces remontent à la Ière dynastie et dont le nom signifie « la coureuse », avait pour fonction première de participer à la justice divine et de châtier les criminels. Elle était la « Maîtresse de la Maison de vie ». Peu à peu son rôle de guérisseuse sera mis en avant, et elle entra dans les rituels de guérisseuse des morsures de serpents, des piqûres de scorpions et des autres animaux dangereux. Déesse féroce, elle déchire les serpents et les scorpions à l'aide de sa griffe. Symbole de puissance, le harpon (« flèche pointue plus puissante que les dieux ») que pharaon utilise pour détruire les forces du mal sera identifié aux griffes de Mafdet. Elle est représentée sous les traits d'un félin ou d'une femme à tête de félin, portant parfois une coiffure de serpent. Son culte finira par être supplanté par celui de la déesse Bastet.

 

De récentes découvertes dans des sites préhistoriques égyptiens semblent confirmer la prépondérance du modèle d'organisation des lycaons pour les sociétés tribales de la période néolithique (la modélisation de la société humaine à travers des espèces canines, en particulier les chiens et les hyènes, est répandue en Afrique subsaharienne). Les premiers habitants de la vallée du Nil furent sans doute frappés par les mœurs grégaires de ces canidés sauvages organisés en bandes fortement structurées et par leur tempérament commensal de l'Homme (une espèce animale qui se nourrit des déchets produits par une autre mais sans causer préjudice à cette dernière), à une époque où les groupes humains se hiérarchisaient, faisant émerger la notion de chefferie. Le lycaon est diurne, très sociable, vit en groupes de 5 à 20 (exceptionnellement jusqu’à 40) individus, sous la direction d’un couple alpha. Normalement, seul le couple alpha a le droit de s’accoupler, puis l'éducation et les soins sont apportés par l'entièreté du groupe. Si une deuxième femelle vient à mettre bas, c’est le couple dominant qui décide de tuer ou non les petits qui ne sont pas d’eux. Il existe une hiérarchie distincte entre les mâles et les femelles. Les lycaons handicapés ou trop âgés pour chasser ne sont pas rejetés du groupe mais assistés. Pour nourrir les membres du groupe restés à la tanière pour garder les jeunes ou les animaux invalides, les chiens sauvages qui ont participé avec succès à la chasse collective vont leur régurgiter de la viande prédigérée. Les lycaons chassent en meute, de façon très organisée, des proies allant des gazelles à des animaux aussi gros que les zèbres et les gnous. Un petit groupe prend la proie en chasse, les autres suivent à distance et prennent le relais dès que les premiers sont fatigués (un lycaon est capable de maintenir longtemps une vitesse de 55 km/h et de pousser des sprints à 75 km/h). À chaque fois qu’un des lycaons arrive à portée de la proie, il la mord aux jambes ou au flanc et happe ainsi de gros morceaux de chair, jusqu’à ce que l’animal finisse par tomber. Toute la meute se précipite alors et commence à dévorer la proie qui est parfois encore vivante (parfois il arrive que les lycaons aient le dessus avec le lion : pour ce faire, un groupe de lycaons attire le regard et l'attention du lion en esquivant ses charges, pendant que deux autres groupes attaquent le fauve aux flancs, de part et d'autre, en lui déchirant les entrailles ; près de 80% des chasses se finissent par une mise à mort, par comparaison, le taux de réussite des lionnes, souvent considérées comme les prédateurs ultimes, n'est que de 30%). Les Africains de l’Est disent de façon proverbiale que ce canidé est « la mort rodant dans la plaine ». C'est sans doute cette spécificité qui fit de ce pseudo chacal le premier auxiliaire cynégétique de l'Homme et l'emblème archaïque de la chefferie puis du pouvoir royal lui-même. À la période préhistorique où la survie des clans dépendait étroitement du produit de la chasse, cet auxiliaire canin fut progressivement associé à la personne et à la fonction du chef, chasseur émérite par nature. De plus, si un conflit est occasionné par un problème de nourriture, les lycaons adoptent des postures d'apaisement qui leur permettent d'éviter le combat. Ainsi, le rôle symbolique des figures canines (les lycaons des palettes historiées) se situe aux frontières de deux mondes : le domestique et le sauvage. L’élite se positionne aux limites du chaos (sauvage) et de l’ordre (social), accaparant l’un, le transformant, pour en nourrir l’autre.

