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Publié par Collectif des 12 Singes

Lacoste (Frontignan) : Dolmen à couloir orienté sur le coucher de soleil au solstice d'hiver

Lacoste (Frontignan) : Dolmen à couloir orienté sur le coucher de soleil au solstice d'hiver

*** Cet article est le résultat d’une compilation/synthèse de sources scientifiques dont les liens sont en bas de page. Malgré nos efforts, certaines de ces informations sérieuses sont peut-être datées/éculées, Merci de nous le signaler en commentaire, ça évitera de propager des hypothèses invalidées depuis x temps. ***

 

Dans les cultures anciennes, parmi les différents critères qui ont été considérés dans l'orientation des temples, des villes et des monuments, celui qui se réfère à des événements particuliers ayant eu lieu sur l'horizon visible du monument est très important : on est alors à la croisée de l’astronomie et des croyances. On remarque alors une coutume solaire avec "tous" les monuments faisant face au lever du soleil (le pic étant centré sur les mois d’octobre ou de février) et une coupure claire au lever du soleil au solstice d’hiver. Il s'agit de l'orientation "ad sidera" qui a été appliquée dans de nombreuses constructions, généralement à caractère sacré, depuis les temps les plus reculés : au Néolithique, l’orientation était utilisée pour la détermination des jours importants, comme le début des saisons, ou pour établir les dates de la célébration de certaines pratiques religieuses. Les Mégalitheurs prenaient en compte les confins du réel, nourrissaient l'idée d'une conscience suprême. Ils devinrent plus inventifs, plus interrogatifs et se placèrent du côté des rituels. Sous sa dalle de pierre, le défunt devient universel dans un calme d'éternité.

Les bâtisseurs convoquèrent certains points cardinaux et évènements astronomiques. Ce parti-pris matérialisait un rêve de symbiose avec le soleil, la lune, et le ciel en général : les Néolithiques voulaient vivre et mourir à la lumière, à l'infini. C'est un fait, le soleil et son cycle matérialisent la destinée humaine, symbolisent le temps et les lois universelles où tout ce qui naît croit, vit et meurt. Le solstice d'hiver était un moment plus précieux que les autres : la volonté était de marquer ce moment clé de la course solaire, cette "porte de l'année" où il va stationner, lors des nuits les plus longues, avant de repartir. L’orientation Nord-Est/Sud-Ouest (225°) est une constante remarquable pour de nombreux dolmens du Languedoc et de Provence, car le jour du solstice d’hiver le soleil se couche dans cet axe. Pour autant, les constructeurs de mégalithes orientaient ces monuments pour faire face au lever du soleil le jour où la construction a commencé. Avec les orientations des dolmens qui sont exclusivement SR on peut calculer les jours possibles de l'année pour le début de la construction, et donc obtenir un aperçu du rythme annuel de la vie. Il a été mis en évidence le rôle du mouvement apparent du soleil dans la détermination des orientations. Le soleil réglant le rythme des saisons, l’on peut aisément imaginer l’importance de cet astre pour des populations d’agriculteurs.

 

Différents groupes de monuments mégalithiques présentent des modèles définis dans l’orientation de la chambre funéraire, montrant des gammes spécifiques dans les azimuts (orientation du dolmen par rapport au Nord), avec des maxima intéressants dans leur distribution territoriale. Dans les régions méridionales, nombre de chambres mégalithiques prennent l’apparence de "coffres géants", avec une seule dalle par paroi et une superficie interne souvent restreinte, de l’ordre de 3 à 3,5 m² en moyenne. À l’exception notable des dolmens « caussenards » (Ardèche, Aveyron, Lozère et Quercy), elles ouvrent plutôt dans le cadran Sud-Ouest, opposé donc à l’orientation que tend à privilégier le mégalithisme du Néolithique moyen sur la façade atlantique de la France.

En observant le ciel, la première sensation que l’on ait est que tous les objets célestes (Lune, Soleil, planètes ou étoiles) semblent se situer sur la superficie d’une sphère céleste ayant comme centre l’observateur. Cette sphère imaginaire va servir à la définition de coordonnées astronomiques. De la même façon que la position d’un point sur la superficie terrestre est définie par un couple de coordonnées (deux angles appelés latitude et longitude et calculés par rapport à l’équateur terrestre), on peut déterminer la position d’un objet sur la sphère céleste. La définition d’un point dans le ciel peut être réalisée en référence à l’horizon à l’aide d’un couple de coordonnées : la hauteur H (aussi appelée altitude) et l’azimut A. L’azimut représente la direction d’un point de l’horizon : cette direction est la donnée d’un angle qui correspond à la distance angulaire entre le Nord et la position du point sur l’horizon. Donc un point situé au Nord possède un azimut de 0° ou 360°, un point situé à l’Est a un azimut de 90°, au Sud 180° et à l’Ouest 270°. L’altitude d’un astre exprime la distance angulaire entre un point qui représente l’astre et l’horizon. Cette distance vaut 0° sur le cercle qui décrit l’horizon tandis qu’elle est égale à 90° quand le point est au zénith. Ces deux angles permettent de calculer un troisième angle D appelé déclinaison. La déclinaison représente la distance angulaire entre un astre et l’équateur céleste, équivalente à la latitude terrestre dans le cadre de la sphère céleste (angle qui permet de connaître la position d’un objet dans le ciel).

 

L'analyse de sépultures mégalithiques réparties sur l'ensemble de la façade atlantique européenne indique que les bâtisseurs du Néolithique les ont édifiées en suivant un système de 10 directions partageant l'horizon en 20 secteurs de 18° parmi lesquelles était opéré un choix lors de la fondation. Ce système de directions présente des symétries méridiennes impliquant qu'il reposait sur des considérations astronomiques. La discussion des connaissances astronomiques dont pouvaient disposer les "architectes-astronomes" du Néolithique ouest-européen (Danemark, Allemagne, Pays-Bas, France, Royaume-Uni, Irlande, Espagne, Portugal) suggère que seuls les solstices étaient déterminés par l'observation directe du soleil, les autres directions devant être obtenues par l'observation de configurations particulières de l'ombre du soleil projetée par un gnomon.

 

 

Les origines de la civilisation mégalithique de la Méditerranée occidentale peuvent être placées entre le cinquième et le quatrième millénaire avant notre ère dans le Nord-Est de l’Espagne (Catalogne), le Sud de la France (Languedoc et Provence) et dans les îles de Sardaigne et Corse. Ces premiers monuments lithiques étaient des cistes habituellement structurées au sein de tombes tumulaires circulaires. Il est à noter que chez ces Chasséens, le corps était régulièrement orienté Sud-Est/Nord-Ouest, regard à l'Ouest, ou Est-Ouest, regard au Sud-Ouest.

 

 

3000 dolmens construits sur les plateaux calcaires (garrigues, grands et petits causses, plateaux de Charente) relient l’Océan Atlantique et la mer Méditerranée presque sans interruption. Les monuments funéraires de ces plateaux calcaires prennent différentes formes, mais leur chambre est toujours trapézoïdale. C'est particulièrement vrai pour les garrigues proches des côtes méditerranéennes et des plateaux de Charente. Sur les Causses, à l'intérieur, l'architecture des monuments a une uniformité remarquable, car des Garrigues de l'Ardèche aux Causses inférieurs du Quercy, tous les monuments suivent le même plan et la même structure de base, à savoir une chambre de dimensions modestes à quatre côtés où chaque côté forme un support unique. On note toutefois différents groupes régionaux.

 

Dolmens type Languedoc : ces dolmens occupent toutes les Garrigues de l'Hérault et la bordure Sud des Grands Causses (Larzac, Bégon, Blandas), et s'étendent vers le Nord jusqu'à la région de Saint-Hippolyte-du-Fort / Anduze dans le Gard. Quelques exemples apparents sont également connus en Ardèche, au milieu des dolmens de type des Causses, dans la région de Grospierres / Chandolas / Bourg-Saint-Andéol.

Chaque côté de la chambre est formé par un seul orthostate, et la chambre elle-même est plus longue que large (avec un rapport moyen de 4:3), la pierre de chevet est dans la plupart des cas située entre les piliers latéraux, qui reposent contre elle. À l'entrée de la chambre, une pierre de support, souvent percée pour faire une entrée en « porte de four » (en particulier dans la région de Lodève), s'ouvre sur un passage qui peut être aligné avec le centre de la chambre, mais il est plus généralement soit sur la gauche, vu de l'extérieur (et donc, en raison de son plan, connu comme une tombe en p) ou sur la droite (de type q). La chambre était dans tous les cas couverte par une seule pierre angulaire qui s'étend bien au-delà des piliers latéraux. La chambre avait en moyenne environ 2 m de longueur, l,50 m de largeur et 2 m de hauteur. Parfois, en face de la chambre il y avait une antichambre formée soit d’orthostates ou d'un mélange de dalles et de pierres sèches. Un couloir (qui est entièrement en pierres sèches dans les Garrigues mais tend à être construit d'orthostates le long de la bordure des Causses) donne accès à la chambre. Ses dimensions moyennes étaient de 4,50 m de longueur, 0,75 m de largeur et 1 m de hauteur, et il était couvert par une ou plusieurs dalles de couverture. Le tumulus contenait toujours un seul dolmen, et était de forme circulaire, généralement de 10 m de diamètre et de près de 2 m de hauteur. Dans les Garrigues, il était formé de plaques superposées, tandis que sur les Causses il était composé d'un mélange de pierres et de terre. Il pouvait cacher en son sein un ou plusieurs murs de soutènement, qui devait donner au monticule un aspect renforcé.

En règle générale, les dolmens L se trouvent sur le versant Sud-Est d'une longue colline, pas loin du sommet. Dans un tel cas, l'axe de la chambre est toujours parallèle au relief. Ils peuvent également être trouvés sur les épaules de collines ou sur les pentes plus douces, dans ce cas, ils regardent vers le pied de la colline. Normalement, ces monuments se trouvent dans des groupes, en particulier dans les Garrigues. Pour la plupart il s'agit de dolmens avec des couloirs qui font face au Sud-Ouest ou à l'Ouest dans les Garrigues, et surtout au Sud ou au Sud-Est sur les bords des Grands Causses.

Les objets trouvés dans les tombes montrent que les dolmens L appartiennent au Néolithique final ou au Chalcolithique, et doivent être datés entre -2 600 et -2 200. En France, il semble que la forme prenne ses origines en Languedoc. Les dolmens du type Causse des Grands Causses, comme leurs homologues des Garrigues de l'Ardèche, semblent être des évolutions des dolmens L et donc ne peuvent pas être invoqués pour expliquer les dolmens L (la même chose est vraie des dolmens du Bas-Rhône, dont l'architecture mixte est inconnue dans le Languedoc).

On voit que la majorité écrasante fait face au quadrant Sud-Ouest (englobant le couché du soleil au milieu de l’hiver, azimuts entre 170° et 270°), contrairement à la coutume dans tout l'Ouest, le Centre et l'Est de la Méditerranée, où les tombes de cette forme font presque toujours face à la moitié orientale de l'horizon.

 

Dolmens du Bas-Rhône : En fait, leur construction mixte d’orthostates avec des parois latérales en pierres sèches en fait un groupe à part. Ils occupent une vaste zone qui s'étend des deux côtés de la Vallée du Rhône, à travers le Nord du département du Gard, le Sud de l'Ardèche et des Garrigues de l'Hérault, jusqu’à Brignoles et Grasse en Provence.

Les dolmens BR avaient une chambre trapézoïdale qui était plus large que profonde dans environ les trois quarts des cas, et de même longueur et de largeur dans le reste. Les dimensions moyennes d'un dolmen BR étaient 2,1 m de longueur, 1,7 m de largeur et 1,7 m de hauteur, mais ils pouvaient être aussi grand que 7,2 m x 2,5 m x 2,1 m.

