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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

La dernière phase glaciaire du haut bassin de la Fecht (sites archéologiques sur https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

La dernière phase glaciaire du haut bassin de la Fecht (sites archéologiques sur https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

 

Des témoins incontestables de l’existence d’anciens glaciers dans les Vosges sont nombreux surtout dans les vallées méridionales de la montagne. On y rencontre des moraines, des blocs erratiques, des roches striées, polies et moutonnées. Un exemple très intéressant d’un vallon glaciaire est celui de la Wormsa. Située au fond de la Grande Vallée de Munster au pied du massif du Hohneck et du Kastelberg, la vallée de la Wormsa illustre le travail et la force des glaces. Crêtes en forme de cirque, versants abrupts et rocailleux, moraines, granite abrasé et lacs profonds sont autant de vestiges témoignant de la présence de ce puissant glacier. La forme de ce vallon est celle d’une auge, servant de lit au glacier descendu des flancs du Hohneck. L’entrée est barrée par une moraine semi-circulaire par laquelle la rivière Fecht s’est frayé un chemin et le gazon qui recouvre la moraine est garni de quelques blocs isolés.

Des silex ont été trouvés dans la vallée, accessible à la sortie de Metzeral à partir du lieu-dit Steinabruck, en direction de Mittlach, qui mène au lac du Fischboedle (petit lac de 0,5 ha pour 4 m de profondeur maximale, il est situé à 794 m).

 

L’étude des dispositifs glaciaires de retrait d’un bassin des Vosges centrales – le haut bassin de la Fecht – permet de proposer un schéma cohérent de la dernière phase d’englacement, du dernier maximum glaciaire (« stade de Metzeral ») à la déglaciation définitive du massif. À l’apogée de l’englaciation des Vosges, la limite des neiges éternelles se situait à une altitude de 800m environ. L’essentiel des complexes morainiques du haut bassin de la Fecht semble se rattacher au Pléniglaciaire würmien (de -70 000 à -50 000). Leurs caractéristiques géométriques et sédimentologiques plaident en faveur de deux phases d’englacement distinctes. Une première progression glaciaire, apogéique, est responsable des accumulations morainiques latérales des sections moyennes des vallées (groupe IIa). à son maximum d’extension, le glacier de la Fecht s’avançait largement dans la moyenne vallée en direction de Munster. La calotte glaciaire était située sur la crête principale, émettant plusieurs langues glaciaires de vallées effluentes : cette phase de progression glaciaire est attribuée au Würm moyen (de -50 000 à -30 000).

Le dispositif glaciaire de Metzeral correspond au Dernier Maximum Glaciaire (DMG : « stade de Metzeral », vers -19 000, sachant que le dernier maximum de froid est compris entre -23 000 et -13 000) du bassin de la Grande Fecht. Les caractéristiques morphologiques des dépôts morainiques du groupe IIb témoignent de glaciers de vallée de type alpin, individualisés dans des auges profondes qu’ils n’occupaient pas en totalité. Plusieurs appareils peuvent être clairement identifiés : langues de glace des vallées de la Wormsa (massif du Hohneck) et de la Grande Fecht ; langues effluentes du bassin de la Kolbenfecht, issues de cirques ouverts sous les crêtes du Kastelberg, Rainkopf, Batteriekopf et Rothenbachkopf. Les trois courants de glace principaux s’unifiaient en aval pour former un glacier de vallée unique, dont l’extension maximale au DMG ne dépassait pas sept kilomètres depuis la crête faîtière. Après l’épisode du « stade de Metzeral », le retrait glaciaire s’est effectué en trois grandes étapes. À partir de -16 000, les calottes glaciaires soumises à un ensoleillement un peu plus intense (les paramètres orbitaux de la terre ont en effet changés), se sont mises à fondre. Le premier épisode de la déglaciation s’accompagne d’une première individualisation des glaciers. Dans un premier temps, pendant le Dryas ancien, la fonte est assez lente. Entre -16 000 et -11 000, on passe d’un niveau marin de -120 m à -100m. Le climat reste de type glaciaire et la végétation steppique. L’enregistrement pollinique de la tourbière de la Grande Pile (versant Sud des Vosges), quasi continu sur l’ensemble du dernier cycle bioclimatique, fait état d’un retrait glaciaire débutant ici vers -13 000. Il précède une phase de stationnement majeure, clairement enregistrée dans les dispositifs morainiques frontaux du stade 2 (« Stade de Erbersch »). Dans le bassin de la Grande Fecht, les glaciers de la Grande Fecht de Mittlach, de la Kolbenfecht et de la Wormsa s’individualisent dans leurs vallées, établissant leur front à quelques kilomètres en amont de Metzeral. En effet, le Dryas moyen est caractérisé par un nouveau refroidissement centré sur -11 200 et un retour des plantes herbacées steppiques. Sa durée n’excède pas 150 ans. Vers -10 500, le processus s’accélère : le réchauffement atteint un taux moyen de 4° par siècle et le niveau marin remonte de 28 m, c’est le Bolling. Cette hausse des températures profite d’abord aux arbustes pionniers puis aux forêts de bouleaux. À partir de -10 000, alors que l’influx d’insolation estivale se renforce encore, la plupart des indicateurs climatiques suggèrent, paradoxalement, une détérioration des conditions climatiques. Cette première détérioration climatique est l’oscillation d’Aagelsee. Ainsi, les spectres polliniques des tourbières de fond de vallée ne débutent jamais avant -10 000 (vallée d’Urbès affluente de la Thur). Après le stade 2, la récession glaciaire semble être de forte ampleur, comme le suggèrent les données morpho-stratigraphiques réunies dans la vallée de la Wormsa. Le Dryas récent illustre parfaitement la variabilité du climat. Depuis cinq mille ans environ l’augmentation de l’insolation d’été dans l’hémisphère Nord entraîne le réchauffement du climat. Vers -9 000, ce réchauffement déjà ralenti au cours de l’Allerod s’interrompt brutalement, provoquant le retour de conditions glaciaires. Dans ce contexte, les moraines du stade 3 (« Stade de Seestaedtle ») témoignent d’un épisode bref de réavancée des langues de glace qui remet en cause durant 1300 ans le mouvement global de décrue. Cet épisode bref de récurrence glaciaire est signé par le complexe frontal de la moyenne vallée de la Wormsa (l’un des plus beaux exemples parmi les systèmes glaciaires des Hautes Vosges). La récurrence glaciaire correspond ainsi à une dernière avancée des glaciers (dans les remplissages tourbeux des cirques et ombilics des hauts bassins, les séquences palynologiques sont toujours postérieures à -7 000) avant la déglaciation définitive des vallées et leur retrait dans les cirques d’altitude. Vers -8 000 débute l’Holocène avec la période du Préboréal. Les forêts de pins se développent, lentement envahies pas les essences mésothermophiles (noisetiers, chênes, ormes). Durant le Boréal, le noisetier devient dominant pour laisser place, au cours de l’Atlantique ancien, à la chênaie mixte. Les conditions climatiques atteignent alors leur optimum. La disparition des langues glaciaires a provoqué une déstabilisation des versants libérés des glaces à cause de la décompression, responsable de la mise en place de vastes tabliers et cônes d’éboulis. Enfin, les glaciers ont persisté en position d’abri dans les cirques glaciaires des hauts bassins montagnards, laissant un cortège d’accumulations morainiques particulièrement frais et complexe (stade 4 ou stade des cirques).

Ces données offrent l’image d’une déglaciation tardive des vallées des hauts bassins vosgiens. De ce fait, certains auteurs avancent l’hypothèse de glaciers et névés dans les cirques jusqu’au Dryas récent (-9 000/-8 000). Par comparaison, dans le Jura, massif voisin des Vosges et aux altitudes similaires, le retrait glaciaire définitif se situerait vers -15 000. Les résultats des analyses de roches moutonnées ou blocs erratiques associés aux dispositifs morainiques frontaux de la vallée de la Wormsa confirment largement le caractère tardif de la déglaciation vosgienne, et proposent un cadre chronologique particulièrement original. En effet, la récession glaciaire du bassin de la Grande Fecht se serait déroulée sur cinq millénaires, de la fin du Tardiglaciaire (qui va de -16 000 à -8 000) au début de l’Holocène : cinq stades de retrait sont ainsi identifiés à -9 500 ± 1 ka, -8 600 ± 1,1 ka, -7 700 ± 1,1 ka, -7 000 ± 1,1 ka, -6 300 ± 1,1 ka, plaçant ainsi les moraines du stade de Erbersch (stade 2) au Tardiglaciaire supérieur et celles du stade 3 (stade de Seestaedtle) au Boréal. Par ailleurs, la déglaciation définitive des cirques d’altitude appartiendrait à la période Atlantique ; les deux dates obtenues sur roches moutonnées étant -4 300 ± 0,8 ka et -3 100 ± 1,2 ka. Il faut noter que ces données singularisent nettement le versant alsacien des Vosges (les deux versants du massif vosgien sont deux domaines possédant des caractéristiques paléogéomorphologiques et topoclimatiques très différentes) par rapport aux autres massifs montagnards d’Europe occidentale où les appareils glaciaires, lorsqu’ils subsistent encore, se trouvent partout cantonnés aux hauts bassins montagnards dès le début du Tardiglaciaire.

 

Dans le cirque du Wormspel, à côté des pointes aiguës des Spitzenkoepfe, la neige s’accumule parfois en quantité telle qu’elle persiste d’un hiver à l’autre. Quatrième plus haut sommet du massif des Vosges avec 1 350 mètres d’altitude, le Kastelberg et précisément le lieu-dit Wormsawald-Ammelthal abrite jusqu’en juillet, exceptionnellement en août, le dernier névé des Vosges au Schwalbennest, le « nid d’hirondelles » (1 km en contrebas du Hohneck, entre la tourbière du Schiessrothried et le lac de Fischboedle). Ce névé est visible avec de bons yeux depuis Colmar. Ces neiges sont appendues aux escarpements du cirque comme d’immenses draperies d’un blanc immaculé. Malgré le soleil et la pluie, les amas accumulés fondent lentement, parce que la neige se transforme d’abord en glace et constitue un embryon de glacier. Aussi longtemps qu’ils se maintiennent, la raideur de leur pente est telle qu’on dirait l’inclinaison d’un toit à haut pignon, si dur à la surface qu’on s’y enfonce avec peine ses talons. À traverser le petit glacier du Wormspel sans autre appui que ses deux pieds, on glisse au bas de la pente … et non sur les jambes ! On peut contourner le petit glacier par le chemin ordinaire, un sentier de chèvres, raboteux, tortueux, tourmenté, allant entre les gazons et les rochers, se repliant sur lui-même, escarpé comme un escalier, interrompu par places sous l’effet du ruissellement des sources ou des masses tourbeuses, dans lequel les jolies fleurs alpestres et le parfum des fraises mûres arrêtent le grimpeur malgré lui, où le teint du visage s’empourpre comme les fraises cueillies au passage, où on respire à pleins poumons l’air vif des hauteurs.

Les vallées des Hautes-Vosges sont toutes perpendiculaires à la crête centrale et ne la traversent pas, de sorte qu’il n’y a pas de route naturelle d’Alsace en Lorraine à travers le massif. Les principales sont celles de Saint-Amarin et de Munster. Pour autant, la vallée de la Wormsa n’a fourni que peu de traces de l’âge néolithique, notamment un grattoir recueilli à Metzeral. En outre, à 2 km au Nord du Col du Platzerwasel (1182 m), en aplomb de Metzeral (village le plus ancien de la Grande Vallée de Munster), Mittlach (qui a le privilège d’être situé à l’amont d’une grande vallée arrosée par l’un des ruisseaux formant la Fecht et qui pourrait porter le nom de "petit Tyrol alsacien" de par sa situation géographique) et de Sondernach (qui pourrait vouloir dire der Sonne nahe qui veut dire « près du soleil », ou zum sundern Ach qui signifie « près du ruisseau Sud », le village étant le plus au Sud de la vallée), on a trouvé au Schnepfenriedwasen (1258 m) une pointe de flèche en silex du Néolithique.

