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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Sites archéologiques du Val d'Orbey (https://mapsengine.google.com/map/viewer?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

Sites archéologiques du Val d'Orbey (https://mapsengine.google.com/map/viewer?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

 

Le canton de Lapoutroie, qui comprend les communes de Fréland, Labaroche, Le Bonhomme et Orbey, est également appelé « canton vert » car le paysage alentour est fait de hauts plateaux vallonnés où alternent prairies, forêts et collines. Dans la forêt, les Vosges offrent au mois de juillet de vrais tapis de fleurs, comme ailleurs la myrtille et la bruyère rose.

On compte de profonds vallons et les sommets les plus élevés peuvent atteindre près de 800 mètres. Le canton présente ainsi par sa position de magnifiques points de vue sur la chaine des hautes Vosges, sur la plaine d’Alsace et sur les Alpes (certains jours).

 

Qui connaît le val d’Orbey comprend mieux pourquoi cette voie de passage ancestrale entre l’Alsace et la Lorraine fut fréquentée dès le Néolithique : des paysages exceptionnels, un immense amphithéâtre de granite, creusé voilà quelque 12 000 ans par un puissant glacier, et dans lequel se niche un lac aux eaux cristallines. À dire vrai, les eaux du lac Noir ne sont pas plus noires que ne sont blanches les eaux du lac Blanc : en puisant un verre, c'est ici et là comme du cristal le plus pur, une onde limpide, transparente. Transparente, la nappe du lac Noir le paraît surtout à certaine heure du matin, par ces belles journées, avant le lever du soleil, alors qu'aucune brise ne souffle.

Le lac Noir est un lac glaciaire situé sous la crête du versant Est du massif des Vosges vers 935 m d’altitude moyenne, sous le col du Louchbach, en amont d'Orbey. Il est établi dans un cirque glaciaire de hautes falaises granitiques, naturellement barré par un cordon morainique ; son émissaire est le "ruisseau du lac Noir" qui rejoint la Weiss en aval d’Orbey. Le lac Blanc, analogue mais environ trois fois plus étendu et deux fois plus profond, est situé à environ 1 km en amont de lui, vers 1050 m d’altitude moyenne. Les deux cirques sont séparés par l’arrête granitique du Reisberg qui culmine à 1272 m.

 

Le lac Noir se présente d'abord quand on vient du Tanneck/Tannach. Sauvage et sévère, avec son cadre de hautes montagnes, ses escarpements abrupts, ses forêts de sombres sapins, ce lac occupe, comme la plupart des nappes d'eau des Vosges, le fond d'un cirque élevé. En face de la gorge qui donne accès au lac, et par laquelle s'écoulent ses eaux, murmure une forte cascade. Une ceinture de grands blocs éboulés enlace tout le bassin. Au-dessus de la cascade du fond, qui tombe d'une hauteur de vingt mètres, une succession de vallons s'étagent en gradins, avec des gazons verdoyants, séparés par des escarpements gris. Escarpements et gazons sont traversés par le ruisseau de la cascade, qui tour à tour s'élance, sautille ou se recueille, suivant les aspérités ou l'aplanissement de son parcours, d'autant plus fort que les pluies ou les neiges sont plus abondantes. Des neiges, on en voit encore en plein mois de juillet, tout en haut de la gorge, à deux ou trois cents mètres au-dessus du lac Noir, comme au Wormspel, dans la vallée de Munster. Ces taches de neiges éblouissantes au soleil sont visibles depuis la plaine.

Au lac Noir, là-haut dans le trou, de lourds nuages se suspendent souvent, un vent rude soufflant dans le couloir et la pluie tombant dru. On peut alors s'abriter sous un gros bloc erratique, au milieu du pâturage, à côté de beaucoup d'autres, grands comme des maisons. Les beaux jours d'automne sont toutefois encore assez fréquents à ces hauteurs.

 

Ses eaux, avec l'appoint du lac Blanc, grossissaient à certains moments d'une façon démesurée le torrent de la Weiss, qui se gonflait au point de sortir de son lit et de causer des débordements violents. Venait ensuite un temps de sécheresse, le torrent tarissait, ne donnant plus d'irrigation aux prairies. Les afflux d'eau causés par les pluies excessives ou par la fonte des neiges se dissipaient en quelques heures, sans changer sensiblement le niveau des lacs. Dans le bas de la vallée, le torrent produisait, au printemps et en automne, des débordements dangereux, suivis pendant l'été de sécheresses plus ou moins intenses.

La Germanie de Tacite (chap. 12) indique l'échelle des peines selon le délit commis, et notamment que les ignauos (« inactifs »), imbelles (« inaptes ») et corpore infâmes étaient noyés dans des marais et fondrières (à Rome les androgynes étaient noyés). Une légende, dont il semble exister plusieurs versions, raconte que le Lac Blanc empêchait toute végétation de pousser à ses alentours et qu'un nouveau-né fut réclamé en sacrifice. Un jour, un aigle enleva le bébé d'une jeune fille qui avait « fauté » et l'oiseau laissa choir sa proie dans les eaux, si bien que l'épidémie disparut et que le Lac Blanc accueillit à nouveau toute végétation. Chaque fois, la noyade est mise en relation avec une faute "sexuelle".

