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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Lieux de culte germain dans le Florival (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

Lieux de culte germain dans le Florival (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

 

La rivière de la Lauch traverse Issenheim d'Ouest en Est. C'est autour de son lit, constitué à l'origine de nombreux bras, que se sont établis les premiers occupants du site. Il est généralement admis qu'avant les débuts de notre ère, les imprévisibles crues de la Lauch empêchaient l'établissement d'un habitat durable et organisé.

En 1281, les Annales des Dominicains de Colmar faisaient déjà part d'inondations. Le débordement de la rivière touchait la ville de Soultz et causait de nombreux dommages. À Guebwiller, la montée de la Lauch entraîne des glissements de terrain catastrophiques. En décembre 1740, de très fortes précipitations accompagnées de vents violents ont gonflé considérablement le lac du Ballon. Les eaux débordent du lac et la Lauch déborda et provoqua une inondation brutale et meurtrière de sa vallée montagnarde et de son piémont que conserva longtemps la mémoire collective.

Les crues de la Lauch peuvent être soudaines et violentes, le module spectaculaire de 500 l/s/km2 est atteint par forte pluie sur une neige mouillée ou fondue jusqu'à l'amont de Buhl ou de Guebwiller. Les inondations s'étendent plus lentement en plaine dans le cours inférieur, comme en 1947 ou en 1955. Le 14 juillet 1955, la vallée de Guebwiller enregistre un débit de 40 m3/s.

 

Les grandes masses de forêts qui couvrent les montagnes du département ne sont plus que les restes de l'immense massif qui en faisait une vaste solitude, à en juger par les expressions de quelques actes de saints. Les moines qui fondèrent Murbach, Munster et Massevaux, au VIIè et au VIIIè siècles, bâtirent leurs cellules dans des lieux déserts qu’on appelait les Vosges : « in heremo vasta, que Votagtu appellatur ».

Les gens de Guebwiller prétendent que l’honneur du dernier ours revient à leur vallée, peu de temps avant la Révolution. On trouvait le lynx très répandu autrefois dans le ballon de Guebwiller. Les gaulois l’appelaient Ruf ou Rouf, d’où peut-être le nom de Rouffach.

 

 

Quelque glaisière abandonnée de Soultz a livré des silex éclatés ou pierres façonnées ainsi que des fonds de cabanes néolithiques. Entre la route de Soultz à Guebwiller et les collines qui la bordent sur la gauche, le lehm est exploité à droite du vallon qui s'ouvre entre le Kleinberg (conglomérat tertiaire) et le Grossberg (grès vosgien recouvert par places de grès bigarré). La fouille la plus importante, exploitée par le tuilier Zinderstein, présente un dépôt brun, sableux, très ferrugineux, assez caillouteux, contenant parfois des blocs de grès vosgien roulés atteignant 40 cm de diamètre, mais sans concrétions calcaires ni fossiles. Ce dépôt est de 8 à 10 mètres d'épaisseur d'après des sondages.

Dans la partie Est de cette fouille, la plus rapprochée de la vallée du Rhin, on observe une coupe complète d'une assez puissante formation, à laquelle on ne peut dénier le nom de lehm. On a recueilli, dans le lehm gris, un grattoir de silex gris, blond (semblable à celui que l’on trouve en rognons dans le corallien d'Istein, près Badenwiller), marbré, translucide, long de 37 mm, large de 18, taillé d'un seul éclat sur une des faces, pourvu sur l'autre de trois facettes longitudinales, avec une sorte de cran dans le milieu, provenant d'un vice de fabrication, et des incrustations ferrugineuses sur les arêtes ; le silex lui-même est par places transformé en cacholong (variété d'opale ayant l'aspect blanc de la porcelaine). On trouverait assez fréquemment, en décapant le lehm, de semblables éclats du type couteau, et même des armes de plus grande dimension.

Cette découverte est à rapprocher de celle faite en 1889 d'une lame de silex, à la base de la terrasse de lehm derrière la ville de Soultz, dans la terre végétale. Cette pièce trouvée à 200 m au Sud de la fouille Zinderstein, dans le bas du jardin du S' Gall (lieu dit Burg, près de la source salée, derrière l'ancien château), est en jaspe zôné rouge, longue de 52 mm, large de 31 mm, une face taillée d'un seul éclat avec un grand bulbe de percussion à la base, l'autre face présentant une facette médiane large entre deux facettes étroites, bords retouchés à petits éclats sur tout le pourtour.

On avait déjà trouvé au Grossberg une hache à faces bombées, à côtés plats, légèrement convexe au talon, à tranchant net, demi-circulaire, en grauwacke grise brunâtre, à patine brun foncé. Cette hache appartenait à une femme de cette ville qui la conservait avec l'idée que c'était une Donneraxly (« hache de tonnerre ») tombée du ciel et revenant à la surface du sol tous les sept ans. Cette croyance issue des Celtes (le dieu du tonnerre étant Thor/Donner) est à lier à la légende qui veut qu’à la porte de Soultz, à l'angle des routes de Jungholtz et de Wuenheim, on voit la nuit, dit-on, près d'une croix, un chat tripède (symbole des trois saisons anciennes et des chats conducteurs du char de la grande déesse Frigg).

Il est donc certain que des peuples préhistoriques s'étaient établis sur la terrasse de lehm qui contourne le pied du Kleinberg, colline formée d'un conglomérat littoral tertiaire, située à l’Ouest de Soultz dont elle est séparée par le ruisseau du Rimbach.

 

Au pied des collines sous-vosgiennes, à l’entrée de la vallée du Florival et dans une zone alluviale en bordure de la Fecht, les rues de l’Industrie et Rouby ont livré un grand bâtiment (28 m de longueur) du Néolithique ancien, attribué à la phase moyenne de la Culture du Rubané (fin du -VIè millénaire). Il s’agit du premier édifice complet mis au jour dans ce secteur. Cette occupation souligne l’importance de l’occupation de l’entrée de la vallée du Florival dès le Néolithique ancien, déjà entrevue par les sources anciennes. Malgré l’état d’érosion du site, la grande maison rubanée de Soultz - Florival présente un plan assez bien conservé. Ce bâtiment peut être attribué au type Grossbau ou « grande maison de type 1b à plan rectangulaire ». La paroi longitudinale, constituée d’un seul alignement de petits trous de poteau, est caractéristique des murs non portants.

Le mobilier céramique mis au jour est caractéristique de la fin de l’étape moyenne de la Culture du Rubané du Haut-Rhin. Pour le lithique taillé, le site de Florival livre un assemblage tout à fait typique du Rubané haut-rhinois avec une production orientée vers l’obtention de supports laminaires de dimensions réduites, réalisés sur des matériaux préférentiellement locaux ou jurassiens. La présence de ces silex ne permet pas d’interpréter l’utilisation de quartz, dont les déchets de taille ont été retrouvés en quantité abondante dans la fosse latérale Sud, comme substitut au silex pour la confection d’outils. Il s’agit plus vraisemblablement de confection d’un outillage spécifique, voire de dégraissant pour la production de la céramique. Enfin, l’étude carpologique a permis de préciser les pratiques agricoles de ces premiers agriculteurs, centrée autour du blé vêtu amidonnier et de l’engrain, mais également de l’orge et du petit pois.

 

Au Sud du village, sur le cône de déjection de la Lauch, à 250 m au Nord du ruisseau de Wuenheim, le lieu-dit Entzling a livré dix structures attribuables au Néolithique ancien. L’orientation des fosses, et la présence de trous de poteaux indiquent l’existence d’une maison orientée Est/Ouest, les grandes fosses correspondant très probablement à des fosses latérales.

