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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Plan de la bataille selon https://archive.org/stream/bulletindelasoc00schegoog#page/n295/mode/2up

Plan de la bataille selon https://archive.org/stream/bulletindelasoc00schegoog#page/n295/mode/2up

 

Les collines sous-vosgiennes ont un relief doux et culminent entre 300 et 450 mètres. On les retrouve au Nord de Cernay, à Uffholtz et Wattwiller, à Leimbach, Roderen et Bourbach-le-Bas.

Située au débouché des vallées de la Thur et de la Doller, la plaine alluviale est un vaste secteur, en pente douce, penchée d’Ouest en Est. À Vieux-Thann, son altitude est de 320 mètres, à l’Est de Cernay, elle n’est plus que de 280 mètres. La limite entre la plaine et le relief est nettement perceptible.

 

Les glaciations de l’ère quaternaire ont modelé le paysage tel qu’on le connait par la formation des vallées. Aux débouchés de la Thur et de la Doller, les cônes de déjection forment des terrasses alluviales (alluvions composées de sables, de graviers, de petits galets et d’alluvions plus anciennes et grossières datées de Würm et Riss) dont l’épaisseur varie de 10 à 30 mètres. Elles recouvrent souvent les formations sédimentaires gréseuses et marneuses.

Les sols lœssiques de la plaine sont des lœss datant de la dernière glaciation, des accumulations de poussière calcaires déposées par le vent dont l’épaisseur varie de 2 à 4 mètres. Ces sols sont composés d’alluvions fines d’origine vosgiennes (limons argileux et argiles limoneux) et de lehm (lœss décarbonaté). Ils sont épais, riches en humus et peu ou pas soumis au lessivage. Ils ont, de plus, une très bonne capacité de rétention d’eau (drainage nécessaire dans le sud du territoire). Leur culture nécessite des amendements calciques et ils sont soumis au risque de tassement lorsque le taux de matière organique diminue trop fortement. Ces sols se caractérisent par le plus fort potentiel agronomique du territoire Thur-Doller et par leur caractère favorable à un large éventail de cultures non irriguées. Ils font partie des sols les plus fertiles de la région. Lorsqu’ils sont plus anciens, ces sols peuvent être mal drainés et fortement lessivés, leur hydromorphie est alors temporaire et ils sont plus difficiles à travailler.

Dans les vallons du piémont, ce sont des sols limono-argilo-sableux à argilo-limono-sableux au caractère hydromorphe très contraignant pour leur mise en culture (nécessité de drainage). Leur potentiel étant difficile à exprimer, ces sols sont surtout couverts par la prairie de fauche.

À la marge des collines viticoles, les premières buttes du piémont sont composées de sols argilo-limono-sableux plus ou moins profonds et plus ou moins hydromorphes. Ils sont issus de matériaux argilo-calcaires et donc légèrement basiques. Les contraintes liées aux risques d’engorgements, de tassements et de lessivages limitent fortement leur potentiel agronomique. Ils sont actuellement surtout occupés par des bois mixtes, des prés-vergers et quelques parcelles de culture céréalière. Les collines du piémont sont traditionnellement dédiées à la culture de la vigne. Ces sols sont limono-sableux, légèrement caillouteux et acides, à argilo-limono-sableux très hydromorphes et à pH variable. Ils peuvent également correspondre à des sols d’origine volcanique, sableux et riches en éléments ferromagnésiens et en aluminium. Ces sols sont soumis localement à des contraintes topographiques importantes et lorsque le terroir ne justifie pas leur conservation les vignes ont généralement cédé la place à la forêt ou aux prés-vergers.

 

 

Des arrivées d’air par la trouée de Belfort au niveau du piémont et de la plaine introduisent un caractère plus tempéré au niveau de la plaine et du piémont. Les précipitations encore importantes dans les fonds de vallées du versant oriental s’amenuisent considérablement à l’approche de la plaine d’Alsace (1000 mm/an au niveau de Thann). Le régime pluviométrique est alors intermédiaire, caractérisé par un maximum estival lié aux orages (influence continentale), un maximum hivernal (influence montagnarde) et un minimum de printemps.

 

En règle générale, les forêts de plaine sont dominées par la chênaie-charmaie mais elle peut laisser place à une grande variété d’essences lorsque des conditions topographiques, édaphiques ou microclimatiques spécifiques les imposent. Du fait de leur facilité d’accès, les activités humaines ont fortement dégradé les peuplements. La grande faune (sanglier et chevreuil) est bien présente dans ces forêts, surtout à proximité des cours d’eau. Les bas versants, en particulier lorsqu’ils bénéficient d’un bon ensoleillement, accueillent naturellement la chênaie sessiliflore (qui ne possède pas d’attache apparente et semble donc directement fixé au support sans l’intermédiaire d’un pied) mais ces milieux ont souvent fait l’objet de déboisements à des fins agricoles (vignes, vergers…). Le Chat forestier y est également inféodé.

Les prairies de bas versants et de plaine (prairies bocagères, prés-vergers, pâturages) sont de différents types qui présentent tous un intérêt écologique certain. Les prairies constituent souvent les coupures vertes entre les villages des vallées ou, de manière relictuelle, la périphérie villageoise sur le piémont et dans la plaine. Ce sont des espaces riches en espèces de fait de leur caractère écotonal (présence de lisières, des haies…). Les prés pâturés sont généralement moins riches que les prés de fauche. Une pression de pâturage importante peut, en effet, modifier profondément la composition de l’herbage.

 

Les cours d’eau du Pays Thur Doller, cette dernière en particulier, présentent des milieux remarquables et parfois à très haute valeur écologique, paysagère et fonctionnelle. La dynamique fluviale (rivières à fonds mobiles) au niveau de la basse vallée de la Doller et sur la Thur entre Vieux-Thann et Cernay, permet l’expression de groupements végétaux, devenus rares en Europe. Le contexte est surtout salmonicole (Zone à Truite) et, plus en aval, on retrouve un contexte intermédiaire (Zone à Ombre – l’espèce est présente dans la Doller). Les espèces les plus remarquables sont le Chabot et la Lamproie de Planer, en tête de bassins, et l’Anguille. Les abords de rivière en sortie de vallée sont des lambeaux de forêts alluviales (Saules, Peuplier noir), des prairies inondables, des milieux pionniers remaniés au passage des crues, de petites roselières... À plus grande distance du lit actif, s’installe l’aulnaie-frênaie. Il est à noter qu’une population de Castors relativement importante se maintient sur la Doller.

 

 

On remarque dans la region d’anciennes concessions minières : Bitschwiller-lès-Thann, Husseren-Wesserling, Kirchberg, Leimbach, Malmerspach, Masevaux, Niederbruck, Rammersmatt, Rimbach, Roderen, Saint-Amarin, Sewen, Sickert, Storckensohn, Thann, Wattwiller et Willer-sur-Thur.

Les indices toponymiques les plus courants tels que « -rott » et « -hart » viennent de l'allemand « défricher », « -roden » correspond à l’expression française essarter, « arracher les épines et les bois », « défricher les broussailles après déboisement ».

 

Situé au pied des collines sous-vosgiennes, au Sud-Ouest de Thann, entre les vallées de la Thur et de la Doller, Roderen s’étire tout au long d’un vallon creusé par la Petite Doller. Le village offre une exceptionnelle qualité de panoramas sur les Hautes Vosges et la Plaine d’Alsace. C’est ainsi que Roderen est marqué par une occupation du Néolithique, tout comme Niedere Heiden (Leimbach) et Brandwaldkopf (Vieux-Thann).

 

L'Ochsenfeld, région naturelle de Mulhouse, signifie « le champ aux bœufs » en allemand car elle était au Moyen Âge entièrement dévolue à l'élevage bovin. La plaine de l'Ochsenfeld s'étend depuis la sortie de la vallée Thann (Thur) à l'Ouest jusqu'à la Hardt (après Mulhouse) à l'Est, et du Sundgau au Sud jusqu'à Ensisheim au Nord (la partie Nord-Est est occupée par le massif forestier du Nonnenbruch).

Située à proximité de la vallée de la Thur et de la route longeant les collines sous-vosgiennes, la pauvreté relative du sol dans la plaine de l'Ochsenfeld a fait que les villages se sont développés d'abord en fonction de la route plus que par l'agriculture.

Les origines de Cernay sont mal connues et l'on ignore si le site a vraiment servi d'habitat durant la Préhistoire. Toujours est-il qu’on a découvert au lieu-dit Oberochsenfeld (à la limite de Cernay et Vieux-Thann) des tombes d’incinération sous tumulus datées de La Tène moyenne (La Tène II, C-D, -250 à -100) contenant notamment une épée tordue et une lance en fer très longue, semblables à ce qu’on trouve à Bettingen et Tauberbischofsheim (dans le Bade-Wurtemberg, à une centaine de kilomètres au Sud de Francfort).

