Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation du Collectif des 12 Singes

 

Nous sommes un Collectif
d’écriveurs autoédités.

Pour nous suivre, connectez-vous à facebook et/ou twitter

Tous nos textes sont présentés sur http://Collectif12Singes.over-blog.com et nos livres ont une version eBook : "Lendemain du Grand Soir" ; "La philosophie south-parkoise, ça troue le cul !!!" ; "Bouquin Coquin et Taquin d’une Catin et d’un Libertin" ; "Photograffi(ti)es d’Expressions Murales : Pierres Philosophales"

*** TÉLÉCHARGEMENT ***

*** COMMANDE ***

 

L’idée, pour Partager auprès du plus grand nombre et facilité la lecture, est de mettre à disposition les contenus synthétisés par nos soins, puis les internautes le désirant peuvent télécharger les pdf illustrés ou commander les livres papier imprimés par un professionnel

 

  1. Téléchargement pdf
    illustré

     
  2. Commande livre papier personnalisé

 

 

COMMANDEZ NOS
LIVRES CRÉATIFS

Publié par Collectif des 12 Singes

Frondeur baliares des Baléares

Frondeur baliares des Baléares

*** Cet article est le résultat d’une compilation/synthèse de sources scientifiques dont les liens sont en bas de page. Malgré nos efforts, certaines de ces informations sérieuses sont peut-être datées/éculées, Merci de nous le signaler en commentaire, ça évitera de propager des hypothèses invalidées depuis x temps. ***

 

 

Le Languedoc appartient à « l'arc d'influence immédiate sur les îles » (parallèles culturels et d'artefacts : d'Almeria au Sud, le long de la côte de Valence et au Nord vers la Catalogne et les Pyrénées, poussant vers le Languedoc et la Provence), que ce soit directement ou par l'intermédiaire de la proximité de la Catalogne.

 

En Sardaigne, le commerce maritime a probablement commencé à partir du Mésolithique (la Toscane ne se trouve qu’à 30 km de là), comme en témoignent certaines découvertes en Ligurie (Italie du Nord-Ouest), puis s’est intensifié avec l'avènement du Néolithique. La longue histoire minière de la Sardaigne commence vraisemblablement autour du -VIIè millénaire (une tombe à Curacchiaghju, première installation en Corse, a livré les premières traces de son exportation, vers -6 610) avec l'extraction de l'obsidienne sur le Mont Arci, au centre-Est de l'île, dans la plaine du Campidano qui s'étend sur une longueur d'environ 100 km entre Cagliari et Oristano. Ses sommets sont trois tours basaltiques volcaniques : Sa Trebina Longa (812 m), Sam Trebina Lada (795 m) et Su Corongiu de Sizoa (463 m). Ces trois pics rocheux forment une sorte de trépied d'où elle tire le nom de Sa Trebina. Le manteau du mont Arci est formé par des coulées de lave de basalte. Le Mont Arci fut l'un des plus importants centres méditerranéens d'extraction et d'industrie (20 ateliers, où celui de Sennixeddu était le plus grand avec une superficie de plus de vingt hectares) de cette roche volcanique vitreuse (marquée ici notamment par son opacité, liée à l'extrême abondance des inclusions microscopiques noires en lits, et sa rugosité), considérée comme le matériau le plus approprié pour fabriquer des outils et des armes comme des couteaux tranchants, des pointes de flèche et de lance, constituant alors un produit recherché. Des traces d'au moins 70 centres miniers et environ 160 infrastructures stables ou temporaires ont été trouvées dans cette région, depuis lesquels l'obsidienne était transportée au Sud de la France et au Nord de l'Italie. Les routes de la Sardaigne étaient bien connues et ses ressources ont provoqué un afflux massif de personnes et d'idées.

 

La Corse et la Sardaigne sont deux régions-clés pour la compréhension des processus qui ont conduit à la néolithisation de la Méditerranée occidentale. En effet, située entre le domaine du Néolithique ancien adriatique (Impressa) et celui du Néolithique ancien de Méditerranée occidentale (Cardial franco-ibérique), la région tyrrhénienne est un passage obligé entre la péninsule italique et les façades méditerranéennes de la France et de l’Espagne. La présence d’un Néolithique ancien précoce et bien implanté sur le pourtour de l’Adriatique (Impressa) a pu sembler indiquer une diffusion directe par l’intermédiaire de la plaine du Pô et au travers de l’Apennin vers la zone tyrrhénienne (Cardial Filiestru-Basi-Pienza) puis vers la Méditerranée occidentale (Cardial franco-ibérique). D’autres éléments amènent à envisager une néolithisation de la région tyrrhénienne à partir de la culture de Stentinello, implantée en Sicile et en Calabre. Ce courant Sud-Nord aboutirait vers -5 700 à la formation du Cardial Filiestru-Basi-Pienza en Sardaigne, en Corse et en Toscane.

Le Néolithique ancien « Cardial » appartient à une ambiance que l'on retrouve sur les côtes de la Méditerranée, de l'Italie, de la France et de la Catalogne ainsi qu'en Corse et en Sicile : on distingue les sites de Sardaigne (Filiestru), de Corse (Basi) ou de Toscane (Pienza) rassemblés sous le terme de Cardial géométrique, des sites d'Italie (du Nord, Arène Candide ; et de l’archipel toscan, Isola del Giglio) et de France (dans l’Hérault, Peiro Signado ; la région de Nice, Caucade et Magazin Giaume ; et de manière ponctuelle en Corse, Basi) rassemblés sous le terme d'Impressa géométrique. Les aires de répartition de l’Impressa de type Peiro-Signado-Caucade et du Cardial Filiestru-Basi-Pienza se recoupent clairement en Ligurie, en Corse et dans l’archipel toscan. Par contre, l’Impressa de type Peiro-Signado-Caucade déborde largement sur la façade méditerranéenne de la France. Les quelques dates disponibles situent l’Impressa de type Peiro-Signado-Caucade entre -5 800 et -5 500 et vont donc dans le sens d’une contemporanéité avec le Cardial Filiestru-Basi-Pienza. Après quelques incursions en Ligurie au cours de la première moitié du -VIè millénaire, le Cardial Filiestru-Basi-Pienza dans sa phase récente diffuse vers le Nord soit par la voie continentale (Toscane-Ligurie-Provence) soit par la voie maritime (Sardaigne-Corse-Provence). Cette diffusion aboutit vers -5 400/-5 300 à la formation du Cardial franco-ibérique dans les régions de Méditerranée occidentale.

 

La culture de Su Carroppu (-6 000 à -4 700), découverte dans un abri sous roche des collines calcaires sur le territoire de Carbonia (Sud-Ouest de la Sardaigne) a des correspondances dans les péninsules italienne et ibérique [fortes similitudes avec l'apparition du Néolithique franco-ibérique : l'haplotype I2a1/M26 du chromosome Y, également présent dans la région des Pyrénées (1-7%), avait en Sardaigne des fréquences jusqu'à plus de 40%, indiquant des migrations ; la ligne mitochondriale U5b3a1a, presque exclusive en Sardaigne, est originaire de Provence], mais se trouve essentiellement en Sardaigne et en Corse. L’Homme habitait dans des grottes (par exemple grotte de Santo Stephano dans l’archipel de la Maddalena ; la présence de deux squelettes humains, ainsi que des ornements de coquillages, témoignent des coutumes de grotte funéraire), et pratiquait surtout la cueillette et la chasse/pêche, mais également l’agriculture.

La culture Filiestru (-5 800 à -5 300, sachant qu’une perduration du Cardial Filiestru-Basi-Pienza au-delà de -5 300 est possible), dans le Nord-Ouest de la Sardaigne (vers Mara), était une culture développée se composant de personnes qui se consacraient à l'agriculture, l'élevage, la chasse et la pêche. La taille des sites connus suggère que la société était fondée sur de petites bandes, peut-être pas plus que des familles individuelles élargies, dont l'économie reposait en grande partie sur l'élevage et la recherche de nourriture complétée par la culture à petite échelle des grains et légumineuses.

Au travers des vestiges retrouvés de cette époque, et en particulier les objets en céramique décorés à l’aide d’une coquille de Cardium, on a pu déterminer la présence d’échange avec d’autres peuples de la Méditerranée occidentale, ce qui a permis, outre les échanges commerciaux, des échanges culturels et religieux. Le commerce tournait essentiellement autour de l’obsidienne de Monte Arci qui fournissait les pays du bassin méditerranéen. Il est à noter que l'obsidienne découverte à Portiragnes (Hérault : Pont de la Roque-Haute et Peiro Signado mettent en évidence, pour la Roque-Haute, une des plus anciennes installations du Néolithique, entre -5 750 et -5 600, d’agriculteurs éleveurs dont l'origine semble être toscane), appartenant à un horizon néolithique ancien à affinités nettement liguriennes, est d’origine liparote (en Ligurie, à la grotta Pollera on trouve de l’obsidienne liparote et sarde tandis que pour les Arène Candide seule la Sardaigne est concernée). Lipari, au Nord-Est de la Sicile, est la plus grande des îles Éoliennes dans la mer Tyrrhénienne.