Les côtés de la chambre étaient toujours en pierre sèche et légèrement en encorbellement, tandis que ses pierres de chevet et d'entrée étaient formées de plaques importantes, en partie fixés dans le tumulus. Ils étaient recouverts par une ou plusieurs dalles de couverture (en fonction de la taille du monument). Une paire de pierres formait l'entrée de la chambre. Comme les dolmens L, les dolmens BR ont parfois une antichambre, qui pouvait être soit de construction mixte comme la chambre, ou mégalithique. À l'Ouest du Rhône le couloir était toujours en pierre sèche, mais en Provence il était plus souvent mégalithique. Il semble qu'il était couvert par une ou plusieurs dalles de couverture. Le couloir avait généralement 3,50 m de long et 0,75 m de largeur et de hauteur.

Le tumulus était toujours circulaire, sauf dans les cas où il enfermait un seul dolmen de longueur exceptionnelle. Il était habituellement construit en pierre sèche, mais les murs de retenue, mégalithiques ou en pierres sèches, étaient rares. Le tumulus avait généralement environ 8 m ou 9 m de largeur, et de 0,50 m à près de 2 m de hauteur.

Les dolmens BR sont généralement sur les épaules élargies ou sur les côtés d'une colline en pente douce, et font face le long de l’épaule ou les contours de la colline.

Contrairement aux dolmens L, ils sont presque toujours isolés. Leur contenu montre qu’ils remontent au début du Chalcolithique, c'est-à-dire autour de -2 200. Les dolmens BR font partie de la grande famille du Languedoc : en effet, il y a une remarquable conformité de l'orientation avec les dolmens L, la grande majorité des dolmens BR faisant également face entre l'Ouest et le Sud-Sud-Ouest.

 

Les dolmens situés sur les Causses sont tellement semblables dans la construction qu'il semble souhaitable de les regrouper comme dolmens des Causses (inclus dans ce terme non seulement les dolmens des plateaux de la Lozère et du Quercy, mais aussi ceux sur les petits Causses ou Garrigues de l'Ardèche, dont l'architecture est la même). La zone couverte par ces monuments comprend à la fois les grandes et les petites Causses de la vallée du Rhône et les petits Causses de l'Ardèche, et elle s'étend à la porte du Périgord et au Causse de Thenon, en Dordogne, en passant par les Grands Causses de Lozère et de l'Aveyron (ceux de Méjean, Sauveterre et Larzac). Le nombre de dolmens C est de l'ordre de 2000.

Le plan de base d'un dolmen C est presque invariable : une chambre trapézoïdale avec des côtés d'un seul orthostate et une pierre de chevet sur laquelle les pierres latérales reposent. Le plan pourra être étendu, soit par un vestibule qui est aligné avec l'axe de la chambre, notamment dans le Quercy et l'Ardèche, ou par un petit couloir avec un angle (coudé), en particulier dans les Grands Causses de la Lozère, mais ce sont des ajouts au plan de base. Parfois, une deuxième chambre a été ajoutée à la première, pour former un dolmen-double. La chambre d'un dolmen C était légèrement allongée, avec une longueur moyenne de 2,50 m et un maximum de 5 m, le rapport de la longueur à la largeur variant de 1:3 à 3:6.

Une dalle de couverture unique, qui habituellement se prolongeait au-delà des côtés, recouvrait la chambre. Il n’y avait normalement pas de pierre(s) d'entrée, percée ou autre. Le vestibule ou couloir coudé, lorsqu'il est présent, a toujours été réduit et formé d’une seule pierre de chaque côté. Un vestibule avait généralement un peu plus de 1 m de longueur, mais un couloir coudé pouvait être deux fois plus long. Il n'existe pas aujourd'hui de signe de dalle de couverture pour ces rajouts. Les tumulus étaient presque toujours circulaires, et renfermaient un seul dolmen. Ils étaient essentiellement en pierres sèches en Ardèche, et d'un mélange de terre et de pierres ailleurs, et ils avaient habituellement un diamètre de 11 m à 15 m et une hauteur de 1,50 m environ. Certains, cependant, ont eu leur dolmen à l'extrémité Est d'un long tumulus, notamment dans le Quercy et les Grands Causses ; ces tumuli avaient des longueurs variant entre 18 m et 48 m et une largeur comprise entre 7 m et 17 m. Un ou deux anneaux de dalles de pierre ont parfois été utilisés pour renforcer le tumulus, notamment dans le Quercy, et le périmètre était à l'occasion retenu par des dalles ou des murs en pierres sèches.

L'emplacement topographique des dolmens C était très variable, même si ils ne sont pas trouvés sur les étages des vallées. En Ardèche, les dolmens étaient souvent sur les pentes douces de plateaux près de dépressions sèches, l'axe de la chambre n'ayant pas de rapport fixe avec le relief. Sur les Grands Causses, les dolmens ont souvent occupé des positions dominantes sans être sur la crête réelle des collines, les bords de dépressions étaient souvent favorisés. Dans ces régions, la chambre est généralement alignée avec les reliefs. Ceux avec des couloirs coudés étaient généralement sur les épaules, tandis que les dolmens du Causse Comtal avec des vestibules étaient toujours sur le sommet d'une colline. En Quercy les emplacements sont sensiblement les mêmes, les axes de la chambre étant généralement alignés avec les reliefs, mais, contrairement au Comtal, les dolmens avec vestibules se trouvaient aussi souvent sur les côtés de collines que sur les bords de dépressions. Dans les Garrigues de l'Ardèche les dolmens C étaient souvent dans des nécropoles, mais dans les Grands Causses et le Quercy, ils étaient plus dispersées et se trouvaient dans des groupes de deux à quatre.

Le contenu des tombes suggèrent qu'au moins trois groupes culturels du Néolithique final et du Chalcolithique ont participé à la construction des dolmens C. Les premiers dolmens de l'Ardèche datent vers -2 500, et la même chose est vraie des dolmens des Grands Causses. Les dolmens du Quercy appartiennent au début du Chalcolithique, et leur utilisation ancienne, si ce n'est leur construction proprement dite, est à placer autour de -2 300/-2 200.

Les premiers dolmens C dans les trois régions ont été les dolmens simples (sans vestibule ou couloir coudé). Les dolmens C simples étaient très nombreux et géographiquement très répandus. Les dolmens coudés, en particulier des Grands Causses, semblent appartenir à une phase un peu plus tardive, lorsque la population a commencé à s’établir à l'intérieur des plateaux, et la même chose est vraie pour la deuxième chambre des dolmens doubles. Il semble que l'origine des dolmens C se trouve dans le Languedoc. Il y a beaucoup de points communs entre les dolmens L et C : une chambre trapézoïdale avec quasiment les mêmes dimensions, les côtés formés chacun d'une seule pierre, des pierres de chevet situées entre les pierres latérales, et des dalles de couverture qui s'étendaient au-delà des pierres latérales.

Il est vrai que les orientations à l'Ouest des dolmens L sont rares à la fois dans les Grands Causses et en Ardèche, mais en Ardèche (en particulier), elle n'est en aucun cas absente, ce qui peut suggérer que le changement est apparu peu à peu. Du Languedoc, la tradition dolménique semble avoir atteint à la fois les Grands Causses et les Garrigues de l'Ardèche dans le milieu du troisième millénaire ou peu après, et de s’être propagé au Larzac, aux plateaux voisins et aux Causses du Quercy, probablement apportée là par de petits groupes à la recherche de nouveaux territoires. L'architecture du dolmen C semble finalement avoir atteint le Sud-Est de l'Angoumois, où un petit vestibule / couloir reflète peut-être une tradition locale. C'est probablement cette région qui a fourni la conception du vestibule ou du couloir qui a été adopté dans le Quercy et dans l'Ouest du Causse Comtal en Aveyron.

Les dolmens C, simples ou à vestibule, des départements orientaux de l'Ardèche et du Gard affichent un modèle d’orientation sensiblement différent de ceux dans les départements restants : près des deux tiers d'entre eux font face entre le Sud-Est et le Sud-Ouest, tandis que chez près de six cents dolmens C dans les autres départements les orientations autour du Sud sont rares et les orientations vers la moitié occidentale de l'horizon presque inconnues. L’aire occupée par les dolmens C de l'Ardèche et du Gard chevauche celles des dolmens L et BR, et peut-être l'habitude de construire des tombes pour faire face au quadrant Sud-Ouest s'y attardait.

 

Les monuments appelés dolmens à couloir type Angoumois (dolmens A), font partie du groupe mégalithique important du Centre-Ouest de la France. Le cœur de leur région est la moyenne vallée de la Charente, mais il s'étend largement, vers la côte de la Charente, dans la partie Sud des départements de la Vienne et des Deux-Sèvres, du Périgord et autour de l'estuaire de la Gironde. Le dolmen A est une tombe à couloir avec une chambre de forme trapézoïdale qui est plus large que longue dans trois quarts des exemples. Une ouverture, généralement de type q, et parfois formée par une dalle percée, donnait accès à l'intérieur de la chambre, qui avait des côtés de plusieurs orthostates parfaitement formés et joints. La couverture était normalement faite au moyen d'une seule dalle adaptée, même si certaines chambres bordées d’orthostates plus modestes semblent avoir été à l'origine couvertes par une voûte en encorbellement. Le dolmen A avait généralement 3,50 m de large, et environ 2 m en longueur et en hauteur.

Le couloir semble généralement avoir été fait en partie de dalles et en partie de pierres sèches, sauf dans le Nord de la région où il est souvent entièrement en pierre sèche. Il était habituellement couvert par plus d’une dalle de couverture. Le couloir avait généralement environ 5 m de longueur, 0,75 m de largeur et 1 m de hauteur.

Le tumulus pouvait contenir un, deux, trois ou même quatre dolmens. Quand il contenait seulement un dolmen, il était circulaire avec un diamètre approchant généralement 20 m, et une hauteur de 1,50 m ou 2 m. D'autre part, si il contenait plus d'un dolmen, il a été allongé, avec une longueur maximale de 40 m ou même 50 m ; dans ces tumuli les couloirs sont parallèles les uns aux autres et ouverts sur le même côté de la butte. Le tumulus semble toujours avoir été formé de petites dalles construites à la façon des pierres sèches ; ceci a été recouvert de terre, et avait un mur de soutènement interne et un empierrement externe.

Les dolmens A étaient généralement situés sur des plateaux plats, sur des positions modérément dominantes, bien que parfois sur la pente d'un creux (dans ce cas, l'entrée regardait vers le bas de la pente). Dans la vallée de la Charente les monuments étaient souvent regroupées en nécropoles de trois à six tombes, mais ailleurs ils étaient généralement isolés.

Les dolmens A ont été construits vers -2 900, mais ceux à encorbellement sont un peu plus anciens. Les premières tombes communes à avoir été construites dans la région étaient des tombes circulaires à fausse coupole (réalisées en partie en petits appareillage) datées à partir du milieu du quatrième millénaire ou plus tôt. Pour une raison quelconque, non seulement en Charente mais le long de la côte atlantique, la construction circulaire a été remplacée par la trapézoïdale autour de la fin du quatrième millénaire.

 

Les dolmens basques sont orientés conformément à la tradition de l'Atlantique, à savoir dans la direction du soleil levant, entre Est-Nord-Est et Sud-Est. Sur 77 dolmens basques et coffres dolméniques, 2 (2,6%) font face trop au Nord pour le lever du soleil, 66 (85,7 %) sont SR et 9 (11,7%) SC. Sur 26 tombes basques espagnoles, 24 (92,3 %) sont SR et 2 (7,7%) sont SC. On peut conclure que dans le pays basque des tombes similaires avec des orientations similaires ont été construites sur les deux flancs de la montagne. Les dolmens du type Angoumois sont également situés à proximité de la côte atlantique : sur 44 tombes, 2 (4,5%) faisaient face à l'Est, mais trop loin au Nord pour le lever du soleil, 19 (43,2%) sont SR, 21 (47,7 %) sont SC, alors que seulement 2 (4,5%) font face à l'Ouest dans des directions où le soleil était clairement en descente. Ces dolmens, donc, suivent le modèle SR / SC qui est inhabituel le long de la côte Atlantique, mais se trouve de temps en temps le long de la côte méditerranéenne espagnole et est la norme en Corse et en Sardaigne. Le modèle SR/SC prévaut également sur les Causses français, qui courent de la baie de Gascogne au Sud-Est vers le Rhône. On y note des pics dans la plage de lever du soleil, tandis que la plupart des autres tombes faisaient face entre le lever du soleil au solstice d'hiver et autour de son zénith. Le même schéma est désormais étendu plus au Nord, à la vallée de la Loire.

