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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Répartition du svastika en Orient (https://mapsengine.google.com/map/viewer?mid=zRpXnMc9mISE.kp_wY2YqCJU4)

Répartition du svastika en Orient (https://mapsengine.google.com/map/viewer?mid=zRpXnMc9mISE.kp_wY2YqCJU4)

 

Samara (-4 800 à -3 800), dans la région de la Volga, et ses successeurs le Khvalynsk (-5 000 à -3 500) et les débuts de Yamna (-3 600 à -2 200) sont considérés comme le Urheimat/la patrie de la langue proto-indo-européenne. Ces cultures énéolithiques de la région pontique ont assuré la formation de cette entité dans les steppes (de -4 000 à -3 500, les premiers constructeurs de kourganes apparaissent), avant la diaspora au Moyen-Orient (vers -3 600, séparation des langues d'Anatolie), en Europe et dans le sous-continent de l'Asie centrale (vers -2 500, le proto-grec commence à être parlé dans les Balkans, de même les langues proto-indo-iraniennes naissent avec la culture d'Andronovo au Nord de la mer Caspienne), et la formation de langues filles dans les contrées éloignées.

Dans le cas présent, Samara est une rivière en Russie, affluent de la Volga, mais aussi une rivière d'Ukraine, affluent du Dniepr. C’est également le nom antique du fleuve de la Somme et de la rivière franco-belge de la Sambre, affluente de la Meuse (ces deux derniers provenant du gaulois Samara « tranquille »).

 

Samara est également un prénom féminin sémite (hébreu et arabe), dont la signification est « gardienne » ou « protégée par Dieu ».

La présence du svastika n'a rien d'insolite dans le Proche-Orient asiatique. On en a trouvé un certain nombre à Samarra (-5 500 à -4 800), autrefois l'une des plus grandes villes de Mésopotamie. Son nom est l’abréviation de surra man rāʾā, « celui qui l'aperçoit est heureux ». Suite à des émeutes populaires en 836 dans Bagdad, la capitale fut transférée dans cette ville nouvelle conçue pour être une ville de garnison.

 

 

Hassuna est le nom d'une ancienne communauté villageoise de Mésopotamie du Nord située dans les régions montagneuses du Tigre, en Irak, au Sud de Mossoul. À la suite et dans la tradition de celle d’Umm Dabaghiya en Djézireh (-7 000 à -6 500, rejeton oriental du PPNB syrien et cilicien), mais aussi à l’Est du Tigre, la période dite de Hassuna (de -6 500 à -6 000) correspond aux premières communautés agricoles céramiques. Les gens avaient migré vers les contreforts (piémonts) au Nord de la Mésopotamie où il y avait assez de pluie pour permettre une agriculture "sèche" (sans irrigation) dans certains endroits. La céramique retrouvée se compose de statuettes d’argile et de sceaux-cachets, les plus anciens découverts jusqu’à présent. Outils et armes d’obsidienne, quelques ornements de cuivre et de plomb forment l’ensemble qui caractérise cette période. Dès la période Hassuna, il existe de nombreux modèles qui ont des éléments solaires comme des svastikas, des rosettes et des faisceaux de lumière, pour ne citer que quelques-uns.

 

Les peuples primordiaux, sans exception, représentent le soleil sous la forme d'un disque, le plus souvent avec un point central, fréquemment aussi par une croix inscrite dans le cercle solaire, ou dans une série circulaire de points isolés, les branches de la croix étant bouletées. Le disque au point centré, ou les points en cercle autour de la croix, représentent le soleil au repos, c'est-à-dire à son point culminant, à midi. Le soleil se déplaçant continuellement dans le ciel, le swastika représente son mouvement, de son lever jusqu'à midi (swastika dextre) et de midi à son coucher (swastika sénestre). L'un serait donc la lumière et la vie, l'autre la course vers les ténèbres et la mort. Le swastika et la croix, fréquents sur les empreintes et les plaques, étaient connus en Elam et en Mésopotamie, à la période préhistorique la plus ancienne, comme des symboles religieux ou magiques.

 

À l'origine, la divinité mésopotamienne a d'abord et toujours été représentée par un symbole : double-hache, svastika, botte de roseau nouée, rosace, etc., et parfois aussi par un animal (bouquetin, scorpion, etc.). La vaisselle peinte des civilisations de Halaf, Samarra, la glyptique d’Uruk, en fournissent des exemples multiples. La croix était une rose des vents, représentant les quatre directions d’où vient la pluie, ou plutôt les quatre vents cardinaux qui l’amènent, et c’est ainsi qu’elle est devenue le symbole du dieu dispensateur des eaux célestes. De même, plus tard, l’idéogramme du dieu du ciel, Anou, était formé de quatre caractères cunéiformes, qui rayonnent à angle droit autour du cercle ou losange figurant le soleil dans les signes cunéiformes : le ciel n’est-il pas, en effet, l’espace dans lequel rayonne la lumière ? Il convient de remarquer que la croix équilatérale, en tant que figurant les directions principales dans lesquelles rayonne le soleil, devint aussi le symbole de cet astre et par suite, du dieu qui le régissait.

 

Svastika aux ibex d'Hassunah

 

À Tell Hassuna, la poterie fine peinte remplace les niveaux antérieurs et leur poterie brute. C'est dans le niveau IV d’Hassuna (vers -6 200) qu'apparaît pour la première fois la poterie du type de Samarra, ainsi que les statuettes de déesses-mères.

 

Déjà à Jarmo, l'une des premières communautés villageoises connues (vers -6 500), avant toute céramique (Jarmo est l'un des plus anciens sites pour lesquels on ait retrouvé de la céramique, pour ses niveaux récents, datant du début du -VIIè millénaire ; elle était assez grossière, épaisse, enduite d'un dégraissant végétal) on trouvait des figurines représentant un personnage où l’on reconnaît déjà une "déesse-mère" assise. Les témoignages se multiplient au -VIè millénaire dans la culture de Samarra, tant à Tell es-Swwann qu'à Choga Mami, et dans la culture de Hassuna à Yarim Tepe. Dans la forme de la représentation de la Terre-Mère deux traits typiques apparaissent et posent problème, du fait qu'ils constituent manifestement un code. D'une part, on voit se construire en Syro-Palestine le type de la déesse assise, très répandu aussi en Anatolie et en Mésopotamie, qui, à côté de celui de la déesse debout, suppose une insertion déjà plurielle dans l'espace, une meilleure maîtrise de ses techniques par le producteur. Elle trône en majesté, stable et stabilisatrice, en tant qu'incarnation de la sédentarité elle-même, ou plutôt dans l'attitude des doyens-répartiteurs de la communauté humaine, donc très humanisée. D'autre part, sa tête est souvent étirée vers le haut et cette élongation occipitale, courante en Syro-Palestine, se retrouve aussi en Mésopotamie à Tell-es-Swwann par exemple (où l'on verra aussi des rapprochements avec le Néolithique d'Iran ou des Cyclades). Ainsi, les statuettes schématisées, proches du type "en violon", qui se rencontrent à Vinca (Europe danubienne, de -5 500 à -4 400, utilisant le svastika dans sa protoécriture) et à Teleilat Ghassul (Palestine, de -4 500 à -3 300, où on trouve quelques svastikas), furent surtout à l’honneur dans le bassin de l'Égée.

En outre, dans la culture de Cris (Roumanie, de -6 200 à -5 500, où on trouve aussi des svastikas, précédant la culture de Vinča-Turdas), la tradition de la céramique peinte et la céramique incisée présentent quelques analogies avec celles de l'Asie Mineure et des côtes de Syrie (notamment le type appelé Hassuna).

 

 

Svastika de DjeitunOn peut voir un svastika peint en rouge au fond d’un bol de la culture de Djeitun (Sud du Turkménistan, à 30 km au Nord d’Achkhabad), daté d’environ -5 900. Dans l'Ouest de l'Iran, la culture M'lefatian (-10 500 à -9 000) était l’ancêtre des assemblages de Ali Tappah (-9 000 à -5 000) et Jeitun (-6 000 à -4 500). Si les habitants étaient des agriculteurs originaires de l'Asie du Sud-Ouest, les articles de Djeitun étaient apparemment une poterie distinctive originaire du Nord-Est de l’Iran, dans la plaine du Gorgān (le Kopet-Dag est une chaîne de montagnes d'Asie centrale, qui forme la frontière entre l'Iran au Sud et le Turkménistan au Nord ; elle s'étend sur près de 650 km à l'Est de la mer Caspienne). Dans le Gorgān, on retrouve ce genre de poterie dans les niveaux 45-32 de la grotte Hotu (vers -5 800) et dans la période I de Yarim Tepe (entre -6 000 et -5 500, liée à la culture d’Hassuna).

On notera que les cultures qui ont suivi Dzheitun ont joué un rôle majeur vers -2 000 (Âge du Bronze) dans l’origine et la dispersion des Indo-Iraniens en Asie du Sud.

Les anciens ne connaissaient pas la rotation du soleil sur lui-même. Mais il ne s’agit pas ici, à proprement parler, d’un mouvement giratoire. Ce qu’on a voulu marquer en recourbant les bras du svastika, c’est le mouvement de translation circulaire dans l’espace, qui paraît animer le soleil pendant le jour ou l’année. La preuve en est dans le symbolisme de la roue qui a également servi à représenter la marche du soleil, sans pour cela impliquer la connaissance de la rotation solaire.

 

 

La période de Samarra (-6 200 à -5 700) constitue un prolongement temporel et spatial de la culture de Hassuna, chevauchant partiellement celle-ci et les débuts d’Obeid (dans le Sud de la Mésopotamie). Les Samarréens s’adaptèrent à un environnement plus aride à l’Est et au Sud de la région hassunienne grâce à la maîtrise de techniques d’irrigation. À Tell es-Sawwan (au Sud de Samarra, 110 kilomètres au Nord de Bagdad), la preuve de l'irrigation établit la présence d'une culture prospère avec une structure sociale très hiérarchisée. Les maçons utilisèrent pour la première fois la brique crue moulée qui permet d’uniformiser les techniques de construction. Cette homogénéité du matériau de construction entraîna une rationalisation des constructions elles-mêmes : les maisons étaient alors toujours identiques les unes aux autres, et construites selon un plan préétabli. Maîtrisant la technique de la brique moulée standardisée, les Samarréens savaient désormais construire de vastes bâtiments conçus à partir d’un système de mesure cohérent : cette innovation sera la clef de l’architecture mésopotamienne. Les constructions étaient désormais pensées avant d’être érigées. La Mésopotamie était prête à devenir le pays de l’architecture de brique, celle des ziggurats et des grands bâtiments.

La céramique de la période précédente se mêle ici à une autre de bien meilleure facture. Beige clair, celle-ci est beaucoup plus variée, plus harmonieuse et finement décorée aussi. Elle est caractérisée par l’apparition de nouvelles techniques, appelées à un avenir durable. Ce type largement exporté et l'un des premiers répandus, montre des styles de poterie relativement uniformes dans le Proche-Orient ancien. Il a été fait localement dans de nombreux endroits, mais peut également avoir été échangé en raison de sa beauté et sa valeur de prestige. Peut-être des potiers itinérants ont déménagé dans la région, produisant des exemples et lançant la mode dans différentes aires. Autour de -5 500, ce style distinctif de poterie s’est étendu sur l'ensemble du Nord de la Mésopotamie.

Svastika aux ibex (proche du style d'Hassunah), trouvé à Baghouz en Syrie du NordLa céramique samarréenne ne se limite pas à l'ornement géométrique. Il y a quelques motifs de représentation, qui ont jusqu'ici été découverts seulement sur des assiettes creuses. Ces modèles de représentation ne sont pas naturalistes (seule une assiette de Baghouz, en Syrie du Nord, reprend des ibex, vus sur des assiettes de la période d’Hassunah). Ils sont très stylisés, étaient conformes aux modèles géométriques avec laquelle ils sont combinés. Le plus frappant de ces modèles de représentation vise apparemment à suggérer une figure féminine. Elles ont les hanches saillantes, la taille fine et les cheveux ondulant. Leurs têtes sont à peine reconnaissables, toutes ont les bras tendus et des mains avec seulement trois doigts (les mêmes mains à trois doigts impressionnistes se trouvent sur des objets d'Iran).