 

 

De façon contemporaine à la période finale de la culture de Filiestru, une seconde civilisation voit le jour en Sardaigne. À partir du début du -Vè millénaire le peuplement de l’île s’intensifie avec l’arrivée de migrants venus par cabotage. La culture prénuragique Bonu Ighinu s’est développée en Sardaigne de -4 800 à -4 300, ayant des liens avec la céramique poinçonnée de type Curacchiaghju (Curasien ou groupe de San Vincente, Corse), la culture de la Serra d'Alto et Ripoli (culture qui se développe durant la seconde moitié du -Vè millénaire dans la région de Matera, dans le Sud de l’Italie), le Chasséen du Midi français (essentiellement de la Provence au Languedoc et dans les marges Nord-occidentales de l'Italie, de -4 200 à -3 500) et la culture des Vases à Bouche Carrée (Arene Candide en Ligurie : elle apparaît autour de -5 100 et ses derniers aspects sont présents jusque vers -3 800). Elle tire son nom d'un lieu dans la municipalité de Mara, dans la province de Sassari. Cette culture, appartenant à la deuxième phase du Néolithique, la phase moyenne, est caractérisée par la production d'une variété de poterie à la technique très raffinée. On a en effet noté la disparition presque totale des formes antérieures de décoration des vases telles qu'elles apparaissaient dans les grands anneaux de pierre verte trouvés en Corse et dans la péninsule italienne. Ces résultats conduisent à affirmer que pendant cette période les populations sardes nouèrent des relations commerciales étroites avec les communautés néolithiques méditerranéennes impliquées dans le commerce de l’obsidienne dans le Sud de la France, les péninsules ibérique et italienne et en Sicile.

La qualité technique des produits céramiques démontre un progrès indéniable dans la capacité de contrôler le processus technologique qui supervise cette production. La plus grande variété de formes des poteries amène à une réflexion sur les besoins économiques accrus de la population Bonuighinu. Dans la période Bonu Ighinu, bien que les grottes aient continué à être utilisées comme sites d'habitation, les villages de plein air étaient plus nombreux, à la fois plus étendus et plus développés, et certains d'entre eux se développeront en assez gros villages au Néolithique final. Ces villages et autres établissements Bonu Ighinu étaient bien situés pour l'exploitation des vallées fertiles et ne semblent pas montrer une préférence défensive pour les collines éperons. Les personnes qui ont développé cette culture pratiquaient l'agriculture et préféraient vivre près de la côte Ouest, même si ils s’étalèrent dans la plaine d'Oristano, non loin des sources d'obsidienne et des ports de la côte. L’exportation d'obsidienne se poursuivit et s’élargit : les groupes locaux exerçaient un contrôle sur les sources d'obsidienne et ce commerce transitait par les villages côtiers. C’est également au cours de cette période que se produisirent les premiers signes d'interactions culturelles, directes ou indirectes, avec les Balkans et la Méditerranée orientale. La croissance du commerce de l'obsidienne suggère l'élaboration des hiérarchies sociales et économiques (de telles cultures, à fondement agropastoral, sont construites sur les bases d'une anticipation et d'un contrôle social : l'obsidienne pourrait, ici, en constituer la marque), qui trouvent leurs manifestations matérielles dans les bijoux et la poterie fine en contextes funéraires.

 

La coutume de déposer ses morts dans des hypogées aménagés dans le sol, et donc de les confier à la terre, est très répandue au Néolithique sur le pourtour et dans les îles de la Méditerranée occidentale. En Sardaigne, les plus anciens apparaissent dans la culture de Bonuighinu au milieu du -Vè millénaire, formant alors de petites nécropoles. Les morts étaient enterrés dans des fosses de forme ovale et avec un plafond voûté. L'évolution de la culture de Bonu Ighinu est recueillie dans la nécropole de Cùccuru S'Arriu, sur le territoire de Cabras (Oristano, côte Ouest de la Sardaigne), où des fosses simples sont attestées (6, dont 4 étaient taillées dans la roche). On compte ensuite treize petites grottes hypogées, constituées d’une chambre précédée par un sas d’accès. On y a déposé, en plusieurs fois, des corps en position accroupie associés à une statuette féminine. Dans cette nécropole, les aspects rituels sont complètement différents du puits sépulcral de la Grotta Rifugio di Oliena (Nuoro, centre) à l'intérieur duquel les restes d'au moins onze individus jetés ensemble ont été trouvés. En effet, la vaste péninsule occidentale du Sinis (qui s'étend au Nord du golfe d'Oristano, entre la mer de Sardaigne et l'étang de Cabras) a été une tête de pont pour les routes vers les îles Baléares et la péninsule ibérique (le Sinis était favorisé par la proximité du Montiferru, lieu où était en activité un antique volcan et où se trouvaient des mines de cuivre). Les cavernes artificielles utilisées pour les enterrements n’étaient pas tout à fait de vraies tombes hypogées mais des prototypes, plus anciens que les exemples du Néolithique moyen de Serra d'Alto et d’Arnesano sur le continent. Les hypogées vont évoluer dans les cultures suivantes qui les utiliseront en nombre pendant plus de 2500 ans.

On suppose qu’à la suite d’échanges importants avec ces îles lointaines, de nouvelles techniques de fabrication, de nouvelles connaissances en métallurgie (les premiers objets en métal sont documentés dans plusieurs sites de l'île) et de nouveaux modes de vie, vivifièrent les cultures existantes, donnant un coup de fouet à l'économie et donnant lieu à une société civile plus développée, organisée stablement dans de nombreuses communautés.

 

 

C’est durant la culture de San Ciriaco (-4 300 à -3 800, Néolithique moyen II) que furent excavés les premiers Domus de Janas (« maisons de fées/sorcières », aussi connus sous le nom de forrus ou forreddus), qui se propagèrent dans toute l'île, à l'exception de la Gallura. Dans le dialecte des régions intérieures de l'île, où le sens de l'expression n'a pas encore disparu, l’expression indique un homme ou une femme de petite taille (environ celle d'un enfant préadolescent), et on dit « mi paret un omine janu » (« Je ressemble à un Homme janu »). Les légendes populaires racontent qu'elles étaient habitées par des fées qui tissaient des toiles en or ; tous ceux qui s'en approchaient devenaient fous.

 

Les nécropoles de tombes en caissons entourées de cercles de pierres du type d’Arzachena, telle celle de Li Muri en Gallura (Sardaigne septentrionale), ainsi qu’en Corse les sites de Poghjaredda (au Sud) et Ciutulaghja (à l’Ouest), offrent des points de comparaison avec les sépultures des Pyrénées-Orientales, des Grands Causses, du Languedoc, de Provence et de Catalogne. En Corse, Poghjaredda de Monte Rotondu (à Sotta), est un complexe mégalithique funéraire « de la première génération » (il s’agit d’une des premières constructions mégalithiques sur l’île, datée d’environ -4 250/-3 950, donc du Basien), formé de cellules bien individualisées. Deux stèle-statues de forme non anthropomorphe (type non identifié dans le Nord de l’île), enfermées dans un péristalithe de pierres, constituent les deux composantes du cercle à statues du complexe mégalithique. Comme les stèles, le dolmen de Poghjaredda se trouve au centre d’un cercle de pierres. L’aire circulaire, matérialisée par deux couronnes, l’une empierrée jouxtant le péristalithe, l’autre privée de pierres et disposée autour du coffre, forme une sorte de déambulatoire. Les Néolithiques se donnaient les moyens de circuler autour de la tombe, par l’aménagement d’une couronne en terre battue. Le fait est parfaitement attesté, non seulement en Corse, mais aussi sur le continent, avec notamment les monuments de la nécropole néolithique de Caramany dans les Pyrénées Orientales. Dans le prolongement de l’entrée du dolmen se trouve une aire également en terre battue conduisant au péristalithe. Ce dernier caractère permet de ranger le monument dans la famille des dolmens à couloir.

 

Les origines de la civilisation mégalithique de la Méditerranée occidentale peuvent être placées entre le cinquième et le quatrième millénaire avant notre ère dans le Nord-Est de l’Espagne (Catalogne), le Sud de la France (Languedoc et Provence, étroitement liés à la zone mégalithique pyrénéenne, notamment parce que les tombes faisaient face à l'Ouest) et dans les îles de Sardaigne et Corse. Ces premiers monuments lithiques étaient des cistes habituellement structurées au sein de tombes tumulaires circulaires. Les premières manifestations du mégalithisme pourraient être représentées, en Sardaigne et en Catalogne, par un tout petit nombre de dolmens à chambre sub-circulaire et couloir étroit, à cheval sur la transition -Vè/-IVè millénaires. En l’état, cette phase n’est pas reconnue pour l’instant en France méridionale.

