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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Découvertes archéologiques dans la vallée de la Thur et de la Doller (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

Découvertes archéologiques dans la vallée de la Thur et de la Doller (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

 

La topographie du Pays Thur Doller se décline en trois grandes unités délimitées par les failles vosgienne et rhénane : la montagne vosgienne, le piémont et la plaine alluviale du Rhin. La délimitation de ces unités se fait selon une orientation Nord-Nord-Est / Sud-Sud-Ouest.

À la fin de l’ère secondaire, il y a environ 50 millions d’années, la partie centrale du massif unique Vosges-Forêt-Noire a commencé à s’affaisser, puis s’est effondrée selon des lignes de failles Nord. Ce phénomène tectonique a donné naissance à trois unités morphostructurales : la montagne vosgienne, d’âge primaire et antérieur, était surmontée d’une couverture sédimentaire de l’ère secondaire actuellement érodée dans les Vosges méridionales (grès des Vosges gréseuses) ; le fossé d’effondrement constituant la plaine d’Alsace, rempli peu à peu à partir de l’ère tertiaire par des terrains marneux et des alluvions amenées plus tardivement par le Rhin et les cours d’eau vosgiens ; la zone de transition du piémont, non entièrement effondrée, est découpée en compartiments par de nombreux champs de failles plus ou moins larges (les roches sédimentaires de la couverture gréseuse, schisteuse ou marneuse y affleurent et sont juxtaposées en une véritable mosaïque).

Le territoire de la vallée de la Thur s'étend schématiquement sur 6 formations géologiques principales datant des différentes périodes géologiques, du primaire au quaternaire. Les granites se formèrent à l’ère primaire suite au lent refroidissement du magma (roches plutoniques) : l’érosion de ces premiers reliefs donnera naissance au grès gris et aux schistes foncés. Les séries granitiques principales sont situées entre le Grand Ballon et le Markstein, entre le Felzachkopf et le Rainkopf (Kruth et Wildenstein) et autour de la Tête des Perches (Rimbach). Lorsque le magma a pu s’épancher, il a donné naissance à un volcanisme de type explosif (Rossberg et Molkenrain). Outre le basalte du massif du Rossberg, les roches composant ces séries sont essentiellement des rhyolites, des latites, des igninbrites, et des labradorites.

Les grauwackes sont des roches détritiques plus ou moins gréseuses riches en éléments volcaniques. Elles sont issues de l’érosion des reliefs volcaniques au cours de l’ère primaire. Dans le Pays Thur Doller, ils sont de deux types : les grauwackes de la série du Markstein (schisteux, en rive gauche de la Thur) et ceux de la série d’Oderen (intrusions de roches plutoniques, en rive droite de la Thur). Les grès, les schistes et les conglomérats du piémont sont des roches sédimentaires formées aux ères primaire, secondaire et tertiaire. Elles sont issues de sédiments argileux (schistes), de l’érosion des roches siliceuses (grès) ou calcaro-sableuses (conglomérats dont les marnes). Ces formations sont localisées sur le piémont vosgien.

Sur le plan tectonique, les nombreuses failles apparues au tertiaire entre les Vosges et la plaine au moment du soulèvement du massif sont susceptibles de donner lieu un jour à des séismes. C’est ainsi que l’ensemble des communes du territoire est classé en zone Ib, correspondant à une sismicité faible (soit niveau 3 dans un classement qui en comprend 4).

 

 

Le secteur concerné englobe une partie du Massif Vosgien, dont le point culminant est le Grand Ballon. Le relief est vigoureux avec des pentes fortes et des altitudes régulièrement supérieures à 1200 m (Grand Ballon, Markstein, Rothenbachkopf, Drumont, Ballon d’Alsace,…). Les deux vallées principales, celle de la Thur et celle de la Doller, sont assez encaissées. Elles ont un profil général en auge ou "U" avec un fond plat et des pentes raides (sur la Thur, respectivement 10% et 70% de la surface) qui caractérisent les vallées glaciaires. Les plus hauts sommets du Massif Vosgien se dressent sur leur pourtour. Leur morphologie remonte donc à la dernière glaciation. Au départ des glaciers (Wildenstein et l’Ouest de Sewen), un profil "en V" est assez prononcé. Il correspond à un profil d’origine torrentielle. De nombreux glaciers perpendiculaires se sont déversés dans les glaciers principaux et ont formé les vallons adjacents. La majorité se trouvait sur le versant Ouest car les vents y sont dominants. Sur le cours de la Thur, de grands rochers se sont maintenus au milieu de la vallée. Les principaux sont le Schlossberg à Kruth, le Maerelberg et le Baerenberg à Oderen. Il s’agit de verrous glaciaires, des endroits où la roche était plus dure et que le glacier a contourné. Les vallées s’évasent en aval vers la plaine d’Alsace. À leur sortie, l’altitude est de 330 mètres à Thann et 380 mètres à Lauw.

 

Les terrasses de Wesserling, au pied desquelles coule la Thur, sont des moraines déposées par l'ancien glacier de la vallée. Ce glacier a poli également la roche lisse du Glattstein, au bord de la rivière. De tous les polis glaciaires des Vosges, ceux du Glattstein sont les plus remarquables. Nulle part ailleurs, dans aucune autre vallée des Vosges, les preuves de l'existence des glaciers ne sont aussi nettes et aussi démonstratives, parce que dans aucune autre les glaciers disparus n'ont agi sur une aussi grande variété de roches. Le Glattstein appartient à une formation de schiste argileux compact, couleur gris blanc, à grains fins, dont les strates alternent avec d'autres couches d'une grauwacke à grain plus grossier. Arrondi et mamelonné, situé à 500 mètres en amont de la grande moraine du Wesserling, le rocher du Glattstein présente un plan fortement incliné dans le sens de la pente générale. Sa surface polie à découvert a une étendue de 12 à 15 mètres. La finesse de la pâte a permis au burin des grains de sable d'y imprimer les traits les plus délicats sous le frottement de la glace. Les stries ne sont pas rigoureusement horizontales ni rectilignes. Elles décrivent une courbe à grand rayon, montant et descendant suivant les ondulations de la surface, se croisant souvent entre elles, sous un angle aigu. Quelques-unes paraissent saccadées et forment des sillons creusés avec un burin fort tranchant, qui a produit de petits éclats. D'autres stries sont cannelées, creusées faiblement, plus larges, parallèles entre elles, bien distinctes seulement quand on les regarde à distance. Un filon et de petites veines de quartz, qui traversent la roche, sont usés et coupés net au même niveau que les parties schisteuses. Le pied du rocher, baigné par la rivière, reste lisse, mais avec un poli mat et sans stries visibles sur la hauteur où arrivent les eaux. Au sommet, des débris erratiques provenant de roches différentes recouvrent le rocher en place, mêlés dé galets striés également. Sur les points fraîchement déblayés de la roche polie on remarque des incrustations de grains quartzeux, agglutinés par une poussière très fine, qui résiste au lavage à l'eau froide, tout à fait pareille à la boue adhérente aux surfaces polies récemment abandonnées par les glaciers encore existants dans les Alpes. Plus haut que le Glattstein, sur le flanc du Husselberg et sur les pentes raides de la montagne qui domine Felleringen, sur l'autre rive de la Thur, la roche à nu montre également, de loin en loin, des surfaces polies, avec des stries qui se coupent à angle droit ou à peu près.