 

 

La brise se lève avec le soleil, aspirée par les montagnes : le lac offre alors une scène ravissante de beauté. Pas la moindre ride à la surface de l'eau ; aucun bruit dans l'air. Rien ne détourne l'attention, si ce n'est le mugissement discret de la cascade ou le chant des oiseaux. Encore les oiseaux sont-ils rares et la cascade se tait souvent. Tout demeure tranquille sur la rive du lac. Le regard plonge dans ses profondeurs sans pouvoir les mesurer. L'image des objets environnants se reflète dans son miroir avec une pureté de tons, une netteté admirable. Montagnes, rochers, forêts, ciel, verdure se montrent à la fois dans l'onde et au-dessus de l'onde, comme s'ils étaient dédoublés. Quelle sérénité et quel calme !

 

À mi-chemin des deux lacs se présente une tourbière, cachée par un rideau de bois. La stagnation des eaux ne s'opère pas toujours en nappes assez abondantes pour produire des lacs, mais, favorisée par l'absence ou la rareté des fissures dans les terrains cristallins des Hautes-Vosges, elle forme de petites lagunes, des marais propres au développement des plantes palustres, qui, en s'accumulant, engendrent les tourbières. Ces dépôts, où la plante, en se pétrifiant en quelque sorte, établit comme un passage entre le règne végétal et les minéraux, se rencontrent à toutes les altitudes. Les tourbes émergées se trouvent surtout en amas considérables sur les pentes du Hohneck, sur les plateaux des Hautes-Chaumes et au-dessus des lacs d'Orbey. Ainsi, le hameau d’Hachimette a été construit sur une ancienne tourbière qui s'étendait sur tout le fond de la vallée. On notera que la tourbe est une espèce de combustible et la tourbière est symboliquement située à la frontière de deux mondes, le terrestre et le lacustre.

 

Le ruisseau issu du lac Noir descend sur Pairis par une gorge resserrée, où il se perd pendant quelque temps sous une coulée de blocs de granit gris. Une forêt épaisse et touffue couvre les deux versants de ce couloir à pente rapide. Si les sapins ne cachent pas les rochers du fond, c'est que la terre végétale manque à leurs racines, entre ces blocs accumulés en masse telle qu'elle étouffe même le murmure de l'eau tombée dans ses profondeurs. Sur les deux versants descendent des sentiers, cachés tous deux sous l'ombre épaisse de la forêt, l'un ancien, est tortueux.

 

 

La vallée ne semble pas avoir été aussi sauvage et inhabitée que le territoire de Munster. Pour autant, l’ours brun (qui ne doit pas être confondu avec l’Ursus Speloeus ou « ours des cavernes » qui vivait à l’époque du Quaternaire et avait pour contemporains le mammouth, le lion des cavernes, le renne, le glouton : l’ours des cavernes avait la taille d’un cheval, des formes plus ramassées et plus massives que l’ours brun) était commun dans les Vosges gauloises ou celtiques qui ont profité d’un grand nombre d’émigrations de cet animal à partir des Alpes et du Jura (la forêt du Neuland, aux portes de Colmar, comptait encore des ours au XVIè siècle et l’animal est mentionné en Alsace jusqu’au XVIIIè siècle).

 

L’archéologie a livré très peu de témoignages des débuts du val d’Orbey. La région devait être parcourue par des chasseurs, des chercheurs de pierres aptes à la taille, des pasteurs peut-être. Les feux de déforestation restant rares voire absents, seuls quelques objets archéologiques trouvés sur la crête attestent la présence et le passage des cols voisins par les populations du Néolithique (plutôt final). Il s'agit en général de lames de silex et d'éclats, ou de pointes de flèche, retrouvés au Petit Hohneck, au Schnepfenried, ou encore au Gazon du Faing, et une hache en pierre polie trouvée sur la Côte du Bonhomme.

 

Le Bonhomme (son nom allemand est Diedolshausen) est située sur le versant Est du massif des Vosges, partie haute de la vallée de la Béhine, affluent de la Weiss, 6 km en contrebas du col du Bonhomme situé à 949 mètres d'altitude, l'un des principaux cols du massif des Vosges. Le col relie la haute vallée lorraine de la Meurthe, précisément à partir de Plainfaing et de la vallée de Barançon, et la haute vallée alsacienne de la Weiss : Saint-Dié-des-Vosges et Colmar sont respectivement à 26 et 32 kilomètres de part et d'autre du col.

La structure géologique des Vosges du Nord (pénéplaine gréseuse peu relevée) a permis à l'érosion de façonner des rochers aux formes étranges et variées : longues barres isolées, éperons, rochers ruiniformes plus ou moins grands. On trouve un peu partout dans la forêt ou sur les crêtes des rochers plus discrets aux noms évocateurs (roche Champignon, Fuchsfelsen, Wachtfelsen, Judenhutel, Schweinfels, Erbsenfelsen, etc...). En descendant du Col du Bonhomme en direction de Saint-Dié, on longe une importante veine de quartz, qui affleure sur plusieurs dizaines de mètres d'altitude. La roche du Hangochet, à 500 m de la route du col du Bonhomme à Plainfaing est un immense bloc de quartz laiteux, à la base duquel dans une excavation se trouve une statuette de la Vierge. Cette vierge était invoquée par les jeunes filles voulant être mariées dans l'année. Parallèlement, à la fin du XIXè siècle, on comptait de nombreux exvotos : béquilles, crosses et bâtons, jonchaient le sol, laissés par les malades souffrant de rhumatismes ou de la goutte. Il s’agit vraisemblablement d’un culte païen christianisé.