 

Au Nord des Pyrénées, comme au Sud, les tombes à dalles ne forment pas un ensemble homogène et expriment très certainement des traitements différenciés des défunts. Au sommet de la hiérarchie se trouvent de grandes tombes avec ciste ou coffre (voire chambre à fermeture frontale ?) inclus dans de grands tumulus circulaires faits de terre et parementés de murs en pierres en périphérie. Les plus spectaculaires sont ceux de Tavertet en Catalogne Sud, mais il faut noter que ce genre de monument attesté en Languedoc Roussillon à Caramany (Camp del Ginebre), voire à Caixas (Arca de la Font Roja) et à Aigne (Boujas), relève en fait d’un ensemble beaucoup plus vaste avec des jalons multiples dans la zone Nord occidentale de la Méditerranée. C’est ainsi que l’on peut citer des monuments comparables dans d’autres zones du Midi de la France : la nécropole du Royde à Chanac en Lozère, le tumulus de Saint-Jean-du-Désert à Marseille (Bouches-du-Rhône). D’autres parentés notables peuvent être évoquées notamment avec plusieurs ensembles de Corse, comme la nécropole de Vasculacciu (et Monte Revincu et Renaghju) et surtout avec la Sardaigne à propos de la nécropole de Li Muri à Arzachena (et d’autres sites du Nord de la Sardaigne, en particulier Macciunita, Punta Candela, Li Muracci et San Pantaleo). Des connexions sont d’ailleurs perçues de façon tangible entre ces régions à travers la diffusion de mobiliers plus ou moins précieux tels que l’obsidienne sarde, le silex blond bédoulien du Vaucluse, les haches polies en roches éclogitiques alpines, les sphéroïdes perforés en roches éruptives ou en marbre, les parures en corail ou celles en variscite de Gavà. Ces architectures pré-mégalithiques, sans doute destinées à des personnages importants auxquels on rendait hommage longtemps, pourraient apparaître dans ces diverses régions au cours de la seconde moitié du cinquième millénaire, puis durer et évoluer vers des formes légèrement différentes.

Tous ces monuments, associant sépultures mégalithiques monumentales, pierres dressées et habitats, s’inscrivent dans le contexte social de la Méditerranée Nord-occidentale. Par des sites ostentatoires, les groupes humains affirment leur prise de possession des espaces qui deviennent des territoires. Au sein même des groupes, les hiérarchies s’affirment à travers des sépultures individuelles que sont supposés être les coffres et s’affichent à travers la possession de certains objets. Les masses-pommeaux et les bracelets sont certainement de ceux-là. Les grandes lames polies indiquent que les sites corso-sardes s’inscrivent également dans les réseaux dépendants des roches alpines, mis en évidence à travers les échanges de matières premières, d’objets finis ou de leurs imitations.

 

La Gallura, « zone située sur les hauteurs », est une région du Nord-Est de la Sardaigne, sur la Costa Smeralda (Côte d'Émeraude, connue localement sous le nom monti di mola, longue de 55 km et couvrant environ 30 km2 dans le territoire de Arzachena), aux nombreuses ressources naturelles. Ses paysages sont marqués par le granite et le chêne-liège. La structure morphologique caractéristique de la Sardaigne (en particulier le Nord-Est) formée par la chaîne de montagne du Mont Limbara, forme une barrière physique en séparant cette partie nord du reste de l'île, tandis que les larges vallées du massif granitique, descendent vers le Nord, vers la mer ouverte dans la direction de la Corse toute proche, seulement séparée par un mince bras de mer. Cette vaste région était le point de passage et lieu de rencontre pour les gens venus de la Méditerranée orientale et ceux arrivés depuis le continent en face (côtes toscane, ligure et languedocienne-provençale). Cette particularité géographique a eu une importance dans la détermination du caractère unique de cet aspect culturel dans la culture de San Ciriaco et témoigne de l'origine différente des diverses populations préhistoriques sardes. Celles-ci diffèrent à la fois dans la constitution sociale, mais aussi dans leur composante ethnique : la plus ancienne et peut-être descendue de Néolithiques sardes appartient à l'aspect culturel des cercles mégalithiques, la plus moderne et fortement caractérisée par les Cyclades minoennes appartient à la branche principale, c'est-à-dire à la culture d’Ozieri.

Les monuments les plus importants de cette période sont précisément les tombes dites en cercle. Ce type de construction, très spécial, était constitué de pierres fichées verticalement dans le sol le long de la circonférence d'un cercle (de diamètre variant entre 5,30 et 8,50 m), avec une ciste centrale en pierre quadrangulaire. Ce cercle rituel funéraire était utilisé pour la décarnisation des corps, qui étaient placés sur les pierres à rainures qui forment la circonférence et laissés au soleil pendant une longue période. Par la suite, les os étaient prélevés et placés dans le coffre au centre du cercle. Sur le territoire d’Arzachena, la nécropole de Li Muri datant de la seconde moitié du -Vè millénaire est le complexe mégalithique le mieux conservé (même en Corse il y a des monuments mégalithiques de cette période, sur le site de Filitosa). Le site se compose de cinq cistes, dont quatre sont entourées par des cercles de pierres plantés dans le sol qui, à l'origine, délimitaient le monticule de terre et de gravats qui avait été érigé sur la sépulture. Les coffres en dalles de pierre étaient de forme carrée et ne contenaient qu’un seul corps (contrairement au reste de la Sardaigne, où les sépultures étaient généralement collectives), accompagné par des offrandes funéraires comprenant des poteries, des vases de pierre, des haches, des perles de collier en stéatite et des pierres semi-précieuses. Tant l'architecture du cimetière que les objets trouvés montrent des similitudes avec les sites contemporains de la Corse, du Val d'Aoste et des régions pyrénéennes. En fait, le plan de la nécropole d'Arzachena-Li Muri comme celui des villages de la culture languedocienne de Fontbouisse (du –IIIè millénaire, dans le Gard), correspondent au mode mégalithique d'occupation de l'espace.

Sur la nécropole de Li Muri, ces caissons de pierre, enterrés, parfois construits en lauzes de bonne taille et dont le plus grand atteint 2 m x 1,50 m de côté, sont inclus dans des tertres limités à un ou plusieurs cercles de pierres concentriques, celles-ci parfois plantées de chant. Ces aménagements servaient à contenir et à fixer la masse du tumulus originel. Les diamètres de ceux-ci variaient de 5 à 8,50 m. Parfois de petits caissons latéraux (de 0,50 à 0,40 m de côté) complétaient les architectures primaires : on les considère comme des réceptacles à offrandes. La nécropole semble avoir été bâtie à partir d’un (ou de deux) monument(s) par adjonction de tombes latérales qui sont venues prendre appui sur les plus anciennes édifiées. On note aussi la présence de stèles funéraires alors que d’autres monuments circulaires de Gallura, délimités par des assemblages de pierre, comportent une stèle mais ne semblent pas avoir eu de fonction sépulcrale.

Les habitants de San Ciriaco, culture principalement pastorale et guerrière, étaient organisés en groupes fermés et d'élite, constituée dans une société individualiste et aristocratique, avec une distinction claire du clan dans un contexte tribal. Cette différenciation n'était pas explicite dans l’habitat, mais dans la forme des tombes et des rites funéraires. Les groupes aristocratiques enterraient leurs morts dans des monuments mégalithiques en forme de cercle, avec une chambre centrale contenant une seule personne : il était très important pour ces personnes de définir clairement leur supériorité sur les autres personnes.

Les mobiliers des tombes de la nécropole principale d’Arzachena comportent des haches polies en roches dures vertes (blanchâtre dans un cas), des lames, souvent cassées, de silex blond (l’une entière atteint 17 cm), des sphéroïdes ("têtes de massues") percés d’un trou cylindrique, en stéatite verte ou bleutée, des colliers de perles fusiformes ou sub-triangulaires, olivaires ou discoïdes en stéatite ou autres pierres dures. L’élément le plus original est sans conteste une petite coupe carénée sculptée dans la stéatite, munie de deux anses pleines "en bobine". II est évident que l’on se trouve ici devant des mobiliers de prestige en roche choisie, comme les grands couteaux de silex ou les sphéroïdes (pommeaux de sceptres ?). L’usage de biens de prestige originaux (ici pommeaux-sphéroïdes, silex, coupe et perles de stéatite) est un trait qui s’affirme brusquement en même temps que les premiers coffres sub-mégalithiques aux débuts du Néolithique moyen.

 

 

À partir du -IVè millénaire et jusqu'à la conquête romaine, cette caractéristique galluro-corse n'a pas approuvé les expressions les plus riches de la culture Ozieri, mais a opposé une certaine résistance : le faciès Arzachena contenait une forte composante aristocratique qui s’opposait avec ténacité à de nouvelles propositions d'autres cultures, les rejetant et réinventant sans cesse le même modèle culturel primordial.

Alors que les gens de la culture secondaire Arzachena étaient guidés par une forte aristocratie guerrière et pastorale suivant un schéma hiérarchique strict, ceux de la culture d’Ozieri vivaient dans des villages organisés dans un grand contexte tribal et développés selon un plan urbanistique de type collectif, aspect culturel tendant à être démocratique. Cette tendance apparaît dans l'arrangement des tombes et des rites funéraires : tout comme les cabanes sont regroupées en villages, les tombes sont concentrées dans une petite nécropole. Les morts sont enterrés avec un rituel de dépôt collectif, c'est-à-dire tous les membres d'une même famille, et peut-être même du clan, ensemble, à l'opposé de ce qui se passait entre les gens de la culture Arzachena. On y voit très clairement les deux âmes complémentaires de la société sarde : les pasteurs guerriers des hautes terres centrales (culture pastorale aristocratique d’Arzachena), les guerriers cultivateurs des plaines (culture agricole démocratique d’Ozieri).