Les tessons recueillis présentent un décor typique de l’étape moyenne du Rubané de Haute-Alsace. Ce stade stylistique de la transition Étape III / Étape IV est encore très proche de l’étape moyenne dont on retrouve les principales composantes, mais se distingue de cette dernière par l’introduction de nouveaux décors comme le ruban étroit vide, quelques types de bords et surtout, dans les ensembles les mieux documentés, par l’apparition sporadique de décors réalisés à l’aide d’un peigne à deux dents utilisé selon la technique de l’impression séparée (entre 10 à 15% des décors). Le site de Soultz-Entzling constitue donc un des rares habitats de cet horizon chronologique à être implanté en dehors des zones de lœss. Il témoigne, avec quelques autres de l’existence d’une phase de colonisation secondaire consécutive à la saturation des zones lœssiques les plus favorables.

L’expansion démographique de l’étape moyenne se manifeste par la multiplication des implantations et par l’apparition de sites localisés dans des zones périphériques : les habitats de Soultz–Entzlig et Ungersheim–Lehlematten, implantés sur des cônes de déjection, pourraient illustrer cette recherche de nouveaux espaces. La faible superficie des placages lœssiques de Haute-Alsace a contraint les Rubanés à coloniser des territoires périphériques ou à reprendre leur expansion vers l’Ouest. Il est probable que ce processus s’est poursuivi au cours de l’étape récente. Certains groupes du Rubané récent de Haute-Alsace ont très probablement préféré se tourner vers la vallée de la Marne, région colonisée à l’étape moyenne : la céramique décorée de Juvigny, dans le Perthois (Meuse, arrondissement de Bar-le-Duc), montre en effet tant de points communs avec le style de Haute-Alsace qu’il est difficile de ne pas évoquer un apport continu de population originaire de cette dernière région. C’est également à l’étape récente que les marges non lœssiques du Nord du Jura sont intégrées dans les systèmes de subsistance.

 

 

À Soultz-Bühlfeld, on a découvert un certain nombre de structures préhistoriques sur 200 m2 environ, soit quatre fosses, une structure d'habitat de faciès Michelsberg (et un petit habitat du Bronze final composé d'un foyer et d'un petit ensemble céramique). S'étendant sur 42 m2 environ, elle se compose de sept trous de poteau reliés par de petits fossés irréguliers, arqués, à section triangulaire ou très légèrement arrondie qui peuvent être interprétés comme l'assise de petites palissades formant des cloisons. L'ensemble forme de petits alvéoles subrectangulaires ou subcirculaires à ouvertures très réduites, dont les surfaces au sol varient entre 4 et 8 m2. Au Nord de l'aile droite de la structure, une cinquantaine de tessons appartenant à cinq récipients différents ont été ramassés. Le retranchement en méandre barré évoque les éperons barrés du Néolithique moyen bourguignon, alors que l'enceinte trouve un parallèle dans le Michelsberg (Urmitz en Rhénanie-Palatinat, première moitié du -IVè millénaire), mais peut avoir aussi une origine locale. Les structures d'habitat en unités accolées rappellent également celles de ces deux cultures ; le parallèle est même saisissant avec les structures en rigoles, comparables à celles de Noyen (Seine-et-Marne ; on y a déjà découvert une pirogue monoxyle datée de -7190/-6450, du Mésolithique), mises au jour à Soultz, en milieu Michelsberg. À Noyen, l'habitat de l'intérieur de l'enceinte, au bord de la Seine, avec ses unités accolées analogues à Soultz, rappellerait, du moins dans son organisation, certaines habitations de stations littorales (au bord du lac de Clairvaux, dans le Jura, les vestiges remarquablement conservés de villages et de maisons datent de -3 000) et également de stations de hauteur (Belfort, Cravanche). On peut constater que les superficies observées, de 10 à 20 m2, s'accordent bien avec celles des habitations du Néolithique moyen de Franche-Comté. À Noyen, les structures observées semblent former des rangées orientées Est-Ouest, selon l'axe des vents dominants, et nombre de celles-ci paraissent avoir une orientation méridienne.

 

Les quatre fosses du Néolithique Michelsberg ne renfermaient (à l'exception d'une plus riche) que de rares fragments de poterie. Une fosse avait servi à l'inhumation de quatre personnes : un adulte de sexe masculin (40/60 ans ; individu 1), de deux enfants (7/8 ans et 2 ans ; individus 2 et 3) et d’un nouveau-né (individu 4) dans une fosse probablement circulaire (profondeur de 1,40 m). L’adulte (sur le côté droit, membres inférieurs fléchis, orienté Ouest/Est) semble placé au centre de la fosse, tandis que l’un des enfants (individu 2 : sur le côté gauche, les membres inférieurs en extension, orienté Nord-Ouest/Sud-Est) a été plaqué contre la paroi de la fosse, en face de l’adulte, les pieds accolés à la face latérale gauche du crâne de l’adulte. Contrairement à ce qui a été décrit, l’enfant semble plus bas que l’adulte. Le corps du second enfant n’apparaît pas sur les photographies. Il aurait été retrouvé au niveau de l’enfant décrit. Les deux fragments de crâne du nouveau-né ont curieusement été retrouvés au lavage dans le crâne de l’individu 2. Le rituel funéraire du Néolithique récent se distingue par l’existence de nombreuses sépultures multiples, telle une des tombes (F1) de Soultz–Buhlfeld, avec 1 adulte et 3 enfants. Si l’on accepte la proposition selon laquelle une asymétrie marquée dans le positionnement des corps peut refléter la pratique de l’accompagnement (suicide pour suivre son maitre dans la mort), il n’est pas illégitime de proposer d’y assimiler les dépôts simultanés des ensembles st. 2/zone 8 de Didenheim, sépulture 19 de RMS/rue Ampère à Reichstett, st. 49 de l’Aérodrome à Colmar et F1 de Soultz. Pour le Sud de la plaine du Rhin supérieur, les inhumations multiples semblent beaucoup plus fréquentes dans le Munzingen que dans le Michelsberg. Les défunts ont le plus souvent été inhumés entiers. Dans certains cas, seuls des morceaux de corps ont été enfouis, témoignant ainsi de l’existence de sépultures secondaires. Parfois ces cadavres et ces os isolés sont traités comme des déchets dont il faut se débarrasser. Seules trois fosses ont, comme celle de Soultz, livré à la fois des adultes et des enfants (Riedisheim ˝Violettes˝, Bollwiller et Didenheim /Morschwiller-le-Bas), et pour l’instant, en dehors de Soultz, seules les structures 8 et 28 de Didenheim/Morschwiller-le-Bas et Bollwiller étaient des inhumations quadruples.

En outre, la fosse 1971/1 renfermait dans une fosse circulaire (diamètre de 0,80 m ; profondeur de 1,80 m) un adulte (40/70 ans) sur le côté, bras et membres inférieurs repliés et ramenés sur la poitrine, accompagné de quelques tessons et d’un fragment d’os animal. La fosse 1971/2 contenait un adulte de sexe masculin (25/40 ans) sur le dos, jambes écartées repliées sur la poitrine (un squelette de jeune lièvre reposait sur la poitrine de l’individu), dans une fosse circulaire (diamètre de 0,80 m ; profondeur de 1,80 m). Le regroupement apparaît assez rare dans le Néolithique récent, puisqu'on ne le rencontre en Alsace qu'à Soultz. Les seules comparaisons possibles sont établies avec l'Europe de l'Est.

En contexte Michelsberg, si les dépôts d'animaux complets sont fréquents dans des fosses utilisées comme dépotoir, ils sont en revanche totalement inexistants dans les fosses qui renferment les corps humains, puisque partout on n'y relève que des os disloqués, ou des parties anatomiques en connexion.