Au château de Wildenstein, aux monticules du Marlen et du Hasenbühl, comme au Banenberg et au pointement de l'église d'Oderen, les dépôts erratiques, les moraines par obstacle, mieux caractérisés que dans la vallée haute de la Moselle, sont accompagnés constamment de surfaces polies, avec des stries fines. Au sommet du Hasenbühl, sur la droite du village de Fellering, élevé de 70 mètres au-dessus de la rivière et séparé par un vallon des montagnes du versant de la vallée, on distingue sur la roche en place des stries bien nettes dans les parties protégées par la mousse. Une accumulation de débris erratiques, gros blocs, menus fragments, cailloux striés, sables sans stratification, s'appuie sur le monticule en amont. Le monticule consiste en schiste de grauwacke et en eurite cristalline ; il porte à son sommet des blocs de granit blanc, pareil à celui en place près du col de Bramont à la Ronde-Tête. La hauteur du piton d'Oderen est de 80 mètres, avec un escarpement à pic du côté d'aval, dénudé complètement, formé d'une roche noire un peu schisteuse. Point de poli de ce côté, mais les flancs et la croupe postérieure sont arrondis et polis par places.

Située à 15 kilomètres du Rothenbachkopf (sommet de 926 m à l'extrémité occidentale de la vallée de Munster), à 9 kilomètres du col de Bussang, la moraine frontale à trois plis du Wesserling, qui forme une terrasse s'élève à 35 mètres au-dessus du niveau de la Thur. C'est une énorme digue composée de matériaux meubles, mesurant un volume de 12 millions de mètres cubes au moins, coupée en deux tronçons par la rivière. Ses plus gros blocs sont anguleux, mais assez rares. La plupart atteignent seulement de 20 à 25 centimètres de diamètre et sont alors arrondis, mais entassés sans ordre, au lieu de présenter la disposition imbriquée que prennent en glissant les uns par-dessus les autres les galets entraînés ou déposés dans le lit d'un courant d'eau. Sur les fragments plus petits, peu arrondis aux angles, consistant en galets schisteux, on remarque presque toujours des stries fort nettes. On trouve aussi souvent des vides entre les blocs et des amas irréguliers de sable. La roche en place, non polie, apparaît sous la moraine dans le lit de la rivière. En arrière des moraines du Wesserling, qui ont formé une digue transversale à travers la vallée, au village de Husseren, apparaît un autre pli de terrain morainique, haut de 15 mètres, gazonné à la surface, avec le talus d'aval beaucoup plus rapide que le talus d'amont en gradins. Une troisième moraine frontale se trouve échelonnée à 6 kilomètres plus haut, dans le vallon de Mollau, séparé de la montagne par un profond sillon, montrant, sur la section pratiquée par le ruisseau, des blocs entremêlés de grauwacke, de granit porphyroïdé, de porphyre rouge, de syénite et de mélaphyre.

Dans les moraines frontales de Krüth, à trois plis, comme celles du Wesserling, les deux premières, distantes l'une de l'autre d'une centaine de mètres, sont courbées de manière à tourner leur convexité du côté aval. Ces moraines frontales ou terminales marquent autant d’étapes du glacier dans son mouvement de retraite, alors que l'alimentation par les chutes de neige ne compensait plus la fusion de la glace à son extrémité, où s'accumulaient les rochers tombés et charriés à sa surface.

Non seulement on observe des moraines frontales au Wesserling et à Krüth, en travers de la vallée principale, mais aussi à l'entrée des vallons latéraux d'Urbès et de Mollau. Toutes sont des moraines multiples ou à plusieurs plis en ondulations distinctes les unes des autres. Des traînées de blocs erratiques, avec sable et galets striés, apparaissent aussi sur les deux versants de la vallée à partir du Wesserling. Elles représentent les moraines latérales éparpillées jusqu'à 200 et 250 mètres de hauteur au-dessus du fond de la vallée, sur les pentes de la montagne au-dessus de Fellering, de Krüth et de Wildenstein. À 500 mètres au-dessus du fond de la rivière se montre une secondé zone de blocs erratiques, moins accusée, sans blocs ni galets, allant jusqu'au col de Bramont, entre la vallée de la Thur et la vallée de la Moselotte. L'ancien glacier, dont ces traînées morainiques marquent les bords aurait eu ainsi une épaisseur de quelques centaines de mètres. Le glacier de la vallée principale ne paraît pas avoir dépassé le Wesserling, à 430 mètres d'altitude. Pourtant les vallons latéraux de Mitzach et de Moosch, à l'aval, comme les petites vallées de Ranspach, de Saint-Amarin et de Willer, qui débouchent sur la rive droite de la Thur et rayonnent autour du Grand-Ballon, présentent aussi de petites moraines. Toutes les roches du bassin supérieur de chaque vallée sont représentées dans les moraines terminales. Dans les dépôts de la vallée principale on remarque des blocs et des galets de granit de différents grains, accompagnés de spilite, de mélaphyre, de porphyre, de syénite, de grès, de grauwacke, de grauwacke fine et schisteuse. Parmi ces blocs, les uns sont arrondis, les autres anguleux et à vives arêtes, répandus sur certains points en quantité énorme. L'état de parfaite conservation des granits permet de les fendre pour servir de pierres de taille dans les croisées et pour des ponceaux longs de deux mètres. Certains blocs sont grands comme des maisons. Combien l'aspect de la contrée était différent à l'époque où le grand glacier de la Thur descendait jusqu'au Wesserling, alors que les riants paysages actuels disparaissaient, sous des amas déglace et de neige ! Toutes les vallées des hautes Vosges, sur les deux versants de la chaîne, présentaient la même scènerie. Le glacier de la Moselle, en Lorraine, dépassait encore beaucoup en longueur et en puissance ceux du côté de l'Alsace.