 

 

On entre progressivement dans le Chalcolithique caractérisé par les cultures, héritières de la culture d'Ozieri, de Filigosa (près de Macomer, province de Nuoro, région centrale et reculée) et d'Abealzu (près d’Osilo, principalement dans les parties Nord et du centre de l'île) dans la première moitié du -IIIè millénaire. Les populations qui ont vécu dans la zone sassarese ainsi qu'en d'autres lieux du centre de la Sardaigne ont construit des villages organisés assurant le contrôle des territoires et les proto-nuraghes. Une grande architecture de pierre se développe dans les premières structures défensives, à S. Giuseppe, Juanne Buldu-Padria et Sa Corona-Villagreca. Cette évolution architecturale suggère l'évolution future de la société et de l'économie provoquée par l'industrie des métaux encore naissante et l’augmentation de la population. Le point remarquable est que pendant la culture précédente d'Ozieri, la période semblait pacifique, alors que cette nouvelle civilisation est à l’origine de l’apparition de systèmes de défenses, et du développement d’armes. Les adeptes de cette culture utilisaient l’obsidienne, néanmoins au cours de cette période apparurent les premiers objets issus de la fusion du bronze et du plomb-galène composés surtout de poignards comme ceux représentés dans les statues menhir de Laconi et Nurallao. Avec la diffusion des métaux et des premières armes de cuivre, le culte de la Déesse Mère a été lentement remplacé, mais pas supplanté, par une spiritualité plus agressive, guerrière et "masculine", en témoignent des statues-menhirs évoluées, dont la tête est marquée par le T que forme le nez avec l'arcade sourcilière, porteuses d'un poignard pour les stèles masculines (milieu du troisième millénaire). Autour de -3 300, les premiers menhirs simples ont été érigés, mais leur forme a changé au cours des siècles suivants en devenant des menhirs anthropomorphes puis plus tard des statues-menhirs, avec les traits du visage bien balisés, équipées d'armes telles que des épées et des poignards (innovations stylistiques dues à des influences culturelles extérieures, languedociennes).

Les aïeux guerriers sont déifiés et les premiers monuments mégalithiques sont élevés, comme l'autel de Mont d'Accoddi (qui a quelques similitudes avec le complexe monumental de Los Millares, en Andalousie), près de Sassari, bâti sur un relief à base quadrangulaire de 12,5 x 7,2 m environ mais dont la hauteur dépassait les 36 m et dédié probablement au « Dieu Soleil ».

 

Dans les deux cultures, les sépultures sont toujours collectives dans des hypogées dont le couloir d'accès non couvert, appelé dromos par analogie avec le monde grec, est une nouveauté. On peut, en dépit des nuances architecturales, lancer des parallèles entre les diverses variétés de longs monuments du Néolithique final, rectangulaires ou à plan en V. Un même horizon pourrait ainsi associer les allées de Sardaigne (type Corte Noa), les hypogées d’Arles, les monuments rectangulaires ou en V de l’Aude (Pépieux, Saint-Eugène) ou de la Catalogne. On peut dater ces grands tombeaux de la seconde moitié du -IVè millénaire ou des débuts du -IIIè et les attribuer aux cultures de Filigosa, de Ferrières, au Vérazien ancien du Languedoc occidental et de la Catalogne.

 

Le complexe mégalithique di Sa Coveccada ou S'Accoveccada (« ce qui est couvert »), situé sur le grand plateau de trachyte (roches volcaniques associées à un volcanisme de type explosif) de Meilogu (commune de Mores, partie Nord de la Sardaigne) se compose actuellement d'un dolmen et d’un menhir visible de n'importe où le long d'un ancien chemin de transhumance. L’ensemble est daté du Chalcolithique, soit vers -2 500.

Le dolmen en trachyte gris-rose (5 m de long, 2,50 m de large, 2,70 m de haut), se compose d'une chambre rectangulaire (4,18 x 1,14 m) avec une porte d'entrée carrée de 0,50 m permettant l'introduction du défunt dans la chambre funéraire, après un processus de décarnisation. À une hauteur de 2,10 m, une dalle de 6 x 3 x 0,60 m pesant environ 18 tonnes agit comme couverture. À l'intérieur de l’orthostate du côté Sud, à environ 0,35 m du sol, s’ouvre une niche rectangulaire (1,22 m x 0,88 m x 0,50 m), permettant le dépôt de marchandises et d’offrandes funéraires. Il devait s’agir de la tombe de la famille du clan dominant. Son azimut est de 123,8°, sensiblement celui du lever du soleil au solstice d'hiver.

À environ 140 m du monument se dresse un menhir de 2,40 m de haut. Également en pierre du pays, du tuf trachyte, il est soigneusement travaillé par la méthode dite "du marteau" et a une section transversale rectangulaire, de 125 à 86 cm.

Le dolmen, la singularité des structures et sa taille (plus grand dolmen de Méditerranée) sont uniques parmi les sépultures mégalithiques de Sardaigne. En fait, le dolmen a été construit dans la période qui a vu le dépassement progressif des Domus de Janas, tombes souterraines, en faveur de constructions subaériennes comme les dolmens et allées couvertes similaires. Une évolution ultérieure de l'architecture funéraire, notamment l'ajout à l'avant d’une stèle exèdre (du grec exedros qui signifie « qui est dehors »), a conduit au type utilisé dans les tombes des géants.

 

En-dehors de l'île, on peut trouver des comparaisons avec le dolmen de Coste-Rouge (commune de Soumont, dans l’Hérault) et la nécropole dolménique de Ala Safat/Al-Damiyah en Cisjordanie, champs de 300 dolmens s'étalant sur quelques kilomètres le long des contreforts à l'Est de la vallée du Jourdain (il y a un autre groupe de 8 dolmens, un peu plus au Nord dans les mêmes collines - vallée de la pente du Nord de la rivière Zerka - qui semblent liés). Le champ de dolmens Damiyah comprend également des cercles mégalithiques et des tombes rupestres connexes, datés de la transition Chalcolithique moyen des Ghassouliens / Âge du Bronze Ancien, soit vers -3 300/-3 000. La plupart des dolmens (de dimensions à peu près constantes : supports latéraux 2,50 à 2,70 m de long sur 1 m de haut ; dalles terminales 0,90 m de large X 1 m de haut ; tables de 3,40 m de long sur 2,80 m de large) ont été dressés sur des terrasses circulaires basses, sur lesquelles ils occupent une position excentrée. De petites ouvertures ont été pratiquées dans les dalles de plusieurs dolmens, et des ouvertures analogues ont été taillées autour des cavernes qui se trouvent dans la partie Nord du site. Les autres champs sont plus petits : 16 dolmens à Tell el Matabi et 6 à Tell Umm el Quttein (de plus grandes dimensions et une dalle verticale placée au centre leur donne l'impression d'un dolmen double).

Ainsi, certains Shardanes (du moins certains de leurs ancêtres, du Chalcolithique) se seraient installés dans le Nord d'Israël. On peut d’ailleurs émettre l'hypothèse que le Sisera biblique [général de l'armée de Jabin, roi d'Hazor (ville située dans le Nord de la Galilée, au Nord du lac de Tibériade, entre et Ramah et Qadesh), qui opprimait Israël depuis vingt ans grâce à ses chars de combat) était un général shardane et que le site archéologique d'el-Ahwat (dont l'architecture ressemble aux sites nuraghes en Sardaigne) dans le Nord-Ouest de la Samarie fut la capitale de Sisera, Harosheth Haggoyim datée du -XIIIè siècle.

Les Shardanes (šrdn.w, Sardanes), formaient une ethnie composant les Peuples de la mer, la Sardaigne ayant hérité son nom de ce peuple. Les Shardanes étaient des populations de « guerriers-pasteurs » issues de l'Âge du Bronze ancien de Sardaigne.

On notera que « Cerdanya » désigne en catalan le massif franco-ibérique de la Cerdagne, alors que « Cerdeña » en espagnol est aussi utilisé pour la Sardaigne. Les Cerretains ou Kerètes (Cerretani /keretani/ en latin, « habitants des montagnes ») étaient le peuple ibère qui habitait la Cerdagne (partie Ouest des Pyrénées-Orientales, qui leur doit son nom). Leur territoire occupait entre autres les hautes vallées périphériques au plateau Cerdan comme le Vallespir et le Conflent, les hautes vallées du Tech, de la Têt, de l'Aude et de la Sègre (affluent de l’Èbre) pour les principales. Les romains fondèrent ou rebaptisèrent aussi Cerdania ou Certadania l'actuelle Puigcerda, et Cered l'actuelle Céret.

La date d'arrivée dans les Pyrénées des Kerètes est inconnue mais antérieure aux migrations celtiques du -VIè siècle. Ils étaient des agriculteurs-éleveurs qui excellaient dans la réalisation de jambon de porc très réputés dans l'antiquité. Leur ville principale était Julia Libyca (aux environs de Llivia ou de Puigcerda). Puigcerdà est une ville dans le Nord-Est de l'Espagne, en Catalogne, au centre de la plaine cerdane. Llivia, ville espagnole située dans la partie orientale des Pyrénées, à 100 km environ à l’Ouest de Perpignan, était peuplée vers -3 000. Son nom initial était Kerre (« chaîne montagneuse », ou « rocher ») et de ce mot vient Kerretania, Ceretania, Cerdagne. Les Kerètes parlaient une langue préceltique de type bascoïde (le nom du Boulou pourrait aussi avoir une racine bascoïde Buru, « tête », qui se serait latinisé).

On trouve aussi les Ausocérètes, parfois traduits Acrocérètes, pour indiquer la fusion possible entre les Ausètes d'Ausa (Vic, municipalité espagnole, capitale de la comarque catalane d'Osona dans la province de Barcelone) du versant Sud pyrénéen et les Kerètes sur les hauteurs. Les Sardones ou Sordes les entouraient à l'Est, dans le Roussillon. Ce peuple avait pour villes principales Ruscino (aujourd'hui Château-Roussillon) et Illiberis (aujourd'hui Elne). D'après Avienus, ils occuperaient le territoire des anciens Élisyques, qui avaient pour capitale Narbo.