 

Au-dessus du village actuel, on a trouvé à La Roche, à 4 ou 5 kilomètres du col du Bonhomme, une grande lame de silex jaspoïde jaune brunâtre, une face plane, mais retouchée à éclats dans son tiers supérieur, l'autre bombée et taillée à facettes nombreuses, les côtés sont dentelés en scie. Elle mesure 150 mm de longueur pour 80 de large, avec une épaisseur de 12 mm. La forme de cette pièce ne la classe pas comme poignard, mais comme pic à extraction du genre de ceux de Sainte-Gertrude (44). Cette lame épaisse ressemble aux pics trouvés dans certains puits à silex et a pu vraisemblablement appartenir aux exploitants du gisement de serpentine du Bonhomme.

Cette découverte est située à une quinzaine de kilomètres au Sud-Est du Kembert (Saint-Dié), où fut trouvée une autre grande lame. Il s’agit d’un "couteau" en silex trouvé dans la forêt domaniale de Kemberg entre les Trois Fauteuils et la Roche d'Anozel. Le massif du Kemberg est un alignement de modestes hauteurs boisées des Vosges, bordant à l'Ouest la vallée de la Meurthe dans sa partie comprise entre Saulcy et Saint-Dié. Le toponyme désigne initialement l'endroit où la vallée de la Meurthe se courbe depuis le Sud vers l'Est : il provient de l'évolution des termes celtes cambo « courbe », cumbria « vallée », ola « lieu peut-être avec un qualificatif sous-entendu d'observation». La ligne de faîte du bloc principal est en effet la hauteur clef de la haute vallée de la Meurthe avant qu'elle ne se cambre brusquement vers l'occident, rejetée par les vastes éboulements collinaires de l'Ormont qui repoussent aussi la Fave, affluente de la Meurthe. Elle est isolée par des combes profondes et surtout par la boucle de la grande vallée de la Meurthe. Son versant Nord surplombe le petit-Saint-Dié. Le pouvoir militaire, aspect du politique quand la justice est perdue, s'est installé très tôt au lieu-dit du Petit-Saint-Dié. Un tel lieu de pouvoir, perpétué à travers les siècles, a laissé des traces innombrables dans la tradition et les légendes montagnardes. À l'ombre de ce massif, saint Dié est le premier chef chrétien connu d'un ban avant d'être sanctifié. Il succède à un panthéon païen sous l'invocation de couples de divinités : Tiuz dieu de la guerre et Freya déesse du plaisir, séductrice et amoureuse, qui à l'époque gallo-romaine laissèrent la place à leurs équivalents Mars et sa compagne Vénus. Les croyances, à défaut de cultes, semblent également avoir été influencées par les guerriers et hommes forts des vieilles traditions locales perpétuées par Hercule. Le Kemberg est aussi le sanctuaire des nains des vallées et des profondeurs faillées de tout le ban montagnard. En celte et en ancien français, le verbe proche du terme vallée signifie « agripper, saisir, piquer, voler » (les Latins a contrario voient dans le terme vallée une fuite, un dévalement, un décollement, un fluement rapide après le passage du col). Les populations celtes gardent l'idée que la rivière et d'autres entités mystérieuses saisissent, entrainent les terres et les roches, déblayent lentement et sélectivement les vallées. Les nains, sortes d'esprits des morts, vivent sous la terre. Ils piquent, volent, dérobent sans pitié les choses de valeurs. Leurs présences bien souvent invisibles aux non-inspirés expliquaient ainsi les richesses minières selon le critère des anciennes populations.

La voie romaine de Reims au Rhin (Brisach) par Toul et Horbourg (Colmar) réunit Le Bonhomme et Kembert (Saint-Dié). Elle a succédé à un chemin plus ancien. On a noté l'existence d'un sentier de la Pierre sur le versant oriental des Vosges. Avec la lame du Kembert et une hache polie en silex (?) trouvée à proximité (6 kilomètres environ), au Nord de la Montagne de la Madeleine, on peut en tirer un argument favorable à l'existence de ce sentier, sur le versant occidental. Plus tard, l'exploitation du cuivre et du fer autour de Saint-Dié est attestée.

En outre, il est établi que le massif vosgien a fait l'objet d'activités minières ou de débitages lithiques non seulement au Néolithique (Vosges Saônoises ; Plancher-les-Mines ; vallée de Saint-Amarin), mais plus anciennement au cours du Paléolithique final (Plancher-les-Mines). Les fonds de vallées vosgiennes semblent faire l'objet, au Néolithique tout comme auparavant au Mésolithique, d'une relative stabilité morphoclimatique sur le versant lorrain.

 

Au Sud, depuis le Linge, le chaînon se poursuit vers le Grand Hohnack (976 m), où on a relevé des traces d'occupation préhistorique  vers les Trois Épis (pour les locaux, la hache polie néolithique combat la rage et le peût-mal, l’épilepsie) et se termine au Galz. On notera qu’il existait des exploitations de minerai de cuivre dans la vallée de Munster, essentiellement sur les flancs de collines de Zimmerbach (sous les Trois-Épis) et de Haslach (au-dessus de Munster).

