Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation du Collectif des 12 Singes

 

Nous sommes un Collectif
d’écriveurs autoédités.

Pour nous suivre, connectez-vous à facebook et/ou twitter

Tous nos textes sont présentés sur http://Collectif12Singes.over-blog.com et nos livres ont une version eBook : "Lendemain du Grand Soir" ; "La philosophie south-parkoise, ça troue le cul !!!" ; "Bouquin Coquin et Taquin d’une Catin et d’un Libertin" ; "Photograffi(ti)es d’Expressions Murales : Pierres Philosophales"

*** TÉLÉCHARGEMENT ***

*** COMMANDE ***

 

L’idée, pour Partager auprès du plus grand nombre et facilité la lecture, est de mettre à disposition les contenus synthétisés par nos soins, puis les internautes le désirant peuvent télécharger les pdf illustrés ou commander les livres papier imprimés par un professionnel

 

  1. Téléchargement pdf
    illustré

     
  2. Commande livre papier personnalisé

 

 

COMMANDEZ NOS
LIVRES CRÉATIFS

Publié par Collectif des 12 Singes

Lieux de culte germain dans le Florival (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

Lieux de culte germain dans le Florival (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

 

Le plus puissant des dieux germains, après Odin, c'était Thor ou Donar, le dieu du tonnerre. Thor était fils d'Odin et le prince des Ases, l'Ase par excellence, surnommé pour cette raison Asathor. Phénomène atmosphérique, l'orage n'est-il pas fils de l'air et sa plus imposante manifestation ? Le dieu Donar était donc avant tout une personnification de l'orage et de la foudre. Les Romains l'ont confondu avec leur Jupiter tonnant. C'était bien, si l'on veut, une manière de Jupiter, mais un Jupiter bonhomme qui n'avait de commun avec le maître de l'Olympe que la foudre, et encore avec une certaine différence de forme et de couleur. La foudre de Thor était un lourd marteau, une sorte de massue qui brisait les rocs et qui, lancée au front des géants, revenait aussitôt se placer dans la main gantée de fer de son maître. Aussi les Romains prirent-ils assez souvent les statues de Thor pour des statues d'Hercule. Ce terrible marteau est l'ouvrage des elfes de la montagne, petits cyclopes toujours au service du dieu, toujours prêts à lui forger des foudres de rechange de toute forme et de tout calibre, haches, coins, marteaux, pierres ou boulets. Tout ce que la foudre avait touché, se trouvait par le fait consacré à la divinité. Le chêne, pour lequel la foudre semble avoir une sorte de prédilection, était l'arbre sacré de Donar, die Donnereiche. Par cela même qu'il sanctifiait tout, le marteau du dieu servait à consacrer la propriété, en marquant la limite des champs et des territoires. de là ces bornes en forme de marteau où de croix de saint Antoine, que l'on rencontre encore en certaines contrées. Mais la principale fonction du marteau sacré, c'était de consacrer les unions matrimoniales. Symbole de l'éclair et par suite aussi de l'orage qui féconde la terre, il devint le symbole de la fécondité même et servit à consacrer l'union des sexes, comme un signe de bénédiction. Aujourd'hui encore, pour le cas de certaines unions de ce genre trop tôt bénies, n'a-t-on pas coutume de dire parmi le peuple, que la foudre y est tombée (« Das Donnerwetter hat dreingeschlagen ») ? Le jeudi, jour consacré au dieu du tonnerre (Donnerstag) chez les Germains comme chez les Romains, n'a pas cessé d'être le jour préféré comme jour de noces.

Le dieu Thor, quand il n'allait pas à pied, se faisait traîner sur un char attelé de deux boucs. C'est le char du tonnerre avec son attelage de foudres. Aussi, quand un orage éclate, quand l'éclair brille et que la voix du tonnerre se met à gronder, c'est toujours le vieux roux qui souffle dans sa barbe, ce sont ses boucs qui sautent, c'est son char qui s'ébranle, qui part et qui roule. Couleur du feu, le rouge est aussi celle du dieu Thor, et c'est en raison de sa couleur, sans doute, que le rouge-gorge lui est consacré. Si Thor ne marchait pas l'égal d'Odin, il n'en était pas moins son compagnon de voyage. Leurs pérégrinations rappellent celles de Jupiter et de Mercure. Aussi leurs temples respectifs, ou les sommets consacrés à leur culte, n'étaient-ils jamais éloignés l'un de l'autre, et ainsi dans la vallée : à côté du Heisenstein le Trottberg, à côté du Judenhut le Geiskopf. Le fait de cette dernière dénomination joint à cette circonstance que le Geiskopf fut longtemps appelé St-Pierre, serait déjà un indice suffisant pour mettre sur la trace de Thor. Ce nom de Geisskopf d'abord (« tête de bouc »), donné au sommet de la montagne, rappelle l'animal consacré à Thor, sa victime choisie, et les bûcherons racontent encore que l'on y voyait autrefois deux boucs énormes, tels qu'il ne s'en rencontre plus nulle part. Mais tout cela ne serait d'aucune valeur si on n’avait pas en outre le nom de Saint-Pierre donné anciennement à cette montagne, car saint Pierre est au dieu Thor ce que saint Michel est à Odin. Au prince des Ases l'église a substitué le prince des apôtres : on nomme Peternit cette même montagne dont le Geiskopf proprement dit ne forme que le sommet. Le Geiskopf appartient à cette grande ramification qui du Ballon descend vers Guebwiller et Soultz. Son principal contrefort est le Liebenberg, qui vient aboutir au Grossfackelkopf, du pied duquel se projettent enfin le Hugstein et le Geisbühl. S'il est vrai que Liebenberg dérive de Lübbenberg, ce serait encore la montagne du géant, c'est-à-dire de Thor ; car le bon Lübbe était une manière d'Hercule auquel certaines contrées d'Allemagne offraient encore, il n'y a pas plus de quatre siècles, des os d'animaux. Au Liebenberg fait face le Troberg (Thorberg), comme le Heisenstein fait face au Schimmelrain. Cette circonstance, assez fréquente du reste, d'une même divinité, ou plutôt d'un même culte se répétant de l'autre côté de la vallée, on ne saurait l'expliquer autrement que par l'usage d'offrir un double sacrifice, d'un côté le matin au lever du soleil, et de l'autre côté le soir, aux derniers rayons du soleil couchant. À la divinité du jour répondait celle de la nuit, au Midi était opposé le Nord.