 

 

L'Ochsenfeld est également le nom d'un lieu-dit situé entre Cernay et Wittelsheim, entre le quartier Faubourg de Belfort et la cité Langenzug, à proximité de l’ancienne voie romaine et de trois gués sur la Thur, où Jules César aurait remporté sa bataille sur Arioviste dans le combat le plus acharné de l'époque. Des fouilles y ont permis dans les années 1970 de mettre au jour les vestiges d'un camp romain sur la plaine de l'Ochsenfeld (magna planitus, « grande plaine »). Cette bataille, appelée bataille des Vosges, bataille en Alsace ou bataille de l'Ochsenfeld, au vu de l'incertitude sur sa localisation, voit la victoire des Romains commandés par Jules César, général et proconsul des Gaules, sur le chef suève Arioviste, chassant les Germains de l'autre côté du Rhin. C'est la deuxième bataille majeure de la Guerre des Gaules après celle de Bibracte contre les Helvètes et les Boïens. Cette bataille opposa environ 40 000 Romains à 60 000 Germains.

 

Il semble qu'Arioviste et des populations suèves des vallées du Neckar (rivière du Bade-Wurtemberg, affluent de la rive droite du Rhin) et du Main (il arrose sur 524 km les Länder de Bavière, Hesse et Bade-Wurtemberg, où ses grands méandres dans sa partie centrale traversent les villes de Bayreuth, Wurtzbourg et Francfort, avant de se jeter dans le Rhin en face de Wiesbaden ; ce cours d'eau a été impliqué dans de nombreuses batailles et guerres depuis l'Antiquité) aient traversé le Rhin vers -75. Au fil des ans, les peuples germaniques traversent le Rhin et atteignent près de 120 000 personnes. Les Suèves (Suevi ou Suebi en latin) sont un vaste groupe de populations germaniques qui vivait jadis dans le Nord-Est de la Magna Germania sur la mer Baltique (désignée comme Mare Suebicum). Le géographe Claude Ptolémée (IIè siècle) dans sa Géographie localise à l'emplacement des rivières actuelles Swine et Oder le fleuve Suebos. Comme tribus suèves ont été désignées à l'époque de Tacite, les Semnons (dans la Germanie, 39, ils passaient pour le fondement du peuple suève), les Marcomans, les Hermundures, les Quades et les Lombards, et parfois les Angles. Sur le plan archéologique, ils se laissent identifier, au plus tôt, dans les Germains de l'Elbe. Les sources antiques perdent leur trace au -IIè siècle que ne réapparaisse leur nom dans des sources plus tardives. Ils ont participé aux grandes migrations et pour certains d'entre eux sont parvenus jusqu'à la péninsule Ibérique.

Ils comptaient 100 groupes avec 1 000 hommes capables de combattre. Ils n'auraient pas connu de résidence fixe, mais se seraient déplacés chaque année dans le cadre des campagnes armées. La taille de l'alliance tribale suève est probablement due, dans la majorité des cas, à l'intégration d'autres tribus attirées par la gloire des Suèves à la guerre. Dion Cassius signale dans tous les cas, que « beaucoup d'autres manifestent la prétention d'être Suèves». Poussés sans doute par d'autres peuples migrants, les Suèves quittent la rive orientale de l'Elbe au -Ier siècle. Menés par Arioviste, leur migration les conduit aux abords de la Gaule.

Arioviste était le chef d'une coalition germanique des Suèves. Bien qu'il fût un Germain de pure souche, il parlait le celtique et portait un nom celtique : Ariovistos signifie « qui voit au loin ». Ce nom a dû lui être donné par les combattants celtes de sa coalition. Il peut être mis en relation avec la présence à ses côtés de prophétesses. Le monde romain ne lui était pas inconnu, puisqu'il se rendit à Rome et reçut grâce à César le titre de roi des Germains et ami du peuple romain. Il logea à cette occasion chez Marcus Mettius, un proche de César. Il a épousé une femme gauloise et une autre issue de la tribu des Noriques, sur le Danube.

 

Les Éduens (établis dans la Nièvre et de Saône-et-Loire ainsi que dans l'arrondissement de Beaune et à l'Est de l'Allier, Bibracte était leur capitale ; ils disposaient des riches terres de la partie occidentale de la plaine de Saône. Leurs voisins et ennemis étaient les Séquanes au Nord-Est et les Arvernes au Sud-Ouest, les Lingons étaient leurs alliés au Nord. Les Romains firent, dès le -Ier siècle, alliance avec eux, et le Sénat romain les proclama frères de la république. Rome profita de la rivalité qui divisait les Éduens et les Arvernes pour intervenir dans les affaires de la Gaule et l'asservir plus facilement) et leurs alliés affrontent les Germains aidés de leurs alliés gaulois Arvernes (du fait de leurs ressources en or, argent, bronze et de leur maîtrise de la métallurgie et de l'artisanat, les Arvernes, peuple du Massif central au carrefour des échanges Est-Ouest et Nord-Sud, sont l'un des peuples gaulois les plus riches et les plus nombreux, avec au moins 4 oppidums, bâtis sur des volcans et dominant la plaine. Ils offrent leur protection à plusieurs peuples alentour et sont réputés pour leurs chevaux rapides et leur cavalerie) et Séquanes (qui contrôlaient un vaste territoire correspondant à la majeure partie de la Franche-Comté, entre la Saône, la Bresse, le Jura, les Vosges et le Sundgau qui leur fut enlevé peu avant l'intervention de César par Arioviste ; ils avaient conclu certaines alliances avec Rome, qui permettait à la république d'avoir les Séquanes en barrière face aux Germains), mais sont sévèrement battus, perdant une grande part de leur aristocratie. Les Séquanes sont pourtant les principales victimes de l'invasion germanique, Arioviste s'étant emparé de leurs terres pour les siens et 24 000 Charudes, peuplade germanique alliée venant du Jutland (péninsule formant la partie continentale du Danemark). Ainsi, petit-à-petit, de nombreux Germains s'installent en Gaule, où les terres sont plus fertiles que celles d'outre-Rhin.

 

 

D'après des sources grecques, l'alliance des Éduens avec Rome est antérieure à -138. Selon certains historiens, l'alliance aurait été conclue au -IIè siècle ou au début du -IIè siècle, époque à laquelle les Romains ont forgé leurs légendes divines et donc leurs liens de sang avec Troie, ainsi que leurs alliances avec des cités telles que Massalia. Il n'est donc pas impossible que les Éduens aient été intégrés à ces légendes et donc considérés comme frères de sang par le Sénat romain : le territoire éduen (qui contrôlait la Loire, la Saône et l'Yonne) était propice aux rencontres avec des marchands italiens remontant ces fleuves. En outre, les Arvernes se sont aussi revendiqués de ce lien de parenté bien que Rome ne l'ait jamais accepté.

 

Depuis le début du -Ier siècle, l'important peuple gaulois des Séquanes dont le territoire se situait sur l'actuelle Franche-Comté et le Sud de l'Alsace, s'opposait de plus en plus au peuple éduen. Ce peuple était devenu le plus puissant de Gaule grâce à son alliance avec Rome qui l’avait aidé à abaisser le peuple arverne. Les Éduens contrôlaient la navigation sur la Saône et imposaient aux autres Gaulois (dont les Séquanes) de lourds péages. Contraints par les Éduens à l'Ouest, les Séquanes allaient l'être aussi par les Germains à l'Est. Depuis l'an -72 des Germains suèves (tribus triboques et némètes) avaient franchi le Rhin vers Mogontiacum (Mayence) et continuaient leur migration vers le Nord de l'Alsace. Leur chef était le roi Arioviste. Dans un premier temps, les Séquanes imaginèrent utiliser ces guerriers germains pour mater leurs adversaires éduens. Pendant les années -65/-61, cette coalition suève-séquane (soutenue par les Arvernes, moins présents, signe peut-être de dissensions intérieures, ou qu’ils s’étaient contentés de l'abaissement de leur ennemi ? Toujours est-il qu'ils observèrent d'abord une neutralité prudente face à César) infligea plusieurs défaites aux Éduens qui perdirent une grande partie de leur cavalerie. Mais comme prix de cette aide, les Suèves exigèrent d'abord le Sud de l'Alsace puis un tiers du territoire séquane. Ils firent aussi venir d'autres Suèves en Gaule (tribu des Charudes) et on estime à environ 120 000 le nombre des Germains installés dans l'Est de la Gaule en -60. Devant les exigences de plus en plus oppressantes d'Arioviste, les Séquanes décidèrent de renverser leurs alliances et de s'unir aux Éduens pour contrer la poussée germanique. Mais l'armée coalisée gauloise fut écrasée le 15 mars -60 à la bataille de Magetobriga/Admagétobrige. Cette seconde bataille entre les Germains et une coalition celte oppose les troupes d'Arioviste aux Séquanes et Éduens vers -60 en limite des territoires séquanes et éduens, au Mons-Arduus au confluent de la Saône et de l'Ognon (actuel Mont-Ardoux près de Pontailler-sur-Saône). Après ces événements, Arioviste se conduit en despote envers ses vassaux gaulois.