On voit les orientations Ouest des dolmens BR dans le prolongement de la tradition des dolmens L. Avec les dolmens C, on revient aux orientations classiques à l'Est : distinction entre les tombeaux SR (ceux qui font face aux directions au sein de la gamme de lever du soleil) et tombeaux SC (ceux qui font face au Sud du lever du soleil au milieu de l’hiver, dans des directions où le soleil s'était levé et montait dans le ciel ou vers son zénith). Le soleil du milieu de l'été se levait sur les Causses avec un azimut 54° si l'horizon était horizontal, et le soleil du milieu de l’hiver avec un azimut 127° si l'horizon avait une altitude angulaire de 3°. On approche de la vérité si on juge ces tombes qui ont des orientations entre 51° et 130° pour être SR, et celles entre 131° et 200° pour être SC. La distinction est plus que symbolique. Dans la péninsule ibérique, et en particulier au Portugal, il y a beaucoup de régions où presque toutes les tombes font face à l’étendue du lever du soleil.

Les départements voisins de l'Ardèche et du Gard sont ceux où on trouve un nombre important de dolmens L ou BR, et quelques vestiges de ces coutumes anciennes Sud / Ouest peuvent aider à expliquer pourquoi, dans ces départements, moins d'un dolmen C sur trois fait face au lever du soleil. Ailleurs une grande majorité (80,1%) des dolmens C fait face au lever du soleil.

 

 

À première vue, la variété des formes que prennent les dolmens au Néolithique récent est ahurissante. La plupart sont construits sur la surface, mais quelques-uns sont creusés dans la roche. Pour ceux en surface, la plupart étaient mégalithiques, construits avec un petit nombre de grosses pierres, mais certains étaient faits d'un grand nombre de petits rochers, et plus particulièrement les tombeaux à fausse-coupole (connus comme tholoi, une tholos pouvant notamment désigner un bâtiment circulaire néolithique, comme pour certains dolmens du Var). Des tombes mégalithiques, certaines sont de taille modeste et pourraient avoir été construites par une seule famille en quelques jours, d'autres sont monumentales, à une échelle qui défie l’entendement. La plupart sont des tombes à couloir, mais les vestibules peuvent être longs ou courts. Cependant, toutes ces tombes communes ont été conçues pour permettre l'introduction de plus d'un corps, et bien que très occasionnellement l'accès se faisait par le sommet, presque toujours la chambre disposait d'une entrée bien définie en face de la pierre de chevet, les corps étant alignés avec cet axe. À de rares exceptions près, le couloir a la même orientation que la chambre. Sur les Causses languedociens, cependant, il y a quelques petites tombes "coudées" dans lesquelles le couloir fait un angle par rapport à la chambre, et la même chose est vraie d'une poignée de tombes majeures dans la région de Carnac ; dans ces cas, l’orientation de la chambre et non de l’entrée est loin d'être aléatoire.

1700 tombes mesurées sont réparties sur le Portugal, l'Espagne, le Sud-Ouest, l’Ouest et le Nord-Ouest de la France, les Causses français et les îles anglo-normandes, une vaste région s'étendant sur 1500 km d'un extrême à l'autre. Dans toute cette région, quand l'agriculture a été adoptée et que le clan local s’est sédentarisé en un seul endroit, les Hommes ont décidé de construire des tombes communes sur la surface du sol, des tombes qui semblent souvent être des déclarations que la terre a été occupée par le clan depuis des temps immémoriaux. Les tombes communes (dolmens) construits à travers l'Europe et la Méditerranée à la fin du Néolithique avaient presque toujours une entrée pour permettre l'introduction d'autres corps, et donc une orientation. Les orientations spécifiques peuvent refléter des impératifs environnementaux (paysage, configuration du terrain, vents dominants) ou les croyances (événements astronomiques, tabou). Ainsi, les constructeurs se sont toujours sentis contraint d'observer une coutume d'orientation, et dans la plupart des cultures d'Europe occidentale la coutume était de faire face au soleil levant, à un moment de l'année, ou au soleil après qu’il se soit levé (dans le centre du Portugal et en Espagne, les entrées faisaient face au lever du soleil, en majorité en automne/printemps ou hiver). Souvent, les dolmens étaient orientés sur un même point d'intérêt, le point du lever du soleil le jour le plus court de l'année, le solstice d’hiver, quand le soleil cessait de décliner sur l’horizon et naissait à nouveau. De ces 1700 tombes mesurées, 95% faisait face au lever du soleil ou quand il montait dans le ciel (au Portugal et au Sud de l'Espagne les structures faisaient également face juste au Sud de la plage Est de lever du soleil). Les tombes les plus anciennes avec la tradition de l'orientation à l’Est se trouvent dans la péninsule ibérique puis cette tradition a été adoptée dans les autres régions de la Méditerranée.

Parmi les premiers dolmens à couloir du Sud espagnol et portugais, il y a ceux de los Millares et ceux de Palmelle qui paraissent s'être dégagé respectivement des dolmens précédents et des grottes artificielles locales. Ainsi s'est développé en Espagne le passage-grave sous tertre rond et s'est propagé sous cette forme jusqu'aux Alpes par des débarquements successifs dans la région de San Julia de Ramis en Catalogne, à Frontignan et à Cannes-Saint-Raphaël pour la France méditerranéenne. Un mouvement parallèle en suivant la façade atlantique a longé le Portugal, a laissé des traces en Charente, en Bretagne et dans le Calvados.

 

 

Nombre de dolmens en France ont une entrée dont l’orientation est calée sur le solstice d'été (pour une déclinaison magnétique de 13°, par 47° de latitude, le soleil se lève à environ 67° magnétique et à 54" géographique). Cependant, en été, les constructeurs devaient avoir été préoccupés par la croissance de la nourriture et ne pouvaient se tourner vers les travaux de construction qu'à l'automne, lorsque la récolte était finie. À l'équinoxe de printemps et à l'équinoxe d'automne le soleil se lève à 103°. Or, de même beaucoup de dolmens sont ouverts de 100° à 115° (c'est-à-dire à l'Est vrai). Enfin, au solstice d'hiver, le soleil se lève à 139° de la boussole. Or, une quantité considérable de dolmens ont leur entrée à 135° ou 140° (c'est-à-dire au Sud-Est). Dans le midi de la France, nombre de dolmens et sépultures sont ouverts à l'Ouest. Or, cela correspond, cette fois, au coucher du soleil, aux environs des équinoxes pour l’Ouest vrai, puisqu'il n'y a pas d'ouverture de 315° à 380°.Il y a aussi beaucoup de dolmens orientés en plein Sud (soleil à midi), même dans l'Ouest. Récemment, des observations sur le terrain en Bretagne (La Roche aux Fées) ont montré, par exemple, qu'il ne fallait peut-être pas s'en tenir aux simples instants des lever/coucher mais considérer le phénomène comme un événement évolutif qui s'inscrit dans une certaine durée après ou avant ces instants.

 

À l’échelle du Sud de la France, on observe le caractère non aléatoire de la dispersion des orientations et les variations existant au niveau des régions. L’orientation se définit comme la direction vers laquelle regarde le dispositif d’entrée ou la dalle de chevet (première dalle mise en place au moment de la construction du dolmen). Elle devait revêtir une importance particulière aux yeux des bâtisseurs, de part la forme très régulière de l’entrée et/ou du fond (trapèze parfaitement régulier, mise en forme par bouchardage) et de part son importance dans la fixation de l’orientation générale de la chambre. Il faut concevoir cette imposante dalle comme se dressant seule au centre de l’espace aménagé pour recevoir la sépulture. Le dressement de cette dalle devait amener à des estimations astronomiques simples à l’aide d’outils comme le gnomon, un simple bâton planté, et une cordelette. Utilisation d’un gnomon : une fois le méridien (ligne imaginaire tracée entre les deux pôles géographiques), l’équinoxial [la date de l'équinoxe peut se déterminer en observant le lever du Soleil, par rapport au point situé plein Est (ou plein Ouest pour le coucher) : l'équinoxe de printemps a lieu le jour où le Soleil cesse de se lever au Sud de ce point, pour se lever au Nord (c’est l’inverse pour le coucher du Soleil, et/ou pour l'équinoxe d'automne)] et les directions trégoroises (selon l’observation des longueurs d’ombre du gnomon) déterminées par la seule observation, les moyens à mettre en œuvre pour définir les autres directions canoniques ne comportent que des opérations consistant à reporter des cordes sur la circonférence du cercle tracé autour du gnomon. L’orientation volontaire des dolmens vers une direction plutôt que vers une autre tend à accréditer certaines connaissances en astronomie.

 

La preuve la plus évidente d'un modèle certainement motivé par le ciel doit être trouvée dans les dolmens à sept pierres de la région d'Alentejo au Portugal. Chacun est orienté selon une gamme étroite de l'horizon de l'Est où le soleil (et la lune) a été vu se lever. C’est extraordinaire, étant donné que la plage où le soleil ou la lune se lève s'étend sur seulement un sixième de l'horizon. Comme les tombes sont dispersées sur une vaste région du Portugal (et même en Espagne), la coutume de l'orientation ne peut être terrestre dans sa motivation et doit donc être céleste. En très grande majorité, les orientations des dolmens d’Alentejo faisaient face au lever du soleil à l’automne, ce qui suggère fortement que les constructeurs entreprenaient la construction des dolmens à cette époque, alignant les tombes pour faire face au soleil levant le jour où le travail a commencé.

La civilisation mégalithique de la Corse a surgi vers -4 200. La première phase à laisser de nombreuses traces qu’on peut trouver partout dans la moitié méridionale de l’île et dans très peu d’endroit de la moitié Nord. Les orientations sont comprises entre 68° et 130°, ce qui est remarquable puisque qu’elles correspondent à des levers solaires ou lunaires sans aucune exception. L’orientation des dolmens corses construits dans la phase postérieure est vers l’Est ou le Sud : ces dolmens, et un grand nombre de tombes du Nord de la Sardaigne, ont été dans la plupart du temps orientés vers ce qui est nommé la grande gamme des coucher/lever, c’est-à-dire environ entre 60° et 195°. En Corse, sur 35 dolmens dont les orientations sont non-ambigües, 16 sont orientés vers un lever de soleil à une certaine époque de l’année, 14 sont orientés vers le soleil pendant qu’il monte dans le ciel et 5 orientés vers l’Ouest (Sud de la Corse, dans la région de Sartène : le dolmen d’Arghjola est ouvert au Sud-Ouest). De plus, le diagramme montre clairement une concentration significative près du point du lever du soleil au solstice d’hiver (123°) et deux autres concentrations centrées pour l’une près du Sud (180°) et pour l’autre près du lever du soleil au solstice d’été (60°).

Les ensembles de dolmens en Sardaigne et en Espagne sont orientés pour la plupart dans la direction (large) du lever solaire au solstice d'hiver. En divisant le Nord et le Sud de la Sardaigne, on constate que, même si dans les deux cas une relation avec la lune décroissante peut être affirmée, cela se passerait à différents moments de l'année, ce qui implique une évolution possible dans cette culture. À titre de comparaison, on trouve pour les dolmens tunisiens des explications similaires à celles des Tombe di Giganti du Sud de la Sardaigne.

Dans la plupart des tombes mégalithiques de la zone Nord-occidentale de la Péninsule Ibérique, le lever du soleil au solstice d'hiver semble avoir joué un rôle important pour la détermination de son orientation, même si il est peu probable que les travaux de construction commençaient justement quand la saison est la moins propice.

 

 

Classification de l’orientation astronomique des tombes mégalithiques :

  • SR (sun rising) : lever du soleil ; SR caractérise les tombes qui ont une orientation comprise entre 60° et 130°.
  • SR/SC (sun rising/ sun climbing) : lever du soleil ou soleil quand il monte dans le ciel ; SR/SC caractérise les tombes dont les orientations sont comprises entre 60° et le Sud (180°).
  • SS (sun setting) : coucher du soleil ; SS caractérise les tombes qui regardent vers l’Ouest de l’horizon entre 240° et 300°.
  • SD/SS (sun descending-sun setting) : coucher du soleil ou soleil qui est en train de se coucher ; SD/SS caractérise des tombes qui ont une grande variation d’orientations comprises entre 180° (Sud) et 300°.