 

Le nom de Grossfackelkopf, « sommet du gros bûcher », renvoie aux feux de saint Jean. Il reste du culte de Thor un souvenir du même genre dans l'usage des feux de carnaval. On sacrifiait au dieu Thor à l'entrée du printemps, saison critique des orages, et de là vient l'usage des feux de carnaval. Il n'est pas nécessaire de s'éloigner beaucoup du Geiskopf pour retrouver cet usage encore en pleine vigueur : les feux du carnaval s'allument dans toute la vallée de Rimbach. Celui de Rimbach est allumé sur le flanc même de la montagne, celui de Wuenheim au Fastnachtkoepflé, celui de Rimbach-Zell au Schlossbuckel. Voici comment la chose se passe dans ce dernier village : chaque année, le premier dimanche du carême, les jeunes garçons, au sortir des vêpres, se mettent à parcourir le village pour amasser du bois et de la paille. Tout cela sent encore son origine païenne : la chènevotte (brin, morceau de la partie ligneuse du chanvre dépouillé de son écorce), qui rappelle la déesse Berthe qui file ; la fougère, qui préserve de la foudre; les dents d'or du dieu de l'orage, et la paille enfin, souvenir de la déesse des moissons. À mesure que les fagots arrivent sur la colline, ils s'accumulent et s'entassent autour d'une haute perche solidement fichée en terre ; puis, au premier signal de la cloche du soir, pendant que tout le village a les yeux fixés sur ce point, on allume le feu, la flamme pétille et monte, et le flambeau, comme un phare, éclaire au loin la montagne et la vallée. Les jeunes gens, chacun avec un brandon à la main, font le tour du feu en répétant : « L'ange des seigneurs, nous arrosons les seigneurs avec des lueurs, qui plus seront longues plus il y aura d’orages ». Quels peuvent être ces seigneurs ? C'est Herra ou Hertha, c'est la déesse qui va faire sa tournée nocturne dans les airs, mais qui déjà n'est plus regardée que comme un génie malfaisant dont on redoute l'influence maligne sur les animaux et sur les plantes : c'est la sorcière. Cependant les ombres de la nuit se répandent sur la vallée. Les flambeaux alors se mettent à descendre de la colline, et on voit comme un torrent de feu qui s'avance, et puis les feux qui se dispersent et qui parcourent la compagne en faisant le tour des propriétés. C'est ainsi que l'on répandait autrefois sur les champs la cendre des sacrifices. Mais peu à peu ces lumières errantes deviennent plus rares, le bruit se rapproche des habitations et l'on rentre enfin au village en chantant de porte en porte. Les galettes en cette circonstance comme en plusieurs autres, ont encore leur signification : elles ont remplacé, elles remplacent très heureusement la chair des victimes.

 

1 km au Sud-Est se trouve le Puppelestein de Rimbach (« pierre à bébé »), une grande roche inclinée dans les bois, utilisée dans les rites de fertilité. Ce bloc est considéré par la légende comme l'endroit où les sages-femmes cherchaient les bébés pour les apporter aux jeunes mamans. Dans les régions de l'Est de la France, les pierres abritent les enfants avant leur naissance. Il fallait bien expliquer aux enfants leur origine ! Ce n'est que depuis 1870 que les bébés alsaciens sont apportés par les cigognes. Cette pierre, également connu sous le nom de Rutschfelsen (« pierre à glissade ») servait de test aux jeunes gens. Il faut que les femmes glissent d'une traite sur la pierre pour enfanter dans l'année, ou, ceux qui arrivaient à glisser d'un trait le long de la pierre étaient assurés de se marier dans l'année. Cette pierre, au temps de la christianisation, reçut le nom de Hexenstein (« pierre des sorcières ») afin de mettre un terme à des pratiques païennes.

 

 

Le dieu Thor a laissé, comme Odin, un dragon, mais un dragon volant, un dragon de feu, digne représentant du dieu de la foudre. Le monstre habite au fond d'un antre invisible au haut du Lindloch, sommet voisin de celui du Geiskopf, dont il n'est séparé que par le col du Saint-Pierre. Ce n'était peut-être, primitivement, qu'un bois de tilleuls (lind-loh), mais le mot se prêtant à l'idée, on en a fait des deux côtés de la montagne un antre de dragon (lind, lindwurm). Le dragon d'eau ayant son logis, il fallait bien aussi loger quelque part le dragon de feu, et c’est du côté du Lindloch que viennent les orages. De sept ans en sept ans le monstre ailé sort, s'envole et traverse la vallée en remplissant le ciel de flammes et de fumée. On le retrouve encore de l'autre côté de la vallée, sur les hauteurs de la Dornsyle. Or tout bon dragon garde un trésor. Celui-ci il se trouve enfermé dans une lourde caisse de fer, et cette caisse, enfoncée dans les profondeurs de la montagne, remonte tous les sept ans à la surface. On ne dit pas, il est vrai, à quelle heure du jour ni à quel jour de l'année, mais si par hasard on survient au bon moment, il sera facile de s’emparer du magot : il suffira de jeter sur la caisse un objet d'habillement, pourvu toutefois que ce ne soit pas son chapeau, ni sa cravate, ni toute autre pièce qui ait touché la tête, sans quoi caisse et trésor disparaîtront à l'instant même. Il parait que le chapeau, dans le cas précité, a la vertu de celui d'Odin : il rend invisible tout ce qu'il couvre. Ces trésors gardés tantôt par un dragon, tantôt par un simple crapaud ou par un chien noir, comme au Hugstein, semblent symboliser les fruits de la terre. Le sombre gardien ne serait donc autre que l'hiver, cette longue nuit de sept mois qui tient la végétation comme enchaînée. On prétend aussi qu'au bout de sept ans, d'autres disent neuf, le serpent devient dragon. Le serpent figurant les végétaux, voulait-on dire par là qu'au bout de sept ou de neuf mois la paille ou le bois est brûlé, retournant ainsi aux éléments, que figure le dragon ? Le marteau de Thor s'enfonçait également dans la terre à une profondeur prodigieuse, pour ne reparaître à la surface qu'au bout de sept ans, absolument comme ce trésor. Ce sont encore les sept mois d'hiver où la foudre dort.

 

À la hauteur de Guebwiller une montagne au sommet arrondi se détache du Lindloch et descend en pente douce jusqu'aux murs de la ville. C'est l'Altroth, dont le sommet, en nature de bois et de bruyères, est appelé Lusbühl ou Lustbühl. Les anciens seigneurs, disait-on, s'amusaient là-haut à jouer aux quilles. Singulière place, en vérité, pour un pareil jeu ! Mais il faut se rappeler ici que l’on est encore à mi-côte, pour ainsi dire, du mont Saint-Pierre, et lorsqu’on entend là-haut un roulement de tonnerre, n'est-ce pas saint Pierre qui vient de lancer la boule ? Or il est évident que le bon apôtre n'a pu se permettre ce passe-temps-là qu'en sa qualité de successeur du dieu du tonnerre : entre dieux on ne se gênait pas. Ainsi donc, si ce n'est pas une faute que d'écrire Lustbühl, on aurait ici un montjoie (amoncellement de pierres servant à baliser un chemin de transhumance, un itinéraire de pèlerinage, à marquer la limite d'un territoire, à commémorer une bataille), comme il existe ailleurs un Lustenberg, voire même un mons gaudii. Mais ce serait un montjoie dans le sens de mons Jovis, c'est-à-dire un mont de Jupiter, un mont-tonnerre, un mont de Thor enfin. On peut supposer encore que ces lustbuhl, car il en existe de divers côtés, tirent leur dénomination de ces anciens feux de joie que l'on avait coutume d'allumer la nuit du 1er Mai. Le mois de Mai s'appelait autrefois Lustmonat, en sorte que lustbühl ne signifierait autre chose que maibühl, « la colline aux feux de Mai ». Le vieux mot lussen, qui tient de lauschen, pour dire « guetter, dresser des pièges, être à l'affût », donnerait peut-être le sens naturel du nom de Lusbühl.