L'enseigne d'Oupouaout/Oup(y)-ouaout et ses attributs cynégétiques en sont peut-être la codification matérielle protohistorique puis historique. L'animal y était représenté dressé, les pattes jointes, sur son pavois orné à l'avant d'un uræus. Parmi les plus anciennes divinités étendards, Oupouaout, dont le nom signifie « Celui qui ouvre les chemins », était le dieu tutélaire de la ville d'Assiout (cette ville de garnison a longtemps eu un rôle stratégique en Moyenne Égypte, gardienne de l'accès à la ville sainte d'Abydos, consacrée au culte d'Osiris), capitale du XIIIè nome de Haute-Égypte symbolisé par le « Grand sycomore et la vipère ». En tant que dieu « éclaireur » il a pour fonction principale d'écarter symboliquement toute force hostile sur le chemin des processions royales ou divines ; « Ouvreur du Double pays », il représente l'unification de la Haute et Basse-Égypte (un mythe tardif glorifiant le pharaon affirmait qu’Oupouaout était né dans le sanctuaire d’Ouadjet, déesse-serpent protectrice de la Basse-Égypte). Son nom d'origine est vraisemblablement Sed(y) signifiant « Celui à la queue », allusion à l'utilisation de la queue du canidé dans le costume de chasse aux époques préhistorique et prédynastique, le dieu étant associé à la notion d'ancestralité royale. Il a sans doute donné, dès la période protohistorique (vers -3 200), son nom au rituel jubilaire de la Fête-Sed, à l'origine une chasse de qualification rituelle destinée, à la préhistoire, à désigner le nouveau et jeune chef de la tribu, à une époque où la notion de pouvoir était étroitement liée à la fonction cynégétique et donc à la puissance nourricière du chef (le canidé ne figure jamais comme victime sacrificielle, en Égypte mais aussi sur tout le continent africain où le sacrifice d'un chien est tabou). Après avoir sacrifié et inhumé l'ancien chef, devenu trop âgé et dont le vieillissement compromettait symboliquement la pérennité du clan (le corps du chef, puis du pharaon, étant symboliquement identifié à l'ensemble du territoire) on désignait ainsi son jeune remplaçant, chasseur pourfendeur des forces destructrices de l'univers.

 

Sur la palette du Louvre, la palette aux quatre chiens (sauvages)/lycaons d’Hiérakonpolis (datée par comparaison de Nagada III, entre -3 300 et -3 150), montre des lycaons encadrant la bordure de la palette en forme de bouclier. Les chiens sauvages, lycaons pictus, animaux des marges désertiques de la vallée du Nil, semblent symboliser les marges du cosmos ordonné (ils aident également au passage dans la prochaine vie, ce qui symbolise encore une fois l'idée de transition). Alors qu’ils avaient un rôle prépondérant sur les palettes prédynastiques, ils sont absents des reliefs de l’époque dynastique (les dieux canidés seront des chacals, qui gardent beaucoup du symbolisme des chiens sauvages prédynastiques, mais dans un contexte différent). On notera l’analogie entre les canidés et la "domestication" du monde : les grandes figures de chien sauvage sur les bordures de la palette renferment la cosmographie d’un monde chassé, les lycaons d'encadrement chassant les proies représentées à l'intérieur. Le rôle des lycaons sur les palettes était en effet intermédiaire entre complètement sauvage et apprivoisé, humain et animal. L'habitat du chien sauvage est maintenant la savane mais dans l'époque prédynastique c’était probablement le désert inférieur (royaume de la mort), où la chasse au gros gibier avait également lieu. Ainsi, le monde de la palette peut être caractérisé comme un besoin ou un processus d’ordonnancement, omettant le monde agricole ordonné de la vallée du Nil. La "civilisation" a comme principale préoccupation la domestication de la variété au nom d'une idéologie globale. Les figurent canines donnent un aperçu de la façon dont cela pourrait être fait et de ce qui est perdu dans le processus. Les figures couvrent les mondes réels, sociaux et symboliques. Les palettes mettent l'accent sur la maîtrise des désordres en les bannissant à la marge de la décoration, ce qui est significatif des ambitions d’ordonnancement de l'État émergeant et de son insécurité. Les chiens et les lycaons représentent le contrôle sur les animaux sauvages, principalement les animaux désertiques, se référant au maintien de l'ordre sur le chaos. Les deux animaux sont liés à l'Homme, les chasseurs s’identifiant au lycaon. Ce thème de l'ordre sur le chaos semble être déjà présent depuis au moins la fin de la période Nagada I (-3 800 à -3 500), ce qui n'est pas surprenant puisque la deuxième question de puissance importante, à savoir la puissance militaire, apparaît également à partir de ce moment-là.