 

 

Environ contemporaine d’Abealzu-Filigosa, la culture Monte Claro du milieu du -IIIè millénaire précède le Campaniforme et était la culture dominante du Sud de la Sardaigne (environ 80% des sites connus est situé dans le golfe d'Oristano). C'est à cette époque qu'apparaîtront les prémices de l'architecture nuragique cyclopéenne. Au cours de ces phases (ou horizons différents d'une seule phase) du Chalcolithique, l'architecture mégalithique a évolué en fortifications connues collectivement comme protonuraghi (également pseudonuraghi, couloir ou galerie nuraghi), plates-formes surélevées sensiblement rectangulaires, ovoïdes ou circulaires au-dessus desquelles une ou plusieurs cabanes ont été construites. Le site le plus notable est le Monte Baranta-Olmedo, une enceinte fortifiée stratégiquement située sur un plateau au-dessus de sources d'eau et d’une vallée fertile. Un cercle de menhirs démontre la continuité avec la période Ozieri, tandis qu'une enceinte en forme de fer à cheval, qui avait sans doute de petites structures en bois sur le mur d'enceinte, est évidemment un prototype des premiers nuraghis. Les Proto-Nuraghi, édifices mégalithiques considérés comme les précurseurs des futurs Nuraghi, étaient des bâtiments caractérisés par un long couloir avec des chambres et des cellules. Ils représentaient une tentative de fortifier les huttes traditionnelles, dans une période où les affrontements tribaux, en raison de l'introduction des premières armes sophistiquées, ont été de plus en plus habituels. Tant la poterie que l'architecture de Monte Claro ont des parallèles avec la culture Fontbouisse du Sud de la France, tandis que les poteries partagent des caractéristiques communes avec Piano Conte d'Italie du Sud et de Sicile, datables de la fin du -IVè millénaire (de -3 500 à -3 000).

 

Il n'y a pratiquement aucune preuve en Sardaigne de contacts externes à la fin du troisième et au début du deuxième millénaire en dehors des Campaniformes tardifs.

Du matériel campaniforme couvrant une longue période de temps démontre des relations continues avec la Méditerranée occidentale : il semble probable que la Sardaigne était l'intermédiaire qui a apporté des produits campaniformes en Toscane et Sicile. Du matériel campaniforme en contextes Ozieri ou sous-Ozieri dans deux sites donnent un terminus post quem d'environ -3 000. Dans certains sites, des matériaux de Monte Claro ont été trouvés en association avec des matériaux campaniformes ; ailleurs, des matériaux campaniformes ont été trouvés stratigraphiquement au-dessus de Monte Claro et / ou en association avec des matériaux Bonnanaro. Cela atteste de l’arrivée de nouvelles personnes. Au cours de la fin du néolithique, qui coïncide avec le début de la culture Campaniforme, les peuples autochtones fusionnent avec eux.

 

 

C’est lors de la phase finale du Chalcolithique, vers -2 250, que les Bàlari sont arrivés en Sardaigne depuis la péninsule Ibérique et le Midi de la France, peut-être pour échapper au climat de violence sur le continent. La Méditerranée, à cette époque, connut un développement économique important avec l'expansion du commerce des métaux. Cet essor a sans doute contribué au renforcement des inégalités et a favorisé les actes de piratage.

À l’Âge du Bronze, la culture protohistorique Bonnanaro, régionalisation sarde de la culture paneuropéenne campaniforme avec quelques influences de la culture Polada du Nord de l'Italie (de -2 200 à -1 600), a prospéré en Sardaigne de -1 800 à -1 600. Les colons vinrent probablement par la mer en diverses petites vagues du Sud de la France et de l'Europe centrale. Leur culture serait issue de celle du vase campaniforme (ayant émergé au Portugal vers -2 900), qui a remplacé la culture d’Abealzu-Filigosa du centre occidental de l’île. Bonnanaro était une civilisation guerrière, comme le montrent les armes en cuivre et en bronze et, bien sûr, les premiers nuraghes construits, qui se diffusa dans toute la Sardaigne. Dans les premiers stades de cette culture, la composition ethnique de la population sarde reflète le mélange qui a eu lieu parmi toutes les tribus qui occupaient auparavant la Sardaigne. Alors qu’au Néolithique la société était assez égalitaire, était stable avec la construction des premiers villages de huttes et pratiquait l'agriculture et l'élevage, la culture nuragique était au contraire une société fortement hiérarchisée, divisée en classes sociales dirigées par des guerriers et des prêtres, et se consacrait principalement à des activités agro-pastorales et à la métallurgie.

 

On constate l’apparition d’armes importées d’Orient durant cette seconde période de la culture de Bonnanaro (de -1 600 à -1 330), ce qui montre l’existence d’un commerce manifeste qui prend de l’ampleur et rend la vie économique de bonne qualité. La Sardaigne de cette période faisait partie d'un réseau d'îles (avec la Crète, Chypre et la Sicile) qui offraient des conditions particulièrement favorables aux échanges.

La Sardaigne était probablement divisée en territoires autonomes les uns des autres, qui commerçaient ensemble. Il y avait également des guerres entre tribus, ou en tous cas des altercations entre rois-bergers. Ces derniers régnaient chacun sur une communauté de bergers ou cultivateurs guerriers, et habitaient le nuraghe, tandis que le reste de la population se logeait dans de petites huttes en pierre, placées autour de celui-ci. La plupart des nuraghis étaient de simples tours, mais certains ont été plus élaborés par l'ajout d'une cour fermée et même par l'ajout d'une second tour à la cour murée.

 

Considérée comme le premier stade de la civilisation nuragique, la culture Bonnanaro a apporté de nouvelles idées religieuses et une nouvelle forme de sépulture, les « tombes de géants », un dérivé de l’allée couverte.

Au cours de la période de transition entre les époques pré-nuragique (Âge du Cuivre) et nuragique (Âge du Bronze), les anciennes croyances d'une société pacifique et agricole ont été complètement réévaluées. Les symboles de la nature luxuriante (idole féminine du type des Cyclades, signes taurins), qui étaient caractéristiques de la culture de Ozieri, disparurent complètement dans la culture nuragique de Bonnannaro : cette chute des idéologies de l'ancien monde pré-nuragique correspond à une nouvelle tournure historique. Dans le tombeau des géants d’Aiodda, la stèle anthropomorphe, réutilisée dans la structure du mur, a été brisée intentionnellement, cassant le fil des idées et des idéaux qui avaient fait leur temps. Dans la période nuragique on pratiquait le culte de l'eau (peut-être en rapport avec le culte de la déesse Orgìa, correspondante proto-sarde de la grecque Méduse), ce qui explique en particulier les temples souterrains appelés puits sacrés (répartis à travers le territoire de la Sardaigne, on y déposait des ex-voto aux dieux pour demander la purification de l'eau et la guérison), ainsi que le culte des ancêtres et héros.

Le premier ancêtre serait un chef d’Afrique du Nord (la Libye actuelle) appelé Sardus, prétendu fils de Macéride (identifié avec Melkart, l’Hercule des Libyens), qui établit une colonie au Sud de la Sardaigne. Sardus fut vénéré à tel point qu'on lui érigea des statues dans l’île, avec l’inscription Sardus Pater Babai.

Le deuxième ancêtre aurait été Aristée/Aristeo, qui cultive l'olivier, fait du fromage et s'occupe des abeilles pour le bien des Hommes. Dans la mythologie grecque, Aristée est un héros, fils d'Apollon et de la nymphe Cyrène (qui fonda la ville libyenne qui porte son nom), associé au pastoralisme et à l'agriculture. Son culte était notamment répandu en Béotie, à Céos, en Sicile, en Sardaigne, en Thessalie et en Macédoine. Il épousa Autonoé, fille de Cadmos, dont il eut Actéon. Après la mort de ce fils déchiré par ses chiens, il se retira à Céos, île de la mer Égée ; de là, il passa en Sardaigne qu'il poliça le premier, ensuite en Sicile où il répandit les mêmes bienfaits.