 

 

La Grande Fecht prend sa source sur le versant oriental du massif des Vosges, au lieu-dit Salzbach, à 1 km au Nord du Schnepfenriedkopf. Elle reçoit, rive gauche, La Wormsa, émissaire du Schiessrothried et se gonfle à Munster de deux affluents homonymes, la Fecht de Sondernach qui vient de la grande vallée et a sa source au Wissort et, sur sa gauche, la Petite Fecht/Kleinthalbach née sur les pentes du Hohneck. Entre les rochers, la Fecht gazouille et écume en sautillant dans les cavités creusées en baignoires, dont l’eau transparente ou agitée se repose un moment, pour courir plus vite, de chute en chute, de pierre en pierre. La Fecht présente des fluctuations saisonnières de débit bien marquées, avec des hautes eaux d’hiver portant le débit mensuel moyen à un niveau situé entre 8,55 et 11,9 m3⋅/s, de décembre à avril inclus (maximum en février et mars). Dès le mois d’avril, le débit moyen baisse progressivement tout au long du printemps jusqu’aux basses eaux d’été qui ont lieu de juillet à septembre, entraînant une baisse du débit moyen mensuel allant jusque 1,98 m3⋅/s au mois d’août, ce qui reste très confortable, il est vrai. Mais les fluctuations de débit peuvent être bien plus importantes sur de courtes périodes et en fonction des années, les crues pouvant être assez importantes. Comme tous les cours d’eau issus du massif des Vosges et bénéficiant donc de fortes précipitations, la Fecht est une rivière abondante. La lame d’eau écoulée dans son bassin est de 481 millimètres annuellement, ce qui est élevé, très nettement supérieur à la moyenne d’ensemble de la France tous bassins confondus, mais également à celle de l’ensemble du bassin versant de l’Ill dont elle est un affluent (398 millimètres à Strasbourg, puis elle se jette dans l’Ill près d’Illhausern). Les inondations de la Fecht ont lieu essentiellement en période hivernale et printanière. Les crues les plus violentes sont dues à de brusques redoux entraînant des pluies abondantes (la pluviométrie annuelle dépasse les 2000 mm dans l’amont de son bassin versant correspondant à la partie des montagnes vosgiennes) et une fonte plus ou moins rapide du manteau neigeux. Au débouché des Vosges, la Fecht est naturellement une rivière dynamique. Le nom de Luttenbach vient d’ailleurs de « ruisseau bruyant » (der laute Bach) qui évoque ce torrent qui traverse le village. L’eau arrache, transporte puis dépose beaucoup de sédiments (sables et graviers). De fait, la Fecht est ce que l’on appelle une rivière à lit mobile : celui-ci évolue presque chaque année au sein d’une enveloppe plus ou moins large.

 

 

Sur les pentes Nord du massif du Hohneck, à mi-chemin du col de Schaeferthal et des escarpements du Montabbey, le fond du vallon glaciaire du Frankenthal est situé près de 200 mètres plus bas. Une grotte se cache quelque part dans cette sombre et sauvage gorge rocheuse avec ses escarpements à pic, falaise de granit gris foncé très glissante et humide car exposée au Nord. Ces escarpements s’abaissent droit devant sur une profondeur d’environ 650 mètres. Et pas de fond visible à travers les bouffées humides qui fouettent le visage. Descendre là-dedans, sans un être vivant pour soutenir en cas de chute, cela n’est pas prudent. Un étroit sentier, non pas un sentier, mais une simple piste par où des Hommes ont passé, où les vaches des alpages n’osent placer leurs pieds tant la pente est raide, est le seul point accessible au couloir qui descend dans le Frankenthal, entre les précipices qui bordent la gorge. La piste va en lacets, tantôt à droite, tantôt à gauche, sur des parois de rochers et des éboulis. À mi-hauteur jaillit une forte source. Plus bas on voit la brume s’éclaircir. Quelques instants encore et on embrasse d’un coup d’œil tout le plafond de la gorge, sans être gêné par une seule bouffée de vapeur à l’état vésiculaire ou autre. Tout le brouillard est monté au-dessus de la tête, pour former calotte au rebord des escarpements. Vu de la plaine, le Hohneck paraît alors perdu dans les nuages. Quant au Frankenthal, il s’allonge dans un bassin en forme de cirque. Les parois du cirque sont formées par des précipices granitiques, étages les uns sur les autres. Le débouché est barré par d’énormes blocs, avec une digue de décombres. Au centre du bassin, il y a une mare d’eau avec des joncs et des sphaignes. C’est un fond tourbeux, provenant d’un petit lac : lors du recul du glacier, les eaux piégées par une moraine ont formé un lac qui s’est lentement comblé pour devenir tourbière flottante, délicat tapis de sphaignes creusé de dépressions inondées, radeau flottant sur le plan d’eau. C’est l’Étang Noir au centre de la tourbière du Frankenthal.

On se glisse dans un fouillis de plantes grimpantes et d’arbustes, qui recouvre comme d’un rideau une accumulation de blocs mouillés, où l’eau ruisselle. À dix mètres plus haut se découvre une ouverture étroite dissimulée par les rochers et les broussailles. Il faut rester sur ses gardes, en se faufilant dans ce véritable gouffre. L’entrée de la grotte de Frankenthal/Dagobert est là. Après beaucoup de crapahutage, on arrive enfin dans la cavité. Cette grotte de section triangulaire s’ouvre au sein du granit, dans la roche vive, sur une profondeur de huit à dix mètres, avec trois mètres de hauteur et autant de largeur. Sur les parois, l’eau suinte et tombe goutte à goutte. L’humidité est constante, permanente : logique, le soleil ne pénètre jamais jusqu’ici. À l’entrée même jaillit une forte source très fraîche, marquant au plus six degrés de chaud. La Frankathalerkaller (cave du Frankenthal en alsacien) servit de refuge à toutes les époques, comme le prouve son autre nom de grotte Dagobert, le roi s’y étant caché après avoir entendu un complot s’ourdir contre lui (il jeta les traîtres dans l’Étang Noir). En aval du cirque, plus bas encore que le Rothried, la cascade du Stolzen-Abloss, débouchant d’un sombre fourré d’arbres, se précipite écumante dans un étroit ravin avec un fracas étourdissant. Non moins bruyant, après les pluies, un autre torrent descend des hauteurs du Gaschney, par le couloir d’Enfer ou Hoellenrunz. Chutes d’eau, torrents, escarpements, ravins, forêt, forment un ensemble sauvage d’effet grandiose. Quelle nature tourmentée : un véritable chaos de rocs détachés ou en place, entre lesquels sautille une cascatelle.

À 1 km au Nord du Hohneck, 2 km au Sud du col de la Schlucht et 600 m de la cave du Frankenthal, les rochers de la Martinswand ont livré 3 silex dont un fragment de lamelle à 2 facettes, peut-être du Mésolithique. La Martinswand se trouve à 1200 m d’altitude, de ce fait, le climat est alpin et relativement continental donc hivers froids, souvent très enneigés, étés chauds et orageux. L’orientation Sud-Est de la falaise permet des après-midis à l’ombre du soleil et à l’abri du vent. C’est une des plus belles falaises des Vosges granitique, haute de 100 à 120 m. On peut rencontrer des chamois à l’aube et au crépuscule, qui remontent sur les chaumes pour brouter de l’herbe.

 

La contrée était sauvage, région impénétrable du fait de ses forêts et dangereuse de par les animaux qui la peuplaient, tels les loups (Frothaire, évêque de Toul de 814 à 849, relate dans l’une de ses lettres que 220 loups ont été abattus dans les forêts de Moyenmoutier, arrondissement de Saint-Dié, depuis sa prise en charge du diocèse) et ours (le dernier ours a été abattu en Alsace dans la région de Munster en 1886). Le lynx habitait la Gaule et la Germanie et de préférence les forêts de montagne. Les premiers lynx parurent dans l’Empire romain avec les jeux que Pompéi fit célébrer pour les plaisirs de la population romaine. Ils venaient de Gaule, où on le trouvait très répandu autrefois notamment dans la vallée de Munster et sur le Hohneck. Le cerf était abondamment représenté en Alsace à la Préhistoire, et pendant tout le Moyen-Âge ils étaient encore nombreux dans les Vosges. Les sangliers apparaissent dans ces contrées dès la plus haute Antiquité.

 

 

Au cours du Néolithique (vers -5 300), c’est à nouveau le piémont qui signale l’installation de communautés d’agriculteurs. On ne sait que peu de choses sur le rôle des montagnes durant cette période, mais la présence de haches polies au sommet du massif du Stauffen (900 m, sentinelle à l’entrée de la vallée de Munster), après le Col du Firstplan et entre Soultzbach-les-Bains et Husseren-les-Châteaux, laisse supposer des passages plus fréquents qu’il n’y paraît. D’ailleurs, le col du Firstplan est un col situé à 722 mètres d’altitude, qui permet de franchir le massif forestier du Staufen dominant la Plaine d’Alsace et la Vallée de Munster. Soultzbach-les-Bains est connue par ses eaux minérales, dont la principale source jaillit au pied d’un mamelon de lœss ou lehm, l’Oberfeldbach, au-dessus duquel est une couche très compacte d’un conglomérat granitique cimenté par de l’hydrate de protoxyde de fer. L’eau de Soultzbach est une eau bicarbonatée mixte, alcalinisante, diurétique et reconstituante. Légèrement gazeuse et d’un goût agréable, elle est particulièrement recommandée dans les cas d’anémie, de manque d’appétit ou de troubles de la digestion. L’eau a apporté charme et bien-être au village grâce à ses sources thermales et ses fontaines, symboles de vie et d’échanges sociaux. Le Pfingstpflétteri, exorcisme de l’hiver, est une tradition liée au symbolisme de l’eau et à son action purificatrice. Les acteurs du rite sont exclusivement des garçons de 12 à 14 ans, donc d’âge non nubile et symboles d’innocence. Ils sont chargés d’enfermer l’hiver (la mauvaise saison, l’esprit du malin) dans une grande hutte de branches et de feuillages. Ils le promènent ensuite par les rues à la vue et au su de tous et le précipitent dans la rivière (purification par l’eau), proclament par là la victoire symbolique du renouveau printanier sur les maléfices. Ainsi, quelques jours avant la Pentecôte, le brancard est confectionné et porté en procession le dimanche de Pentecôte par les 6 ou 8 garçons les plus forts du groupe et protégé par les autres munis de rameaux pour écarter les curieux. En le promenant par les rues, ils récitent une mélopée monocorde en dialecte alsacien dont le refrain peut se traduire ainsi « Voici qu’arrive l’hiver, enfermé dans son bel habit, tira, tira, tira ». On peut interpréter cela comme une moquerie adressée à l’hiver, vaincu par la belle saison. Pour bien incarner l’hiver enfermé dans sa hutte de verdure, le plus petit garçon est caché dans les branchages du brancard. À quatre endroits différents du village, près des fontaines, le chargement est posé verticalement sur ses béquilles. Le petit prisonnier agite alors un rameau pour signifier une présence vivante aux spectateurs. Pendant ce temps, les gardiens trempent leurs longs rameaux dans l’eau de la fontaine et arrosent la population et les maisons, les protégeant contre le mauvais esprit en dispersant les curieux. En fin de parcours, le petit prisonnier est libéré très discrètement, son identité devant resté ignorée. « L’hiver dans son cercueil printanier » est ensuite jeté sans ménagements du haut du pont dans l’eau purificatrice de la rivière. Le nom de ce rite, le Pfingstapflétteri, est littéralement intraduisible. Dans les familles nombreuses, on nommait « Pfétteri »le dernier-né ou le plus faible de la couvée. Mais le verbe pfléttra signifie aussi « grelotter, avoir froid », ce qui peut faire référence à l’hiver, ses maladies et ses privations.

 

 

Le Rainkopf est un sommet du massif des Vosges situé quatre kilomètres au Sud du Hohneck. Cette montagne borde la route des Crêtes et se caractérise par un sommet arrondi dont le flanc Est, abrupt et sauvage, est un ancien cirque glaciaire, paradis de la flore alpestre et de la faune (chamois). Le sommet se situe exactement au point où la chaîne se scinde en deux : une branche en arc de cercle vers le Sud-Est culmine au Grand Ballon, l’autre vers le Sud aboutit au Ballon d’Alsace. On peut observer ces deux lignes de crêtes avec, en leur milieu, le profond sillon de la vallée de la Thur. Plus loin, à l’Est, au-delà du Grand Ventron, la vue porte sur le versant lorrain, en pente douce. De nombreux sentiers jalonnent la montagne, vers le Hohneck, le Rothenbachkopf, le lac Altenweiher ou le lac de Blanchemer. La plupart de ces lacs, pour ne pas dire tous, doivent leur origine à des moraines frontales déposées par les anciens glaciers des Vosges. Ces moraines, en barrant les vallées, formèrent autant de digues naturelles pour la retenue des eaux. Sur la pente lorraine, au-dessus de la Bresse, le petit lac de Blanchemer étale ses eaux tranquilles, transparentes comme un miroir, au fond d’un bassin arrondi en coupe, tout tapissé par une forêt de hêtres au feuillage vert tendre.