 

Un tombeau qui est orientée dans la plage du lever du soleil est qualifié comme « soleil levant » ou SR pour « Sun Rising ». Non seulement les tombes à sept pierres de l'Alentejo mais également les tombes de toute l'Espagne de l’Ouest sont en grande majorité SR (97,0% faisaient face à la gamme de 60° à 130°, qui est dans la gamme de lever du soleil - ou légèrement plus au Sud).

Dans le Sud de l'Espagne, il existe d'autres groupes de tombes qui sont SR, bien que souvent très peu de dolmens du groupe aient des orientations anormales. Cependant, en s’éloignant de la côte Atlantique où il semble que les premiers dolmens aient été construits, la tradition SR semble être assouplie, et on trouve de plus en plus de tombes qui font face au Sud du lever du soleil en plein hiver, c’est-à-dire dans des directions où le soleil s'était levé et montait dans le ciel, d’où le terme de « soleil montant », ou SC pour « Sun Climbing ». Au total, sur 945 tombes en Espagne, au Portugal et dans la région immédiatement au-delà des Pyrénées (le Roussillon), pas moins de 911 (96,4%) faisaient face au soleil se levant ou montant (ou autour de son zénith) : entre 60° et 190°, soit SR / SC.

Plus au Nord, dans la vallée de la Loire, on rencontre une grande variété de tombes, y compris les monumentaux dolmens angevins trouvés en grand nombre près d'Angers. Sur 85 tombes mesurées faisant face à la moitié orientale de l'horizon, 4 (4,7%) faisaient anormalement face au Nord du lever du soleil d'été, mais les autres 81 (95,3%) étaient SR / SC.

En Bretagne, dans les confins Nord-Ouest de la France, on rencontre une variété encore plus grande de tombes. Il y a une poignée de dolmens angevins périphériques, et, le long de la côte Sud, un certain nombre de tombes "transeptées", une minorité de celles-ci faisant face à l’Ouest. Quand on considère les tombes à couloirs et plus tard les allées couvertes, bien plus nombreuses, il s'avère utile de diviser les départements de la Bretagne en ceux du Sud et de l'Est (et donc plus proche de la Loire), de ceux au Nord et à l'Ouest. Sur 68 tombes à couloir mesurées dans le Sud et l'Est, toutes sont SR / SC ; des 21 allées couvertes dans le Sud et l'Est, toutes sont SR / SC, tandis que la poignée de dolmens à "entrée latérale" dans le Sud et l'Est sont tous SR. Dans le Nord et l'Ouest, cependant, bien que la majorité des tombes de tous les types soit SR / SC, une importante minorité fait face à l’Ouest : le consensus n'est plus écrasant. Les monuments à couloir coudé, comme celui de Goërem à Gâvres (presqu'île à l'entrée de la rade de Lorient), présentent bien des affinités avec les allées couvertes. La similitude de plan avec les bâtiments de La Hersonnais (Pléchâtel, Ille-et-Vilaine, arrondissement de Redon) est remarquable, bien que ces derniers atteignent des dimensions qui sont désormais sans équivalents dans le domaine funéraire. Réduits, ils se superposent presque exactement, pour peu que les couloirs soient orientés de la même façon. En effet, le couloir du monument de Gâvre débouche dans le cadran Sud-Sud-Ouest, alors que l’aile latérale du bâtiment A de Pléchâtel se dirige vers le cadran opposé. On peut d’ailleurs faire la même remarque pour la maison circulaire des Ouchettes (site Néolithique ancien à Plassay, au centre de la Charente-Maritime, dans l'ancienne province de Saintonge), dont l’entrée est située au Nord-Ouest, alors que l’on accède par le Sud-Est à l’intérieur de la plupart des monuments circulaires à couloir et chambre circulaire. Un peu comme si l’entrée dans le monde des morts, matérialisée par le couloir, avait été située à l’opposé de l’accès aux demeures des vivants. Dans les îles anglo-normandes proches, toutes les tombes sont SR.

Près d’un tiers des tombes d’Irlande sont à coin (environ 400 tombes cunéiformes sont répertoriées) : elles constituent le type de tombe mégalithique le plus courant, ce sont aussi les dernières comme l’attestent les objets funéraires, notamment des vases campaniformes. Contrairement aux autres types de tombes, la distribution des tombes cunéiformes se concentre dans la moitié occidentale du pays et elles se distinguent par une orientation à l’Ouest. À Balnuaran of Clava (Nord de l’Écosse, près d’Inverness), les couloirs de deux monuments datés de l’Âge du Bronze sont alignés sur le coucher du soleil au solstice d’hiver. De même, Stonehenge, ce "théâtre religieux", n’était pas destiné à célébrer le lever du soleil au solstice d'été, mais son coucher au solstice d'hiver, en relation avec un culte des morts : l’orientation du monument serait alors associée au démarrage de la nouvelle année des cultures.

 

 

Au Portugal, les tombes font face au lever du soleil, le jour où la construction a commencé. Ailleurs en Ibérie, et aussi le long des Pyrénées françaises, dans les Causses et dans la vallée de la Loire, une certaine souplesse était tolérée, avec des tombes orientées à l’Est, soit vers le lever du soleil ou (plus rarement) sur le soleil quand il s'est levé et monte dans le ciel. En revanche, il a été développé à Fontvieille la coutume de l'excavation d’hypogées ou, quand cela s'est avéré difficile, de construire des dolmens faisant face au coucher du soleil. Cette tradition dolménique s’est répartie le long des régions côtières à l'Est et à l'Ouest : les tombes font face au coucher du soleil ou, avec augmentation de la distance par rapport à Fontvieille, le soleil quand il descendait dans le ciel. La coutume s'étendit aux îles Baléares, et aussi à la Catalogne où elle rencontra une forte coutume indigène de tombes orientées à l’Est. Prise en sandwich entre les deux traditions, la pointe extrême du Sud-Ouest de la France affiche des influences concurrentes tant de Catalogne que du Languedoc.

 

 

Près de la côte espagnole, il y a deux zones de la partie orientale de la Catalogne qui sont riches en tombes communes mégalithiques. A l'Ouest de la province, le long des pentes des Pyrénées, des tombes sont fréquentes à nouveau dans la région proche de l'état indépendant de l'Andorre ; mais elles sont alors rares sur plus de 200 km, jusqu'à ce qu’on atteigne la Navarre et le Pays Basque, sur le golfe de Gascogne. Au Sud-Ouest, le long de la côte méditerranéenne, des tombes sont également rares, avant de devenir à nouveau plus nombreuses dans la lointaine Almeria, quelques 600 km plus loin. Les tombes ibériques orientées à l’Ouest étaient excessivement rares : seulement 17 (1,8%) sur 945 dolmens, le seul groupe notable étant dans la pointe extrême Sud-Ouest de la péninsule (5 tombes du lac de Laguna de la Janda, vers Cadix, orientées entre 214° et 250°, au soleil descendant/couchant). Les monuments à Alhama de Almería et Los Millares (deux sites dans la province espagnole d'Almeria, à quelques kilomètres de distance) seraient des tombes de deux classes sociales différentes de la même culture, mais il faudrait alors expliquer pourquoi la coutume d'orientation (et peut-être la religion associée) était si différente entre les deux groupes.

 

Les cultures mégalithiques de l'Est de la Catalogne étaient relativement isolées des cultures contemporaines ailleurs dans la péninsule ibérique. Cela explique les coutumes insolites de l'orientation des tombes, qui se différencient significativement de la coutume de l’orientation à l'Est si répandue ailleurs en Espagne et au Portugal (et dans les îles de Corse et de Sardaigne). Les tombes catalanes sont clairement liées à celles du Sud-Ouest de la France, où les tombes orientées vers l'Ouest sont communes et à celles dans les îles Baléares, où les tombes orientées vers l'Ouest sont la norme. Comme les orientations occidentales sont si rares, on peut penser que les exemples qui se produisent en Catalogne doivent être expliqués comme ayant été dictée par la topographie. Ainsi, par exemple, au Nord de la route de Vilajuïga à Palau-saverdera, de nombreux sépulcres faisant face au Sud-Ouest se trouvent sur les pentes orientées Sud-Ouest. Les pentes étaient donc choisies par les constructeurs afin de faciliter les orientations souhaitées.

On voit la première apparition des "sepulcres de corredor" dans l'Est de la Catalogne pendant la période -3 300 à -2 700 dans l'Alt Emporda, dans le coin Nord-Est de la province, entre la région frontalière montagneuse et la ville côtière moderne de Roses. Les tombes à couloir se sont ensuite propagées ailleurs dans la zone autour du milieu du troisième millénaire, contemporaines avec l'apparition des tombes du deuxième type, les galeries catalanes. Une tombe à couloir a une chambre quasi-circulaire, trapézoïdale ou rectangulaire en orthostates, la forme rectangulaire étant considérée comme une variante plus tardive. Les galeries catalanes, une forme d’allée couverte du Néolithique final (-2 700 à -2 200), sont plus rares mais plus parsemées dans la région (un groupe majeur se trouve entre Palamós sur la côte catalane et La Bisbal, à l’Est de Girona) que les tombes à couloir. Alors que les galeries se sont développées à partir des tombes à couloir ampordanaises (peut-être par contact avec les galeries de l’Aude, au Néolithique final), les coutumes de l'orientation sont étonnamment différentes. Les Pedres Dretes d'en Lloveras, à Santa Cristina d'Aro (région de Palamós) est une probable galerie catalane, orientée à 304°, soit la direction du coucher du soleil au solstice d'été. Une galerie est anormale en faisant face au Sud-Sud-Ouest : Mas de la Mata (à El Port de la Selva, dans l'Alt Empordà dans la Province de Gérone en Catalogne, au Nord du cap de Creus : azimut de 202°, altitude pas moins de 13°), à proximité d'une région avec de nombreuses grandes tombes à couloir qui faisaient face bien à l’Ouest du Sud, l’Ampurdan qui comprend la frontière française et la Catalogne orientale. Parmi les rares tombes à 100 km de Barcelone, on trouve un certain nombre de galeries catalanes, toutes faisant face entre l'Est et le Sud, soit en conformité avec la coutume dans l'Est de la Catalogne. Cependant, ce n'était pas du tout le cas dans la région au Nord de Mataro, près de 25 km au Nord-Est de Barcelone. Parmi trois galeries, une faisait face au Sud-Est, une au Sud-Ouest et une à l'Ouest. Il est regrettable que ces tombes soient si peu nombreuses, car elles semblent indiquer que la coutume dans cette région était différente d'ailleurs.

Les dolmens simples du Chalcolithique, de -2 200 à -1 800, étaient peu nombreux dans l'Est de la Catalogne, où ils se trouvent principalement dans la région frontalière élevée. Ils faisaient face à des directions dans lesquelles le soleil (ou même la lune) s’était déjà levé et montait dans le ciel, un modèle SC rare mais pas unique. Estanys I (la Jonquera, frontière avec la France), curieusement, faisait face à l’octant occidental, vers le soleil et la lune lorsqu’ils descendaient.

Parmi les tombes qui font face à la moitié orientale de l'horizon, seules Cova de l’Arb (en France) et la petite Coll de Madas II faisaient face au lever du soleil, toutes les autres faisant face au soleil après son lever et lorsqu’il montait dans le ciel. À l'autre extrémité de la gamme, outre Llit de la Generala, la tombe avec le plus grand azimut (270°) est Riera Pujolar I qui est - plus exceptionnellement - à côté d'un ruisseau au fond d'une vallée escarpée. Elle est l'une des tombes qui étaient orientées sur le coucher du soleil. Les tombes orientées sur la moitié occidentale de l’horizon étaient à part égale avec celles orientées sur la moitié orientale, une situation sans parallèle ailleurs. La plupart des tombes de L'Albera Sud faisaient face à l'Est, mais pas toutes, la majorité des tombes de La Serra de Rodes et El Cap de Creus faisaient face à l'Ouest, mais pas toutes. Il n’y a aucune relation évidente aux coutumes rencontrées ailleurs dans la péninsule ibérique (et en Corse et Sardaigne), toutes les régions où les tombes orientées vers l'Ouest étaient excessivement rares, ou la coutume observée dans les îles Baléares, où les tombes exposées à l'Est étaient inconnus à cette période. Cela soulève cependant la question de savoir si les orientations des sépultures catalanes avec couloir, qui s'étendent à la fois sur les quadrants Est-Sud et Sud-Ouest, manifeste la combinaison de deux coutumes très différentes, dont une (celle Est-Sud) qu’on retrouve plus tard dans les galeries catalanes et les dolmens simples, et l'autre (Sud-Ouest) dans les îles Baléares. L'explication se trouve dans le Sud de la France, où les tombes qui font face au quadrant Est-Sud étaient en grand nombre, comme les tombes qui font face au quadrant Sud-Ouest : c'était là une influence venue à travers les montagnes, d’une région où les coutumes d’orientation à l’Ouest prévalaient.