Les fêtes commençant toujours le soir, les feux de Mai s'allumaient la veille de la Sainte-Walburge, et il faut croire que chaque sexe se réunissait séparément. On sait que cette exclusion réciproque de l'autre sexe caractérisait encore il y a peu plus d'une fête populaire. La nuit du 1er Mai est réputée la grande nuit des sorcières. Dans l'ancienne Germanie, on croyait qu'à cette date les divinités du printemps (dieux et déesses de la fécondité) se répandaient dans la nature pour mettre fin à l'hiver. L'église tenta de discréditer cette fête en transformant les divinités en « diables » et (surtout) en sorcières. On peut ajouter cette circonstance que le Haegelé, ce mamelon si bien assis où le Moyen-âge a oublié de laisser une ruine, mamelon situé au pied du Lustbühl, est surnommé Walburg. La Nuit de Walpurgis (d’après Sainte-Walburge) était célébrée, entre le 30 avril et le 1er mai, dans toute l'Europe du Nord, pour marquer la fin de l'hiver avec l'embrasement de grands feux et l'arrivée du printemps avec la plantation de l'arbre de mai. Ordinairement on donnait la représentation d'une lutte entre deux personnages figurant l'hiver et l'été. L'hiver tout naturellement succombait et était ensuite enterré, comme on enterre encore quelquefois le carnaval, tandis que l'été vainqueur et couronné de fleurs était conduit en triomphe. Le lieu de cette fête pouvait fort bien être le Lustbühl ou le Walburg. Non loin de là se trouve le chemin dit Rittpfad, nom qui pourrait encore se rattacher au souvenir de cette espèce de cavalcade à travers la campagne, par laquelle on célébrait l'arrivée de la belle saison, représentée par le maigraf, qui était le héros de la fête.

 

Au-dessus de Lautenbach, sur le versant du Ternzill se trouve un rocher qui paraît n’être retenu à la montagne que par un pouvoir magique : il s’appelle Teuffelshafe/Chaudron du Diable et forme comme un siège ou un entonnoir. Du fond de cet antre l’on voit parfois sortir une main gigantesque tenant dans ses griffes une bourse pleine d’or. Malheur au passant qui cédant à sa convoitise, chercherait à se saisir de cette bourse, la main disparaîtrait dans le gouffre et l’y entraînerait pour le mener rôtir dans la marmite du diable.

Quand on parle du loup on en voit la queue, dit le proverbe. De même on ne saurait parler de Thor sans voir aussitôt percer quelque part le bout d'une corne : car Thor ou diable, c'est tout un, absolument comme pour Odin. Seulement, tandis qu'Odin, dans les contes, se trahit ordinairement par son plumet ou par ses pieds de cheval, Thor a une jolie paire de pieds de bouc, deux petites cornes, et le reste à l'avenant. S'agit-il donc de chercher une âme, il ne se présentera pas, comme l'autre, en costume de chasseur, mais plutôt sous la figure d'un forgeron, et il aura pour nom maître Pierre ou Martel, en souvenir de son marteau. Il voyagera de préférence à pied, jamais à cheval, et il se dira volontiers physicien ou alchimiste, et à ce titre il aura tous les éléments à son service, y compris la foudre et le tonnerre, ne fussent-ils contenus que dans une fiole. Avec la défroque de tant d'idoles, le diable devait avoir plus d'une manière de se déguiser. Cependant la garde-robe de Thor est celle qu'il semble préférer entre toutes, et son déguisement favori est la peau de bouc. Le bouc, cet habitué des hauts lieux, était l'animal de Thor par excellence, celui qui, par ses sauts capricieux et par son odeur de soufre, figurait le mieux un attelage de foudres. S'il faut en croire les bûcherons, il n'aurait pas cessé d'être attelé au char du tonnerre. Ainsi, lorsque l’on entend, sur les hauteurs du Geiskopf, un bouc invisible mouetter autour de soi, n'y eût-il pas un nuage au ciel, il faut fuir, car un orage va éclater.

Le diable du Hugstein, qui se plaît à jouer au grand seigneur et qui, pour sa promenade du soir, ne descend de la montagne que dans un carrosse de feu, ce même diable sait au besoin se faire petit pour mieux prendre son monde, qui est surtout du grand monde. Ainsi, qui ne connait le cerf-volant, ce beau scarabée noir armé de cornes aussi grandes que lui, et qui a fait élection de domicile dans le sanctuaire même de la divinité, dans le tronc du chêne ? Il faut bien se garder de violer sur lui le droit d'asile si on ne veut pas qu'il porte le feu sur notre toit. C'est absolument comme pour les rouges-gorges, et ce n'est pas sans raison, apparemment, que le cerf-volant a été surnommé feuerschroeter et donnerkaefer. Or, c'est précisément sous la figure de ce beau scarabée noir que le diable est allé chercher un jour le beau sire du Hugstein.

 

 

Après Odin étaient venus les Ases, d'origine asiatique comme lui ; après les Ases vinrent les Vanes, après ceux-ci les Géants ; puis voici venir les Génies, les Nains, les Elfes, toutes les petites divinités subalternes, avec toutes les qualités bonnes ou mauvaises dont leurs petites personnalités sont susceptibles. Dans le livre de l'Edda le monde est représenté sous la figure d'un arbre immense qui couvre de ses rameaux toute l'étendue de la terre. Sa cime atteint jusqu'au plus haut des cieux et sa racine plonge jusqu'au fond des enfers. C'est le frêne Igdrasil, image assez fidèle de l'antique mythologie. Après avoir suivi les développements de l'arbre mythologique, il reste à l'étudier dans ses dernières ramifications. Les anciennes divinités n'ont pas toujours laissé le même souvenir aux lieux qui leur furent consacrés : c'est tantôt un souvenir qu’on appellerait personnel, tantôt un souvenir purement symbolique. Ou le dieu païen se survit en quelque sorte dans un génie, dans un lutin, comme la déesse se survivre dans la dame blanche ; ou bien ce n'est que le symbole qui reste et se survit, soit dans une tradition, soit dans une simple dénomination locale. Nulle part cependant le souvenir des anciennes divinités ne s'est mieux conservé, sous forme de légende, qu'au fond des montagnes, parmi les bûcherons et les charbonniers, ou bien encore dans certaines familles aux mœurs patriarcales, à l'habitation solitaire et retirée. Là ces légendes se transmettaient de père en fils, de génération en génération, comme un héritage, et on les conservait d'autant plus fidèlement qu'elles étaient moins nombreuses. Elles semblaient prêter une âme à la nature même, dans les lieux où elles se trouvaient localisées. En effet, à ce charme mystérieux qui s'attache à tout site inculte et solitaire, joignez la poésie de quelque gracieuse et naïve légende, et ce sera comme la fleur qui embaume, comme l'oiseau qui anime la solitude.