 

Ces glaciers ont commencé à fondre vers -10 000. La présence de pin sylvestre (Pinus sylvestris), vers -10700/-9200 et -9170/-8740, s'intègre parfaitement dans la phase à pins et bouleaux. Elle confirme le début précoce de la colonisation des versants suite au réchauffement climatique de la fin du Tardiglaciaire, même si les conditions restent encore froides et sèches. La période de l'Holocène ancien (limite supérieure arbitrairement à la fin du Néolithique), est caractérisée par une absence ou une quasi-absence de traces d'anthropisation (modification du milieu par l’humain).

 

 

La Thur, dont la longueur est de 53,3 km, naît sur le versant occidental du Rainkopf, sur la commune de Wildenstein, à l'altitude de 1 200 mètres. Elle baigne notamment Saint-Amarin, Thann et Vieux-Thann avant de déboucher dans la plaine d'Alsace à Cernay. La Thur est une rivière fort abondante, comme l'ensemble des cours d'eau dévalant du massif vosgien, présentant des fluctuations saisonnières de débit assez marquées, comme bien souvent dans le bassin de l'Ill correspondant à la partie orientale du massif vosgien. Les hautes eaux se déroulent en hiver et se caractérisent par des débits mensuels moyens allant de 9,68 et 11,50 m3⋅s-1, de décembre à mars inclus (avec un maximum en janvier). Dès le mois d'avril le débit baisse nettement puis progressivement tout au long du printemps, et ce jusqu'aux basses eaux d'été qui ont lieu de juillet à septembre, entraînant une baisse du débit moyen mensuel allant jusqu'à 1,89 m3 au mois d'août, ce qui reste assez consistant. Mais les fluctuations de débit sont bien plus prononcées sur de plus courtes périodes ou d'après les années.

Pour se faire une idée de l'importance de ses débits, on peut les comparer à ceux d'un affluent de la Seine à l'Ouest de Paris, l'Eure (à Louviers), qui roule en moyenne 26,2 m3 sur un territoire de 5 935 km2. Le QIX 10 de l'Eure en fin de parcours vaut 96 m3 (contre 120 pour la Thur) et son QIX 20 se monte à 110 m3 (contre 140 pour la Thur). Ainsi malgré un bassin plus ou moins vingt fois moins vaste et un débit moyen de moins du quart, le volume des crues de la Thur est supérieur au volume de celles de l'Eure. La lame d'eau écoulée dans son bassin versant est de 781 millimètres annuellement, ce qui est près de deux fois et demi supérieur à la moyenne d'ensemble de la France tous bassins confondus, et près du double de la moyenne du bassin de l'Ill.

 

Le climat est de type tempéré semi-continental avec influence montagnarde. La partie Est du territoire appartient aux Hautes-Vosges qui, en dépit d’une altitude moyenne, connaissent un climat assez rude. Si l’on compare le massif vosgien au massif alpin les phénomènes climatiques sont les mêmes sur les hautes chaumes dans les Vosges (1000-1300 m d’altitude) que sur les alpages à 2500 m.

Trois facteurs introduisent des variations stationnelles : l’altitude (étages climatiques du montagnard, du collinéen et de la plaine) ; la topographie (par exemple, l’air froid coule le long des vallons et s’accumule en fond de vallée) ; l’exposition (différence de température de 1°C entre l’adret et l’ubac).

Sur les hautes chaumes, les courbes de températures sont voisines de celles d’Islande, avec une température moyenne de 3,4°C. à Kruth, le mois le plus chaud est juillet avec une moyenne de 15,7°C et le mois le plus froid est janvier (-1,6°C) tandis qu’au niveau de la plaine l’amplitude annuelle des températures est plus élevée (influence continentale). Les moyennes varient de 19-20° en juillet à 0-2° pour janvier. À Thann, la moyenne annuelle avoisine 9°C. Un phénomène d’inversion des températures d’hiver et de fin d’automne est caractéristique du secteur, aux alentours de la cote altitudinale 500. Les sommets bénéficient alors d’une température plus douce et d’un ensoleillement plus intense que la plaine, noyée dans le brouillard. Les Vosges sont le premier obstacle d’importance rencontré par les masses d’air océaniques venues de l’Ouest. Elles déchargent leurs pluies en grande partie sur le versant occidental du massif, notamment sur la crête Ouest du bassin intramontagnard de la Thur entre le Rainkopf et le Ballon d’Alsace. Les valeurs moyennes atteignent 2400 mm/an à Wildenstein et 2200 mm/an au lac de Sewen (précipitations parmi les plus fortes sur le territoire français en fréquence et en intensité).

L’enneigement est très variable selon les années. La neige est fréquemment persistante l’hiver au-dessus de 900 mètres. À Wildenstein (580 m), le nombre de jours moyen avec une couche de neige supérieure à 20 cm dépasse la vingtaine.

 

À l’échelle du Pays Thur Doller, la couverture forestière domine nettement. Près de 65% du territoire sont recouverts par des formations boisées. Dans ces régions, le climax, le type de végétation naturellement déterminé par l’altitude et le climat, s’exprime essentiellement sous la forme de boisements. Même si la végétation climacique peut encore être observée ça et là, l’influence humaine (guerres, défrichements pour l’agriculture, le pastoralisme ou l’urbanisation, sylviculture) a profondément modifié les forêts. Les forêts les plus naturelles offrent néanmoins de grandes possibilités d’accueil de la biodiversité et jouent un rôle écologique très important (régulateur du climat et de l’eau). La diversité d’essences, d’âge et de taille des arbres et la régénération naturelle assurent l’équilibre du climax.

À basse altitude, le domaine de la chênaie à chêne sessile puis de la hêtraie-chênaie à charme ; de 600 à 1000 m, le domaine de la hêtraie-sapinière ; de 1000 à 1200 m, le domaine de la hêtraie d’altitude.