Un serpopard-lion, à l’envers entre deux lycaons, est gueule à gueule avec l’un d’eux. Au-dessus du godet, on trouve un lion prêt à bondir et un ibis. Le lion, qui ne peut jamais être totalement domestiqué, exprime les propres pouvoirs et prouesses du roi, autant qu’il forge un lien symbolique entre lui et le monde non domestiqué (les lions symbolisent la force et l'agression, et un lion "apprivoisé" symbolise la maîtrise de ces qualités : son caractère unique et intraitable, d’où son rôle également de gardien, en fait le plus puissant symbole royal). La puissance royale, plus qu’humaine, ne figurait pas dans le cosmos purement humain. Il est intéressant de noter que sur l’autre face de la palette on trouve deux girafes de part et d’autre d’un palmier, sachant que cet animal allait bientôt disparaître d’Égypte pour rejoindre les savanes du Sud et que le serpopard allait reprendre son rôle symbolique (à l'époque de Narmer la substitution des girafes par les serpopards était achevée) lié au règne protodynastique : le nom égyptien de la girafe est sr-(w), sr signifiant « qui voit loin/prévoit », donnant le sens de « dirigeant ». Les girafes ont été parmi les premiers animaux à être utilisés par les artistes anciens comme symboles pour des idées cosmologiques liées à l'adoration, le mythe et la religion. De plus, comme le souverain, la girafe est l’image du cycle solaire. La branche de palmier est un symbole de victoire, triomphe, paix et de vie longue puis éternelle. Dans l'ancienne Mésopotamie, le palmier-dattier représentait la fécondité humaine : du fait de sa reproduction par rejets souterrains et du caractère artificiel de sa fécondation, le palmier-dattier a quelque chose de mystérieux (la fécondation se fait manuellement de fleur mâle à inflorescence femelle, un palmier mâle pour 50 palmiers femelles). La déesse mésopotamienne Inanna, qui a un rôle dans le rituel du mariage sacré, a été considérée comme celle qui rendait les dattes abondantes. L'arbre sacré des Assyriens était un palmier qui représentait la déesse Ishtar/Inanna connectant le ciel au niveau de la couronne de l'arbre et la terre à la base du tronc. La palette signifierait donc le combat royal contre les forces cosmiques du désordre, ramenant l’ordre solaire et l’abondance autant que la vie éternelle.

 