Le Galtz (ou Galz) est un petit éperon rocheux qui s'avance vers la plaine au-dessus de Colmar. Si l'altitude est modeste (731 m), la montée est un peu raide mais par beau temps c'est un bel observatoire vers la plaine d'Alsace (d’où la montagne est facilement repérable) et la Forêt Noire, et en arrière vers Labaroche et les Trois-Épis. Du haut du Galz, on peut admirer le magnifique spectacle des Alpes éclairées par le soleil couchant, toute la chaîne, depuis le Tœdi (le Tödi est, avec une altitude 3614 mètres, le plus haut sommet des Alpes glaronaises, à cheval entre les cantons de Glaris et des Grisons) jusqu'au-delà de la Jungfrau (sommet individualisé des Alpes situé entièrement dans le massif des Alpes bernoises, il culmine à 4158 mètres d'altitude).On y mentionne la présence de l'Homme au Néolithique. En effet, à proximité d’un abri, le Steinring, cromlech en forme d'ellipse, est un monument préceltique. Plus tard, le cercle de pierres, le véritable cromlech, signifiait dans le symbolisme religieux des Gaulois la courbe qui n'a ni commencement ni fin, c'est-à-dire l’infini, le dieu suprême, Ésus, comme il représente, dans les chants des bardes, l’univers entier. Ésus, « bon maitre, puissant », assimilé au dieu guerrier Mars, était apaisé en suspendant un homme à un arbre jusqu'à ce que, par suite de l'effusion de son sang, il ait laissé aller ses membres. Il est montré en association à un taureau sur le dos duquel sont posées trois grues, c’est le Tarvos trigaranus. Tarvos est le dieu taureau primordial, qui extirpe les terres du fond des océans grâce à ses cornes. Dans le concept de la mythologie celte, qui considère la vie et la mort comme cycliques, c'est un taureau géant, aussi bien bénéfique que destructeur.

 

 

Les populations de l'Âge de pierre fréquentaient de préférence les collines, les contreforts et même les hauts sommets des Vosges. Mais quand le régime des cours d'eau se fut peu à peu régularisé, les tribus humaines descendirent des parties élevées vers les contreforts des Vosges, et des terrasses de lehm d'Alsace et des bords du Rhin dans la plaine définitivement asséchée. Le bronze que ces populations utilisaient leur arrivait probablement tout ouvré des contrées lointaines : elles faisaient aussi venir, par voie d'échange, l'ambre de la Baltique et le corail de la Méditerranée. À l’entrée de la vallée de Kaysersberg, l’enceinte protohistorique du Firstischberg surveillait l’accès autant à Lapoutroie qu’à Labaroche. De même, au sommet d’un des premiers contreforts des Vosges, Ammerschwihr était déjà occupé dès la période de l'Âge du Bronze. On a trouvé en effet à l’entrée de la vallée menant à Labaroche une hache à rebord, une hache à talon et une pointe de lance à douille. Mentionnée dans une formule célèbre du fameux graveur Mérian (« Trois villes dans une même vallée »), Ammerschwihr partage en effet le privilège d'occuper, avec Kientzheim et Kaysersberg, le débouché de la vallée de la Weiss sur un chemin celtique - reconstruit par les Romains - longeant le piémont vosgien.

 

Le Bronze ancien (-2 300 à -1 500) a laissé quelques rares objets sur la crête vosgienne, notamment le dépôt de haches au col du Bonhomme (qui pourrait d'ailleurs provenir d'un simple colporteur et ne marquer qu'un passage, le col reliant la vallée de la Meurthe à la plaine du Rhin). Non loin de la rivière de la Béhine et juste avant de monter vers le col du Bonhomme, le petit ravin de Beau Séjour a livré un dépôt (ou cachette) de deux douzaines environ de haches à rebord et tranchant semi-circulaire du type de Langquaid (dans sa forme courte) et de trois creusets pour couler le métal. Ce type est à dater du Bronze Ancien III. De nombreux dépôts d'objets de bronze marquent la fin du Bronze Ancien et la transition avec le Bronze Moyen, vers -1 500. Ils réunissent des pièces de cultures diverses, qui témoignent de la circulation lointaine des objets finis (Langquaid est en Bavière). Ainsi, ces haches auraient un rapport avec les zones de Bohême et d'Europe centrale où prédomine la civilisation indo-européenne d'Unetice/Aunetitz, même s’il faut plutôt songer à l'existence d'une école métallurgique ayant son centre en Suisse centrale et sur la rive Sud du Rhin supérieur.

D'accès facile de part et d'autre entre les anciennes chaumes du Rossberg et du Louschbach, le col du Bonhomme était déjà le lieu de passage gallo-romain reliant Toul à Vieux-Brisach. Il s'agit plutôt d'une via petra ou voie de pierre gauloise, voire au mieux d'un faisceau de chemins anciens, que d'une voie romaine d'intérêt stratégique pour la cité de Toul. Cette voie secondaire ou via Petrosa, parfois peu commode après sa dégradation et son surcreusement, a laissé des traces dans la toponymie, ainsi La Poutro, lieu-dit entre Fraize et Plainfaing, et Lapoutroie, commune en aval du Bonhomme. L'endroit de passage – parfois stratégique – apparaît un lieu d'affrontements au fil des siècles. Cette voie a une parfaite ressemblance avec celle que l'on peut observer sur la montagne du mont Sainte-Odile.

Le col de Fréland, culminant à 831 mètres, permet d'accéder à Aubure, Sainte-Marie-aux-Mines et Ribeauvillé. Un sentier empierré préromain passait par Fréland qui traversait le hameau de Knolpré, puis le Chêne, et se dirigeait vers le col du Bonhomme pour rejoindre Saint-Dié après avoir traversé Ribeaugoutte, hameau de Lapoutroie. Il doublait le chemin le long de la vallée de la Weiss qui était souvent inondé.