La hêtraie-sapinière constitue le type forestier le plus représenté du massif vosgien. C’est un habitat particulièrement riche : l’avifaune est très diversifiée (Mésange boréale, Gélinotte des bois, Bec-croisé des sapins, Chouette de Tengmalm…), la grande faune y est aussi bien représentée (Cerf, Chevreuil, Chamois, Sanglier) et constitue l’essentiel du gibier chassé dans le Pays Thur Doller. Autre espèce emblématique, le lynx est un habitant discret des hêtraies-sapinières les plus préservées. Le lynx habitait la Gaule et la Germanie et de préférence les forêts de montagne : les premiers lynx parurent dans l’Empire romain avec les jeux que Pompéi fit célébrer pour les plaisirs de la population romaine ; ils venaient de Gaule. Ces forêts étaient également peuplées d’ours et de loups jusqu’à la fin du Moyen-Âge.

Au delà de 1000 m d’altitude, les conditions climatiques rigoureuses ne permettent plus que le développement de Hêtres rabougris et de quelques Alisiers blancs, Sorbiers des oiseleurs ou Erables sycomores. C’est le domaine de la Hêtraie d’altitude, une forêt qu’affectionne le Grand Tétras. Ce dernier, dont la survie dépend d’une grande tranquillité.

Le Pays Thur Doller compte de nombreux promontoires et éperons rocheux sur ses versants. Ces milieux localisés et de très faible superficie ne sont pas remarquables pour le nombre d’espèces qu’ils accueillent mais pour leur rareté. On peut y observer des Orpins et des Lycopodes, des insectes (orthoptères essentiellement) et des oiseaux inféodés à ces milieux (Grand Corbeau, Faucon pèlerin).

La ripisylve, la végétation arborée qui borde les cours d’eau du Pays Thur Doller, est plus ou moins continue et relativement étroite. La formation la plus répandue est l’aulnaie-frênaie.

 

 

Le tilleul (Tilia platyphyllos) apparaît à l’optimum climatique holocène, vers -5930/-5720. Cette espèce ne dépasse pas 900 m d’altitude actuellement dans les Vosges. Sa présence à 1050 m d’altitude témoigne de conditions plus clémentes que les conditions actuelles. De plus, il a été trouvé sur le versant adret (Ross 2), situation ensoleillée préférée par cette espèce ligneuse. Le tilleul ne se trouve pas en peuplement pur, mais il accompagne la chênaie mixte, avec Corylus, Fraxinus, Ulmus, Acer...

Au début du Néolithique, le massif forestier est donc continu, hormis quelques clairières supposées et l’anthropisation est faible.

Les vallées des Hautes-Vosges sont toutes perpendiculaires à la crête centrale et ne la traversent pas, de sorte qu’il n’y a pas de route naturelle d’Alsace en Lorraine à travers le massif. Les principales voies sont celles de Munster et de Saint-Amarin, où on ne compte pas moins de 8 portes d’entrée stratégiques sur le territoire du Pays Thur Doller : porte d’entrée Ouest depuis le Territoire de Belfort (routes D2, D110) ; porte d’entrée Sud-Ouest depuis le Territoire de Belfort (route N83) ; porte d’entrée Sud depuis le Sundgau (route D466) ; porte d’entrée Est de la vallée de la Thur depuis Mulhouse (route N66) ; porte d’entrée Nord-Est de la vallée de la Thur depuis Wittelsheim (route D2bis) ; porte d’entrée Nord-Est dans le Pays Thur Doller depuis Colmar (route N83) ; porte d’entrée Sud de la vallée de la Doller (route D466) ; porte secondaire d’entrée Sud depuis Burnhaupt-le-Bas (au niveau de la D103). Il est à remarquer que Saint Amarin est le plus court passage entre les villes de Gérardmer, La Bresse, et Mulhouse.

 

 

Le Néolithique (-5 500 à -2 000) est représenté, entre autres, par des polissoirs sur blocs ou parois de grès (qui auraient servi à polir des ébauches de haches) localisés en divers endroits du massif des Vosges du Nord. Dans la région de Rimling-Epping-Erching-Obergailbach (Moselle et Pays de Bitche) ont été découvertes 34 lames polies de haches ou d'herminettes. Les roches utilisées pour confectionner ces lames proviennent des Vosges du Sud (pélite-quartz de Plancher-les-Mines et schiste noduleux de Saint-Amarin et du Markstein), de l'Hunsrück-Eiffel (massif montagneux de la Rhénanie-Palatinat et de la Sarre : laves et roches volcaniques), et des côtes de Meuse (silex), ce qui indique des échanges avec des contrées lointaines. Les schistes pélitiques quartzeux vosgiens firent donc l’objet d’exploitations intensives durant un petit « âge d’or » de presque 3000 ans (-4 600 à -2 000), avec une production lithique qui se répandit dans les régions du Rhin inférieur, du Sillon jurassien et de Bourgogne et se poursuivit jusqu’à l’introduction de haches en métaux et alliages (cuivre, bronze).

 

La signification et la chronologie des dépôts de lames polies en France ne semblent pouvoir être appréhendées que par une mise en contexte, en particulier par rapport à un phénomène majeur de l'évolution sociale du Néolithique d'Europe occidentale : le transfert de lames polies en roches alpines (jadéite, éclogite...) depuis les Alpes internes jusqu'aux franges extrêmes de la façade atlantique (Portugal, Bretagne, Irlande, Allemagne du Nord et Danemark). La circulation des grandes lames polies en roches alpines à travers l’Europe occidentale, en raison de leur caractère sacré (et plus seulement en tant que haches d’apparat, de prestige ou de cérémonie comme le voulait un vocabulaire convenu) aurait profondément influencé les productions régionales de haches, comme dans le cas des carrières de Réquista (Aveyron), de Plancher-les-Mines, de Saint-Amarin ou bien des minières de silex à partir de -4 300. On remarquera le rôle central joué par les productions en éclogites. Elles constituent un ensemble cohérent de centres aux diffusions juxtaposées en périphéries desquels de nombreuses productions se placent en couronnes concentriques. Le phénomène est de portée générale au moins de la Méditerranée aux Vosges. Une telle hiérarchisation est reconnue dans d’autres centres à une échelle géographique plus restreinte : elle est claire dans les Vosges avec les carrières principales de Plancher-les-Mines et de petites exploitations telles celles de Saint-Amarin.

À feuilleter le catalogue des dépôts de hache et d'herminette sur le territoire français, on se rend compte que deux groupes d'objets s'excluent le plus souvent : d'un côté, les lames polies en roches alpines, de l'autre, les lames taillées et polies en silex. Cette opposition est certainement la conséquence d'une certaine diachronie, au moins pour les pièces de plus de 15 cm de longueur qui sont pratiquement absentes des habitats et qui doivent illustrer une valorisation sociale supérieure à la seule fonction technique de l'outil. On se fonde ainsi sur l'inventaire de 730 lames polies de plus de 15 cm de longueur pour proposer une interprétation argumentée du passage de l'outil en direction du symbole social pendant le -Vè millénaire et de ses conséquences sur l'évolution des exploitations de roches locales dans les Vosges et le Bassin parisien.