Après cette très nette victoire, Arioviste exigea un second tiers du pays séquane, la remise d'otages et le paiement de tributs importants. Il se considérait désormais comme le suzerain des peuples éduen et séquane. Désespérés, les Gaulois envoyèrent un émissaire à Rome, l'Éduen Diviciacos, pour implorer l'aide du Sénat romain. La réponse fut longue à venir. Le Sénat décide d'intervenir et convainc Arioviste de suspendre sa conquête de la Gaule, par l'intermédiaire du consul de -59, Jules César, qui octroie au chef barbare le titre d’« ami du peuple romain ». Cependant ce dernier recommence à harceler ses voisins gaulois, ce qui les incitent à en appeler à César, vainqueur des Helvètes, le seul à pouvoir empêcher Arioviste de franchir une nouvelle fois le Rhin à la tête d'une armée, et de défendre ainsi la Gaule du roi germain. Il faudra attendre la nomination de Jules César proconsul en Illyrie et en Gaule transalpine, en -58, pour que six légions romaines (30 000 hommes) viennent repousser les Germains d'Arioviste.

 

Vers -60, « quand César arriva en Gaule, un de ces partis avait à sa tête les Éduens, et l’autre les Séquanes. Ces derniers qui, réduits à leurs seules forces, étaient les plus faibles, car les Éduens jouissaient depuis longtemps d’une très grande influence et leur clientèle était considérable, s’étaient adjoint Arioviste et ses Germains, et se les étaient attachés au prix de grands sacrifices et de grandes promesses ». Cependant, les Suèves s'installent sur les terres des Séquanes, dans le Sundgau.

En -60, Casticos, un notable séquane fils de Catamantaloedis qui avait régné sur ce peuple, se serait emparé du pouvoir suprême à l'instigation d'Orgétorix, notable des Helvètes (ensemble de peuples celtes de l'extrémité orientale de la Gaule originellement établis en Wurtemberg - Sud-Ouest de l'Allemagne, avec comme capitale Stuttgart - d'où ils ont émigré vers le plateau suisse lors de la mise en mouvement des Suèves vers le Sud-Ouest de la Germanie au début du -Ier siècle) prétendant au trône. Le but des Helvètes était ainsi d'obtenir l'autorisation de traverser le territoire séquane et de migrer vers l'océan Atlantique, chez les Santons. Jules César les affronta en -60, une première fois sur le territoire des Séquanes, lors du passage de la Saône, puis à la bataille de Bibracte, alors qu'ils étaient menés par Divico. Il note qu'ils étaient 368 000 (dont 92 000 guerriers) au début des combats. Après la guerre contre les Helvètes, presque tous les peuples de la Gaule envoient des ambassadeurs à Jules César pour le féliciter de sa victoire et lui demander son consentement pour une assemblée générale de toute la Gaule, car la victoire récente des Romains implique officieusement la souveraineté de Rome et de César sur les Gaulois. L'approbation de l'assemblée n'est qu'un prétexte pour César, qui veut rencontrer les peuples de la Gaule pour obtenir l'autorisation d'intervenir légalement dans leur défense contre les envahisseurs germains d'Arioviste.

 

Jules César choisit le prétexte de cette migration pour déclencher la guerre à toute la Gaule : il voulait avant tout empêcher que des Germains d'outre-Rhin s'installent dans l'Helvétie abandonnée par ses habitants, ce qui aurait constitué une menace directe pour Rome, César craignant qu'une fois la Gaule conquise, les Germains s'en prennent à la Gaule transalpine et à l'Italie même, comme les Cimbres et les Teutons vers -100. Tout d'abord, il envoie des ambassadeurs à Arioviste, qui refuse un entretien en terres gauloises et signale que César et les Romains n'ont pas à s'occuper des guerres germano-gauloises. De plus, il fait valoir son droit de rester en Gaule sur des terres qu'il a conquises. César envoie alors un ultimatum au roi germain, dans l'espoir non pas de l'effrayer, mais de l'irriter et que la guerre soit déclarée, lui signalant qu'il ne serait encore considéré comme un « ami du peuple romain » que s'il respecte les exigences suivantes : de ne plus transférer des populations germaniques d'outre-Rhin en Gaule ; de restituer les otages éduens qu'ils détiennent et d'accepter des Séquanes qu'ils en fassent autant ; de ne pas provoquer de nouvelles guerres contre les Éduens et leurs alliés. S'il refuse ces exigences, César signale aussi que le Sénat autorise le proconsul à défendre les Éduens et les autres alliés de Rome. Le roi germain Arioviste répond à cet ultimatum sans crainte, que les Éduens sont ses vassaux par le droit de la guerre, et met au défi César de lutter contre lui, en lui rappelant la valeur de ses troupes, jamais défaite à ce jour. De plus, des Suèves pourraient grossir les rangs de l'armée germaine.

Arioviste se met en marche avec son armée en direction de Vesontio (aujourd'hui Besançon), la ville la plus importante des Séquanes : c'est le prétexte suffisant et sérieux que voulait César pour partir en guerre, et il met sa propre armée en marche forcée pour rejoindre l'oppidum gaulois avant le roi germain. Une fois la ville prise, il y place une garnison. Alors à Vesontio, l'armée romaine est prise de panique à l'idée d'affronter les Germains, qui se renforcent de jour en jour, les mêmes qui ont pendant 10 ans menacés l'Italie et massacrés les armées romaines jusqu'à ce que Caius Marius rétablisse la situation. César harangue ses troupes pour leur redonner courage.

Début août, peu de jours après la prise de Vesontio, César reprend son avancée contre Arioviste qui se situe à un peu plus de 35 kilomètres. C'est alors que le roi germain demande une entrevue avec César dans une vaste plaine à mi-distance des deux camps. César réitère ses exigences et Arioviste lui rétorque que ce sont les Gaulois qui l'ont initialement appelé sur leurs terres, qu'il a vaincu les Éduens sur le champ de bataille, et que le droit de la guerre lui autorise d'en faire ses vassaux. Lors de cette rencontre houleuse avec César, Arioviste avait proposé une partition de suzeraineté en Gaule, le Nord dominé par les Germains, le Sud par Rome. César se refuse à comprendre les arguments du roi et se retire, peut-être parce que les cavaliers germains ont menacé la garde romaine de César, et les négociations s'en arrêtent là. Arioviste déplace alors son camp et l'approche de celui de César, à environ 9 kilomètres, au lieu des 35 précédemment. Le jour suivant, il s'approche à travers la forêt et tente de couper le ravitaillement de César, n'étant maintenant plus qu'à 3 kilomètres des Romains. De nombreuses escarmouches ont lieu entre les deux camps, mais Arioviste refuse le combat en ligne et préfère envoyer 6 000 cavaliers et autant de fantassins pour déstabiliser l'armée romaine. Après plusieurs jours d'escarmouches, César fait édifier un second camp plus proche de celui des Germains, et les efforts de ces derniers pour empêcher la manœuvre échouent. Des deux côtés, de nouveaux combats d'avant-garde font d'importantes pertes, et les Germains réussissent une fois à presque s'emparer des camps romains à l'improviste. Le sort de cette guerre se décide le lendemain, lorsque César déploie ses troupes, les auxiliaires devant le second camp, et les six légions s'étendant jusqu'au premier camp, en trois lignes. Puis il fait avancer son armée d'environ 35 000 hommes contre Arioviste, qui dispose son armée d'au plus 70 000 guerriers par tribus : les Charudes, Marcomans, Triboques, Vangions, Némètes, Sédusiens et Suèves. Autour de l'armée germaine, de nombreux charriots interdisent aux hommes de fuir le champ de bataille.

 

À l'automne, la bataille de l'Ochsenfeld commence dans la plaine d’Alsace, près des Vosges, entre les villes actuelles de Mulhouse et Cernay. Le combat s'engage sur l'aile droite romaine et tourne immédiatement à un furieux corps-à-corps, les soldats n'ayant pas eu le temps d'envoyer leurs armes de jet avant le contact. Les Germains se regroupent alors en phalanges. Ils sont enfoncés sur leur aile droite, mais se renforcent à gauche et sous le nombre, les Romains plient. Un jeune lieutenant de César qui mène la cavalerie, Publius Crassus, prend l’initiative d’envoyer la troisième ligne des légions à l’appui de l’aile gauche qui perd pied. Cette initiative assure la victoire sur Arioviste.

 

 

Essayons de localiser de manière plus précise les lieux où se déroulèrent cette bataille. Le campement d'Arioviste à Uffholtz n'a rien de contraire au texte des Commentaires, rien de contraire aux coutumes des Barbares qui mettaient volontiers leurs camps le long des montagnes et des rivières. César camperait alors entre Bourbach et Leimbach, sur les hauteurs de Rammersmatt.

 

« Le même jour Arioviste fit avancer ses camps et s'arrêta à 6000 pas de ceux de César, dessous une montagne ».

Arioviste qui vient de jeter aux fers les deux légats de César et qui s'avance résolument vers lui, ne vient pas de Soultz, comme le prétend Napoléon, mais des bords de l’Ill, des environs de Pulversheim et il remonte la Thur depuis là jusqu'à Uffholtz. Là, effectivement, ne se trouve-t-il pas sub monte, « sous le mont », à 6000 pas ou neuf kilomètres de César qui campait alors entre Rammersmatt et Roderen ? Venant des environs de Pulversheim, village situé dans la plaine, sur la route actuelle qui va de Mulhouse à Rouffach, le mouvement d'Arioviste, qui s'arrête entre Cernay et Uffholtz, n’a rien d'anormal et d'incompatible avec l'étrange composition de son armée. Le verbe promovere indique bien une double action : il indique qu'Arioviste a levé et mobilisé ses camps, tout en les avançant vers César.