Sur le versant français des Pyrénées orientales, il y a quelques monuments orientés Sud-Ouest (ceux situés au Sud-Est de la vallée du Têt), mais la plupart des dolmens simples était orienté au Sud-Est ou au Sud. Il semble que cette région a connu l'influence de la Catalogne orientale et du Languedoc dans l'orientation des monuments à l'Ouest, et l’influence de l’Ibérie et de l'Atlantique en général dans l'orientation des monuments à l'Est, qu’on trouve également dans la Catalogne Ouest.

 

 

L'écrasante majorité des dolmens à la fois dans les pays européens riverains de la Méditerranée et dans les îles s’ouvre à la moitié orientale de l'horizon, et les 75 dolmens de type Languedoc étaient plus qu’insolites avec pas moins de 69 (92,0%) faisant face à la moitié Ouest de l'horizon (ou presque).

En Catalogne, près de la frontière française, sur 101 dolmens de la région il y a aussi des tombes de structure similaire aux dolmens L (sur un côté de la région de l'Alt Empordà de Catalogne et de l'autre la région montagneuse du Sud du Roussillon). L'existence de sépultures avec couloir orientées vers le Sud-Ouest, dans les montagnes de l'Albera, Serra de Rodes et le Cap de Creus, a été soulignée. Un nombre considérable de ces sépulcres avec couloir ayant une orientation au Sud-Ouest ne sont pas rares dans la région, ils se produisent même fréquemment, aux côtés des orientations classiques au Sud-Est. Ceci est en contraste avec ce qui est connu pour le reste de la Catalogne, y compris Baix Empordà (l'aire mégalithique d'importance la plus proche), où les dolmens s’ouvrent généralement au Sud-Est. Dans le reste de la péninsule ibérique, et même dans la Méditerranée en général, les orientations sont presque toujours au Sud ou au Sud-Est, mais avec les exceptions notables du Languedoc oriental et des îles Baléares, où le contraire se produit. Dans ces deux régions les sépulcres avec couloir s’ouvrent systématiquement au Sud-Ouest.

 

Phase 1 (première moitié du quatrième millénaire) : Tombes à couloir avec des chambres subcirculaires. Dix monuments de ce type sont connus, dont 7 font face à la moitié orientale de l'horizon et seulement 2 à l'Ouest ; la dixième tombe fait presque face au Sud.

Phase 2 (seconde moitié du quatrième millénaire) : Tombes à couloir avec des chambres trapézoïdales. Sur les 49 dolmens connus, 20 font face à l'Est et 24 à la moitié occidentale de l'horizon, tandis que les 5 restants sont à proximité du Sud.

Phase 3 (première moitié du troisième millénaire) : Tombes à couloir avec des chambres rectangulaires, avec deux sous-phases architecturales : les sépulcres "tardifs" avec des couloirs sont larges mais continuent à être moins large que la chambre ; les sépulcres "évolués", avec des couloirs qui sont de largeur égale à la chambre, en fait, ceux-ci étant les galeries catalanes. Sur les 22 dolmens en question, 15 font face à la moitié orientale de l'horizon et seulement 6 l'Ouest.

Phase 4 (seconde moitié du troisième millénaire) : dolmens simples, avec un accès se faisant soit au moyen d'un vestibule situé à l'intérieur du tumulus ou tout simplement par une pierre avant de taille réduite. Sur les huit monuments de ce type, un seul fait clairement face à la moitié Ouest de l'horizon.

 

Ce schéma d'évolution montre clairement que, bien que deux sépultures faisant face à l’horizon Ouest ont été construits dans la phase 1, c’est dans la phase 2, de sépultures à couloir qui ont des chambres trapézoïdales (comme les dolmens L), que les dolmens faisant face à l'horizon Ouest égalisent ou même sont plus nombreux que ceux qui font face à l'Est, ce qui constitue une coutume particulière à cette région mégalithique. Il semble également clair que dans la phase 3, celle des chambres rectangulaires et de larges couloirs, cette coutume a diminué et les orientations classiques, au Sud-Est, sont venues à dominer. Cette tendance a été renforcée dans la phase 4, celle des dolmens simples, quand les orientations vers l'horizon Ouest avaient toutes disparu.

Si on considère les plus proches régions mégalithiques, comme Baix Emporda au Sud ou les Aspres del Canigo (en France) au Nord-Ouest, on trouve une fois de plus des orientations classiques, face au Sud-Est ou au Sud. On doit noter que ces deux régions comptent très peu de sépultures avec couloir des premiers types (subcirculaires ou trapézoïdales) : le type "tardif", avec chambre rectangulaire et large couloir, est le plus habituel.

Vers le début du Néolithique final (fin du quatrième millénaire), les groupes mégalithiques du Languedoc oriental et d’Alt Emporda-Roussillon étaient en contact. C’est ainsi qu’on peut expliquer ce bref goût dans la région catalane pour les orientations au Sud-Ouest, une coutume qui existait à peine auparavant et qui plus tard allait disparaître. Il est pertinent de mentionner que la poterie des types Treilles (dolmen de Cementiri dels Moros de Torrent et la grotte de Encantats de Serinya) et Fontbouisse (dolmen de Tires Llargues de Sant Climent Sescebes), caractéristique des cultures du Néolithique final / Chalcolithique du Languedoc oriental, a été trouvée dans le Nord-Est de la Catalogne.

Mais qu’est-ce qui a conduit les constructeurs de dolmens L à adopter les orientations Ouest, exotiques pour la plupart des cultures contemporaines ? Ils avaient cherché un abri contre les vents du Nord ou du Nord-Est en vigueur dans certaines parties du Languedoc, construisant leurs dolmens dos aux vents ? Cela ne tient toutefois pas compte de la grande diversité de ces orientations Ouest : la différence en azimut pourrait s'expliquer par le changement de la position du coucher du soleil au cours de l'année ; certains dolmens auraient été construits en hiver (orientation au Sud-Ouest) et d'autres au printemps ou à l'automne (orientation à l'Ouest ou à l'Ouest-Nord-Ouest). On peut être enclin à prendre une vue parallèle (mais à l’Est, lever du soleil) des dolmens du Lot. Explication hybride des orientations à l'Ouest : une tombe qui fait face au Sud-Est est comme abritée d'un vent de Nord-Nord-Est, comme celle qui fait face à l'Ouest. Néanmoins, les explications par les vents offrent une motivation possible pour ce qui peut être caractérisé comme la résistance des constructeurs de dolmens L à un instinct largement ressenti que les tombes doivent faire face au soleil quand il se lève ou monte dans le ciel.

 

 

Comme leurs homologues ibériques, la plupart des tombes de la France méditerranéenne étaient des dolmens simples (inhumation unique) datés du début du -IVè millénaire. Les tombes communes ont commencé autour de -3 500 et sont devenues le type le plus commun d'inhumation à la fin du Néolithique /Chalcolithique (-2 800 à -1 500). Dans les régions des Causses, la majorité de ces tombes suivaient le modèle de lever du soleil trouvé en Ibérie (chacune de ces près de 600 tombes, en dehors des départements de l'Ardèche et du Gard, était orientée dans la plage 0°-192°: les orientations Ouest - et Nord - sont inconnues, et plus de 92% des tombes étaient orientées dans la plage de 60°-166°). Cependant, le modèle devient variable en se déplaçant plus à l'Est dans la France méditerranéenne, avec des tombes orientées à l'Est, au Sud et à l'Ouest. Cette tendance générale est attribuée aux traditions trouvées dans le Languedoc oriental et en Provence, où la tradition d’orientation à l’Ouest était très forte, en opposition directe avec la tradition ibérique. Ce modèle "variable" trouvé dans la région de la frontière entre ces deux traditions d'orientation très différentes est une "confusion" des systèmes de croyances. Cette "confusion" se trouve non seulement dans l'orientation des tombes mais aussi dans d'autres vestiges matériels tels que les techniques de construction utilisées dans l’édification des dolmens. On peut contextualiser les orientations au sein de grands modèles archéologiques du commerce et de l'interaction, de la colonisation et de la diffusion des traditions funéraires et des croyances faits dans ces cultures spécifiques.

 

Le long de la côte méditerranéenne française les choses étaient très différentes, et beaucoup des tombes faisaient face à l’Ouest plutôt que vers l'Est, orientées sur le soleil couchant ou le soleil lors de la descente. Dans le Sud-Ouest de la France et les régions voisines de Catalogne, les deux coutumes étaient en conflit. Sur le principe que les coutumes deviennent de plus en plus détendues à de plus grandes distances de leur source, les archéologues ont mis en évidence l'origine des tombes orientées à l'Ouest, si anormales dans le vaste contexte européen, à Fontvieille, près d'Arles. L'image qui se dégage donne des orientations au lever du soleil, ou au soleil montant, tout au long de l’Espagne, du Sud-Ouest, de l’Ouest et du Nord-Ouest de la France ; et au coucher du soleil, ou soleil descendant, vers l’Ouest, le long de la côte méditerranéenne française à l’Est de Fontvieille et aussi (mais seulement en compétition) à l'Ouest de Fontvieille.

Les tombes de Fontvieille n’étaient pas des structures de surface importantes comme dans la plupart des autres endroits ; au lieu de cela leur longue chambre rectangulaire était creusée dans le substratum rocheux. Ce ne sont cependant pas de vraies hypogées, les toits étant formés de dalles horizontales, impeccablement travaillées sur l'intérieur mais à l'état naturel sur l'extérieur, où elles ne donnent aucune idée de ce qui se trouve dessous (seule la présence d'une entrée discrète menant à la chambre souterraine trahissait l'existence d'un tombeau. Dans un endroit, où la roche était de mauvaise qualité, la tranchée a été creusée comme d'habitude, puis un dolmen avec des murs de pierres sèches a été construit, au-dessous du niveau du sol et caché à la vue). Non seulement les tombeaux étaient cachés à la vue, mais ils faisaient face à l'Ouest plutôt qu’à l'Est. On peut citer quatre tombes très remarquables, creusées dans la roche, qu’on atteint par un escalier dans la roche. Leur chambre rectangulaire, dont trois qui se rapprochent des 20 mètres de longueur tandis que la quatrième n’a pas moins de 42,5 mètres, ont le fond et les côtés magnifiquement travaillés et font toutes face au coucher du soleil (soit SS pour « Sun Setting »).

À proximité se trouve le dolmen de Coutignargues, dont la tranchée est consolidée par des murs de pierres sèches, une dalle de chevet et des piliers d’entrée, sur lesquels les néolithiques ont placé des dalles de couverture similaires à celles des hypogées. Coutignargues, comme les autres dolmens à et près de Fontvieille, est orienté sur le coucher du soleil, ce qui imite les hypogées non seulement dans la construction mais aussi dans l'orientation.

 

En s’éloignant de Fontvieille, on trouve des tombes construites sur la surface plutôt que creusées dans le sous-sol, les chambres sont de nouveau rectangulaires mais moins extrêmes en longueur, et les parois latérales alternent fréquemment la pierre sèche fragile avec des dalles verticales. Et tout comme en Espagne, la stricte tradition SR semble avec la distance s’être relâchée de plus en plus pour permettre des directions où le soleil monte, et est devenue SR / SC, ainsi la coutume SS de Fontvieille semble avoir été assouplie pour permettre des directions où le soleil est décroissant (« soleil descendant », ou SD pour « Sun Descending ») et devint ainsi SD / SS.