Des figures féminines sont positionnées à angle droit de sorte que leurs corps forment une croix, leurs cheveux ondulant convertissant la croix en svastika. Sur le bord sont huit scorpions. Les cheveux ondulant des femmes et les pattes et la queue des scorpions, qui se suivent de près, créent une vive impression de mouvement et de vitalité. Une autre assiette n'a pas quatre mais six figures féminines semblables, disposées avec les têtes convergeant au centre. Autour d'elles sont six scorpions, dont les queues se recourbent, touchant presque les pieds droits des femmes, ce qui préserve l'unité et le mouvement de la composition. Une troisième zone entoure les deux premières, mais pas assez conservée pour la description.

Ces figures féminines, selon l'humeur de ces compositions, seraient des "démons à forme humaine", les créatures sans tête avec les cheveux ondulant créant une impression de frénésie, de mouvement fou, comme dans une danse ou dans la fureur d'une tempête.

 

Les connotations astrales, déjà claires au Paléolithique, éclatent dans la céramique mésopotamienne de Samarra qui montre une étrange imagerie où abondent le scorpion et le svastika solaire : quatre femmes se partageant l'espace comme les quatre points cardinaux, femmes aux longs cheveux éployés en forme de svastika, parfois accompagnées de scorpions. Des alignements de "danseuses" se voient fréquemment à Arpatchiya et jusqu'à Suse et à Sialk (dans la province d'Ispahan en Iran, à quelques kilomètres de la ville de Kashan). On peut voir dans leur fréquence et leur attitude des raisons de les rapprocher de certains rites destinés à obtenir la pluie. Le Scorpion a un caractère ambigu, à la fois chthonien et support du ciel. Dans les histoires sumériennes et babyloniennes, les Scorpions étaient de puissants serviteurs du dieu soleil Utu (Shamash). Ils avaient une tête, les bras et le torse humains, mais étaient comme un oiseau en-dessous de la taille (parfois avec des jambes humaines, parfois des pattes) et avaient la queue d'un scorpion. Les habitants de la Mésopotamie invoquaient les Scorpions comme de puissantes figures de protection contre le mal et les forces du chaos. Dans l'épopée de Gilgamesh, le couple Scorpion, homme-Scorpion et femme-Scorpion, gardait la grande Porte de la Montagne où le soleil se lève et était décrit comme « terrifiant ». L'aspect cosmique et plus particulièrement solaire, est patent dans tous ces thèmes, comme dans les détails de la représentation (cheveux ondulés comme des rayons), avec déjà un haut degré d'abstraction dans le symbolisme.

Les représentations de ces vases (y compris celles d'animaux) donnent l'impression d'un "tournoiement infini", que l'on retrouve sur des vases de la fin du -Vè millénaire (culture d'Obeid). Ce rythme non-statique vise à donner l'impression des forces vives irrésistibles qui animent l'univers.

 

Au centre d’une autre assiette il n'y a pas de personnage féminin, mais la figure géométrique d'un svastika. Ses mains se terminent par trois doigts, comme le font les mains des "démons". Rayonnant à partir du svastika central sont cinq paires de lignes ondulées, et dans les interstices entre ces lignes sont cinq scorpions. Les lignes ondulées ressemblent aux représentations sumériennes et babyloniennes de la foudre ou des faisceaux de lumière. Autour de l'extérieur de cette assiette était probablement une rangée de rosettes à quatre pétales, symboles solaires et/ou stellaires. Parmi les motifs de Samarra, ces modèles qui semblent avoir des implications solaires sont les meilleurs exemples de symbolisme, dans le sens où les Hommes pouvaient mettre en mots ce que signifiait le motif. Le svastika était probablement un tel modèle car il a eu des répercussions solaires dans tant de cultures qu'il est naturel de deviner qu'il avait une signification similaire dans la période d’Hassunah. Parfois, le svastika se hérisse, aux angles, de rameaux trifides, et il lui arrive aussi de porter des branches aux extrémités.

 

Un svastika est à nouveau au centre d’une assiette, mais autour de lui sont quatre oiseaux d'eau aux longs cou et ailes mais avec des jambes courtes (une assiette similaire a été trouvé à Baghouz, l'ancienne Corsôtê, située le long de l'Euphrate syrien : là, cinq oiseaux sont placés en cercle autour d'un soleil ou d’une étoile au centre). Les ailes de chaque oiseau créent le même sentiment dans la conception que les lignes ondulées partant du svastika sur le dernier exemple. Peut-être que les lignes ondulées et les oiseaux sont des symboles solaires. Chaque oiseau tient dans son bec un poisson, et huit poissons se succèdent dans un cercle autour de l'extérieur du motif. Ce n'est probablement pas un hasard si une si grande place est accordée à l’avalement d'une créature par une autre, un thème récurrent plus tard dans de nombreuses variantes. Quelques autres assiettes ont un motif présentant une créature en dévorant une autre. Ici, dans cette période très ancienne, le motif de l'agression est une expression manifeste, un concept peut-être aussi exprimé moins directement par les figures de scorpions.

 

Sur la poterie samarréenne, les figures féminines suggèrent des esprits démoniaques qui participent à une danse ou tourbillonnent dans une tempête. Les formes végétales et animales reflètent un intérêt pour la productivité de la terre. Cependant, à une période aussi ancienne il n’y avait pas de mythe soigneusement formulé : ainsi, les motifs artistiques sont exclusivement formels et abstraits. Les figures féminines représentaient des numina (puissances agissantes) actifs dans la culture. Le svastika était aussi une forme puissante (comme les scorpions et les lignes ondulées), sa personnification étant suggérée en lui fournissant trois doigts.

Dans cet art, les nombres abstraits émergent comme des formes importantes. Le plus important est le nombre 3, qui a été imposé artificiellement sur les mains des "démons", sur le svastika et sur la queue de quadrupèdes. Dans l'utilisation d’arbres à sept et neuf branches comme motifs centraux sur certaines assiettes, les nombre 7 et 9 ont été montrés comme importants. Ces chiffres (3, 7 et 9) ne semblent pas avoir été utilisé accidentellement ou parce que les artistes ont essayé de reproduire la nature. Dans chaque cas, le nombre a été utilisé car il revêt une importance particulière.

 

Il est bon de rappeler l'anthropomorphisme universel et bien connu du récipient de céramique, que l’on décrit comme articulé en pied, panse, épaule, col et lèvre, de rappeler aussi que dans nombre de genèses l'Homme est dit modelé d'argile sur un tour de potier et que son être physique s'incarne souvent, après la mort, dans une urne à tête humaine (les canopes égyptiens n'en sont qu'un exemple que l'on multiplierait aisément, de la Mésoamérique à l'Extrême-Orient en passant par la Protohistoire européenne etc...). Au fondement de cette symbolique si active, le rapport du liquide et de son contenant, comme notre enveloppe de peau contient le sang vital, mais aussi, plus abstraitement, le rapport du centre à son expansion, en somme la pulsion même de la vie. Ce commun dénominateur permet de mieux comprendre l'étonnante similitude structurelle des coupes peintes de Samarra, de Tell Halaf, de Suse ou de Nagada I, similitude qui relève d'une parenté d'imaginaire, elle-même liée à une communauté d'état socio-économique. Quelques exemples tout d'abord empruntés à la culture de Samarra. Qu'il s'agisse des coupes "aux danseuses", "aux scorpions" ou "aux échassiers", le centre joue, à l'évidence, un rôle organisateur majeur : c'est dans quatre directions perpendiculaires issues de lui que rayonnent les silhouettes des danseuses tandis que leurs cheveux ondulés à l'horizontale et leur tête penchée indiquent une ronde, habilement associée par le peintre à la circularité du contour, elle-même confirmée par la ronde des scorpions. Même vide, carré blanc implicitement dessiné par les pieds divergents des danseuses, le centre joue le rôle d'un foyer d'où l'image émane tout entière. Lorsque, sur d'autres coupes, des échassiers happent un poisson, d'un mouvement vif et saccadé de leur long cou, le centre vide suggère inévitablement l'idée de l'eau. Il ne faut pas pour autant avancer l'idée d'une évocation "primitive" de paysage, car une autre coupe, au décor iconographiquement parallèle, montre, au centre, un svastika, motif universellement répandu et dépourvu de connotation aquatique. Mieux encore, le même svastika se retrouve sur une autre coupe samarrienne, au centre d'une ronde de scorpions et compliqué de bras humains, comme si le foyer de feu, anthropomorphisé, déployait des mains de lumière dans les quatre directions de l'espace (idée figurative pas tellement éloignée en somme de celle qui consista, beaucoup plus tard, à terminer par des mains humaines les rayons bienfaisants d’Aton, cœur de schémas circulaires destinés à exprimer l'universalité de l'expansion de l'Un dans ses multiples devenirs).

 

Il est à noter que la métaphore de « Avoir un rendez-vous à Samarra », signifiant la mort, est une référence littéraire à un ancien mythe babylonien : la mort y est à la fois le narrateur et un personnage central. « Il y avait un marchand de Bagdad qui envoya son serviteur au marché pour acheter des provisions. En peu de temps le serviteur revint, blanc et tremblant, et dit : "Maître, tout à l'heure quand j'étais sur le marché j'ai été bousculé par une femme dans le foule et quand je me suis retourné, j'ai vu que c’était la Mort qui m'a bousculé. Elle me regarda et fit un geste menaçant. Prêtez-moi votre cheval et je vais aller loin de cette ville et éviter mon sort. Je vais aller à Samarra et là la Mort ne me trouvera pas". Le marchand lui prêta son cheval et le serviteur alla aussi vite que le cheval pouvait galoper. Ensuite, le marchand vint au marché, il m'a vu debout dans la foule et il est venu à moi et m'a dit : "Pourquoi avez-vous fait un geste menaçant à mon serviteur quand vous l'avez vu ce matin ? Je dis que ce n'était pas un geste menaçant, ce n'était qu'un sursaut de surprise. J'ai été étonné de le voir à Bagdad, car j'avais un rendez-vous avec lui ce soir à Samarra ».

 

 

Halaf est un site néolithique qui se trouve en Syrie du Nord, actif entre le -VIè et -IVè millénaires (périodes 5 à 8 : -6 100 à -5 100). Différente des deux autres cultures précédentes (Hassuna puis Samarra, qui possèdent des antécédents en Mésopotamie durant la préhistoire), celle-ci possède des traits particuliers qui l’apparentent à l’Anatolie : la présence de la double hache et du bucrane, la tête de taureau stylisée, ne laissent guère de doute à ce propos. De même, on ne trouve pas/peu de svastikas dans ses motifs artistiques. Pendant que la Mésopotamie du Sud évoluait dans la culture d’Obeid avec de petites communautés fragiles, pratiquant par nécessité l’irrigation (ce qui n’était pas le cas de celles du Nord), le Nord du pays voyait les cultures hassunienne et samarréenne peu à peu remplacées par une autre, celle de Halaf (originaire de Tell Sabi Abyad, 100 km à l’Ouest, dans la vallée du Balikh, un affluent de l’Euphrate, vers -6 100). La culture d’Halaf progressa rapidement : elle succéda à la culture d’Hassuna, se répandit en Anatolie méridionale, atteignit le Zagros, la Mésopotamie méridionale (céramique dite d’Hajji Mohammed), la vallée de l’Euphrate à Baghouz, la Syrie du Nord où elle atteignit la Méditerranée. L’expansion démographique de la culture de Halaf est la conséquence de la nature même de cette société : elle a connu un lent essor démographique, les communautés essaimant au lieu de s’agrandir sur place, et leur essor s’est traduit par l’apparition, de proche en proche, de nouveaux villages qui se sont reproduits à l’identique. Ils colonisèrent petit à petit un vaste territoire, empreint d’une grande homogénéité culturelle, mais ne se structurèrent pas en sociétés plus complexes. Cette expansion pourrait être liée au commerce de l’obsidienne. Une mobilité plus grande semble en effet caractériser les populations du Proche-Orient au -VIIè millénaire, peut-être en rapport avec un nomadisme lié à l’essor d’un élevage transhumant. Il est aussi envisageable que des centres de production de céramique aient cherché à la diffuser en utilisant ces nomades. La zone périphérique dans laquelle on retrouve sa poterie, où elle était sans doute exportée ou copiée, allait de l’Anatolie centrale à la Méditerranée, de la Syrie du Nord à l’Ouest de l’Iran (certains tessons halafiens ont même été trouvés dans la région du lac de Van, en Arménie).