L’exploitation des matières premières en Alsace dans la seconde partie du Néolithique moyen et au Néolithique récent permet de révéler la circulation des matériaux utilisés dans l’élaboration de l’outillage poli dans la plaine d’Alsace. On distingue deux groupes de carrières situés en zone de petite montagne, à une vingtaine de kilomètres des zones d’habitats permanents. Ces exploitations regroupent les carrières de schistes noduleux de Saint-Amarin, reconnues sur environ un hectare, sur le flanc Sud du Markstein dans la haute vallée de la Thur, et les carrières de Plancher-les-Mines, en Haute-Saône, dont la plus importante couvre une surface d’environ six hectares.

 

La chaîne du Grand Ballon comporte de nombreux escarpements et affleurements rochers de granit ou de gneiss. Une veine rocheuse qui s'étend vers le Sud du Grand Ballon affleure en plusieurs rochers (Sattelfels, Bessayfels, Rondjeanfels, Rennebachfels, Gaerberhuttfels, Flafels, Ameisenfels, Brandenfels, ainsi que les rochers du Vieil Armand). Les roches de la partie Sud du massif vosgien sont volcano-sédimentaires d'âge primaire (Dévono-Dinantien et Viséen). On peut y observer trois séries : la série schisteuse et volcanique d'Oderen (englobant Saint-Amarin), du Viséen inférieur ; ensuite, la série schisto-grauwackeuse du Markstein (série allochtone qui chevauche celle d'Oderen-Bussang), du Viséen moyen ; enfin, la série volcanique de Thann ou de Thann-Giromagny (englobant Plancher-les-Mines), la plus récente (grauwackes du Viséen supérieur).

La roche de Saint-Amarin est un schiste siliceux graphiteux-charbonneux et argileux, à ocelles (nodules) ou pas, enrichi en silice au contact des granites intrusifs du massif du Hunskopf (1237 m, Metzeral dans la vallée de Munster). Cette série de schistes noirs siliceux alterne avec d’épais bancs de grauwacke (jusqu’à 10 m de puissance). Les sites du Mordfeldloch et du Finsterbach, à 840 m, étaient des carrières/mines néolithiques. Mordfeldloch est l’arrière vallon du Vogelbach, une rivière de quelques kilomètres qui prend sa source au pied du Hundskopf, à plus de mille mètres d'altitudes. Il passe au cœur du village et se love autour du château, avant de s'écouler vers la Thur avec laquelle il conflue par la rive gauche. Le Vogelbach, comme la Thur, est soumis à des sautes de débit importantes, lors des fontes nivales de printemps, voire à l'occasion d'orages. Le site de Finsterbach (« rivière sombre » ; un autre nom est Kattenbachyruntz) a livré des lames polies en roches noires vosgiennes, restes de débitage des blocs de grauwacke-arénite. Parmi les premières productions en roches vosgiennes au Néolithique ancien, les schistes noduleux vosgiens font partie des productions qui dominent près de leurs sources, mais qui ne diffusent guère de manière significative au-delà d’une centaine de kilomètres ; les roches tenaces noires vosgiennes font partie des productions qui peuvent fortement dominer près de leurs sources mais qui ne sont diffusées que sur de courtes distances, quelques dizaines de kilomètres au maximum. Elles témoignent d’un très haut niveau de savoir-faire qui suppose l'intervention sur le site, vers la fin du -Vè millénaire, de spécialistes déjà aguerris. Plusieurs arguments, dont l’importance des fronts de carrières et la gestion complexe des tonnes de déblais extraits, impliquent une exploitation collective de ces gisements dans le cadre de longues expéditions. On s'est appliqué à travailler sur des affleurements en place ou bien sur d'énormes blocs morainiques, car il n'est pas plausible, au Néolithique dans le Sud des Vosges, d'alimenter des transferts de longues lames à très grande distance à partir de dépôts secondaires alluviaux : en effet, les contraintes sociales tendent à privilégier le travail en groupe ; l'apprentissage et la transmission des savoir-faire exigent une très grande quantité de matière première ; l'intensité de la production est souvent en rapport avec la quantité et la qualité de la matière première disponible ; toutes conditions qui, dans les Alpes, ne sont pas - ou très mal - remplies par les gisements fluvio-glaciaires ou alluviaux. C'était là s'inscrire contre une idée classiquement admise pour les productions de lames alpines, sauf, bien sûr, pour ce qui concerne la production d'outils d'abattage de longueur faible ou moyenne.

 

Différents types de roches de qualité exceptionnelle sont utilisés dès le Néolithique ancien pour fabriquer des lames en pierre polie. Certaines productions proviennent de gisements exploités en carrière comme à Saint-Amarin et à Plancher-les-Mines. Les premières exploitations, entre -5 500 et -5 000, se relient à la diffusion de la céramique rubanée et aux outils caractéristiques de cette période de déforestation intensive : haches et herminettes. Des expérimentations réalisées par des archéologues ont montré que 10 minutes seulement étaient nécessaires pour abattre un frêne de 10 cm de diamètre avec une hache en pierre. Par contre, la durée d’abattage est d’1 à 2 heures pour un frêne d’un diamètre de 15 à 30 cm.

Les Hommes du Néolithique ont récolté en sites de carrières d’exploitation les roches métamorphiques du Viséen supérieur de la basse vallée de la Thur, entre Thann et Oderen (série de Thann, faciès Culm). Les blocs extraits sont mis en forme par taille et bouchardage. On utilise les mêmes outils que pour tailler le silex : des « percuteurs durs » en pierre, de poids et de dureté variables, et des « percuteurs tendres », plus élastiques, comme des andouillers de bois de cerf. Le bouchardage consiste à marteler les arrêtes vives résultant de la taille pour les émousser et gagner du temps au polissage. Il s’agit d’une technique efficace mais risquée : les petits coups répétés peuvent finir par faire éclater la pierre. Ces étapes sont réalisées dans les carrières, et seules les ébauches des futures lames sont ramenées au village. Le polissage consiste ensuite à régulariser l’ébauche pour obtenir un tranchant régulier. Le traitement du corps de l’outil n’est pas indispensable, bien qu’il améliore nettement sa résistance, mais ici la qualité intrinsèque de ces variétés rocheuses leur conférait une dureté et résistance au choc exceptionnelle. Selon la régularité de la pierre, la taille de l’ébauche et l’efficacité du polissoir, des dizaines d’heures peuvent être nécessaires pour obtenir un outil fini. Le matériel préparé sur place était ensuite exploité par deux principaux groupes d'habitats en Trouée de Belfort, à une journée de marche et dans le Haut-Rhin à une ou deux journées de marche.