 

L’étymon du Bonhomme fait référence à un diminutif d'une divinité protectrice et guerrière gauloise, proche des préfixes anglo-saxon Tues ou allemand Diens, qui se préserve encore dans l'appellation du jour de mardi (Tuesday, Dienstag). Tīw, l’équivalent germanique du dieu romain Mars, provient du proto-germanique Tiwaz (« dieu du ciel »), de l’indo-européen dei- (« briller »), avec le suffixe du vieil anglais dæg (« jour ») : il était le dieu de la guerre juste, et de la stratégie [il est initialement un dieu souverain qui incarne en particulier l'aspect juridique de la souveraineté. Associé à l'assemblée législative du thing, il est également un dieu des serments, des procédures et du droit. Týr est sans doute un dieu très ancien, aux origines à la tête du panthéon germanique. Son rôle et son culte auraient perdu de l'importance en faveur d'Odin et de Thor à partir des migrations barbares]. Cette racine a été substituée progressivement à l'époque médiévale par le prénom d'un saint homme, Déodatus, Dieudonné en (ancien) français, altéré en Dié en dialecte roman ou vosgien, remis en diminutif Diedel en alsacien. Bon homme signifie en ancien français ou en dialecte roman local ou vosgien « l'homme sacré, le saint homme » : c’est l'équivalent de saint Dié qui perpétue ainsi la divinité gauloise. Comme Belenus en gaulois, Dis/deiz, en langue celtique, signifie la « lumière de jour » (le nom de la lune, Diane, parait formé par abréviation du celtique di-à-nos, « le jour et la nuit » : la lune en effet se montre la nuit et le jour).

Il existe plusieurs montagnes du nom de Judenberg ou Gudenberg, et on a en Alsace même le Judenburg ou Gudenburg du Bonhomme. On prétend que ces montagnes, comme aussi le Vaudémont lorrain, n'ont été ainsi désignées que parce qu'elles étaient consacrées au dieu Gudan, Wuodan ou Odin. Si on suppose, par analogie, le mot Judenhut synonyme de Gudenhut, ce mot traduit présenterait de la même manière le sens de « chapeau d'Odin » (ce dernier nom peut s'employer également, selon le genre du mot hut, dans le sens de « chapeau » et dans le sens de « garde » ou de « protection ». De même, les mots gud et god étant synonymes, Gudenhut pouvait fort bien signifier « bonne garde » ou « protection divine »). Il faut savoir que le chapeau d'Odin joue un grand rôle dans la mythologie allemande. C'est le pétase de ce Mercure du Nord car Odin, en sa qualité de dieu-soleil, de dieu de l'air et des hauteurs, était toujours représenté coiffé d'un chapeau, symbole du nuage dont se couvre le soleil ou le sommet de la montagne. Les couleurs pourpre et azur sont celles du firmament à l'heure où l'astre du jour se lève ou se couche ; c'étaient aussi les couleurs du chapeau d'Odin et de celui des Elfes (alben, elben), ces petits dieux de l'air qui n'étaient autres que le dieu Odin en miniature et ses survivants dans la mythologie du Moyen-âge. Le chapeau d'elfe était donc appelé albenhut, et ce qui fait présumer que le Judenhut était appelé de même, ce n'est pas seulement sa forme ou sa couleur, mais précisément ce nom de bonnet d'Albanais qu'il a pris sous la plume du traducteur français.

On notera encore, d'après Grimm, que les contes norvégiens nomment le petit chapeau d'elfe uddehat. En Allemagne, le Wudenshut est devenu le wunschhut, soit tout simplement par corruption, soit parce que ce nom de Wunsch pour Odin impliquait une idée de perfection. C'est le wünschelhut, ce chapeau magique avec lequel on a tout à souhait.

 

 

Le canton de Lapoutroie est entièrement situé dans les montagnes, dont les sommets, appelés le Brézouard (1229 m ; le Petit Brézouard, son jumeau à 400 mètres au Nord-Est, atteint 1203 mètres d'altitude) et Le Bonhomme, montrent au loin leur crêtes arides et sauvages. En patois vosgien, le Brézouard (cinquième sommet vosgien le plus élevé) était connu sous le nom Boerzouâ, ce qui voulait dire en langue celtique « l'ours qui veille ou qui garde ». Les habitants de Sainte-Marie-aux-Mines préfèrent appeler le sommet du Brézouard sous le nom de Brüschbückel, ce qui signifie « la montagne couverte de bruyères ».

Labaroche est située sur un plateau, à une altitude moyenne de 750 mètres (la commune culmine dans sa partie méridionale par deux mamelons jumeaux, le Grand Hohnack à 980 m d’altitude et le Petit Hohnack, à 927 m), entre les vallées de Kaysersberg et de Munster. Contrairement à ses voisines, on n'y a jamais parlé l'alsacien mais le welche, dialecte lorrain et patois roman parlé en Alsace dans l'Ouest du Haut-Rhin (spécialement dans l'arrondissement de Ribeauvillé : Vallée de Lièpvre, Vallée de Kaysersberg, Val d'Orbey) et dans l'extrême Sud-Ouest du Bas-Rhin (Haute vallée de la Bruche et Val de Villé). Welsch, en allemand, est un mot qui signifie « étranger parlant une langue non-germanique », qui a désigné à l'origine des peuples de langue celtique, puis de langue romane, ayant des coutumes très différentes de celles des autres vallées alentour. Ce mot peut avoir une connotation péjorative et a la même étymologie que Wales, Walcheren, Wallons, Walchengau, Walchensee ou Valaques : la forme adjective du germanique westique Walha + suffixe d'adjectif -isk (-ish en anglais, -isch en allemand). Les mots Gaule et gaulois en français procèdent du même étymon germanique. L'origine initiale du terme germanique walha semble être le nom du peuple celtique des Volques (volcae : « le faucon », comparable au gallois cadwalch, « héros », « champion », « guerrier ») au contact des Germains en Allemagne du Sud, avant leur départ pour la Gaule méridionale. Les Alsaciens de langue alémanique ont appelé ainsi les Alsaciens de langue romane qui habitaient les hautes vallées vosgiennes, probablement une colonie celte gauloise au milieu de peuplements germains. Au -Vè siècle, la partie défrichée et cultivée de la forêt hercynienne (correspondant grossièrement à l'actuelle Bohême) semble avoir été vidée de ses anciens habitants. S'y installent probablement alors des groupes majoritairement originaires du plateau suisse. Un nouvel ensemble ethnique se serait alors progressivement formé en Bohême et en Moravie, que l’on peut attribuer aux Volques Tectosages. Hannibal les rencontre des deux côtés du Rhône en -218.