On connait déjà le génie du Ruhfelsen, et on sait de lui qu'il fait de la musique quand il n'est pas occupé à lancer des pierres, comme on sait aussi de ses voisins, de Hütscher et de Huperi, qu'ils annoncent la pluie ou le beau temps quand ils font de la musique. On a conservé le souvenir de quelques autres génies, et il n'est guère de ferme sur les montagnes qui n'ait donné asile à l'un ou à l'autre. Leur origine païenne se reconnaît ordinairement à deux signes : ils sont capricieux, malicieux même, et ils ne supportent rien de ce qui sent de près ou de loin la religion chrétienne. Le son d'une cloche les fait frémir, une bénédiction de l'église les met en fuite. On se les représente généralement sous la figure de petits nains plus ou moins contrefaits. Assez inoffensifs du reste, ce sont des esprits lutins qui ont leurs exigences et leurs préférences, parfois leurs lubies, mais qui ne laissent pas de payer à leur manière l'hospitalité qu'on leur accorde. À celui-ci, par exemple, il faut sa petite jatte de lait, souvenir des anciennes libations ; à celui-là sa petite portion de beurre ou de fromage, souvenir des mets offerts aux dieux Lares. Mais pour peu qu'on les irrite, gare au bétail ! Quel est ce signe étrange qui vient de marquer tout-à-coup certaines vaches du troupeau, comme si une main noircie de suie les avait touchées ? C'est l'attouchement, c'est la marque de l'esprit ; et voilà autant de têtes de bétail perdues ! À l'approche de la Saint-Michel, lorsque le froid des premières nuits d'automne commençait à se faire sentir sur les hauteurs, les fermiers s'apprêtaient, comme aujourd'hui, à descendre avec leurs troupeaux dans la vallée ; puis la Saint-Michel venue, pas un jour plus tard, c'était le génie de la montagne qui prenait possession de la ferme. À partir de ce jour on ne devait plus entendre de clochette sur les pâturages. Cependant, pour que le fermier ne pût jamais prétexter d'ignorance, son invisible successeur avait toujours soin de le prévenir de son arrivée. Ainsi le lutin du Hoffrieth venait trois jours consécutivement frapper trois grands coups à la porte de la ferme. Mais le délai expiré, il fallait déguerpir au plus vite, faute de quoi Pusterlé venait dès la première nuit mettre tout sens dessus-dessous. En attendant la Saint-Michel, le lutin s'amusait au vallon du Hirtzengraben à simuler des coupes de bois, et alors vous eussiez cru entendre travailler dans la forêt toute une armée de bûcherons. En approchant pour voir les travailleurs, personne de visible. Et voilà que ce même bruit revenait de l'autre côté du vallon. Si ce nom de Pusterlé vient de pusten, « souffler », le génie de la montagne ne serait ici qu'une personnification du vent, un descendant dégénéré d'Odin. Le lutin du Redlé avait un autre cérémonial pour annoncer sa venue. On entendait quelqu'un marchant à pas lourds et comme traînant la jambe. C'était un bruit de sabots fêlés qui chaque jour se rapprochait de trois pas et qui, le jour de la Saint-Michel venu, faisait son entrée solennelle dans la ferme. Que faisait le lutin pendant la belle saison ? Ami du frais et de l'ombre, il habitait dans la forêt voisine, au Judenhut, et n'en sortait que la nuit pour faire la chasse aux... porcs noirs. C'était une manière comme une autre de continuer la chasse nocturne d'Orion, la fameuse chasse au sanglier. Sur les hauteurs de l'Oberlauchen, quand depuis longtemps il ne s'y trouvait plus ni troupeau ni fermier, on entendait encore souvent une voix d'homme, comme de quelqu'un chassant devant soi une vache égarée. Et cependant on n'apercevait qui ni quoi ; mais il est arrivé que l'on a vu, dit-on, à quelque pas de la ferme, un énorme chien noir qui semblait garder un troupeau. C'était encore l'esprit ou le génie de la montagne, der berggeist. L'esprit de la Roll n'était qu'un petit bout d'homme en costume d'anabaptiste. On ne sait pas, il est vrai, si l'habit était à boutons ou à agrafes, mais par contre il a été bien constaté que notre bonhomme, lorsqu'il montait du Seebach à la Roll, faisait, tout petit qu'il était, des enjambées de vingt pas de longueur, ni plus ni moins. Une chambre de la ferme, où il avait coutume de faire son petit tapage nocturne, continuait d'être appelée la chambre de l'esprit quand depuis longtemps aucun lutin n'y butinait plus. Les enjambées du nain et son vacarme dans la chambre pourraient faire supposer qu'il personnifiait le bruit de la cascade en face, à la manière du solitaire du Lauchen. De la Roll on se rend au lac, et de là, en montant quelques pas dans la forêt, on gagne un chemin charmant qui conduit par le Gustiberg au vallon du Felsenbach. Au fond du vallon, dans une de ces riantes prairies qui se découpent si bien sur la sombre verdure des sapins, se voyait autrefois la grange du Dengelsbach, bâtiment isolé qui servait d'étable pendant la saison d'hiver. Cela n'empêchait pas qu'un nain de la montagne n'y vînt prendre, lui aussi, ses quartiers d'hiver, et loin que sa présence incommodât les vaches, celles-ci s'en trouvaient toutes fort bien ; car le nain était aux petits soins avec elles, soins d'ordre et de propreté, soins de santé et de nourriture. Aussi prospéraient-elles à merveille. Plus d'une fois le matin, en ouvrant la porte, on avait aperçu le petit bonhomme courant le long des crèches et des râteliers, ramassant, balayant, nettoyant, époussetant, toujours occupé, toujours vigilant et diligent. Cependant, autant il se montrait soigneux pour les bêtes, autant il négligeait le soin de sa propre petite personne, laquelle, pour tout dire, n'était rien moins que propre. Il faisait en cela comme beaucoup d'autres bien plus grands que lui, et qui souvent sont encore moins propres d'esprit que de figure. Notre nain, de plus, était toujours déguenillé à faire peur. Un service en vaut un autre, se dit un jour la femme du propriétaire, touchée de l'état où elle avait vu le pauvre petit ; et lui ayant fait une jaquette neuve à la mesure de sa taille, elle alla le soir la déposer dans la grange. Le nain, à son retour, n'eut rien de plus empressé que d'endosser la belle jaquette rouge. Une fois bien habillé, bien troussé, ce ne fut plus, pour ainsi dire, le même personnage. En changeant d'habit, le nain avait changé bien plus encore de caractère et d'humeur. À partir de ce jour-là, on effet, ce ne fut plus, dans l'étable, qu'un épouvantable désordre. Ces vaches si tranquilles, si contentes, si bien soignées jusque-là, étaient tourmentées jour et nuit, et maintes fois on en trouva jusqu'à trois attachées ensemble, les cornes se croisant et s'entrelaçant avec la corde d'une manière inextricable. Aussi les pauvres bêles languissaient, maigrissaient, dépérissaient à vue d'œil, et comme tout cela, semblait ne plus vouloir finir, force fut au propriétaire de vider son étable, dont il ne resta plus, après quelque temps, qu'une masure. Voilà, bien ce qui s'appelle un merci du diable.

À mesure que l’on descend des montagnes dans la vallée, les souvenirs mythologiques, de plus en plus vagues, se mêlent et se confondent avec d'autres souvenirs, et bientôt le fil se rompt et nous échappe. Voilà, par exemple, la cave souterraine du château de Husenburg. Là on entend parfois résonner sourdement, comme sous des coups de marteaux, d'immenses tonneaux vides, pendant qu'une source de vin s'échappe du rocher au pied de la montagne. Voilà ce qu'on a fait de la nuée d'orage et de ses éclairs de feu. Et qu'est devenu le seigneur du château, le dieu tonnant armé de son marteau, de cette hache terrible (donneraxt) avec laquelle il fendait un chêne de haut en bas ? On voit dans la forêt de la Dornsyle un lièvre à trois pieds qui, armé d'une petite hache d'or, court d'un arbre à l'autre pour en charpenter le tronc. L'Ase tonnant, der Donnerase, c'est précisément ce lièvre tripède de la Dornsyle, der Donnerhase, prêtant sa peau au diable boiteux. Gardez-vous de dédaigner ces éclats de bois que le lièvre a laissés au pied de l'arbre, et jetez vite, avant qu'ils ne disparaissent, votre mouchoir dessus ; car, sans que rien y paraisse, ce que vous amasserez là, c'est de l'or ! Ainsi comme au Husenburg, toujours de l'or pour le feu.