 

L'étude de haches a permis de cerner les oppositions entre un monde danubien prédominant au départ et le monde alpin qui, sous des influences méditerranéennes, viendra modifier les critères de fabrication des haches vosgiennes. L’évolution technique et typologique des grandes lames polies a été remarquablement rapide pendant le Néolithique, car il s'agit avant tout d'un phénomène social. On a montré, à propos des carrières vosgiennes de Plancher-les-Mines et de Saint-Amarin que l'arrivée des longues lames polies à section ovalaire en roches alpines avait provoqué, vers le milieu du -Vè millénaire au plus tard, une véritable mutation des chaînes opératoires de fabrication, en particulier avec l'intensification du bouchardage pour transformer une lame taillée à section quadrangulaire en une lame polie à section ovalaire ; le souci d'imiter les produits issus de la zone alpine est ici évident, tandis que la production s'intensifie et que s'élève le niveau de savoir-faire pour des lames de plus en plus longues que l'on retrouve, à la fin du -Vè millénaire et jusque vers -4 000, associées dans des dépôts (Bennwihr au sortir de la vallée de Kayserberg et Sickert à côté de Masevaux parmi bien d'autres). L’étude de l’évolution chronologique des productions de Plancher-les-Mines montre en particulier l’impact des productions alpines dans la première moitié du -Vè millénaire, puis l’intensification progressive des diffusions vosgiennes qui oblitèrent les roches alpines en Suisse orientale et Nord-occidentale au début du -IVè millénaire. Les circulations de pélites-quartz vosgiennes de Plancher-les-Mines augmentent fortement entre la seconde moitié du -Vè millénaire (groupes de Roëssen) et le premier tiers du -IVè millénaire (Néolithique moyen Bourguignon), pour vite décroître ensuite. Ces pélites métamorphisées furent diffusées en nombre (plus de 50 % des lames polies) vers la Bourgogne orientale à l’Ouest et sur l’axe rhénan à l’Est, soit près de 200 km maximum (au-delà, leur présence devient vite anecdotique). C'est d'ailleurs, semble-t-il, la remarquable aptitude des tailleurs de Plancher-les-Mines et de Saint-Amarin à produire des lames de vingt centimètres de longueur et plus qui permettrait d'expliquer le succès social des échanges à longue distance, y compris dans la région du lac de Constance, de Zurich et de Neuchâtel où les villages producteurs de haches polies en roches alpines locales se mettent en position d'importateurs de lames exogènes bien plus longues que celles qu'ils fabriquent habituellement. L'exploitation maximum se produit vers -4 000/-3 800 avec les exportations à longue distance. De nouvelles entités contrôleront ces échanges, communautés agricoles des régions de Belfort et Montbéliard puis sociétés du Néolithique moyen bourguignon. Au plus fort de la production, au début du -IVè millénaire, la taille et le bouchardage sont réalisés dans les habitats de la Trouée de Belfort. Des ébauches pouvaient être échangées aussi bien que les produits finis, dont certaines spécialités comme les ciseaux nécessaires au mortaisage des manches de haches. On note l’existence, au sein de la catégorie archéologique lame en roche tenace polie, d’objets dont l’usage comme lame de hache n’est pas certain. Le fait a été pointé depuis longtemps par les lithiciens du poli qui ont isolé ce qu’il est convenu d’appeler des ciseaux. Il s’agit de lames polies qui se distinguent par leur forme, avec des bords parallèles et un allongement important, quelle que soit leur dimension. Les ciseaux en pierre polie sont connus en particulier dans le monde danubien (certaines lames de herminette en forme de bottier répondent à cette définition), en Bretagne, dans les productions en roches vosgiennes et en roches alpines. L’étroitesse de leur fil de tranchant et leur relative fragilité due à l’allongement du corps permettent de douter qu’ils puissent être utilisés en percussion lancée. L’appellation de ciseau, par analogie avec les outils de métal, renvoie à un fonctionnement en percussion posée, directe ou indirecte.

La discussion engagée à propos des circulations de roches noires vosgiennes dans la Trouée de Belfort et le Jura a conduit à mettre en corrélation l’avènement des enceintes et des camps fortifiés au Néolithique moyen II et le contrôle des productions des carrières vosgiennes proches. Mais la relation causale n’est pas établie car les réseaux de diffusion sont en place avant la construction de ces sites défendus.

 

Si la hache était un instrument fonctionnel son rôle comme instrument symbolique est aussi primordial. Il donne même lieu à des thésaurisations (dépôt de Bennwihr). Ce rôle cérémoniel amène à évoquer celui des haches carnacéennes de Bretagne fabriquées à partir des omphalites du Val d'Aoste et de Cervin et celui des imitations en matière de remplacement.

Le déclin des ateliers de grandes haches se produira au Néolithique final avec l'utilisation, plus pratique pour l'agriculture, de petits modèles utilisant de nouveaux modes d'emmanchement comme les gaines de cerf. Lorsque s'estompe la demande pour ces lames socialement valorisées par leur longueur exceptionnelle, les échanges à longue distance se raréfient progressivement pendant la première moitié du -IVè millénaire ; la production de Plancher-les-Mines décroît, en même temps que diminue la qualité des savoir-faire ; durant cette période de récession des carrières vosgiennes, on ne connaît plus aucun dépôt de haches en pélite-quartz ou en schiste noduleux, encore fabriquées, mais en faible nombre, dans les deux carrières du Sud des Vosges pour une consommation uniquement locale.

 

Malgré les apparences, définir la hache néolithique n’est pas aisé. On peut argumenter l’idée que la hache, qui est une invention mésolithique, est l’objet d’une véritable refonte au Néolithique, matériellement basée sur une cristallisation de techniques autour d’un concept d’outil, et ce dès le début de cette période. Il convient donc de replacer de manière plus précise la hache néolithique dans son contexte social. L’association entre lames de hache et bracelets se retrouve à propos des anneaux-disques irréguliers alsaciens et des lames de hache vosgiennes dans la culture de Roëssen.