 

 

Des deux sites importants de l’époque néolithique, Çatalhöyük et Hacilar (existant déjà au stade sans céramique, vers -7 000), ce dernier situé dans le Sud-Ouest de la Turquie a livré une poterie avec un svastika gravé et quatre séries de trois points qui marquent ses bras (couches néolithiques tardives IX-VI : -5 700 à -5 400).

 

La poterie de Halaf est de loin la plus belle qu’on ait retrouvée parmi ces trois cultures (Obeid comprise, Samarra étant le site le plus méridional où cette poterie ait été trouvée) : des vases de forme carénée et à large col sont recouverts de motifs figuratifs (êtres humains ou animaux, bucranes, reptiles, scorpions, panthères, oiseaux) ou géométriques, peints en noir ou rouge, une organisation en métope étant fréquente. Aux phases moyennes et récentes d’Halaf, l’évolution se fera dans le sens d’une polychromie poussée (rouge, brun et blanc sur fond clair) et d’un goût plus prononcé pour les motifs floraux et géométriques. Le site d’Arpatchiyah dans le Sinjar (périodes 6, 7 et 9 ; près de Mossoul, à 6 km de Ninive) fournit plus de renseignements sur les aspects matériels et l’évolution de la culture halafienne (site fortement impliqué dans la fabrication de la poterie).

Dès les premiers niveaux d’Arpachiyah (avant TT 10, vers -5 500) on trouve un dessin un peu naturaliste de la tête d'un taureau (trois types naturalistes de bucranes, mis à la verticale sur des vases, ont été trouvés à Brak, non loin d’Halaf). Au moins deux autres tessons sont spécifiquement affectés à ce niveau. Dans le premier, quatre bucranes sont orientés perpendiculairement l’un par rapport à l'autre à l'intérieur d'un plat, dans un design qui est clairement destiné à créer une croix, tout comme les femmes "démons" sur des plats samarriens formaient une croix ou svastika. Dans ce motif, la croix est soulignée à la fois par la disposition des têtes et par les oreilles des animaux qui sont découpées de manière à suggérer que chaque tête individuelle a été adaptée à une croix. Les oreilles de l'animal sont stylisées à cet effet d'une manière qui contraste nettement avec les oreilles d’animaux sur d’autres vaisselles. Sur le second tesson, les bucranes sont en métopes autour de l'extérieur d'un bol. Bien que la forme de la croix soit moins prononcée ici, le design est encore très stylisé. Par conséquent, à ce niveau, les stylisations sont au moins aussi visibles que les représentations naturalistes.

 

 

Des installations postérieures à Halaf dans le Sud de la Mésopotamie nécessitaient des méthodes complexes d'irrigation. La première installation fut à Eridu vers -5 400, au cours de la période de la culture d'Obeid (de -6 500 à -3 800 : dans ces sociétés Égalitaires, les familles se regroupaient en de petits villages où aucune autorité contraignante ne semble disposer d’un pouvoir supérieur), par des agriculteurs qui ont apporté avec eux la culture de Samarra du Nord.

Vers le milieu du -VIè millénaire, succéda à celle de Tell Halaf une nouvelle culture dite "d'Obeid", globalement contemporaine, dans sa dernière phase, de la culture amratienne (culture de Nagada en Haute-Égypte, dernière période du prédynastique égyptien, de -3 800 à -3 150), et dont les plus belles productions sont connues à Suse, dans la plaine d'Elam. Technique, couleurs, thèmes iconographiques accusent une rupture radicale avec la phase halafienne. La structure formelle pourtant subsiste intacte, traversant la rupture culturelle. Diffusion à partir d'un foyer et circularité des créatures autour de ce foyer constituent à nouveau l'armature visuelle d'un système de pensée qui appréhende le monde en termes de croissance, du foyer solaire/aquatique à la vie diversifiée de toutes les créatures.

Les vases des époques de Halaf, Samarra ou Obeid, étaient ornés de motifs qui recouvrent toute la surface, exécutés avec une grande finesse. Ces ornements n’étaient pas de simples décors : ils étaient plutôt un langage imagé, un système de communication symbolique (même si ils ne furent pas un moyen de transmettre un discours précis : on n’est pas passé du décor peint à l’écriture). Leur apparition sur les murs des maisons ou les parois des vases marque une étape supplémentaire vers l’émergence de sociétés plus complexes que celles des villages précéramiques.

Cette culture a été suivie par la période d'Uruk (qui couvre à peu près le -IVè millénaire) et l'émergence des Sumériens.

 

 

Vers -5 200, de nombreux sceaux d’argile apparaissent (les plus anciens datent de dès la fin du -VIIè millénaire, à Halaf), scellant des conteneurs mobiles, paniers ou vases. On y reconnaît, gravés ou peints, des capridés, des motifs végétaux et géométriques, mais curieusement aucun sceau réaliste ne les accompagne. Pour autant, ils ne sont pas la trace d’une quelconque "administration", mais plutôt d’un marquage identifiant une famille ou un village de production. On peut faire un parallèle entre le début de la glyptique à Gawra, Giyan et Suse, et le développement du commerce à longue distance.

 

Sur un pendentif de Tepe Gawra (Nord-Est de l'Irak, près de Mossoul et de l'ancien site de Ninive, occupé entre -5 000 et -1 500), on trouve un svastika, très anguleux.

 

À Tépé Giyan V, au Sud de Nahavand (dans la chaîne des monts Alvand faisant partie des monts Zagros, une des plus anciennes parties d'Iran et de sa civilisation, 500 km à l’Est de Bagdad), les dessins sur la plus ancienne poterie (Giyan Va, qui montre des svastikas) peuvent être comparés aux premiers modèles de poterie de Sialk II (milieu du -Vè millénaire).

Suse (ou Shushan dans la Bible) est une ancienne cité de la civilisation élamite, située dans le Sud de l'actuel Iran à environ 140 km à l'Est du fleuve Tigre, fondée vers -4 200 sur un point de passage qui relie la vallée du Tigre au plateau iranien. La cité possède de nombreux points communs avec celles du Sud mésopotamien des cultures dites d'el Obeid (du moins jusqu'à la fin du -Vè millénaire) et de l’Uruk ancien, qui s'épanouissent à la même époque, mais présente également des éléments qui la rattachent au monde du plateau iranien, notamment par sa céramique et sa glyptique (les premiers niveaux de fouilles ont fourni une poterie remarquable qui n'a pas d'équivalent en Mésopotamie, alors que dans la période suivante le matériel archéologique est identique à celui de la Mésopotamie de l'époque d'Uruk).

 

Un sceau de Suse I (-4 200 à -3 700) montre un bovin avec un félin aux longues jambes au-dessus et un chien sur le côté. Un svastika dextrogyre se trouve sur le dos du félin, et autre sénestrogyre est sous le ventre du bovin.

 

Dans la céramique de cette culture, le centre est le plus souvent matérialisé par des motifs symétriques et concentriques complexes, triangles opposés inscrits dans un cercle, croix faite de quatre carrés blancs sur fond de cercle sombre entouré d'anneaux concentriques etc., variations infinies sur ces signes d'universalité que sont carrés, cercles ou croix concentriques, souvent combinés et inscrits les uns dans les autres. De ce foyer vibrant émane quelquefois un zigzag triple, qui préfigure l'eau du vase jaillissant de l'iconographie mésopotamienne et le signe de l'eau de l'écriture égyptienne. Entre ce centre et le bord de la coupe tournent d'immenses troupeaux stylisés comme des peignes. Aucune narrativité : les animaux ne boivent pas, ne se déplacent pas. Purs signes placés entre le centre et le contour, dans le plein espace de la diffusion, ils sont, tout comme l'eau ou les plantes parfois émanées du foyer, le signe figuratif de la pulsion vitale en perpétuel renouvellement.

 

Si l'on se souvient que cette vaisselle de luxe provient essentiellement de tombes, la réflexion prend tout son poids. Il est difficile de ne pas admettre que les artisans potiers-dessinateurs-concepteurs de ces objets funéraires ont largement dépassé la simple "intention décorative" pour tendre, en une sorte de pré-écriture symbolique peut-être intuitive, à exprimer une réflexion émerveillée sur l'éternel recommencement de la vie.

 

 

À Tall-i Bakun (près de Persépolis : époque de Sialk III, -Vè millénaire et première moitié du -IVè millénaire, qui vit l’apparition du tour de potier), un bol était orné de cornes de bouquetins radiales formant un triscèle, daté de -4 200 à -3 800.

 

On voit également deux svastikas encadrant les seins d’une statuette féminine. Les objets découverts dans cette colline révèlent les plus anciennes preuves tangibles de la formation des fondations gouvernementales dans le monde antique. Ces articles présentent des preuves précieuses sur le travail des métaux, le commerce au-delà des frontières, des professions spécialisées, l’architecture, la séparation des quartiers financiers par rapport à un usage résidentiel ou industriel et, surtout, l’usage de sceaux d'argile et des institutions sociales et économiques à la fin du -Vè jusqu'au début du -IVè millénaire.

 

Marche des confins indo-iraniens, partie méridionale de la zone culturelle baloche, le Makran (l'ancienne Gédrosie des Grecs) correspond géographiquement à l'extrémité Sud-Est du plateau iranien. C'est un rectangle, large de 200 km, s'étirant d'Ouest en Est sur près de 600 km le long de la façade maritime. Le Kech-Makran, d'après le nom du principal ensemble d'oasis regroupé autour de l'actuel Turbat, se situe entre le Sud-Est iranien et la plaine de l'Indus (c’est la partie pakistanaise du Makran, oriental donc). Les confins indo-iraniens constituent un vaste territoire à la frontière Nord-Ouest du sous-continent indien englobant, entre autre, l'extrémité Sud-Est du Plateau iranien et la région du Balochistan. En dépit de leur morcellement géographique évident, ils représentent un ensemble délimitant une sorte de frontière entre l'Asie occidentale et l'Asie du Sud, dont le rôle ne cesse de croître au -IIIè millénaire. Entre les hautes vallées du Nord et la plaine côtière particulièrement désertique, le Sud de la région est caractérisé par une succession de vallées basses et de plaines ouvertes définissant une voie méridionale privilégiée entre le Bas-Indus et le Sud-Est iranien, vers le Kerman. En considérant que la population était dravidienne, on peut placer son origine dans une région peut-être située dans le Sud de l'Asie centrale, au Pamir (massif de haute montagne centré sur l'Est du Tadjikistan avec des prolongements en Afghanistan, en Chine et au Kirghizistan), avant d’avoir migré dans la région de l'Hindu Kush (chaîne de hautes montagnes en Afghanistan et au Pakistan), d'où un premier groupe alla par la suite s'étendre à l'Ouest vers l'Iran. Un deuxième groupe partit s'étendre par l'Est vers l'Assam en longeant les contreforts de l'Himalaya, tandis qu'un dernier groupe longea les côtes indiennes jusqu'à atteindre le Sud de la péninsule.

L'existence, dans la première moitié du -IVè millénaire, d'une importante occupation chalcolithique au Makran est la grande découverte de Miri Qalat II, dite période de Miri (la première occupation du site remonte au début du -Vè millénaire). Sur la côte, une installation datant de cette période, destinée à la collecte et à une première préparation des coquillages, a été identifiée à Jiwani. Les relations économiques qu'entretenaient les habitants des oasis avec la plaine côtière sont également soulignées par les restes ichtyologiques à Miri Qalat. Il faut rappeler que la côte, à Pasni, n'est qu'à 120 km de la vallée de la Kech. La métallurgie est également présente mais le nombre d'objets trouvés, en cuivre, est relativement réduit. La couleur de la poterie varie pour des mêmes formes, du rouge-orangé au gris, avec toutes les teintes intermédiaires. Cette période voit donc l'apparition de la céramique grise.

