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Publié par Collectif des 12 Singes

Statues-menhirs d'Europe de l'Ouest Vs stèles anthropomorphes de Chemurchek (Altaï)

Statues-menhirs d'Europe de l'Ouest Vs stèles anthropomorphes de Chemurchek (Altaï)

1 : Aven Meunier I (Gard) ; 2 : Collorgues I (Gard) ; 3 : Gard ; 4 : Maison-Aube (Montagnac, Gard) ; 8 : Craïsse (Brousse le Château, Aveyron) ; 10 : "La Dame de Saint Sernin" (Saint Sernin sur Rance, Aveyron) ; 5-7 : Petit Chasseur (Sion, Valais, Suisse) ; 9 : Stele de Passanant (Tarragona, Catalogne, Espagne)

 

Alors que l’on cherchait des informations bibliographiques pour synthétiser sur l’exceptionnelle concentration mégalithique du Causse de Blandas, en surplomb du non moins magnifique Cirque de Navacelles, nous sommes tombés sur un document scientifique d’un éminent archéologue russe qui argumentait sur le fait que les cimetières altaïques de la rivière Qiemu’erqieke (-2 700 à -1 700, dans la province chinoise du Xinjiang) n’avaient de parallèles qu’avec les Ferrières néolithiques du Languedoc-Roussillon.

Même si l’argumentation était très étoffée, cela nous paraissait tout de même pour le moins capilo-tracté (tiré par les cheveux). En poursuivant nos recherches, il nous a été possible de faire le lien avec les momies, blanches plus ou moins métissées, du Tarim, un bassin désertique au milieu de l’Asie centrale.

 

Les sites de Qiemu’erqieke représentent l'une des manifestations de l'Âge du Bronze steppique eurasien les plus à l'Est, fournissant la preuve d'interactions culturelles avec les peuples en marge de la Chine. Ces sites ont également été liés à la migration vers l'Est des peuples parlant indo-européen, spécifiquement ceux qui ont apporté la version ancestrale de la langue tokharienne dans le bassin du Tarim.

Les cimetières Qiemu’erqieke ont une portée très large, le Xinjiang possédant une frontière commune avec huit pays : la Mongolie à l'Est, la Russie au Nord, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et la partie du Cachemire contrôlée par l'Inde à l'Ouest ; la province communique également avec les régions chinoises du Tibet au Sud, Qinghai et du Gansu au Sud-Est.

 

 

En 1963, trente-deux sépultures ont été découvertes le long de la vallée de la rivière Qiemu’erqieke (Qiemuerqieke/Ke'ermuqi, Chemurchek/Xemirxek), Shamirshak en turc, dans le Nord du Xinjiang chinois. La fouille des cimetières Qiemu’erqieke est importante pour l'archéologie du Xinjiang, et en particulier le bassin Zhunge'er/Junggar.

La section de la Dzoungarie la plus au Nord fait partie du bassin de l'Irtych (le système Ob-Irtych forme un grand bassin hydrographique en Asie, englobant la majorité de la Sibérie occidentale et des montagnes de l'Altaï), qui se jette dans l'océan Arctique, le reste de la région étant subdivisée en un certain nombre de bassins endoréiques : au Sud de l'Irtych, la rivière Ulungur se jette dans le lac éponyme, la partie Sud-Ouest draine jusqu’au lac Aibi, dans la partie centre-Ouest de la région les cours d'eau se jettent dans un groupe de lacs endoréiques qui comprennent le lac Manas et le lac Ailik.

 

La Dzoungarie/Djoungarie est la partie Nord du Xinjiang : d'une surface de 780 000 km2, elle est située à une altitude comprise entre 189 et 1 000 m et ses trois coins sont relativement ouverts. La Dzoungarie est délimitée au Sud par les monts Tian Shan, au Nord-Ouest par le Tarbagataï (« monts des marmottes », qui culminent à 2 992 m d'altitude), au Nord-Est par l'Altaï, et à l'Est les chaînes de l’Altaï et du Tian Shan se rejoignent et s’ouvrent sur le désert de Gobi. Au Nord se situe le pays des sept rivières.

Elle est similaire au Tarim (comprenant le désert du Taklamakan), les deux bassins étant séparés par les Tian Shan (« Monts Célestes » en mandarin, le cinquième relief du monde après l'Himalaya, les Andes, les Rocheuses et le Pamir). En effet, les montagnes du Tian Shan sont une division naturelle entre les zones mi-tempérées et tempérées chaudes du Xinjiang. Les flancs Sud et Nord du pic Tomur présentent respectivement de très nettes différences de précipitations, sol et végétation : le climat du flanc Nord est de type montagnard semi-humide, celui du flanc Sud est de type semi-aride.

À l’Ouest, le bassin s’ouvre sur les steppes du Kazakhstan par les vallées de l'Irtych/Ertix/Ertis (les ruisseaux des versants Nord du Tarbagataï coulent vers le lac Zaysan, puis via l'Irtych vers l'océan Arctique) et de l'Emin (les cours d'eau du versant Sud, dont beaucoup se fondent dans la rivière Emil, se jettent dans la vallée tempérée Emin, essentiellement composée de prairies et steppes, bassin des lacs salés Alakol et Sasykkol). Ces ouvertures permettent à l’air sibérien, froid et humide, de pénétrer dans le Dzoosotoyn Elisen. Toutefois, il s'agit d'une région semi-désertique (majoritairement steppique) voire désertique en son centre (où se trouve le pôle terrestre d’inaccessibilité, c’est-à-dire le point de la terre ferme le plus éloigné d’un rivage du globe, à plus de 2 600 km de la plus proche côte). Le désert de Dzoosotoyn Elisen/Gurbantunggut couvre une surface de 49 000 km, à une altitude comprise entre 300 et 600 mètres. Il s’agit du second plus grand désert chinois, derrière le désert du Taklamakan. Le climat froid de la proche Sibérie influence le climat du bassin Dzoungarie, rendant la température plus froide (jusqu’à -20°C) et fournissant plus de précipitations (allant de 76 à 254 mm), par rapport aux bassins plus chauds et secs au Sud : les habitats écologiquement riches incluent des prairies, des marais et des rivières. En effet, seule une passe entre les montagnes au Nord permet aux masses d'air humide de fournir suffisamment d'humidité aux terres du bassin pour rester semi-désertique plutôt que de devenir un véritable désert comme la majorité du bassin du Tarim, et permet une mince couche de végétation de pousser (avec en plus les neiges hivernales, les sables sont fixés ou semi-fixés et il est possible à des plantes de désert de pousser). Cela est suffisant pour maintenir les populations de chameaux de Bactriane sauvages (Camelus ferus), gerboises, et autres espèces sauvages : la partie Nord de la région semi-désertique du bassin se trouve dans le grand parc national de Gobi et abrite des troupeaux d'ânes sauvages d'Asie (Equus hemionus) et de gazelles à goitre (Gazella subgutturosa), le bassin ayant été l'un des derniers habitats du cheval de Przewalski (Equus przewalskii), qui est maintenant éteint à l'état sauvage.

Alors que le bassin ovale du Tarim avec son désert central du Taklamakan est délimité au Nord, à l'Ouest et au Sud par des montagnes, sur le côté Est le désert du Kumtag est une plaine ininterrompue de 170 km du Nord au Sud qui va du Taklamakan au Gansu et à la Mongolie. Plus à l’Est du bassin de la Dzoungarie, le Gobi s'étend sur 1600 km du Sud-Ouest au Nord-Est et sur 800 km du Nord au Sud. Sa superficie est estimée à 1 300 000 km², ce qui en fait l'un des plus grands déserts au monde. Contrairement aux images fréquemment associées aux déserts, le Gobi est davantage recouvert de pierres que de sable. Les paysages sont divers : on trouve de vastes plaines, de steppe, de terre, de pierres ou de sable, d'imposantes chaînes de montagnes ou de plus petites dunes. Cette hétérogénéité des paysages donne au désert de Gobi des nuances de couleurs variant de l'ocre à l'or au vert des prairies flamboyantes. Le tout agrémenté d'un ciel bleu et d'un soleil brillant environ 250 jours par an. Le climat du Gobi présente d'importantes variations selon la saison : torride en été (+38°C), il est glacial en hiver (-25°C), ce qui en fait le désert le plus froid au monde après l'Antarctique. Des vents puissants fouettent régulièrement ce plateau désolé : le Xinjiang possède de gigantesques montagnes de sable à 4 000 mètres d'altitude, sculptées par le vent, formées de minuscules cristaux de roche arrachés par l'érosion.

Dans le Sud, un passage aisé mène d’Ürümqi à la dépression de Tourfan, et dans le Sud-Ouest les grandes montagnes Borohoro, branches du Tian Shan, séparent la Dzoungarie de la rivière Ili supérieure. À l'extrémité Ouest, près de la frontière Chine-Kazakhstan, les Borohoro rejoignent les monts Jungar Alatau (le point culminant de la chaîne a une altitude de 4 622 m), une chaîne montagneuse située à 230 km au Nord-Est d'Almaty, à 50 km au Sud du lac Alakol, et à l'extrémité orientale de la chaîne se trouve le col d'Alataw, une zone de passage qui, pendant des siècles, a été utilisée comme voie d'invasion par les conquérants de l'Asie centrale (la Dzoungarie a des dépôts de fer et d’or), le commerce et même les flux atmosphériques entre l'Asie centrale et le monde chinois (c'est dans ces montagnes qu'on trouve la plus grosse concentration de forêts de Malus sieversii, l'ancêtre de nos pommiers domestiques).

 

Un voyageur allant de la Chine vers l'Ouest doit aller soit au Nord du Tien Shan par la Dzoungarie, soit au Sud de Tien Shan à travers le bassin du Tarim : le commerce prenait généralement le côté Sud et les migrations le Nord. C'est probablement parce que le Tarim mène à la vallée du Ferghana et à l'Iran, tandis que la Dzoungarie mène seulement à la steppe. La difficulté avec le côté Sud était les hautes montagnes entre le Tarim et le Ferghana, et de plus le Taklamakan est trop sec pour proposer beaucoup d'herbe et donc supporter les nomades quand ils ne volaient pas les caravanes. Ses habitants vivaient pour la plupart dans les oasis formées là où les rivières coulaient des montagnes dans le désert. Les montagnes étaient habitées par des paysans peu belliqueux et des commerçants qui avaient un intérêt à maintenir un commerce fonctionnel. Au Nord, la Dzoungarie a une bonne quantité d'herbe, quelques villes de garnison pour les soldats et pas de barrière montagneuse importante à l'Ouest. C’est pour cela que le commerce passait au Sud et les migrations au Nord.

 

 

La culture Chemurchek a été la première culture de l'Âge du Bronze en Chine (vers -2 700/-2 600), dans le Dzoungarie, qui a influencé les cultures voisines du Kazakhstan, de la Russie et de la Mongolie. Malgré des affinités avec la tradition culturelle d’Okunevo, Qiemu'erqieke Phase I semble être une variante régionale discrète : l'assemblage céramique montre des caractéristiques uniques de ce groupe de sites, tandis que les stèles anthropomorphes étaient également des marqueurs distinctifs de cette tradition.

Le centre de distribution de la culture Qiemu’erqieke tendait à être dans la région altaïque du Xinjiang et de la Mongolie occidentale, y compris le versant Sud des montagnes de l’Altaï, les comtés de Buerjin et Fuhai. Dans cette aire, les frontières de la Russie, de la Chine, de la Mongolie et du Kazakhstan sont réunis pour former un X dans les montagnes de l'Altaï (la Mongolie et le Kazakhstan ne se touchent pas, séparés de 40 km par la frontière russo-chinoise). À l'Ouest, elle s’étendait dans l'Est du Kazakhstan le long de la vallée de la rivière de l’Irtych supérieure (rivière qui coule au Nord-Ouest de la Dzoungarie à travers la steppe, sur le côté Sud-Ouest du X) et la région Sud de l’Altaï russe. Au Sud du X se trouve la préfecture chinoise d'Altay de la Dzoungarie dans le Xinjiang, à l’Est est la montagne Tavan Bogd Uul dans la province mongole de Bayan-Ölgii, et au Nord l'Altaï russe. L’Altaï a toujours joué un rôle particulier, assurant la connexion entre les steppes de l'Ouest et de l'Est, autant qu’un passage du Sud de la Sibérie et vice-versa. Les montagnes de la crête de l'Altaï étaient une partie importante de la zone nomade, au moins depuis la fin du -IVè millénaire, servant de refuge en hiver, quand les tempêtes glaciales et la neige rendaient la survie dans les steppes du Nord difficile, tandis que les vallées servaient de lieux de sépulture.