Sur la palette d’Oxford de l’Ashmolean Museum, la palette aux deux chiens/lycaons d’Hiérakonpolis, d’environ -3 150, on voit des chiens avec des colliers (symboles royaux et de l’élite) s’attaquant à différents types d’antilopes. Au-dessus, deux serpopards-lions, dont les cous ondulant six fois encadrent le godet, lèchent un taureau comme si c’était un nouveau-né (ou un jeune), lui qui gratte le sol avec ses pattes comme s’il allait charger tête baissée, avec au-dessus une autruche déployant ses ailes. Cette scène montrerait la soumission des deux terres d'Égypte (unies mais représentées séparément) au roi, représenté par un taureau (symbole de force et de fécondité), figure centrale qui commence à peine à apparaître sur les palettes. On y voit également une division entre le ciel sauvage (les lycaons, remplacés ensuite par la Vache Céleste) et le solaire mythologique (les serpopards) dans les deux-tiers supérieurs (symbolisant le cosmogonique, comparé au terre-à-terre inférieur), et l'action humaine exercée par les animaux domestiqués (les chiens) sur les non-domestiqués (les antilopes). Les lycaons et les chiens forment un discours sur les frontières entre le sauvage et le domestique à travers des espèces canines. Sur l’autre côté, on voit pour la première fois un petit serpopard-lion mordre le genou d’une antilope, au milieu de lions, léopards et hyènes qui chassent. On remarque également un griffon suivant un buffle. Tout en bas se trouve une girafe, encadrée par un bouc face à elle et derrière elle Seth avec sa forme semi-animale (ou un chasseur à masque de chacal avec un étui pénien et jouant de la flûte). Ce côté de la palette symbolise le confinement de l’indiscipliné dans l'univers. Les déserts bordant la vallée du Nil étaient le domaine d'animaux sauvages et de bêtes mythiques représentant le chaos, ce qui serait dépeint ici. Ainsi, les chiens sauvages/lycaons, animaux des marges désertiques, semblent symboliser les marges du cosmos ordonné, alors que les thèmes généraux affirment la prééminence d’un chef incarnant le groupe entier, dont la force et la puissance peuvent être exprimées à travers l’image du lion ou du taureau. La palette est en forme de bouclier comme dans la période Nagada II (amratien). Comme la palette de Narmer et l’autre palette aux canidés, elle a été découverte dans le dépôt principal d’Hiérakonpolis, dans le temple d’Horus (peut-être comme trésor, utilisées longtemps après l’enterrement de leurs premiers possesseurs).

 

La palette de Narmer (ayant unifié la Haute et Basse-Égypte et fondé la Ière dynastie, il régna de -3 185/-3 150 à -3 125), ou grande palette de Hiérakonpolis (ancienne capitale de la Haute-Égypte), représente Narmer avec tantôt l’une tantôt l’autre des deux couronnes : sur la face nous intéressant il porte la couronne de Basse-Égypte (Nord). Deux hommes tiennent des cordes attachées au cou de deux serpopards-lions entrelacés (la seule autre fois où on voit un Égyptien au contact de ses créatures, à la manière du Maître des Animaux mésopotamiens qui les tient à la gorge, se trouve sur les hiéroglyphes 57/58, produisant le mot/son qes, signifiant « retenir/attacher-relier »). Le godet formé par leurs cous courbés est la partie centrale de la palette, qui est le godet où les produits cosmétiques auraient été placés. Ce cercle représente le disque solaire. La scène reproduit donc le ciel qui repose sur les serpopards dans leur rôle symbolique de Porteurs du Soleil. Ces êtres "héliophores/lucifériens" sont contrôlés par deux "dieux de l'horizon", peut-être des Nubiens du Sud vu leur faciès et que les serpopards-lions sont dits originaires d’Afar/Éthiopie, qui escortent les créatures hybrides à travers le ciel. En outre, de toute évidence, l'iconographie de la palette de Narmer et autres palettes de cérémonie de cette période est aussi liée au culte de l'Œil solaire (représenté initialement par Ouadjet, la déesse-serpent protectrice du royaume du Nord) alors en vigueur et aux cous entrelacés des serpopards-lions qui entourent ledit point d’approfondissement de "l'unification des deux horizons" au moyen du soleil (les serpopards-lions représentant chacun un ciel, de l’Est et de l’Ouest, aux marges désertiques hostiles et sauvages de la fertile vallée du Nil). La Haute et la Basse Égypte adoraient chacune des déesses-lionnes guerrières en tant que protectrices (la lionne Bast pour le Nord et la lionne Sekhmet pour le Sud), les cous entrelacés des serpopards-lions peuvent donc représenter l'unification de l'État (ou ce serait des panthères, bref des symboles d’harmonie et d’unité). Les événements décrits seraient des symboles de réussite royale du passé et l'objectif principal de la pièce est d'affirmer que le roi domine le monde ordonné au nom des dieux et a vaincu les forces du désordre interne, et surtout externes, pour préserver Maât incarnant la vérité, l’ordre et la justice. À la fin de Nagada III, la structure du schéma décoratif des palettes se modifie, les scènes s’organisent en registres, les premières notations hiéroglyphiques apparaissent. La violence pénètre l’iconographie qui développe l’idéologie d’un pouvoir coercitif. Les reliefs des palettes et objets votifs permettent alors de saisir une part du processus historique de constitution de l'idéologie royale fondant l’État et de l’unification politique de la vallée et du delta. C'est l’émergence d’un pouvoir royal fort n’hésitant pas à recourir à la violence pour soumettre les cités et en faire les relais de son autorité qui est souligné ici (c’est aussi la première fois où on voit un roi portant les deux couronnes, de Haute et de Basse Égypte).