L'assemblage céramique de la période II de Miri Qalat (Sud-Ouest du Pakistan) présente étonnamment peu d'affinités avec ceux actuellement connus dans l'Est et le Nord du Baluchistan. En revanche, cet assemblage est à rapprocher de la tradition céramique des communautés agricoles du plateau iranien, de la fin du -Vè et durant le -IVè millénaire. Ces rapprochements peuvent être faits non seulement avec les sites du Sud-Est iranien, du Kerman et du Baluchistan comme Tepe Yahya (périodes V A-B), Tal-i Iblis (périodes I-IV) et Chah Husaini, mais également avec ceux, plus lointains, du Sud-Ouest de l'Iran, dans le Fars (site de Tal-i Bakun) et en Susiane (période Suse I). La fourchette chronologique pour cette période II est la fin du -Vè millénaire jusqu'au milieu du –IVè.

Le plus spectaculaire des assemblages céramiques de la période IIIa (fin du -IVè/début du -IIIè millénaire) fut mis au jour à Shahi-Tump, dans la phase dite "du cimetière", montrant un assemblage matériel extrêmement riche et original. Cette période se distingue considérablement de la période précédente par la grande variété d'assemblages céramiques qu'elle présente. Si celui de la culture du cimetière de Shahi-Tump reste strictement limité au Makran central et si les écuelles grossières Proto-Élamites restent un cas particulier, les autres catégories céramiques montrent de nombreuses relations à la fois avec l'Est et l'Ouest (on trouve des parallèles avec les sites de Tépé Yahya IV C et Shahr-i Sokhta I à l'Ouest, le site de Mundigak III au Nord, à l'Est du Balochistan dans les régions du Sarawan et du Jhalavvan, ainsi qu’à Anjira).

Les sépultures des niveaux VI, VII et VIII du chantier IX à Miri Qalat présentent près de sept inhumations, pour la plupart en position fœtale, peintes à l'ocre rouge, avec la tête orientée vers l'Ouest. Un riche matériel funéraire est associé à certaines d'entre elles. L'assemblage céramique se compose principalement de poteries dont la variété de la décoration peinte en noire est exceptionnelle et tranche avec la simplicité des formes. La palette de couleur des poteries va du gris clair au rouge-orangé. Les formes ouvertes (bols et assiettes) présentent un décor sur toute leur face intérieure ; la face extérieure de leur bord est également décorée sur quelques centimètres de hauteur. Le décor intérieur peut être organisé en quartier, en motif concentrique, rayonnant, tournoyant (svastika...). La filiation de cet assemblage céramique avec celui de la période II est évidente, tant sur le plan technique que morphologique. Or le niveau immédiatement supérieur (sur le chantier IX, le niveau V) a livré une collection d'écuelles grossières Proto-Élamites qui sont à dater, au plus tard, de la fin du -IVè millénaire. Ces céramiques dateraient donc de la seconde moitié/du troisième tiers du -IVè millénaire.

 

Sur le site de Tal-i Siah, à Madevan dans la province du Fars, des poteries avaient également des svastikas.

 

L'art de la poterie en Iran a atteint son apogée à la fin du -Vè millénaire. Parmi les trois provinces du Fars, de Suse et du plateau central de l’Iran préhistorique, c'est peut-être la province du Fars qui affiche l'art traditionnel des poteries peintes le plus habile. Le pic qui peut même être considéré comme la période classique de la poterie peinte est apparu en même temps dans ces trois régions (Susa, Bakun et Sialk) et a coïncidé avec des progrès qui plus tard ont conduit à la formation d'institutions gouvernementales. Ce processus évolutif de la production sociale symbolique dans l’Iran préhistorique sur le point de former des gouvernements peut peut-être être interprété comme le modèle de rôle en échange de produits de luxe parce que dans aucune des cultures préhistoriques du Proche-Orient une telle abondance de styles et de disciplines indigènes avec tant de motifs décoratifs si riches n’est apparue.

Des motifs expressifs d'animaux, des lignes et des formes abstraites, des images spectaculaires et des éléments qui ont atteint l'équilibre avec la plus grande finesse, distinguent l'âge d'or de la poterie peinte préhistorique iranienne de celle d'autres régions. Léopard, cerf, chèvre, oiseau, insecte, bélier et fleurs sont parmi les motifs les plus répandus, avec le svastika et la croix de "Malte". Les potiers de Suse, en même temps que leurs homologues de Bakun, avaient atteint un niveau élevé de compétences artistiques, mais sous une forme plus officielle et exploitée.

 

 

Pour le Chalcolithique récent, soit la première moitié du -IVè millénaire, on connaît aussi quelques sceaux lenticulaires en pierre à décor naturaliste schématique.

 

C’est ainsi qu’on note la présence d’un svastika à Teleilat-Ghassoul (Sud-Est de Jéricho, sur la rive gauche du Jourdain, de -4 500 à -3 300).

 

Cette culture contemporaine d'Obeid s'appelle également Ghassoulien ou Beersheba. C'est le lieu de la deuxième révolution néolithique : culture de la laine (au lieu du lin) et des arbres fruitiers et développement du pastoralisme. La richesse qui en découle a eu une incidence heureuse sur les arts de plus en plus florissants. On y a d’ailleurs retrouvé le plus ancien exemple d'albâtre en Palestine. Importé d'Égypte, il est révélateur de liens culturels entre la culture Ghassoulienne et l'Égypte prédynastique.

 

Il est à noter qu’on a ainsi retrouvé vers -3 000 l’un des rares exemples de svastika en Égypte, à savoir sur une gravure de deux pieds : le gauche a un œil sur lui et un svastika devant lui, le droit un svastika en-dessous des orteils au même niveau que l’œil gauche.

 

Il est étrange de constater que, lorsque l’usage des sceaux-cylindres a été introduit en Palestine dans le dernier quart du -IVè millénaire, ceux-ci n’ont pas été employés pour être déroulés, comme presque partout ailleurs au Proche-Orient, sur des bulles ou des scellements d’argile, mais sur des jarres, avant cuisson, alors que l’argile était encore molle. Toutes ces empreintes apparaissent en effet exclusivement sur des jarres à provisions, c’est-à-dire des jarres à col d’assez grandes dimensions (au Bronze Ancien II, de -3 100 à -2 600, ce sont des pithoi à col court). Cette utilisation des sceaux-cylindres pour marquer des jarres n’est pas propre à la Palestine. À cette époque, elle caractérise plus largement le monde levantin : Palestine, Liban, Syrie, et également la Cilicie, d’où elle s’est répandue, à la fin du -IIIè millénaire et au début du -IIè, vers Troie, et de là vers l’Égée et la Grèce continentale. Elle est connue aussi dans la haute vallée de l’Euphrate et en Mésopotamie du Nord, ainsi que dans quelques sites lointains qui ont entretenu des contacts avec la Syrie, à savoir Suse, au Sud-Ouest de l’Iran, et Umm an-Nar, en face de la péninsule d’Oman dans le golfe Persique. Enfin, elle est bien attestée aussi au début de l’époque dynastique archaïque dans le bassin du Hamrin en Mésopotamie orientale. Cet emploi particulier des sceaux-cylindres est donc assez largement répandu, tant au point de vue géographique que chronologique, puisqu’il est attesté depuis la fin du -IVè jusqu’à la fin du -IIIè millénaire.

On peut voir des doubles spirales du Bronze Ancien II à Tell el-Farah (au Nord-Est de Naplouse). Tirtza, son nom biblique, était une ville cannanéenne. Le nom de Canaan est ancien et semble être apparu au -IIIè millénaire. Il s'agissait sans doute d'une terre d'une certaine diversité ethnique. Mais dans un contexte ethnique, il semble que les Cananéens, voisins et proches parents des Amorites, correspondent exactement aux Phéniciens (le nom de ses habitants, les Cananéens, dérivait d'un terme signifiant « fabricant/marchand de pourpre », ce qui représente un autre lien avec la Phénicie dont les villes de Tyr et de Sidon étaient bien connues pour ce produit). La ville était située au croisement de deux routes importantes : la route qui traversait les monts de Samarie d'Est en Ouest en montant depuis la plaine côtière en direction de Naplouse et en descendant vers Jourdain pour le traverser au niveau au pont Adam (tracé correspondant à l'actuelle route 57), et la route qui reliait Jérusalem, Shekhem/Sichem à la vallée de Jezréel à travers les montagnes. Tirtza était devenue une ville au Bronze Ancien. Elle était alors fortifiée, avec des murs de 2 m à la base, des tours et des portes. La porte Ouest des remparts de la ville a été reconstruite à plusieurs reprises au cours de cette période. Les fouilles indiquent le développement de l’urbanisation et la présence de nouvelles populations. Cependant, la ville a été abandonnée au milieu du troisième millénaire. Elle servira un temps de capitale au royaume d'Israël, après Sichem et avant Samarie.

On notera que les Hyksos, probablement des Cananéens/Palestiniens (sachant que la langue des Hyksôs n'appartenait pas à la famille des langues sémitiques), laissèrent en Égypte des traces de leur règne. Après s’être emparés du pouvoir et avoir fondé les XVè et XVIè dynasties d'Égypte (entre -1674 et -1548), on peut voir des doubles spirales par exemple sur des scarabées en stéatites, eux aussi liés à l’idée de transformation, de renouveau et de résurrection (le scarabée représentant le soleil du matin).

 

 

La période Jemdet Nasr (près de Kish, Sud de l'Irak) est généralement datée de -3 150 à -2 900. Cette culture a été distinguée d'abord sur la base de poteries distinctives monochromes et polychromes peintes avec des motifs géométriques et figuratifs. Les établissements au cours de cette période étaient très organisés, autour d'un bâtiment central qui contrôlait tous les aspects de la société (de l'artisanat à l'agriculture et au rationnement des denrées alimentaires). Le palais était un centre administratif, un centre de stockage des réserves (rez-de-chaussée), et vraisemblablement le lieu de résidence du roi et de manifestations de prestiges du tenant du pouvoir (à l’étage). L’agglomération urbaine était ainsi composée de trois catégories de constructions nettement différenciées : des édifices à structure complexes, où l’on reconnaît des palais, des bâtiments fréquemment de moindre importance dont les installations intérieures permettent d’assimiler à des temples (dont le nombre augmenta rapidement), et des maisons d’habitation organisées en règle générale selon le principe de l’espace central, carré ou allongé, entouré d’une couronne de pièces.

La période Jemdet Nasr est contemporaine de la période des débuts de Ninive V en Haute Mésopotamie et du stade proto-élamite dans l'Ouest de l'Iran et partage avec ces périodes la bureaucratie naissante et les inégalités. L'homogénéité de la période Jemdet Nasr à travers une vaste région du Sud de la Mésopotamie indique des contacts et échanges intensifs entre les établissements. Ceci est renforcé par la découverte d'un sceau à Jemdet Nasr qui énumère un certain nombre de villes qui peuvent être identifiés, y compris Ur, Uruk et Larsa. L'économie semble avoir été principalement occupée à la subsistance basée sur l'agriculture et le pastoralisme des moutons et chèvres ainsi que le petit commerce. Très peu de pierres précieuses ou de marchandises commerciales exotiques ont été trouvés sur les sites de cette période. Pour autant, cette période est marquée par l'expansion commerciale de la Mésopotamie du Sud vers Suse, Tepe Sialk et Tepe Hissar (près de la Caspienne) en Iran, Alisar et Troie en Anatolie, Syrie du Nord, Phénicie, Palestine, Oman, Égypte de la période prédynastique.

La caractéristique de la période Jemdet Nasr est sa céramique peinte monochrome (noire ou rouge mauve), les sceaux cylindres, le système de numération, l’écriture, les progrès artistiques (sculpture en ronde bosse et en relief). Sur les poteries peintes, les dessins étaient à la fois géométriques et figuratifs (arbres et animaux tels que oiseaux, poissons, chèvres, scorpions et serpents). Néanmoins, cette poterie peinte représente seulement un petit pourcentage de l'assemblage total et elle a été trouvée sur différents sites dans des contextes archéologiques suggérant qu'elle était associée à des individus ou des activités de haut statut (à Jemdet Nasr, la poterie peinte a été relevé exclusivement dans le grand bâtiment central, qui est supposée avoir joué un rôle dans l'administration de nombreuses activités économiques).