 

Il existe différents types de constructions funéraires dans le bassin d’Ertix/Irtych, que l’on peut connecter avec des statues de pierre voisines : dix enceintes rectangulaires avec des réceptacles en pierre et des statues ont été découvertes dans le bassin de la rivière Ke'ermuqi. Dans la plupart des cas, les constructions funéraires chinoises de l'Altaï "Ke'ermuqi" étaient des enceintes rectangulaires de pierres dont les côtés les plus longs étaient orientées, en règle générale, dans le sens Ouest-Est, et dans de rares cas Nord-Sud. Au milieu de leur côté Est (ou Sud), une statue ou pilier de pierre était généralement érigé. À l’intérieur de chaque enceinte en pierre, le long de son grand côté, il y avait une ligne de réceptacles faits de grandes dalles de pierre verticales, chaque réceptacle/ciste contenant plusieurs enterrements.

Le site de Kayinarl, avec ses enceintes allongées selon un axe Ouest-Est et ses statues de pierre érigées le long du côté Est, est contemporain de ceux de la région de l’Ertix et a été daté de l’Âge du Bronze, soit entre la seconde moitié du -IIIè millénaire et la première moitié du -IIè millénaire. Pour autant, certains dataient le matériel de la plus ancienne sépulture du site de Ke’ermuqi entre -1 200 et -700 sur la base de ressemblances estimées avec la culture de Karasuk (groupe de sociétés de l’Âge du Bronze final, entre -1 500 et -800, qui allait de la mer d'Aral ou de la Volga à la partie supérieure du bassin du Ienisseï. Il enterrait ses morts dans des cistes de pierre couverts par un kourgane entouré d’une enceinte carrée de pierres), alors que d’autres incluaient les plus anciennes tombes de Chemurchek dans la gamme des monuments d’Afanasievo, soit dans la seconde moitié du -IVè millénaire. Il est d’ailleurs à noter que certains estiment que les caractéristiques proprement "Qiemu’erqieke" ne seraient représentées que par les premières tombes des sites éponymes et aussi celles d'un autre site, la colonisation à grande échelle de Xikan'erzi dans le comté de Qitai, à l'extrémité Sud du bassin de la Dzoungarie.

Bien entendu, les matériels de Ke'ermuqi diffèrent considérablement de ceux de la culture d’Afanasevo, et ne peuvent pas lui être attribués. Des encensoirs, des vases d'argile et un récipient en forme d'œuf, qui semblent appartenir à la culture d’Afanasievo et qui ont été découverts dans les plus anciens complexes Ke'ermuqi, ne peuvent que révéler certains liens culturels avec les tribus contemporaines d’Afanasievo, qui vivaient au Nord. Toutefois, sur la base d’objets en cuivre et le nombre des bronzes trouvés, la phase I de Qiemu’erqieke ne peut pas remonter aux débuts d’Afanasievo : les objets en bronze montrent une plus grande sophistication au niveau de la technologie de l'alliage du cuivre que les objets en cuivre pur communs à la tradition Afanasievo.

 

La culture d'Afanasievo est surtout connue à travers ses inhumations, où le défunt est enterré dans des enceintes coniques ou rectangulaires, souvent en position couchée, qui rappellent les sépultures beaucoup plus occidentales de la culture de Sredny Stog (en Ukraine, précisément au Nord de la Mer d'Azov entre le Dniepr et le fleuve Don, entre -4 500 et -3 500), de la culture Yamna (au Nord-Est de la mer Noire, entre -3 600 et -2 300 : l’avènement de la culture des tombes en fosse représente un développement social de diverses cultures locales de l'Âge du Bronze, représentant l'expression d'une stratification sociale et l'émergence de structures sociales nomades soumises à un chef, qui à leur tour intensifièrent les contacts intergroupes entre des groupes sociaux essentiellement hétérogènes) et de la culture ukrainienne des catacombes (-2 800 à -2 200 : des déformations crâniennes provoquées fournissent un lien avec l'Est et Afanasievo), qui sont toutes considérées comme indo-européennes, et successeurs de la culture des kourganes, elle-même considérée comme la matrice des peuples indo-européens.

Au -VIIè millénaire, on observe une migration d'un peuple originaire du Moyen-Orient vers le Sud-Est de la Mer Caspienne. Il apportait avec lui des moutons et des chèvres domestiqués. Ces Hommes, des Sémito-Hamites, utilisaient des grottes comme celles de Djebel ou de Dam Dam Chashma II comme habitations saisonnières. Au -VIè millénaire, alors que des grottes continuaient à être habitées par des chasseurs-cueilleurs, des cultivateurs sédentaires construisaient des villages (site de Djeitoun, près d'Ashghabad au Turkménistan : l'un de ces villages comprenait une trentaine de maisons qui pouvaient loger jusqu'à 200 personnes). Du -VIè millénaire au -IVè millénaire, la plus grande partie du Turkestan occidental était recouverte par la culture de Kelteminar. Ces hommes utilisaient la même technique de taille du silex que ceux de Djeitoun, mais ils fabriquaient surtout des pointes de flèche au lieu de produire des faucilles. À cause de la pression des Kelteminar, les Hommes de Djebel auraient quitté en deux vagues de migrations le Sud-Est de la Mer Caspienne pour se rendre sur la Volga. Poursuivant leur migration jusqu'au Nord de la Mer Noire, ils se seraient mélangés à des autochtones, et de ce métissage seraient issus les Proto-Indo-Européens. Ceux-ci créèrent une culture dite des kourganes d'après la forme de leurs sépultures. La domestication du cheval a été effectuée dès le -Vè millénaire par les Proto-Indo-Européens. Une partie d'entre eux migra durant le -IVè millénaire de la Russie du Sud jusqu'en Sibérie méridionale, sur le cours moyen de l'Ienisseï, où ils fondèrent vers -3 200 la culture d'Afanasievo (au cours de l'Âge du Cuivre, la population a été décrite comme europoïde dans l'Ouest, et comme paléomongoloïde à l'Est de ce qui est maintenant la Mongolie). Cette culture a dominé l'Ouest de la Mongolie, le Nord du Xinjiang, l'Est et le centre du Kazakhstan, avec des connexions ou des extensions au Tadjikistan et dans la région de la mer d'Aral, mais la plupart de ses sites sont centrés autour de l’Ienisseï supérieur, dans la grande dépression Minoussinsk, au Sud du Kraï de Krasnoïarsk, au Nord des montagnes de Sayan. L'économie semble avoir été le pastoralisme semi-nomade, avec l'élevage de bovins, de moutons, de chèvres et de chevaux, complété par la chasse au gibier sauvage : ils furent les premiers producteurs alimentaires de l’Ouest de la Mongolie, peut-être avec un peu d'agriculture (les restes de chariots dans leurs cimetières impliquent un degré assez élevé de mobilité). L'utilisation de métaux était principalement limitée à une simple fusion de cuivre natif, à la connaissance de l'or et au travail de l'argent.

 

 

Les traditions culturelles représentées par la poterie et les pratiques funéraires suggèrent des similitudes entre Qiemu’erqieke et les cultures steppique de l’Âge du Bronze, spécifiquement les cultures Afanasievo (Chalcolithique : -3 300 à -2 500), Okunevo (Bronze Ancien-Moyen : -2 500 à -1 700) et Karasuk (Bronze Final : -1 400 à -800) dans la région de l’Ienisseï supérieur du Sud de la Sibérie.

Le Ienisseï est un fleuve de Sibérie qui naît de la confluence du Grand Ienisseï (Bii-khem) et du Petit Ienisseï (Ka-khem), le premier né sur le flanc Sud des monts Saïan, et le second issu des marais quelques kilomètres à l'Ouest du lac Khobso-Gol/Khövsgöl au Nord-Ouest de la Mongolie. Il est navigable jusqu'à Minoussinsk, sur une longueur de 2 900 km, étant libre de glace en moyenne 196 jours entre mai et novembre à Krasnoïarsk. Le Bii-khem et le Ka-khem coulent vers l'Ouest, mais après s'être unis, ils tournent vers le Nord, à travers les monts Saïan dans la gorge profonde de Kemchik, pour émerger dans les steppes à Saïansk. Augmenté de l'Abakan sur la gauche et de la Touba sur la droite, il traverse la région minière de Minoussinsk et approche à 10 km du Tchoulym, tributaire de l'Ob. Il reçoit alors son principal affluent, l'Angara, émissaire du lac Baïkal, qui porte son débit de 3 350 m³/s à 8 300 m³/s. Les monts Saïany ou massif des Saïan forment un massif montagneux du Sud-Ouest de la Sibérie. Il consiste en deux parties : le massif du Saïan oriental qui court sur environ 1 000 km du fleuve Ienisseï jusqu'au Sud-Ouest du lac Baïkal et le Saïan occidental qui prolonge à l'Est le massif de l'Altaï sur une longueur d'environ 500 km. Des sommets et des lacs du massif situés au Sud-Ouest de la Dépression de Touva (située dans les montagnes du Sud de la Sibérie centrale - montagnes Tannu-Ola, Saïan de l'Est et de l'Ouest, Altaï -, son altitude varie entre 500-1000 m) naissent les rivières qui forment en aval l'un des plus puissants fleuves sibériens, l'Ienisseï, qui coule sur près de 4 000 km jusqu'à l'océan Arctique. C'est dans le Saïan occidental que l'Abakan prend sa source (Abakan, capitale de la république de Khakassie, est située au centre de la dépression de Minoussinsk, à la confluence de l'Ienisseï et de la rivière Abakan), tandis que l'Ienisseï et l'Oka la prennent dans le Saïan oriental. Minoussinsk est située au point de confluence de la rivière Minoussa et du fleuve Ienisseï, à 267 km (423 km par la route) au Sud de Krasnoïarsk. Elle se trouve au milieu de la dépression de Minoussinsk-Khakass recouverte de steppe et de forêts, la zone archéologique la plus importante au Nord de Pazyryk. La ville est entourée de collines de tous les côtés. Ce creux a un grand nombre de lacs, y compris d'eau salée, et la dépression est une région fertile. L'altitude y varie entre 200 et 700 m, constituant une plaine de monticules épars coupée par des vallées.

 

Les premières tombes peuvent être raccordées à la culture Afanasievo, mais il y a aussi quelques parallèles avec la première phase de la culture Tianshanbeilu, les deux étant les premières cultures de l’Âge du Bronze dans le bassin de la Dzoungarie et pouvant être représentatives d’influences ou de mouvements réels de peuples de l'Ouest et de l'Est (Tianshanbeilu, à Hami, à l'angle Sud-Est du bassin, est le site type de la culture de l’Âge du Bronze trouvée le long des prairies Balikun, montrant des connexions avec l'Est à travers la culture Siba dans le Gansu). À la même période, la partie occidentale du bassin pouvait encore être occupée par des groupes locaux de tradition Mésolithique/Néolithique.

L'utilisation de bronze arsenical s'étend le long des routes commerciales du Nord-Ouest de la Chine à la région du Gansu-Qinghai, avec les cultures Siba et Tianshanbeilu. Cependant, il est encore difficile de savoir si les objets en bronze arsenical ont été importés ou fabriqués localement, même si cette dernière option semble plus probablement du fait d’une éventuelle exploitation locale des ressources minérales. D'autre part, les artefacts montrent des connexions typologiques avec la steppe eurasienne.

Il est à noter qu’environ 5 km à l'Ouest du village de Qiemuerqieke se trouve une zone "météoritique" composée de formations rocheuses noires. Une bande de collines de trois mètres de haut sont dispersées autour d'une vaste superficie de près de 39 × 11,5 mètres carrés et comprennent des centaines de pierres grises foncées. La texture des pierres arrondies est lisse mais semble être dure et dense. Certaines d'entre elles ont de façon inattendue sur la surface un cratère de 20 cm, apparemment faits artificiellement pendant une longue période. Si les générations des prairies disent que le "météore" contenant beaucoup de fer vient de visiteurs extraterrestres, les experts considèrent qu'il s'agit d'une roche très métallisée (diorite à haute teneur en métal, qui forme le mont Altaï et lui donne sa couleur). Les éleveurs locaux estiment ces pierres être des fétiches du ciel, et ils créent un beau son en frappant sur ces pierres noires chantantes de l'Altaï.