En allant à l’Est vers la Provence, les dolmens imitent les coutumes de Fontvieille, mais avec une souplesse accrue à mesure qu’augmente la distance : les chambres rectangulaires sont de plus en plus presque carrées, les murs mélangent orthostates et pierres sèches, et les orientations, bien que toujours vers l'Ouest, font face non seulement au coucher du soleil mais aussi au soleil alors qu'il descend dans le ciel. En Provence, en direction de la frontière italienne, les tombes étaient uniformément SD / SS. L'influence en Provence provient uniquement de Fontvieille et ce n'est pas surprenant parce que dans les départements voisins du Sud-Est de la France les tombes SR / SC répandues ailleurs ne s’y retrouvent nulle part.

À l'Ouest de Fontvieille, en Languedoc, on rencontre la même flexibilité accrue selon l’augmentation de distance avec Fontvieille. Les tombes font face à l’Ouest, bien que dans les départements de l'Ardèche et du Gard la situation soit compliquée par les traditions d’ouverture à l’Est arrivant des Causses. Aussi loin que la frontière espagnole et un peu au-delà, la coutume de l’orientation à l'Ouest était en conflit avec la tradition normale SR / SC trouvée sur les Causses, et il y a une confusion des styles de construction ainsi que des orientations. La situation est particulièrement intéressante en Ardèche et dans le Gard, non loin de Fontvieille. Là, les tombes SR / SC avaient tendance à faire face plus près du Sud que d'habitude, et la même chose est vraie des tombes SD / SS : c'est comme si les coutumes rivales cherchaient à minimiser leurs différences.

 

 

Le groupe des confins du Gard et de l’Ardèche comprend les dolmens du bassin versant de la Claysse, à l’Ouest du bassin d’Alès, et les dolmens établis à l’Est de cette dépression, sur les massifs calcaires bordant la cuvette. Ce territoire s’étend de la commune de Barjac, au Nord, frontalière de l’Ardèche, à la commune de Seynes au Sud. Le corpus ainsi délimité contient le plus de sépultures, sur un espace moins vaste que la zone Sud.

Si l’on se tourne vers la partie centrale du Gard, la densité en dolmens y est bien plus faible que dans les deux principaux échantillons, groupe Nord et groupe Sud. On englobe dans cette zone centrale les régions de Saint-Hippolyte-du-Fort, de la vallée du Gardon et de la basse vallée de la Cèze. Pour en revenir à la zone médiane du Gard, on peut la séparer en deux sous-groupes, correspondant à deux concentrations distinctes. Le premier se compose des sépultures de la région de Bagnols-sur-Cèze, peu nombreuses mais souvent bâties partiellement en pierres sèches, ou type de Saint-Gervais. Le second petit groupe fait la transition entre les deux grands ensembles régionaux. Il s’agit des dolmens situés sur la chaine de la Grande Pallières à Anduze et de ceux de la commune de Saint-Hippolyte-du-Fort plus au Sud, géographiquement proches des dolmens héraultais.

La seconde concentration de dolmens, ou groupe Est héraultais, se situe entre la région de Lodève à l’Ouest et le causse de l’Hortus à l’Est, au Nord-Ouest de Montpellier. Cette zone englobe le cœur du territoire défini comme l’aire des dolmens languedociens ou dolmens à couloir, très majoritairement orientés au Sud-Ouest. Le groupe plus à l’Est comprend les dolmens des petits causses montpelliérains et s’étend de l’Hortus au causse d’Aumelas, le plus méridional et le plus bas des petits causses. Le second sous-groupe comporte les dolmens situés à l’Ouest de la vallée de l’Hérault. Il s’agit principalement des sépultures bâties sur les pentes de la Séranne, dans la partie héraultaise du causse du Larzac et dans le pays de Lodève au pied du causse.

 

L’étude des dolmens entre Aude et Rhône permet de souligner des constats locaux ou régionaux intéressants. En Languedoc oriental, l’orientation au Sud-Ouest majoritaire pour les dolmens de cette région est bien remarquée, tout comme une tendance à l’orientation au Sud des dolmens des Grands Causses.

Une vingtaine de dolmens à couloir classiques du Montpelliérais ont des dalles de chevet, soigneusement travaillées, réduites progressivement vers le haut. Les dalles latérales, inclinées dès l’origine, épousent étroitement les flancs du chevet. De ce fait, la surface de la dalle de couverture est considérablement réduite par rapport à la surface d’inhumation. Il s’ensuit un meilleur équilibre et une économie de matériaux. En Ardèche des dolmens simples utilisent ce même procédé. Au niveau de l’implantation des dolmens dans les paysages, on peut retenir ceux qui s’ouvrent au niveau de superbes points de vue et d’autres, juchés sur des reliefs plus modestes, qui valorisent la tombe dans son environnement proche. Dans le même secteur, l’orientation de l’entrée de la chambre au solstice d’hiver est bien représentée, mais d'autres directions existent. Malgré la dispersion apparente des ouvertures, on peut mettre en évidence trois orientations préférentielles, l’une entre Est et Est/Sud-Est, l’autre au Sud, nettement séparée de la première par une zone de moindre fréquence au Sud-Est, et la dernière au Sud-Ouest.

 

Parmi les dolmens ou coffres à section trapézoïdale des Causses et des Gorges de l'Hérault, 75% se répartissaient entre le Sud et le Sud-Ouest, et 50% étaient orientés au Sud-Ouest, entre 190° et 250° d’azimut (souvent autour de 235° de la boussole). Bien que l’on puisse relier l’orientation majoritaire des dolmens au coucher du soleil durant le solstice d’hiver, une large part est également accordée à la topographie du terrain dans le choix des orientations et on peut faire le parallèle avec les habitats tournés vers le midi.

Les dolmens languedociens, c'est-à-dire ceux possédant un couloir et une antichambre, ont essentiellement une orientation au Sud-Ouest, la limite de ces orientations systématiques se trouvant dans le Sud du département du Gard, dans la région de Saint-Hippolyte-du-Fort.

C'est dans le massif de la Gardiole qu'a été construit un des premiers dolmens à couloir du groupe languedocien, qui est un des plus importants de France. Il servit de lieu de sépulture pour 13 personnes dont 3 enfants. Dolmen d'un aspect assez rare puisque l'inventaire des dolmens à couloir est réduit à une dizaine (un seul d'entre eux avec antichambre), il se trouve édifié sur une partie plane, au lieu-dit Lacoste, à 2 km au Nord-Ouest de Frontignan, en bordure de Méditerranée. Il s'ouvre au couchant du soleil comme l'immense majorité des dolmens d'ascendance méditerranéenne. Or, c'est le dolmen du groupe bas-languedocien situé le plus près de la mer ; il pourrait donc être le plus ancien de ces 2 000 tombes mégalithiques enserrées dans le triangle Frontignan-Rodez-Privas, qui occupe en tout ou partie 5 départements (Hérault, Aveyron, Ardèche, Lozère, Gard) et s'échelonnent sur cette sorte d'immense escalier que sont les petits causses, avant de disparaître au contact des montagnes d'Aubrac. Sur le Plateau de l'Hortus, à 20 kilomètres au Nord de Montpellier, se trouvent les dolmens à couloir en murs en pierres sèches de Bouïsset et du Camp. Ils font partie d'un groupe important dont le plan est copié sur le dolmen de Frontignan situé en bordure de mer et dont le mobilier signe une origine méditerranéenne. Ce sont après ce dernier les plus anciens mégalithes de l'Hérault et de tout le groupe Bas-Languedocien. Plus loin, les monuments de la Masselle (Saint-Hippolyte-du-Fort) bordent à l'Est le groupe homogène des dolmens languedociens (sous-groupe des petits causses et des garrigues), à chambre rectangulaire - parfois trapézoïdale - précédée d'un couloir avec ou sans antichambre, le tout orienté au Sud-Ouest (même si sur les plateaux les orientations au Sud, là où le soleil est à l’apogée de sa puissance, étaient plus nombreuses). Dans le territoire compris entre Frontignan, le cours de l'Hérault et Saint-Hippolyte-du-Fort, 200 dolmens au moins (car on en découvre toujours) correspondent très exactement à cette définition. À 55 km au Nord du dolmen de Lacoste, Masselle 2, premier dolmen languedocien des petits causses, rappelle, avec exactitude, le prototype situé sur le littoral. Plus au Nord encore, c'est-à-dire vers les Grands Causses, quelques dolmens conserveront cette architecture et cette orientation, mais ils seront perdus au milieu d'autres monuments de formes et d'orientations variées. La limite entre les deux groupes pourrait être tracée sur les bords du Vidourle qui coule à Saint-Hippolyte-du-Fort, à l’Est du fleuve Hérault et au pied des Cévennes (sa position, dans la plaine au pied des massifs de La Fage, de Banelle et de Pié de Mar, favorise la culture des céréales ; point stratégique de passage, cette zone était un carrefour pour le commerce entre plaine et montagne).

 

On dénombre trois grandes familles d’orientations, divisibles elles mêmes en une déclinaison orientale et occidentale en fonction de la moitié de la boussole qu’elles occupent. Le premier ensemble d’orientations, ou groupe cardinal, est formé par la famille méridienne (orientation : 180°) et la famille équinoxiale (orientation : 90° - 270°). Le second ensemble se compose de la famille solsticiale (orientation : 128° - 232°) et parasolsticiale (orientation : 142° - 218°). Le troisième groupe est constitué des familles d’orientation trégoroise (orientation : 108° - 252°), déterminée par l’observation des longueurs d’ombre du gnomon, et para-trégoroise (orientation : 162° - 198°), deux orientations qui regroupent 56% du corpus des dolmens de Bretagne et de l’Europe Atlantique. L’orientation trégoroise n’a pas été observée dans l’Est du département de l’Hérault, ni dans la zone centrale du Gard. Elle est par contre connue pour la zone Nord, mais la valeur 110° y est minoritaire et forme un creux dans le graphique. Cette mesure constitue tout de même un peu plus de 6% du total (pouvant correspondre à la marge de battement d’autres directions préférentielles).

On peut ainsi déterminer dix directions canoniques dont l’intervalle est d’environ 18°, formant chacune les pointes d’un polygone. La reconnaissance de ce polygone aurait permis aux constructeurs de bâtir leurs monuments sans se soucier de la période de l’année.

 

La première des dix directions définies, ou onze si l’on distingue les deux orientations équinoxiales opposées, est celle des dolmens dont l’ouverture se fait en direction du lever du soleil à l’équinoxe, c'est-à-dire à 90°. Cette orientation n’est pas observable dans le département de l’Hérault et dans la partie centrale du Gard. On la rencontre uniquement dans la zone des confins du Gard et de l’Ardèche et dans les régions situées plus à l’Ouest du fleuve Hérault. Dans le secteur Gard/Ardèche les orientations à 90° représentent 13% du corpus. Cette valeur passe à 24% si l’on y inclut les orientations comprises entre 80 et 100°, pouvant découler d’une dispersion de ce cap. Il faut cependant noter qu’une très faible proportion des dolmens est orientée en-dessous de 90°.

Le second pic d’orientation qu’on observe dans la zone Nord correspond à la troisième direction canonique. Il pointe grossièrement vers la position du lever du soleil lors du solstice d’hiver (128° de la boussole). Ce type d’orientation a été uniquement rencontré dans les confins du Gard et de l’Ardèche, où elle représente tout de même 14,5% du corpus.

L’orientation définie sous le terme de para-solsticiale (142°) n’est pas pertinente en Languedoc. Elle est totalement absente dans les groupes Sud et central et très minoritaire dans l’ensemble Nord, où ce type correspond aux orientations au Sud-Est qui forment un creux dans le graphique autour de 140-150°.

L’orientation à 162°, nommée para-trégoroise, est très peu présente dans le département de l’Hérault, mais existe et représente 1% des dolmens. Elle n’est pas non plus majoritaire entre Gard et Ardèche mais marque tout de même un léger pic d’orientation à 160° qui représente 7,5% du corpus. Ce chiffre passe à près de 12,5% si l’on élargit la fourchette entre 160 et 170°, mais la proximité d’une autre orientation très majoritaire, à 180°, a pu brouiller les résultats.