 

On retrouve essentiellement les svastikas sur des sceaux-cylindres et surtout à Ur (actuellement Tell al-Muqayyar « la colline poissée/bitumée », était l'une des plus anciennes et des plus importantes villes de la Mésopotamie antique, située sur une des branches du fleuve Euphrate et proche du Golfe Persique). Les textes anciens ont montré qu'Ur a joué un rôle important dès les premiers temps de l'histoire de la Mésopotamie. Elle était un lieu de culte majeur, en tant que ville du Dieu-Lune Sîn, l'un des plus importants du panthéon mésopotamien, et aussi une puissance politique d'où émergèrent plusieurs souverains qui ont manifestement joué un rôle de premier plan. Ur était donc, aux côtés de sa voisine Eridu, d'Uruk, de Lagash ou encore Nippur, une des principales villes de la civilisation sumérienne qui se développa au cours du -IIIè millénaire et exerça une influence considérable dans tout le Moyen-Orient. Le site était habité depuis la période d'Obeïd (de -5 000 à -3 750, période qui tire son nom d’une cité située à six kilomètres à l’Ouest, un faubourg d'Ur aux époques historiques).

Sur le sceau 105, le signe ub, représenté par le svastika, indique le pouvoir royal s’étendant aux "quatre coins du monde" (connu). La porte du temple est presque un ovale divisé par quatre cornes en quatre trimestres. Cette division en quatre parties est essentielle dans une série de curieux pictogrammes sur d’autres sceaux. Le sens de l'orientation est aussi vieux que l'Homme : presque tous les bâtiments sumériens et babyloniens respectent des règles d'orientation, avec un angle pointant vers l’Est. C’est une clé pour une interprétation plus juste du svastika : le monde entier est limité au cercle de l'horizon, avec quatre piliers ou cornes soutenant le ciel aux quatre points de la boussole.

On retrouve sur le sceau 412 les premières traces d'un nouveau signe composite, souvent associé au svastika : le edinnu, la plaine fertile. Il s'agit essentiellement d'un champ encadré à droite et à gauche par des lignes semi-circulaires et divisé par des lignes verticales et en zigzag en compartiments qui forment deux cornes en haut et deux en bas, ou même plus. Tout l'espace libre à l'intérieur du svastika est rempli de denticules (le système gunu des scribes), qui signifient la terre ferme. L'ensemble n'est pas sans rappeler le plan complexe d'une ville orientale (on a ici les pictogrammes de Larsa et Adab, signifiées par le soleil levant), ou encore d'une plaine irriguée. Le jardin clos, Éden ou paradis, est ici justifié. Le mot Éden vient du terme babylonien Edinnu, qui veut dire « plaine », sachant que les Sumériens appelaient Edin la plaine de Babylone.

Alors que le sceau 462 montre un svastika dans une enceinte circulaire, avec des marques triangulaires, le 461 reprend ce motif à droite et montre sur la gauche un motif élaboré de la plaine/Edinnu, avec six paires de cornes entre des massues ou des jambes énormes et une bordure de losanges.

Le sceau 454 montre une construction conique, à l'origine du signe AB indiquant des villes sumériennes, surmontée de leur emblème. On y voit également le motif edinnu et le svastika formé de quatre pattes de taureau. Des poissons nagent entre les lignes ondulées dans l’edinnu. Le svastika est entouré par des pictogrammes répartis dans les quatre quartiers : la demeure du carquois, une seconde demeure entre des pots de deux types, le signe UB entre des pots, le soleil levant (cité de Larsa).

Le sceau 286 montre un héros qui porte une jupe ouverte devant d’après le style de Kish, mais est entièrement rasé, comme ses ennemis. Ce héros victorieux, lance à la main, attaque ses ennemis. Ceux-ci sont représentés nus, dos à dos, une tête en bas, les jambes largement écartées et l’un attrapant le pied de l'autre. Ils forment ainsi un svastika. Un paquet de deux serpents tordus s’ajoute au sens de la scène, l'un d'eux mordant un ennemi au poignet de la main qui tient la jambe de l’autre ennemi. Un troisième homme nu et agenouillé lève la main, en criant pour la miséricorde. On voit également une rosette à huit pétales sur la crosse du cylindre.

Le sceau 394 montre la même composition astucieuse ou rose des vents, faite ici de deux têtes humaines et de deux taureaux accroupis, signifiant apparemment « maître de toutes les ressources humaines (le salmat qaqqadi) et de tout le bétail de la plaine ». Les pictogrammes autour sont un taureau, un lion apportant un membre, une tête de chèvre et un curieux oiseau à tête de lion dévorant une patte.

 

Le sceau 398 montre une inscription idéographique remarquable faite de pictogrammes avec un sens abstrait dans trois groupes principaux et des pictogrammes individuels de différentes villes [Eridu, Uruk, Larsa, Adab, Der, de l’aigle déployé (Shuruppak ?)]. Le premier groupe d'images composites est encore une rose des vents à deux têtes humaines et deux têtes de taureau. Ces têtes sumériennes archaïques sont un document anthropologique : elles sont remarquables pour leur front fuyant, nez long, un petit menton, de grandes oreilles, des sourcils épais, et en particulier pour la mèche de cheveux, presque une houppette, au sommet du crâne. Le groupe est entouré par des pictogrammes. D'abord, une massue à lame courbe d'un type très archaïque qui, comme le signe pa, signifie « maître de ». Ensuite le signe UB avec son sens de quatre points de la boussole. Alors le signe 100m, ce qui suggère l’activité de va et vient d’une navette. Enfin deux ovales incertains, des bocaux ou des feuilles ( ?). Le deuxième groupe est la version du svastika "taureaux-hommes", où les quatre têtes pointent aux quatre coins de la boussole. La silhouette générale du troisième groupe est, pour l'essentiel, une croix avec des branches inégales autour d'un cercle central. Une barre verticale coupe la croix et le cercle en deux, et des barres horizontales avec denticules divisent encore la croix en quatre parties inégales. Les deux grands quartiers opposés renferment une jambe, une pointant vers le haut, une vers le bas. Aux quatre coins de la croix sont parfois des étoiles ou des mains, et ici des feuilles ( ?). Les trois groupes sont des variantes de la rose des vents, composée de quatre éléments ou de pictogrammes, égaux ou en paires, alternativement en haut et en bas, qui trouvent leur meilleure interprétation dans le titre historique : lugal an-ub-da tab-tab-ba ou shar kissati, « roi du monde entier ». Il faut citer ici la mitre des dieux avec quatre paires de cornes, signe de leur pouvoir suprême ; et la célèbre rivière qui « sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là se divisait en quatre bras » peut par analogie tirer quelque lumière de la pictographie sumérienne. L’orientation semble être une clé pour de nombreux concepts archaïques outre le svastika. Les noms de la plupart des villes sumériennes sont écrits avec le pictogramme AB, comme un grand A souvent surmonté de l'emblème de la puissance adorée localement, aussi avec le grand pôle avec croix-barre-signe nun. Larsa est la ville du soleil levant, Der la ville du serpent, Uruk la ville de l'étoile du soir (Vénus/Ishtar-Inanna). Le grand pôle est le signe d'Eridu, et aussi, quand surmonté par le signe du soleil levant, de Adab. On pourrait avoir ici le sceau d'un dirigeant de Mésopotamie du Sud beaucoup plus ancien que la reine Shub-ad (Puabi ou Pû-abi, en akkadien « Parole de mon père », appelée communément la Dame d'Ur ou la Reine Puabi, était une personnalité importante de la cité sumérienne d'Ur durant la première dynastie d'Ur, vers -2 600, des sceaux-cylindres trouvés dans sa tombe lui donnant le titre de nin ou eresh, mot sumérien signifiant « reine dame » ou « prêtresse ». Le fait que Puabi, elle-même akkadienne sémite, était une figure importante des Sumériens, indique un degré élevé d'échanges culturels et d'influences entre les anciens Sumériens et leurs voisins Sémites).

Le sceau 393 montre deux hommes dos à dos, un dans le bon sens et l’autre la tête vers le bas, croisés par un deuxième groupe d'hommes dans la même position, tous nus et rasés. Ils sont apparemment en train de courir, chaque homme attrapant un pied de son voisin. Ce motif astucieux et bien équilibré constitue une rose des vents graphique, qui a une copie proche dans les quatre lions croisés sur le sceau de a-gig[hu?]-dim, ou dans la chaîne de quatre coureurs armés de poignards sur le sceau 518 de Mes-anni-padda. Le soleil ne se borne pas à darder des rayons dans tous les sens, il semble encore animé d’un mouvement circulaire. Cette dernière fonction aura été symbolisée, tantôt par la transformation du disque en roue, tantôt par l’apposition, aux quatre extrémités de la croix solaire, de pieds ou de pattes. Par cela même que le svastika représente le soleil dans sa course apparente, il est devenu aisément un symbole de prospérité, de fécondité, de bénédiction et - la superstition aidant - il a pris partout l’acception d’un "porte-bonheur". D’autre part, après avoir figuré le soleil en mouvement, il a pu devenir un symbole du mouvement astronomique en général, appliqué à certains corps célestes, par exemple à la lune ou même à tout ce qui paraît se mouvoir de soi-même, l’air, l’eau, la foudre, le feu. D’autres pictogrammes entourent la scène : la rose, le lion, les têtes d'âne et de chèvre, les jambes de taureau, des objets ovales et triangulaires, ainsi qu’une rosette à huit pétales sur la crosse du cylindre.

 

La période mésopotamienne des dynasties archaïques dura d'environ -2 900 jusque vers -2 340, date de l'unification de la région par Sargon d'Akkad. Succédant à la période d'Uruk qui a vu la formation des premiers états, des premières villes et l'invention de l'écriture, cette époque était caractérisée par l'existence d'états encore peu développés et peu étendus, désignés comme des « cités-états », dont les structures se consolidèrent au fil du temps. Du point de vue culturel, ces différentes entités politiques étaient relativement homogènes, participant à une civilisation brillante qui rayonna sur une grande partie du Moyen-Orient. Les cités du pays de Sumer (Uruk, Ur, Lagash, Umma, Nippur, etc.), situées à l'extrême Sud de la Mésopotamie, étaient les plus influentes ; elles étaient bordées au Nord par des royaumes de peuplement sémite couvrant une grande partie de la Mésopotamie et de la Syrie (Kish, Mari, Nagar, Ebla, etc.).

L'époque des Dynasties Archaïques est divisée traditionnellement en trois sous-périodes :

  • Le DA I (de -2 900 à -2 750), est une période marquée par le poids de la tradition de la période d'Uruk final (de -3 300 à -3 100) et de la période de Djemdet Nasr (-3 100 à -2 900) surtout dans le Sud mésopotamien. Ailleurs, on constate un éclatement culturel depuis la fin du -IVè millénaire (culture de la « Scarlet Ware » dans la vallée de la Diyala, Ninive V en Haute Mésopotamie, stade final de la civilisation proto-élamite dans le Sud-Ouest iranien).
  • Le DA II (de -2 750 à -2 600), voit un art nouveau naître en Basse Mésopotamie, dont l'influence se ressent dans les régions voisines, renvoyant aux liens tissés au -IVè millénaire. Ce serait la période des « âges héroïques » de Sumer, où sont supposés avoir régné des rois connus par la tradition mésopotamienne postérieure comme Lugalbanda, Enmerkar et Gilgamesh à Uruk, Agga à Kish.
  • Le DA III (de -2 600 à -2 340), qui voit une expansion de l'usage de l'écriture, et un accroissement des inégalités sociales, est divisé en deux sous-périodes. Le DA III A (de -2 600 à -2 500) est la période des tombes royales d'Ur, des archives de Fara (Shuruppak) et d'Abu Salabikh. Le DA III B (de -2 500 à -2 340) est beaucoup mieux connu sur le plan événementiel grâce aux textes de Girsu (Tello) dans l'état de Lagash à Sumer et Ebla (Tell Mardikh) en Syrie centrale. Cette période voit le développement de puissances politiques en Haute Mésopotamie, Syrie et aussi dans le Sud-Ouest iranien, qui s'intègrent dans un jeu diplomatique plus étendu.