 

 

Des lampes à huile ou encensoirs en céramique, en forme de gobelet, ont été trouvées dans trois traditions : Afanasievo, Okunevo et Qiemu'erqieke. On pense que ces lampes à huile trouvées en Sibérie et dans l’Altaï étaient un héritage des cultures de l'Yamna et des Catacombes des steppes de la mer Caspienne plus à l'Ouest, mais ne semblent pas avoir existé dans les cultures connues d’Andronovo (culture sans doute iranophone). On pourrait donc spéculer que Qiemu'erqieke Phase I aurait ses origines plus tôt que la première moitié du -IIIè millénaire. Finalement, les lampes à huile tendent à disparaître après environ -2 300, au "milieu" de la période d’Okunevo.

Autour de -3 000, les cultures d'Asie centrale rentrèrent dans l'Âge du Bronze, évinçant rapidement les cultures énéolithiques (il n'est pas clair si il s'agissait d'acculturation et assimilation ou de concurrence et conflits). Dans la seconde moitié du -IIIè millénaire, de grands changements interviennent en Sibérie méridionale. Là, des tribus du Saïan-Altaï (Sajany-Altaj), fortes de leurs montagnes riches en minerais et de leurs vallées couvertes de bons pâturages, adoptent la métallurgie et passent de la domestication des animaux à l’élevage. Les premières découvertes faites à Afanasieva gora (mont Athanase) montrent que le métal n’est alors employé dans l’outillage que pour des aiguilles, des alènes et des petits couteaux. En revanche, les ornements sont nombreux : boucles d’oreilles, bracelets et pendeloques faits d’or, d’argent ou de cuivre. L’élevage est attesté par des restes de moutons, de vaches et de chevaux, mais des os d’animaux sauvages ou de poissons témoignent que la chasse et la pêche étaient encore un élément important de la subsistance. Les cultures d'Asie centrale se séparèrent alors en deux civilisations Nord et Sud culturellement distinctes : les peuples du Nord (Qiemu'erqieke et Okunevo) développèrent une culture de prairies typique, alors que les peuples du Sud développèrent une culture de l'oasis.

 

La culture d’Okunevo suit celle d’Afanasievo dans le bassin de Minoussinsk (au Sud de la Khakassie/Khakasskaja) : la technologie complète du bronze émerge et il y a des changements et évolutions des pratiques funéraires. Les données anthropologiques montrent qu'à la population généralement europoïde se substitue une population à traits mongoloïdes. La structure des tombes, leur rituel et leur inventaire sont nouveaux dans cette région. Le décor des tombes à figures de bovidés révèle l’importance de l’élevage de gros bétail. L’outillage utilise largement le cuivre et le bronze en frappe ou en fonte. L’art rupestre, aux formes animalières et fantastiques à la fois, semble indiquer que ces tribus sont venues des forêts du bassin moyen de l’Ienisseï. Les Arimaspes sont un peuple légendaire de Scythie, au-delà des Monts hyperboréens, qui apparurent dans l'ouvrage de l’écrivain grec Aristée de Proconnèse, au -VIIè siècle. Ils guerroyaient sans cesse contre les Griffons, gardiens de l’or des trésors d'Apollon (il a été suggéré que les griffons ont été déduits à partir des os fossilisés de Protocératops, « première tête cornue », un petit dinosaure herbivore cératopsien de la taille d'un mouton ayant vécu au Crétacé inférieur en Mongolie, du fait que leur corps ressemble à celui d'un cheval et leur tête fait penser à celle d'un oiseau). Ils étaient décrits comme n'ayant qu'un œil, à l'instar des cyclopes, plus probablement parce qu'ils fermaient sans doute l'autre pour tirer à l'arc. Cette légende pourrait tirer son origine des mines d'or que l'on trouvait en Russie et spécialement dans l'Oural. Hérodote a enregistré un détail des Arimaspes : « les Issedones ont été poussés de leurs terres par les Arimaspes, et les Scythes par les Issedones ». Alors que les sources iraniennes combinaient Ariama (« amour ») et Aspa (« chevaux »), Hérodote semble avoir compris le mot scythe comme une combinaison des racines arima (« un ») et spou (« œil ») et avoir créé une image mythique pour en rendre compte. Pour certains chercheurs, les Arimaspes seraient liés au groupe de figurines à trois yeux (ajna, le sixième des sept Chakra majeurs du tantrisme hindou et plus particulièrement du Haṭhayoga, étant le troisième, du milieu) de la dépression de Minoussinsk, traditionnellement attribuées aux cultures Okunevo du Sud de la Sibérie (masques zoo-anthropomorphes).

 

 

Il a été souligné que certains rites funéraires trouvés dans les cimetières Qiemu’erqieke semblent montrer des connexions avec les cultures steppiques de l’Âge du Bronze de l'Ouest de la Sibérie, telles l’Afanasievo (certains des cadavres de Qiemu’erqieke se trouvent sur le dos mais avec les jambes fléchies : cette posture particulière est également connue à la fois dans la culture Afanasievo et parmi les sépultures des steppes européennes, mais elle est très rare ailleurs), l’Okunevo, l’Andronovo ("proche affinité" avec la phase ancienne de cette culture : poteries similaires à la forme des pots trouvé dans l'étage ultérieure du groupe Okunevo IV, daté autour de -1 900, contemporain de l'apparition de l’Andronovo, très répandu dans les steppes, dans l'Est du Kazakhstan, à l'Âge du Bronze tardif) et le Karasuk (de la fin du -IIè au début du -Ier millénaire, les montagnes et les steppes autour de l’Ienisseï supérieur et au Sud sont dominées par des sites Karasuk). Toutefois, les premières sépultures de Qiemu'erqieke ne peuvent être incluses dans aucune des cultures régionales de l’Âge du Bronze connues : il s’agit d’une culture distincte de l'Âge du Bronze ancien.

Les principales caractéristiques de Qiemu'erqieke phase I sont : enceintes rectangulaires (au maximum 28x30 m et au minimum de 11x5 m) construites à l'aide de grandes dalles de pierre ; des stèles anthropomorphes de pierre presque grandeur nature érigée le long d'un côté de l'enclos de pierre ; une ou plus d'une sépulture dans l'enceinte, toutes ou quelques-unes avec des cercueils de pierre en ciste ; le cercueil de ciste est généralement construit à l'aide de cinq grandes dalles de pierre, quatre pour les côtés et une sur le dessus, laissant la terre nue à la base ; les sépultures primaires et secondaires se produisent dans la même tombe ; certains corps décapités (jusqu'à 20) peuvent être associés à l'enterrement principal dans une ciste ; des moules de pierre indiquent une expertise métallurgique relativement complexe, sachant qu’on retrouve également des artefacts faits de cuivre pur ; des osselets de mouton (astragale) impliqueraient une tradition de garder les osselets pour le rituel (cela indique également l’élevage de moutons domestiques dans le cadre de l'économie de subsistance).

 

Les cimetières Qiemu’erqieke sont situés contre les contreforts Sud-Ouest des montagnes de l'Altaï (Aletai/Altay) et peuvent être plus étroitement liés à des cultures du Nord.

L'Altaï (les « montagnes d'or »), est la zone montagneuse où les grandes rivières Irtych et Ob prennent leur source. Ce massif montagneux, qui s'étend au Sud de la Sibérie sur 2 000 km, est un système montagneux géologiquement complexe de l'Asie centrale qui se trouve principalement en république russe de l'Altaï et au Kazakhstan, se prolongeant également vers le Sud-Est en Mongolie et en Chine par l'Altaï de Mongolie (où il se termine par le Gobi) et a une petite extension en Chine dans la province du Xinjiang. Les Hommes vivent sur ce territoire depuis très longtemps. Ce fait est attesté par la découverte dans la caverne de Denis des vestiges les plus vieux de l’Asie du Nord datant de -40 000 (hominidé de Denisova vieux de 800 000 ans, un hominidé contemporain de l'Homme de Neandertal - mais séparé de sa branche il y a 650 000 ans - et probablement de l'Homme moderne, mais possédant un génome différent). On considère d’ailleurs que le mot Altaï vient du mot Altan qui signifie « d'or », cependant, dans plusieurs langues turques le mot Altaï signifie « patrie ». Cela permet de supposer que c’est de l'Altaï que viennent de nombreux peuples, faisant de ce massif le berceau des peuples et des civilisations. Le Grand Altaï est délimité par les monts Saïan au Nord-Est, la chaîne du Tannou-Ola à l'Est et l'Altaï russo-mongol au Sud. Sa partie Ouest fait partie de l'Altaï de minerai, principalement au Kazakhstan. Les paysages de l'Altaï sont très divers, faits de hautes montagnes, de rocs pointus, de petits monts, de plaines, de combes, de steppes d'herbes sèches, de bois de conifères et de fourrés impraticables de la taïga, de lacs et de sources minérales, de rapides et de chutes d'eau. On y rencontre trois types de reliefs : les reliefs d'ancienne pénéplaine, les reliefs de haute montagne alpine de formation glaciaire et des reliefs de montagne moyenne. Les anciennes pénéplaines se présentent sous la forme de massifs montagneux avec de hauts sommets très découpés dont les versants sont transformés par l'érosion. Ces reliefs représentent un tiers de la surface de l'Altaï et se trouvent surtout au Sud et au Sud-Ouest. L'épine dorsale de l'Altaï russo-mongol, au Sud, est constituée par les monts Saïliouguem (ou montagnes Silyughema) qui n'ont une altitude moyenne que de 1 500 à 1 750 m et s'étendent sur 130 km. Les cols y sont nombreux (plus d'une douzaine), mais difficiles, le principal étant l'Oulan-Daba à 2 827 m au Sud. L'Est et le Sud-Est de cette bande sont bordés par le grand plateau de la Mongolie, la transition s'effectuant progressivement par le biais de plusieurs plateaux mineurs, tels que l'Oukok (2 380 m), le Pazyryk, la steppe de la Tchouïa (1 830 m). Le plateau de l'Oukok est une région isolée de plaines au cœur du Sud-Ouest de la Sibérie, près de la frontière avec la Chine, le Kazakhstan et la Mongolie. L'Altaï méridional, quant à lui, est un massif de hauteur moyenne de 135 kilomètres de longueur, dont le territoire est partagé par le Kazakhstan à l'Ouest et par la Russie et la Chine à l'Est. Il est recouvert de steppes jusqu'à 1 500 m d'altitude. La ceinture forestière grimpe jusqu'à 2 100 m, au-dessus ce sont les alpages et la toundra alpine qui dominent. Il possède plus de 180 glaciers. L'Altaï méridional est prolongé à l'Ouest au Kazakhstan par les monts Kalba riches en minerais (ils forment une chaîne montagneuse peu élevée du Sud-Ouest de l'Altaï : situés dans le Nord-Est du Kazakhstan-Oriental, ils s'allongent sur 400 km et possèdent des gisements d'or et de roches polymétalliques). Les massifs du Roudny Altaï, ou Altaï de minerai, qui possèdent des gisements métallifères et de minerais rares se trouvent au Sud-Ouest, partagés entre la Russie et le Kazakhstan. Ces massifs de montagne moyenne culminent entre 1 200 m et 2 000 m et diminuent en hauteur en direction de l'Ouest. Les minéraux polymétalliques que l'on rencontre dans cette région sont principalement la pyrite, la sphalérite, la galène et la chalcopyrite. Les deux zones où l'on trouve des roches polymétalliques sont deux bandes s'étirant du Nord à l'Ouest. Dans la zone de l'Irtych et dans la zone s'étirant jusqu'aux mines de Leninogorsk et au-delà vers Öskemen, anciennement Oust-Kamenogorsk, on trouve des roches comprenant de l'or, du cuivre, de l'argent, du plomb et du zinc. L'Altaï de Mongolie débute au Sud-Est du Grand Altaï dans le prolongement des monts Saïliouguem, tandis qu'à l'Ouest et au Sud, il confine à la Dzoungarie et au Gobi désertiques. Il consiste en plusieurs chaînons séparés par des vallées et s'allonge sur mille kilomètres du Sud-Est au Nord-Ouest. Sa largeur varie de 150 à 300 km. Son point culminant est le mont Mounkh-Kaïrkhan-Oula à 4 362 m d'altitude. Les hauteurs des chaînons sont érodées avec des plateaux et de nombreux glaciers dont la superficie totale est de 830 km2. Ses versants Sud-Ouest sont recouverts d'alpages et de forêts.