La direction d’ouverture méridienne (180°, au Sud) existe aussi bien dans le groupe Nord que dans le groupe Sud. Elle est cependant loin d’être majoritaire dans l’Est du département de l’Hérault. Elle ne représente dans cette zone que 11% des orientations avec une fourchette élargie de 170° à 190° et un pic un peu plus marqué à 190° (5,5%). Ce type n’est cependant pas réparti uniformément dans le département de l’Hérault. La fourchette donnée plus haut ne représente que 2% des orientations sur les petits causses héraultais, avec un seul cas reconnu de sépulture s’ouvrant à 190°. Cette orientation est par contre beaucoup plus fréquente sur le causse du Larzac et dans le lodévois où elle représente 22% des orientations totales, avec un pic à presque 10% pour les orientations à 190°. Si elle n’est pas majoritaire dans le groupe Sud, elle est l’une des deux principales orientations rencontrées dans les confins du Gard et de l’Ardèche. Elle représente dans cette région près de 23,5% du corpus, avec un pic très marqué à 180° (14%). Les deux orientations connexes (170 et 190°) ne représentent chacune que 5% du total.

La direction désignée comme para-trégoroise, aux alentours de 200° (exactement 198°), n’est courante dans aucune des deux concentrations de sépultures. L’intervalle 200° du cadran correspond en fait à une zone quasiment vide d’orientation. Ce genre de coupure va à l’encontre de l’idée d’une orientation aléatoire des dolmens. Il ne s’agit pas en fait du seul creux de ce genre observé dans les graphiques, mais c’est sans doute le plus remarquable car il est indifféremment visible dans les deux groupes. On a déjà parlé d’une autre grande coupure qui est située aux alentours de 150°, mais elle n’est visible cette fois que dans le groupe Nord, entre Ardèche et Gard. Une dernière coupure pourrait éventuellement être située autour de 260° dans les deux zones étudiées, mais le très faible échantillon de sépultures orientées plein Ouest ne permet pas de l’affirmer.

Un autre type d’orientation à 218°, nommé famille parasolsticiale, révèle un pic mineur d’orientation dans le groupe Nord, mais il se situe plutôt aux alentours de 210°. Avec 11 sépultures il y représente 7% du corpus. Si l’on inclut les orientations comprises entre 210 et 220° le pic atteint les 9% dans ce groupe. Ce pic mineur est peut-être également visible dans le groupe Sud. Les orientations comprises entre 210 et 220° constituent un peu plus de 18,5% de l’échantillon. Il est cependant intéressant de noter que ce type ne semble pas être représenté avec les mêmes proportions dans les deux sous groupes définis précédemment. Ces orientations ne représentent en effet que 8% des mesures prises sur les petits causses et ne constituent pas de pic tandis que ces orientations représentent un peu plus de 31,5% du sous groupe Causse du Larzac – lodévois. Toutefois, dans ce dernier cas les orientations comprises entre 210 et 240° semblent représenter un seul et même bloc homogène. Cela pourrait être lié à la tendance à l’ouverture au Sud que l’on observe dans ce groupe.

La direction canonique de l’azimut du coucher du soleil au solstice d’hiver se situe à 232°. Cette orientation est quasiment absente dans les confins du Gard et de l’Ardèche où la tranche 220-240° ne représente que 5% du corpus. Il est intéressant de noter que dans cette zone l’orientation opposée, vers le lever du soleil au solstice, représente tout de même 14,5% du corpus. Dans l’Est du département de l’Hérault la concentration de dolmens dans cette partie du cadran est particulièrement forte. Ce sont près de 44% des dolmens qui sont regroupés entre 230 et 240°, avec un pic marqué à 240° (27,5%). Que l’on se tourne vers les petits causses ou le causse du Larzac – lodévois, le pic maximum d’orientation se situe toujours à 240°, mais les proportions changent suivant le groupe. Cet intervalle (230-240°) rassemble 52% des dolmens dans les petits causses, mais ne constitue plus que 34% des orientations sur le Causse du Larzac ou le lodévois. En fait le resserrement des mesures est beaucoup plus fort sur les petits causses que dans les régions situées plus à l’Ouest, où les orientations se répartissent largement entre 210 et 240°.

Aucune orientation préférentielle ne se distingue autour de 252°, mesure qui représente les orientations de la famille trégoroise. Il n’y a aucune sépulture s’ouvrant entre 250 et 260° dans le secteur Nord. Dans le secteur Sud le nombre de dolmens s’ouvrant dans cette direction est un peu plus important (17,5%), mais là encore rien ne permet de dissocier ces mesures du précédent groupe des orientations solsticiales. Elles pourraient tout aussi bien résulter de la dispersion du cap.

Enfin, la dernière direction définie comme canonique correspond à la position du coucher du soleil à l’équinoxe (270°). Quelques dolmens sont orientés dans cette direction et sont séparés des précédents par une zone de vide sur le graphique. Avec 2,5% de dolmens s’orientant plein Ouest, le groupe Nord en comptabilise 4 de cette sorte. Le groupe Est héraultais comporte quant à lui 6,5% de dolmens dont l’ouverture se fait entre 270 et 280° de la boussole (6 unités), avec un pic à 280° (5,5%). Dans la région de Bagnols-sur-Cèze, le groupe de dolmens à murs latéraux de pierre sèche est de type de Saint-Gervais : il s’agit des dolmens de Peyre Pécoulade (Cavillargues), de Coucouvèze (Saint-Laurent-la-Vernède) et de Coste-Rigaude ou Saint-Gervais 1 (Saint-Gervais-les-Bagnols). Tous trois sont orientés plein Ouest. Il est possible que l’on soit en présence d’une influence venue de Provence, dans cette région les sépultures collectives répondant à cette orientation sont en effet plus nombreuses.

On notera donc que les monuments aux entrées orientées au levant sont plutôt localisés dans les régions caussenardes (Quercy, Grands Causses, une partie de la Basse-Ardèche), alors que ceux dont les accès sont ouverts dans le quart Sud-Ouest sont plutôt localisés dans le Roussillon, le Bas-Languedoc, une partie de la Basse-Ardèche, la Provence rhodanienne et orientale.

 

 

Le trait le plus marquant du mégalithisme funéraire, en association avec la culture de Ferrières (Néolithique final) est représenté par les dolmens à couloir est-languedociens étalés du Minervois jusqu’au Pic Saint-Loup, aux régions d’Alès, du Vigan, avec quelques monuments plus isolés en Ardèche et Lozère. Le type courant comporte un chevet encastré entre deux supports latéraux limitant une chambre rectangulaire, trapézoïdale ou sub-carrée (les formes rectangulaires sont absentes des littoraux atlantiques - les chambres étant plutôt rondes -, alors qu'elles sont abondantes en Catalogne espagnole et française d'où elles sont passées en Languedoc), couverte par une table débordante. L’accès se fait par un couloir de pierre sèche, ouvert à l’Ouest ou au Sud-Ouest, qui s’amorce sur un tertre et conduit jusqu’à la porte de la chambre funéraire. La position respective du couloir et de la chambre détermine des entrées axiales en P ou en Q. Un second groupe de dolmens à couloir semble plus hétérogène. Il s’agit des dolmens bas-rhodaniens. Ils connaîtraient une assez large diffusion du Minervois à la Côte d’Azur. À l’ouest du Rhône, en Provence, le couloir, toujours axial, est en pierre sèche et s’ouvre à l’Ouest/Sud-Ouest comme les dolmens à couloir languedociens orientaux.

La séquence débute dès le -Vè millénaire par des monuments en coffres insérés dans des tertres ou des cercles de pierres. Les premiers dolmens à couloir apparaissent en Sardaigne et en Catalogne sur la transition -Vè/-IVè millénaires. Dans le Midi, quelques monuments pourraient émerger vers -3 500. Les grandes tombes (allées de Sardaigne, hypogées d’Arles, dolmens à couloir et antichambre, grands dolmens de l’Aude et de Catalogne) sont probablement bâties dans la seconde moitié du -IVè millénaire. Des formes dolméniques moins élaborées (dolmens simples) pourraient être attribuées au -IIIè millénaire. On retrouve l’influence des dolmens languedociens qui remontèrent vers l'Anjou (qui sont orientés comme dans l’Atlantique, vers l’Est) et l'Angoumois par le Massif Central via les Causses.

 

Le groupe des "dolmens à murs en pierres sèches", qui s’étend de la rive gauche ardéchoise du Rhône jusqu’à la limite Sud-Ouest du département de l’Hérault, est inconnu en Lozère, dans l’Aude, l’Aveyron et les Pyrénées-Orientales. Ce sont des dolmens à architecture mixte : la chambre quadrangulaire est formée d’une dalle de chevet massive, débordante, appuyée sur deux murs en pierre sèche rejoignant deux piliers entre lesquels un couloir central conduit au bord du tumulus. Ce couloir bref est ouvert en direction de l’Ouest et du Sud-Ouest. On regroupe les dolmens à parois latérales en pierre sèche du Languedoc et de Provence ainsi que les dolmens à chambre courte ou allongée. Pour d’autres, en Provence, les chambres à parois latérales en dalles ou en pierres sèches sont deux variantes d’une même architecture. En revanche, le groupe languedocien est individualisé par ses dalles de chevet débordantes. On propose alors l’hypothèse d’un emprunt architectural d’un groupe à l’autre. Toutefois, les dolmens à chambre longue relèvent d’une tradition architecturale différente de celle des dolmens languedociens à chambre courte. Leur localisation ponctuelle est sans doute à mettre en rapport avec la brièveté de leur période d’apparition à la transition des -IVè et -IIIè millénaires, avant l’éclosion de la culture de Fontbouisse. Cette période correspond au début de la métallurgie du cuivre en Languedoc et au premier développement de l’habitat en pierre sèche (Les Vautes à Saint-Gély-du-Fesc, Hérault), technique qui tient une place essentielle dans leur architecture. C’est aussi celle du transfert de styles céramiques de transition dont la durée d’existence paraît brève. La question du lien entre ces monuments et les autres catégories de dolmens à parements en pierre sèche reste entière. Si des rapprochements sont effectivement possibles avec les longs dolmens et les dolmens à chambre carrée parementée de Provence, il semble que tous les types à murs latéraux en pierre sèche apparaissent dans un laps de temps relativement court, dans le premier tiers du -IIIè millénaire [la fouille du dolmen à chambre longue parementée de l’Ubac à Goult (Vaucluse) a fourni une datation de -2880/-2622, que l’on peut rapprocher de celle du dolmen IV de Château Blanc (Ventabren, Bouches-du-Rhône)].

 

 

Il ne semble pas que le coucher ou le lever du soleil au solstice d’été ait été une direction favorisée par les bâtisseurs du Languedoc. Par contre, au moment du solstice d’hiver, le 21 décembre, la position du soleil au lever (128°) et celle du coucher (232°) correspondent à des orientations majoritaires. Un simple repérage visuel permet de déterminer les orientations solsticiales, et cela ne demande aucun procédé technique si l’observation est faite à la bonne période (quand les levers/couchers du soleil ne se déplacent plus sur l’horizon). La variation affectant ces angles est très faible et n’a été que de 1° jusqu’à nos jours, ce qui est négligeable. Il suffisait donc aux architectes néolithiques de repérer la direction du soleil au moment voulu et de la matérialiser au sol par un axe quelconque en attendant l’instant où la dalle de chevet viendrait matérialiser physiquement cette direction. De plus, la position du soleil à son lever et à son coucher varie peu dans les jours qui suivent ou qui précèdent le solstice. Le soleil paraît, à ces moments, pratiquement stationnaire durant quinze jours, une semaine avant et après le solstice.