 

Le cimetière royal d’Ur, daté du XXVIè siècle, contient plus de 1800 tombes, dont 16 tombes royales, construites en pierre ou en brique et voûtées en encorbellement, recelant de grandes quantités d’objets : vases et coupes d’or et d’argent, poignards d’or à pommeau d’argent ou lapis-lazuli, lyres décorées de têtes de taureau, statuette du « bélier pris dans le buisson » en bois plaqué d’or et de lapis-lazuli, l’étendard d'Ur en nacre sur fond de lapis-lazuli, diadème de feuilles d’or, boucles d’oreilles en or massif, collier d’or, de lapis, et de cornaline de la reine Pû-abi, perruque du roi Meskalamdug façonnée dans une seule feuille d’or ciselée.

À Ur, le personnel du roi l’accompagne dans l’au-delà : 59 hommes, 19 femmes et deux chariots à 6 bœufs dans la tombe appelée "chambre du roi", 2 personnes dans le caveau de la reine Pû-abi et 10 femmes, 5 soldats et un char attelé de 2 bœufs dans le corridor d’accès, 68 femmes et 6 hommes dans le "grand puits de la mort". Il ne s’agit pas d’exécutions, mais plutôt de suicides collectifs, les individus tenant généralement une petite coupe qui a sans doute contenu le poison qu’ils s’étaient administré eux-mêmes. C’est sur le corps des êtres humains que les animaux ont été ensuite sacrifiés.

Les témoignages de la période du Dynastique archaïque III (DA III, de -2 600 à -2 340) indiquent qu'Ur restait une ville importante et opulente approchant alors les 50 hectares et dont les autorités dominaient la région environnante après le déclin de l'autre site majeur, Eridu.

Le sceau 518 montre ainsi une chaîne de quatre coureurs armés de poignards sur le sceau de Mes-anni-padda (« héros choisit par An », premier roi de la Ière Dynastie d’Ur, il régna entre -2 560 et -2 525), mes-an-ni-pad-da lugal kiski dam-nu-gig. Ur, qui ne comptait que 4 000 habitants au début de son règne, deviendra une grande capitale, opulente grâce à l'activité commerciale de son port fluvial entre la Mésopotamie méridionale, les rives du golfe Persique, l’Arabie et peut-être par intermédiaires avec la vallée de l’Indus. Les métaux qui y arrivaient étaient transformés dans des ateliers, sans doute royaux, dont la production était en partie réexpédiée. Vers -2540, Mesannepadda, qui dominait déjà Nippur, ville sacrée d’Enlil, profita d’une éclipse du pouvoir à Kish (provoquée par une incursion des Élamites d’Awan) pour s’emparer de la ville. Il devint alors maître de toute la basse Mésopotamie. L'inscription pictographique est un parallèle exact de l'inscription historique : le roi des quatre coins du monde, lugal an-ub-da tab-tab-ba. Gilgamesh et un taureau sont entre deux lions redressés, dont un mord Gilgamesh à l'épaule quand l’autre attrape le taureau à la gorge. De chaque côté du groupe, on trouve Enkidu et le héros chasseur armé d'un poignard. Ce dernier porte une longue barbe et une coiffure dans le style de Kish. En-dessous du cartouche, un svastika humain est composé de quatre coureurs avec de longs cheveux et la barbe, armés de poignard et qui attrapent le pied de l'autre. On voit également un croissant avec une étoile.

 

Un svastika de quatre lions croisés se trouve sur le sceau royal de a-gig-hu-sim (ED IIIb, entre -2 500 et -2 340), qui montre une chasse héroïque et une scène de guerre sur deux registres. En-haut, le héros nu, de face, se dresse avec un cerf et un taureau entre deux lions croisés. La chaîne de quatre lions croisés entrelacés est située en-haut à droite. La scène de guerre directement emprunté à la célèbre mosaïque indique que le propriétaire du sceau était probablement le roi enterré dans la tombe de quatre pièces où l’étendard a été trouvé (probablement du XXVIIè siècle). Tous les deux ont le même char à quatre roues et une équipe d'ânes, des anneaux de rêne surmontés d'une mascotte, et même l’ennemi nu prostré au sol. Les mêmes soldats sumériens avec lance, herminette, casque, jupe à volants et châle, conduisent le même prisonnier dépouillé avec les mains liées dans le dos. C'est le triomphe royal.

 

 

Sialk IV, en rupture marquée avec Sialk III, peut être mis en équation avec Suse III et le « protoliterate c-d », soit vers -3 000/-2 900, période de Djemdet Nasr. Le recul de l'influence urukienne en Susiane se fit au profit de nouveaux arrivants, les porteurs de la civilisation proto-élamite, venus des hauts plateaux situés à l'Est, autour d'un centre qui émergea à cette période, Anshan (actuel site de Tell-e Malyân, qui se trouve dans la province du Fars, près de la ville de Shiraz : une des principales agglomérations du pays élamite, grâce à sa situation sur des routes commerciales de première importance). Cette période préfigure apparemment la situation qui a lieu aux périodes historiques quand Suse est politiquement rattachée à l'ensemble élamite, tout en gardant de forts traits culturels mésopotamiens. On a retrouvé au cours des fouilles plus de 1 500 tablettes écrites en proto-élamite, écriture spécifique à cette période qui ne ressemble pas à celle de Mésopotamie. Du point de vue commercial, la ville conserva son statut de relais entre la Mésopotamie et l'Iran, et profita même de l'intensification des échanges sur le plateau iranien. La tradition des poteries des périodes précédentes fut cependant abandonnée. Le plateau iranien de cette période vit se former une sorte de koinè : toutes les différentes cultures qui émergèrent entretenaient des liens entre elles, et les influences réciproques étaient fortes. Hors de son centre, la civilisation proto-élamite a eu un rayonnement notable, produisant une culture originale en reprenant les acquis des cultures antérieures du Plateau iranien, avec des influences mésopotamiennes. La civilisation proto-élamite doit son nom au fait qu'elle s'est étendue d’environ -3 300 à -2 800 sur une zone recouvrant l'Elam des périodes historiques. Son centre, grâce à sa situation sur des routes commerciales de première importance, se trouvait autour du site de Tell-i Malyan, l'antique Anshan (province du Fars, près de la ville de Chiraz dans les montagnes du Zagros ; la période proto-élamite est aussi connue dans la région d'Anshan sous le nom de période Banesh). L'influence proto-élamite paraît être forte vers les sites du Nord-Ouest de l'Iran actuel, tel Tepe Sialk. Le niveau Sialk IV débute dans la seconde moitié du -IVè millénaire pour s'achever avec l'abandon du site au début du -IIIè millénaire. Cette phase se trouve dans l'horizon proto-élamite, comme l'atteste la découverte de tablettes en proto-élamite à Tepe Sialk, et les ressemblances entre le matériel livré par ce site et celui de Suse III (niveau proto-élamite).

 

 

Dans le Karakoum se trouvent les Bolchoï (Grand) Balkans (en turque balkan signifie « chaîne de rochers glissants » : le mot Balkan pourrait provenir de Balkh en Bactriane, ou bien il s’agirait d’un emprunt ancien au persan remontant à bala-khana « maison élevée ». Il est à noter que le terme balkan ou balkô est aussi un mot proto-germanique désignant un faîte, une crête, une arête ou une chaîne ayant produit les vocables du vieux frison balka, du norrois balkr et du vieil anglais balca duquel dérive balk, « bloc » en anglais moderne, tous ultimement du proto-indo-européen bhelg), une chaîne de montagnes de l’Ouest du Turkménistan dans laquelle les archéologues ont trouvé des restes humains datant du Néolithique [une légende assure qu'un roi perse, appelé Kyamour, ou Keytaous, régnant sur l'Irak, aurait édifié une tour gigantesque (sans doute la tour de Babel) destinée à défier le Tout-Puissant. Celui-ci, magnanime, aurait simplement emprisonné ce monarque. Libéré par le non moins légendaire Rostam, Kyamour/Keytaous, volontairement exilé vers l'Est, y aurait fondé la cité de Balkh ; Balkh est également considérée comme la première ville où les tribus indo-iraniennes arrivèrent depuis le Nord de l'Amou-Daria/Oxus, entre -2 000 et -1 500].

Vers -3 000, on trouve un swastika dans la « civilisation des oasis », ou « Complexe archéologique bactro-margien » ou « civilisation de l'Oxus » qui s'est épanouie entre la Bactriane et la Margiane (Turkménistan, Ouzbékistan et Afghanistan actuels). Le désert du Karakoum, « Sables noirs », s'étend en Asie centrale essentiellement au Turkménistan dont il occupe plus de la moitié du territoire. On considère les cités de l'Indus comme des émanations de la civilisation de l'Oxus, suite à la fréquentation de la civilisation de l'Oxus par les ancêtres des Indos-Aryens et des Iraniens à une certaine époque de leur migration vers le Sud (sans doute autour de la fin du -IIIè millénaire), présents sur le même territoire.

 

 

Les Indo-Aryens se sont installés en Bactriane, au Sud-Est de l'actuel Ouzbékistan et au Nord de l'Afghanistan, vers -2 500. On note l’apparition, à Chanhu Daro, dans la basse vallée de l'Indus, d'une épingle à tête à double enroulement (phase finale du niveau « Harappa », ou niveau « Jhukar » : entre -2 000 et -1 900), et du même type sur le Plateau iranien (Hissar II jusqu'à Hissar III A) ainsi qu’à Ras-Shamra/Ougarit en Syrie du Nord. Ces épingles sont, dans leur énorme majorité, en cuivre ou en bronze. Il faut noter cependant, pour quelques exemplaires, l'emploi de métal précieux : or et argent (à Alaca Hùyùk : entre -2 400 et -2 200, plutôt vers la fin), or (à Troie II : vers -2 300/-2 200). Il semble qu'on ait affaire à des épingles ornementales, à des bijoux plutôt qu'à des objets utilitaires.

Toutes les épingles incluses dans ce catalogue présentent la même particularité : la tête se scinde en deux parties qui s'enroulent chacune sur elle-même. On peut cependant les classer en plusieurs types et variantes. On trouve le type A, en Asie centrale, sur les bords de la Caspienne et sur le plateau iranien. Deux faits frappent dès l'abord : d'une part l'abondance des attestations et leur concentration dans le Nord, Turkménistan, Sud de la Caspienne et Nord du plateau central (Tépé Sialk est le site le plus méridional). D'autre part, leur ancienneté : avec les exemplaires de Tépé Sialk IV, on est au tout début du -IIIè millénaire.

On peut résumer ainsi les principales caractéristiques du type A : les premières attestations se rencontrent à Sialk IV et dans la vallée du Danube. Dès -2 500, la steppe turcomane connaît ce bijou à Kizil-Arvat, Namazga Tépé IV-V, Anau, puis le plateau central iranien (Hissar II B ; Tureng Tépé présente avec Tépé Hissar d’évidentes affinités : le niveau équivalent est daté de -2 375 ± 250, sachant que Tépé Hissar II A date d’environ -2 900/-2 800). L'Anatolie à son tour (Alaca Hùyùk, Ahlatlibel) en fournit des témoignages à partir de -2 400 (avec un rejeton à Chypre dès -2 300), ainsi que le monde égéen (Troie II, Syros, Zygouries). À l'autre extrémité du domaine considéré, l'Indus fournit un exemplaire (Chanhu-Daro, phase finale du niveau « Harappa », ou niveau « Jhukar » : entre -2 000 et -1 900).