 

Le site de Manshiyet Ezzat, province de Daqahlia (6è nome de la Basse-Égypte, le « Taureau de la montagne (Khaset) »), abrite une vaste nécropole de la fin de l’époque protodynastique, implantée dans une plaine argileuse, près de Mendes, le lieu de rencontre d'Osiris et Ra (Osiris’Ba s'y manifesta à travers le corps d’un bélier). On y compte douze grands mastabas, constitués d’une chambre funéraire et de deux à cinq compartiments pour les offrandes. La tombe n°82 qui a livré une magnifique palette est une vaste sépulture de 7,25 m nord-sud pour une largeur de 4,75 m, située à 13 m seulement de la très riche tombe n°71, qui contenait une autre pièce exceptionnelle : un grand poignard en silex, incisé du nom du roi Den/Oudimou (nom d'Horus du cinquième souverain de la Ière dynastie, période thinite, vers -2 930 à -2 910). Elle comprend trois compartiments : le plus grand, au centre, contenait le squelette, en position contractée, sur le côté gauche, orienté la tête au nord et les pieds au sud, les deux autres contenaient les poteries et vases de pierre. Les pièces inventoriées groupent 14 grandes jarres cylindriques, 15 vases de pierre et 3 palettes de graywacke (les deux autres palettes sont rectangulaires, d’un type bien connu pour cette période). La palette décorée de reliefs sur une seule face provient de la chambre funéraire (elle date de Nagada III, plus d’un siècle avant son enfouissement) : elle se trouvait dans l’angle sud-est, aux pieds du défunt, brisée en 4 morceaux groupés. On y voit une gazelle chassée par un lycaon. Ce lycaon est suivi par un animal ressemblant à un chacal, mais dans une attitude pacifique (au bas de la palette, un lièvre aux longues oreilles a également une attitude très calme) : cette attitude dénote la paix et la tranquillité qui étaient caractéristiques du règne pendant cette période. La partie centrale de la palette, dont la forme générale est la représentation d'un cœur humain, contient deux serpopards-lions dont les cous se rejoignent pour former le godet, avant que leurs têtes s’embrassent au-dessus (leurs cous formant donc un 8, beaucoup plus grand en bas). Avec la scène de chasse à gauche et la gazelle sautant par-dessus eux, un palmier à droite ferme la composition. La palette représenterait une certaine lutte qui existait dans la région et qui a été suivie par l'unification (rôle des serpopards-lions) et la paix (par le biais d’animaux "solaires"), le règne de Den étant le plus prospère de l'ère. Le lycaon attaquant la gazelle est une des images les plus anciennes et les plus dominantes. Le chasseur et le chassé forment une paire binaire, connotant le contrôle contre le chaos : la capture et la mort de la gazelle fournissent une offrande alimentaire, transformant l'animal en vie donnant subsistance.

 

On trouve deux serpopards-lions sur la Berlin Prunkenpalette 1 (fragment Spiegelberg), mais cette fois leurs cous ondulent peu et encadrent le godet sans le former, une gazelle agenouillée fermant la composition au-dessus du cercle. Sur l’autre face, on voit deux girafes encadrant un palmier, avec à gauche un oiseau et à droite un crocodile, composition également fermée par une gazelle agenouillée. Il y a une relation explicite entre la gazelle et les attributs de la régénération. L’image initiale de la gazelle comme proie est rejointe, et plus tard remplacée, par celle de la mère et de l'enfant, plaçant ainsi la gazelle dans le domaine du féminin, en particulier dans le contexte funéraire. La connexion entre la gazelle et le paysage désertique comme le lieu où la mort se transforme en une nouvelle vie est particulièrement important (l'image d’une gazelle soignante suivie de deux gazelles souligne l'idée de transition).