Trois autres directions se retrouvent également dans le Sud de la France, l’observation d’un gnomon suffit à leur détermination. Il s’agit des directions méridiennes et équinoxiales, autrement dit des orientations au Sud, à l’Est et à l’Ouest. La détermination de ces trois directions demande un équipement technique modeste. À l’aide d’un bâton fiché verticalement dans la terre et d’une cordelette qui y est attachée on trace un cercle autour de l’axe constitué par le gnomon/bâton et on observe la symétrie des ombres à deux moments de la journée, venant épouser consécutivement le rayon du cercle, le matin et l’après-midi. Il suffit ensuite de marquer ces deux points sur le cercle et de les joindre par une droite qui fournira les directions de l’Est et de l’Ouest. Afin de déterminer avec précision le méridien il suffit ensuite de tracer deux arcs de cercles de rayons égaux à partir des deux points précédemment placés. Les arcs vont se recouper en deux nouveaux points qui détermineront, si l’on trace une droite les joignant, les directions du Nord et du Sud. À partir de ces deux droites perpendiculaires il est aisé de connaître avec une relative précision les autres directions canoniques, et notamment solsticiales, à l’aide du report de mesures.

 

 

La plupart des sites ornés du Sud de la France, rupestres et pariétaux, affectionnent des orientations entre Sud-Ouest et Sud-Est. On notera l’importance du symbole solaire au niveau de la mort physique et symbolique (orientation des édifices sépulcraux et des sites ornés où on suppose des rites de passage). Nombreux sont les sites et monuments où l’on peut voir des signes "en croix" (schématisations extrêmes de la silhouette humaine) et surtout des cupules, tel sur le dolmen des croix en Roussillon. Sur les rochers du Caroux (partie du Massif central la plus rapprochée du littoral méditerranéen, le mont Caroux - localement appelé la « femme couchée » ou « femme allongée » du fait de sa forme qui rappelle le corps d'une femme - constitue la terminaison orientale des monts de l'Espinouse, entre Lacaune dans la Montagne Noire et Bédarieux, à l’Ouest du Salagou et de Lodève. Il est constitué par un plateau culminant à 1 091 m d'altitude, limité au Sud par la vallée de l'Orb), presque toutes les gravures sont orientées vers l’Ouest.

Au lieu-dit "Cap des Agasses" ou "Forêt de Combes", sur la pente Nord, une roche porte une quinzaine de cruciformes, toujours orientés vers l’Ouest, identiques à ceux de La Caïcenore. On trouve également des signes pédiformes (en forme de pied), disposés par paires : pieds parfois bien séparés l’un de l’autre, parfois jointifs, très souvent à l’Ouest.

La nette association cruciformes, pédiformes et autres gravures schématiques laisse penser à leur contemporanéité... à quelques siècles près, donc au Néolithique final. Pourquoi a-t-on pris la peine de piqueter tous ces pédiformes ? On a remarqué, pour la grande majorité d’entre eux, leur orientation vers l’Ouest, vers l’endroit où se couche le soleil. Il y aurait donc là un symbolisme particulier, l’Ouest représentant la fin du jour, donc la mort. D’ailleurs, à l’extrémité du pédiforme de la Caïcenore a été gravé un cercle qui pourrait être un symbole solaire. Certains chercheurs ont pensé que les cruciformes pourraient représenter les personnes décédées dans le pays et ces cruciformes sont, eux aussi, orientés vers l’Ouest.

La fameuse "Roche aux serpents" du Mouscaillou (à Rosis), par le réalisme de ses gravures, ne laisse aucun doute sur la volonté de vouloir représenter des serpents sortant de terre. Lorsqu’on les voit ressortir du sol après les grands froids de l’hiver, c’est l’annonce des beaux jours, du redémarrage de la végétation, de la promesse des nouveaux herbages indispensables à la nourriture des troupeaux qui pourront venir.

Une remarque s’impose, c’est la richesse du Caroux en art schématique associé aux mégalithes, prouvant une occupation humaine au Néolithique final. On a ainsi découvert près des gravures d’assez nombreux percuteurs en quartz entiers ou brisés, qui on servi bien évidemment à exécuter les gravures et cupules, ainsi qu’une quinzaine de disques en schiste de dimensions différentes au contour bien régularisé, trouvés dans des gisements en grottes et aussi dans des dolmens (exemple dans un des 3 dolmens des Seilhols/Seillots, commune de Colombières-sur-Orb, au pied du Caroux). Toutefois, les bâtisseurs locaux firent peu de signes. Ainsi, les gravures sont d'une rareté extrême dans les dolmens languedociens. Ils préfèrent les cupules. Ils ont encore tendance à raisonner en panoramique et au plus près des cieux.

Ainsi, aux dolmens s'intègrent des rochers creusés de trous pour recueillir l'eau de pluie, les cupules. Cette prise en compte constitue une rupture de plus par rapport à l'ordinaire des jours. En effet, l'eau des pierres sacrées était, dans les sociétés traditionnelles, parée de nombreuses vertus et passait pour guérir de nombreux maux. Elle était recueillie selon un calendrier précis. Dans l'ordre des jours, la lune figure un repère fort.

 

 

Il a été proposé que le modèle d'orientation de plusieurs groupes de monuments mégalithiques puisse être expliqué par un intérêt dans le soleil ou la lune. Ces deux astres célestes suivent des modèles distincts de lever et de coucher pour les différentes périodes de l'année et tout au long des années. Les configurations particulières de lune croissante/décroissante sont l'une des phases les plus importantes de la lune, juste quelques jours avant ou après la nouvelle lune. En particulier, la lune croissante (mais aussi celle décroissante), et son observation, a été utilisé à travers l'histoire et les cultures comme un chronométreur pour marquer le début des mois et faire fonctionner le calendrier, tout comme elle a été liée à diverses représentations de dieux et déesses à différentes époques.

La décoration intérieure de certaines tombes, comme les peintures trouvées au dolmen d’Antelas (Portugal), suggère que le soleil et la lune étaient importants ; et les plaque-idoles découvertes dans des dizaines de antas et autres monuments mégalithiques d’Ibérie offrent un indice intéressant. Ces idoles étaient portables, sur plaques de pierre décorées avec un couple de grands yeux en forme d'étoile ressemblant à un hibou. Elles étaient normalement gravées avec une série de triangles (moins fréquemment avec des lignes ou des carrés) qui pouvaient être facilement comptés. On trouve deux pics significatifs, le plus grand centré sur environ 12,5 et l'autre sur environ 29. Le premier pic vient du fait que de nombreuses plaques-idoles ont des motifs de 12 ou 13 triangles, suggérant un intérêt dans le nombre de lunaisons lors d’un cycle saisonnier (une moyenne de 12,4). Le deuxième représente des triangles qui sont proches de la longueur du mois sidéral (27,6 jours), de la période de visibilité de la lune (près de 28) et la lunaison (29,5), ou, peut-être, la période menstruelle de la femme. En outre, dans la région de Lisbonne, plusieurs idoles ont été trouvées sous la forme d'un croissant. Tous ces faits sont des indications claires d'un intérêt probable de la lune et de ses cycles de la part des constructeurs de mégalithes.

On peut distinguer quelques groupes de monuments mégalithiques dans le centre de la Méditerranée en ce qui concerne les modèles de lune croissante / décroissante telle que vue quelques degrés au-dessus de l'horizon. Ainsi, des monuments du Languedoc et de Provence orientés à l'Ouest peuvent être liés à la première observation de lune croissante pour différents moments de l'année.

Dans le cas des dolmens de type L (datés du Néolithique final au Chalcolithique, -2 600/-2 200), le maximum d’orientations se produit vers 220° avec un possible double pic, tandis que pour les BR le maximum est plus proche de 270° avec un pic secondaire à 220°. Étonnamment, ce pic secondaire vient des dolmens situés plus près de l'Italie, ceux qui sont plus éloignés du Languedoc. Il faut noter le pic et son éventuelle double nature. Le meilleur modèle pour s'adapter serait le premier croissant de lune après le solstice d'hiver. La double nature du pic, si confirmée, pourrait s'expliquer par les croissances observées avant et après le solstice d'hiver. Alors que l'ensemble de la gamme d'azimuts peut être expliqué par les croissances de lune pendant les mois d'hiver, il faut considérer l’hiver comme les mois entre les équinoxes d'automne et de printemps.

Fontvielle pourrait être à l'origine des dolmens BR. Cependant, un dolmen typique du type BR a des murs généralement en pierre sèche avec des pierres de chevet et des piliers en saillie sur les côtés. Les objets locaux ont été datés du début du Chalcolithique (-2 200). On trouve une gamme de monuments s’ouvrant du Sud au Nord un peu de l'Ouest, avec deux pics significatifs, et un troisième moins représentatif. Le premier croissant de lune après l'équinoxe de printemps pourrait expliquer le pic le plus significatif. On doit noter ici une différence par rapport aux dolmens L où le pic principal pourrait être expliqué par le croissant de lune après le solstice d'hiver. Cependant, le second pic peut être expliqué par le premier croissant après le solstice d'hiver. À côté de cela, il faut rappeler que le second pic est venu principalement de dolmens qui n’étaient pas dans la région influencée culturellement par le Languedoc, mais plutôt une aire plus autonome, celle de la Provence orientale. En d'autres termes, bien que l'orientation puisse être calée sur le même événement, à la fois les monuments et la région concernés sont différents. Le troisième pic pourrait être expliqué, le cas échéant, par le premier croissant suivant le solstice d'été.

 

 

Souvent, on remarque un lien étroit entre des cercles et des alignements, en relation avec un dolmen bien plus ancien. Des pierres plantées, des menhirs, font également partie de la mise en scène. Dans cet espace, il faut aussi laisser le soleil agir. Un axe est alors visible en allant du dolmen vers l’alignement, un intérêt du paysage (tel un pic) étant sur la même ligne, correspondant aux lever/coucher de soleil ou de lune à une époque précise de l’année. D'autres fois, la jonction s'opère avec de gros blocs à la fonction énigmatique (on peut trouver des rochers troués laissant passer la lumière à certaines époques de l'année). Mais les Néolithiques avaient d'autres arguments que la luminosité. Car ils se vivaient à l'échelle de la communication entre les mondes du visible et de l’invisible, des êtres vivants / de la Nature et des esprits. Alors, la raison d'être des dolmens était de guérir des maladies, de contrer le mauvais œil ou encore de se rapprocher des défunts.

 

La nature fournit le décor et l'équipement. Le ciel, les rivières et les forêts avaient sans doute leur place dans les cosmologies néolithiques, et l’orientation des couloirs en offre une confirmation archéologique. Les éminences, puis les cols sont, par excellence, le lieu d'implantation des dolmens. Placer le tombeau de l'ancêtre fondateur à la limite du territoire, sur un sommet, est une pratique attestée en Méditerranée. Ils jouent volontiers la carte de la proximité avec les cours d'eau.

Dans la plupart des cas, les dolmens "regardent" vers une colline ou un pic situé quelque part dans le secteur azimutal Sud (où le soleil est le plus haut et donc puissant). Par conséquent, l'idée clé des constructeurs de dolmens semble être basée sur un respect spécial pour les pics, montagnes, rochers. Ces connexions topocentriques montrent que l'orientation astronomique n'a pas été l'argument décisif pour les Mégalithiques au moment de choisir l'orientation de leurs dolmens. Pour de nombreux dolmens le paysage environnant offre non pas une mais plusieurs collines satisfaisant l'exigence de résider dans le secteur azimutal Sud : parfois, plusieurs pics sont alignés en rapport à un dolmen donné. On peut remarquer que les "pics attirant les dolmens" contiennent de très anciens sanctuaires taillés dans la roche, avec des cupules et/ou des gravures.

Quand un dolmen regarde vers un autre dolmen la question suivante se pose : est-ce un signe de dépendance hiérarchique subalterne ? Dans de tels cas, on peut supposer une séquence temporelle dans la construction des dolmens respectifs, le dolmen cible devant être le premier construit. Dans le même temps, l'orientation vers un autre dolmen peut coïncider avec la direction vers une pointe dans le paysage. La question sur le choix de l’emplacement du dolmen se pose avec la question sur les méthodes pour tracer la direction si une visibilité directe est manquante.

Même la combinaison entre des arguments astronomiques, topocentriques et de voisinage ne peut pas expliquer les cas où des dolmens proches et éventuellement synchrones "regardent" dans des directions très différentes. On est donc obligés de chercher des principes d'orientation supplémentaires. Une autre hypothèse possible pourrait être que les dolmens sont orientés en fonction des préférences individuelles comme les traditions totémiques.

 

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