 

 

L’aire d’activités du Florival, sur le ban des communes de Soultz et d’Issenheim dans un secteur proche de vestiges archéologiques de diverses époques, a livré une occupation du début de l’Âge du Bronze (vers -1 800) marquée par un bâtiment d’habitation composé d’une trentaine de trous de poteau et quelques fosses. Ce vestige d’habitat, inédit en Alsace pour ces périodes, est orienté au Nord-Ouest/Sud-Est et de plan supposé rectangulaire à 2 nefs au moins (dimensions minimales 25,80 m sur 4 m). Un alignement de 5 trous de poteau de plus faible diamètre a été repéré au Nord-Est du bâtiment. De nature indéterminée (bâtiment annexe ou palissade ?), il appartient à des vestiges contemporains (orientation identique) témoignant d’une extension Nord-Est du site. Les aménagements périphériques consistent en une structure fossoyée irrégulière allongée riche en torchis brûlés bordant le bâtiment au Nord, deux structures (fosses ?) contigües à ce fossé latéral et une fosse oblongue proche du bâtiment au Sud.

Les vestiges mal conservés d’un fossé circulaire de 6,40 m de diamètre, peu large, ont été dégagés à une centaine de mètres à l’Est du bâtiment 1. Cette structure, ainsi qu’un trou de poteau et un pot en céramique, éventuellement issu d’un dépôt volontaire, découverts à proximité, témoignent d’une occupation protohistorique, éventuellement en rapport avec la nature supposée funéraire du vestige circulaire (tumulus ?).

Plusieurs vestiges appartenant à des drainages et/ou des fossés d’irrigations témoignent de l’occupation agricole contemporaine de cette zone humide en bordure du Rimbach, cours d’eau canalisé dans les années soixante-dix seulement. Un aménagement de berge d’un méandre ou d’un ancien lit du Rimbach composé de 2 alignements de piquets en bois a été observé au Nord du terrain. Deux autres fossés, au centre et au Sud du terrain, et deux piquets liés éventuellement à des systèmes d’adduction d’eau et un trou de poteau découverts à l’Ouest, restent de datation indéterminée.

Le rare mobilier en céramique grossière issu exclusivement du fossé latéral Nord (tenons de préhension et bord de récipient à décor de cordon lisse), bien qu’inédit localement, est contemporain.

 

Guebwiller n’aurait livré que quelques traces, dans les anciens bains, de l’Âge du Bronze final III b (-1 000 à -950).

 

 

L’occupation protohistorique du site de Soultz - Florival est constituée d’un bâtiment sur six poteaux, d’une fosse et d’un foyer à galets chauffés. Il s’agit de vestiges d’un habitat vraisemblablement diffus et très localisé, dont l’emprise au sol est légère. Du fait de ce mode d’occupation du sol, des vestiges protohistoriques complémentaires sont vraisemblablement disséminés dans l’ensemble du secteur. La relation chronologique entre le bâtiment et le foyer reste incertaine. En effet, si les données chronologiques disponibles permettent d’attribuer ces vestiges à la fin du premier ou du début du deuxième Âge du Fer (vers -500 environ), des réserves doivent être posées quant à l’attribution à cette phase du foyer à galets chauffés.

 

Il faut peut-être rapporter à cette période la « Déesse au collier » du Markstein, situé à 20 km et 4 heures à pied. Le premier rudiment de la commune rurale se trouve dans l'exploitation primitive de la Marck. Dans le vieil allemand une Marck signifiait un certain territoire composé d'ordinaire de champs, de pâturages et de forêts. Depuis des siècles on aura épilogué sur l’origine de ce nom, sur la « Pierre » (le Stein) du « Mark », c’est-à-dire d’une invraisemblable frontière préhistorique. Pourtant, le Markstein, la « Pierre-limite », la borne, avait existé. Des pierres de cet ordre semblent avoir servi pour le bornage dès la très haute antiquité, même si l’abornement des bans communaux, des « Gemarkungen » en Allemand, semble être une opération relativement récente, du Moyen âge. Mais d’autres abornements semblent avoir été opérés dès le Néolithique ancien. Dans ces cas, il ne pouvait s’agir que de territoires importants concernant des entités, probablement tribales. De l’allemand Mark il y a des exemples dans ce sens : « Steiermark », « Ostmark », « Danemark » et d’autres qui concernaient des pays entiers.

On connaît, en Alsace, des « Markstein » dont il faut signaler le Gedeckter Markstein c’est-à-dire la « Pierre limite couverte » (lors de la Révolution, cette pierre devenue après des millénaires une pierre limite fut recouverte par les paysans du lieu pour masquer l’ancienne limite de propriété de la puissante et fort ancienne abbaye de Marmoutier ; elle n’a été redressée qu’après 1870) dans la région du Kempel situé sur le chemin qui conduit de Saverne à Dabo. Cette pierre devait être considérée comme une pierre païenne puisqu’on a jugé utile de la christianiser en 1727 en y gravant, comme au Bollenberg, le nom de « Sankt Martinstein ». Un autre Markstein se trouve au col du « Dreimarkstein » à l’altitude de 760 m sur les hauteurs de Malmerspach près de St Amarin dans la vallée de Thann. Il est curieux de constater le voisinage du Belacker à l’altitude 980 et dont le nom comporte des réminiscences solaires (dieu gaulois Belenos).

Il existe une pierre étonnante sur les hauteurs du Marksteinkopf, qui domine le Florival et la vallée de la Thur du haut de ses 1241 mètres. Cette éminence est la plus élevée entre la station dite du Markstein et le Grand Ballon en suivant la route des Crêtes qui les relie. Il s’agit d’une somptueuse stèle pyramidale de la « Grande Déesse » qui est là, intacte, depuis des millénaires. Cette pierre pyramidale est en grauwacke local, pierre qui est réputée pour sa dureté et sa très faible réactivité aux agents extérieures. Même si elle n’est pas facile à travailler, sans métal, les arêtes vives et intactes révèlent la parfaite connaissance des carriers de l’époque de l’ancienne Europe. La hauteur est de 210 centimètres, la plus grande largeur de 225 centimètres et l’épaisseur de 130 centimètres. Le déhanchement plus accusé est respecté et est situé sur le côté gauche de la stèle. La face tournée vers le Nord porte une grande échancrure semi-circulaire bien visible. Il semble que le fil de la pierre a déterminé l’angle et la forme du collier. Cette pierre dégage une grande force et semble bien là pour défier d’autres millénaires. Sa signification exacte en ce lieu précis est difficile à élucider même si on reconnaît l’intention de bien marquer, jusqu’aux sommets, la croyance. La face ornée, tournée exceptionnellement vers le Nord, pourrait être en relation avec le "cairn" du Klintzkopf (cinquième sommet des Vosges avec 1 330 mètres d'altitude, la montagne est le siège de la plus haute forêt d'Alsace et du massif des Vosges) dont la masse est bien visible.

 

 

Issenheim servait primitivement de passage à une importante voie de communication romaine, certainement déjà en activité à l’Âge du Fer. Il s'agit de la "Bergstrasse", une route venant de Rouffach, passant par Soultz et Cernay pour rejoindre ensuite Luxeuil puis Belfort.

En venant du Bollenberg, haut lieu celtique dédié à Balder/Phol le dieu-solaire, voici d'abord, à droite, la vallée avec son encadrement de montagnes boisées qui, s'élevant de sommets en sommets, forment un vaste amphithéâtre de forêts, le tout dominé par la tête chauve du Grand-Ballon. Guebwiller est là, s'allongeant et s'élargissant toujours dans son berceau de verdure. Effaçons tout cela et figurons-nous ce tapis de verdure se prolongeant au loin dans la plaine, mais bordé, comme une clairière, de hautes forêts qui tantôt se rapprochent et tantôt s'écartent en laissant voir, chaque fois, un nouveau groupe d'habitations. Dès longtemps avant l'arrivée des Francs, les Romains avaient cédé, de gré ou de force, une grande partie des deux Germanies cisrhénanes à des peuples d'outre-Rhin, à charge à ceux-ci de défendre le territoire contre les invasions subséquentes. Tribus pastorales pour la plupart, les Germains, à leur arrivée sur le sol de l'Alsace, devaient s'attacher de préférence, comme à autant de mamelles fécondes, à ces nombreux cours d'eau qui descendent du versant oriental des Vosges. C'est ainsi que les premières colonies (les Germains désignaient leurs camps par le mot ring) se seront établies à l'entrée des vallées, au pied de ces montagnes où elles trouvaient au besoin un refuge avec leurs troupeaux, sous la protection ou sous la surveillance de ces camps retranchés, de ces castels romains qui défendaient les passages et qui, de leur côté, avaient besoin de ces mêmes colonies dans leur voisinage, tant pour se recruter en hommes que pour s'approvisionner en vivres et en munitions.