 

Sur la palette du Metropolitan Museum, on voit un serpent enroulé former le godet, avec cette fois un seul serpopard-lion, en-dessous, avec le cou moins long que d’habitude et ondulant à l’horizontal. Le serpent central est encadré par deux lycaons verticaux et surmonté du serekh (cadre rectangulaire surmonté d’un faucon dans lequel était inscrit le plus ancien des noms de la titulature pharaonique : le nom d'Horus) ou d’un temple avec le dieu-faucon perché dessus. Les deux lycaons formant la bordure de la palette allaitent chacun trois petits chiens domestiqués, affichant l'ambivalence de leur environnement et créant presque une transition taxonomique qui commente les transformations artistiques de l'époque. La palette date du règne de Djer (considéré comme le second ou le troisième pharaon de la Ière dynastie, vers -3 000) : sa stèle, la Pierre de Palerme, réaffirme la réunion de la Basse et de la Haute-Égypte, le Serpent surmonté du Faucon Horus. Il organise les cultes de Bouto dédiés à la déesse-serpent Ouadjet, sachant que le nom d'Horus d’un de ses fils, « Djet » ou « Ouadji », signifie « le serpent ». Remarquablement, quand finalement, sous le règne du roi Djer, les serpents ont remplacé les serpopards sur les frontières figuratives des godets des palettes (qui elles-mêmes n’allaient bientôt plus être fabriquées), la métamorphose iconographique était bouclée. Plus tard, les motifs concernés sont devenus plus anthropiques. Mais un détail particulier, les quatre pattes du serpent, était resté comme un souvenir du passé, c'est-à-dire, des girafes/serpopards (comme on peut le voir représenté, avec des ailes, dans la tombe de Thoutmôsis III, accompagné de deux yeux mystiques et de Sokaris, la déification de l'acte de séparer le bâ du ka, ce qui correspond à peu près à la séparation de l'âme du corps après la mort, tandis qu’un autre serpent vole vers les étoiles avec l’âme du défunt sur son dos).

 

 

L'accouchement et la petite enfance ont été ressentis comme particulièrement menaçant à la fois pour la mère et le bébé. La magie jouait alors le rôle principal dans la lutte contre ces menaces : il était nécessaire de se prévenir de divers esprits maléfiques, et les divinités étaient invoquées pour protéger les personnes vulnérables. Ces couteaux magiques (le terme "couteau" est inapproprié, et la forme est plus liée à un boomerang moderne, utilisé pour la chasse aux oiseaux, les envoles d'oiseaux étant considérés comme un symbole de chaos, d'où la pertinence de la forme), aussi connus comme baguettes apotropaïques (qui agissent pour conjurer le mal), étaient l'un des dispositifs utilisés. Ils sont généralement faits d’ivoire d'hippopotame, enrôlant ainsi le soutien de la bête redoutable contre le mal. Les représentations de la baguette EA 18175 du British Museum (provenant de Thèbes, vers -1 750) englobent une série d'images de protection. Elles comprennent un nain grotesque, probablement appelé Aha à ce moment, mais plus tard connu comme le célèbre Bes, et Taweret (une hippopotame enceinte portant un couteau), qui sont tous deux associés à l'accouchement. Des lions, le scarabée de la renaissance, un serpopard et des serpents ainsi que d’autres démons de protection apparaissent également. Dans l'Égypte ancienne, ce que nous appelons les démons ne sont pas nécessairement mauvais. Beaucoup de démons avaient des qualités protectrices et par leur apparence étrange effrayaient tout genre d'êtres maléfiques. Les baguettes magiques où on peut voir des serpopards étaient souvent offertes aux femmes, et en particulier aux jeunes mères, pour qu’elles et leurs enfants se protègent contre des mauvais esprits apportant la maladie. Des baguettes magiques ont également été trouvées en Palestine (Gaza et à Megiddo) et en Nubie (Kouban et Kerma).

 

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