 

Le Rainkopf est situé à La Bresse, sur le versant vosgien à proximité de la tourbière de Machais. Cette tourbière flottante d’âge holocène s’étant formée dans la cuvette glaciaire qu’elle a partiellement comblée est située au sein d’un cirque glaciaire perché sur la crête joignant le col de Bramont (culminant à 956 m) au Rainkopf. Du lac ombilic originel issu de la fonte des glaces il y a 10 000 ans ne subsiste actuellement qu’un petit plan d’eau relictuel de quelques ares. Le dépôt de tourbe atteint par endroit 9 à 10 mètres d’épaisseur. Les agriculteurs de La Bresse l’utilisaient autrefois, en période de sécheresse pour le pâturage des troupeaux ou la fauche. Au fur et à mesure des aléas climatiques, épidémiques et guerriers, la densité démographique s’est accrue grâce à des colonies de pasteurs-défricheurs qui ont occupé et mis en valeur de nouveaux sites, sachant que la haute vallée de la Moselotte était empruntée pour relier Remiremont et Munster. La présence humaine est attestée par des industries de poterie de type néolithique dans les tourbières de la Charme à 20 kilomètres au Sud-Ouest, qui eux utilisaient ce matériau comme combustible.

On trouve le Culâ dans les terrains marécageux, comme les tourbières du Grand Étang ou de la Morte-femme, dans les "feignes" humides, à l’entour des étangs, près des ruisseaux. Pour certains, c’est un être malfaisant, attirant les promeneurs dans les tourbières ; pour d’autres, il s’agit d’une âme en peine. À la vérité, il est un être invisible mais un peu à la manière des étoiles car il se révèle dans les ténèbres, pouvant être un effet de clair de lune ou le reflet d’une lueur nocturne dans l’eau. Pour autant, le Culâ est essentiellement le feu follet, une manifestation lumineuse ayant l’apparence d’une petite flamme. Connue et décrite depuis longtemps, cette manifestation fut uniquement vue comme celle d’esprits malins et d’âmes en peine venues sous formes de petites flammes hanter les forêts désertes, les marécages et les cimetières, et fit l’objet d’un folklore important, tant sur l’origine de ces esprits que sur les façons de s’en débarrasser. Le « feu fada » est en réalité le résultat de dégagements gazeux principalement de méthane à partir de plantes en décomposition et de formes chimiques du phosphore émis par la décomposition d’un cadavre animal, le tout s’enflammant spontanément à l’air libre.

Les tourbières contiennent souvent des ossements ou des ramures de cerf, soit du fait d’accident soit à mettre en relation avec des offrandes/sacrifices liés au renouveau et à la puissance incarnés par ces ramures conjuguées aux pouvoirs de la tourbière, milieu entre deux mondes, liés à l’eau vivifiante et à la terre nourrissante. Pour information, il y avait deux races de suidés : le sanglier qui fréquentait les bois de chênes, le Sus Scrofa, et le sanglier des marais et des tourbières, le Sus Scrofa palustris, race plus petite.

 

On appelle Firstmiss - ou Ferchmuss - une tourbière de sommet (first pour « faîte, crête élevée » et miss pour « tourbière »). Si ce marécage élevé s’est, dans son évolution naturelle, peu à peu asséché pour laisser la place au développement de la forêt primitive, il reste cependant le centre de légendes qui remontent à la nuit des temps. On y parle d’un lac mystérieux (l’actuel Altenweiher, à une altitude de 926 m, il a une longueur au maximum de 113 m pour une largeur maximale de 27 m et a une profondeur maximale de 14 m ; ce site sauvage au pied du Kastelberg et du Rainkopf était auparavant occupé par un ancien lac asséché, le Firstmiss-See ; le nom actuel, qui signifie « ancien étang » évoque peut-être cette tourbière noyée) où des ondines gardaient un chariot d’or (le reflet des narcisses jaunes réputées couvrir les prairies alentour ?). La légende affirme qu’au fond de cet ancien lac dormait un chariot d’or pur empli de trésors, qui émergeait du fond des ondes sombres et bouillonnantes par une nuit de pleine lune, vers minuit ; seuls trois frères avaient alors le pouvoir de le sortir complètement pour en posséder les trésors à condition de garder un silence absolu, mais tous ceux qui essayèrent échouèrent car il était impossible de rester silencieux face à tant de richesses. Le carrosse repartait vers les abîmes, entraînant les imprudents... Il faut préciser que quelques-uns des précipices qui s’ouvrent subitement sur le pourtour de la grande montagne donnent le vertige. Il est dangereux de s’y aventurer la nuit ou par les brouillards, si fréquents à cette hauteur.

Les peuples du Nord ont dû fixer de bonne heure leur attention sur cette belle constellation de sept étoiles qu’on appelle la Grande Ourse ou le Grand Chariot, et qu’on voit pendant toute l’année faire le tour du pôle. Mais ils l’appelaient, eux, le Chariot d’or d’Odin. Ce chariot d’or, tout brillant qu’il était, n’était visible pourtant que la nuit. Où se trouvait-il remisé le reste du temps ? Chez les Grecs, le char du Soleil descendait dans l’Océan. Plus modestes, mais pas plus embarrassés que les fils de Pélops, nos Anciens se contentaient de faire descendre le Chariot d’or dans ce lac de la Vallée de Munster. Il y est tiré par trois frères, les trois étoiles qui forment le timon du Grand-Chariot céleste.

 

On notera qu’il existait des exploitations de minerai de cuivre dans la vallée de Munster, essentiellement sur les flancs de collines de Zimmerbach (sous les Trois-Épis) et de Haslach (au-dessus de Munster). Malgré la force du vent, les tempêtes de neige qui ne sévissent que trop souvent sur ces hauteurs et avec une extrême violence, ainsi que l’abondance des neiges, on remarque sur le Rainkopf, situé à 1250 m d’altitude, la présence de pointes de flèche en silex protohistorique et de céramiques d’habitat du Bronze Moyen (vers -1 500). C’est la seule trace ancienne d’habitant dans les environs. En se demandant pourquoi ces populations se sont installées dans ces conditions si difficiles et pourquoi ce petit lac est si chargé symboliquement, on remarquera que tous deux sont alignés sur un axe Chalet Bonaparte (débitage lithique du Néolithique, à Lepuix, à 10 km au Nord-Est des carrières de silex de Plancher-les-Mines, exploitées à l’Épipaléolithique-Mésolithique et au Néolithique) - Ballon d’Alsace (dernier sommet significatif à l’extrémité Sud du massif des Vosges, il culmine à 1 247 mètres d’altitude. Il offre ainsi un panorama grandiose : la Forêt-Noire à l’Est, le Jura, la trouée de Belfort et, par temps clair, la chaîne des Alpes bernoises et le mont Blanc au Sud, et les crêtes des Vosges au Nord) - Wildenstein (le Schlossberg étant également occupé à cette période) - col d’Oderen (passage secondaire du massif vosgien entre la vallée de la Moselotte en Lorraine et la vallée de la Thur en Alsace : culminant à 884 mètres, il est d’accès facile) - Grand Ventron (sommet du massif des Vosges partagé entre Ventron et Cornimont du côté lorrain et Kruth du côté alsacien, il culmine à 1204 m et est le point culminant et central d’un massif qui s’étend du col de Bramont au Nord jusqu’au col d’Oderen au Sud. Une route forestière longe la ligne de crête par l’Ouest, du col de la Vierge voisin du lac des Corbeaux vers le col d’Oderen. 500 mètres plus au Sud de se trouve le Petit Ventron qui culmine à 1155 mètres d’altitude. On voit parfaitement le tracé de la route des Crêtes par-delà la vallée de la Thur et par beau temps froid, les Alpes suisses émergent d’une mer de brume) - Rainkopf - Firstmiss-See/lac d’Altenweiher - Kastelberg (quatrième plus haut sommet du massif des Vosges avec 1 350 mètres d’altitude ; il abrite jusqu’en juillet, exceptionnellement en août, le dernier névé des Vosges au lieu-dit Schwalbennest, le « nid d’hirondelles ») - Hautes Fées (les fées y dansaient lors des sabbats) - Haut de Falimont (à proximité du Hohneck, troisième sommet du massif des Vosges avec 1 363 mètres d’altitude ; on y a trouvé une pointe de flèche en silex du Néolithique final ou Bronze ancien) - Rochers de la Martinswand (dans le cirque glaciaire du Frankenthal-Missheimle ; on y a découvert 3 silex dont un fragment de lamelle à 2 facettes, peut-être du Mésolithique) - sources de la Meurthe et de la Vologne - Col de la Schlucht (un des principaux cols du massif des Vosges, à 1139 m ; on y a trouvé quelques menus objets lithiques) - Wurzelstein (la tradition veut que les sorcières de la vallée se donnaient rendez-vous dans ces chaos rocheux, les deux Wurzelsteinen se faisant admirablement face à 1258 et 1270 m d’altitude au-dessus de la vallée de Munster avec vue sur les deux - le Petit et le Grand - ballons vosgiens et sur les deux Hohnecks, le Grand ayant deux immenses pierriers coulant vers la tourbière humide du Missheimle, sise quelque 150 mètres plus bas) - Gazon du Faing (parmi les dix plus hauts du massif avec ses 1295 m, c’est un sommet granitique situé sur la ligne de crête entre le col du Bonhomme et le col de la Schlucht. Ce sommet presque plan aux abords arrondis donne naissance à une auge glaciaire qui abrite le lac Noir 350 mètres en contrebas ; il a livré une pointe de flèche en silex et éclat de silex du Néolithique final ou Bronze ancien) - Reichsberg (dominant les cols du Calvaire à 1134 m et du Louschbach à 979 m) - Lac Blanc (d’une surface de 29 ha et d’une profondeur maximale de 72 m, il est dominé par un rocher ruiniforme appelé Rocher ou Château Hans. Des cascades de glace allant jusqu’à 100 mètres de hauteur sont visibles en hiver dans les environs du lac) - Col du Bonhomme (situé à 949 mètres d’altitude, d’accès facile, c’est l’un des principaux cols du massif des Vosges ; non loin, Beau Séjour a livré un dépôt de deux douzaines environ de haches du Bronze Ancien III, soit vers -1 500) - La Roche (à 4 ou 5 kilomètres du col du Bonhomme, on y a trouvé une grande lame de silex jaspoïde jaune brunâtre sur ce sentier de la Pierre entre Colmar et Saint-Dié) - Le Climont/Clivemont/Winberg (ce mont à la forme clivée, cette gigantesque balise gréseuse culminant à 965 mètres d’altitude est reconnaissable de loin à sa forme trapézoïdale : la butte isolée en forme de tombe a longtemps constitué une borne repère au Sud de la voie rectiligne des Saulniers. Les cours d’eau qu’il voit naître sont au Sud-Ouest la Fave qui rejoint la Meurthe avant Saint-Dié, la Bruche et quelques ruisseaux telle la sinueuse Climontaise qui rejoignent Bourg-Bruche et Schirmeck au Nord et enfin au Sud-Est le Giessen qui file vers Urbeis. Un beau panorama à 360° dévoile ainsi vers le Nord le Donon et le Val de Bruche, vers l’Est le Val de Villé, au méridien les Vosges moyennes et à l’occident le bassin de Saint-Dié).

 

 

Contemplateurs assidus des phénomènes de la nature, les Celtes ne pratiquèrent sans doute le culte des idoles qu’à l’époque où les Romains apportèrent parmi eux les divinités du paganisme. Dans l’obscurité, un bruissement de branche, un gémissement de volet, une ombre qui bouge au clair de lune... Dans la nuit des temps, de tels signes étaient interprétés comme autant de manifestations de forces inconnues, bienveillantes car descendant du ciel, maléfiques parce qu’envoyées par le diable. En toutes occasions, l’imaginaire de nos ancêtres était peuplé de personnages et d’êtres en relation avec un monde mystérieux. Ils se manifestaient dans les effluves de l’air, le clapotis des sources, les bruissements sur le sol et les gémissements sous terre. Ils donnaient corps aux croyances de l’époque et entraient en compétition aux côtés du bien ou du mal. Une façon de se rassurer et de se protéger devant l’inexplicable. Ainsi sont nées ces légendes que les gens se transmettaient de génération en génération, au cours des veillées, pour l’instruction des plus jeunes.