 

Les positions de César sont ici avantageuses. Il domine la plaine d'assez haut. Son grand camp formait un carré, dont les côtés sont orientés vers les quatre points cardinaux. Le front de ce camp était tourné du côté du levant, soit du côté de Cernay ou de Reiningue ; l'arrière du camp venait s'appuyer aux premiers contreforts du Rossberg, situé au couchant ; le côté droit, regardant le midi, devait s'incliner vers Bourbach-le-Bas, tandis que le côté gauche, regardant le Nord, devait s'étendre jusque vers Leimbach. Des deux côtés l'eau ne manquait pas. La voie principale du camp, celle à laquelle aboutit le praetorium (« tente du général »), pouvait être cette vieille route des Vosges qui vient de Langres, et dont on a trouvé des traces à travers toute l'Alsace et notamment entre Uffholtz et Cernay sur la route de Wattwiller à Soultz. Devant lui, sur la plaine, le camp aboutit à une route qui vient de la vallée de Thann. Cette route importante longe la plaine depuis Thann jusqu'à Roderen, c'est-à-dire qu'elle va du Nord au midi et changeant de direction en ce dernier endroit, se prolonge jusqu'à Reiningue en passant par Aspach-le-Haut et Aspach-le-Bas. Une route devait jadis relier le vallon de Roderen à celui de Bourbach-le-Bas, une autre pouvait se diriger depuis là jusqu'à Guewenheim, situé le long de la Doller à trois kilomètres environ d'Aspach-le-Haut, à quatre de Schweighouse, à cinq de Rammersmatt. L'existence de ces routes n'est pas une simple hypothèse, car la plaine de l’Ochsenfeld est sillonnée de routes anciennes et connues dont l’une se dirigeait sur Angeot (13 km au Nord-Est de Belfort) en passant par Wittelsheim, Schweighouse, Guewenheim et Soppe-le-Haut, dont l'autre allait d'Uffholtz à Reiningue et de là d'une part à Ensisheim et vers Illfurth, d'autre part.

 

« Le lendemain de ce jour, Arioviste fit passer ses troupes près du camp de César et alla de là camper 2000 pas plus loin que lui, dans le dessein de lui couper les vivres, venant tout à la fois du pays des Séquanes et de celui des Éduens ».

Arioviste en ce jour-là, transporta ses troupes, toutes ses troupes (copias suas) auprès des camps de César (praeter castra Caesaris) sans le provoquer au combat. La préposition trans, dans le verbe transducere, n'implique aucun arrêt, aucune halte des troupes et par conséquent aucun combat, aucune provocation. Arioviste, la chose est évidente, n’a nullement le dessein de s'arrêter auprès des camps de César dont, depuis Uffholtz, il a pu apercevoir toute l’étendue. Ce qu'il veut réellement, c'est aller camper 2000 pas plus loin que César ; ce qu'il veut, c'est couper les vivres à César, c'est-à-dire s'en emparer ou par ruse ou par force. En s'éloignant de lui de 2000 pas et en construisant en ce lieu ses campements à la méthode des Barbares, Arioviste est arrivé à son but, c'est-à-dire au but de sa démarche. Prétendre que par cet éloignement, la route d'accès ou de ravitaillement est interceptée par l'armée germaine, c'est mal exprimer la pensée de César qui ne parle nulle part de voie interceptée. Encore une fois, il n'y a pas un mot dans le texte qui permette une pareille supposition. Arioviste atteignit donc les camps romains près de Roderen à 9 kilomètres (6000 pas) d'Uffholtz, de là il s'éloigna de César avec ses troupes pour aller vers Aspach, ce qui reporte effectivement 3 kilomètres plus loin (ultra tum) : César ne pouvait s'exprimer plus clairement. Ce lieu convient à Arioviste, tant pour camper avec la partie vaillante de son armée que pour couper les vivres à son ennemi, trop bien établi, trop haut placé pour quitter de suite ses positions avantageuses et habilement choisies contre une attaque en masse des Barbares.

 

Si Arioviste avait prévu qu'il embarrasserait ainsi son adversaire et le forcerait à chercher d'autres positions, on ne peut que rendre hommage à son astucieuse perspicacité. Remarquons ici qu'Arioviste, en s'éloignant de Roderen, se rapproche de fait de l'arrière-train qu'il a laissé vers Cernay sur les bords de la Thur. Son grand camp distribué par tribus et dont le front est tourné vers l'Ouest, c'est-à-dire vers Michelbach et Guewenheim, aura son côté droit tourné vers Roderen, son côté gauche vers Aspach-le-Bas et communiquera ainsi facilement avec l'arrière-train qui campe à Cernay et avec la route qui va de là à Belfort. Remarquons encore combien cette marche d'Arioviste est facile, puisqu'il reste avec son armée sur des routes praticables, combien elle s'adapte à son caractère provoquant et altier (cette marche lui fournit, en effet, l'occasion de narguer son adversaire, après l'avoir offensé), combien enfin elle est simple, sans fatigue et sans danger pour son armée.

Les vivres, qui étaient transportés à dos de mulets du fond de la Séquanie, pouvaient-ils prendre une autre route que celle qui amena César en face des Germains ? On pourrait difficilement en imaginer une autre. Or, ce qui ressort clairement de ce système, c'est qu'Arioviste en s'éloignant des camps de César, s'est éloigné en même temps de cette route, c'est qu'en venant camper à trois kilomètres de César, il laisse celui-ci, au moins jusqu'à une certaine distance, complètement maître de sa route de ravitaillement. César ne peut pourtant en défendre l'approche à la cavalerie germaine ; mais dans ce système, il peut encore la surveiller du haut de son poste d'observation, et il la garde tant bien que mal en la disputant aux cavaliers qui viennent l'infester.

 

Tout prouve dans ce texte que César campa aux abords de l’Ochsenfeld, bien avant qu'Arioviste y fût arrivé. Planities erat magna (« Il était une grande plaine »), ainsi s'exprime César, quand il a atteint le lieu où il a résolu de camper et où il a attendu l'arrivée d'Arioviste pendant plusieurs jours.

Il y a, comme on le voit clairement, une grande différence entre la position de César, campé solidement sur les hauteurs de Roderen et la position de celui-ci refoulé sur Cernay et l’on peut ainsi s'expliquer pourquoi César laisse Arioviste achever sa marche à travers l’Ochsenfeld. Comment dans ces conditions, Arioviste gêne-t-il le ravitaillement de l'armée romaine ? C'est la cavalerie germaine qui commet ce méfait et qui détrousse les porteurs de vivres, malgré la résistance de la cavalerie romaine. Et la chose est fort claire, et aussi conforme au texte de César que conforme au génie d’Arioviste, qui depuis 15 ans, s'est emparé de ce pays et qui, par ses brigandages, en a fait un vrai désert.

 

« À partir de ce jour, César produisit ses troupes au-devant de ses camps et les disposa en ligne de bataille, afin que, si Arioviste eût voulu combattre, la possibilité de le faire ne lui eût pas manqué. Arioviste, pendant tout le cours de ces cinq jours, retint ses troupes dans leurs camps et chaque jour livra des combats de cavalerie. Et voici le genre de combat, auquel les Germains s'exerçaient : à six mille cavaliers était adjoint un pareil nombre de fantassins d’élite (très agiles et très forts), parmi lesquels chaque cavalier en avait choisi un, chargé de veiller sur lui dans les combats (suae salutis causa). Selon les circonstances, les cavaliers se repliaient sur les hommes à pied, ou ceux-ci accouraient à leur secours. Si, blessés, ceux-là tombaient de cheval, ils se trouvaient entourés par leurs hommes à pied. Ils vont si vite par un long exercice que, s'il faut avancer ou reculer, ils égalent la course des chevaux, en s'attachant à leurs crinières ».

César dit en termes clairs qu'il a disposé ses troupes en ligne de bataille devant ses camps pour y attirer Arioviste, mais que celui-ci maintint ses troupes dans leurs retranchements, se contentant de s'isoler et de guerroyer avec sa cavalerie, et cela cinq jours de suite. C'est donc, de part et d'autre, une immobilité calculée et réellement délibérée. Ces combats de cavalerie auxquels se livre chaque jour Arioviste n'ont pas pour but d'éprouver la valeur des cavaliers romains ou de cacher le jeu d'Arioviste, mais ils ont pour but d'attaquer directement les porteurs de vivres qui viennent, eux aussi, à cheval et en caravanes armées approvisionner l'armée romaine. Ces manœuvres s’adaptent au brigandage auquel elle se livre journellement et qui a ses dangers, qui a ses réussites et ses défaites. On ne voit pas ce que César aurait pu ajouter à son récit, pour mieux expliquer et mettre en évidence ce qu'il a souffert de la part de la cavalerie d'Arioviste. D'ailleurs le texte de César est clair : Cesarem commeatu intercludere signifie « priver César de ses vivres » et non pas intercepter sa route de ravitaillement. On entrevoit maintenant la raison pour laquelle César propose le combat à Arioviste cinq jours de suite, sans trop se soucier de ses vivres, sans chercher d'autres positions.