Le troisième ancêtre fut Norace/Norax. Le mythe de Norax, le condottiere provenant d'Ibérie serait lié à l’arrivée en Sardaigne des Bàlari. Norax est un héros antique de la mythologie nuragique sarde. Il est le fils du dieu Hermès et de Eriteide/Erithia, fille de Géryon. Géryon, doté de trois têtes, six bras et trois corps joints à la taille, fut tué par Héraclès qui put ainsi s'emparer de son troupeau de bœufs et accomplir le dixième de ses travaux. Géryon vivait à l'extrémité occidentale du monde méditerranéen, régnant sur l’île Erytheia des Hespérides. On place ce lieu à Tartessos, le nom donné par les Grecs à la première civilisation dont ils eurent connaissance en Occident, héritière de la civilisation andalouse des mégalithes qui s’est développée dans le triangle formé par les villes actuelles de Huelva, Séville et San Fernando sur la côte Sud-Ouest de la péninsule Ibérique. Son importance stratégique et économique était due aux riches mines d'argent, et vint à affecter profondément les communautés autochtones de l'Andalousie. Selon la légende racontée par Pausanias dans son œuvre la Graeciae descriptio, Norace, attiré par la possibilité de l'exploitation des minerais de l'île, est arrivé en Sardaigne à la tête des Ibères qui fondèrent la ville qui prit son nom : Nora. Nora est une ancienne cité située sur la péninsule de Capo di Pula, près de Cagliari (Sud de la Sardaigne). La tradition en fait la première cité fondée sur cette île par les anciens Shardanes/Nuraghi ibériques avant d’être colonisée par les Phéniciens au -IXè/-VIIIè siècle. D'ailleurs, dans le secteur Sud-Est existe un puits nuraghe où l'on observe une série de marches qui descendent vers l'eau, et il est probable qu'une tour nuragique existait où se trouve aujourd'hui la tour de Coltellazzo. La stèle de Nora est réputée être le plus ancien document écrit européen: elle se réfère à une victoire militaire phénicienne et à la conquête de la région. Selon le mythe, Norax aurait enseigné aux Sardes la façon de construire les nuraghes, comme aux Baléares et en Corse. L’Ecista (quand une cité grecque choisissait d'installer une nouvelle colonie/apoikia, le oikistes était choisi comme chef de file et investi du pouvoir de sélectionner un lieu où s'installer, de diriger les travaux initiaux des colons et de guider la colonie naissante pendant ses difficiles premières années) et l’éponyme Nora, supposés être Norax, ont une valeur nettement symbolique : cela accentue la figure du "pont" faisant allusion au moment crucial de la rencontre entre les éléments particuliers de la tradition indigène et ce qui est distinct, « l'autre » et « nouveau », incontestablement lié au terme « nuraghe ». Son nom est méditerranéen et dérive de la racine pré-indo-européenne nor* (avec de nombreuses variantes à travers l'île : nur, nul, nol, nar), avec le sens de « monticule circulaire creux ». La figure de Norax est certainement l’indication d'une rencontre entre les Sardes et de nouvelles personnes ayant choisi un lieu préférentiel sur les routes phéniciennes (Tartessos était un centre florissant de la côte Sud-Ouest de la péninsule ibérique, situé à Cadix, avant que la ville acquière le nom de Gadir donné par les Tyriens/Phéniciens), le centre de la Méditerranée occidentale marqué par cette île (Nora offre un excellent abri aux navires en cas de tempête).

Un quatrième ancêtre est Iolaos/Iolaüs, fils d’Iphiclès et d’Automéduse, un héros thébain. Il est l’un des plus fidèles compagnons de son oncle Héraclès, dont il conduit traditionnellement le char.

Il est envoyé par le héros en Sardaigne avec ordre d'y fonder une colonie à la tête des fils qu'il avait eus des filles de Thespios (roi de Thespies, cité grecque de Béotie située entre Thèbes et le mont Hélicon), les Thespiades. Il mourut en Sardaigne et Pausanias ajoute que plusieurs villes de Sardaigne étaient baptisées Ioláia et lui rendaient les honneurs héroïques.

 

Les populations de la culture de Bonnanaro du début du -IIè millénaire, au Bronze ancien, seront les derniers utilisateurs des hypogées, détrônés par les monuments mégalithiques de type « tombeau des géants » des Nuraghiques. Au -XVè siècle, le commerce international était de nouveau en plein essor et la Sardaigne était une partie intégrante d'un réseau commercial qui s'étendait du Proche-Orient au Nord-Ouest de l’Europe.

Vers -1 490, les nuraghes en tholos (construction monumentale de forme circulaire) et les tombes de géants à façade firent leur apparition, exprimant l’apogée de cette civilisation.

Vers -1 200, un petit nombre de nuraghes ont été transformés en véritables forteresses avec plusieurs tours et bastions externes interconnectés. Bien que dans de nombreux cas les plans de ces structures puissent être similaires, ils varient énormément en taille et complexité, signes de la richesse et de la puissance. Dans la plupart des cas, ils peuvent être considérés comme les centres d'unités tribales ou de sous-tribus qui marquent toujours les cantons modernes.

 

 

Le proto-sarde était une langue pré-indoeuropéenne. En supposant que le nuragique était principalement l’évolution d'une population autochtone, l'ancienne Sardaigne était divisée en deux zones linguistiques, un Sud "afro-ibérique" (trouvé à la fois parmi les langues berbères et dans le basque ibérique) et un Nord "reto-ligure" (influencé par les Alpes orientales et la Ligurie). Les éléments tels que « pala », « bruncu », « mara » lieraient la Sardaigne aux terres d'Italie du Nord et du Languedoc. Les noms des tribus nuragique Balari et Iliensi rappellent ceux de certaines tribus ibériques. Des idiomes de type "basco-caucasiens" ont été introduits sur l'île par les gens de la culture Bonnanaro, en remplacement de la langue précédente de type pan-méditerranéen (les racines de l’ibérique ont souvent une propagation pan-méditerranéenne).

Les correspondances s'étendent à des éléments formatifs : par exemple -aga, qui est utilisé pour les noms de lieux basques avec un sens collectif (« harriaga petraia » à partir de « harri pietra ») et peut expliquer le type sarde nuraghe de nurra (également le toponyme ibérique Tarracone du sarde maragoni).

Au moins trois langues correspondent aux principaux groupes ethniques nuragiques, à savoir les Balari (Proto-Ibères, indo-européens), les Corses (Ligures, pré-indo-européens) et les Iliensi/Iolei (Libyens, pré-indo-européens). La grande variabilité génétique implique un nombre important de lignées fondatrices. Au cours de la période nuragique, les Bàlari vivaient dans toute la partie Nord-Ouest de l'île (région Logudoro comprenant Nurra, Anglona, Sassarese ; constituée en majorité par des terrains volcaniques, cette zone est depuis la préhistoire la plus fertile de l'île).

 

 

Alors qu’Ibiza a été peuplée par des peuples de la péninsule ibérique dans le cinquième millénaire avant notre ère, les premiers vestiges trouvés sur l'île de Majorque datent de -3 500, au moment de la période de transition entre le Néolithique et l'Âge du Cuivre. C'est l’époque où des tombes mégalithiques et tumulus rentrent dans les rituels religieux.

Les îles Baléares, comme toutes les îles, présentent une image qui est seulement faiblement liée à l'évolution sur le continent. Les îles de la Méditerranée occidentale, plus spécialement la Corse, la Sardaigne, les Baléares et Malte, ont développé des mégalithismes particuliers propres à chacune d'entre elles et qui s'étalent dans le temps entre le -IVè et le -Ier millénaire, soit du Néolithique à l'Âge du Fer. Encore faudrait-il, pour être plus exact, répartir ces édifices en monuments purement mégalithiques, c'est-à-dire construits avec des grosses dalles de pierre plus ou moins brutes (dolmens et monuments apparentés ainsi que pierres dressées, menhirs et statues-menhirs), et architectures cyclopéennes pour les monuments faits de gros blocs de pierre entassés tels que les nuraghes de Sardaigne et les talayots des Baléares. Il faut cependant reconnaître que bien des monuments, comme les « tombeaux de géants » de Sardaigne et les navettas des Baléares, peuvent utiliser conjointement les deux techniques, mégalithique et cyclopéenne, dans une même construction. De plus les fonctions de tous ces monuments sont très différentes – funéraires, religieuses, défensives –, voire multiples – funéraires et religieuses par exemple. À ces monuments édifiés sur le sol et dont beaucoup sont liés à la mort, s'ajoutent, dans la plupart de ces îles, de très nombreux hypogées, grottes artificielles creusées dans le roc, monde souterrain abritant souvent des sépultures collectives. Les premiers signes de mégalithisme sur l'île se rapportent au milieu et à la fin du Néolithique, et la recherche montre que ce phénomène est étroitement lié à la zone mégalithique pyrénéenne.

 

Les petits tombeaux mégalithiques des îles Baléares sont peu nombreux, mais ils sont tous ouverts dans la plage d'orientation des dolmens languedociens comme d'ailleurs par la suite les impressionnantes tombes communes (navetas) de la culture talayotique qui a dominé Minorque (et Majorque) à la fin du deuxième et au début du premier millénaire (Âge du Bronze). Le tombeau mégalithique le plus spectaculaire des Îles Baléares se trouve dans le Nord de la petite île de Formentera, entre l’étang appelé Estany Pudent et le centre touristique d’Es Pujols. C’est le monument de Ca na Costa : il s’agit d’un dolmen de grande taille, composé de plusieurs pièces placées selon une étonnante géométrie. La disposition radiale de ses éléments fait qu’il est appelé populairement Es Rellotge, à cause de sa ressemblance avec un cadran solaire. Ce tombeau collectif date du début de l’Âge de Bronze et fut probablement utilisé entre -2 000 et -1 600. Faisant face légèrement au Sud de l'Ouest, sa structure est très différente de celle des monuments de Minorque : la chambre et les murs de soutènement sont tous les deux à peu près circulaires. Ce genre de constructions mégalithiques est unique en son genre dans les Baléares et les monuments qui s’en rapprochent le plus se trouvent sur le continent, notamment dans l’Est de la Catalogne et l’Ouest du Languedoc.

Aucune sépulture mégalithique n’a été identifiée sur Ibiza, pourtant bien plus grande que Formentera, mais ce n'est pas surprenant car il y a très peu de monuments de l'île qui révèlent la présence de l'Homme avant la colonisation carthaginoise en -654.