Ils croyaient à une foule de divinités secondaires, tels que les génies, les nains, les fées, les démons, les loups-garous, les follets, les lutins, êtres merveilleux ou fantastiques, souvent malfaisants. Erdwibala et Erdmanala, Zwarigeler ou Zwargala, Kobold et Hüsgeischt, Doggele, signifiant gnomes, nains et elfes, évoquent le souvenir émouvant du temps des origines, quand la complicité entre le petit peuple et les Hommes existait avant que la culture créée par l’Homme ne les contraigne à retourner dans leur univers.

 

Dans la vallée de la Wormsa, Berggeist, le géant maître des lieux, aux longs cheveux blancs et à la barbe fleurie, construisit la montagne, il y a bien longtemps. Dans les temps primitifs, alors que les montagnes des Vosges ne formaient encore qu'un amas confus de terre et de rochers, et qu'on n'y voyait aucune des belles vallées que l'on admire aujourd’hui, l'un des géants qui avaient aidé à construire le monde, considérant cet amas informe, eut l'idée d'y creuser un vaste et profond sillon. À cet effet, il se mit aussitôt à l’œuvre et, grâce à sa force prodigieuse, les rochers les plus durs ne tardèrent pas à céder et à voler en éclats de toutes parts. Le gros de la besogne fut bientôt fait, mais il s'agissait maintenant de se débarrasser des déblais, et notre gaillard n'était pas d'humeur à se ravaler au métier de simple manœuvre. Après avoir réfléchi quelque temps à la chose, il lui vint une idée qu'il mit aussitôt à exécution. Il avait tout près de lui, sur les sommets les plus élevés de sa demeure, d’immenses réservoirs d'eau, qui ne demandaient pas mieux que d'aller se vider. Un coup de massue rompit les digues, et les flots, se précipitant avec fracas dans la tranchée, enlevèrent, comme par enchantement, terres, sables et rochers : le sillon était nettoyé et la vallée de Munster se trouvait créée (c’est la version légendaire des phénomènes de déglaciation).

Content de son œuvre, le géant se caressa en souriant sa longue barbe inculte, puis, fatigué quelque peu par une journée si bien remplie, il se retira dans les profondeurs du Hohnack (entre Labaroche et Wihr-au-Val), sa retraite favorite, et tomba dans un sommeil léthargique, accompagné de ronflements que les simples mortels prennent pour les mugissements de la tempête.

Les carriers du Hohnack ont bien des fois entendu cette respiration bruyante, pendant leur sieste de l'heure du midi ; mais ils sont tellement habitués à ce phénomène qu'ils n'y font plus attention du tout. Ils ne craignent pas davantage de réveiller le terrible hôte, en détachant, avec le secours de leurs coins et de la poudre, les blocs de grès ; mais en cela ils poussent la témérité trop loin, car un beau jour le formidable ronfleur pourrait se réveiller tout de bon et tirer une vengeance éclatante de l’affront subi, en comblant subitement le sillon jadis tracé, et en faisant disparaître ainsi à jamais sa charmante création.

Berggeist, « Esprit de la montagne » (en latin daemon subterraneus, « démon souterrain », et daemon metallicus pour « démon des mines ») est le terme générique pour diverses créatures mythologiques que l’on retrouve dans les mines ou dans les montagnes. Des exemples bien connus sont les moines montagnards ou les diables des montagnes. Plus tard, le terme a été prolongé dans un sens plus large aux esprits de la forêt et de la montagne, comme Rübezahl (Monts des Géants).

Il règne sur les Zwarigeler/Zwargala (gnomes), eux qui travaillent dans les profondeurs de la terre en extrayant or et argent, ou mènent une vie de marcaire dans les entrailles de la terre en été et dans les fermes des chaumes désertes en hiver. Il y aurait eu au Silberwald, près de Stosswihr, des mines d’argent exploitées à l’intérieur de la montagne par un vieux génie aidé de son filleul, jeune homme d’une beauté remarquable. Un jour, il sortira de sa captivité avec des richesses fabuleuses pour se marier avec la jeune fille la plus vertueuse de la vallée de Munster. De l’autre côté de la montagne, vers Metzeral, la légende du Glitzerstein est plus ambiguë. Les personnes avides croient parfois y voir miroiter de l’argent ou de l’or, mais en général, elles sont trompées par des êtres surnaturels malveillants, tels les orgueilleux Kobolds. Les Kobolds, c’est-à-dire « ceux qui règnent sur la pièce » (les versions les plus communes, connues sous le nom de Heinzelmännchen, sont décrites en tant qu’elfes de maisons, utiles ou pratiques. Ils effectuent parfois des corvées domestiques, mais peuvent également jouer des tours aux habitants), sont des créatures légendaires du folklore et de la mythologie germanique, des esprits laids souvent équivalents aux Gobelins. Un autre type de Kobold, qui peut être trouvé dans les mines et autres endroits souterrains, semble être lié plus étroitement aux gnomes. Semblables à des rats ou des chiens se tenant sur deux pattes, d’une trentaine de centimètres à un mètre, avec de petites cornes, des dents très aiguisées, des serres et une queue, ce sont des créatures mauvaises qui vivent entre elles plutôt que dans les maisons humaines. Ils vivent dans des forêts et s’aménagent des repaires de fortune dans des grottes, dans des racines d’arbre ou dans des galeries souterraines. Dans ce folklore, ce sont les Kobolds qui causaient les accidents de mines. On les accusait de voler le minerai d’argent et de le remplacer par un minerai bleu, le cobalt.

 

Le chaume du Kerbholz, appartenant aux communaux du village de Soultzeren, faisait l’objet d’un partage précis entre les habitants du monde visible et ceux du monde invisible : les Hommes pouvaient y faire paître leurs vaches de la Saint Michel (équinoxe de printemps) à la Saint Georges (équinoxe d’automne). Lorsque les premières neiges d’automne arrivaient, les marcaires savaient que le moment était venu de descendre le bétail au village. Ils quittaient alors leurs fermettes sises sur les hauteurs vosgiennes. Dès lors, c’étaient les gnomes Widatal qui utilisaient les pâturages pour leurs propres troupeaux et la fabrication en grandes quantité de leur propre fromage. Soucieux de la pauvreté dans le monde, ils allaient le distribuer aux pauvres gens de la vallée, le soir de Noël .Ce genre de partage de l’année selon les équinoxes, très impératif, se retrouvait aussi au Ban de la Roche (ancienne seigneurie du Bas-Rhin, canton de Schirmeck, arrondissement de Molsheim) et au pays de Salm (cantons de Senones de La Broque). Les "frontières temporelles" placées aux équinoxes étaient l’une et l’autre gardées par des saints guerriers, ce qui est à rapprocher du fait qu’il n’est jamais bon, pour les Hommes, d’empiéter sur le territoire des forces de l’au-delà.

 

Le Débrancheur est invisible et ne révèle sa présence que par un bruit très particulier : il frappe sans cesse les arbres de la forêt (notamment dans le bois de la Brûlée, au Beillard) et on croirait entendre un bûcheron ébrancher un sapin, d’où son nom.

Le Boblâ est « le murmure de la forêt », sachant que le sapin prédomine dans les Hautes-Vosges, le hêtre dans les Basses-Vosges. Après la zone du châtaignier et du chêne vient celle du sapin, richesse de ces montagnes. Exclu de la plaine comme arbre forestier, le sapin commun dépasse souvent une taille de quarante mètres. C’est à ses sombres massifs que la Forêt-Noire doit son nom caractéristique. Souvent le sapin, au lieu de former à lui seul de vastes massifs, se mêle à des bois feuillus tels que le frêne, l’érable, le hêtre. Le hêtre se multiplie d’autant plus que le sol s’élève davantage et gagne en altitude. Non seulement il accompagne le sapin jusque dans ses dernières stations, mais il monte plus haut pour couronner les sommets les plus élevés, tout au moins sous forme de buissons. Dans les montagnes d’Alsace, comme dans la Forêt-Noire, l’habitat du hêtre dépasse la zone du sapin, tandis que sur les autres montagnes de l’Europe les conifères atteignent une altitude supérieure à celle des bois feuillus. L’occupation du Boblâ consistait à répéter indéfiniment le même mot, le même cri, d’une voix railleuse. Comme pour Culâ, il fallait se garder de lui répondre : il pouvait paralyser son interlocuteur, ou l’égarer dans les tourbières ou sur les rochers dangereux.

 

Les Celtes croyaient à un autre monde où allaient les âmes au sortir de celui-ci pour y goûter une vie constamment heureuse. Les revenants sont des âmes en peine qui mendient des prières pour pouvoir aller au ciel. Ils viennent hanter les lieux qu’ils ont fréquentés de leur vivant, tantôt bruyants, tantôt silencieux ou doucement plaintifs. C’est par référence à la blancheur du vêtement des revenants qu’on avait coutume d’appeler « des femmes blanches » ces brumes qui montent parfois au-dessus des forêts de sapins ou qui s’étalent au fond des vallées. On estimait aussi parfois que les nains des marcaires des vallées de Munster et du Florival, tout comme les génies domestiques, étaient les créateurs du brouillard.

 

Les Hommes de feu (dans la vallée de Munster, on a donné ce nom aux pavots rouges, papaver rhoeas) sont, dans la croyance populaire, les âmes de ceux qui, de leur vivant, ont fait tort aux veuves et aux orphelins, qui ont déplacé les bornes, ou mordu avec leur charrue sur le champ du voisin. Après leur mort, on dit qu’ils doivent être des revenants dans le feu. On donne le même nom aux feux follets, considérés comme des âmes de cette même espèce. Les Hommes de feu peuvent être rachetés si ceux à qui ils apparaissent lumineux dans la nuit les remercient. Mais qui prend la main qu’ils lui tendent retrouve dans sa main des traces noires de brûlure.

 

La destruction de récoltes a toujours été associée avec la grêle ou le mauvais temps nés du pouvoir magique des sorcières. Dans la vallée de Munster, on les trouve généralement sur les hauteurs, travaillant fréquemment en groupes ou par deux. Sur un feu bleu (on peut faire passer la flamme du jaune/orange, signe d’une combustion partielle, à une flamme bleu où la combustion est presque totale, toutefois la flamme n’est pas très lumineuse, parfois presque invisible), elles placent un chaudron dans lequel elles jettent en pluie de l’avoine et ajoutent, en tournant constamment, grenouilles, serpents et poils d’animaux, jusqu’à ce qu’elles obtiennent le mauvais temps et la grêle.

 

Le Sôtré est un petit bonhomme de la taille d’un bébé. Il n’est pas beau mais difforme, avec des jambes velues. Malgré sa petite taille, il est d’une force formidable : c’est lui qui a fait rouler les roches énormes amoncelées au bord de la route. Il est extrêmement vif : il ne cesse de remuer, de sauter et danser. C’est lui qui se manifeste dans les tourbillons de vent, qui se lèvent aux jours calmes et chauds. Il est joueur, malicieux, serviable. Le Sôtré aime les enfants. Cela vient sans doute du fait de leur taille. Avec eux, le lutin se sent à l’aise, c’est pourquoi, plus ils sont petits, plus il se montre attentionné.

 

 

Le dieu principal des Celtes gaulois était honoré en allumant de grands feux sur les sommets, les crêtes étant considérées comme les plus propices à l’installation humaine.