Antérieurement au douzième siècle, l'aspect actuel des lieux dans la vallée de Guebwiller ne se laissait encore entrevoir que très confusément. Les habitants semblaient avoir conservé l'horreur des vieux Germains pour la concentration des demeures. Les villes étaient toujours pour eux des bûchers entourés de filets. Chacun tenait bien moins aux avantages de la solidarité sociale qu'à la libre possession de son bien et de soi-même, et restait fidèle à la source, au champ, à la forêt qui avaient attiré ses ancêtres. Tout au plus peut-on supposer que les cabanes de quelques pauvres tenanciers ou clients s'étaient groupées, le besoin de subsistance ou de protection retenait auprès des enceintes fortiées.

 

 

En prenant possession du versant oriental des Vosges, les Germains ont dû consacrer les plus hautes cimes à Odin, leur principale divinité. Le point culminant, dans la vallée, c'est d'un côté le Grand-Ballon, de l'autre côté le Petit-Ballon. Le Grand-Ballon (ou Ballon de Guebwiller, à 8 km à l'Est à vol d'oiseau), en allemand Belchen, dans le dialecte alsacien Belicha, principal sommet de la chaîne, domine, à une élévation de 1424 mètres, une sorte de péninsule à base triangulaire, jetée en avant de la ligne de faîte, dont les eaux s'écoulent, par de larges gouttières, au fond des golfes qui découpent les bords du massif. Ces bras de mer, profonds et rétrécis, ressemblent à de longs estuaires, quelque chose comme les fjords de la Norvège, s'avançant jusqu'à Buhl dans la vallée de la Lauch, à Masevaux dans celle de la Doller, à Munster sur les rives de la Fecht, à Fouday sur les bords de la Brusche. Sur les pentes occidentales de la chaîne, cette mer imaginaire forme des échancrures plus larges. Ses flots s'avancent là jusqu'à la Forêt d'Hérival, dans le bassin de la Moselle ; à Belmont, dans la vallée de la Mortagne ; à Sauley, au Puire et à Raves, dans celle de la Meurthe et de ses affluents. Les cimes des monts Faucilles, avec la Motte de Vesoul, composent un groupe perpendiculaire à la direction principale de la chaîne, en face du Ballon d'Alsace, tandis que, vers l'extrémité septentrionale, le Lichtenberg, le Liebfrauenberg, le Scherholl, le Kalmit, le Drachenfels, le Potzberg, le Donnersberg, bien d'autres sommets encore dans le Palatinat, représentent le prolongement du système des Vosges, à côté du groupe parallèle du Hundsruck.

La route des Crêtes contourne le sommet par l'Est, franchissant un col à l'altitude de 1 325 mètres, entre le Markstein et le Vieil Armand. Le sommet est propice à l'observation des Alpes bernoises et d'une partie des Alpes françaises jusqu'au mont Blanc. C'est généralement le point le plus froid et venteux d'Alsace avec le Hohneck (1 362 m). La température la plus basse enregistré fut -30,2°C, la plus élevée 29°C (41°C 1 200 m plus bas, en plaine). La différence de température avec la plaine, près de Mulhouse, évolue autour de 7°C, jusqu'à 10°C et plus en été. L'épaisseur du manteau neigeux est généralement supérieure à un mètre en hiver, couramment 1,50 m au-dessus de 1 350 mètres. Le meilleur enneigement, ou hauteur cumulée, fut observé avec 3,70 mètres.

 

Ce nom même de Ballon/Belchen semble dire que ces deux sommets étaient déjà consacrés l'un et l'autre à Belen, le dieu-soleil, le dieu blanc des Celtes, et soit que l'on ait respecté cette destination, soit que le nom primitif ait prévalu sur tout autre, les deux Ballons ont conservé leur vieille dénomination celtique. En Belen se résumait d'ailleurs le vieux culte national de la contrée, qu’on retrouve du côté de la Croix du Loup, près de Bergholtz, le Hungerbrunnen, fontaine qui rend des oracles en annonçant, par son plus ou moins d'eau, les années d'abondance ou de disette ; du côté de Guebwiller, le Belsbrunnen, la fontaine de Bel ou de Balder, laquelle rappelle le Balbronn ou le Baldeburn du Bas-Rhin. En sa qualité de dieu-soleil, Balder était aussi par excellence le dieu des sources, et c'est en cela surtout qu'il remplace Odin.

On a nommé spécialement trois saints comme ayant recueilli la succession légendaire de Balder : saint George, saint Etienne et saint Sébastien. Saint George est représenté comme un guerrier à cheval, transperçant de sa lance un monstre, un dragon. On connait le sens de ce symbolisme à la fois naturel, mystique et mythologique : le chevalier du soleil printanier tue le dragon hivernal qui gardait les trésors de la terre, permettant le retour de la végétation. Mais saint George n'est pas seulement le patron des guerriers comme saint Michel, saint Martin, saint Maurice ou saint Gangolf ; il est invoqué aussi en certaines contrées comme protecteur des bergers et des troupeaux, ce qui ramène au Schaefferthal, pour ne pas dire à Apollon. Saint Etienne, saint du solstice d'hiver, lapidé comme Balder, ce proto-martyr de la mythologie, se trouve être invoqué, en certaines contrées du moins, comme protecteur des chevaux. Encore un souvenir de Balder. Le cheval de Balder, dit la fable, eut un jour une mémarchure dont Odin seul put le guérir. Ce pied luxé parait être une figure de la saison d'hiver ; c'est le quatrième pied faisant défaut au soleil dans sa course annuelle. Chez les peuples surtout où l'on ne comptait que trois saisons, on ne pouvait donner quatre pieds au cheval du soleil. Pythie, la prêtresse d'Apollon, rendait ses oracles sur un trépied, et c'est encore un trépied qui servit de monture à Apollon pour traverser la mer. Voilà bien le cheval bouleté de Balder. Quand après une inondation la peste achève de dépeupler la terre ravagée par les eaux, le fléau devient ce serpent, ce dragon qu'Apollon tue à coups de flèches. C'est l'humidité que le soleil dessèche en y dardant ses rayons. Mais ces mêmes flèches avec lesquelles Apollon tua les cyclopes qui avaient forgé la foudre, ces mêmes rayons qui dissipent les nuages amoncelés et qui mettent fin aux orages, ce sont les traits d'Apollon courroucé, la fièvre, la peste, la mortalité sous toutes ses formes. On comprend pourquoi l'on nous à montré la Peste chevauchant par le monde sur un cheval blanc tripède. C'est le Heljaeger de la ballade à la tête de cette fantastique chasse aux morts où meute et gibier n'ont que trois pieds comme le cheval ; c'est la Hel à cheval, die Pestjungfrau, cette pâle amazone de la mort, au corps fluet et si subtil qu'il apparait comme une flamme bleuâtre dans un léger brouillard chassé par le vent. Aussi le seul moyen pour se préserver de la peste ou pour arrêter ses ravages, c'est de la prendre, si l'on est assez adroit, et de l'enfermer entre d'épaisses murailles, ou mieux encore, de l'emmurer. Ainsi fit-on à Guebwiller, dans la rue de la Peste, où le fléau avait déjà dépeuplé toutes les maisons, lorsqu'on parvint enfin à s'en emparer. Cette singulière tradition n'aurait-elle pas son origine dans le souvenir d'une ancienne coutume païenne, dans la coutume barbare que l'on avait, jadis, d'immoler ou d'enterrer vivante une victime humaine, à l'intention d'obtenir du ciel irrité l'éloignement d'un fléau ? Ainsi l'on raconte que dans l'ancien château d'Ungerstein on voyait chaque année, à certain jour, un endroit de la muraille se mouiller de pleurs. C'était la dame du Hungerstein que l'on disait emmurée là; mais on doit supposer que c'est uniquement le nom du château qui aura fait localiser là ce souvenir, après que l'Unterstein, dont une ancienne prononciation aura fait l'Ungerstein, fut devenu finalement le Hungerstein, le « château de la faim ».