 

 

La construction des enclos de pierre révèle un lien étroit entre Qiemu'erqieke phase I et la tradition moyenne et finale d’Okunevo, sachant que les enceintes construites en dalles de pierre ont émergé dans les traditions à la fois d’Okunevo et d’Afanasievo. Au début d’Afanasievo, l'enceinte était circulaire sans cercueil en ciste (peut-être simple parc à moutons), mais à un stade précoce d’Okunevo les enceintes carrées de pierres avec un seul enterrement en ciste étaient dominantes (les enceintes carrées ou rectangulaires de pierres étaient une caractéristique marquée de Qiemu'erqieke phase I, ce qui suggère des relations temporelles). Dans le groupe chronologique II d’Okunevo, peut-être sous l'influence d’Afanasievo, des enceintes circulaires de pierres apparurent en combinaison avec des enceintes rectangulaires à cimetières individuels, exemples hybrides. Dans le cadre du groupe chronologique III d’Okunevo, des enceintes rectangulaires de dalles de pierre avec plusieurs enterrements émergèrent à nouveau (c'est la forme dominante dans Qiemu'erqieke phase I). À la fin du stade autour du groupe chronologique V, les traditions funéraires d’Okunevo changèrent de nouveau en enterrement unique en ciste simple. Un rite mortuaire spécifique de sépultures de décapités existait à la fois dans les traditions de Qiemu'erqieke phase I et d’Okunevo (sur le site ukrainien de Luhansk, culture proto-indo-européenne chalcolithique d’Yamna, des sacrifices humains avaient déjà lieu vers -3 600. Les pratiques d'euthanasie des vieillards datent du Mésolithique et du Néolithique. Le « terme de vie » sont des meurtres rituels et de consommation des vieillards : cette gérontophobie, ou du moins le dégoût devant l'affaiblissement physique causé par la vieillesse, a laissé des traces mythiques chez les peuples héritiers des cultures iraniennes - donc plutôt liées à Andronovo -, où le vieillard reste un personnage craint et en même temps tout-puissant), tout comme la survenue occasionnelle de motifs peints sur l'intérieur des plaques formant les cistes. Sur la base de ces comparaisons, la phase I de Qiemu'erqieke peut être parallèle au moins au groupe chronologique II d’Okunevo, vers -2 400.

 

Les stèles anthropomorphes en pierre peuvent également avoir des antécédents antérieurs. Dans l'Okunevo, il y avait des stèles anthropomorphes plus longues, minces et abstraites que celles de Qiemu'erqieke, sachant qu’il n’y a aucune indication de telles stèles dans la tradition d’Afanasievo. Cependant, plus à l'Ouest, des stèles anthropomorphes de pierre étaient associées à la culture de Kemi-Oba (datée de -3 700 à -2 200, elle s’étendait sur la face Nord-Ouest de la mer d'Azov, le Bug et le Dniepr inférieur et la Crimée. Elle avait sa propre poterie distinctive, plus raffinée que celle de ses voisins. On retrouve ses stèles de pierre ou menhirs sculptés en utilisation secondaire dans les sépultures de la culture Yamna. La culture Kemi Oba est contemporaine et recouvre une partie de la culture des catacombes, qui avait des liens avec Afanasievo). Certaines caractéristiques majeures de ces stèles, comme le collier, les mains posées sur l’abdomen et les icônes de bovins incisés sur la face avant des stèles apparaissaient également sur des stèles trouvées dans la phase I de Qiemu'erqieke.

 

 

12 enceintes rectangulaires faites de dalles de pierre ont été découvertes dans le bassin de la rivière d’Alkabek (Akhtuma, Aina-Bulak, Kopa, Bulgartaboty), dans la région du Kazakhstan oriental, près de la frontière Nord-Ouest avec la Chine (à l'ouest de Habahe, Xinjiang). Les tumulus creusés dans le bassin de la rivière Alkabek sont datés de la seconde moitié du -IIIè millénaire (Aina Bulag : -2 570 à -2 280).

Une "entrée", marquée par d'énormes dalles, était placée au milieu du côté oriental de l'enceinte. Un couloir (passage) de pierres sèches fait de petites dalles entourait et conduisait à la fosse sépulcrale. Dans tous les tumulus, sans exception, les fosses funéraires étaient situées à 2-5 m vers l'Est à partir du centre vers les "entrées". Les sépultures contenaient des poteries qui ont des analogies avec les biens funéraires de la culture altaïque d’Elunino datant de -2 300/-1 800. La culture indigène Elunino est une culture précoce et avancée de l'Âge du Bronze d’éleveurs de la steppe de la région des fleuves Ob-Irtych des piémonts altaïques de la plaine de Sibérie. Cette culture s’est formée par l'interaction de migrants, qui ont apporté avec eux la tradition de la métallurgie du bronze et de l'élevage, groupes ethniques caucasoïdes s’étant mélangés avec des populations mixtes mongoloïdes-caucasoïdes autochtones dans le piémont et la plaine de l'Ob supérieur altaïque à la fin du -IIIè millénaire.

 

 

On retrouve également la culture Chemurchek sur le territoire mongol, avec six tumulus près du centre du sum (district) de Bulgan de l’aïmag (province) de Khovd (lieux de sépultures de Yagshiin Khodoo, Kheviin Am, Buural Kharyn Ar), ainsi que quatre enclos funéraires rectangulaires (maximum 30 x 28 m et minimum 10,5 x 4,5 m) dans le sum d’Ulanhus, aïmag de Bayan-Ulgii (Kulala-Ula/Khul-Uul, Kurgak-Govi/Khuurai Gov’, Kumdi Govi/Khundii Gov’, Kara-Tumsik/Khar Khoshuu).

La province de Hovd est célèbre pour ses cycles climatiques extrêmes, avec des températures allant de 40°C à -30°C, et une aridité comparable à celle de l’Arizona. Sur 516 km, la rivière Khovd coule de la montagne altaïque Tavan Bogd (la plus haute montagne de Mongolie, à 4374 mètres d’altitude) au lac Khar-Us (lac de 1,578 km², le plus septentrional des lacs interconnectés de la dépression des Grands Lacs). À l’Est, le creux des Grands Lacs (Ikh Nuuruudyn Khotgor), est une grande dépression semi-aride couvrant une zone de plus de 100 000 km2 avec une altitude comprise entre 750 et 2000 m. La dépression est appelée ainsi car elle contient six grands lacs mongols : les lacs salés de Uvs Nuur, Khyargas Nuur et Dörgön Nuur, et d’eau douce Khar-Us Nuur, Khar Nuur et Airag Nuur. Les régions du Nord sont dominées par les steppes arides et au Sud par les (semi-)déserts. La dépression est un bassin d'eau douce important de la Mongolie et contient d'importantes zones humides d'Asie centrale. On y trouve notamment des moutons Argali, des ibex, des cerfs et des élans, et les rivières et lacs sont abondants en poissons et végétation. Pour information, Khoit Tsenkher (« la rivière bleue du Nord ») est une rivière située dans le district de Mankhan, province de Hovd, à l'extrémité occidentale de la Mongolie, dont la vallée abrite une grotte ornée (Khoit Tsenkheriyn agui), abritant des peintures rupestres réalisées entre -18 000 et -13 000. Ces peintures roses vif, brunes, rouges et ocres montrent des mammouths, buffles, bœufs, bouquetins, cerfs, moutons Argali, antilopes, chameaux de Bactriane, autruches, lions et lynx, ce qui lui a valu le surnom de « Lascaux de la Mongolie ». Les tableaux sont stylistiquement similaire à d'autres arts rupestres paléolithiques du monde entier, mais leurs caractéristiques artistiques, culturelles et historiques originales sont différentes des autres peintures rupestres de Mongolie et ses pays voisins.

Bayan-Ölgii est la province mongole la plus élevée, son massif comprenant plusieurs glaciers (tel le Potanin, de 19 km). Environ 10% du territoire sont couverts de forêts, composées principalement de mélèze sibérien. De nombreux monuments funéraires et plusieurs milliers de pétroglyphes découverts sur trois sites (Tsagaan Salaa-Baga Oigor du sum d’Ulaankhus, Tsagaan Gol supérieur/Shiveet Khairkhan et Aral Tolgoi, tous deux dans le sum Tsengel) illustrent le développement de la culture en Mongolie sur une période de quelque 12 000 ans. Les images les plus anciennes reflètent une époque (-11 000 à -6 000) où la zone était en partie boisée et où la vallée offrait un habitat aux chasseurs de gros gibier. L'imagerie rupestre comprend des mammouths, rhinocéros et autruches. Les représentations postérieures (-6 000 à -4 000) reflètent la réaffirmation progressive de la végétation steppique dans cette partie de l'Altaï et correspondent à la transition vers le pastoralisme comme mode de vie dominant. Cette période se traduit par des images majestueuses de wapitis, aurochs et bouquetins. Ces animaux habitaient l'Asie du Nord quand la région était beaucoup plus froide, plus sèche et couverte de graminées et d’herbacés bruts plutôt que de forêts. Les deux plus grands sites, Tsagaan Salaa-Baga Oigor et Tsagaan Gol supérieur, comprennent une gamme unique de documents relatifs aux Âges du Bronze et du Fer. Ils comprennent environ 10 000 figures sur le côté opposé au lever du soleil, gravées sur les roches de montagne sur une superficie de 15 km2. Les gravures de Tsagaan Salaa et Baga Oigor remontent à la période néolithique (-6 000 à -3 000) et à l'Âge du Bronze (-3 000 à -1 000). Les sujets principaux représentés sont le bétail et le gibier, individuellement et en troupeaux souvent de plus de 100 bêtes. Les scènes de chasse sont également figurées en bonne place. Ces peintures rupestres sont riches non seulement en nombre, mais aussi en significations, expressivités, sujets et compositions. Ce sont d’importants monuments de l'art de la transition de l’ancienne société de chasseurs-collecteurs à l'élevage de bétail et au début de l'économie nomade classique de Mongolie.

Dans les Montagnes dorées, le site de pétroglyphes de Kalbak-Tash est situé sur la rive droite de la rivière Chuya/Tchouia, à 12 km en amont du confluent avec la Katun (Sud-Est de la République russe de l'Altaï), tout comme des autels de pierre et les « gardiens du temps », des stèle-menhirs dont des rainures circulaires divisent la "tête" des "jambes" (non loin du village d’Inia/Inja). Plusieurs autres sites célèbres d’art préhistorique [Bichiktu-Bom, Zhalgiz-Tobe, Kurmantau, Turu-Alty, lrbistu, vallée de la Kok-Oziok (affluent gauche de la Chuia, dans le vaste territoire de la steppe Chui), Kurgaka, colline d’Adyr-Kan, région de Kosh-Agach, Dzhasater, Kulgutinsk Spring sur le Plateau d’Ukok], se rattachent aux plus vieilles figures de l’Altaï du Sud-Est et sont attribuables à l’Énéolithique/Âge du Bronze Ancien. On y trouve surtout des marals (cerfs sibériens) et des élans. Les gravures rupestres sont en relation avec des sanctuaires ou constituent elles-mêmes des sanctuaires. De manière régulière, les grands ensembles sont situés dans des endroits relativement accessibles, la plupart du temps ils sont bien éclairés, orientés au Sud, et spectaculaires. D’autres éléments ont aussi un sens, par exemple la relation entre les gravures rupestres et leur environnement naturel : les montagnes, la végétation, l’eau, le degré d’ensoleillement, le matériau, la densité, la forme, la couleur de la roche. Parfois des lieux de sacrifice, avec du matériel de chasse, des équipements, des outils, de la céramique, des objets de parure sont présents près des dessins rupestres. C’est le cas à proximité des sanctuaires, le caractère original naturel des lieux étant utilisé dans le processus de réalisation des gravures rupestres. Parfois on trouve des terrasses rocheuses, parfois de telles plateformes sont situées dans les clairières précédant les roches comme à Bichiktu-Bom (où l’on trouve également une stèle-menhir) ou à Talda (au lac Hoton). Les sanctuaires, sans aucun doute, étaient les centres de culte de grandes régions. On y trouve, des symboles de culte solaire (signes solaires, animaux, bateaux), des dessins expliquant la structure du monde (dessins du monde inférieur, moyen et supérieur), des images d’animaux sacrés, des symboles de renaissance et des signes magiques.