La région des Hautes-Vosges était tantôt la propriété des Séquanes qui contrôlaient un vaste territoire correspondant aujourd’hui à la majeure partie de la Franche-Comté (entre la Saône, la Bresse, le Jura, les Vosges et le Sundgau), des Triboques de la plaine d’Alsace ou des Rauraques [ils tirent leur nom de l’Araura, l’Aar suisse actuelle ; leurs villes principales étaient Augusta Raurica (Augst) comme chef-lieu, Basilia (Bâle), ainsi que Argenluaria (Artzenheim), Argentovaria (Horbourg-Wihr) et Biesheim près de Colmar]. Malgré la richesse de leurs forêts, les habitants du Val de Munster vivaient surtout d’agriculture pastorale et de leurs alpages. Les pâtres ou marcaires y montaient avec leurs vaches et leurs ustensiles à fromage vers la Saint-Urbain, le 25 mai, rarement plus tôt. À côté des prairies qui occupaient les terrains irrigables dans le fond des vallées, des jardins potagers, le chanvre et le seigle occupaient les points où la terre végétale ne manque pas, où le soleil donne assez de chaleur. Ils menaient, chaque été, leurs grands troupeaux sur les chaumes qui bornent les Hautes-Vosges à l’Ouest, ces pelouses étant mises sous la protection de la divinité.

On a donné à quelques sommets des Vosges le nom de ballon, les Belchen du montagnard de langue allemande, terme qui n’a pas de sens précis en alsacien. Il rappelle les Bel-leac’h ou Bel-lec’h, des lieux de Bel où on adorait le soleil et entretenait des feux sacrés. Au Nord et au Sud de la chaîne des Vosges, sur le Donon, les Ballons d’Alsace ou de Servance, des Celtes s’assemblaient pour prier ; de même, des druides, des eubages (prêtre d’une classe intermédiaire entre celle des druides et celle des bardes, dont la principale occupation était l’étude de lʼastronomie, des sciences naturelles et de la divination), tenaient leurs assises au Saint-Mont (Habendum, ancien oppidum celtique, permettait le contrôle des vallées de la Moselotte et de la Moselle au débouché de Remiremont), au Hochfeld de Hohwald, au Grand-Ballon et sur diverses autres cimes en-dehors de l’arête principale. Des clairières y avaient été créées, sanctuaires ou pâturages (ces pelouses solitaires et culminantes jouaient nécessairement du temps des druides un rôle dans les pratiques religieuses).

Nombre de dénominations locales données à des bois, combes, prés, sources, portent encore le vocable de Bel, Belin plus ou moins transformé, ce qui indiquerait que ces lieux étaient consacrés à l’astre suprême du ciel (Bel-en-us signifie littéralement en langue celtique « loin au-dessus de nous »). Comme dieu éternel qui symbolisait la puissance suprême de l’univers, il n’avait pour temples que l’épaisseur des forêts. Le nom que portent les montagnes dominant la vallée, l’usage d’allumer des feux sur les hauteurs la veille des fêtes de saint Jean et de saint Pierre, les vertus singulières attribuées aux eaux de sources et fontaines, perpétuait le culte rendu par les Celtes à Belenus (Bel, Belin, Bêlenus, Hésus), aux rochers et aux sources.

Les Gaulois rendaient un culte à la source, venant y sacrifier les corps de leurs ennemis tués au combat et jeter des épées en fer tordues de façon à être inutilisables. Certains témoignages relient le culte rendu à la source au dieu gaulois Bélénos. Si certains voient en lui l’un des Tuatha dé Danaan, les mythiques et puissants créateurs du Songe, d’aucuns pensent qu’il s’agirait en fait d’une figure représentant les sidhes. Le aos sí ou aes sídhe (« habitant du sidh », l’Autre Monde qu’on l’on atteint par les eaux) est un peuple surnaturel lié à la mythologie celtique des Gaëls, habitant les collines et anciens tumulus.

 

Le Petit Ballon (Kahler Wasen ou Kleiner Belchen), comme le Grand Ballon, situés tous les deux dans le prolongement de la course solaire, était un sommet dédié par les Celtes à Belenos, le dieu soleil. Des cérémonies religieuses y étaient célébrées notamment lors des solstices. Qu’on imagine un lever de soleil au-dessus du Petit Ballon vu au travers des amoncellements de rochers du Steinberg, ou bien un lever de pleine lune par une froide nuit d’hiver. Cela est tout simplement magique.

Le Steinberg est situé à 800 m au Nord-Ouest du Petit Ballon et sa crête forme une avancée pointant vers Metzeral. Son altitude de 1177 m est à peine inférieure à celle du Petit Ballon (1272 m). Le sommet du Steinberg, « Montagne de pierres », est constitué d’une lande parsemée d’un chaos de roche granitique. Ses formes rocheuses spectaculaires peuvent évoquer des animaux, des gardiens des temps reculés où l’imaginaire trouvera un support naturel aux mythes et aux légendes. Parmi les rochers se trouvent de nombreux menhirs et un dolmen naturels. Ceux-ci ont dû marquer l’imaginaire des peuples celtes.

On notera qu’à 27 km à l’Ouest s’arrêtent les rares menhirs lorrains, en l’instance avec les 3 menhirs dit Pierres-Fittes, dans le massif entre Éloyes et Le Tholy en direction du lac de Gérardmer. Il s’agit d’une dalle de grès dressée, haute d’environ 1,40 m, d’une petite pierre dressée, haute d’environ 1,20 m, et à proximité d’un troisième bloc. À 1 km de là, une pierre solaire était utilisée comme autel druidique du culte à l’astre diurne. Sur un sommet à proximité, à la Tête des Cuveaux, on remarque 27 bassins sur un affleurement rocheux, probablement un sanctuaire celtique de l’eau. Plus au Sud, 7 km avant que la route d’Épinal ne rejoigne celle de Gérardmer, on trouve à flanc de colline le fort de pierre de Lamberfaing, construit en murs cyclopéens. 5 km en aval, on trouve au-dessus de Remiremont le menhir de Kerlinken, de 5 mètres de haut, et 2 km au Nord le cercle de pierres du Fossard (ou Rond point des Roches du Thin), un anneau construit comme un mur avec un diamètre de 20 m, probablement de l’Âge du Fer. Les dolmens et menhirs seront bien plus nombreux au Sud-Ouest des Vosges, en Haute-Saône.

 

 

Sur tous ces sommets (l’ensemble des Ballons vosgiens et des Belchens de la Forêt-Noire) a été célébrée le 1er mai, la fête de la purification du feu en l’honneur du Bélenos comme lumière diurne.

La fête se situe hors du temps commun : elle appartient à un calendrier sacré dans lequel peut s’inscrire le rythme des saisons aussi bien que l’histoire personnelle des hommes et des femmes, des classes d’âge ou des groupes sociaux. Elle est d’abord celle du dieu Nature, la fête dionysiaque apprivoisée avec ses fleurs, ses nymphes et ses héros. Ainsi, le Mai, qui marque l’avènement du printemps et se traduit par des réjouissances champêtres.

Toute manifestation culturelle et à plus forte raison la fête calendaire, à caractère saisonnier donc répétitive, est conditionnée par trois dimensions fondamentales qui sont : le temps, donc une date précise dans l’année, l’espace – la fête calendaire se déroule dans un lieu précis –, et la société qui en est le ciment. Les fêtes calendaires sont un moyen de s’ouvrir à toutes les sensations à redécouvrir, en élargissant momentanément les limites habituelles de son moi et de sa bulle sociale. Elles sont autant d’invitations à exprimer davantage sa créativité, de savourer le plaisir d’être vivant, de participer à une vie sociale plus exaltante, et de se relier aux grandes respirations de la Nature. Les passages d’une saison à l’autre étaient presque toujours l’occasion de rites festifs particuliers, s’inscrivant dans le système très cohérent des rites de passage. Maîtriser le calendrier, c’est maîtriser la vie sociale et intérieure des membres d’une même société. Le déroulement du temps a depuis toujours été un mystère pour l’Homme comme pour les sociétés dans lesquelles il vit, et l’alternance des saisons, traditionnellement au nombre de quatre dans nos régions, fait partie des rythmes naturels de l’année sur lesquels l’Homme n’a aucune influence, il ne peut que s’en réjouir ou s’en attrister ou encore les célébrer par des rites et en accompagner le mouvement. Ces rythmes naturels se subdivisent en plusieurs sous-groupes. L’ensoleillement plus ou moins important en fonction du moment de l’année sépare déjà celle-ci en deux parties. L’une va du 1er mai au 1er novembre, c’est la période des jours longs, où la lumière prédomine sur l’obscurité ; l’autre va du 1er novembre au 1er mai, c’est la période sombre, où l’obscurité nocturne prédomine sur la clarté du soleil. Pendant cette partie, le contraste lumière-ténèbres joue un rôle particulièrement important, et différents rites faisant intervenir la lumière marquent ce contraste. En plus il y a les quatre portes du temps et les changements de saisons qui rythment le déroulement du temps, et ce sont des portes inamovibles, des jours-clés qui reviennent régulièrement :

  • les deux solstices, celui qui marque le début de l’été le 21 juin, et celui qui marque le début de l’hiver le 21 décembre. Or on peut déjà constater que ces deux portes se font face, à six mois près, parallélisme qui est dû au soleil, au plus haut de sa course, du moins pour nos regards, et au plus bas, avant de reprendre progressivement son mouvement. Le terme solstice signifie d’ailleurs le moment où le soleil s’immobilise dans sa course annuelle sur l’horizon ;
  • les deux équinoxes : l’une est celle de printemps, située le 20-21 mars, elle inaugure le renouveau, et l’autre celle de l’automne le 21 septembre, qui pose les fondements de la saison intermédiaire. Le terme équinoxe désigne l’égalité du jour et de la nuit, ensuite l’un des deux éléments prend de plus en plus d’importance par rapport à l’autre.

 

La fascination des flammes est aussi vieille que l’humanité, car elle est passée par l’étape essentielle de la maîtrise du feu. À l’origine rites de protection et de purification, et dernier rempart symbolique contre les actions malfaisantes des sorciers et des sorcières, avant les grands travaux de l’été – fenaison et moissons –, les feux de la Saint-Jean, étroitement associés à la magie du feu, attiraient beaucoup de monde, avec l’envie de se relier aux forces animantes de la Nature, à la puissance bénéfique du soleil.

La fête de la Saint-Jean le Baptiste a lieu traditionnellement le 24 juin, trois jours après le solstice d’été. Elle est aussi en relation avec la fête aujourd’hui oubliée de Saint Jean l’Évangéliste, placée traditionnellement au 27 décembre, lui aussi à proximité du solstice … d’hiver. On disait autrefois « Jean et Jean partagent l’an » : l’un présente et sanctifie au cœur de l’hiver la lumière ascendante de l’été, alors que l’autre introduit la lumière déclinante de l’hiver en plein milieu de l’été.

Deux textes bibliques sont étroitement associés à Saint-Jean le Baptiste. Le premier a été interprété comme une allusion au cours du soleil, qui est à ce moment là au sommet de sa forme (« Il faut qu’il croisse et que je diminue »), le second évoque en les reliant l’eau, l’Esprit Saint et le feu (« Pour moi je vous baptise avec de l’eau mais vient le plus fort que moi… lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu »). D’autres traditions de la Saint-Jean étaient des rites et pratiques magiques liés à l’eau et ceux liés aux plantes.

Le nom ancien du feu de la Saint-Jean est Sungiht für, ou Sunngicht, qui viendrait de Sunn, « le soleil », et un radical gicht, de gehen, indiquant le mouvement du soleil. On rencontrait les feux de la Saint Jean surtout en pays de montagnes, principalement dans les vallées vosgiennes. Chaque groupe de constructeurs rivalisait d’ingéniosité et de créativité pour construire le plus beau bûcher. Après la coupe et la préparation du bois, c’est à partir du mois de mars que les bûchers, appelés fàckel en dialecte alsacien (littéralement « la torche »), commencent à prendre doucement de la hauteur. Construire un fàckel est un travail de patience et de longue haleine. Après des jours de labeur, au bruit des scies, haches et autres marteaux, toujours dans l’ambiance et la bonne humeur, les bâtisseurs admirent leur acte accompli dans la tradition. Il faut travailler dur pour dresser le bûcher en défiant les lois de la pesanteur. Tous les bûchers couronnés de branches de sapin se dressent enfin, fin prêts, pour la fête du solstice d’été. Vient ensuite le temps des festivités… Lorsque le jour déclinera, les conscrits allumeront le petit fàckel annonçant le début de la fête. Puis, à la tombée de la nuit, ils allumeront le grand bûcher. La tradition initiale voulait que tous les bûchers des sommets soient allumés au même moment, la veille de la Saint-Jean ou le samedi soir le plus proche de la date. Dans certaines localités on projetait des disques enflammés, Schiweler, dans la nuit noire, que le jeune homme dédiait à l’élue de son cœur, ou à un jeune couple qui s’était rencontré au cours des veillées hivernales.