On insiste sur la persistance à travers les âges d'un type évidemment d'origine celtique, resté sans mélange, à l'abri des invasions romanes et germaniques. Ce type s'observe surtout dans la région du val d'Orbey et du Ban de la Roche. Dans la plaine, comme dans la zone des coteaux sous-vosgiens, les maisons de cultivateurs forment des agglomérations partout compactes. Au contraire, les habitations des localités romanes se disséminent sur toute l'étendue de la banlieue. Orbey, La Poutroye, La Baroche, Le Bonhomme, Fréland, occupent ainsi de vastes surfaces. Dans le village on ne trouve guère que des commerçants, des artisans, des fonctionnaires, les cultivateurs demeurent presque tous dans les fermes éparses des montagnes, au milieu de leurs champs et de leurs prés. L'originalité de l'habitation en Forêt-Noire ne doit pas masquer la très grande ressemblance des types d'habitat (Siedlung) par rapport à ceux des Vosges. De part et d'autre, c'est la même variété. Les villages strictement groupés, sur les hautes surfaces de part et d'autre de l'Alb et dans le Hotzenwald (c'est-à-dire dans la plus grande partie de la Forêt-Noire méridionale) évoquent les formes similaires du versant oriental des Vosges. Ailleurs (et c'est le cas pour la partie centrale de la Forêt-Noire), des semis de fermes s'interposent entre les villages et les hameaux : ceux-ci (Weiler) sont la forme d'habitat la plus répandue, qui convient fort bien à des terroirs que les conditions topographiques rendent assez discontinus (encore qu'un habitat fortement dispersé couvre également les plateaux assez réguliers qui s'étendent au Nord et à l'Est de la Dreisam). Tout ceci se rencontre également dans les Vosges, surtout sur le versant lorrain, mais aussi, exceptionnellement, sur le versant alsacien (val d'Orbey, partie supérieure des vallées de Munster et de Guebwiller). Dans les Vosges et dans la Forêt-Noire c'est pour les villages groupés que les ressemblances sont les plus fortes : ils correspondent de part et d'autre à une structure parcellaire, avec très fort morcellement, sans aucune trace de contrainte collective dans l'assolement. Ils sont le domaine de la très petite propriété.

 

 

À mesure qu’on descend, les montagnes semblent gagner en hauteur et la vallée se creuser, pas d'une pièce cependant, ni d'un jet unique, car ce fond est très mouvementé. Ce ne sont que terrasses étagées sur d'autres terrasses, avec des versants tantôt mous, tantôt rapides. Après la traversée du hameau de Hachimette, la route qui depuis Kaysersberg mène en pays Welche s'ouvre en Y, vers Orbey d'une part et Lapoutroie de l'autre, lorsqu'elle vient buter contre le massif du Faudé qui sépare les deux vallées. La silhouette du Faudé se profile sur le ciel bleu, pareille à un chapeau de nuance foncée. Sur la droite, la tête du Rain-des-Chênes, couronnée de pins. À gauche, la crête du Kalblein d'Aubure, en ligne à peu près droite, aux tons gris ternes, autant de calottes isolées de grès vosgien, séparées les unes des autres, mais à couches concordantes.

À tort ou à raison, la tradition locale désigne le sommet du Faudé (700 m d’altitude) comme un ancien lieu de sacrifices consacré au culte des dieux païens. Ce qui confirme cette opinion, c'est que le nom qu'il porte signifie dans le patois du pays le faux dieu. Son sommet est en outre couronné d'immenses rochers, semblables aux autels druidiques, et on y remarque un éperon appelé Tschénor (qui pourrait signifier « charniers », alors qu'il a été traduit simplement en « chat noir »), où l'on a découvert de nombreux squelettes, tristes débris des sanglants sacrifices perpétués dans cet endroit. Au sommet de cette montagne, où abondaient jadis des blocs roses farcis de cailloux diaprés que les géologues appellent « poudingues » (roche sédimentaire compacte où sont mélangés des éléments grossiers aux formes ovoïdes - des galets - pris dans un ciment naturel, le plus souvent du grès), on a retrouvé des fragments de stèles de divinités païennes. À ses pieds coule La Goutte, source ferrugineuse dont la situation pittoresque et le débit abondant étaient réputés.

 

On attribue aussi le caractère de monuments druidiques à de grandes dalles, plus ou moins branlantes, situées au haut du Rain-des-Chênes. On y monte par le vallon de Tannach, en face des deux Hohenach. Le Rain-des-Chênes aboutit à une sorte de plateau étroit, à une arête aplatie, entre les deux vallées d'Orbey et de Munster. C'est la Hu-des-Coqs, fréquentée par les coqs de bruyère.