Saint-Sébastien, le guerrier martyr percé de flèches, et à ce titre patron des tireurs, était encore spécialement invoqué en temps de peste, bien qu'il ne soit nullement question de la peste dans la légende de ce saint. Comment s’expliquer la raison de cette dévotion, ou pourquoi saint Sébastien était-il invoqué contre la peste ? Ne serait-ce pas parce que la peste était figurée par des flèches, par ces traits mortels que lançait le dieu courroucé ? C'est ainsi qu’on voit souvent les chrétiens emprunter à l'ancien symbolisme ses images pour y attacher une signification nouvelle, comme les artistes changent quelquefois le nom d'une statue en lui mettant dans la main un autre emblème. Le symbolisme est une langue qui se comprend dans toutes les langues, et à ce titre il avait sa place marquée d'avance dans la grande œuvre de la conversion des peuples.

Ainsi le flot de l'invasion, qui avait submergé, germanisé tous les autres sommets, n'atteignit point jusqu'au Ballon, et le Vieux de la Montagne se maintint sur son trône. D'ailleurs les Germains eux-mêmes reconnaissaient, bien au-dessus d'Odin, comme antérieur à lui et comme devant lui survivre, une sorte de Père éternel que l'on pourrait bien surnommer ici l'Ancien des jours. C'était ce dieu anonyme, ou plutôt ce dieu perdu que l'on adorait encore sans le connaître, que l'on invoquait sans pouvoir le nommer, et qui pouvait dire, dans les forêts de la Germanie comme dans les sanctuaires de l'Égypte : « Je suis Celui qui est, et personne n'a levé le voile qui me couvre ! ».

Tout comme au Bollenberg, au Petit Ballon et au Grand Ballon, tous situé dans le prolongement de la course solaire, les Anciens pratiquaient le culte solaire de Belenos, le dieu celte du feu associé à la vie pastorale, lors de la fête de la purification du feu, le 1er mai.

 

 

Le lévrier est le signe emblématique de la chasse, et la chasse était un privilège de la noblesse. Mais pourquoi cette qualification de Grand-Chien donnée au lévrier de Murbach, tandis que celui de Guebwiller était désigné par le nom de Merhund ? Ce nom de Grand-Chien est celui d'une constellation, et la plus belle étoile de cette constellation comme de toutes les étoiles fixes, Sirius ou la Canicule, n'était autre, dans la mythologie, que le chien du chasseur Orion, celui d'Hélène, et enfin Méra, chienne d'Icare, métamorphosés en étoile. C'est ce qui explique en même temps ce nom de Merhund, que porte encore aujourd'hui, à Guebwiller, cette partie du vignoble qui avoisine l'Ungerstein, dont elle aura été une dépendance. À l'appui de ce qui vient d'être dit sur le sens à attacher à ces noms de Grand-Chien et de Merhund, il convient de faire observer que le Lévrier héraldique était accompagné en chef d'une étoile à six rais d'or, ainsi qu'on peut le voir encore sur une clef de voûte de l'ancien couvent des Dominicains. Aurait-on voulu symboliser, par le Grand-Chien, le nombre des fiefs dépendants de Murbach, et par Sirius ou Méra, principale étoile du Grand-Chien, la ville de Guebwiller, comme étant le chef-lieu du territoire de l'abbaye ? Il n'est pas rare de voir le blason emprunter ses emblèmes au ciel, témoin encore le Croissant de Saint-Amarin, autre dépendance de Murbach.

Dans les temps primitifs, les peuples, en observant le ciel, durent emprunter la plupart des dénominations dont ils avaient besoin pour distinguer entre elles les constellations ou les étoiles, soit aux souvenirs de leur histoire, soit à la nature de leurs impressions journalières. Pasteurs ou laboureurs, guerriers, chasseurs ou pêcheurs, ils semblaient vouloir confier à la garde du ciel le souvenir de leurs occupations de chaque saison, en les inscrivant, en quelque sorte, en lettres de feu sur le front du firmament ; et c'est en effet à ce genre de souvenirs qu'appartiennent, pour la plupart, les noms des principales constellations. La grande occupation d'hiver, par exemple, c'était la chasse, et voilà comment la plus belle constellation de cette saison devint Orion, le chasseur céleste, constellation suivie de près de celle du Grand-Chien. Ainsi Orion accompagné de son chien et précédé des Pléiades comme d'une volée de pigeons, puis descendant sur l'horizon à la poursuite du soleil, comme en posture de tendre l'arc, cette figure dut-elle donner naturellement l'idée de la chasse nocturne. Le soleil avec l'étoile du soir devient tantôt le sanglier à la soie d'or, tantôt le cerf blanc ou la biche avec son faon, sujet de tant de gracieuses légendes.

Au fond de la vallée de Guebwiller le mythe du chasseur céleste se trouve localisé sous une autre forme, dans la légende du Saut-du-Cerf, légende qui n'est qu'une des nombreuses variantes de celle de saint Hubert. Chargé de fournir un cerf à l'abbé, le garde-chasse de Murbach était allé chasser un jour de dimanche. Un cerf blanc est lancé ; le chasseur le poursuit, et il est sur le point de l'atteindre enfin au bord d'un précipice ; mais au moment même où le cerf va tomber sous le trait mortel, il s'élance du haut du rocher, en laissant voir dans sa ramure, tout éclatant de lumière, un crucifix. Et voilà comment la cascade a pris le nom de Hirtzensprung, en souvenir du cerf qui symbolisait le soleil couchant, comme la chasse au soleil est devenue la chasse du dimanche, jour du soleil.

 

Le culte d'Odin, d'origine asiatique, avait ses plus zélés partisans et propagateurs dans les prêtres des Goths. Les Germains le reçurent de leurs mains. Mais il fallait bien que le dieu d'Asie, pour s'acclimater au rude ciel du Nord, changeât quelque peu de caractère, de mœurs et de visage. Tribu de guerriers et de chasseurs, d'abord pastorale et nomade, puis conquérante et dominante, Goths et Germains laissaient volontiers aux vaincus, aux serfs, les travaux paisibles de l'agriculture, sauf, bien entendu, à prélever toujours leur large part de la récolte. Avec de tels adorateurs Odin ne pouvait manquer de leur ressembler de plus en plus, à mesure que ces peuples s'éloignaient du berceau commun où ils avaient grandi dans la simplicité des mœurs patriarcales. La notion divine allait ainsi toujours s'obscurcissant, et l'on eût dit que l'Homme s'éloignait de la vérité comme il s'éloignait du soleil.