 

Sur la croupe d'une colline adossée au Demberg, au centre de la vallée, s'élève la modeste église de Bühl, flanquée de son presbytère. C'est à l'ombre de cette église, sur le flanc de cotte colline que se sont groupées, dans l'origine, les quelques habitations qui ont formé le premier noyau du village. Parmi ses trois cloches il en est une, celle de Saint-Jean, que le peuple fait remonter aux temps païens, et l'inscription qu'elle porte n'est pas précisément d'une clarté à démontrer le contraire. S'il fallait en croire une tradition populaire, cette cloche aurait été trouvée un jour au haut du Demberg, suspendue entre deux rochers. On la sonnait, comme c'était l'usage en ce temps-là, pendant les orages, et l'on raconte qu'un jour, au moment où un épouvantable orage, sortant du Belchenthal, allait éclater sur Bühl et que déjà la cloche venait de donner le signal de la prière, on entendit une voix s'écrier au haut des airs : « Arrête ! le chien de Saint-Jean aboie ! ». Et aussitôt, ajoute la légende, on vit la nuée d'orage reculer et à la grêle qui commençait à tomber, succéder une pluie douce et bienfaisante. À Lautenbach il existe une tradition analogue, avec cette seule différence que la voix céleste crie : « Arrête ! le chien païen aboie ! ». C'était donc ici encore une cloche païenne aux yeux du peuple, ou tout au moins la croyait-on païenne d'origine. Il va sans dire que la vieille église romane de Lautenbach est, aux yeux du peuple, l'œuvre des païens comme l’ancienne église de Saint-Léger, construite par les trois païens qui figurent sur le portail. Ce sont encore des païens qui, à Lautenbach, ont cherché sur la montagne l'ardoise qui couvrait l'ancien clocher, et le plateau du Heidenfelsen a gardé le souvenir de leurs danses et de leurs fanfares. Il existait autrefois bon nombre de cloches dont on racontait des choses tout aussi merveilleuses. La Susanne de Soultzmatt, par exemple, fut trouvée, dit-on, dans les ruines du couvent de Schwartzthann, et une cloche d'argent s'y trouverait encore enfouie à l'heure qu'il est. D'autres prétendent même qu'elle vient de la Dornsyle, où ils veulent qu'il ait également existé un couvent. On voulut d'abord transporter Susanne à Rouffach, mais voilà que la cloche, lorsqu'elle fut arrivée sur la limite de la paroisse de Soultzmatt, devint tout-à-coup si lourde, que les chevaux, s'arrêtant tout court, ne purent plus avancer d'un pas. Bien plus, elle se mit à verser des larmes, trois larmes de sang ! Aussi l'on comprit alors, et Susanne rentra triomphante dans la paroisse. Pour d'autres cloches la tradition dit qu'elles ont été trouvées au fond d'un étang ou d'une rivière, ou bien déterrées du sol par quelque pachyderme en quête de truffes. Singulières origines il faut l'avouer ; et comment ces traditions ont-elles pu prendre naissance ?

On a vu les dieux dégénérés du paganisme descendre à l'état de nains et de lutins. Les déesses de même n'ont pas conservé davantage cette majesté de reines, ce port, cette dignité de châtelaines qu'affectent encore quelquefois les dames blanches des montagnes : elles sont aussi dégénérées en naines, témoin celle sous le pont de la Lauch. On appelait autrefois ces naines, comme aussi les poupées et les petites statues ou images de déesses, docken ou dockelé, mot encore très usité pour désigner une petite fille sotte et maladroite, et diverses figures à l'extérieur de la vieille église romane ne sont pas autrement désignées par les enfants. Or les premières cloches, généralement petites, ressemblaient trop à ces figures de déesses pour que l'on ne fût pas tenté, parfois, de les prendre pour des statues parlantes et chantantes, pour autant de divinités sorties de la terre ou des eaux, ou descendues de leurs montagnes ; et c'est ainsi qu'a pu naître la fable des cloches païennes, avec les traditions populaires qui s'y rattachent. Peu s'en fallut, sans doute, que le peuple de certaines contrées ne crût à un retour de ses anciennes divinités, et l'usage des cloches à une époque où toute ombre de paganisme n'avait pas encore disparu, ne devait pas laisser de présenter quelque danger au point de vue de la foi.

Par suite de cette même confusion de noms et de souvenirs, les cloches, quand elles étaient au nombre de trois, furent comparées et assimilées aux trois nornes, ces parques du Nord qui règlent le destin de l'ensemble des habitants des neuf mondes de la cosmogonie nordique, et c'est ce qui explique ce passage d'un refrain bien connu dans toute famille où il y a un enfant à bercer sur les genoux : « z'Rom isch e glockehus, s'luege drei jungfraue drus ». Ailleurs on dit aussi « s'luege drei docke drus ». Voilà donc encore une fois les cloches prises pour d'anciennes déesses, pour ces nornes dont on a fait plus tard des nonnes. Les cloches d'ailleurs ne semblent-elles pas en effet présider, comme autrefois les parques et les nornes, à toute notre existence, à nos joies et à nos douleurs, à la naissance, à la vie et à la mort ? La soie que file la première norne, c'est le bonheur ou l'espérance avec ses illusions ; la paille ou le pain d'avoine, c'est la pauvreté, le travail, la vie humaine avec ses dures réalités ; et le saule enfin, qui faisait l'office de corde dans les cas pendables, c'est le fil de nos jours tranché, c'est la mort. Le souvenir des trois nornes s'est conservé sur plus d'un point, mais le plus souvent remplacé par la légende des trois sœurs de la suite de sainte Ursule. Les nornes étant devenues des nonnes dans la bouche du peuple, on en parle ordinairement comme de trois sœurs qui auraient fondé ou habité ensemble un de ces couvents dont aucun document ne fait mention, comme le prétendu couvent de la Dornsyle ou celui de notre Nonnenthal, qui est peut-être le même que ce Blumenthal si vaguement indiqué dans la chronique. Ces petites dames comme les grandes, comme les déesses de la nuit, étaient assez souvent noires. C'étaient des belles de nuit, quoique généralement fort laides, et comme telles, c'est-à-dire comme génies nocturnes, ces naines sont également appelées dockelé, car c'est ainsi que l'on désigne le cauchemar. Ce mot de cauchemar lui-même, s'il est vrai qu'il dérive du latin calcans mar, ne serait que le synonyme du alpdrücken, l'alf noir ou la mahr qui presse et oppresse pendant le sommeil, ou la sorcière Cauquemare. Ces petits génies domestiques auxquels on attribuait l'asthme nocturne, étaient encore de l'un et de l'autre sexe, formant couple dans le nom de ce grotesque personnage qui dans nos contes de la Cigogne se nomme Marolf. Si le sexe de la naine est souvent difficile à reconnaître, c'est parce que son nom est presque toujours pris au diminutif, par conséquent au sens neutre. Tel est aussi le héros ou l'héroïne du conte suivant.