Les pétroglyphes du site de Djuramal en Altai russe représentant pour la plupart des animaux, sont concentrés sur trois grandes falaises rocheuses. Deux de ces gisements se situent l’un à côté de l’autre, sur le bord droit de la vallée du Karagem, un troisième se trouve à environ 2 km de la jonction du fleuve Karagem avec le fleuve Argut. Les plus anciennes représentations, plus généralement piquetées,  furent effectuées à l’Âge du Bronze, comme les bovins, les chevaux, les images anthropomorphes et une figure de chariot. L’existence de cette galerie d’images rupestres à côté d’un chemin traditionnel de chasseurs actuels qui, comme au cours des millénaires précédents, poursuivent les bouquetins dans les rochers attenants, expliquera la continuité de la tradition de l’art rupestre sur les surfaces déjà choisies par les peintres de l’Âge du Bronze. Sur le pic de l’une de ces falaises, on a placé le crâne d’un bouquetin avec des grandes cornes, de même on peut observer sur les pétroglyphes le renouvellement fréquent des anciennes figures par des personnes actuelles.

Mugur-Sargol est un sanctuaire sur l'Ienisseï qui possède une des plus importantes concentrations de pétroglyphes sibériens de l'Âge du Bronze, martelés et plus rarement gravés, situés dans le canyon des monts Saïan. On y voit des attelages de chasse et des animaux sauvages ainsi que des chèvres, moutons, bovins, d’énigmatiques disques à cornes, tout comme d’étranges guerriers avec un casque et un arc.

On retrouve également des pétroglyphes dans le Kazakhstan oriental. Les environs de la gorge de Tamgaly, « lieu peint/marqué », relativement luxuriante par rapport aux vastes et arides monts Chu-Ili (à 120 km au Nord-Ouest d'Almaty), recèlent une remarquable concentration de quelque 5 000 pétroglyphes. Ils représentent des animaux - cerfs, chevaux, bouquetins, chameaux - et des scènes cultuelles, avec notamment des anthropomorphes adorant des hommes-soleil. Répartis en 48 ensembles avec les sites funéraires et les peuplements associés (enceintes de pierres avec des cistes, datées du milieu et de la fin - culture d’Andronovo, avec urnes à crémation - de l’Âge de Bronze), ils témoignent de l’élevage, de l’organisation sociale et des rituels des peuplades de pasteurs. La gorge centrale contient la plus forte concentration de gravures et ce qui est estimé être des autels, suggérant que ces lieux étaient utilisés pour des offrandes sacrificielles.

Les pétroglyphes d’Asie centrale sont répandus par milliers sur toutes les montagnes et les pointements rocheux de la région. Aux côtés de l’archéologie funéraire, bien représentée, ils reflètent de nombreux aspects de l’art, de la religion et des coutumes des sociétés nomades de cette vaste zone steppique. Ils s’étendent des époques les plus hautes du néolithique et même semble-t-il du paléolithique jusqu’à nos jours, en passant par les âges du Bronze, du Fer et du Moyen Âge. Les pétroglyphes sont étroitement apparentés aux représentations sur les stèles de pierre des mêmes époques qui parsèment la steppe, liées aux structures funéraires contemporaines : dalles gravées de la culture d’Afanasevo, stèles sculptées de la culture d’Okunevo. La plupart des pétroglyphes appartiennent à un art animalier, mais leurs styles sont divers et incluent le célèbre « style animalier scytho-sibérien » : élan, cerf, maral, aurochs, cheval, sanglier, panthère, léopard des neiges, bouquetin, mouflon, chameau, ours, oie, aigle, grue, loup, chien, chevreuil, yak, etc, qui sont figurés en proportions variables selon les fonctions, les lieux et les époques. Des être humains apparaissent aussi, souvent dans de fascinantes compositions narratives : chasses à courre ou en battues, combats et duels à armes diverses, sexe, caravanes variées, danses, naissances, déplacements en char, en bateau, ou encore des scènes de la vie d’éleveurs ou d’adoration. Les êtres imaginaires ne sont pas oubliés. On rencontre des personnages masqués ou de simples masques, des êtres cornus et d’autres emplumés dans des poses étranges qui évoquent les mondes chamaniques. Des monstres surgissent, cornus, dentés, écailleux, griffus, simples prédateurs ou véritables dragons.

Alors qu’au Néolithique dominent des gravures rupestres d’élans femelles, au Chalcolithique et au Bronze apparaissent des bovins, des anthropomorphes, des masques ainsi que de grandes stèles sculptées de masques et de monstres dans le bassin de Minusinsk, tandis que l’on orne de peintures des dalles funéraires dans l’Altaï. Il s’agirait d’un système de représentations qui s’ordonne à toutes les époques autour de la croyance en une grande déesse-mère, dont les images évoluent au cours des âges en fonction des transformations de l’économie et de la société ainsi que des influences extérieures : ses représentations, d’abord animalières, deviennent ensuite anthropomorphiques. Cette Magna Mater régit les cycles de la vie et de la mort, contrôle la fécondité et la régénération. Les anthropomorphes de Karakol ne sont pas sexués mais on peut les assimiler à des femmes-oiseaux qui sont associées aux bovins (vaches). Il en va ainsi dans les pétroglyphes de Tamgaly, Sajmaly-Tash, Mugur-Sargol. Sur les stèles Okunevo aux figures monstrueuses composites du bassin de Minusinsk, pas de symbolisme solaire, mais des masques bovins surmontés de plumes ainsi que des ventres gravides. Les scènes de batailles, les figures phalliques, parfois avec des animaux, les personnages dansant ainsi que les chars se rattacheraient à un univers mythique et rituel ou quotidien. On peut y voir des préfigurations du chamanisme (voyage des âmes, axe du monde, dépendance des animaux, transformations et passage) à une époque où la fonction sacerdotale chamanique n’était pas encore l’apanage d’individus isolés concentrant les pouvoirs. Les pétroglyphes représenteraient un élan cosmique, mère animale primordiale, matérialisée par la constellation de la Grande Ourse : un axe du monde Sud-Nord entre le monde des vivants et celui des morts, matérialisé par l’Ienisseï ; ou des divinités opposées, favorables et féroces, subordonnées à une Grande Déesse, la "déesse-cerf" (et non "déesse-biche" puisqu’elle possède une ramure). Des représentations néolithiques d’élans femelles, on passerait à la grande déesse vache ou oiseau, mi-femme, mi-animal, sous l’influence de croyances largement répandues depuis le Proche-Orient.

Au Chalcolithique et au Bronze ancien, d'après les dalles funéraires de Karakol', les personnages sont des divinités. Des personnages cornus mènent dans de grandes barques des entités anthropomorphiques sans membres, dans un environnement où évoluent bovines, élans, ours. Entre les massifs du Sajan-Altaï et la taïga, l'Ienisseï constitue une artère Sud-Nord, et les sites à pétroglyphes sont placés à la confluence des rivières Tuba et Abakan avec ce fleuve, dans une zone autrefois d'îles boisées et de ripisylve. Si, à un tel lieu de passage s'ajoute une notion de saisonnalité (automne pour tous ces animaux et fin du printemps pour les ours c'est-à-dire la saison des eaux libres, indiquée par le bateau d'Ust'-Tuba), il devient aisé d'imaginer une symbolique et une mythologie faisant place à la reproduction, à la migration et donc aux cycles de la vie et de la mort : rappelons les croyances sibériennes de l'origine de la vie au Sud et du voyage des âmes des morts en bateau vers le silence glacé de la nuit polaire, dans le Nord où vont se perdre les eaux de l'Ienisseï comme des autres grands fleuves de ce pays.

On peut attribuer certains de ces pétroglyphes de l'Altaï (tout comme ceux du Shaman Rock dans les gorges de la rivière Kucherla) et du Kazakhstan oriental, ainsi que d’autres illustrations de taureaux avec "deux jambes" et des cornes en forme de S (animal, solaire, aux cornes arborescentes : mythe de la renaissance de la vie) ainsi que la vaisselle de pierre d’Uglovsky, région de l'Altaï russe, comme appartenant à la culture Chemurchek.

 

Les tumulus de Bayan-Ulgii ressemblaient à des enceintes rectangulaires de pierres, orientées sur leur côté le plus long dans la direction Ouest-Est (Kulala-Ula était axé Nord-Sud), comprenant des fosses communes. Des piliers en pierre (stèles) étaient érigés sur le côté Est de deux des quatre monticules précitées (la stèle près du tumulus de Kulala-Ula a été trouvée sur le côté Sud de la butte et a été travaillée pour ressembler à un torse humain ; de même, sur le site funéraire appelé Kopa 1, une stèle en pierre avait été travaillée pour ressembler à une figure humaine et était érigée sur le côté Est de l'enceinte). Près du tumulus de Kara-Tumsik, une de ces stèles colorées avec de l'ocre (ruddle : rouge, utilisé également pour marquer les moutons) a été trouvée fichée verticalement dans le sol à l'intérieur de l'enceinte, sur le côté Est de la tombe.

 

Certains outils en os qui ont été trouvés dans ces tumulus sont semblables aux outils de la culture Elunino (-2 300/-1 800), tandis que la poterie et des balles de pierre avec des trous (trouvées à Kulala Ula 1 et Kumdi Govi) ressemblent à des découvertes qui appartiennent à la culture Okunevo (-2 200/-1 700) et à celle de Samus (1000 km au Nord du lac Zaysan).

Le tumulus Kurgak-Govi 2 a été couplé avec le tumulus Kurgak-Govi 1 de la culture d’Afanasievo dans un lieu de sépulture distinct, tous deux datés de -2 800/-2 600 (les sépultures secondaires Chemurchek de ces tumulus remontent à -2 500/-2 200). Cela indique que dans la première période de l'existence de la culture Chemurchek, sa population dans la région de l'Altaï coexistait avec la population de la culture d’Afanasievo. Un pilier érigé sur le côté oriental d’un tumulus de la culture d’Afanasievo ainsi que les découvertes de pointes de flèches en os semblables aux flèches des tumulus Kulala-Ula 1 et Kara-Tumsik confirment cette coexistence initiale.

 

Les lieux de sépulture de Bulgan ressemblent à d’énormes réceptacles en pierre, orientés Est-Ouest, constitués de dalles de pierre massives situées sur la surface ancienne ou fichées dans le sol, et utilisés comme une crypte pour de nombreuses sépultures (jusqu'à 10 personnes). Les réceptacles en pierre (non couvert !) ont été renforcés par l'extérieur grâce à des pierres d’encadrement ou des cairns qui se chevauchent les uns les autres, et ont été suppléés avec des "façades" de blocs légers. Les monticules Yagshiin Khodoo 1 et 3, Kheviin Am 1 et Buural Kharyn Ar étaient composés de trois de ces cairns (façades), tous les autres monticules de deux. Les tumulus Chemurchek dans la vallée de la rivière Bujant étaient de même construction.

 

Près du côté oriental du tumulus Yagshiin Khodoo 3 avait été érigée une statue Chemurchek typique : un homme portant un casque, le visage tourné vers le Sud, la poitrine à découvert, tenant une "crosse"/houlette (bâton de berger) et un arc dans ses mains. Sur le côté oriental du tumulus Kheviin-Am 1 a été découvert une "entrée" rituelle en forme de portique, faite de minces plaques verticales et d’une chaussée de blocs de pierre. Les parois des réceptacles en pierre de Bulgan étaient décorées dans les temps anciens à l'aide d'une peinture rouge.

Des caissons funéraires similaires, avec des statues de pierre érigées près d'eux, ont été découverts dans le bassin de la rivière Ertix. On peut observer de tels sites dans le bassin de la rivière Chemurchek dans le comté de l'Altaï, et un tumulus de construction similaire près de Samute (comté de Qinggil/Qinghe), associés à une statue de pierre de type Chemurchek. En outre, un caisson de pierre similaire avec deux cairns de pierre environnants a été découvert dans le district Tretyakovo de l'Altaï (Russie), près de la frontière du Kazakhstan. Des caissons de pierre des sums de Bulgan et d’Hovd ont livré des ornements en plomb et en cuivre ainsi qu’une vaisselle en poterie, qui sont similaires à des objets appartenant à la culture Elunino (-2 300/-1 800), sachant que les sépulcres du type "Bulgan" sont datés à partir du monticule Yagshiin Khodoo 3 de -2 470/-2 150.