Le jour déclinait donc insensiblement, et la raison humaine, comme effrayée de la nuit qui commençait à se faire autour d'elle, se jeta dans les bras de la nature et lui demanda un dieu fait à son image et à sa ressemblance. L'Homme, en effet, quoi qu'il conçoive et quoi qu'il produise, ne saurait jamais tirer de lui-même que sa propre image. On vit alors le majestueux Odin descendre de ses hauteurs calmes et sereines pour venir, comme un simple mortel, se mettre à la tête des combattants et leur disputer en quelque sorte sa part du butin, en devenant à son tour, dans l'esprit de ses adorateurs, un guerrier dur et féroce, un maître hautain, insatiable, impitoyable. Et quel autre dieu pouvaient-ils s'imaginer désormais, ces hommes de guerre et de chasse, sinon un dieu chasseur et guerrier ? Ainsi, pour être reçu chez Odin au paradis de la Walhalla, devra-t-on, en quelque sorte, faire preuve de noblesse, en ne se présentant que décoré de quelque balafre, et pour n'avoir pas le malheur de mourir de sa belle mort, le Germain, avant de rendre l'âme, se fera plutôt une blessure volontaire avec la pointe de sa lance. Ou bien serait-ce là encore une de ces réminiscences d'Orient, un vague souvenir de la circoncision ? Moyennant espèces toutefois, Odin consent à se montrer bon prince en acceptant la rançon des âmes ; mais l'âme de l'esclave, du serf, du vilain, toute la plèbe en un mot, demeure par cela même à tout jamais exclue du fortuné séjour. Et quels délices Odin prépare-t-il là-haut à ses élus ? On y chasse à cœur joie, on s'y bat à outrance, on se pourfend, on se taille en pièces, et les guerriers tombés se relèvent toujours, toujours plus ingambes, et le sanglier à peine abattu et dépecé se relève et fuit, la meute à sa suite. Tout est donc pour le mieux dans ce meilleur des mondes, car chasser et combattre, puis combattre et chasser encore, et ainsi toujours, n'est-ce pas là, pour des nobles, le comble de la joie et la suprême félicité ? Odin est le souverain dispensateur de la victoire. Armé de son javelot, le terrible gungnir, il accourt sur le champ de bataille au plus fort de la mêlée, suivi de ses deux loups toujours altérés de sang et de carnage. Alors, à l'ombre de ce javelot qu'il lance par-dessus la tête des combattants, on voit les rangs tomber sur les rangs comme des épis d'orge sous la faux du moissonneur. Aussi ne se faisait-on jamais faute, avant d'engager le combat, de lancer sur l'ennemi un gungnir sacré en l'accompagnant de l’imprécation « à Odin vous tous ! », car vouer l'ennemi à Odin, c'était le vouer à la défaite et à la mort.

En ce temps-là, quand un orage éclatait sur la vallée, quand l'éclair sillonnait la nue et que le tonnerre se mettait à gronder, on se disait en regardant le ciel : « Voilà les dieux qui s'amusent, il y a combat dans la Walhalla ! ». Puis lorsqu'on cessa de croire à ces combats des dieux dans le ciel, on s'en souvint encore pour en localiser l'image sur la terre, en substituant aux nuées des montagnes, aux divinités des Hommes, rois, guerriers et héros. On ne s’étonnera donc pas, après cela, si les ombres de ces combattants se donnent encore parfois, comme les chevaliers du Moyen-âge, le passe-temps d'un tournoi sur quelque plateau solitaire des montagnes, sur celui de notre Kriegshurst par exemple, au haut de l'Axwald, où l'on peut voir se dresser encore, en guise de Terme, comme un juge de camp à barbe grise, ce rocher moussu que les vieilles chartes appellent le Dietrichstein.

 

Les païens avaient coutume d'offrir à Thor des pierres en forme de haches ou de marteaux, a l'intention d'obtenir du dieu, soit une habitation préservée de la foudre, soit un mariage heureux et béni, ou bien encore une abondante récolte. Emblème de l'orage qui vient ranimer la végétation, le marteau de Thor était censé, pour ce motif, comme aussi à cause de la signification attachée à sa forme, ranimer les ossements même qu'il avait touchés, et les morts l'emportaient avec eux dans le tombeau comme un symbole d'espérance et de résurrection. On voit le même symbolisme s'attacher au lis, comme il s'est attaché aussi au gland (Jovis glans), ce fruit de l'arbre sacré du dieu du tonnerre.

Sans prétendre assigner une origine païenne à cette coutume de porter des pierres au montjoie (amoncellement de pierres servant à baliser un chemin de transhumance, un itinéraire de pèlerinage, à marquer la limite d'un territoire, à commémorer une bataille) du col du Bildstoecklé, on ne peut s’empêcher de faire remarquer ici une singulière coïncidence. Il y a quelques années à peine, le chemin de Guebwiller au Bildstocklé, par la forêt de l'Ax, était bordé de grands chênes, derniers débris d'une génération depuis longtemps disparue. C'étaient les Nestors de la forêt, celui-ci étant, dans l’Iliade et l’Odyssée, un vieillard encore vaillant sur le champ de bataille, écouté avec respect par tous, surtout pour ses avis, son expérience et ses conseils lors des convocations du Conseil notamment ; dans l'Iliade, il est souvent désigné avec l'épithète de « vieux meneur de char ». Ces beaux arbres se trouvaient là en exécution d'une loi ou d'une coutume très ancienne, qui obligeait tout nouveau-marié à planter ou à faire planter un chêne au bord du chemin. Les chênes de l'Ax formaient donc, depuis le Dietrichstein jusqu'au Lusbühl, une majestueuse forêt où le porcher menait à la glandée son troupeau grouinant. Ce serait donc un montjoie dans le sens de mons Jovis, c'est-à-dire un mont de Jupiter, un mont-tonnerre, un mont de Thor enfin.

 

Le nom d'Axenberg, pense le savant Grimm à propos d'une montagne de la Suisse, doit avoir une signification mythologique. Faudrait-il voir dans l’Ax ou Axwald, avec son Dietrichstein et sa Kriegshurst, la forêt du grand Ase ? En comparant le mot askr, qui signifie « homme », avec le nom Irmin ou Hermann, Grimm semble insinuer encore, et Wolf s'attache même à démontrer l'identité d'Irminius avec le dieu Thor. Les irmensuls, ou colonnes d'Irminius, comme celle que Charlemagne fit brûler un jour, n'auraient donc été en réalité que des troncs de chênes érigés en l'honneur de Thor, et Thor étant le dieu Terme des Germains, ces colonnes devaient surtout se dresser sur la limite des territoires. Remplacé par une pierre sur la limite de l’Axwald, le chêne de Thor serait ainsi devenu là le Dietrichstein des vieilles chartes ; car si Théodoric-le-Grand, comme guerrier, a dû quelquefois prêter son nom au mythe d'Odin, il le prête encore plus souvent à celui du dieu Thor, au grand mythe héroïque célébré par les romanciers sous le nom de Wolfdietrich.

La limite opposée de la vallée, au col du Behnlesgrab, du côté du val Saint-Grégoire, est marquée par la Dornsyle, nom qui pourrait bien être le synonyme (Donarsul) de celui de Dietrichstein, bien qu'il soit encore susceptible d'une autre interprétation. De l'idée de propriété gardée que l'on attachait à ces colonnes, aura découlé la fable de tous ces trésors cachés sous les pierres bornes, comme celui que l'on dit caché sous l'Engelstein de la Dornsyle. Ce même souvenir d'un tronc d'arbre (rumpf), ou d'un chêne foudroyé, semble percer encore dans le nom de Hohenrupf. Il est à remarquer toujours que le Hohenrupf, dont la haute cime dominait les deux vallées de Lautenbach et de Murbach, portait autrefois trois chapelles bâties sur le flanc de la montagne. Du côté de Lautenbach c'était, dit-on, une chapelle de saint Jean, patron de la paroisse, comme saint Michel était celui de la collégiale, tous deux liés à Odin, comme saint Pierre (donc Thor), au pied de la même montagne, est celui de Lautenbach-Zell.

 

C'est donc au haut de l'Ax, sur le plateau de la Kriegshurst, que l'on verra paraître, leur général en tête, les combattants de la dernière lutte, lorsque le grand réveil aura sonné pour eux. On en fait aujourd'hui des Suédois, à peu près comme les gens de Jungholtz ont fait du guerrier dormant un chevalier de Schauenbourg, armé de pied en cap et assis, la tête appuyée sur les deux coudes, à une table ronde toute couverte de parchemins. Pour les habitants du mundat, les guerriers dormants sont couchés au Bollenberg. Ces guerriers, dit-on, ne sont autres que les quatorze (en fait 24) comtes de Strasbourg, ayant sans doute à leur tête quelque vaillant Gérodseck. Sur l'Ochsenfeld, c'est l'empereur Barberousse qui dort sous le Bibelstein.