On est en présence de deux rochers tabulaires (masses aplaties de poudingues) que l'action combiné du vent, de la pluie, du soleil et du gel a au long des millénaires détachés de la roche environnante et fait reposer sur un petit pivot de grès, au-dessus des escarpements en forme de muraille. Ce grès a été formé il y a deux cents millions d'années durant le trias. Il s'est formé par le dépôt de sables et de galets. Au jurassique, ce dépôt s'est retrouvé recouvert par la mer et la pression a aggloméré le sable en le transformant en pierre. La formation des Alpes a surélevé les Vosges et propulsé le grès au niveau des sommets. Ce lieu a été utilisé par nos ancêtres comme lieu de culte. Sur les tables de pierre sont parfaitement reconnaissables des bassins (grosse cupule) naturels surcreusés par l'Homme.

Les Pierres Tremblantes du Rain des Chênes servaient d'oracle pour la fidélité des épouses. Les maris devaient à l'instant du lever du soleil essayer de faire trembler la pierre branlante de la Roche du Diable ou Pierre du Loup. Pour ce faire, ils devaient se placer en dessous et la toucher avec l'index. S'ils parvenaient à faire bouger la pierre, c'est que leur femme était fidèle. Mais la réponse de l'oracle n'était juste que si l'épouse n'était pas à proximité.

 

Au sommet du Grand Hohnack se trouve la « Cuve des Fées », également dénommée Hexenkessel, « le chaudron ou la cuve des sorcières ». Ce rocher est naturellement creusé de plusieurs grands bassins ayant servi de lieu de culte aux Celtes (des gamins continuent de s’amuser à les agrandir). Quant à la tradition populaire, les sorcières de la vallée se réunissent sur la plateforme chauve de la cime à l'heure de minuit pour y célébrer leur sabbat, en dansant des rondes échevelées au clair de la lune. De nos jours, on n’aperçoit dans la nuit que l'ombre des pins, on entend que la plainte du vent dans le branchage et le mugissement lointain de la Fecht, de l'autre côté de la montagne. La destruction de récoltes a toujours été associée avec la grêle ou le mauvais temps nés du pouvoir magique des sorcières. On les trouve généralement sur les hauteurs, travaillant fréquemment en groupes ou par deux. Sur un feu bleu (on peut faire passer la flamme du jaune/orange, signe d'une combustion partielle, à une flamme bleu où la combustion est presque totale, toutefois la flamme n'est pas très lumineuse, parfois presque invisible), elles placent un chaudron dans lequel elles jettent en pluie de l’avoine et ajoutent, en tournant constamment, grenouilles, serpents et poils d’animaux, jusqu’à ce qu’elles obtiennent le mauvais temps et la grêle.

D'autres cupules existent sur les rochers voisins et même une étrange excavation. Une légende rapporte que le labyrinthe de pierre au sommet du Grand Hohnack est un Riesengrab, le tombeau d'un géant. Dans les temps primitifs, alors que les montagnes des Vosges ne formaient encore qu'un amas confus de terre et de rochers, et qu'on n'y voyait aucune des belles vallées que l'on admire aujourd’hui, l'un des géants qui avaient aidé à construire le monde, considérant cet amas informe, eut l'idée d'y creuser un vaste et profond sillon. À cet effet, il se mit aussitôt à l’œuvre et, grâce à sa force prodigieuse, les rochers les plus durs ne tardèrent pas à céder et à voler en éclats de toutes parts. Le gros de la besogne fut bientôt fait, mais il s'agissait maintenant de se débarrasser des déblais, et notre gaillard n'était pas d'humeur à se ravaler au métier de simple manœuvre. Après avoir réfléchi quelque temps à la chose, il lui vint une idée qu'il mit aussitôt à exécution. Il avait tout près de lui, sur les sommets les plus élevés de sa demeure, d’immenses réservoirs d'eau, qui ne demandaient pas mieux que d'aller se vider. Un coup de massue rompit les digues, et les flots, se précipitant avec fracas dans la tranchée, enlevèrent, comme par enchantement, terres, sables et rochers : le sillon était nettoyé et la vallée de Munster se trouvait créée (c’est la version légendaire des phénomènes de déglaciation). Content de son œuvre, le géant se caressa en souriant sa longue barbe inculte, puis, fatigué quelque peu par une journée si bien remplie, il se retira dans les profondeurs du Hohnack (entre Labaroche et Wihr-au-Val), sa retraite favorite, et tomba dans un sommeil léthargique, accompagné de ronflements que les simples mortels prennent pour les mugissements de la tempête. Les carriers du Hohnack ont bien des fois entendu cette respiration bruyante, pendant leur sieste de l'heure du midi ; mais ils sont tellement habitués à ce phénomène qu'ils n'y font plus attention du tout. Ils ne craignent pas davantage de réveiller le terrible hôte, en détachant, avec le secours de leurs coins et de la poudre, les blocs de grès ; mais en cela ils poussent la témérité trop loin, car un beau jour le formidable ronfleur pourrait se réveiller tout de bon et tirer une vengeance éclatante de l’affront subi, en comblant subitement le sillon jadis tracé, et en faisant disparaître ainsi à jamais sa charmante création. Berggeist, « Esprit de la montagne » (en latin daemon subterraneus, « démon souterrain », et daemon metallicus pour « démon des mines ») est le terme générique pour diverses créatures mythologiques que l’on retrouve dans les mines ou dans les montagnes. Des exemples bien connus sont les moines montagnards ou les diables des montagnes. Plus tard, le terme a été prolongé dans un sens plus large aux esprits de la forêt et de la montagne, comme Rübezahl (Monts des Géants).