La position de César n'est pas aussi désespérée que la dépeignent les autres traducteurs et sa tactique s'adapte aisément avec cette même position. Ce qui achève de peindre la vraie situation de César, c'est encore cette réflexion que les avances qu'il fait à Arioviste, mettent celui-ci dans la possibilité réelle de livrer combat : Ut, si vellet Ariovistus proelio contendere, ei potestas non deesset (« Donc, même si Arioviste doit être prêt à s'engager dans la bataille, il pourrait ne pas le vouloir »). Cette réflexion de César n'est pas inutile et oiseuse. Pour ses contemporains elle était en vérité superflue ; car, sans qu'il l'eût dit expressément, ceux-ci auraient compris que c'est bien César qui rend à Arioviste le combat possible. Mais pour ceux qui ont trouvé moyen de mettre César en si fâcheuse posture vis-à-vis d' Arioviste, il était important d'apprendre par le texte même que c'est lui qui appelle au combat et que c'est lui qui rend la chose possible à Arioviste. Ou on se trompe, ou cette attitude signifie encore une fois qu'il est dans les conditions convenables pour recevoir l'armée ennemie devant ses camps.

La réflexion de César signifie encore que si Arioviste n'avance pas, c'est uniquement parce qu'il ne le veut pas. César s'obstine à rester dans ses fâcheuses positions cinq jours durant. Pourquoi, se demande-t-on, celui-ci attire-t-il Arioviste vers ses camps ? Pourquoi donc ne pas l'attaquer lui-même et de suite sans attendre cinq jours ? Pourquoi temporiser en présence d'un ennemi insolent, qui l'insulte, qui le dépouille et le domine ? Pourquoi rester devant son camp et ne demander à son armée qu'une attitude passive, une attitude déprimante de port d'arme. Chaque jour qui se passe occasionne à celle-ci un grave dommage, c'est-à-dire une perte de temps, une perte de vivres, une perte de force et de courage. César a-t-il donc oublié qu'à Besançon ses meilleures troupes ne voulurent pas le suivre ? Pourquoi les mettre à une aussi longue et aussi dure épreuve ? Si César temporise, c'est qu'il est en mesure de le faire. C'est parce que c'est dans ses habitudes militaires. C'est en toute justice à Arioviste à avancer. Celui-ci, par son insolence, a rendu le combat inévitable. N'est-il pas juste qu'il attaque le premier ? César avait choisi ses positions en prévision de cette attaque probable. César veut attendre six jours avant de les sacrifier. À cela rien d'insolite. Puis voici un autre motif, pour lequel César attend, c'est qu'au fond il n'est pas tellement préoccupé de la perte de ses vivres. Dans ce système, que rien dans le récit ne contredit, il est clair que tout n'est pas enlevé. Il y a des combats journaliers : proelio equestri quotidie contendit. Mais tous les combats ne se terminent pas par la perte totale des vivres. Chargés de butin, les cavaliers germains n’ont pas la même agilité et tous ne retournent pas heureusement au camp, d'où ils sont partis. On peut douter que les routes qui les y ramènent soient toutes bonnes et faciles. Enfin n'y a-t-il pas une certaine grandeur d'âme (bien compatible encore avec ce système et bien conforme au caractère élevé de César) que de rester, lui aussi, impassible devant l'ennemi qui veut le lasser. Si César s'était hâté de sortir de ses heureuses positions, c'est alors que ses soldats auraient pu craindre que tout était perdu pour eux. C'est donc une attitude digne et habile que celle de César devant Arioviste et déjà par ce qui précède, on entrevoit sa tactique tout autre que la dépeint Napoléon.

On n’a pas la prétention de saisir le mobile secret, le mobile personnel, qui mit sous la plume de César cette ligne singulière : Ut, si vellet Ariovistus proelio contendere, ei potestas non deesset. Faut-il voir, dans cette phrase, la préoccupation de César de se voir désapprouvé dans sa tactique, soit par ses compagnons d'armes, soit par ses contemporains, soit par le Sénat. Ce serait donc à titre de justification que celle-ci vint se mettre sous la plume de l'écrivain.

 

« Quand donc César comprit (intellexit) qu'Arioviste restait renfermé dans son camp et de peur d’être dépouillé plus longtemps de ses vivres (et non pas de sa route d'accès), il choisit un lieu propice à 600 pas au-delà des camps germains. Et s’étant rangé sur trois lignes ou trois corps de troupes il vint au lieu choisi. La première et la seconde ligne durent rester sous les armes ; quant à la troisième, elle reçut l’ordre de construire ou de munir le camp. Et ce lieu se trouva éloigné à 600 pas environ de l'ennemi, comme il a été dit. Arioviste envoya en ce lieu 16000 hommes de pied et toute sa cavalerie, afin de terroriser les nôtres et d'empêcher les travaux. Néanmoins, comme César l'avait décidé et combiné à l'avance, deux lignes (acies) durent écarter l'ennemi et la troisième achever le travail. Le camp ou les camps une fois fortifiés, César y laissa deux légions et une partie des auxiliaires. Les quatre autres légions sont reconduites par César dans le grand camp ».

Avant d'apprécier ce que vaut le mouvement stratégique qu'opère à son tour le général romain, il faut constater ici de suite que le chemin qui le conduit au lieu propice est apparemment facile et dépourvu de tout danger ; César dit simplement : Et ad eum locum venit (« Et à cet endroit »). Le choix de ce lieu propice s'est effectué par César depuis la position même qu'il occupe. C'est de là qu'il aperçoit la place qui lui convient et qu'il veut occuper pour s'y préparer à l'avance une place décisive de combat contre Arioviste. Notons encore que ce choix fait de visu est parfaitement compatible avec la position dominante qu’on assigne à César.

César vient, comme on le voit, de partager son armée de légionnaires en deux parties, c'est-à-dire que la nuit venue, il en laisse une à 600 pas des camps ennemis et reconduit l'autre dans une position plus forte, mais assez éloignée pour mériter de la part de César une marche et une conduite en règle. Ainsi cette opération fort dangereuse pour lui, fort agressive pour Arioviste, milite en faveur de ce système et suppose à César des positions très sûres et vers lesquelles rien ne l'empêche d'arriver, ce qui est essentiel dans la tactique qu’on lui suppose.

 

César s'est fait battre à Reiningue, il faut le rappeler encore une fois ici. Il a reculé jusqu'à Cernay, s'est trouvé cinq jours durant en proie à toutes les insolences d'un homme de guerre intraitable, astucieux et fier, et voici que pour sortir d'embarras, il partage en deux son armée démoralisée, et en cantonne une partie à 600 pas au-delà du camp de son terrible ennemi. Est-ce vraiment croyable de la part d'un homme prudent comme César ? Quel est le but réel de sa manœuvre ?

Jusqu'ici la chose est évidente, le général romain n'a d'autre but que d'appeler Arioviste au combat. Cinq jours de suite, il a mis ses légionnaires en rang de bataille devant son grand camp et donné ainsi aux Germains la possibilité de l'attaquer. Mais Arioviste reste isolé et renfermé dans son camp et, comme César dans ce système se trouve retranché au flanc droit d'Arioviste sur une hauteur, sa position et son attitude empêchent sans doute celui-ci de l'attaquer utilement de ce côté. En effet, de Roderen, où campe César, à Aspach, où de son côté campe Arioviste, c'est la plaine, et les Romains, on le sait, n'aiment pas attaquer leur ennemi, quand ils ne sont pas vis-à-vis de lui dans une position avantageuse et dominante. César s'est donc trouvé cinq jours de suite dans cette cruelle tentation de descendre vers la plaine pour s'approcher des camps germains qui sont devant lui, et cinq jours de suite, il s'est néanmoins contenté de se montrer à l'ennemi, l'invitant au combat. Or, avec le paragraphe 49 s'affirme chez César l'intention de changer de tactique : César, s'étant aperçu que l'intention d'Arioviste était de rester confiné dans son camp et de peur que ses vivres, apportés de Séquanie, ne subissent plus longtemps de plus grandes avaries et de plus grandes pertes, changea de tactique. Or, qu'on veuille bien le remarquer ici, la première chose qui porte César à changer de tactique, c'est l'attitude passive d'Arioviste. Sans doute que la capture des vivres y est aussi pour quelque chose ; César ne peut impunément se voir dépouillé de ses vivres ; mais tout n'est pas enlevé et, il importe encore plus à César de sortir de l'inaction que de disputer ses approvisionnements aux cavaliers germains lancés par Arioviste sur toutes les routes de la Séquanie. Le premier objectif de la manœuvre sera d'atteindre Arioviste, de sortir de l'inaction et d'aller attaquer son ennemi sur un terrain plus favorable afin de le mettre ainsi dans l'impossibilité de refuser le combat.