On est donc en présence d'une distribution assez dense (pour un objet bien caractérisé) depuis l'Inde jusqu'aux Balkans, le long des routes Est-Ouest traversant l'Anatolie et l'Iran, avec des poussées très nettes dans le Caucase et le Turkestan. C’est en Iran qu'on trouve les exemplaires les plus anciens, et on peut localiser le centre de production de ces épingles dans les régions à l'Est de la Caspienne. En effet, le nombre grandissant des sites qui en possèdent invite à faire de ces steppes d'Asie, dès le début du -IIIè millénaire, le lieu d'origine de ces bijoux. À partir de là, on peut retracer une faible diffusion vers l'Est, jusqu'à l'Indus et au-delà (Daymabad, 280 km à l’Est de Mumbai : Phase II, culture d'Harappa tardive de -2 300/-2 200 à -1 800 ; Phase III, culture Daimabad de -1 750 à -1 600). Toutefois, ces bijoux se répandent surtout vers l'Ouest : après Tépé Hissar et Téhéran, le monde anatolien les connaît, puis le Bronze Ancien chypriote et le monde égéen. Les épingles danubiennes apparaissent à peu près à la même époque que les épingles iraniennes. On serait tenté de voir là un deuxième foyer de fabrication. Ou bien faudrait-il chercher du côté des steppes du Nord de la mer Noire, une voie de pénétration directe vers la péninsule balkanique ? La diffusion de ces types d'épingles serait donc encore un témoignage de ces mouvements d'Est vers l'Ouest qui, aux origines du Bronze Ancien, marquent le Proche-Orient.

 

On notera l'expansion de certains types métallurgiques iraniens dans le même espace géographique, qu’on peut mettre en rapport avec l'apparition, dans ces mêmes régions, d'une céramique monochrome, polie ou lissée, sans décor peint. On peut attribuer ces mouvements à la première vague indo-européenne, ou plutôt indo-iranienne : celle-ci se serait répandue sur le plateau iranien avant le milieu du -IIIè millénaire, puis aurait gagné les régions situées plus à l'Ouest. Quant à l'origine de ces populations, on peut la placer dans les steppes du Turkestan. C'est dans cette direction qu'il faudrait chercher également les origines de la poterie monochrome lissée du Bronze iranien. Il n'est alors pas indifférent de constater que l'Iran du Nord, à la fin du second et au début du premier millénaire, entre -1 300 et -1 000, connaît une résurgence de la poterie monochrome lissée (Hasanlu V, Sialk V, Geoy Tépé B, Khurvin). Cette céramique du Fer I qu’on peut mettre en relation avec l'arrivée des tribus iraniennes, a des racines profondes dans celle de Tépé Hissar III, Shah Tépé II, Tureng Tépé III, et les points communs sont nombreux. La présence à Khurvin (continuité du type A en Iran en relation avec Hasanlu V, Sialk V et Geoy Tépé B, daté de -1 300/-1 200 à -1 050/-1 000) de deux épingles à double enroulement, prend alors tout son sens et tout son intérêt : on a là un point de contact de plus avec la civilisation d'Hissar III, la sous-période IIIc étant considérée voir les premiers Indo-Européens s’installer entre -2 170 et -1 900. Le bâtiment brûlé de IIIb (entre -2 400 et -2 170) a différentes interprétations en raison de la richesse de son contenu et de la présence de corps brûlés et de pointes de flèches en silex. Un petit autel du feu suggère qu'il pouvait être un sanctuaire. Des rangées de pièces rectangulaires de la période IIIc au-dessus du bâtiment brûlé, associées à des objets rituels, apparaissent significatives.

 

Teppe Hissar (ou Tappa Ḥeṣār) est un site préhistorique situé juste au Sud de Damgan, dans le Nord-Est de l’Iran (à 80 km au Sud de la mer Caspienne), se présentant sous la forme de deux tells (tépeh en persan), c'est-à-dire deux monticules couvrant environ 600 mètres datés entre -3 900 et -1 900. Alors qu’au Nord les vallées sont riches en silex, plomb, bois et gibiers, au Sud la périphérie du grand désert (kavir) a des occurrences connues de cuivre, d'or, de turquoise, de faunes semi-arides et de troupeaux de gazelles et d'onagres.

1600 sépultures d’Hissar I à Hissar IIIC y ont été trouvées : les corps étaient inhumés dans de simples fosses et allongés sur le flanc (à la période II, de rares tombes à ciste de briques apparurent). Dès le début (Hissar I-IIA), les spécialistes de l'artisanat à temps plein ont produit en masse des poteries peintes normalisées, décorés de motifs géométriques, de plantes et de motifs d'animaux (gazelles, bouquetins, oiseaux). Dès Hissar IIB (entre -3 365 et -3 030), du plomb, de l'argent, de l'or furent ajoutés à du cuivre pour la première fois dans cette région (ainsi qu’on voit les premières tablettes d’argile avec des signes). À l’époque d’Hissar II et III, les objets en cuivre augmentèrent en qualité et variété et comprenaient des ornements personnels (boucles d'oreilles, pendentifs, bracelets, bandeaux), des outils et des armes (lances, pioches, burins, massues), et des articles de luxe (vaisselle, miroirs, boîtes et broches). La céramique grise brunie devint prédominante dans la période IIB et III.

Alors que des connexions avec l'Ouest sont visibles dans les céramiques et bouton-sceaux de Hissar I (IA devrait dater peu après -5 000 car elle suit clairement l’horizon des articles peints de Cheshmi Ali/Čašma ʿAli-Sialk II d'environ -5 500 et IC date d’environ -3 980), de nombreuses connexions avec la Margiane (Marv) et la Bactriane, civilisation de l’Oxus, se produisirent dès Hissar IIIC. Il s'agissait notamment de disques d'albâtre, de figurines d'animaux, de tridents, de hache-herminettes, de sceaux de cuivre, de cornes en métal, de bouteilles cosmétiques, de perles avec des cercles incisés, etc. Quatre riches sépultures appartiennent à cette période, comme un grand "trésor" de poteries de cuivre, des objets d'or et d'albâtre (probablement un cénotaphe comme ceux qu'on trouve dans le Baloutchistan et l'Asie centrale).

 

 

À Tépé Moussian/Musiyan (140 km au Nord-Ouest de Suse, Khuzestan), on trouve quelques svastikas du début du -IIIè millénaire. Le Khouzistan, situé au Sud-Ouest de l’Iran, aux confins de l'Irak et du Golfe Persique était un des centres de civilisation antique, basé autour de Suse. Toute la province du Khouzistan était sous l'influence de la civilisation élamite, une culture non sémite indépendante de la Mésopotamie.

 

Juste avant l’arrivée des Indo-Européens, on trouve à Kerman un bol peint d’un svastika, à la manière de celui trouvé à Djeitun vers -5 900 alors que celui-ci date de -2 500. Le pays appelé Simaški dans les sources mésopotamiennes est attestée au -IIIè millénaire. En raison de ses productions et de sa place dans les listes, il s’agissait de la partie du Kerman (Sud de l'Iran) située entre la ville de Kerman et celle de Jiroft. Concernant cette même région, les sources écrites du -IIè millénaire parlent de Tukriš : c'est indiquer que Tukriš a remplacé partiellement Simaški, ce qui s'interprète au mieux si Tukriš est le nom d'envahisseurs (les Tokharoi indo-européens venus depuis le bassin du Tarim). Jiroft et sa province se trouvent sur la route du lapis-lazuli d’Afghanistan vers le détroit d’Ormuz puis, par voie maritime, vers les côtes du golfe Persique et de la péninsule arabique jusque vers la haute Égypte où le lapis-lazuli apparaît dès le -IVè millénaire. Une autre voie, terrestre, s’ouvre du Kerman vers le Fars, la Susiane et la vallée de la Diyala (affluent d'une longueur totale de 445 km sur la rive Est du Tigre, depuis la Mésopotamie sa vallée sert de porte d'entrée dans le massif du Zagros et la province iranienne du Kermanshah).

 

 

L'assemblage céramique de la période IIIb (Dasht 1, première moitié du -IIIè millénaire) de Miri Qalat est bien plus homogène et moins diversifié que celui de la période précédente et les rapprochements se font surtout, mais pas exclusivement, avec l'Est iranien et Oman, particulièrement avec la culture de Bampur I-IV avec laquelle il présente de nombreux parallèles. La troisième grande production est une céramique grise très fine avec un décor peint en noir ou en marron. Elle appartient à un type bien connu dans l'Est iranien : « l'Emir Grey ware ». Plusieurs des sites de potiers de la plaine du Dasht attestent sa production locale, ce qui procure le lien chronologique Culture de Dasht 1 (période IIIb) = Bampur I-IV = , Shahr-i Sokhta II (niveaux 7-5) = Nausharo Ib-Mehrgarh VIIb = Mundigak III.6-IV.1 = Tepe Yahya période IV C1 (Proto-Élamite, de -3 400 à -3 000) = péninsule d'Oman, vers le début de la période d'Umm an-Nar = Nal Polychrome. C’est durant cette période, vers -2 800, que débutent les prémices de la Civilisation de l’Indus, qui s’épanouira à partir de -2 400.

La période VII du site de Mehrgarh (probablement le premier centre connu de l'agriculture en Asie du Sud, entre -7 000 et -5 500) peut être datée du milieu du -IIIè millénaire sur la base de similitudes céramiques avec les sites de la vallée de l'Indus et d’Afghanistan. Cette période fut particulièrement marquée par la richesse et la variété des figurines en terre cuite. Des sceaux en terre cuite ont des svastikas, des cruciformes et des animaux courant. La découverte d'une très grande plate-forme de briques de boue signifie l'émergence de l'architecture monumentale. La ville semble avoir ensuite été en grande partie abandonnée au profit de la nouvelle colonie voisine de Nausharo lorsque la Civilisation de l'Indus entra dans ses étapes intermédiaires de développement, culture dont le site de Mehrgarh fut précurseur (car situé dans la plaine Kacchi du Baloutchistan, au Pakistan, près du col du pic Bolan, l'une des principales routes reliant le Sud de l'Afghanistan, l’Est de l'Iran, les collines du Baloutchistan et la vallée de l'Indus).

 

La période IIIc (Dasht 2) de Miri Qalat a légèrement précédé l'apparition des harappéens au Makran : elle vit l'apparition des formes caractéristiques de la culture de Bampur V-VI (la céramique Bampur V-VI de la strate Yahya IVb présente des aspects intermédiaires, signe de liens assez constants entre les deux centres ; la période IV-VI de Tepe Bampur va de -2 400 à -1 800). Alors que des similitudes entre Tepe Bampur I-IV et les sites à l'Ouest (en Iran, y compris Tepe Yahya, Tal -i- Iblis IV, Sialk III, Tepe Nurabad, Suse I, Bakun I, Khafajah et Hissar I), pouvaient se voir sur les assemblages de céramique, la fin de la période Bampur IV correspond à une rupture complète des relations entre Bampur et ses voisins. On peut supposer que les périodes ultérieures de V-VI intégrèrent de nouvelles influences commerciales. On note d’ailleurs l'apparition d'un nouveau groupe de personnes à la fin de la période IV et au début de la période V. La majorité des éléments de preuve démontrent les relations entre Bampur et des sites en Afghanistan et au Pakistan, tels que Amri, entre la fin de la période IV et le début de la période V. Ainsi, les cultures protohistoriques du Makran n'ont ignoré ni l'Est ni l'Ouest, et n'ont pas non plus été ignorées par ces régions. D’ailleurs, c'est à Miri Qalat que l'on observe pour la première fois, dans un contexte stratigraphique, le contact et la juxtaposition de deux mondes, apparemment antinomiques, celui de la Civilisation de l'Indus et celui du Sud-est iranien dans la second moitié du -IIIè millénaire. Il semble que ces relations ne continuèrent pas à cause d'une crise internationale dans le commerce extérieur, qui a provoqué l'effondrement de l'Indus et du Sud de l'Iran autour de -1 900.