 

Chaque année, et cela depuis longtemps, deux bûchers sont construits sur le Rebberg dominant Soultzbach-les-Bains. Les jeunes gens d’âge militaire, les conscrits aussi appelés Melisse, passaient dans les rues du village, peu de temps avant la Saint-Jean, pour collecter le matériel combustible, constitué d’une contribution de chaque famille : paille, foin, vieux papiers, pieux et surtout fagots de sarments de vignes, provenant des travaux effectués dans le vignoble à partir du 2 février. Voici pour exemple la ritournelle de Wihr-au-Val : Gléck in’s Hüs Ungléck drüs Rawalla herüs Oder ich schéck d’r Màrder In’s Hiehnerhüs. Heiligi Bàrbarà, Kej m’r e grossi Wall erà Wenn’s ke grossi ésch Deno sén’s zwei kleini (« Le bonheur dans la maison, le malheur au dehors. Sortez les fagots de sarments de vignes ou j’envoie la martre dans le poulailler. Sainte Barbara, jette-moi un grand fagot et si ce n’est pas un grand alors ce seront deux petits »).

Le grand bûcher est entièrement constitué de sarments de vignes et est sous la responsabilité des jeunes filles. À côté du grand bûcher qui atteint en moyenne 12 à 16 mètres de haut (les plus grands se rencontrant dans la vallée de Saint-Amarin), est érigé un petit bûcher de deux à trois mètres, c’est ce qu’on appelle ‘s Vorfîr. Le plus petit, fait de rondins, porte le nom de Maie, le mai, car en son centre, tel un axe, se dresse un jeune sapin ébranché, qui n’a conservé que ses branches sommitales. Il est gardé par les futurs conscrits.

Les bûchers devaient être allumés avec une flamme radicalement neuve produite par le choc entre un morceau de silex et de métal. C’est symboliquement un rite de commencement, lié à la bénédiction du nouveau feu. La tradition orale affirmait que l’on vivrait encore autant d’années quand on avait atteint un âge avancé, que l’on pourrait voir et compter de feux de la Saint-Jean ! Le soir du jour choisi pour la crémation des bûchers, à la nuit tombée, le petit bûcher est allumé par les futurs conscrits (les Maïeloescher). Toute la communauté villageoise est présente autour du bûcher, pour admirer la danse des flammes, mais aussi pour affirmer sa cohésion. Quand les flammes ont bien pris, les conscrits (les Mélisses) y allument leur torches en partent en courant faire le tour du Rebberg. Pendant ce temps, les jeunes filles (les Mélissemeidler) allument le grand bûcher. À leur retour, les conscrits retrouvent le brasier et un couloir de cendres matérialisé sur le sol. Les conscrits sautent trois fois par-dessus le tapis de braise. Les jeunes gens qui ont atteint l’âge de 17 ans et portant le nom de Maïeloescher (« ceux qui éteignent le mai ») ont le droit de bondir deux fois, et les cadets de 16 ans, nommés Hilfsmaïeloescher (« ceux qui aident ceux qui éteignent le mai »), n’ont le droit de franchir les braises qu’une seule fois. Ce rite symbolise le retour de l’été. Mais à Soultzbach, il est aussi une preuve de courage et de virilité. Dans la coutume populaire, on raconte que ces manifestations avaient une influence sur les récoltes à venir (plus le bond est vigoureux plus le chanvre poussera haut) et donc sur la fécondité de la nature et même sur celle des couples du village. On disait que quand un adulte n’avait plus la force ou le courage de sauter par-dessus le feu, il entrait automatiquement dans la classe d’âge des vieux.

 

 

Il est possible que des populations itinérantes venues de l’Est aient stationné dans les forêts inextricables de la région et sur les hautes chaumes, introduisant le culte du dieu Bélem (Baal chez les Phéniciens). Non loin de la rivière de la Béhine et juste avant de monter vers le col du Bonhomme, le petit ravin de Beau Séjour a livré un dépôt (ou cachette) de deux douzaines environ de haches à rebord et tranchant semi-circulaire du type de Langquaid (en Bavière) et de trois creusets pour couler le métal. De nombreux dépôts d’objets de bronze marquent la fin du Bronze Ancien et la transition avec le Bronze Moyen, vers -1 500. Ils réunissent des pièces de cultures diverses, qui témoignent de la circulation lointaine des objets finis. Ainsi, ces haches auraient un rapport avec les zones de Bohême et d’Europe centrale où prédominait la civilisation indo-européenne d’Unetice/Aunetitz, même s’il faut plutôt songer à l’existence d’une école métallurgique ayant son centre en Suisse centrale et sur la rive Sud du Rhin supérieur.

 

Belenos est un dieu gaulois dont de nombreuses inscriptions ont été mises au jour en Gaule cisalpine [essentiellement la plaine du Pô en Italie du Nord. Au début du -IVè siècle se produit l’invasion celtique en Italie, demeurée célèbre en raison de la victoire remportée en -387 sur les Romains lors de la bataille de l’Allia et de l’épisode des oies du Capitole suivi du célèbre « Vae victis » lancé par le gaulois Brennus aux vaincus. Des groupes migrants de Sénons (région du Sénonais, s’étendant sur une partie des départements actuels de l’Yonne et de Seine-et-Marne. Ils donnèrent leur nom à la ville de Sens qui était leur capitale sous le nom d’Agedincum), Boïens (une des plus importantes tribus celtes de l’Âge du Fer, elle a largement essaimé et on la retrouve dans la région de Sancerre et dans tout le bas-Allier, ainsi qu’aux alentours d’Arcachon ; son nom semble signifier « les terribles » et en allemand elle est aussi désignée par le terme de Boier qui signifie « paysan » ou « fermier »), Lingons (un des plus anciens peuples gaulois, son ethnogenèse participe du développement socioculturel protohistorique de l’Arc alpin. L’histoire des Lingons est directement liée aux cultures successives de Hallstatt et de la Tène ; situé entre les bassins parisien, rhodanien et rhénan, le territoire originel reconnu des Lingons avait Langres pour capitale et Dijon comme métropole méridionale) et Cénomans (provenant de la région du Maine oriental, ils sont une fraction du peuple des Aulerques, ensemble de quatre peuples gaulois établis entre la rive gauche de la Seine et la Loire) s’établissent en force], en Gaule transalpine (région qui comprend presque l’ensemble des Gaules, en dehors de la Gaule cisalpine, le terme signifiant « Gaule au-delà des Alpes »), en Illyrie (côtes de la rive orientale de l’Adriatique, correspondant à peu près à l’Ouest de la Croatie, de la Slovénie, de la Bosnie-Herzégovine, du Monténégro de l’Albanie et du Kosovo actuelles. Apparus vers le -XXè siècle, les Illyriens sont un peuple de souche indo-européenne qui comprenait des Dalmates et des Pannoniens. Vers -1 300, ils s’établissent sur les côtes Nord et Est de l’Adriatique et on les associe à la culture celtique de Hallstatt) et en Norique (royaume celtique qui s’est constitué au -IIè siècle. Les Noriques formaient une confédération avec leurs voisins les Boïens et les Taurisques. Elle était limitée au Nord par le Danube, à l’Ouest par la Rhétie, à l’Est par la Pannonie et au Sud par la Dalmatie. Elle correspond approximativement à l’extrême Ouest de la Bavière, la Styrie, la Carinthie, la région de Salzbourg, une grande partie de la Basse-Autriche, et une partie de la Slovénie). On notera que le slovène est la langue moderne des Vénètes. Belin, ou Belenos, étaient à l’origine un dieu des Vénètes et non pas celtique. Cependant, dès le début il a pénétré la mythologie celtique puisque le vénète et les langues celtiques étaient presque identiques sur le continent européen. Le terme Vénètes est d’ailleurs utilisé par les auteurs grecs et latins de l’Antiquité pour désigner différents peuples.

 

Les Vénètes ont été présents un peu partout en Europe sous différentes variantes de leur nom avant d’être assimilés par d’autres peuples conquérants, et leur ethnonyme précède celui de Celte dans l’historiographie de l’Antiquité, cette dernière dénomination ayant pris naissance avec la civilisation de Hallstatt (de -1 200 à -475). On les retrouve dans la zone celtique : le lac de Constance en Suisse était le Venetus Lacus, il y avait la tribu des Venedoti au Pays de Galles (Venedotia = Gwynnedd) ou encore les toponymes tels Vieu (Ain, de Venetoni-magus) ou Vénès (Tarn, Venetium). On les croise peut-être aussi en Hittite, où une source est mentionnée comme « -Wa-na-at-ti-ja-ta », et d’où également le terme Weshesh, Ouashasha ou Weshnesh pour désigner l’un des peuples de la mer. Il s’agit également du nom de Venät donné par les Finnois (de langue non-indo-européenne) aux Russes. Les Vénètes seraient « ceux du clan » : la rusticité de cet ethnonyme plaide pour son ancienneté. Le terme celtique remonte à l’indo-européen *ven(i)- désignant « le clan, la famille et ceux qui y sont apparentés ». Le thème indo-européen est également l’origine du germanique *weniz (cf. vieux haut allemand wini, vieux norrois vinr, norvégien venn, « ami »). Il en reste également une trace italique dans le latin vindex de *veni-diks signifiant « champion ». Cette récurrence est tellement frappante qu’on a proposé le nom de Venetes comme désignation des indo-européens d’Europe. La plupart des savants classent aujourd’hui le vénète de Vénétie (parlée autrefois entre le delta du Pô et le Sud des Alpes) dans le groupe italique (comprenant le latin, l’osque et l’ombrien). En particulier, elle a beaucoup de similitudes avec le latin, ce qui peut faire supposer que le latino-falisque et le vénète constituent une couche ancienne de peuplement, séparée en deux groupes par l’arrivée des Osco-Ombriens. Des parallèles importants ont été mis en avant avec les langues germaniques, particulièrement au niveau des pronoms. L’ancien vénète constitue le substrat de la langue vénitienne qui est issue du latin. Le vénitien est souvent rattaché à tort au groupe des parlers gallo-italiques, même s’il est plus proche de l’italien standard que des parlers de ce groupe : en effet, contrairement aux autres dialectes italiens septentrionaux, il n’a pas de substrat celte. Il existe de petites minorités de locuteurs de cette langue dans deux pays voisins : la Slovénie et la Croatie (concentrés, pour cette dernière, dans la péninsule d’Istrie, avec quelques foyers sur la côte dalmate).

Les Pontiques de Vucedol (du nom du site de Vučedol près de Vukovar en Croatie) se sont formés vers -3 000 par la fusion des Pontiques de Baden-Kostolac avec des Pontiques des sépultures à catacombes venus du Nord-Est. Ces peuples de cavaliers portaient des haches de combat de section polygonales et des couteaux losangiques en cuivre. Plusieurs tribus issues de la culture de Vucedol partiront envahir l’Italie et ces Hommes seront appelés Italiotes ou Italiques. Leurs descendants étaient connus dans l’antiquité sous le nom de Vénètes en Italie du Nord-Est et en Slovénie.

L’ethnonyme Vénètes (singulier *Venetos) est dérivé de la racine Proto-indo-européenne *u̯en- « s’efforcer, désirer, aimer », ayant donné dans les langues pré-germaniques *u̯enétos. L’ethnonyme serait alors étymologiquement lié à des mots tels que le latin venus, « amour, passion, grâce » ; le sanskrit vanas-, « luxure, ardeur », vani- « désir » ; proto-celtique *venjā, « parenté, alliance, tribu, famille ». On peut faire le rapprochement entre *u̯enétos et la culture d’Unétice (de -2 300 à -1 600), qui instaura l’Âge du Bronze en Europe centrale (elle fait suite à la culture campaniforme mais n’en dérive pas). La ville éponyme d’Únětice est située à 20 kilomètres au Nord-Ouest de Prague en Bohême (du gaulois borvo, de l’indo-européen bhorw, « idée de bouillonnement ». On retrouve cette racine dans le nom de la ville thermale de Brno et du dieu des Celtes Boïens, semblable à Bélénos, qui s’y seraient fixés sous Sigovèse, en -587 : Bohême proviendrait de boio et du proto-germanique haimaz, « domicile », et signifierait donc « domicile des Boïens »). En fait, les Celtes occidentaux à gobelets de type "Veluwe" étaient en Hollande, Allemagne du Nord (et connus dans des tombes lorraines) vers -2 500, où ils adoptèrent des "brassards d’archers" en schiste venus des Celtes orientaux d’Europe centrale. Vers -2 300, les Celtes orientaux Britonniques d’Europe centrale adoptèrent l’usage du bronze et fondèrent la culture d’Unetice. Des échanges sont attestés à travers toute l’Europe centrale avec l’exploitation des mines de cuivre de Slovaquie, d’étain de Bohême, d’or de Transylvanie et l’exportation de haches, poignards, bijoux. Exploitant les gisements d’étain des monts Métallifères (chaîne de moyennes montagnes en Allemagne et en République tchèque, frontière naturelle entre la Saxe et la Bohême), les porteurs de la culture d’Unétice ont largement exporté leurs productions dans les régions voisines. Cette culture, qui se caractérise par ses torques, ses haches de combat et ses épingles à vêtement en bronze, s’étendait sur tout le territoire de l’actuelle République tchèque, le centre et le Sud de l’Allemagne, et l’Ouest de la Pologne. Par la suite, ils envahiront petit à petit la France (Gaulois) et l’Angleterre (Bretons), remplaçant les Celtes occidentaux de ces régions (Gaels / Goïdels).