« C'est un petit lutin qui a nom Mikerlé, diminutif de mieke, mot qui s'emploie familièrement pour une chatte, comme qui dirait minon/minou. Au milieu d'une vaste clairière aux environs du Freundstein, au-dessus de Goldbach, se voit une ferme bien exposée au soleil, bien abritée contre la bise. C'est le Kohlschlag. Cette ferme est habitée en toute saison, et comme les autres, elle était hantée au bon temps jadis par un lutin. C'était du reste un lutin fort gentil, quand il voulait l'être, et avec cela gracieux et mignon, bien que doté par derrière d'une certaine éminence peu gracieuse et peu mignonne, mais qui ne semblait que le rendre plus spirituel encore, tellement il en savait tirer parti. Mikerlé vivait avec les gens de la ferme sur le pied de la plus grande familiarité, et le dimanche, quand on se rendait à la paroisse pour assister à l'office, le lutin était toujours de la partie ; mais jamais on ne put le décider à s'approcher de l'église ; il s'arrêtait même à la première maison du village, et attendait là le retour des autres, pour s'en revenir avec eux. Malheureusement, Mikerlé avait aussi, comme tout autre génie, son petit grain de folie, ses fantaisies, ses caprices, ses lubies. Son plus grand plaisir, par exemple, quand on était aux regains et que les veillottes étaient formées, c'était d'aller le soir, comme un tourbillon, les disperser au loin sur toute la montagne, ce qui n'amusait le fermier que tout juste, lorsqu'en revenant le matin, il ne retrouvait plus ses veillottes. Mais voici qui n'était guère plus amusant pour la fille. Celle-ci avait-elle employé tontes ses veillées d'hiver à se confectionner une robe neuve, quand le jour de fête était enfin arrivé où elle comptait mettre sa robe, elle n'en trouvait plus dans son armoire, le matin en se levant, que fil et lambeaux (fitz und fetze). Mikerlé, pendant la nuit, avait pénétré dans sa chambre et lui avait mis sa robe, cette belle robe neuve qui avait coûté tant de peine, toute en charpie. C'était à n'y plus tenir. Aussi la pauvre fille s'en plaignit-elle amèrement lorsque Hans, son fiancé, le fils du fermier de la Goldematt (der Goldematthans), vint lui faire sa visite. Le jeune homme chercha à la consoler, lui promettant qu'il saurait bien trouver le moyen de la débarrasser de ce méchant lutin. Le dimanche suivant, en sortant de l'église, Hans alla chercher et ramasser un os sur la terre bénite du cimetière, puis sans remonter à la Goldematt il se rendit directement au Kohlschlag, où il eut soin de déposer l'os dans un coin de la ferme, et à partir de ce jour-là on ne vit, on n'entendit plus de Mikerlé au Kohlschlag. Toute cette légende a gardé une certaine teinte mythique. On sait le rôle que joue le chat dans la mythologie allemande. Puis ce fait du lutin qui vient la nuit disperser le regain et mettre en pièces la robe neuve, ne rappelle-t-il pas l'histoire de la dame noire et la toile de Pénélope ? Et ce jeune homme qui vient délivrer sa fiancée pour l'épouser ensuite, il s'appelle Jean, ce qui fait supposer que la fiancée devait s'appeler Marguerite. Bien plus, Hans descend du Pré d'or, et sa fiancée habite à la Charbonnière, deux noms tout trouvés pour symboliser le soleil du printemps et la terre captive du sombre hiver.

 

 

Voici venir enfin les derniers rejetons de la race d'Odin, les Elfes (Elben, Alben). Après s'être divisé, subdivisé et multiplié à l'infini, le dieu de la nature, ou plutôt le dieu Nature, se trouve réduit en fin finale aux proportions d'un petit génie personnifiant tout ce qui n'est plus susceptible de division, une étoile au ciel, une fleur, un insecte (dans une légende de M. Stoeber on voit un scarabée, marqué d'une croix noire et exhalant un parfum céleste, indiquer au chevalier pèlerin qui s'était endormi là sous un tilleul, la place où devait s'élever l'église de Bühl. C’était Thor qui se cache dans le scarabée noir, et l'on sait que tout ce que la foudre avait touché était censé consacré à la divinité) sur la terre. C'est le polythéisme dans ses dernières conséquences. Ainsi la divinité, de même qu'elle a échappé à l'Homme d'abord par sa grandeur, lui échappe encore par sa petitesse, en s'individualisant dans des atomes, comme ces fleuves dont on ne connaît ni la source ni l'embouchure, parce que la source est trop éloignée et que le flot va se perdre dans les sables.

Frappé du spectacle de la nature, qui montre la divinité partout présente, partout agissante et ne laissant pas tomber un rayon de son soleil qui n'aille réjouir ou vivifier un être, l'Homme, pour s'expliquer le phénomène de cette végétation, de cette animation universelle, avait imaginé l'existence d'une multitude de petites divinités subalternes. Invisibles mirmidons, les elfes n'animent et ne remplissent pas seulement la terre et l'air, ils habitent aussi sous terre et au fond des eaux. C'est toute une société en tout semblable à celle des Hommes, suivant le pays ou la contrée, avec les mêmes lois et la même organisation. Obéron en est le roi, Elvina la reine. C'est Odin et Frigga en miniature. La goutte de rosée ne réfléchit-elle pas le même soleil que l'océan ? Il y a donc des elfes des deux sexes, comme il y a des elfes blancs et des elfes noirs, des elfes de lumière et des elfes de ténèbres, sans parler des elfes intermédiaires. On a vu les principales divinités personnifiant d'abord le soleil et la lune, puis les grands phénomènes de la nature et les éléments, et descendant ainsi du ciel sur la terre. Les elfes semblent avoir été d'abord une personnification des étoiles. Ils ont donc aussi leurs danses nocturnes, tout comme les sorcières qui dansent autour du Ringelstein. On pouvait observer, le matin, en traversant par exemple la clairière humide de l'Appenthal, entre le Heisenstein et le Steinglitzer, un de ces ronds que l'on voit quelquefois tracés sur l'herbe des prairies couvertes de rosée. Ce sont les elfes qui ont dansé là au clair de la lune. On prétend qu'ils exécutent souvent de ces danses nocturnes, en s'accompagnant de chant et de musique ; mais sitôt que le jour commence à poindre, il faut que ronde et rondeau cessent et que danseurs et danseuses disparaissent, sinon, gare le soleil car tout retardataire surpris par un rayon de lumière serait instantanément pétrifié, et il ne resterait plus de lui qu'un de ces brillants silex que les enfants prennent pour des étoiles tombées du ciel. Les elfes n'ont donc rien de plus empressé alors que de se couvrir de leur petit chapeau rouge (albenhut), espèce de capuchon pointu à doublure bleue, qui les rend invisibles. C'est assez clairement figurer les étoiles qui, au point du jour, pâlissent et disparaissent du ciel en se voilant de pourpre et d'azur. Aussi assure-ton que les elfes, vus dans leur jour, qui est la nuit, pendant qu'ils dansent sur le gazon, sont beaux de visage comme des anges. Mais il en est, dit-on, de ces beautés de bal comme de beaucoup d'autres : attendez le matin, et à la place de cette angélique figure d'elfe si aimable, si rayonnante et si souriante, vous n'apercevrez plus qu'une laide petite face de chou frisé. Les elfes aériens sont les zéphires. Quand le printemps les ramène avec les papillons sur la montagne, on voit les pâturages reverdir et les fleurs renaître sous leur souffle, et leur arrivée dans les fermes s'annonce le soir, au grenier, par une douce et ravissante symphonie qui se prolonge jusque bien avant dans la nuit. C'était à ce signal que le fermier de la Verrerie (Glashütte) relâchait son troupeau. Au Dürrenbach, près de Saint-Gangolf, Obéron (Olber, Alber) faisait son entrée au son des clochettes, comme suivi d'un invisible troupeau. Enfants d'Odin, ce grand musicien de la nature, les elfes, comme génies de l'air, avaient aussi quelque chose de la nature du dieu Thor. Une certaine classe d'elfes étaient appelés trolls, espèce de petits cyclopes, les mêmes qui, en fournissant les vapeurs dont se forme la nuée, forgeaient les divers projectiles du dieu de la foudre. Est-ce que le Troberg, à côté de l'Appenthal, aurait été primitivement un Trolberg, et l'Appenthal un Albenthal ? Quoi qu'il en soit, on serait assez curieux d'apprendre comment ce nom d'Olber, qui rappelle les elfes, a été donné à un de nos raisins, le plus célèbre de notre vignoble. Est-ce qu'on aurait comparé son grain, si lent à mûrir, aux petits projectiles des elfes (albgeschoss) ? Notons encore que les lambruches de ce raisin sont appelées olbertrollen. Il faut savoir que les elfes de Thor, à l'instar de leur maître, lançaient, d'une petite main toujours sûre, des traits invisibles, mais souvent mortels pour la raison. De là le mot albern, pour dire un « homme toqué ».