 

 

Les premières villes apparurent dans le Nord-Ouest de l'Inde vers -3 000 avec la civilisation de l’Indus / d’Harappa, qui a prospéré dans les vallées de l'Indus et de la rivière Saraswati. À Mohenjo-Daro, les constructions proches de la surface étaient peu soignées et souvent constituées de briques cassées ou réemployées : la dernière phase d'occupation de la ville correspond, du moins dans ce quartier, à des habitations de type "squatter". Dans la partie Ouest du quartier HR. de Mohenjo-Daro, les niveaux supérieurs du site confirment les observations faites à propos de la poterie d'Amri IIIc (-XVIIIè siècle) : on trouve à côté de tessons "classiques", un style nouveau, caractérisé par des motifs originaux peints avec un pinceau épais sur des fonds violets, bruns ou chocolat clair. Certains de ces motifs semblent à l'origine d'une partie des thèmes décoratifs de la poterie de Jhukar (culture d’après Harappa, vers -1 700), dont on a trouvé quelques tessons typiques à Amri même, IIId. Jhukar montre que l’apparence de certaines nouvelles formes de poterie et un nouveau style décoratif indiquent des changements dans la culture matérielle harappéenne, plutôt qu’une coupure ou discontinuité culturelle. Ce changement dans les céramiques coïncide (comme à Chanhu-Daro et Amri) à une baisse de la qualité et l’absence d’artefacts harappéens associés. Ainsi, au lieu des sceaux généralement carrés de la pleine période harappéenne, des sceaux circulaires avec différents motifs émergèrent, ressemblant à la forme des sceaux du golfe persique, qui ne peut être daté au plus tôt que vers -2 000 (un sceau de Bahreïn a été trouvé dans un niveau "culture barbare", partiellement contemporain avec la culture Umm an-Nar d'Oman, qui peut à son tour être mise en parallèle à Bampur V, également vers -2 000).

 

Si la forme des sceaux reste en gros la même, leur taille est beaucoup plus réduite et les célèbres représentations d'animaux, surmontées d'inscriptions, cèdent la place à des motifs géométriques, croix et "svastika" en particulier.

 

Quant au modelé des terres cuites, il trahit une absence de soin grandissante, qui contraste avec les élégantes figurations de taureaux et de buffles des couches plus profondes. Certains outils et des armes en cuivre ou en bronze semblent être de type "étranger" et peuvent être comparés à des exemples plus à l'Ouest (Iran et Asie centrale). On pense donc à nouveau aux proto-élamites. L’élamite était une langue agglutinante sans lien décelable avec les langues sémitiques voisines (à commencer par l’akkadien) ni avec les langues indo-européennes (tel le vieux-perse) et pas davantage avec les langues caucasiennes. Les rapprochements de l’élamite avec le sumérien se sont révélés infructueux, en revanche un lien avec les langues dravidiennes (dont l'actuel brahoui, qui serait au Pakistan une survivance de la civilisation de la vallée de l'Indus) est possible.

 

Vers -1 800, il y eut un changement culturel majeur dans la vallée de Swat, avec l'émergence de la culture des tombes Gandhara. Avec son introduction de nouvelles céramiques, de nouveaux rites funéraires et du cheval, cette culture est un candidat majeur pour la présence indo-aryenne ancienne.

La seconde moitié du -IIè millénaire vit l’apparition des Iraniens, ancêtres des Mèdes et des Perses, qui arrivèrent dans l'Iran occidental depuis l'Asie centrale à cette période.

 

 

Nombreux sont les monuments mégalithiques en Inde, essentiellement en Inde péninsulaire méridionale (Nord du Vindhyas, Sud de l’Uttar Pradesh, région de Vidarbha du Maharashtra et sur une grande partie de l’Inde du Sud), bien que quelques groupements se trouvent au Nord, jusque dans le Cachemire et non loin de la frontière du Népal. L’ensemble le plus à l’Ouest se situe au Pakistan, au Nord de Karachi.

On peut reconnaître deux types de dolmens selon qu’ils sont construits avec des dalles plates bien taillées ou au contraire avec des blocs bruts. L’exemple typique du premier groupe est fait d’une chambre quadrangulaire limitée par quatre dalles dressées qui se débordent l’une l’autre pour former en plan une sorte de svastika qui ne doit probablement rien aux Aryens qui incinéraient leurs morts (ce type de dolmen, beaucoup plus récent que les autres, se retrouve largement représenté dans le Dekkan Oriental et, tout particulièrement, dans l’Andhra Pradesh). Ici la chambre contient le dépôt de nombreux ossements déconnectés accompagnés de céramiques rouges et noires faites au tour, qui rappellent des vases de la civilisation de l’Indus (dont le déclin date de -1 700). La dalle située à l’Est est munie d’une perforation circulaire qui donne accès à un couloir. La couverture de la chambre était réalisée par une dalle de pierre. Deux murs de parement concentriques entourent la chambre et maintiennent le tumulus. De tels monuments sont parfois groupés en vastes nécropoles : Rajankolur, Hirebenkal (-800 à -200) … C’est ainsi qu’environ deux mille tombes mégalithiques ont été signalées autour de Brahmagiri (de -200 à 50). Les Dravidiens, arrivés dans la plaine du Deccan et plus ou moins mêlés aux populations locales à caractères négroïdes seraient les auteurs de ces monuments mégalithiques (en territoire harappéen, dans la région pakistanaise de Karachi, des dolmens possédant une dalle hublot pourraient vieillir l’origine des dolmens indiens de plusieurs centaines d’années).

 

 

Les célèbres tombes "princières" d'Alaça Höyük (170 km à l’Est de la capitale Ankara), datées du -IIIè millénaire, se rapporteraient à une phase "hatti", pré-hittite (les "Hittites" - les premiers Indo-Européens à avoir quitté le foyer originel - des récits bibliques patriarcaux seraient des Hattis). Parmi les artefacts découverts principalement dans des tombes des cultures précédant la période hittite, idoles, amulettes, bijoux, diadèmes, bracelets, colliers, boucles de ceintures, en or, en électrum, en cuivre ou en bronze, étaient des symboles rituelles. Ces objets aux formes animalières (cerf, taureau, etc.) ou totalement abstraites (cercles, rayons, svastikas, etc.) font preuve d’originalité et de maitrise technique. Ces objets, aussi appelés « étendard animalier » pour les premiers et « disque solaire » pour les seconds, sont interprétés de deux façons par deux écoles de pensées différentes. Pour les uns, ces objets seraient « cultuels », représentant les premières divinités de la civilisation Hatti, où le disque solaire serait une représentation de la déesse-soleil d'Arinna (également appelée Arinitti ou Arinnitti, le nom de cette déesse était sans doute Wurushemu en hatti, qui devient Urunzimu en hittite. Elle avait vraisemblablement un caractère chtonien au départ, étant à l'époque hattie la parèdre du « dieu-soleil de la Terre », le dieu hatti Eshtan et hittite Ishtemu).

On a également trouvé à Mahmatlar (100 km à l’Est d’Alaca) une cruche en or arborant des swastikas, datée de l’Âge du Bronze ancien (-2 500 à -2 200). Pour les autres, ces objets, ayant été trouvés sous les crânes de bœuf déposés sur les tombes, seraient des ornements de char, rappelant ainsi la culture des tombes à char (mode d'inhumation remarquable du premier Âge du Fer celtique qui consistait à enterrer le défunt avec un char de guerre dans la même tombe). À partir du -XVIIè, la région Hatti devient le centre du royaume dominé par l'ethnie indo-européenne hittite.

Toujours est-il qu’en observant le svastika rencontré en Lycaonie, sur le bas-relief d’Ibriz (où il forme une bordure sur la robe d’un roi ou d’un prêtre offrant un sacrifice à un dieu), on est en droit de se demander si ce symbole a été importé de la Troade chez les Hittites. En fait, ce bas-relief révèle une influence de l’art phrygien et même assyrien, qui est peut-être contemporaine du roi Midas et qui, en tout cas, ne peut avoir précédé de beaucoup l’avènement des Sargonides (vers -700). Alors que les Hittites font partie de la première vague ayant quitté le foyer originel des Indo-Européens, on ne signale le svastika que sur un cylindre, de date incertaine, sachant que cette culture a été le produit complexe d’un mélange entre les influences de l’Égypte et celles de la Mésopotamie, greffées peut-être sur un vieux fonds sémitique, et, en tout cas, imprégnées d’éléments Phéniciens.

 

Les Phéniciens (de -1 200 à -300), dont presque tous les symboles ont été empruntés à l’Égypte d’une part, à la Mésopotamie de l’autre, ne semblent pas avoir utilisé le svastika (le seul exemplaire connu, trouvé à Gaza sur une pièce de monnaie, est incomplet puisqu’il manque les deux bras horizontaux pour que le symbole tourne). C’est ainsi que si l’on retrouve une statuette d’une prêtresse phénicienne du dieu du soleil portant des svastikas sur sa tunique cérémonielle, c’est uniquement parce qu’elle est en contexte chypriote, influencé par les symboles que les marchands de tous horizons amenaient avec eux. Idem pour la représentation chypriote de la déesse phénicienne Astarté, hellénisée en Aphrodite.

 

 

Dans le même registre, on remarquera un cylindre de Kythraea (Nicosie, Chypre). Sur un char à tablier et à quatre roues, du type le plus ancien de Mésopotamie, est debout un archer-aurige, peut-être vêtu du guanakou (kaunakès : tissu à longues mèches qui s'enroule en spirale imitant les poils de chèvre ou mouton, très en vogue à Sumer). Ses bras constituent un élément de swastika : la main gauche guide le cheval-double à ressemblance de lama, la droite dirige sans la toucher, donc magiquement, une flèche engagée dans un arc bandé et ce trait doit atteindre soit un grand cerf debout et impassible, soit un petit quadrupède imprécisable. Deux oiseaux escortent, comme il se doit, le chasseur, de part et d'autre de l'attelage. Mais au-dessus des bois du cerf apparaît un petit disque que l'on prendrait volontiers pour le soleil, dont la protection s'étendrait logiquement, vu le lieu, sur le cerf, permettant ainsi de déceler une influence centrasiatique. Or dans le champ du cylindre, une seconde flèche paraissant venir de ce disque, est pointée sur le chasseur, comme si elle figurait le choc en retour de la première, destinée au cerf divin, et illustrait un principe de la justice immanente.

Y aurait-il déjà une intention similaire dans le dessin, évidemment symbolique, du motif central susien ? On n’aurait donc pas représentation d'une chasse ou traduction d'une symbolique de la chasse d'investiture royale mais une allusion assez claire à la liaison de la chasse et de la mort et, dans les deux cas, il s'agirait évidemment de mettre en évidence une situation-limite.

 

La Peinture de l'Investiture est une grande peinture murale à la détrempe découverte dans le Palais royal de Mari, dans le Sud-Est de l'actuelle Syrie. L'œuvre, qui date du -XVIIIè siècle, dépeint le roi Zimri-Lim recevant les symboles du pouvoir (un anneau et un sceptre) de la part de la déesse Ishtar. Trois animaux sont en marche vers cet arbre, les pieds posés sur une ligne de sol qui divise ainsi le champ en trois registres. En haut, un sphinx aux ailes multicolores éployées, coiffé de la tiare à plumes [connue dès le début du IIIe millénaire (reliefs de Sippur, fragment de vase de Berlin, etc.), combinée avec les cornes divines], la queue relevée et retroussée.

Au-dessous, une sorte de griffon, ailes éployées, le poitrail traité en imbrications, la queue relevée et enfermant dans son enroulement un disque à segments hélicoïdaux (quatre segments disposés de façon à constituer un svastika, symbole solaire évident). L'animal pose sa patte droite sur le tronc de l'arbre et relève la tôle, comme s'il se heurtait à quelque obstacle. En bas, un taureau à bosse barbu et sans doute androcéphale.

Ce grand panneau, plus ancien que l'ensemble du décor du mur Sud, était situé à droite de la porte ouvrant sur l'antichambre de la salle du trône. Il est encadré d'un feston qui évoque la bordure d'un tapis. Au centre, la déesse Ishtar, debout sur son lion, tend au roi l'anneau et le bâton, insignes du pouvoir ; des divinités de rang inférieur assistent à la rencontre. Au-dessous, deux déesses, semblables à la statue découverte dans le vestibule de la salle du trône, tiennent un vase d'où jaillissent des courants d'eau vive, symboles de fertilité ; de part et d'autre sont figurés des monstres gardiens, deux hauts palmiers chargés de dattes et deux grandes déesses Lama encadrent la scène. Cette composition originale, qui se démarque des frises traditionnelles, veut offrir une vision synthétique des trois espaces du secteur officiel : Cour du Palmier, vestibule et salle du trône au centre. C'est une évocation figurée du fondement divin du pouvoir royal garant de la prospérité du pays.

 

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