 

 

Les premiers restes humains trouvés à Majorque datent de -2 350/-2 150, coïncidant avec le début de l'Âge du Bronze sur les côtes continentales. Entre -2 200 et -1 900, on note des influences venant de la culture Campaniforme (seulement à Majorque, pas à Minorque), qui à cette époque s’est propagé en Europe, Afrique du Nord et en Méditerranée. Cela se traduit par des innovations dans les techniques de fabrication de la céramique, l'amélioration de la métallurgie du bronze (avec une augmentation de la production d'armes et d'outils). À la fin de cette période, les navettes commencent à émerger, bâtiments en forme de navires renversés destinés à des fins funéraires. On trouve des parallèles aux céramiques et formes constructives de cette période initiale de colonisation (principalement des dolmens et des navettes) avec les cultures contemporaines du Sud de la France.

 

Le village préhistorique de Son Mercer de Baix est situé à l'Est de Minorque, sur une petite esplanade qui domine le ravin de Son Fideu. Ce site, qui fut habité durant les périodes prétalayotique (-2 500 à -1 800) et talayotique (-1 600 à -123), est formé de deux navetas principales en forme de fer à cheval et d’autres structures complémentaires rectangulaires, l’une d’entre elles abritant une petite fonderie de cuivre, ce qui fait penser à un hameau composé de deux unités d'environ trente mètres carrés chacune qui était même protégé par des remparts. Il s'agit d'un site également très connu pour la singularité d'un de ses monuments, la Cova des Moro, une naveta ayant servi d’habitation et dont la toiture est soutenue par trois colonnes de pierre qui dotent le monument d’une grande majestuosité. On y a trouvé des lingots de bronze et des creusets en terre réfractaire destinés à fondre le métal.

La civilisation pré-talayotique de Minorque a prospéré dans la première moitié du -IIè millénaire. En ce qui concerne les sépultures, il semble qu’à l'époque pré-talayotique ancienne il y ait eu une coutume dans la région orientale et une autre à l'Ouest : à l'Ouest on trouve des hypogées, tandis qu'à l'Est se trouvent les restes de sépultures mégalithiques. Sauf pour les tours ou talayotes elles-mêmes, les plus grands monuments de la fin des civilisations pré-talayotiques et talayotiques sont les navetas de Minorque, dont celui à Es Tudons (restes d'une centaine de personnes) est le plus bel exemple existant. Fait intéressant, aucun navetas n’a été identifié ailleurs aux Baléares. Les navetas ovales sont la forme la plus ancienne, à attribuer à la période de -1 800 à -1 600. Suivants en âge sont les navetas allongées de la moitié orientale de l'île, où ils remontent à -1 600 à -1 400. Les derniers sont les navetas allongés dans l'Ouest, datant de la période -1 400 à -1 000 et par conséquent fermement talayote (la division des navetas allongés en deux classes est justifiée par les orientations contrastées trouvées dans les deux catégories).

Les navetas ressemblent aux sépultures mégalithiques dans leur conception de base, mais les modestes orthostates des sépulcres sont remplacés dans les navetas par de nombreux blocs de pierres sèches semblables à celles qu’on trouve dans les talayotes. Les navetas ont aussi une certaine similitude avec les naviformes (ou habitations navetas), logements des temps prétalayotiques en forme de bateau.

Si les motifs dans l'esprit des constructeurs étaient astronomiques, il semble qu’on ait affaire à (au moins) deux traditions, une orientée au Sud et l'autre regardant vers le(s) point(s) couchant d'un ou de plusieurs corps célestes. Les navetas allongés dans la région Est font face d'un côté ou de l'autre du plein Sud, une distribution qui n'est pas sans rappeler celle des taulas (de Majorque à Minorque). Comme la taula typique est orientée de manière à faire face aux étoiles de l'ancienne constellation de Centaurus (y compris la Croix du Sud), alors ces navetas peuvent également avoir été orientés sur les mêmes étoiles, dans des directions où elles étaient visibles autour de leur lever ou coucher. Deux des monuments, Ses Roques Llises et Binidalinet, sont situés sur un terrain qui descend vers la mer et sont orientés de manière à faire face à la mer elle-même. Quant aux navetas allongés dans la région occidentale, les orientations s'étendent vers l'Ouest du Sud-Ouest, soit sur le coucher du soleil au solstice d’hiver, comme dans le Languedoc.

 

L’ossuaire collectif de Son Olivaret, dans un site disposant d'une vue panoramique merveilleuse, permet d'obtenir de nouvelles données sur la société et la culture prétalayotiques de l’île de Minorque. Il s'agit d'un ossuaire collectif utilisé entre -2 300 et -900, dont l'enceinte était couverte par des dalles de pierre. Sa structure consiste en un double mur de forme ovale avec une entrée orientée au Sud-Ouest, un couloir et une chambre intérieure où se trouvent la majeure partie des restes humains et du matériel céramique. On y a recueilli des os pouvant correspondre à plus de 50 individus, adultes et enfants confondus. À noter la trouvaille d’une douzaine de gobelets en céramique, de quelques boutons en os de forme triangulaire, de perles de collier, d’un pendentif et d’une aiguille en bronze et même d’une pierre de fronde.

 

Le tir à la fronde se pratique encore de nos jours, remémorant les célèbres frondeurs qui repoussaient les intrusions des envahisseurs de la côte, en lançant des pierres avec la fronde, pouvant perforer la coque des embarcations ennemies. Les frondeurs des îles Baléares devinrent célèbres dans toute l'ancienne méditerranée, courtisés comme mercenaires, engagés et/ou réduis en esclavage, et/ou enlevés pour lutter lors des invasions d'autres villages de la Méditerranée, obtenant de grandes victoires. Les frondeurs (« foners ») des Baléares sont connus depuis -700, lorsqu'ils firent face à une attaque de pirates grecs et phéniciens en lançant des pierres avec leurs frondes et en gagnant ainsi toutes les grandes batailles puniques contre les romains.

Le nom « Baleares » n'est pas grec mais punique, il vient du pluriel « ba' lé yaroh ». Le nom ba lé signifie « ceux qui exercent la charge de » et agit comme sujet du verbe yaroh signifiant « jeter des pierres ». Donc Baléares signifie « frondeurs ».

 

Majorque est beaucoup plus grande que Minorque et là une civilisation parallèle a prospéré. Pourtant, étonnamment, un seul sépulcre mégalithique a été identifié jusqu'ici : à Son Baulo de Dalt (Santa Margarita), à environ 1 km de la mer sur le côté de l'île faisant face à Minorque, orienté à 242°, soit 4° au Nord du coucher de soleil au solstice d’hiver (bien à l'intérieur de la signature en azimut des monuments de Minorque).

Le site pré-talayote de Son Mas, près de Valledemossa dans le Nord (bassin montagneux appelé le Pla del Rei), était déjà utilisé comme zone rituelle à l'époque chalcolithique (plus vieux sanctuaire de l’île, vers -2 100/-1 840, associé aux Campaniformes), et fut probablement abandonné pour plusieurs siècles à la fin des temps prétalayotique, autour de -1 700. En face du sanctuaire talayote se trouve un énorme rocher avec une rainure artificielle qui pointe vers le haut d'une vallée au Sud. On pense au brillant spectacle que la Croix du Sud aurait fait autour de -2 000 alors qu’elle traversait la vallée, entourée de collines à gauche et à droite. En raison du mouvement de l'axe de la Terre, la Croix serait apparue chaque année de plus en plus bas dans le ciel, jusqu'à ce que vers -1 700 l'étoile du bas de la Croix soit devenue invisible. Si la gorge regardait en effet vers la Croix, on peut supposer qu’il y ait eu une crise vers -1 700, et il semble bien que le site ait été abandonné à cette époque, pour une période de trois siècles.

 

Une population probablement semblable aux Balari de Sardaigne appelée Baliares vivait dans les Îles Baléares et est à l'origine d'une civilisation protohistorique, liée à celle nuragique, dite Culture talayotique.

Le début de l'Âge du Bronze talaiotique est marqué par l'arrivée dans les Baléares d'une nouvelle culture, fondamentalement différente de la précédente du Chalcolithique-Âge du Bronze Ancien prétalaiotique : cette arrivée coïncide avec l’instabilité politique et culturelle dans le monde méditerranéen de cette période. En effet, vers -1 300, les Baléares ont vécu des changements cruciaux qui ont conduit à l'émergence de la culture guerrière « talayótica ». L’implantation de villes côtières, même sur de petites îles, et le développement de la présence d'objets en bronze sur l'île (impossible en l'absence d'étain), montre qu’il existait un commerce actif avec les marins d'autres régions de la Méditerranée. L'épée de bronze apparaît lors de cette période et devrait logiquement être importée du continent.

 

Les anciens Grecs décrivent les Bàliari comme des Hommes qui vivaient complètement nus pendant la saison d'été (d'où le nom grec Gymnesiae pour indiquer les Îles Baléares) ou portant seulement une peau de mouton. Ils n’utilisaient ni pièce de monnaie, ni or, ni argent, et s’ils ne cultivaient pas de vigne ils aimaient boire du vin. Ils étaient également décrits par les historiens antiques comme d'excellents frondeurs, utilisés comme mercenaires par les Grecs, les Carthaginois et les Romains. Comme ils interdisaient l'importation des métaux précieux, ceux d'entre eux qui avaient servi comme mercenaires prenaient leur salaire en vin et femmes au lieu d'argent. Leurs coutumes de mariage et les funérailles sont décrites par Diodore de Sicile (v. 18).