 

Le vallon de l'Appenthal (« vallée des abbés ») renferme sur ces hauteurs un curieux monument mégalithique. En suivant à pied le lit du torrent, après avoir cheminé sur une voie étrangement dallée longeant un mur cyclopéen, on découvre un double alignement en forme de "Y". Il s’agit de 36 menhirs dont les hauteurs varient de 42 cm à 1,28 m, disposés selon 4 rangées formant 2 "V" imbriqués ayant une légère courbure. Une des branches du "V" est approximativement orientée Sud-Nord et l'autre approximativement Sud-Est / Nord-Ouest. La partie Sud / Nord comprend 20 menhirs et l'autre 16. La branche Sud-Est / Nord-Ouest est visiblement alignée sur le lever du soleil au solstice d'hiver et l'autre branche est alignée sur le coucher du soleil à cette même période. Les menhirs d’Appenthal sont en France les alignements les plus à l'Est qui sont connus à l'heure actuelle.

À proximité de cet alignement, on pourrait s’interroger sur la fonction d'une étrange pierre en forme de siège. Ce fauteuil de pierre est cependant assez inconfortable sauf dans une position semi-allongée avec les jambes écartées. Cette position serait, au dire des femmes, idéale pour accoucher, la cuvette creusée au niveau du siège était idéalement placée pour recueillir l'enfant sortant du ventre de sa mère. Durant la préhistoire, la naissance comme la mort était certainement considérée comme le plus grand mystère de la nature. La naissance devait donc faire l'objet de cérémonies : la position de ce "siège à accoucher" sur le versant Sud, face au soleil levant, devait alors avoir une grande symbolique.

 

 

La principale fonction des elfes dans la nature, c'était de présider à la végétation des plantes. Comment l'Homme se serait-il expliqué le phénomène de cette vie, de ce mouvement, de ces forces motrices et productrices que l’on voit partout agir dans le grand laboratoire de la nature ? Figurons-nous un Homme de ces temps-là, pénétrant sous les arceaux verts d'une de ces majestueuses forêts qui étaient regardées comme le sanctuaire de la divinité. Quelle impression produira sur lui l'aspect de ce monde nouveau au milieu duquel il se sent égaré comme un étranger venant d'un autre monde ? Quelle est cette voix mystérieuse qu'il entend parler clans les sombres et murmurantes profondeurs du bois ? Que lui dit-elle ? Qui fait ruisseler les eaux de cette claire fontaine ? Pour qui ces fleurs, pour quoi ces plantes ?... Et voilà comment l'Homme imaginera, pour se rendre compte de tant de causes et de tant d'effets, autant de divinités qu'il sera nécessaire, et elles viendront animer et peupler pour lui cette solitude. C’est ainsi que l’on voit, dans la mythologie, le petit peuple des elfes affectionner tout particulièrement les lieux incultes et solitaires. Mais que la vieille forêt vienne à être abattue, ou que les hautes herbes de la clairière tombent sous la faux, alors c'est une désolation parmi les elfes, et tous aussitôt d'émigrer en masse pour s'en aller chercher ailleurs un asile de silence. Un bien plus grand chagrin néanmoins, un chagrin mortel pour les elfes, ce serait de laisser voir leurs petits pieds, qu'ils ont toujours bien soin de dérober sous les bords traînants de leurs manteaux. C'est dire que les plantes ne souffrent pas qu'on déchausse leurs racines. L'âme de la plante, personnifiée dans l'elfe, aspire, comme celle de l'arbre, à une existence supérieure, où l'attend la liberté avec les autres prérogatives de la vie animale ; et voilà pourquoi les contes montrent souvent les elfes s'attachant à l'Homme et cherchant même à s'unir à lui. Serait-ce là, par hasard, un reste de métempsycose (« déplacement de l'âme », c’est le passage, le transvasement d'une âme dans un autre corps, qu'elle va animer) ? Les elfes étant partout répandus, il serait bien étonnant qu'ils ne le fussent pas aussi dans l'eau, qui réfléchit si bien l'image du ciel. Mais où chercher des elfes d'eau car le lac, déjà occupé par l’Ondine, serait un trop vaste domaine pour ces dieutelets ? Pour voir Alvina tenir cour plénière en sa qualité de reine de l'onde, il faut descendre à la source du Brunnfels, aux environs du Breidenstein. Deux enfants de Rimbach-Zell étaient allés un soir cueillir des fraises dans la forêt. Jasant et folâtrant ils arrivèrent ensemble, guidés comme on peut l'être à cet âge par le vol d'un papillon, à une petite clairière illuminée par un dernier rayon de soleil. Tout-à-coup ils s'arrêtent, immobiles et muets, les yeux fixés sur le bassin d'une source. Sur le miroir tremblant de l'onde ils voient nager, voguer au souffle de l'air une feuille jaune gracieusement recourbée en forme de nacelle, et dans cette nacelle se tenir une princesse, une reine mais si petite, si petite et si fluette, que l'on dirait une libellule se reposant sur un nénuphar. Tout à l'entour de la source sont rangées en file de charmantes maisonnettes, comme une cité au bord d'un lac. Dans l'eau, sur le sable, parmi les fleurs du gazon, partout des pièces d'or qui miroitent au soleil. À la vue de ce spectacle les enfants émerveillés ne se possèdent plus de joie : un cri d'admiration leur échappe, et au même instant un bruit se fait entendre comme d'une pierre tombant dans la source. L'eau rejaillit, écume et bouillonne, et en un clin d'œil reine et cité, nacelle et or, tout a disparu. On est bien loin du lac du Ballon, de sa grande Truite et de son Chariot d'or. Mais aussi quelle figure peut-on faire dans le miroir d'une source ?, quelle tempête soulever dans un verre d'eau ? Il faut savoir s'accommoder aux circonstances. Le vaisseau du soleil ce n'est donc plus qu'une feuille, et la reine du ciel ne règne plus que sur le bassin d'une source ; mais l'humble source n'en a pas moins, comme le lac superbe, comme le ciel immense dont elle réfléchit encore l'image, sa walhalla, ses palais d'or et ses jardins fleuris, le tout aussi beau en miniature que les magnificences du crépuscule, de cette cour céleste descendue sur la terre à la suite du soleil.