La hache de pierre a donc eu un double rôle au début du Néolithique : faire reculer la forêt et offrir une nouvelle gamme d'objets de prestige (en Alsace, on les retrouve souvent dans des tombes masculines). Ceci se produit dans le cadre de déterminismes environnementaux favorables et de phénomène de croissance démographique, deux conditions qui s'atténueront au Néolithique final. Ce cas régional concerne des carrières qui alimentent les échanges à 200 km à vol d'oiseau. 11 apparaît que les formes de production y sont étroitement corrélées à la montée en puissance, puis au ralentissement d'échanges à très longue distance portant sur des longues haches et herminettes en roches alpines, et à l'accumulation de ces objets dans des dépôts, une forme de destruction des richesses ; en d'autres termes, on a adopté, puis abandonné certaines interprétations des outils de pierre polie, qui deviennent momentanément surdéterminés par rapport à leur efficacité technique et peuvent fonctionner alors comme de véritables marqueurs des différences de statut. On a suggéré d'ailleurs que les échanges, à l'échelle de l'Europe occidentale, de longues lames polies en roches vertes translucides d'origine alpine pouvaient avoir été le déclencheur d'évolutions techniques régionales, avec la multiplication des minières pour la production d'outils d'abattage, à l'instar des carrières de Plancher-les-Mines pour la pélite-quartz. L'opposition reconnue entre les dépôts de lames polies alpines et les dépôts de lames polies en silex irait très bien en ce sens.

 

 

Sur les sommets les indices de présence humaine sont ténus. 20 km au Sud-Ouest de Saint Amarin (5 heures de marche), on a trouvé des traces de débitage lithique du Néolithique au Chalet Bonaparte à Lepuix. À la même distance au Sud, le site de Vieux Château, à Rougemont-le-Château, a livré de l’outillage néolithique.

Plus proche, à quelques kilomètres, le Treh de Fellering a livré une hache en pierre polie du Néolithique alors qu’on a découvert au Tulberg, près de l'ancien lac de Fellering, une lame de jaspe du Néolithique ou de la Protohistoire.

Oderen, en aval de Kruth et en amont de Fellering, idéalement situé à l'intersection de la haute vallée de la Thur en direction du Col du Bramont et de la petite vallée menant par Urbès au Col de Bussang, est connu depuis le Néolithique par une présence humaine. En effet, dans l'étang du Maerel, on a découvert des restes de pilotis, preuves d'habitations lacustres préhistoriques (Pfahlbauten, palafittes). On rappellera que le col d'Oderen est un passage secondaire du massif vosgien entre la vallée de la Moselotte en Lorraine et la vallée de la Thur en Alsace. Culminant à 884 mètres, il est d'accès facile.

On note des occupations du Néolithique au débouchée de la vallée, à Aspach-le-Haut, Roderen, Niedere Heiden à Leimbach, Brandwaldkopf à Vieux-Thann entre autres.

 

 

Dans le massif du Rossberg, entre Masevaux et Saint-Amarin, l'anthropisation devient de plus en plus perceptible après le Néolithique final (seuls le Bronze final et le deuxième Âge du Fer de La Tène apparaissent de façon significative). Les périodes du Bronze ancien et du premier Âge du Fer sont absentes, ce qui met en évidence certaines fluctuations dans l'anthropisation du milieu.

Contrairement à la plupart des autres sols de la région, ceux du Pays Thur Doller sont pauvres en calcaire : leur pH est globalement acide. Cette situation détermine à la fois la végétation qui s’y exprime spontanément et des contraintes du point de vue agronomique. Les sols du milieu montagnard sont majoritairement des sols acides : la hêtraie sapinière se trouve essentiellement sur des sols acides podzoliques à ocre-brun. Les sols de l’étage montagnard supérieur sont assez similaires et la dominante est toujours l’acidité des sols. Sur les chaumes on trouve des sols noirs très riches en humus, notamment sur les chaumes primaires. Les fonds de vallée sont constitués de sols alluviaux récents (quaternaire). Les sols sur roches volcaniques sont des sols bruns acides à podzoliques, localement andosoliques, issus de l’altération des arènes volcano-détritiques. Ce sont des sols sableux riches en éléments ferro-magnésiens et aluminium et généralement peu profonds. Les sols de piémont correspondent au domaine du vignoble. Ils varient du sol brun acide limono-sableux, légèrement caillouteux et riches en silice, aux sols argilo-limono-sableux très hydromorphes et dont le pH peut être légèrement acide à légèrement basique. Les sols de loess et de lehm-loess sont généralement limoneux et non hydromorphes. Leur pH, basique, varie en fonction de la carbonatation (les lehms sont les lœss décarbonatés). Les sols des alluvions des rivières vosgiennes ne sont jamais calcaires et leur pH est acide. Ce sont des sols caillouteux, à nombreux galets, de texture sableuse. Leur hydromorphie peut être élevée. Sur les alluvions anciennes et récentes correspondantes à d’anciens bras morts ou à des cuvettes, des sols récents limono-sablo-argileux se disposent en placages. Ils sont riches en matière organique, très hydromorphes et très peu perméables. Ils peuvent être facilement inondables.

Sur les sols acides du milieu montagnard, le facteur topographique, prioritairement, rend difficile l’exploitation de ces sols. Majoritairement acides, ils correspondent à une occupation forestière dont le type est déterminé surtout par l’altitude. Ils se caractérisent le plus souvent par un faible pouvoir de rétention de l’eau qui les rend impropre à l’exploitation agricole. Les sols des Chênaies-Charmaies mésophiles (sols bruns à Mull, riches en fer) de la vallée de la Doller sont les plus fertiles du milieu montagnard mais sont trop peu épais pour permettre une véritable mise en culture.

Dans les vallées, les sols des alluvions des rivières vosgiennes sont composés d’alluvions récentes (sables argilo-limoneux), acides et riches en galets. Ces caractéristiques principales rendent leur potentiel agronomique très limité : le caractère acide entraîne la nécessité d’un amendement calcique qui serait lui-même rendu inefficace par les risques importants de lessivage (sols caillouteux). Les sols des vallées restent alors couverts par les prairies de fauche.