 

 

La Sardaigne est bien sûr l'île la plus proche à l'Est de Minorque, bien que séparées par quelque 350 kilomètres. Le symbole de la culture talayotique est le talayot, une construction mégalithique de forme tronconique, semblable au nuraghe de la Sardaigne (les navetas de Minorque partagent également des caractéristiques structurelles avec les tombes de géants de la civilisation nuragique), à la « torre » de la Corse ainsi qu'aux « sesi » de l'île de Pantelleria (entre la Sicile et la Tunisie, 200 km au Nord-Ouest de Malte). On note également une influence des constructions mégalithiques de Malte, bien que certains éléments soit originaux tels les taulas (« tables », genre de sanctuaires composés de deux blocs de pierre en calcaire taillé, en forme de « T », présents surtout à Minorque ; les taulas sont situées au centre d’un cercle de piliers monolithiques, couverts par une pierre). La forme des talayot est majoritairement circulaire mais il en existe aussi de forme quadrangulaire.

Historiquement, la culture talayote des îles Baléares a été associée à la culture nuragique de la Sardaigne en raison des similitudes supposées de leurs monuments. En outre, les deux types de monuments sont à peu près contemporains (les tombes des géants datent environ d’entre -1 800 à -900). Toutefois, les tombes de géants font face à la moitié Est de l'horizon, alors que les navetas ont été construits pour affronter le quadrant centré sur le Sud-Sud-Ouest, de sorte que la signature des tombes de géants a seulement un léger chevauchement avec celle des navetas : autrement dit, les coutumes funéraires des constructeurs des tombes de géants étaient très différentes de celles des constructeurs de navetas.

Les données d'orientation des tombeaux suggèrent que la coutume de l'orientation suivie dans les Baléares vient du Nord, sur les rives du Languedoc, la seule autre région de la Méditerranée occidentale avec un modèle d'orientation à l’Ouest. En effet, le long de la côte méditerranéenne française et immédiatement de part et d’autre de la frontière catalane, les tombes faisant face à l'Ouest étaient communes (en fait, universelles en Provence et sur les îles Baléares).

La culture talayotique de l'Âge du Bronze était à son apogée autour de -1 000. Les tombes communes bâties à cette époque sont connues à Minorque comme navetas en raison de leur ressemblance avec des bateaux renversés. Elles n'ont pas de parallèle en Catalogne. Elles font toutes face dans le quadrant du Sud-Sud-Est à l'Ouest-Sud-Ouest, les navetas en général faisant face à une partie de la plage du quadrant Sud-Ouest [plus inhabituellement, elles étaient orientées sans équivoque vers la moitié Ouest de l'horizon, leur azimut allant de 220° (environ Sud-Ouest) à 278° (à l'Ouest)]. La gamme des orientations semble s'étendre sur 60°, et atteindre 20° au Sud du coucher du soleil au solstice d’hiver, de sorte qu’on doive écarter la possibilité que les tombes soient orientées sur le coucher du soleil ou même le coucher de la lune (pour information, cela coïncide avec la gamme des orientations des cercles de pierre dans la lointaine Écosse).

 

Cette culture talaiotique est très remarquable pour les nombreux sanctuaires de Minorque connus comme taulas. Au centre d'une taula se trouvait une grande pierre rectangulaire fixée dans le roc, et au-dessus de cette pierre était une dalle horizontale, les deux pierres ayant ainsi l'apparence d'un T majuscule. Cet assemblage central était entouré par un mur d'enceinte complexe, avec une entrée qui faisait face à l'élément central. À une exception près, la trentaine de taulas faisait face au Sud, à peu près entre le Sud-Est et le Sud-Ouest. De manière significative, toutes ces taulas avaient une parfaite vue sur l'horizon Sud : soit elles donnaient directement vue sur la mer, soit elles étaient sur un terrain élevé et regardaient vers le bas la plaine. Il n'y a pas de contrées dans cette direction, et aujourd'hui il n'y a rien dans le ciel qui soit d’intérêt. Mais le ciel vers le Sud que l’on voit aujourd'hui est très différent du ciel qui était visible à l’époque talaiotique. Les calculs montrent que les talayotiques pouvaient voir, s’élevant de la mer un peu à l'Est du Sud, le groupe d’étoiles de la Croix du Sud, Alpha et Beta Centauri, un groupe qui est assez frappant pour être représenté aujourd'hui sur les drapeaux nationaux de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, et qui devait sûrement être l'objet auquel les taulas faisaient face.

La taula de Torre d’en Gaumes a livré une petite statue en bronze d'un homme assis avec une inscription en hiéroglyphes égyptiens déclarant que l'homme était Imhotep, le dieu de la médecine. Or, bien que l'histoire des débuts des constellations en Méditerranée soit confus, dans la mythologie grecque ce groupe d’étoiles faisait partie de la constellation nommé d'après le Centaure (Chiron) qui a enseigné la médecine à Asclépios, le dieu grec de la médecine. Il se pourrait bien que cette taula, et peut-être toutes les taulas, ait été associée à la guérison, et qu'un marin égyptien de passage ayant découvert cela décida d’y déposer sa statue de son dieu de la médecine.

Comme à Malte, Sirius et les étoiles d'Orion pourraient être la cible de la grande taula de Torralba, dans le centre de Minorque.

Les sanctuaires Taula de Minorque, dont la construction a atteint un sommet autour de -1 000 et qui sont orientées d'un côté ou de l'autre du Sud, étaient destinés à faire face à la Croix du Sud (comme les temples, beaucoup plus anciens, de Malte) et aux étoiles suivantes très brillantes alpha Cen et bêta Cen. Pour Ptolémée, la Croix du Sud faisait partie du Centaure, constellation du nom de Chiron qui dans la mythologie grecque a enseigné la médecine au dieu de la médecine. Ceci suggère que les taulas étaient des lieux de guérison.

 

 

À Majorque aussi il y avait une culture talaiotique, mais aucune taula comme on en trouve à Minorque. Minorque est très plate, et de presque tous les villages talaiotiques il aurait été possible de trouver quelque part un lieu qui donnait une bonne vue sur le Sud et la Croix du Sud. Mais Majorque est montagneuse, et si les taulas avaient en effet pour but de faire face à cette croix, cela expliquerait leur absence de Majorque.

Les sanctuaires, à ciel ouvert, où les sacrifices de moutons, de chèvres et de porcs avaient régulièrement lieu, sont dispersés partout dans l'île, dans les plaines ainsi que dans les montagnes, et à la fois proche de la côte et à l'intérieur. Certains, comme Son Mari, étaient isolés ; d'autres, comme S'Illot, étaient à l'intérieur de villages ; d'autres encore (comme Capocorb d'en Jaqueto et Es Pedregar) faisaient partie d’installations plus vastes et complexes. Un trait curieux de la scène de Majorque est l'existence de paires de sanctuaires faisant face à des directions opposées. Sur 15 sanctuaires, 10 font face entre 121° et 168°, et les 5 autres entre 188° et 228°, ce qui peut être considéré comme deux octants, un dans lequel certaines étoiles se levaient et l'autre où les mêmes étoiles se couchaient. La constellation Centaurus mérite une attention particulière.

Les temples de Majorque ont 500-700 ans de plus que ceux trouvés à Minorque. À cette date, la Croix du Sud avait plongé en-dessous de l'horizon Sud et n'était plus visible. Centaurus, cependant, était visible et sa position dans le ciel était similaire à celle détenue plus tôt par la Croix du Sud. Centaurus devint alors l'objet de l'orientation des temples en l'absence de la longue tradition d'orienter l'architecture au Sud de la Croix du Sud.

 

Sur certains monuments, on remarque des colliers à rangs multiples gravés. Ces parures sont apparentées aux ornements pectoraux (lunules, croissants formés de coulants multiforés, hausse-cols) qui étaient à la mode sur un vaste territoire, de l'Angleterre à la Méditerranée orientale et de l'Espagne à l'Europe centrale, dès l'époque du Bronze Moyen. Parmi ces parures caractéristiques, il semble qu'une catégorie spéciale, qui, jusqu'à présent, est limitée géographiquement aux Baléares, peut être rapprochée des colliers des statues-menhirs du Haut-Languedoc. En particulier, les exemplaires de Son Foradat (San Lorenzo de Carďesar, Majorque) et de Lloseta (Majorque, également) présentent d'étroites analogies avec les colliers des statues-menhirs du Haut-Languedoc [ces colliers massifs, en bronze, sont à 4, 7, 9 et 12 rangs ; les appendices terminaux des colliers majorquins semblent être représentés sur la face arrière de certaines statues-menhirs (Les Montels, Mas d'Azaïs, Frescaty, Saint-Sernin)]. Or, les deux exemplaires des Baléares proviennent de dépôts qui sont bien datés de l'extrême fin de l'Âge du Bronze, comme l'indiquent les épées à poignée pleine qui les accompagnent. Ces épées sont, en effet, identiques à celles de la célèbre trouvaille de l'estuaire de Huelva et ne sont donc pas antérieures à -750. Sans doute toutes ces pièces de comparaison sont bien éloignées dans l'espace de nos statues-menhirs ; mais il ne faut pas oublier que Huelva, tout comme les Baléares, appartient à la province occidentale (atlantique) du Bronze Final.

 

Commenter cet article