César, pour arriver au fameux lieu propice, n'est pas descendu sur la plaine de l’Ochsenfeld, mais il a contourné cette plaine et en même temps les positions d'Arioviste. César ne le dit pas formellement ; mais comment croire qu’Arioviste qui veut garder ses avantages, laisse faire à César une marche de flanc, une marche au côté droit du camp germain et ne s'oppose à cette marche menaçante et agressive qu'après qu'il se fût cantonné à 600 pas au-delà de ses positions, c'est-à-dire à 4 kilomètres de Cernay et au-delà du sommet du Gallenberg (à Galfingue, 5 km au Sud de Reiningue). Jamais on ne pourra admettre pareille naïveté ou témérité chez César, pareille incurie chez Arioviste.

 

César qui contemple des hauteurs de Rammersmatt l'étendue et l'orientation du camp germain, cherche tout naturellement par un mouvement tournant à se mettre bien en face de ce camp. La colline dont on a parlé plus haut et qui s'abaisse jusque vers Schweighouse favorise singulièrement cette tactique. Si le front du camp germain eût regardé le Nord-Ouest, c'est-à-dire Roderen et Rammersmatt, César n'aurait pas eu avantage à tourner les positions d'Arioviste ; mais le front du camp germain regarde le Sud-Ouest, c'est-à-dire la Séquanie, d'où est venu César et vers où Arioviste espère le repousser, et, dans cette orientation à la fois fort habile et fort naturelle du camp germain, César, pour atteindre le front du camp, dut forcément descendre des hauteurs de Rammersmatt en y laissant peut-être une partie des auxiliaires et - longeant avec son armée, composée de six légions rangées sur trois lignes, le cours de la Doller, de Sentheim à Guewenheim - remonter en cet endroit la colline qui sépare le bassin de la Thur de celui de la Doller, se cantonner soit vers Ernwiller (ancien hameau disparu, il se trouvait à Aspach-le-Bas ou se situait un peu en aval de Guewenheim ; il faut noter que le village se situait sur le passage de la grande voie romaine de Besançon-Mandeure vers Colmar et Strasbourg), soit vers Michelbach, soit aux deux endroits tout à la fois et se mettre ainsi bien en face des camps ennemis, de sorte que la même colline fut occupée successivement par les Germains et par les Romains, leurs campements se trouvant distants de 600 pas ou 900 mètres les uns des autres. Le tout se trouve confirmé par le récit de Dion Cassius qui prétend que les Germains s'emparèrent d'abord d'une hauteur, que les Romains de leur côté s'emparèrent aussi d'une hauteur et que ce n'est qu'après cet exploit que César défit Arioviste.

Remarquons que de son côté Arioviste, pour arriver au camp romain, n'aurait pas eu besoin de faire un grand détour. Rien ne l'empêchait de retourner à Roderen par le même chemin.

 

César opposa ensuite à Arioviste, pour le forcer au combat, deux autres grands camps, dont l'un dut servir de point d'appui à César, quand il alla prendre la droite de son armée et dont l'autre dut servir à appuyer et à fortifier son aile gauche, plus exposée que la droite à être attaquée et refoulée. Chacun de ces deux camps, longeant de front à environ 900 mètres de distance les retranchements ennemis, pouvait avoir 700 mètres de long sur environ 500 mètres de profondeur et contenir chacun 15000 hommes, soit 15000 légionnaires pesamment chargés de leur pilum (modèle de javelot lourd). Il parait de plus probable et admissible que ces deux camps sont dans une position telle qu'ils permettent aux Romains d'aller assaillir les Germains, s'élancer et courir sur eux d'un seul trait et forcer ainsi l’ennemi à reculer vers la plaine qui se trouve derrière.

Pourquoi Arioviste n'a-t-il pas occupé ces deux camps qui vont lui occasionner une soudaine attaque de la part des Romains ? C'est qu'en avançant de mille mètres dans le bassin de la petite Doller, entre Michelbach et Ernwiller, il perd contact avec l'arrière-garde ou l'arrière-train de son armée. Cette arrière-garde est toujours logée au bord de la Thur. Ce camp regorge de provisions enlevées à l'ennemi et Arioviste hésite à faire ce pas dangereux. Il hésite à donner cette satisfaction à César, et engagé par lui à sortir de l'inaction, il préférera attaquer les petits camps qui le menacent à son aile droite. Telle est l'économie du nouveau plan de César, plan assurément fort simple, fort exécutable, vu le terrain dont il dispose, mais qui réclame une prompte et énergique action.

 

La journée qui vit sortir César de sa longue immobilité, est donc mémorable. Elle se termine par le soin que celui-ci met à assurer et à surveiller sa conquête, c'est-à-dire ses deux camps de secours et à reconduire à leur grand camp les quatre légions qui ne sont pas occupées à cette utile surveillance.

« Le jour suivant, selon le plan qu'il en avait conçu, César retira ses troupes des deux camps, et s'étant un peu avancé au-devant du grand camp, il rangea ses troupes en bataille, ce qui donna à l’ennemi toute facilité de combattre. Lorsque César comprit que les Germains n'avanceraient pas, il reconduisit son armée de légionnaires dans ses camps. C'était vers midi. Alors enfin Arioviste envoya une partie de ses troupes pour combattre ou pour assaillir les petits camps. Des deux côtés on combattit avec vivacité et acharnement jusqu'au soir. Au coucher du soleil, Arioviste reconduisit ses troupes dans leur camp, après avoir reçu beaucoup de blessures et après en avoir fait beaucoup à l'ennemi. Étonné de voir, malgré cet engagement, Arioviste éviter une bataille générale, César interrogea les prisonniers et apprit que les mères de famille, chargées de consulter le sort, avaient déclaré que les Germains ne pouvaient être vainqueurs s'ils combattaient avant la lune nouvelle ».

Dans quel but César a-t-il agi avec tant de lenteur, comme on vient de le voir et de le constater ci-dessus ? Ne pouvait-il pas enfin, ce jour là, attaquer de suite son adversaire ? Est-ce par condescendance pour lui et en égard à une vieille amitié ? C'est possible. Est-ce par prudence et pour ne pas tomber sous le blâme du Sénat romain, qui ne considérait pas le roi germain comme un ennemi déclaré et dangereux ? Cette supposition est admissible. Cependant, la raison la plus plausible à apporter à la conduite de César, c'est qu'en agissant avec la circonspection et la lenteur que dépeint fort bien le paragraphe 50, il veut tromper Arioviste et le laisser dans une funeste sécurité, et il entre dans son plan, mûrement réfléchi, d'en agir ainsi avec lui.

 

César, après avoir évacué ses deux camps de secours, présente pour la sixième fois la bataille à son impassible adversaire mais au lieu d'adosser ses légionnaires au devant du grand camp, il va les adosser plus loin, c'est-à-dire au devant de ses petits camps, plus accessibles aux Germains qui campent toujours à la même place : de là cette expression paulumque progressus, « peu de progrès ». Ce qui fait l'obscurité de ce passage c'est qu'il n'y a pas de transition bien claire entre le paragraphe 49 et le paragraphe 50, et César ne fait ici aucune différence entre ses deux camps de secours et ses petits camps. Ce sont les deux camps de secours qui sont évacués, et ils vont rester ainsi jusqu'au lendemain matin, car la bataille qui va d'abord avoir lieu aura pour théâtre, non pas ces deux camps de secours, mais bien les petits camps de César qui, dans ce système, ne se trouvent pas à 600 pas du camp d'Arioviste, mais peut-être à 600 pas / 900 mètres à gauche et à droite du grand camp de César, et à deux mille (environ 3 km) du camp d'Arioviste.

Le mouvement qu'a effectué César a pu, vu la disposition des camps en présence, lui prendre toute sa matinée, c'est-à-dire de six heures à midi. Admettons qu'il lui a pris trois heures pour rechercher ses troupes campées entre Michelbach et Ernwiller et les adosser ensuite au devant des petits camps, il lui en reste trois autres, pour attendre à cette place les Germains qui toujours n'avancent pas.

Vers l'heure de midi, César reconduit tous ses légionnaires au grand camp, laissant toujours inoccupés les deux camps de secours : c'est à ce moment que les Germains tum demum (« puis, à la dernière ») sortent précipitamment de leurs camps pour aller assaillir ceux de César, mais les Germains se gardent bien de monter au grand camp. Il leur suffît de s'en prendre aux auxiliaires parqués dans des camps de moindre importance et d'une approche plus facile. César laissa ses auxiliaires aux prises avec les Germains, et il n'est pas probable que les légionnaires se mêlèrent à ce combat, qui fut très opiniâtre de part et d'autre. De cette façon, on le voit, les deux camps évacués ne peuvent pas être confondus avec le grand camp de César et son petit camp. Ils sont près l'un de l'autre : le récit de César semble bien le confirmer, ou du moins, n'y contredit pas.