Le Dietrichstein, qui se trouvait là ainsi désigné bien avant qu'il ne fût question des Suédois en Alsace, dit assez clairement quels sont ces guerriers, quel est ce général : c'est encore Dietrich qui dort là sous le rocher, entouré de ses preux, et la main toujours sur la garde de son épée. De cent ans en cent ans il se réveille, se met sur son séant, regarde du côté du Rhin, puis après avoir fait le tour du rocher pour dégager sa longue barbe, il se recouche et s'endort. Voilà le guerrier dormant, tel qu'on le dépeint ordinairement. La romance du héros Dietrich est assez intéressante. Au château de Salneck vivait une jeune princesse nommée Hildegonde. C'était la perle des princesses de son temps. Cependant le père, comme jaloux de son trésor, tenait sa fille enfermée clans une haute tour presque inaccessible. Pauvre princesse ! À quoi lui serviront tant de grâces, si elles restent ignorées des princes de la terre ? Mais voilà que le récit de son infortune arrive aux oreilles d'un jeune héros, et Hugdietrich - c'est ainsi qu'il se nomme - se dit à part soi : « Je la délivrerai ! ». Il s'élance sur son palefroi, part, et grâce à un ingénieux déguisement, il réussit à s'introduire d'abord dans le château, puis du château clans la tour. Hildegonde touchée lui donne son cœur et sa main. Pouvait-elle rester insensible à tant d'héroïsme ? Mais une année ne s'est pas écoulée, qu'elle voit ses propres jours en danger. Son union avec Hugdietrich étant ignorée du père, comment se soustraire à sa colère, s'il vient à découvrir qu'il a été trompé ? Par une nuit sombre, pendant que tout dormait au château, à l'exception de la seule princesse, une louve, qui rôdait aux alentours, est attirée vers le fossé d'enceinte par les vagissements d'un petit enfant. Elle découvre l'enfant, l'emporte dans la forêt auprès de ses louveteaux, l'allaite et le nourrit, jusqu'à ce qu'un jour Hugdietrich, chassant dans la forêt, vient à passer près de là, aperçoit et reconnaît son enfant à l'inspection du collier que la mère, en l'exposant, a suspendu à son cou. Il le nomme Wolfdietrich, l'emporte et le rend à sa mère, car depuis longtemps leur union est reconnue et la tour a rendu sa captive. Hélas, le pauvre enfant n'a rien gagné à quitter la société des loups pour celle des Hommes, et ces hommes pourtant sont ses frères, ses propres frères. Plus il grandit, plus il se voit en butte à leur mépris, à leur haine, à leurs mauvais traitements. Ses frères le repoussent, ils refusent de le reconnaître pour leur frère, et son père lui-même, cédant à leurs obsessions, finit par se tourner contre lui. Un jour que la mauvaise humeur de Hugdietrich était à son comble, ayant mandé son fidèle écuyer ; « Il faut absolument, lui dit-il, nous débarrasser du loup ; prends-le, conduis-le dans quelque lieu écarté de la forêt, et là.... ». Il n'acheva point sa phrase. Le vieux serviteur n'avait que trop bien compris ! Pour toute réponse il essuya une grosse larme, et ayant pris son épée il partit, tenant l'enfant par la main. Le jeune loup sautait de joie de pouvoir aller à la forêt. Arrivé à l'endroit le plus solitaire, après s'être mainte fois arrêté pour exécuter l'ordre de son maître, le bon vieillard se sentait chaque fois ému à la vue de cet enfant qui s'amusait à jouer avec l'épée fatale. Il ne savait plus à quoi se résoudre, quand la rencontre d'un charbonnier vint le tirer de sa perplexité. On n'eut pas de peine à s'entendre : le charbonnier emmena l'enfant dans sa cabane et le donna à élever à sa femme qui venait de perdre le sien. Cependant Wolfdietrich grandissait à vue d'œil : il était d'une force prodigieuse pour son âge, et bientôt il ne se passa plus un jour qu'il ne se signalât par quelque tour de force. Il avait à peine ses neuf ans, que déjà personne n'osait plus se mesurer avec lui. Comme il travaillait un jour dans une forge, d'un seul coup de son marteau il brisa l'enclume à la faire voler en éclats. Son apprentissage était donc fini, son éducation faite. Il sortit alors et s'en alla par le monde à la recherche d’aventures, marquant par un exploit chaque pas de sa course, abattant les géants et terrassant les monstres. Mais qu'est-ce que la force du corps sans la force de l'âme ? Or, la vertu de Wolfdietrich n'a pas encore été mise à l'épreuve. Voici l'heure du grand combat : la tentation est là qui attend au passage le jeune héros. Un soir, c'était une belle soirée d'été, Dietrich était nonchalamment couché près d'un feu, sur un tendre et frais gazon, dans une clairière charmante, la plus solitaire de la forêt, lorsqu'une fée se présenta à lui et l'invita à la suivre dans sa demeure. Cette demeure n'était rien moins qu'un palais merveilleux, séjour de délices au sein d'une montagne enchantée. Douze grâces d'une éternelle jeunesse se mettent au service du jeune héros, rivalisant de prévenances à son égard. C'est à qui d'entre elles lui prodiguera les soins les plus doux, les attentions les plus délicates. Une d'elles surtout, la plus gracieuse de toutes, déploie tous ses charmes pour s'insinuer dans le cœur de Dietrich. Mais c'est en vain, rien ne le touche, rien ne l'émeut. Toujours insensible il résiste à tout. Et cependant que lui manque-t-il encore pour mettre le comble à sa félicité ? Aux repas, il voit les mets les plus exquis sortir de la table comme par un secret enchantement, et un nectar délicieux se verser de lui-même dans la coupe d'or. N'importe !, il résiste, il persiste. C'est alors seulement que la rude Els, sortant de son bain de jouvence, se découvre au héros comme la reine de la montagne et la belle des belles. Son nom est Sigeminne, l'amour vaincu. En même temps elle lui fait présent d'un vêtement neuf, tissu de la main des nornes, et qui a la vertu de préserver son jeune corps de toute blessure. Rien ne résiste à celui qui sait se vaincre lui-même. Dietrich, après cette épreuve, ne craint pas d'aller s'attaquer au dragon de la montagne voisine, car c'est à cette dernière victoire qu'est réservée la plus belle couronne. Il arrive donc sous le tilleul où il voit déjà le monstre qui l'attend, écumant de rage, à l'entrée de son antre. Une lutte horrible s'engage, et déjà le dragon, enserrant le héros dans une irrésistible étreinte, l'a englouti tout vivant, lorsque Dietrich, s'ouvrant un passage à coups d'épée, reparaît, de la tête aux pieds tout inondé de sang, un seul endroit excepté où s'était collée une feuille d'arbre tombée du tilleul au moment de la lutte. Ce bain de sang n'a fait que rendre son corps plus invulnérable encore, en même temps que quelques gouttes avalées du sang du dragon lui ont communiqué l'intelligence de la langue des oiseaux. Pour dernier prix, de sa victoire enfin, il obtient la main de Sidrata, la plus belle et la plus noble des princesses, avec son palais, son royaume et ses trésors. Or un soir, clans un de ces doux épanchements de cœur où se plaisaient les deux fortunés époux, Sidrata voulut aussi savoir de Dietrich le secret de son invulnérabilité, et son époux le lui confia, en ajoutant toutefois qu'il pouvait être blessé à l'endroit de son corps où la feuille de tilleul avait laissé une marque en forme de cœur. La princesse eut soin de marquer par une croix le même endroit sur le vêtement du héros ; puis elle recommanda à Hagen le borgne, son écuyer, de veiller à ce qu'aucun coup ne lui fût porté du côté de la croix de marque. Mais voilà que le méchant Hagen, ce perfide, trahit le secret à l'ennemi, se laisse séduire par lui, et un jour qu'il est à accompagner son maître à la chasse, au moment où celui-ci se baisse pour boire à une source, il le vise à la marque et le perce de sa lance. C'était écrit ! Le destin voulait que Wolfdietrich lui-même descendît au noir séjour des ombres. Au dernier jour cependant il reparaîtra, et alors sera livré le grand combat, la bataille décisive. En attendant Dietrich est là dans la montagne, dormant son sommeil et n'attendant que le cri du coq pour se lever avec ses braves. S’il arrive donc d'entendre une fois, en passant sur la montagne de l'Ax à une heure de la nuit, comme un cliquetis d'armes sur le plateau de la Kriegshurst, et un bruit de chevaux et de combattants, il ne faut pas douter qu’on soit à la veille d'une grande guerre : Dietrich et ses compagnons sont là à s'exercer au combat.