La Culture de la céramique cordée désigne une culture énéolithique (approximativement de -3 000 à -2 200 : Néolithique final, transition avec l’Âge du Bronze en Europe centrale) devant son nom à ses poteries caractéristiques, décorées par impression de cordelettes sur l’argile crue (avant cuisson). Elle s’étendait sur tout le Nord de l’Europe continentale, de la Russie au Nord-Est de la France et aux Pays-Bas, en passant par la Scandinavie méridionale (où elle est désignée comme culture des tombes individuelles, Einzelgrabkultur et plus au Nord comme « culture des haches de combat »). Les Hommes de la culture des haches de combat seraient les ancêtres communs des peuples germaniques, baltes et slaves (c’est-à-dire du rameau septentrional des Indo-Européens, dit aussi germano-slave ; ils proviennent d’ailleurs de Petite Pologne vers -2 900), voire des Celtes et des peuples italiques. Les guerriers à la hache sont attestés dès le -IIIè millénaire en Ukraine, en Moldavie, dans les Balkans et la haute vallée du Danube, qu’ils envahissent à trois reprises et où ils se mélangent aux populations d’agriculteurs néolithiques, présents dès le -VIIè millénaire, déjà très civilisés, vivant dans des villages ou villes et fabriquant une belle poterie peinte. On distingue trois grands bassins culturels dans la Céramique cordée, aux pratiques plus ou moins homogènes : le bassin méridional comprend le Nord-Est de la France, la Hesse, l’Allemagne méridionale et la Suisse, l’Autriche, la Bohême, la Moravie, la Saxe et la Thuringe ; le bassin Nord et ses villages lacustres occupe l’Ouest et le Nord de l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède méridionale, la Poméranie, la Prusse Orientale et les pays baltes ; le dernier bassin, celui d’Europe orientale, est assez différent culturellement des deux précédents. Tacite localise les Vénitiens, les Wendes et Vénèdes (« Veneti », « Venedi » et « Venedae ») en Europe centrale, les distinguant des Sarmates. Les Venèdes du Dniepr moyen (proto-slaves) occupaient vers la fin du -IIIè et le début du -IIè millénaires la région du Pripet dans le Nord de l’Ukraine et le Sud de la Biélorussie, de la côte baltique à la Vistule. À cette époque, les dialectes qui allaient donner naissances aux langues celtiques, italiques, germaniques et slaves devaient encore être largement intercompréhensibles. Une partie d’entre eux à dû suivre vers l’Ouest les Celtes, pour finalement être complètement celtisée, alors que d’autres étaient entraînés vers le Sud dans le sillage des Italiques, dont ils subiront également l’influence linguistique. Enfin, certains restèrent sur place, où ils furent probablement progressivement germanisés, avant de subir les pressions des Slaves, avec lesquels ils finiront par se fondre (au Vè siècle). Les Germains continuèrent alors de désigner leurs voisins du Sud-Est, qui étaient maintenant des Slaves, par le nom de « Wendes » (ils dénommaient aussi Wenden les Serbes blancs ou Sorabes de Lusace). Tacite, au IIè siècle, note que les Vénètes/Wineci habitent sur les marges orientales de la Germanie, à l’Est de la Vistule (principales villes traversées, du Sud au Nord : Cracovie, Varsovie, Gdańsk). Une référence dans Virgile semble se référer à des Vénètes comme étant liburniens. Ce peuple de marins habitait ce que les Romains appelaient la Liburnia : une région côtière au Nord-Est de l’Adriatique, entre le fleuve Arsia (actuel Raša) en Istrie et le fleuve Titius (actuel Krka) en Croatie. Ils sont à l’origine des Istriens, des Giapidi, des Carni et autres groupes ethniques mineurs de la culture des castellieri. Leur langage avait plus d’affinité avec celui des paléovénètes que celui de la tribu voisine des Illyriens. Leur origine très ancienne pourrait être rapprochée du nom des Libu un des peuples de la mer qui envahirent l’Égypte à la fin du -XIIIè siècle. Le mythe des Argonautes mentionne déjà la Vénétie. En fait, selon les historiens de l’antiquité, les Vénètes provenaient de la Paphlagonie, située sur la côte Nord de l’Asie Mineure, entre la Bithynie et le Pont, et bornée au Sud par la Galatie. À la fin du -Ier millénaire, ils étaient connus pour pratiquer la piraterie et le commerce maritime, dans une zone qui s’étendait de l’Adriatique jusqu’à la Mer Tyrrhénienne. Ils fondèrent aussi quelques colonies en Italie, dont Lyburnus, l’actuel Livourne. Ainsi, il semble que les anciens Liburniens ont englobé une large bande de l’Est des Alpes, de la Vindélicie, à la côte dalmate en passant par la Norique. L’historien romain Tite-Live (-59 à 17), lui-même originaire de la ville vénète de Patavium, affirme que le chef troyen Anténor, avec un grand nombre de Paphlagoniens qui avaient été expulsés de leur patrie par une révolution, ont migré vers l’extrémité Nord de la côte adriatique, où ils ont par la suite fusionné avec les populations autochtones connues sous le nom d’Euganei (Euganéens, en l’honneur de qui les collines de Padoue sont maintenant appelées), probablement de même origine que les Ligures Ingauni, des pré-indo-européen. Il est possible, cependant, que cette tradition ait été faite pour célébrer l’amitié entre Vénètes et les Romains. L’anthroponymie de la zone Nord-Ouest de l’ancienne province, nord-adriatique, romaine d’Illyrie, soit le pays du peuple liburne, fait partie d’un espace anthroponymique plus vaste, comprenant l’ensemble du pays vénète, l’Istrie, et allant jusqu’aux Alpes orientales. La zone anthroponomymique contiguë, dalmato-pannonienne, correspondant aux pays des Dalmates et des Iapodes à l’époque de la conquête romaine et se prolongeant jusqu’en Pannonie, a également de nombreux traits communs avec la première.

Un autre groupe vivait en Vénétie, dans le Nord-Est de l’Italie (au début du Moyen Âge, il a donné son nom à Venise) : c’était les Veneti des Romains et Enetoi (Hénètes ou Énètes) des Grecs. La langue est attestée par plus de deux cent cinquante inscriptions remontant au -VIè siècle et disparaît aux alentours du -Ier siècle, époque à laquelle les vénétophones sont assimilés aux Latins (les Venetulani sont un peuple disparu du Latium mentionnés par Pline). La Vénétie prend son nom de la population qui a occupé ce territoire vers environ -1 400. Les villes d’origines paléo-vénète sont Este, Padoue, Oderzo, Adria, Vicence, Vérone, Altino.

 

Durant l’Âge du Bronze, entre -1 350 et -1 150, les villages terramares (maisons sur pilotis) des basses plaines de la Vénétie entrèrent dans les circuits commerciaux impliquant la civilisation villanovienne, les côtes de la mer Baltique, la région Danubo-Carpatique, la mer Égée et la Méditerranée orientale. Dans les plaines du Sud de la Vénétie entre -1 150 et -900, le grand centre préurbain de Frattesina était un carrefour du commerce entre la Baltique, les Alpes orientales et Chypre, avec un système socio-économique fortement hiérarchisé. Les Vénètes adoraient la déesse Reitia, représentée avec un œuf et une clé dans sa main. Son nom a les mêmes racines que la déesse sparte Ortia, qui est également similaire au type de culte (dons d’outils de bronze). Il est possible que le culte de Reitia a ensuite été transformée en celui de Junon. Le culte de Reitia a également été constaté dans la Province de Belluno sous le nom de Ludera (ce qui signifie « libre »), et il a également été lié à deux autres divinités féminines (Pora et Veica). Un peu de la tradition religieuse des Vénètes anciens est resté aujourd’hui dans le folklore local des Monts Pallidi dans les Dolomites. Belluno se trouve dans la région des Dolomites : la ville commande la haute vallée de la Piave et par conséquent une des voies de pénétration depuis l’Europe Centrale vers la Vénétie et la péninsule italienne via la vallée du Pô. Habitée dans la première moitié du -Ier millénaire par des peuples Vénètes et les Celtes, le nom de la ville provient du celtique Belo-donum, « lumière profonde ». Les découvertes dans les lieux sacrés comprennent des lettres réparties en seize carrés, nombre sacré aussi pour les Étrusques. L’alphabet utilisé était d’ailleurs d’origine étrusque, les lettres se lisant de droite à gauche puis de gauche à droite sur la ligne suivante. Selon une thèse récente, la centurization "romaine" (la méthode de répartition des terres arables) a été inventé par les Vénètes, et c’était peut-être le résultat de méthodes anciennes basées sur la mesure des lieux et des terres sur la base de points de référence célestes. D’ailleurs, l’étymologie du mot vénète signifie « noble » ou encore « brillant » (comme Bélenos). En fait, il y a quelques endroits en Europe où cette racine a été trouvée, en particulier en France, Autriche, Bretagne, au Pays de Galles, dans les pays baltes et certaines régions slaves. Les anciens Vénètes négociaient les métaux et en particulier l’or. Beaucoup de découvertes archéologiques se font encore de nos jours, notamment en Carinthie (Land le plus méridional de l’Autriche), sur la "route de l’ambre" provenant de la région de la Baltique. Les Vénètes étaient renommés pour leurs compétences en navigation, une caractéristique qui attire un lien entre les Vénètes de l’Adriatique et la population celtique des Vénètes en Bretagne (qui, battus par César, ont dû divulguer les routes vers les îles britanniques).

Les Vénètes bretons étaient un peuple gaulois connu à travers les mentions de Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules. Au -Ier siècle, ils résidaient dans l’actuel département du Morbihan et ont donné leur nom à la ville de Vannes (Gwened en breton, mais leur capitale se situa probablement à Locmariaquer jusqu’au -Ier siècle), dont le dialecte a quelques différences avec le reste de la région. Auparavant, les Vénètes italiens commerçaient avec les Cénomans. Ils faisaient partie de la confédération des Aulerques et habitaient le pays qui constitua plus tard le Maine oriental. Leur capitale était Vindinon (nom d’origine celtique composé de Vindo- « blanc »» et de dunum « citadelle, enceinte fortifiée », que l’on rencontre également dans les textes relatifs à la mythologie celtique notamment pour désigner la résidence de dieux), aujourd’hui Le Mans.

D’autres peuples antiques ont un nom linguistiquement proche : Venelles/Unelles voire Vindonissa et Vandales. Les Unelles étaient l’un des peuples gaulois vivant, lors de son invasion par Jules César entre -58 et -51, dans la partie armoricaine de la Gaule chevelue occupant le Cotentin, le Nord de la Manche. Vindonissa est un ancien camp romain situé sur le site de l’actuelle commune suisse de Windisch, dans le canton d’Argovie (au pied Sud du Jura, au Sud-Est de Bâle). Les Vandales sont un peuple germanique oriental originaire de Scandinave, du Nord du Jutland (péninsule du Danemark) et du golfe d’Oslo. Ils conquirent notamment la Gaule et la Galice lors des Grandes invasions, au Vè siècle.