Et maintenant pourquoi Arioviste, sur l'heure de midi, a-t-il été attaquer les petits camps ? Pourquoi pas les deux camps de secours, de fait si menaçants pour lui ? C'est que ces deux camps, situés au-delà de ses positions, ne le gênent nullement pour une action générale, tandis que les petits camps, situés dans le voisinage du grand camp de Roderen, élargissent énormément la base des campements de César et enlèvent ainsi à l'armée germaine la possibilité d'envelopper ce vaste camp et de le prendre d'assaut. Il est évident qu'Arioviste maintenant prépare un assaut général contre les camps de César. Celui-ci en a reçu l'assurance des prisonniers qu'il venait de faire. Affaiblir tout d'abord les petits camps, c'était de bonne guerre et de bonne stratégie. On guerroya avec acharnement dit César. Comment eût-il pu en être autrement avec le but que se propose ici Arioviste ? César avait le grand camp de Cernay et le petit camp d'Ernwiller, situés tous les deux à une distance d'environ 4 kilomètres ; petit camp à une heure où celui-ci ne pouvait qu'être évacué et vide, vu la distance qui le sépare du grand camp, avec sa garde suffisante que César alla mettre le lendemain dans ce soi-disant petit camp, ne s'apercevant pas que par là César confirme son évacuation au moment de l'attaque.

Observons encore que l'évacuation des deux camps n'est qu'un épisode accessoire de la journée et qu'il faut lui laisser absolument ce caractère, sous peine de rendre la tactique de César inexécutable. La ruse de guerre à laquelle eut recours ici l’habile général et qui le fait encore reculer d'un jour l'attaque finale des positions d'Arioviste, eut donc pour but d'endormir la vigilance de celui-ci. Et il faut croire qu'il y réussit pleinement, car le lendemain, au témoignage même de César, les deux camps de secours étaient encore vides et Arioviste ne les avait pas envahis. Napoléon est dans l'erreur s'il s'imagine que toute la tactique de César consiste à attirer Arioviste au combat. Sa tactique consiste aussi à évacuer et à vider ses deux camps de secours, afin d'y attirer Arioviste comme dans un piège ; sa tactique d'autre part consiste aussi à s'avancer au delà de son propre camp, c'est-à-dire à s'approcher de la plaine, en laissant derrière lui les petits camps. César espère ainsi donner le change à son ennemi, qui par cette manœuvre vraiment habile, est sollicité d'avancer d'un côté ou de l'autre. Or Arioviste déjoue le plan de César et reste malgré tout renfermé dans son camp jusqu’à l’heure où César lui tournant le dos, remonte avec ses troupes au grand camp qu'il vient de quitter. Le texte nous apprend que le coup de main préparé par Arioviste contre les petits camps ne réussit pas, et le lendemain les Germains, toujours renfermés dans leurs retranchements, attendaient encore ce qu'allait décider César. Ils ne l'avaient donc pas prévu.

 

Or, le paragraphe 51 va maintenant nous l'apprendre. Il va aussi nous dire et nous révéler, une fois de plus, où se trouvent réellement les petits camps de César et où se trouvent ces deux camps de secours, fruit d'une conquête récente et dont l'utilité ne saurait être contestée dans le plan d'attaque de ce dernier.

« Le jour suivant, laissant dans les deux camps une garde suffisante, César plaça tous ses auxiliaires à la vue de l'ennemi en avant des petits camps ; le nombre des légionnaires étant moindre que celui des Germains, il voulait dissimuler son infériorité en étalant d'autres troupes et en invitant les Barbares à s'y jeter comme sur une proie. Lui-même ensuite, ayant de nouveau rangé son armée sur trois lignes, alla et monta jusqu'au camp des Germains ; alors enfin nécessairement ceux-ci tirèrent leurs troupes hors de leurs retranchements et ils les constituèrent par ordre de nations et à des intervalles égaux, et César nomme les Harudes, les Marcommans, les Tribocques, les Vangions, les Némètes, les Sédusiens et les Suèves. Pour s'enlever toute possibilité de fuir, ils s'enfermèrent latéralement et en arrière par une enceinte de voitures et de chariots, sur lesquels montèrent leurs femmes. Échevelées et tout en pleurs, elles conjuraient les guerriers marchant au combat de ne pas les livrer en esclavage aux Romains ».

César nous apprend que sans attendre un jour de plus, c'est-à-dire dès le lendemain, il continue contre Arioviste ses opérations de guerre et qu'ayant laissé dans les deux camps une garde suffisante, il va constituer tous ses auxiliaires à la tête et à la garde de leurs petits camps. César, ce jour là, fut très matinal, puisque ce fut le jour décisif du combat final. Aller aux deux camps de secours et y laisser une garde suffisante, puis gagner depuis là les petits camps et en faire sortir les auxiliaires, c'est exécuter successivement deux marches et deux opérations qui ne se contredisent pas et qui, vu la distance des lieux et les chemins qui y conduisent, ne présentent aucune difficulté ni aucune équivoque. Ces deux camps de secours sont réunis l'un à l'autre : y mettre une garde suffisante est une opération sans danger et qui ne demande que quelques instants pour l'exécuter et les moments ce jour-là furent précieux.

Quand Napoléon vient dire que César laissa, tout à la fois, une garde suffisante dans son grand camp de Cernay et dans son petit camp d'Ernwiller et qu'ensuite il ordonna à tous ses auxiliaires se trouvant certainement déjà dans ce petit camp, de se montrer à l'ennemi, on peut entrevoir, par le peu de temps dont il dispose, que cette dernière opération est un vrai non-sens, et qu'on ne va pas mettre une garde suffisante dans un camp rempli d'auxiliaires, ou réciproquement remplir d'auxiliaires un camp muni ou à munir d'une garde suffisante. La garde suffisante mise dans l'un et l'autre camp n'est donc compréhensible qu'à condition de se trouver réunie dans le voisinage d'Arioviste et par conséquent d'être placée dans ces deux camps de secours, dont l'existence au fameux lieu propice a paru nécessaire et indiquée par César. Remarquons encore ici, que si César eut évacués d'autres camps que ceux dans lesquels il vient de mettre une garde suffisante, il ne se serait pas servi dans les deux cas de la même expression.

Lui-même, après avoir d'abord envoyé en avant une garde suffisante, oui, lui-même, après avoir donné aux auxiliaires qu'il va quitter, ses ordres pour la journée et les avoir immobilisés devant leurs petits camps, lui-même enfin avec tous ses légionnaires qui l'attendent au grand camp et pour lesquels l'heure du combat a enfin sonné. César lui-même monta et s'avança pour arriver jusqu'à la hauteur des camps ennemis, et en traduisant ainsi, il semble être encore une fois d'accord avec Dion Cassius qui dit en effet que les Germains commencèrent par s'emparer d'une hauteur (la hauteur de Michelbach ou du Gallenberg) et qu'ensuite César en fit de même, ce qui veut dire que César fit la conquête d'un lieu propice pour y asseoir ses deux camps de secours et d'attente, et que ce n'est qu'après ce dernier exploit des Romains que celui-ci obtint la victoire. On ne voit pas en quoi la tactique de César est ici fautive ou critiquable ; on ne voit pas non plus en quoi le récit de celui-ci aurait pu être plus clair. Les fameuses escarmouches de la cavalerie germaine ne gênent en rien l'exécution du plan d'investissement combiné par l’habile et intrépide général, qui utilise à merveille tout ce que la nature et les fautes de son adversaire lui offrent d'avantage en cette périlleuse rencontre.

César appelle ses auxiliaires des alae (« coulisses ») ou des alarii (« circonscription »), c'est-à-dire du nom de ceux qui d'ordinaire occupent les deux ailes de son camp ou de son armée et cette expression est juste, soit que l’on observe la position des auxiliaires aux deux ailes du grand camp de Rammersmatt, soit que l’on observe leur position le jour de la grande bataille. Si César, en laissant ses auxiliaires dans leurs petits camps, entrevit combien il gênerait et inquiéterait Arioviste, il eut là un trait de génie peu commun. C'était en effet cette cohue mal armée, mal disciplinée et que les Barbares prirent sans cesse pour de vrais soldats romains, qui décida les femmes germaines à pousser leurs chariots en avant et à enfermer ainsi latéralement et en arrière leurs époux dans ce cercle intéressant et mobile de petits chars sur lesquels ces femmes courageuses allèrent tout en pleurs les animer à la résistance, les suppliant de ne pas les livrer entre les mains des Romains. César n'avait pas prévu ce coup de théâtre.

Il eût désiré une diversion de ce côté, espérant ainsi partager l'armée ennemie et obtenir une prompte victoire à gauche comme à droite. Mais ce fait étrange n'est-il pas tout à fait dans les mœurs barbares et d'accord avec la disposition des deux armées ? Si la tactique de César est ici irréprochable, celle d'Arioviste n'est vraiment pas très honorable pour lui. Arioviste eut donc bien de la peine de se déranger et de se dégarnir de ses troupes, devenues sans doute trop riches du butin enlevé aux Romains. Aussi malgré toute l'habileté de César, n'est-ce qu'une partie de ses fantassins qu'il envoie contre ces petits camps. Le soir venu, il va rechercher ses troupes criblées de blessures, et c'est là le dernier haut fait d'Arioviste. Cerné et harcelé le lendemain de cet exploit sans nom et auquel contribuèrent sans doute les fâcheuses prédictions des matrones germaines, il ne sait que reculer devant César, et abandonnant ses retranchements fort bien disposés entre Aspach-le-Haut et Aspach-le-Bas sur un terrain en pente, que se mettre enfin en rase campagne, attitude défavorable pour lui et entrevue sans doute par César qui l'y poussa de son mieux. Aussi l'attaque des légionnaires dut-elle être d'une violence inouïe. Bientôt ceux-ci rejettent leurs pilums et s'en prennent corps à corps avec les Germains. En avançant de mille mètres César atteignit donc leurs camps et l’attaque se fit ainsi régulièrement, sans que les armées en présence aient eu à changer de positions. C'est donc à tort que Napoléon, embarrassé de son petit camp garni d'auxiliaires et puis ensuite de légionnaires, dispose et range les deux armées en présence autrement que ne le demande la position de leurs camps respectifs. Si César eût ici changé de positions avant de combattre, il l'aurait dit certainement. Comme César s'était chargé de mener au combat la droite de son armée, il est tout indiqué qu’il s'appuya sur le camp d’Ernwiller et alla de là déloger les Germains garnissant les hauteurs du Gallenbourg. Si César fut vite victorieux à droite, à gauche la victoire fut plus lente à venir, et on s’explique fort bien cette lenteur. En effet les Barbares, se croyant plus menacés à leur droite à cause des auxiliaires qui les provoquaient de loin au-devant de leurs petits camps, se massèrent en plus grand nombre de ce côté et se mirent tout le long de ces petits chariots qui les protégeaient quelque peu contre l'attaque des auxiliaires.