Le symbolisme que renferme cette poétique romance est toujours ce même symbolisme solaire qui, prenant son point de départ dans le spectacle des grands phénomènes de la nature (le combat de l’été et de l’hiver aux solstices et équinoxes), a produit le mythe que l’on a vu empruntant, pour s'y personnifier, les plus grands noms de l'histoire. La légende de Wolfdietrich ou du guerrier dormant se trouve localisée en plusieurs contrées, mais il y a cela de particulier pour Guebwiller, que chacun de ses épisodes est rappelé ici par un nom de lieu. Ce n'est là que l'effet du hasard, assurément, mais n'est-ce pas un hasard assez singulier au moins, que le chemin partant du château de Hugstein conduise successivement au Liebenberg, au Lustbühl, au Lindloch, à la Kriegshurst et au Dietrichstein, soit la course solaire ? Au reste, il n'y a pas que les guerriers qui dorment. La légende populaire à ses dormeurs de plus d'une espèce. Sans parler des trois frères dormants (l'ermitage indiqué par la chronique se trouvait au vallon du Storenloch, et la tuilerie à l'entrée du vallon, en face du pont en-deçà de Murbach) de la chronique des Dominicains, on a à Guebwiller même le conseil dormant des six dans la maison des esprits. Or, dans cette maison on montrait autrefois une chambre sombre et vide, à la porte et aux volets toujours fermés. Là, disait-on, sont assis autour d'une table les six (die sechser), c'est-à-dire les membres du conseil des six, les yeux ouverts, le regard fixe et des cartes en main, comme s'ils jouaient, mais tous immobiles et muets, vêtus en arlequins, avec un chapeau pointu sur la tête. Seulement, pour les voir, il fallait être né le dimanche. Tout autre n'y voyait que du noir. Et qu'ont-ils donc fait, ces malheureux Thésée, pour se voir ainsi cloués là jusqu'à la fin des siècles ? Il faut croire que c'étaient de ces conseillers comme on en voyait autrefois, n'ayant souci que de leurs propres intérêts, dilapidant les revenus de la commune au profit d'un intérêt privé, et passant les séances à jouer ou à dormir les yeux ouverts, c'est-à-dire à ne rien entendre et à ne rien voir. Il est vrai qu'ils n'étaient que six. Aussi bien désormais on ne verra plus de conseil dormant ! En ce temps-là vivait aussi, dit-on, un brave bourgmestre tout-à-fait digne de présider un si digne conseil. Autant l'un était prompt à dormir, autant l'autre était lent à s'éveiller. Mais le président, après sa mort, ne fut pas condamné comme son conseil à une éternelle immobilité. C'était au contraire chaque nuit, dans sa demeure, un remue-ménage épouvantable, jusqu'à ce qu'enfin, pour avoir du repos, on se décida à faire venir de Soultz deux capucins qui conjurèrent l'esprit et le conduisirent sans mot dire, enfermé dans un cercle, au sommet du Hohenrupf. Là du moins, s'il ne se tient pas tranquille lui-même, il ne troublera plus le repos de la ville.

 

L’affleurement rocheux de Dietrichstein est une falaise de 3,5 mètre de hauteur avec un sommet plat détaché du plateau par une crevasse d'une cinquantaine de centimètres de large et aussi une petite niche à la base de la colline située, environ 500 mètres à l'Ouest de Guebwiller. Selon les légendes locales, l'endroit a été utilisé pour les offrandes et les sacrifices.

Dietrich serait le fruit d'amour interdit. À sa naissance, il fut abandonné dans la forêt et élevé par des loups. Retrouvé, il fut confié à un écuyer à qui on ordonna de le ramener en forêt et de le tuer. Mais celui-ci n'accomplit pas sa mission et confia Dietrich à un charbonnier. En grandissant, Dietrich acquit une force prodigieuse. Devenu adulte, il partit à l'aventure. Il va combattre un dragon qu'il parvient à tuer. Une fée lui apprend alors que le sang de ce dragon va le rendre invincible s'il s'y baigne. Il s'exécute aussitôt, mais une feuille de tilleul vient se plaquer sur son omoplate gauche, empêchant le sang de couvrir cet endroit de son corps. Dietrich, devenu un héros, va épouser la princesse Sidrata. Dietrich lui confie le secret de son invincibilité, mais aussi celui de la feuille. Notre princesse, pour une raison que nous ignorons, va marquer à l'aide d'une croix, l'emplacement vulnérable sur la tunique de notre héros. Elle confie également le secret à Hagen le Borgne, qui est l'écuyer de Dietrich. Celui-ci va, au cours d'une chasse, frapper d'un coup de lance notre héros. Mais Dietrich ne meurt pas, il ne fait que s'endormir. Depuis ce jour, notre héros dort, entouré de ces preux chevaliers dans un abri situé sous le Dietrichstein. Tous les cent ans, il se réveille, sort de son abri et scrute l'horizon à l'est. Ne voyant pas de danger, il fait le tour de son rocher pour dérouler sa longue barbe puis se rendort. Notre héros attend ici la fin des temps où il participera avec tous les autres héros à la bataille finale du crépuscule des dieux, le "Ragnarok", de la mythologie germanique et nordique. Cette légende est directement inspirée de la vie mythique de Baldr, le fils de Wotan et Frigg. Wotan est le roi des dieux de la mythologie nordique. À Guebwiller, il se dit que certaines nuits on peut entendre des hennissements de chevaux et des bruits d'armes sur les hauteurs de la forêt de l'Ax. D'après les Guebwillerois, ce sont Dietrich et ces chevaliers qui s'entrainent au combat. D'autres sources nous apprennent que Dietrich est le prénom germanisé de Théodoric de Ravenne, le roi des Ostrogoths. Pour les Alamans, c'est Dietrich Von Bern, également assimilé à Thor le seigneur des morts, autre fils de Wotan. Il rassemble autour de lui les écuyers et Wotan rassemble les seigneurs. Tout ce beau monde est destiné à combattre le mal à la fin des temps. En attendant ce moment terrible, ils festoient dans le Walhalla.

 

200 mètres plus loin, après le Fuchsfelsen, le menhir d’Heidenbuckel est à la base de la colline de l’Heidelberg, sur le versant opposé qui abrite le Dietrichstein. Heidenbuckel peut être traduit par « colline des bruyères », mais surtout par « colline des païens ». On est ici à un endroit ayant certainement servi de lieu de cérémonie depuis des temps immémoriaux. La pierre disposée à cet endroit a une hauteur de 1,40 m et fait 80 cm de large à sa base, sa face la plus large était orientée au Nord et au Sud. Dans la clairière du Grossberg, distante d'une centaine de mètres après le Bildstoeckle, on trouve un "arbre-totem".

 

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