Dans de nombreuses légendes, les géants formèrent les montagnes, tracèrent les lits des fleuves et creusèrent les vallées. Le Hohnack est une montagne constituée de deux sommets : le Petit Hohnack culminant à 927 m d'altitude et le Grand Hohnack culminant à 982 m. On y trouve des roches à cupules, dépressions circulaires considérées comme ayant été effectuées par des humains à la surface d'une dalle ou d'un rocher. Pourtant, la plupart des écuelles sont des phénomènes glaciaires : on ne les rencontre en effet que dans une seule espèce de roche, le grès vosgien, suivant des plans déterminés par l'âge du soulèvement de la roche et à une altitude supérieure à 500 mètres (il existe aussi des creux à la surface du Calice du Curé-Pfaffenkelchstein dominant La Baroche). Ces règles évidemment ne sont pas le résultat de la volonté humaine. Il est incontestable pourtant que ces écuelles ont frappé l'imagination des peuples primordiaux. Au sommet de la colline, le site domine à la fois les vallées qui descendent vers Munster et Kaysersberg : c’est un lieu de surveillance idéal.

Veurvônnais est le nom patois du Hohnack et signifie « montagne du dieu gaulois Vorvo ou Borbo » (de là, les noms français de Bourbon et Bourbonne). Dans le polythéisme celtique et lusitanien (Indo-Européens de l'Ouest de la péninsule ibérique, dans le territoire comprenant le Portugal moderne, l’Estrémadure et une petite partie de Salamanque), Borvo (également Bormo, Bormanus, Bormanicus, Borbanus, Boruoboendua, Vabusoa, Labbonus ou Borus) était une divinité de guérison associé à l'eau de source thermale jaillissante. Les noms Bormanus, Bormo et Borvo se trouvent sur des inscriptions en tant que noms de rivière ou dieux de la fontaine. L’étymologie du théonyme proto-indo-européen se décompose en berw « chaud, ardent, bouillant » et von « fontaine », le sens étant donc « eau bouillonnante » (le français a aussi gardé le mot, de provenance celtique, bourbe, « boue épaisse au fond de l'eau » ; la diffusion des toponymes et la survivance lexicale française attestent l'importance et la popularité du culte). Borvo est connu en tant que surnom d'Apollon par une dizaine d'inscriptions gallo-romaines. Apollon indigène, dieu des sources, des sanctuaires prophétiques et de la médecine, dont les noms sont en Gaule Belenos, Grannos, Borvo. Sa parèdre est Damona dont le nom signifie « Grande vache » (c'est-à-dire l’Aurore ; elle est aussi appelée Bormona), qui n’est pas sans rapport avec Boand des Tuatha Dé Danann de la mythologie celtique irlandaise.

 

 

Entre La Baroche et Turckheim, la station d'été des Trois-Épis (Drei-Ähren en allemand) se tient sur une croupe de la montagne qui domine l'entrée de la vallée de Munster. On y apprécie le charme de ses paysages et la pureté de son air embaumé par la senteur des pins. Placé entre 600 et 700 mètres d'altitude, on y jouit d'une vue étendue sur le val de la Fecht et sur la plaine d'Alsace.

Les Trois-Épis reçoivent très peu de pluie car elle bénéficie d'un microclimat (dit microclimat des Trois-Épis) dû à l'effet de vortex provoqué par la vallée de Munster par vent dominant de secteur Sud-Ouest à Ouest. C’est un très ancien lieu de pèlerinage, centre important de piété populaire où l’on trouve de nombreux ex-voto. Notre Dame des Trois Épis est la patronne des moissons : les paysans ramassaient la poussière du sanctuaire et la mélangeaient à leurs semences pour en augmenter la fécondité.

 

Selon la version dévote, un homme impie alla communier, bien décidé à profaner l’hostie. Il la garda en bouche jusqu’à sa sortie du sanctuaire, puis il la jeta dans un champ. Au lieu de tomber à terre, l’hostie fut retenue par trois épis. La nuit venue, la Sainte Vierge descendit du ciel, recueillit les trois épis et les planta au paradis. On notera l’extrême ambiguïté de cette version. Certes, c’était le sacrilège par excellence de profaner l’hostie en la gardant en bouche, soit pour la jeter, soit en vue d’actes de magie. Mais ici, vu le contexte, il est vraisemblable qu’il s’agisse de magie blanche, et que le "profanateur" n’a pas jeté l’hostie au sol avec colère, mais a cherché à la mêler à sa terre pour augmenter ses récoltes. Ce qui est un sacrilège, certes, mais pas du niveau de gravité d’une messe noire. Et l’attitude de la Vierge est très ambiguë, puisque le résultat des courses est qu’on vient au sanctuaire des Trois Épis pour obtenir l’augmentation des récoltes. Elle récompense donc la "profanation".

Selon la version populaire, le lieudit tire son nom d'une apparition de la Vierge au forgeron d'Orbey nommé Thierry Schoeré le 3 mai 1491. Elle aurait tenu trois épis de blé d'une main (comme Cérès, déesse de l'agriculture, des moissons et de la fécondité) et un grêlon de l'autre (alors que Cérès tient de la main gauche une torche ardente), suggérant que la piété serait source de bonnes récoltes.

 

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