Aussi la poussée des Germains, animés au combat par leurs femmes, fut-elle véritablement terrible et écrasante pour les Romains. On s'explique ainsi que le jeune Crassus qui, avec les auxiliaires, gardait les petits camps, se rendit facilement compte de la situation critique de la gauche des Romains. L'économie du champ de bataille permettait d'assister de loin à ce poignant spectacle. Les auxiliaires sans en excepter les cavaliers romains, ne prirent donc aucune part à ce dernier combat. Et la gauche des Romains allait plier et se rompre, quand arriva le secours nécessaire, c'est-à-dire la troisième ligne de l'aile droite de César, qui, vu la rapidité de son triomphe à droite, n'avait pas eu besoin de se mêler au combat, et c'est là un fait qui jusqu'ici n'a pas été suffisamment remarqué. C'est la troisième ligne qui rétablit le combat, ainsi qu'en convient fort humblement et fort justement César. Pourquoi pas la cavalerie et les auxiliaires ? C'est que ces troupes gardaient bien réellement non seulement leurs propres petits camps, mais encore le grand camp de César avec tous les bagages et tous les approvisionnements qu’il comportait alors. L'ordre de rester à ce poste avait été formel.

 

Les troupes formant la droite des Germains ne purent absolument pas fuir. César dispersa leur gauche et avec elle les chariots qui la protégeaient, mais une partie de ces troupes de gauche alla sans doute plus tard combattre avec celles de droite, ne permettant à celles-ci ni de fuir, ni de s'étendre d'aucun côté. On s'explique ainsi le carnage épouvantable qui s'en suivit. La fuite en masse des Barbares ne commença que lorsque les cavaliers et les auxiliaires reçurent enfin l'ordre de charger. La fuite s'organisa naturellement par Reiningue ; mais le gros de l'armée germaine dut reculer vers Uffholtz, c'est-à-dire vers l'arrière-garde, où sans doute campait la cavalerie germaine.

Il n'y a donc qu'une manière d'expliquer raisonnablement le plan d'attaque de César et l'ordonnance de sa dernière bataille, c'est de mettre les deux camps de secours, munis d'une garde suffisante, à la place où ils doivent être, c'est-à-dire à 600 pas / 900 mètres des camps d'Arioviste, et d'y faire monter les légionnaires de César. Difficilement on admettra qu'avec l'appui d'un simple petit camp, celui-ci eût obtenu d'Arioviste qu'il fît sortir ses troupes de leurs excellentes positions. Il fallut employer la menace, la ruse et la violence pour amener Arioviste à cette extrémité et pour cela ce n'était pas de trop que toute l'armée romaine commandée par César se prêtât à cette énergique et intelligente manœuvre. La victoire dépendait de cette première attaque et César, en bon tacticien, eut garde qu'elle ne fût décisive.

 

Concluons que si le champ de l’Ochsenfeld n'est pas celui de la bataille de Jules César et d'Arioviste, du moins leur tactique s'y adapte et s'y applique facilement depuis le commencement des hostilités jusqu'à la fin, sans que l'on ait besoin pour cela de modifier ou de torturer le texte des Commentaires.

Le récit de César apparaît ainsi comme une peinture fidèle et impartiale des diverses phases de la bataille et il y est fait une juste part aux connaissances, au talent et aux ressources militaires dont pouvaient disposer ces deux fameux hommes de guerre.

 

« César mit à la tête de chaque légion un de ses lieutenants et un questeur, pour que chacune eut des témoins de son courage et il commença son attaque par son aile droite, du côté où l’ennemi semblait être le plus faible. Au signal donné, nos troupes s'élancèrent avec tant d’impétuosité et de son côté l'ennemi courut si vite qu'on n'eut pas le temps de lancer des javelots (cette arme était propre aux légionnaires). On tira l'épée et l'on combattit de près. Les Germains, selon leur usage, se formèrent promptement en phalange pour soutenir le choc de nos armes. On vit alors plusieurs de nos soldats s'élancer sur cette voûte de boucliers que formait chaque phalange, les arracher et frapper de haut l'ennemi découvert ; tandis que l'aile gauche de l'ennemi était rompue et mise en fuite, à l'aile droite (de l'ennemi) les nôtres étaient vivement pressés par le nombre. Le jeune P. Crassus qui commandait la cavalerie et n'était pas si engagé dans la mêlée, s'en aperçut et envoya la troisième ligne pour soutenir nos soldats ébranlés. Alors le combat fut rétabli; les ennemis prirent la fuite et ne s'arrêtèrent qu'au Rhin, etc., etc.. ».

À partir de ce moment, les restes de l'armée ennemie sont pourchassés et massacrés dans toute la plaine, comme une partie des femmes et des enfants (80 000 morts), ou rejetés au-delà du Rhin, tel le roi qui réussit à fuir sur une barque, abandonnant ses femmes et ses filles aux Romains, parvenant à passer le Rhin de justesse, poursuivi par la cavalerie de César, faisant de ce fleuve une barrière naturelle pour les quatre/cinq prochains siècles. Dès lors, c'est sur la rive orientale du Rhin que les Suèves se fixent provisoirement, dans une région dont le toponyme est issu de leur ethnonyme, la Souabe (Sud-Ouest de la Bavière, au Sud de l’Allemagne). Arioviste mourut dans sa tribu en -54, sa défaite face à César n'ayant apparemment pas entamé sa popularité.

 

 

Selon la légende, la bataille de l'Ochsenfeld aurait été indirectement à l'origine de la création de la ville de Mulhouse. Un jeune guerrier suève qui fuyait les combats et tentait de regagner le Rhin, aurait alors été retrouvé blessé près d'un moulin à eau, à l'emplacement actuel de Mulhouse. La fille du meunier l'aurait recueilli et se serait mariée avec lui ; entre-temps d'autres soldats en errance vinrent les y rejoindre et se marièrent eux aussi avec des femmes de la région. Ils s'établirent autour de la maison du moulin : leurs descendants seraient donc les Mulhousiens (Mühl, « moulin » et Hausen, « maisons »). Ce qui explique également que le blason de la ville représente une roue de moulin à eau.

Cette victoire de César sur Arioviste eut pour conséquence d'accentuer la coupure de l'Alsace, séparée entre les Médiomatriques et les Séquanes, dont l'unité ne sera faite, pour un temps, que par l'invasion. Ces diversités trouvent encore leur expression dans le contraste, qui se manifeste à la frontière du Bas-Rhin, au début de l'Empire, entre la rive gauche du fleuve romanisée et la rive droite, dont le bas niveau de vie et la grossièreté de la céramique des groupes humains, échelonnés entre Mayence et Düsseldorf, évoque plutôt la rudesse des tribus du Zuyderzee (littéralement « mer du Sud ou mer Méridionale », en néerlandais ; golfe du Centre-Nord des Pays-Bas).

 

Le proconsul, après cette victoire, ajoute à son gouvernement les territoires conquis aux Germains. César, ayant mis fin aux rêves de conquête des Helvètes puis des Germains, en une seule campagne, conduit son armée en quartier d'hiver chez les Séquanes puis regagne la Gaule cisalpine pour gérer les affaires de ses provinces, laissant à Titus Labienus le commandement des légions. Cette campagne, menée uniquement par les légions romaines, donne un droit incontestable à Rome sur les terres reconquises, que César prend le soin de ni rejeter, ni déclarer.

À Rome, les conservateurs réagissent à la guerre que mène César : son affrontement contre le germain Arioviste, qui a la qualité d’ami du peuple romain, accordée lors du consulat de César, scandalise Caton, qui proclame qu’il faut compenser cette trahison de la parole romaine en livrant César aux Germains. Ultérieurement, César se justifiera longuement dans ses Commentaires en détaillant ses négociations préliminaires avec l’agressif Arioviste, lui faisant même dire que « s’il tuait [César], il ferait une chose agréable à beaucoup de chefs politiques de Rome, ainsi qu’il (Arioviste) l’avait appris par les messages de ceux dont cette mort lui vaudrait l’amitié ».

 

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