 

 

Ainsi, des monuments funéraires Chemurchek montrant un certain nombre de caractéristiques qui les distinguent de tous les autres monuments connus de l'Âge du Bronze d'Europe et d’Asie orientales, sont apparus soudainement dans les contreforts de l'Altaï mongol, du lac Zaisan à la rivière Bulgan, dans le milieu du -IIIè millénaire. Toutes les caractéristiques ne sont pas représentées dans le complexe dans chaque monticule, mais elles sont réparties dans des régions distinctes, ce qui entraîne l'origine de types particuliers de constructions de sépultures.

On peut supposer que, premièrement, il y avait une unique source de toutes ces innovations, mais par la suite les tribus d'une même culture se sont réparties dans l'Altaï et ont conservé des combinaisons séparées et différentes de caractéristiques des traditions de rite funéraire.

 

Où sont toutes les caractéristiques des monticules Chemurchek représentés comme un ensemble complexe ?

Cette situation se trouve dans l'Ouest et le Sud de la France. Outre les analogies dans la construction de tumulus, on y trouve des analogies dans la forme et l'ornementation des vaisselles et dans la décoration des sculptures en pierre (qui plus est, deux personnes de sexe masculin du tumulus Aina-Bulak 1-3 appartenaient à des "Européens" par la lignée maternelle, ADN mitochondrial). Toutes les analogies d’Europe de l’Ouest datent de la période précédant l'apparition des monuments Chemurchek dans l'Altaï.

Rien tel que ces formes de construction de sépulture et de poterie n’a jamais été trouvé parmi les monuments du -IIIè millénaire sur le territoire entre la France et l'Altaï. C'est pourquoi on suppose qu'une partie de la population de l'Europe du Sud-Ouest a migré vers l'Altaï au début du -IIIè millénaire (les monticules Chemurchek fouillés en Mongolie ont livré des crânes de type brachycéphales europoïdes : ces gens diffèrent strictement des gens de la culture d’Afanasievo, qui étaient grands et dolichocéphales).

 

Il existe une multitude de cultures archéologiques connues entre la France et la Chine, qui ont habité ce vaste territoire avant l'apparition du peuple Chemurchek en Asie centrale avant le milieu du -IIIè millénaire. Ces cultures étaient la culture Afanasievo de l'Altaï, les cultures "énéolithiques" du Kazakhstan, les cultures "énéolithiques" de la Sibérie occidentale (Bolshemysskaya kultura, etc.), Repinola, Yamna classique tardif et les cultures anciennes Catacombnaya (Culture des Catacombes), qui s'étaient propagées vers l'Ouest et l'ensemble de la steppe eurasienne était occupée par elles.

Mais les constructions funéraires de ces cultures n'avaient rien en commun avec celles de la culture Chemurchek, tout comme les types Chemurchek de vaisselles apparaissent unique pour la région. À l’exception des vaisselles d’origine Afanasievo et Elunino, les poteries et vaisselles de pierre Chemurchek ont des formes spécifiques sans aucune décoration ou avec un décor de lignes profondément rayées avec des pétoncles triangulaires (pecten, « le peigne de mer », c'est-à-dire la coquille St-Jacques). Toutes les cultures des steppes eurasiennes de cette période avaient des poteries absolument différentes.

Les proportions allongées des enceintes Chemurchek des types "Bayan-Ulgii" et "Ke'ermuqi" peuvent être retracée jusqu’à des enclos rituels rectangulaires ou trapézoïdaux, les "tertres tumulaires", qui avaient été construits au -Vè/-IVè millénaire dans l'Ouest et le Sud-Ouest de la France. Il n'y a pas de signe de sépulture dans ces constructions, mais des signes de feu, des os brûlés et de la poterie s’y trouvent généralement, et parfois des fosses remplies de pierres et de terre mélangées à des charbons de bois et des trottoirs en pierre (pavés) dans l’Ouest de la France. En outre, sur les exemples des monticules de Kumdi-Govi et Kurgak-Govi 2, les enceintes rectangulaires à Bayan-Ulgii avaient d'abord été utilisées à des fins rituelles : une fosse avait été creusée au centre de l'enceinte, remplie avec de la terre mélangée à du charbon de bois, puis une tombe fut aménagée dans le contenu de ce puits et alors seulement l'espace intérieur de l'enceinte fut remplie de pierres.

 

Comme déjà mentionné, les cairns qui enveloppaient sur son périmètre une chambre centrale de pierre et se recouvraient partiellement les uns les autres pour former une sorte de "pyramide à degrés" semblent être une caractéristique unique de monticules qui ont été étudiés dans le sum de Bulgan de l’aïmag d’Hovd. Cette pyramide n'a pas été construite de bas en haut, mais du centre vers l'extérieur. Ces cairns pouvaient consister de pierres ou de terre recouverte d'une couche de pierre. Les monticules de Yagshiin Khodoo 1 et 3, Kheviin Am 1 et Buural Kharyn Ar notamment étaient composés de trois de ces cairns ("façades", sorte de système à comparer avec la peau de l'oignon), tous les autres monticules de deux. Les monticules de ce type en Chine étaient de même construction, ainsi que les tumulus Ulaan Khudag I-12 et Ulaan Khudag II-3.

 

Le lieu d'origine de cette tradition est à rechercher dans la région de la côte atlantique de la France (Basse-Normandie, Bretagne, Pays-de-Loire, Poitou-Charentes), et les sites les plus au Sud qui possèdent cette caractéristique de construction ont été trouvés dans les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Seulement dans ces régions des monuments d'une époque antérieure ont été découverts, qui comprenaient dans leur construction des cairns périmétraux se chevauchant (ces cairns pouvant être dix). Ces "façades" se chevauchant les unes les autres comme une peau d'oignon ont été révélées dans la construction de la majorité des tombes à couloir ("passage graves") de l’Ouest de la France (cairns mégalithiques avec sépultures à chambres compartimentées).

Les "cairn façades" de ces monticules sont faits de dalles de pierre posées à plat l'une sur l'autre, en utilisant une "maçonnerie sèche" (sans liant). Ces monuments trouvent leur origine au début du -Vè millénaire et ont été construits jusqu'au milieu du -IVè millénaire, les activités funéraires au sein de ces monuments ayant continué jusqu'à la fin du -IVè millénaire puis à la fin du -IVè millénaire toutes les tombes à couloir ont été arrêtées et abandonnées. Dans la plupart des cas, les monuments de la période ultérieure ont perdu la multiplicité des "façades", qui ont été réduites à un cairn sur le périmètre d'une "galerie" ou d'une chambre funéraire. Parmi eux, il y avait des monuments avec des cairns périmétraux qui formaient des "façades" se chevauchant : ce furent les premières allées couvertes, "gallery graves" (dernier tiers du -IVè millénaire), ainsi que les dolmens du Sud de la France (milieu du -IIIè millénaire).

Ainsi ce sont les derniers monuments avec la particularité significative susmentionnée, qui existait pendant la période de temps proche de l'époque d'apparition des tribus Chemurchek dans l'Altaï. Les cairns périmétraux des premières allées couvertes, qui n’étaient pas élevés et étaient en face de dalles de pierre inclinées ou verticales (pas en face de pierres sèches), ressemblaient très étroitement au type "Bulgan" des monticules Chemurchek. Il y avait deux de ces cairns dans la construction des tumulus Liscuis I (-4 250/-3 700) et II (-3 500/-2 850), dans les Côtes-d’Armor. Les deux cairns, en sol et petites pierres, n’avaient pas plus d'un mètre et faisaient face à des dalles de pierre inclinées. L'allée la plus au Sud avec des cairns périmétraux, ayant des façades traditionnelles, était l’allée couverte/grand dolmen à couloir de Saint-Eugène dans l'Aude (Laure Minervois, entre Carcassonne et le début des monts métallifères du Minervois), qui date de la période autour de -3 300/-3 000.

Certains dolmens possédaient une plate-forme extérieure de pierre avec une "façade" faite en maçonnerie sèche ou avec des dalles verticales, qui était entourée par un autre cairn périmétral. Tels étaient les "dolmens à vestibule" ou "dolmens angevins" du Quercy avec un court portail de dalles debout (surtout dans le Tarn et le Lot). L'origine de cette particularité architecturale a été attribuée à des traditions de construction de tombes à couloir, les monuments de ce type remontant à la lisière des -IVè et -IIIè millénaires. Les tumulus Chemurchek du type Bulgan ont conservé les restes de portails de pierre debout (l'imitation de ce portail a été fouillée sur le côté oriental du tumulus de Kheviin Am 1 et une mince dalle de pierre dressée a été fouillée entre le tumulus et la sculpture de Yagshiin Khodoo 3). L'analogie la plus proche du type "Bulgan" des monticules Chemurchek est le dolmen de l'Ubac près de Goult (Vaucluse, entre Apt et Cavaillon), qui appartient à la même période.

Les enceintes funéraires du Kazakhstan se composaient d'un couloir avec des murs en pierres sèches entourant une chambre funéraire, qui était généralement située de manière asymétrique dans l'enclos. Ces passages avec des murs en pierres sèches avaient été construits plus tôt uniquement dans les monuments funéraires de la côte atlantique de l'Europe occidentale, dans les tombes à couloir mentionnées ci-dessus. Ces couloirs semblent être la caractéristique la plus distinctive des monticules du début du -Vè millénaire au milieu du -IVè millénaire.

Dans le -IVè millénaire, des dalles verticales ont été utilisées avec une fréquence croissante en tant que palier supplémentaire dans l'érection des couloirs. Au cours de la période du Néolithique final, les allées couvertes furent complètement construites en dalles de pierre verticales, et dans les derniers dolmens, comme le type "angevin" ou "dolmens du Quercy", de petits portails ont été faits de dalles verticales.

Cependant, dans une seule région la maçonnerie en pierre sèche apparaît être un signe des monuments mégalithiques du Néolithique final : il s’agit d’un groupe spécifique de monuments dans le Sud de la France, les dolmens à murs latéraux en pierre sèche du Languedoc Oriental. Ces monuments étaient répartis non seulement dans le Languedoc Oriental et dans le bassin du Bas-Rhône (Gard, Ardèche), mais aussi vers l'Est jusqu'à la frontière italienne (Bouches-du- Rhône, Vaucluse, Alpes-Maritimes), et à l’Ouest dans l'Hérault. La particularité de ces monuments est l'utilisation de pierres sèches dans la construction de couloirs qui continuent vers un dolmen, et parfois dans l'érection de la chambre elle-même. Il y a des cas où une chambre était presque unie à un couloir en un seul ensemble, ce qui semble être l'analogie la plus proche avec le type "Kazakhstan" des tumulus Chemurchek : cela concerne le Languedoc, dans la période du dernier tiers du -IVè millénaire au début du -IIIè millénaire, avant les origines de la culture Fontbouisse.

 

 

Comme déjà mentionné, la poterie trouvée dans les sépultures Chemurchek du Kazakhstan et de Mongolie ressemble beaucoup à la poterie typique de la culture Elunino. Elunino était une culture importante, avec des activités métallurgiques, dont la population pratiquant principalement l'élevage occupait les steppes au Nord-Ouest des montagnes de l'Altaï dans la période approximative de -2 300/-1 800. L'anthropologie de la population était mixte, avec des types europoïdes et mongoloïdes, l’ADN mitochondrial/maternel montrant des caractéristiques mongoloïdes. La vague de migration des tribus de la communauté d’Andronovo culturels poussa les habitants des contreforts de l'Altaï et du Sayan au Nord vers la zone de la taïga du Sud, où leur type physique (anthropologiquement issu de la formation anthropologique d’Eurasie du Sud, de type altaïque) s’est confondu avec les tribus locales, anthropologiquement issues de la formation anthropologique d’Eurasie du Nord, de type ouralienne.

 

La tradition de la poterie était d'origine locale, des vaisselles similaires étant connues dans des monuments néolithiques du Nord du Kazakhstan. C'est pourquoi les découvertes de poteries du type Elunino dans la partie Nord de la zone de la culture Chemurchek peuvent être considérées comme résultant de contacts culturels entre les populations Chemurchek et Elunino. La même explication peut être donnée pour la similitude des types d’ornements de plomb et de bronze à étain ainsi que pour l'apparition d'outils Elunino typiques en os (dits percuteurs) dans les sépultures Chemurchek. On peut également supposer que la composante europoïde de la culture Elunino a été directement liée à la pénétration de la population Chemurchek depuis les régions du Sud. Toutefois, la majorité des vaisselles en poterie et en pierre qui se trouvaient dans le Xinjiang et dans l’Altaï mongol du Sud différaient fortement de celles des traditions contemporaines et anciennes par la forme et l'ornement.