 

 

Belenos, divinité brillante et brûlante, était un dieu de la lumière, de la chaleur, de la fécondité, et se manifestait également dans les eaux claires, bouillonnantes et surtout dans les sources d’eaux chaudes. Il a des correspondants évidents dans la mythologie celtique, à commencer par Grannos chez les autres peuples celtes du continent (dieu solaire qui n’est peut-être qu’un surnom ou une représentation de Belenos, c’est un dieu guérisseur des sources thermales et minérales dont le culte semble s’être cantonné dans la région d’Aix-la-Chapelle même s’il était honoré au sanctuaire gallo-romain de Grand dans les Vosges. La relation est parfois faite avec Mac Greine, surnommé « fils du Soleil », dans la mythologie celtique irlandaise). Il est parfois désigné par le théonyme de Maponos, c’est-à-dire le « grand fils » (dieu de la jeunesse, force de l’homme jeune, surtout connu dans le Nord de la Grande-Bretagne mais aussi en Gaule), qui rappelle le Mabon gallois (« fils divin » de Modron, la « mère divine », et de Gwynn ap Nudd, c’est un dieu chasseur). Il a les mêmes pouvoirs curatifs que le Diancecht irlandais (dieu-médecin des Tuatha Dé Danann, son nom qui signifie « prise rapide » évoque la précision de sa magie et l’efficacité de sa médecine), sachant que son nom peut également signifier « dieu de la jusquiame », considérée comme une plante magique associée à la magie noire. Sa parèdre continentale est la déesse Belisama, « la très brillante ou très rayonnante» (associée au feu domestique, cette déesse du foyer est aussi en charge de l’artisanat du métal et du verre, et notamment l’art métallurgique et plus particulièrement la fabrication des armes où elle est alors la déesse des forgerons dans son aspect guerrier ; elle est aussi responsable des arts, en particulier du tissage. Par ce biais, elle a pu être christianisée tardivement en sainte Catherine. Elle a enfin un rôle de guérisseuse, associée aux sources thermales).

La racine indo-européenne bhel* signifie « brillant », « brûlant », « resplendissant », « éclatant ». Belenos doté de ces attributs est un dieu lumineux complémentaire de Lug (véritable spécialiste de la communication et protecteur des arts, il est issu du couple des Dioscures, les Jumeaux divins, une des plus anciennes figures du panthéon indo-européen). Belenos représente la lumière solaire ou les rayons solaires qui parviennent à la surface terrestre, alors que Lug, sorte de petit père de la création, représente la lumière stellaire, celle venant de l’ensemble des autres étoiles. Belenos est en quelque sorte diurne, laissant à Lug un rôle plutôt nocturne ou de support caché. Dieu de l’harmonie et de la beauté, ses fonctions principales restent la médecine et les arts. Par Lug et par Bélénos, la Gaule veut démontrer la primauté de la méditation, de l’intuition, de l’invention, du raisonnement et de l’esthétique sur toutes les autres préoccupations humaines. Représentant la patrie, Teutatès n’est pas nécessairement guerrier : en temps de paix, il devient protecteur, bâtisseur, législateur, industrieux, le premier "serviteur" de Lug et Bélénos, mais en temps de guerre il devient la nation en armes. Parfois représenté avec Bélénos et Lug (Apollon et Mercure), Cernunnos (dieu à cornes de cerfs, assis en tailleur, il serait la suprême sagesse) pourrait représenter la puissance solaire, fécondante, dont les deux sont les compagnons naturels. En outre, Bélénos étant la raison et l’esthétique et Lug la lucidité et l’ingéniosité, il parachèverait la triade en représentant la sagesse et la philosophie.

Son équivalent irlandais est Bile, le père de Mile (guerrier originaire d’Espagne dont le nom signifie « combat », « destruction »), roi des Milésiens, le dernier peuple à envahir l’Irlande. Il faut aussi rapprocher Belenos du germanique Baldr (dieu Ase de la lumière, la beauté, la jeunesse et l’amour. Il est le fils d’Odin et de Frigg. Son épouse est Nanna, et leur fils Forseti. Son domaine est Breidablik, qui est dans les cieux, dans une contrée d’où le mal est banni). L’irlandais Bile apparaît à la fin de la seconde bataille de Mac Tureadh (Cath Maighe Tuireadh), ainsi que Baldr dans la mythologie scandinave : les dieux sont affaiblis et une nouvelle génération assure le renouveau du monde. Ce passage du Lebor Gabála Érenn représente la version irlandaise de l’eschatologie indo-européenne (discours sur la fin des temps, cf. Ragnarök, Mahābhārata). Les chevaux, symboles solaires (et conducteurs des morts vers l’Autre Monde : en irlandais, sa forme nommée Beli, proche de Bel et de Bile, a été préservée dans la signification de « Dieu-Père de lumière, de guérison, de chaleur, et d’au-delà » car il est également connu en tant que dieu de la mort qui accompagne les âmes dans l’au-delà, là où il règne), symbolisaient probablement Bélénos lui-même (le mot gaulois belym signifie « lumière » et « souffle vital »). Le Belenos gaulois s’est finalement fondu dans le gréco-romain Apollon, ne conservant qu’un aspect solaire tronqué.

 

Belenos était honoré le 1er mai, lors de Beltaine, la fête de la purification du feu qui marque une rupture dans l’année, le passage de la saison sombre à la saison claire, lumineuse. Lors de cette fête, les druides accomplissaient un rituel consistant à faire passer le bétail entre des feux, en récitant des incantations, pour le purifier et le protéger des épizooties (maladies frappant, dans une région plus ou moins vaste, une espèce animale ou un groupe d’espèces dans son ensemble). Tous les feux rituels lui étaient en partie associés, à commencer par les feux de la Saint Jean au solstice d’été. Les sauts vigoureux des danseurs au-dessus du foyer collectif annonçaient la hauteur des récoltes (céréales, lin...) à engranger. Notons que la grandeur de la tige (donc de la paille) était attribuée à Lug ou à la Lune, alors que la grosseur du grain était conférée à Belenos/Grannos donc à la lumière solaire.

Contrairement à Samain, Beltaine n’est pas une fête des trois fonctions de la société celtique. C’est une fête sacerdotale dont le sens est « feu de Bel », une fête de renouveau. Beltaine marque une rupture dans l’année, on passe de la saison sombre à la saison claire, lumineuse, c’est aussi un changement de vie puisque c’est l’ouverture des activités diurnes : reprise de la chasse, de la guerre, des razzias, des conquêtes pour les guerriers, début des travaux agraires et champêtres pour les agriculteurs et les éleveurs. En ce sens, elle est l’antithèse totale de la fête de Samain [fête religieuse qui célèbre le début de la saison « sombre » de l’année celtique. C’est une fête de transition - le passage d’une année à l’autre - et d’ouverture vers l’Autre Monde, celui des dieux. Elle est mentionnée dans de nombreux récits épiques irlandais car, de par sa définition, elle est propice aux événements magiques et mythiques. Son importance chez les Celtes est incontestable, puisqu’on la retrouve en Gaule sous la mention Tri nox Samoni (les trois nuits de Samain), durant le mois de Samonios (approximativement le mois de novembre)]. Beltaine est la période de prédilection pour les rites de passage entre les périodes froide et chaude, entre l’obscurité et la lumière, entre la mort psychique symbolique et la renaissance spirituelle. De manière générale, Beltaine est la fête du changement du rythme de vie. Du rythme hivernal, on passe au rythme estival. La fête marque ce passage tant physiquement que spirituellement. Le Feu de Beltaine, élément druidique par excellence, est puissant, sacré et fort, celui qui l’allume doit être une personne de pouvoir. On suppose que l’assemblée des druides dans la forêt des Carnutes, attestée par César dans La guerre des Gaules, se tenait à l’époque de Beltaine. Des sacrifices d’animaux avaient lieu à cette occasion, ils étaient offerts en offrande aux dieux. De génération en génération, le folklore s’est emparé de Beltaine comme des autres fêtes celtiques et il en reste quelques usages comme la danse autour d’un mât de mai (un grand poteau planté dans le sol, symbole phallique, avec des rubans de toutes les couleurs attachés en son sommet, chaque participant tournant autour du mât avec un ruban dans la main), la pratique de la divination, les rituels de protection des maisons, les cueillettes de plantes (en particulier des orties), les sauts au-dessus des feux pour s’assurer bonheur et fertilité… Lors de la nuit du premier mai, le peuple évitait les lieux « fréquentés » par les fées et autres créatures du Petit Peuple parce que le voile entre leur monde et le nôtre est plus fin lors de la nuit de Beltaine. Les traditions folkloriques des bures et des feux de la Saint-Jean, consistant à allumer de grands feux sur certains sommets à des dates précises, remontent au dieu gaulois Belenos et ont perduré jusqu’au début du XXè siècle.

 

 

Après une longue période sans fêtes importantes couvrant l’été et une bonne partie de l’automne, mises à part celles des fins des moissons et du vin bien connues en Alsace, la Toussaint, Allerheilige, ouvre à nouveau le calendrier liturgique.

La fête de la Toussaint, qui joue toujours un rôle important dans notre société puisque c’est à son occasion, et surtout lors des Trépassés, Allerseele, que les membres des familles honorent le souvenir de leurs morts. La veille du jour des Trépassés, des bougies sont allumées sur les cimetières en souvenir des morts et pour le repos de leurs âmes, et à 20 heures on faisait (et on fait toujours çà et là) sonner les cloches – ce rite portait le nom de ‘s arme Seele lite, « sonner les cloches pour les pauvres âmes ». Les jeunes gens recevaient des récompenses en nature : noix, noisettes, pommes et poires, produits issus directement des récoltes qui viennent de se terminer et qui sont ainsi mis en circulation dans la société rurale, sans oublier des piécettes d’argent.

Durant cette nuit, et les suivantes, les jeunes gens s’amusaient à effrayer les personnes superstitieuses, les jeunes filles et les vieillards, avec des betteraves, Tirlips, évidées, dans lesquelles ils avaient sculpté des orbites vides et une bouche grimaçante, et placé une bougie allumée, afin que l’apparition soit vraiment terrifiante et infernale. Ce rite était basé sur la croyance au retour des âmes des morts, celles qui ne trouvent pas le repos, et qui tracassent les humains tout en implorant leur intercession pour être libérées des tourments du lieu intermédiaire. Ils frappaient également contre les volets des maisons dans lesquelles se déroulaient des veillées, projetant parfois des grains de blés ou d’autres graines contre ces volets, évoquant ainsi l’armée des ombres qui passe une fois que l’obscurité a envahi les rues du village. Ces nuits étaient appelées Klopf un Poppelnacht, « les nuits des coups heurtés contre les portes et les volets ». Ces betteraves étaient chargées d’une triple symbolique : l’évocation de la mort, celle de la lumière rassurante des foyers, et la présence de l’Au-delà, qui rôde autour des maisons. Ce qui prime c’est l’amusement, mais surtout la volonté de s’arracher à la monotonie et de la répétitivité du quotidien. Dans la tradition irlandaise celtique, la nuit qui va du 31 octobre au 1er novembre, était celle de la fête de Samhain, rassemblant les druides et les rois. C’était la fête la plus importante du calendrier celtique, au cours de laquelle les portes de l’Autre Monde, le Sidh, s’ouvraient sur le monde ordinaire des vivants, et ses habitants, dieux, déesses, démons et fantômes de toutes sortes entraient en contact avec les humains.

 

 

Noël-Wihnachte a été précédé d’un carême, composé également de quarante jours nommé Quadragésima Martini, qui commençait le lendemain de la Saint Martin, 11 novembre.

Le 24 décembre terminait la vieille année. Or, il se situe exactement 6 mois après la fête de Saint-Jean le Baptiste, le 24 juin, qui lui annonce, car il est celui qui ouvre le chemin, la venue prochaine du solstice d’hiver. Le terme alsacien Wihnachte est intéressant car il est construit sur la contraction de zu den wihen Nächten, « aux nuits sacrées », et désigne non pas un seul jour mais tous les jours et surtout toutes les nuits comprises entre le 25 décembre et le 6 janvier. Ces jours résument symboliquement l’année nouvelle en train de naître, c’est ‘s kleine Johr, « la petite année », chaque jour correspondant à un mois. Le soir précédent la fête de Noël est la veillée par excellence, triomphe de la lumière sur les ténèbres, moment de resserrement et de réaffirmation des liens familiaux, entretenus entre autres par l’échange de cadeaux.

 

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