 

 

Pour retrouver la lune et les étoiles, ou bien encore les plantes de la montagne personnifiées dans les elfes, il faut remonter une dernière fois sur ces hauteurs sereines où la légende semble, comme la nature, avoir mieux conservé son caractère primitif, où l'on dirait aussi que d'autres pensées naissent avec d'autres fleurs. C'était presque toujours la nuit que les elfes faisaient leur ménage, ou plutôt leur remue-ménage dans les fermes. Le fermier et ses gens, accoutumés à ce bruit qu'ils connaissaient bien, n'y faisaient plus attention ; et d'ailleurs ils savaient fort bien qu'en allant voir ils ne verraient rien, et qu'ils trouveraient tout à sa place ordinaire. Mais passé la Saint-Michel c'était autre chose, car les elfes alors ne plaisantaient plus, et mal en aurait pris à celui qui se serait avisé d'aller les troubler. Au Hoffrieth, par exemple, la femme du fermier rencontra un jour, en ouvrant la porte, deux grands tas de neige qui lui barraient le passage. Au Gustiberg, des bûcherons qui descendaient un soir de la montagne, attirés par une lumière qui éclairait la ferme, lumière si vive qu'elle brillait même à travers les bardeaux du toit, aperçurent, par une fente de la porte, un énorme glaçon qui gisait là sur le sol, étincelant comme une braise. Un jour, c'était à la Saint-Michel, le fermier du Mordfeld venait de partir avec ses gens et son troupeau. On était arrivé au bas de la montagne et déjà le troupeau mugissant et sonnaillant défilait par la vallée, lorsqu'un garçon s'aperçut qu'il avait oublié, en partant, d'emporter un objet qu'il n'eût pas voulu perdre pour tout au monde. Sans hésiter, il retourne sur ses pas pour le chercher. Arrivé sur la montagne, comme il voit le jour baisser, et se sentant d'ailleurs accablé de fatigue et de sommeil, il se décide à passer la nuit dans la ferme. Une auge vide se trouvait là dans un coin ; il s'y couche et ne tarde pas à s'endormir. Mais à peine a-t-il fermé l'œil, qu'il se réveille tout-à-coup, comme en sursaut. Il croit avoir entendu du bruit, il voit la ferme éclairée. Est-ce un rêve ? Est-ce une illusion ? Sans bouger dans son asile, il écoute encore ; il entend la flamme qui crépite sous la chaudière ; la presse à fromage gémit, les jattes à lait se remplissent et se vident ; on va, on vient, on cause ; bref, c'est comme en plein jour, quand tout le monde est occupé dans la ferme. Alors il lève tout doucement la tête par-dessus le bord de l'auge, et à la lueur vacillante de la flamme il voit une foule de petits mirmidons qui s'agitent, qui travaillent, qui font en un mot tout ce qu'on a coutume de faire en pareil lieu. Plus de doute, c'est une famille d'elfes qui est occupée là à préparer le fromage. Cependant, au moment même où le garçon levait la tête, une petite fille l'a aperçu, et il l'entend distinctement qui court dire à sa mère qu'un homme est couché dans l'auge. « Laissons-le dormir, répond la mère, et que bien lui fasse car c'est un jumeau ». Enfin le travail est terminé, et deux superbes fromages sont posés sur la table, l'un blanc, l'autre noir. La maîtresse alors, s'approchant du dormeur, l'invite à se lever et à venir se régaler. Peu rassuré d'abord, il obéit néanmoins, se lève et se met à table. L'appétit d'ailleurs n'est pas ce qui lui fait défaut, et puis quel fromage, quel parfum ! « Voici, lui dit la petite vieille en montrant la meule blanche, un fromage extrait du lait versé, gâté ou perdu par accident ou par maladresse ; tu peux en manger tant qu'il te plaira, il est bon. Pour celui-là, dit-elle, en indiquant la meule noire, il est extrait du lait versé ou gâté par malice, ou avec accompagnement de jurements ; tu peux en manger aussi, mais je te préviens qu'il est mauvais ». Le garçon n'eut garde de toucher au fromage maudit, et il se contenta d'entamer la meule blanche. Jamais il n'avait rien goûté de plus délicieux. Aussi quelle ne fut pas sa joie lorsque, le repas fini, la petite vieille lui dit d'emporter ce fromage dont elle lui faisait cadeau. Il prit la meule sous le bras et partit. De retour dans sa famille, il n'eut rien de plus empressé que de conter son aventure et de faire goûter de son fromage. Mais voici maintenant le plus curieux de l'histoire. C'est que ce fromage, quand à force d'être rogné, raclé, échancré, il ne laissait plus voir que la croûte, se remplissait et s'arrondissait de nouveau, si bien qu'au bout de quelques jours la meule se retrouvait encore ronde et radieuse comme la lune en son plein. Cependant l'autre jumeau, jaloux de se procurer le même trésor, voulut aussi tenter l'aventure. Il se rendit au Mordfeld, et à la tombée de la nuit il alla se coucher dans l'auge. À peine eut-il commencé à faire semblant de dormir, que les elfes en arrivant l'aperçurent, se jetèrent sur lui et le mirent en pièces. C'était sans doute un jureur. Le Hoffrieth a une légende du même genre. C'est un garçon qui, le jour de la Saint-Michel, a dû rester et coucher dans la ferme, pour garder les ustensiles qu'on ne devait chercher que le lendemain. Les elfes lui servent trois jattes de lait, du lait blanc, du lait noir et du lait jaune. Il ne prend que du lait blanc, après quoi les elfes lui ordonnent de partir, en lui déclarant que s'il n'était pas là par ordre de son maître, il ne partirait plus. Ce lait et ce fromage semblent avoir la même origine et la même signification : ils proviennent sans doute de la vache Io et figurent les phases de la lune. Et ces jumeaux, dont l'un vit et l'autre meurt, ne seraient-ils pas un souvenir des Gémeaux ? Si cette manière de symboliser paraît un peu singulière, il faut avouer du moins que le tableau ne manque pas de couleur locale. On voit dans certains contes que les elfes, lorsqu'on avait répandu de la cendre sur leur passage, ne revenaient plus, honteux qu'ils étaient d'avoir laissé des traces de ces petits pieds d'oie qu'ils tenaient tant à cacher. La racine brûlée, les plantes ne repoussent plus. Ainsi c'est encore dans les fermes que les elfes ont eu leur dernier asile ; mais, comme si un beau matin on avait vu de leurs traces sur la cendre du foyer, ils ne reviennent plus, et c'est à peine s'il est encore fait mention d'eux. Leur disparition est toujours attribuée, comme celle des lutins, à quelque bénédiction de l'église, ou bien encore à l'influence d'une mission prêchée dans le voisinage.

 

Commenter cet article