Les vaisselles en poterie et en pierre étaient caractérisées par les mêmes types de formes et de décoration. Le type de décoration le plus courant ressemblait à une ligne horizontale avec des pétoncles triangulaires allongés sous le bord de la vaisselle. Les poteries de ces formes, presque sans décoration, étaient caractéristiques du Néolithique Final et Tardif dans l'Ouest et le Sud de la France, et aussi en Espagne. En Bretagne, ces vaisselles sont attribuées à un type appelé Conguel. Dans la région Poitou, ces formes se trouvaient dans le contexte des cultures Peu-Richard et Artenac, et vers le Sud ce type de poteries était caractéristique de la culture Ferrières et ses environs (La Roquette, à Tresques dans le Gard, proche de Bagnols-sur-Cèze et en face d’Orange), la poterie du type Ferrières comprenant des formes sphéroïdes, ainsi que des formes en "bombe" et "sac". La décoration des pétoncles triangulaires multipliés et des horizontales allongées semble être un signe particulier de la poterie de cette culture. Parmi les poteries des territoires Chemurchek du Nord, une ornementation similaire était également présente, mais rarement. Une poterie de forme sphéroïde avec la bouche contractée et des horizontales allongées était plus typique du Néolithique Final de la Galice espagnole et de la côte atlantique de la péninsule ibérique dans son ensemble (grotte sépulcrale d'Avellaner, Cogolls, Les Planes d'Hostoles, la Garrotxa, Huelva). Il est à noter que la poterie Ferrières s’étalait sur presque le même territoire que les "dolmens du Quercy" et les chambres précitées avec parois latérales en pierres sèches. Cette poterie a été trouvée principalement dans des grottes, généralement en date de la même époque que les constructions funéraires mentionnées ci-dessus, c'est-à-dire à partir de la fin du -IVè au début du -IIIè millénaire.

 

 

Les statues de pierre ciselées par des Chemurchek étaient un phénomène absolument particulier sur le territoire des steppes d'Asie au -IIIè millénaire (environ 70 statues préhistoriques sont connues dans le Nord du Xinjiang, certaines d'entre elles ayant été trouvées près de tumulus rectangulaires Chemurchek). Les différences entre les sculptures Chemurchek et les statues turques étaient essentielles. Si l'on considère les statues de la région de la mer Noire, qui datent de la période la plus proche avant l'existence de la culture Chemurchek, leur style était très différent du style de Chemurchek, mais les statues les plus similaires se trouvaient beaucoup plus loin vers l'Ouest, en France. Les caractéristiques des statues Chemurchek étaient les suivantes : le visage aplati était marqué par des contours en saillie et un nez droit en relief était généralement connecté avec lui, les yeux étant marqués par des cercles ou des disques en saillie. Une ceinture ou un collier parfois constitué de plusieurs rangées étaient modelés sur le cou. À en juger par les muscles pectoraux indiqués, les personnages étaient dépeints nus. Dans un cas, les omoplates avaient été représentées par deux contours saillants, qui se rejoignaient presque au centre du dos. Les statues-menhirs de la région de la mer Noire (en Ukraine, première iconographie des Indo-Européens) se distinguaient par des omoplates modélisées sous forme de triangles, ne montraient pas un contour en saillie autour des visages et les yeux étaient marqués par des rainures.

 

Certaines statues-menhirs du Sud de la France étaient caractérisées par le contour en saillie du périmètre du visage, connecté avec un nez droit, les yeux indiqués par des cercles ou des disques en saillie, les omoplates marquées par deux boucles, et une ou plusieurs gaines décorant la nuque. Une houlette/crosse de berger avec l’extrémité supérieure crochue était généralement représentée sur les statues du Sud de la France, de la région de la mer Noire, et sur des sculptures Chemurchek. Certaines stèles Chemurchek étaient également décorées avec un arc, mêmes images d'arcs qu’on pouvait voir sur les sculptures du Néolithique Final de la région Midi-Pyrénées et de Sion (Valais suisse).

Il convient de mentionner que les images d'arcs et de flèches étaient typiques des anciennes chambres funéraires mégalithiques de Bretagne (Runesto, Île Longue, Le Déhus, Gavrinis, Barnenez). Sur certaines statues Chemurchek, une gaine était complétée par des triangles de suspension et des ornements semblables qu’on pouvait voir sur les statues en Suisse, Italie du Nord, Espagne, qui appartenaient à la période du Néolithique Final et du début de l'Âge du Bronze (mais on peut supposer que certaines d'entre elles datent du début du -IIIè millénaire).

 

Les statues Chemurchek affichaient une bouche représentée avec ses angles tournés vers le bas, et les statues européennes des -IVè/-IIIè millénaires ne montraient pas une bouche marquée. L'analogie la plus proche de cette tradition peut être trouvée dans les statues beaucoup plus anciennes du site de Lepenski Vir en Croatie, qui date du -Vè millénaire. Cette tradition avait influencé l'origine et le développement des traditions de sculpture de la fin du Néolithique d'Europe, mais les formes de transition n'ont pas encore été trouvées.

Selon plusieurs de ces caractéristiques, à savoir le contour saillant du visage, la ceinture avec des pétoncles triangulaires, et un arc et une houlette/crosse à la main, des statues de type "Sion-Aoste" des Alpes, du groupe 2, 3 du Gard aux Pyrénées et quelques découvertes de Catalogne semblent être les plus semblables aux statues Chemurchek (mais la tradition Chemurchek pourrait provenir de la jonction de ces différents types).

Beaucoup de groupes de statues françaises étaient connectées avec des constructions funéraires. Dans les tombes à couloirs anciennes de Bretagne, des stèles anthropomorphes avaient été érigées à l'entrée d’une tombe (Guennoc III). Les stèles du Languedoc Oriental, de type 2 du Gard, se trouvaient dans les couloirs de grottes funéraires, particulièrement dans la grotte-aven de Meunier (sur le territoire de la commune de St-Martin-d'Ardèche, à la limite de celle de St-Marcel) où l'entrée d'une construction funéraire était encadrée par deux stèles (une sépulture mégalithique à Sion, dans le Valais suisse, datée de -2 900/-2 700, apporta la preuve que des statues de pierre étaient érigées primordialement aux entrées des portails de dolmens). Il est très possible de dater des statues de type Sion-Aoste (très similaires à Chemurchek) et des statues du Languedoc (par exemple du Mas de l'Aveugle, Collorgues, quelques kilomètres à l’Ouest d’Uzès) avec les contours des visages en saillie et des crosses aux débuts du -IIIè millénaire, période très proche du début de la culture Chemurchek dans l'Altaï.

On peut également trouver des analogies dans le Sud de la France avec des cas où des stèles avaient été érigées près des constructions funéraires Chemurchek au lieu de statues. En particulier dans le monticule Kara-Tumsik, où une stèle trapézoïde avait été fichée en terre, sa partie large vers le haut, et de nombreuses "stèles-haches" similaires de forme trapézoïdale ont été trouvées dans le Sud de la France, dans le voisinage de sépultures du Néolithique Tardif. Ces sites sont situés dans les départements du Lot, de l'Hérault et du Vaucluse. Sur le site funéraire de Château-Blanc (Ventabren, Bouches-du- Rhône, entre Salon-de-Provence et Aix-en-Provence), des stèles avaient été fichées dans le sol avec l'extrémité étroite vers le bas sur le côté Ouest des cairns des monticules 1 et 2. Ces tumulus datent du Néolithique Final (-3 400/-2 900).

 

 

Dans le cas des stèles anthropomorphes, on présume qu’il pourrait s’agir de l’image d’un chef guerrier indo-européen, prolongement de l'ancien concept d'héroïsme centré autour de l'image du héros en tant que défenseur et vainqueur des bovins. En effet, on trouve souvent ces pierres de mémoire dans les sociétés d'élevage de bovins avec de forts vestiges de l'organisation sociale archaïque et des traditions de raids pour capturer du bétail. Le rôle exceptionnel joué dans l'économie de la période par l'élevage conduit à la suggestion que l'objet principal des guerres entre les tribus des steppes pouvait être de bons pâturages et des troupeaux de bétail.

Les termes indiens de base pour les pierres de héros sont des mots indo-européens et peuvent être attribués à la langue poétique indo-européenne : « plein de vitalité, jeune, adulte nubile (vers l'âge de 20 ans), l'homme, le mari ». Chaque dieu de certains groupes ethniques pastoraux dans de nombreuses régions de l'Ouest, du centre et du Sud de l'Inde était à l'origine un héros local déifié (souvent avec sa propre pierre de héros), généralement perçu comme le chef d'une "chasse sauvage". Les dévots de ces dieux formaient des confréries de jeunes guerriers et se comportaient dans des contextes rituels comme les « chiens du dieu ». De nombreuses pierres de héros ont été érigées à la mémoire des guerriers locaux morts en défendant les troupeaux de leur communauté contre les raids/razzias de bétail (ou ayant pris part à une telle attaque sur les troupeaux de leurs voisins). Il est à noter que l’on peut faire un parallélisme fonctionnel entre les vaches et les femmes dans la vision du monde de l'époque héroïque. Certaines pierres de héros ont pu être spécialement dédiées à la mémoire de héros tombés pour avoir défendu les femmes contre le viol par des ennemis. Le défunt était non seulement glorifié comme un véritable héros, mais il était assimilé à un dieu et, dans une certaine mesure, identifié à lui.

Les principales cultures de cette période (Yamnaya, Kemi-Oba et Novosvobodnaya/Majkop 2) introduisaient pour la première fois dans l'Histoire la pratique de l'enterrement d'un chef ou d’un héros sous un haut monticule de terre (Kurgan), parfois avec un monument de pierre commémorative au sommet. Les poèmes d'Homère rendent clair que le tumulus construit en mémoire d'un héros était pensé pour être l'incarnation de sa gloire. Les premières stèles anthropomorphes en pierre de la fin du -IVè et -IIIè millénaires trouvées en grand nombre dans la région du Nord-pontique pourraient être de la même manière perçues comme des représentations visuelles de la formule indo-européenne de « gloire éternelle », connectée avec la notion mythique de la félicité dans les cieux du héros tombé au champ d’honneur (dans la mythologie grecque, les champs Élyséens ou simplement l’Élysée, « lieu frappé par la foudre », sont le lieu des Enfers où les héros et les gens vertueux goûtent le repos après leur mort). Il est très remarquable que certaines des racines utilisés en Inde en référence aux pierres de héros apparaissent au niveau du langage poétique proto-indo-européen commun dans le cadre des formules qui expriment la notion de défense du bétail : une formule plus large, « protéger les hommes (et) le bétail » est ainsi représentée dans quatre langues indo-européennes appartenant à deux branches de la famille (indo-iranienne avec l’avestique et le védique ; romaine avec le latin et l'ombrien). On retrouve ainsi, dans une vieille prière latine à Mars : « Je prie pour que vous gardiez les bergers et l'élevage saufs ». Les notions et expressions verbales centrées autour de la "notoriété/gloire" ont probablement vu le jour pendant les Âges du Cuivre et des débuts du Bronze dans la partie occidentale de la steppe eurasienne. Aux mêmes époques, de puissantes chefferies apparaissaient, les armes métalliques, fortifications et autres signes de guerres fréquentes étant perceptibles : en d'autres termes, c'est le début d'une époque qui pourrait bien être considérée par les générations suivantes comme un "âge héroïque". La béatitude du héros continuait aussi longtemps que sa gloire était toujours vivante. Dans ce contexte, le motif pictural du Soleil et de la Lune, qui est souvent présent sur les pierres de héros, indique que tant que le soleil et la lune apparaitront dans le ciel, la gloire du héros ne mourra pas.

On parle de "Stèles anthropomorphes eurasiennes" du Nord pontique (Ukraine, foyer des Indo-Européens), du Nord-Méditerranée (Sud de la France, Suisse, Italie du Nord), du Sud-Est de la Turquie (ville d’Hakkari, vers la seconde moitié du -IIè millénaire) et de l’Asie centrale (culture Chemurchek de l'Altaï), génétiquement liées entre elles. Parmi les stèles du Nord pontique, deux contiennent dans leurs parties inférieures une scène de lutte du héros avec l'ennemi. Sur l' "Idole de Kernosovka" on peut voir, dans la partie inférieure, en-dessous de la ceinture, certains animaux : sur le devant un taureau, sur le côté gauche deux chevaux debout devant l'enceinte ou un enclos à bétail (il convient de noter que, dans la région du nord-pontique, la chair des chevaux constituait le principal type de viande consommée à cette époque, de sorte que les figures de chevaux sur les stèles pourraient bien symboliser les troupeaux). La situation était différente dans les steppes de l'Asie centrale, où l'on peut voir, dans les parties inférieures des stèles Chemurchek, les figures de taureaux. L'attribut du héros, commun à toutes les branches de l'ancienne tradition eurasienne, est la houlette/crosse, ou bâton de berger, qui sert autant à guider les troupeaux que pour attaquer/se défendre. On le voit clairement dans les mains de la figure héroïque sur les stèles de France, de la région Nord pontique et de la culture Chemurchek d'Asie centrale. La stèle Chemurchek du site de Kainarl est d'un intérêt particulier car on y voit le héros qui tient, dans sa main droite, la crosse du berger et, dans le même temps, quelque chose ressemblant à une corde ou une sorte de lasso lancé sur l’image d'un taureau courant : le héros est représenté dans le processus de "contrôle" de l'animal (taureau). Par la suite, dans l'art de la Grèce antique, la houlette de berger est réinterprétée comme un bâton de marche qui devait aider le défunt dans son voyage vers l'au-delà, ou la lance d'un soldat. Une autre caractéristique commune à toutes les anciennes traditions eurasiennes de stèles du souvenir est la nudité du héros, représentée soit par la mise en avant des organes génitaux, ou des côtes, des pectoraux et de la poitrine. Les premiers Grecs croyaient qu'il y avait quelque chose d’héroïque et sacré dans la nudité, croyance dont l’origine peut remonter aux pratiques préhistoriques de "Guerrier-athlètes", où la nudité était utilisée pour l'agression et à des fins apotropaïques (« qui détourne le danger, qui protège »).

En regardant de plus près les plus anciennes stèles, leur composition contient les germes de développement dans deux directions principales. D'une part, les premières stèles sont des images anthropomorphiques, mais d'autre part les lignes horizontales du collier et de la ceinture divisent les stèles en panneaux hiérarchiques (de niveaux), et ces panneaux ont tendance à devenir "thématique" : les armes et les symboles de prestige sont généralement placés entre le collier et la ceinture, la scène de combat est toujours dans la partie inférieure de la stèle, les animaux sont également dans la partie inférieure ou au plus bas. Cette tendance à la "panélisation" de l'ensemble de la composition trouve sa pleine expression dans les vases géométriques grecs mais aussi dans les "pierres-cerf" ("deer-stones") de la steppe eurasienne datant du -IIè/début du -Ier millénaire.

 

 

Dans des sépultures Chemurchek, des dessins faits avec de l'ocre rouge ressemblaient à des rangées de pétoncles triangulaires, comparables aux dessins ocres et aux gravures dans les mégalithes d'Espagne. Dans les sépultures néolithiques d'Allemagne, il y avait aussi des illustrations de rangées de triangles et d'autres dessins qui ressemblaient à ceux de la culture Chemurchek. Par exemple, une image de Rodewisch/Golitzsch, entre Nuremberg et Dresde, à proximité de la frontière tchèque, peut être comparée avec un dessin du monticule Yagshiin Khodoo 3. Dans ce même tumulus, une illustration qui peut être interprétée comme la composition d'une lance, d’un bouclier ovale avec des protubérances et un arc, est très proche de celle du tumulus n°28 du cimetière Klady de la culture Novosvobodnaya et de la tombe mégalithique de Leine-Helich.

Dans la première chambre de la sépulture mégalithique à deux chambres du kourgane n°28 de la nécropole de "Klady" (oblast' d'Adygej, kraj de Krasnodar), les figurations, de couleur rouge-ocre et noire sur fond blanc, de la paroi Sud-Est et de la dalle horizontale représentent, sur la première dalle, 14 zoomorphes (chevaux) formant un cercle avec, au milieu, une silhouette humaine vue de face, en position assise, jambes écartées, bras appuyés sur les genoux. La deuxième dalle, en grès comme la première, porte une silhouette humaine sans tête, debout, bras écartés, vêtue d'un "poncho", accompagnée d'un arc, d'un carquois et d'un bouclier ovale. Les analogies avec la culture des Gobelets en entonnoir [de -4 200 à -2 600, du bassin de l'Elbe en Allemagne et en Bohême, avec une extension occidentale aux Pays-Bas, jusqu'à la Scandinavie (au Danemark jusqu'à l'Uppland en Suède, et jusqu'à la baie d'Oslofjord en Norvège) et jusqu'au bassin de la Vistule en Pologne] et le début de la culture des Amphores sphériques (sites d'Ukraine, de Moldavie et des territoires mitoyens de la Roumanie, réunis ensemble en tant que groupe oriental de cette culture), sensibles tant pour le type de construction que pour la céramique et le rite funéraire de la sépulture, font penser à l'existence sur ces terrains, au Chalcolithique, d'un vaste ensemble indo-européen, culturellement homogène, allant jusqu'au Nord du Caucase. C'est dans ce contexte que l’on peut inscrire les figurations de Novosvobodnaja, proches d'une part de celles du Néolithique final, mises au jour à Halle (Leine-Gölitz) en ex-RDA, d'autre part de celles des sépultures SOM (culture Seine-Oise-Marne, de -3 000 à -2 000 environ) du Nord-Ouest de la France et du Sud de la Belgique.

 

 

L’Âge du Bronze dans le bassin de la Dzoungarie dans la période de -2 000 à -1 000 était varié et reflétait une variété d’influences différentes.

Autour de -1 700, la phase finale de Qiemu'erqieke implique l'expansion possible des cultures de la steppe dans le bassin de la Dzoungarie depuis l’Eurasie à travers les plaines naturelles vers l'Ouest et peut-être via des modèles de mouvement nomade à travers l’Altaï. Des poteries suggèrent que l'adaptation des arrivants à l'environnement local et l'interaction avec les groupes locaux peut avoir entraîné de nouvelles variantes culturelles de l'Âge du Bronze steppique dans le Xinjiang. Des poteries peintes ont été trouvés à Tianshanbeilu vers -2 000, et plus tard cette tradition s’est propagée vers l'Ouest et vers le Nord, remplaçant les cultures avec des affinités steppiques telles Qiemu'erqieke puis Karasuk. Toutefois, Shuinichang ne représente probablement pas l’expansion directe de Karasuk depuis l'extrême Nord, mais semble plus susceptible d'hériter du Qiemu'erqieke final.

 

 

En conclusion, de très nombreux traits de la culture Chemurchek proviennent directement des traditions culturelles de populations du Sud de la France de -3 000/-2 700 : rites funéraires liés aux dolmens "Angevins" et aux tombes à chambres avec parois latérales en pierres sèches du bassin du bas-Rhône, poterie de la culture Ferrieres, statues en pierre du Gard et du type de Sion-Aoste.

Évidemment, le fait que tous ces éléments de culture aient été transférés à plus de 6500 km dans l'Altaï mongol ne peut s'expliquer que par la migration. Ce lien peut faire la lumière sur le problème de l'origine des Tokhariens : les gens parlant la langue tokharienne se sont déplacés de l'Ouest jusqu’au cœur de l'Asie à cette période (selon les données de glottochronologie) et la langue tokharienne appartient précisément aux langues indo-européennes occidentales.

Si c'était une migration de Proto-Tokhariens, on a des possibilités de reconnaître les territoires de locution d'autres dialectes de l’ancien indo-européen occidental : la langue proto-tokharienne avait les liens les plus étroits avec le proto-germanique et le proto-italien. Ces dialectes se seraient répandus dans le voisinage du territoire des Proto-Tokhariens, à savoir dans le voisinage du Sud de la France, à l’époque des Ferrières, qui évoluèrent entre -3 300 et -2 800 [sachant qu’en Languedoc oriental la fin du Néolithique est traditionnellement marquée par une succession entre la culture de Ferrières pour le Néolithique final (ou Néolithique final 2) et celle de Fontbouïsse pour le Chalcolithique (ou Néolithique final 3) : transition dans l'Hérault vers -2 900 et dans le Gard vers -2 700].

 

 

Un même horizon pourrait associer les allées de Sardaigne (type Corte Noa), les hypogées d’Arles, les monuments rectangulaires ou en V de l’Aude (Pépieux, Saint-Eugène) ou de la Catalogne. On peut dater ces grands tombeaux de la fin du -IVè ou des débuts du -IIIè millénaire et les attribuer aux cultures d'Abealzu-Filigosa, de Ferrières, du Vérazien ancien du Languedoc occidental et de la Catalogne.

L’une des caractéristiques du phénomène de transformation des sociétés de la fin du Néolithique, au moment où apparaissent les premiers métaux (Chalcolithique), est de voir s’opérer concomitamment des changements sociaux (hiérarchisation et apparition d’élites sociales) et environnementaux (changements climatiques).

La présence d’objets en cuivre en contexte Néolithique final témoigne de l’apparition précoce de cette métallurgie (Capitelle du Broum à Peret), fait déjà acquis en Languedoc occidental et dans les Grands Causses. Les premières manifestations de pratiques métallurgiques ont été identifiées dans le midi de la France dès la seconde moitié du -IVè millénaire : la découverte d’objets métalliques en contexte néolithique final révèle la précocité de la production et de la consommation d’objets en cuivre. Durant le Néolithique final, vers -3 200/-3 000, alors que la production de métal est démontrée sur de nombreux sites, des districts miniers se mettent en place, à l’image de Cabrières en Languedoc central. Cette métallurgie extractive, pratiquée localement comme le montre la fouille du site de la Capitelle du Broum, est contemporaine de la phase ancienne des groupes de Véraza, des Treilles et de Ferrières.

L’apparition de la métallurgie au sein des communautés agro-pastorales néolithiques constitue à cet égard une étape essentielle de ce processus, qualifiée de "révolution chalcolithique" par certains chercheurs. Cette étape de l'évolution des sociétés voit se développer, partout en Europe, mais à des périodes chronologiques différentes, un même processus de mutation qui se caractérise notamment par des formes particulières d’appropriation et de gestion des espaces agro-sylvo-pastoraux. Au Néolithique final 2, les ressources minérales utilisées sont pour l’essentiel constituées de matières premières locales et de silex issus des costières gardoises. Cette transformation des réseaux d’acquisition, et notamment la mise à contribution du Languedoc oriental et de la basse vallée du Rhône, doit être mise en parallèle avec l’extension orientale du faciès céramique de la vallée de l’Hérault (style des Vautes). L’émergence d’un style céramique dans la vallée de l’Hérault démarqué des groupes de Ferrières et de Fontbouisse, caractérise une recomposition de l’espace au profit de la partie centrale du Languedoc. L’accroissement du nombre des enceintes et des habitats fortifiés accompagne indéniablement ce processus de transfert culturel.

Après les phases d’acquisition-consolidation des territoires, vers -3 200/-2 900, on assiste à l’expansion-densification des sites de la culture des Vautes vers -2 900/-2 700. Cela correspond à l’époque à laquelle la culture Ferrières s’efface au profit de celle de Fontbouïsse, marquant l’entrée dans le Chalcolithique.

 

Il est probable que certains groupes Ferrières, plutôt que de se noyer dans les nouvelles cultures dominantes, aient préféré migrer vers de nouvelles contrées. Du fait des nombreux contacts et échanges entre tribus dès cette époque, il est envisageable que les Ferrières aient entendu parler des vastes steppes de l’Asie centrale et aient décidé d’aller s’y installer afin de prolonger leurs mode de vie et coutumes, comme on les retrouve dans les expressions artistiques et mortuaires de la culture Qiemu'erqieke.

Si tous les voyageurs dans l'Asie centrale, avant le XXème siècle, ont parlé de la lenteur extrême des caravanes, de la difficulté de franchissement des montagnes, des blocages hivernaux, on peut estimer le voyage à pied depuis les côtes méditerranéennes jusqu’aux montagnes altaïques à une grosse année, en longeant le Danube puis en passant par les steppes eurasiennes (parcours sur le territoire de tribus indo-européennes "sœurs", ou partageant nombre de points communs). Bien sûr, en passant par la mer pour rejoindre directement les côtes levantines le voyage est plus rapide.

 

Document de 2006, qui s'attache surtout aux dates

Une tentative de reconstruction de la notion indo-européenne d'héroïsme, basée sur les stèles anthropomorphes du Sud de la France et de la culture Chemurchek

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