 

Les deux vallées de la Thur et de la Doller comptent des tourbières lacustres ou marécageuses (lac de Sewen, See d’Urbès) ainsi que des petites tourbières d’altitude. Les tourbes immergées se développent au fond des lacs Vosgiens comme dans la plaine d'Alsace, le long de la Moder, de la Lauter, sur les bords de la Moselle inférieure et, de ses affluents, où on les exploite comme combustible à l'intérieur des anses découpées dans l'alluvion ancienne. À elle seule, la tourbière d'Urbès, dans la vallée de la Thur, offre 20 à 30 hectares de tourbe compacte ou bourbeuse d'un même tenant.

Ces milieux abritent encore des espèces rares qui en font des sites d’intérêt majeur. Outre les végétaux inféodés à ces milieux (Sphaignes, Comaret des marais, Laîches, Linaigrette), on y observe aussi des espèces patrimoniales (Butome en ombelle, Droseras…). Ces sites accueillent également une faune remarquable, notamment des mammifères (Castor, Rat des moissons) et oiseaux (Bécasse des marais, Sarcelle d’hiver), mais aussi des amphibiens (Rainette verte) et reptiles (Couleuvre à collier, Coronelle lisse, Lézard des souches).

 

 

Le charbon de Fagus sylvatica daté de -4488/-4347 s’inscrit dans la période de développement de la hêtraie-sapinière, qui correspond à la phase de déclin de la chênaie mixte et du coudrier. Le hêtre apparaît de manière significative à partir de -4940/-4580 au pied du Hohneck à la source de la Moselotte. On soulignera la bonne corrélation de cette extension avec l'anthropisation du milieu. En particulier, l'extension et le développement de l'agriculture seraient en cause dans les "perturbations" de la composition forestière, l'Homme y favorisant le développement du hêtre.

La présence du noisetier (Corylus avellana) vers -2460/-2200 (fin du Néolithique final) peut s’expliquer de différentes manières. Cette espèce héliophile se trouve préférentiellement soit dans des faciès forestiers très ouverts, du type forêt naturelle ouverte ou clairière naturelle, soit dans des faciès arbustifs de (re)colonisation, tels que d'anciens pâturages abandonnés ou des friches. Vers -2460/-2200 la forêt est déjà largement reconstituée. Dans un contexte non perturbé par l’action anthropique, on pourrait trouver du noisetier à proximité de chablis ou de chandelles, comme c’est le cas actuellement dans un secteur du massif du Rossberg occupé par une forêt en voie de naturalisation (elle n’est plus exploitée depuis au moins 250 ans), où il est abondant. Mais sa présence pourrait aussi correspondre à une exploitation du milieu par l’Homme dès le Néolithique final. La carbonisation, dans un contexte non favorable aux incendies naturels, plaide en ce sens.

Les deux massifs du Hohneck (vallée de Munster) et du Rossberg s'opposent : les périodes ancienne et récente n'ont pas de modes identiques d'exploitation des milieux, qu'ils soient pastoraux ou forestiers. Les périodes de feux apparaissent au Bronze ancien et au Hallstatt (plus le Bas Moyen Âge) au Hohneck, alors qu'elles apparaissent aux périodes du Bronze final et de La Tène (plus le Haut Moyen Âge) au Rossberg. Si ces oppositions témoignent bel et bien de la perte de sensibilité climatique, elles ne sont pas pour autant aisément explicables. Elles attesteraient de l'influence locale des populations, et non d'une influence régionale des modes d'exploitation des pâturages.

 

On remarquera une pierre étonnante sur les hauteurs du Marksteinkopf, qui domine le Florival et la vallée de la Thur, du haut de ses 1241 mètres. Cette éminence est la plus élevée entre la station dite du Markstein (nom allemand des menhirs et autres pierres de marquage/bornage de territoire) et le Grand Ballon en suivant la route des Crêtes qui les relie. Il s’agit d’une somptueuse stèle pyramidale de la « Grande Déesse » qui est là, intacte, depuis des millénaires. Cette pierre pyramidale est en grauwacke local, pierre qui est réputée pour sa dureté et sa très faible réactivité aux agents extérieures. Même si elle n’est pas facile à travailler, sans métal, les arêtes vives et intactes révèlent la parfaite connaissance des carriers de l’époque de l’ancienne Europe. La hauteur est de 210 centimètres, la plus grande largeur de 225 centimètres et l’épaisseur de 130 centimètres. Le déhanchement plus accusé est respecté et est situé sur le côté gauche de la stèle. La face tournée vers le Nord porte une grande échancrure semi-circulaire bien visible. Il semble que le fil de la pierre a déterminé l’angle et la forme du collier. Cette pierre dégage une grande force et semble bien là pour défier d’autres millénaires. Sa signification exacte en ce lieu précis est difficile à élucider même si on reconnaît l’intention de bien marquer, jusqu’aux sommets, la croyance. La face ornée, tournée exceptionnellement vers le Nord, pourrait être en relation avec le "cairn" du Klintzkopf (cinquième sommet des Vosges avec 1 330 mètres d'altitude, la montagne est le siège de la plus haute forêt d'Alsace et du massif des Vosges) dont la masse est bien visible.

 

On ne connait pas vraiment le nom des premières peuplades qui ont vécu dans cette région, toutefois, il paraît que de ces habitants préhistoriques les Basques (Vascones) seraient les premiers qu'on puisse nommer.

Les historiens qui admettent cette possibilité, interprètent le Vogesus Mons comme la « montagne des Basques ». Aussi le Wasgenwald, Wasgau, Wasigenstein rappelleraient la présence des Vascons dans les Vosges. Ils auraient été refoulés par les Ligures, ceux-ci par les Gaulois et les Gaulois romanisés par les Alamans. Dans cette succession de peuplades, les conquérants ont conservé certains noms de lieux et de lieux-dits de leurs vaincus, comme le prouve donc la toponymie d'Oderen (nom gaulois Altodurum qui veut dire « refuge fortifié sur une hauteur » : ce monticule haut d'une centaine de mètres domine le village avec aujourd'hui, en lieu et place du Fort, la belle église qui le surplombe) et de ses environs. Oudrenne (Moselle, près de Sierck-les-Bains et de Thionville) est cité pour la première fois lors de la création en 932 de la paroisse sous le nom d'Udera. Ce toponyme signifiant « Eau Vive » n'est pas un toponyme germanique. Il est possible qu'il soit celte car on peut rapprocher Udera du mot breton actuel dur signifiant « eau ». Il est même probable qu'il s'agisse là d'un toponyme préceltique, c’est-à-dire pré-indoeuropéen, à s'être maintenu en Europe occidentale. De même, le Gumm ou Cumm dérive du préceltique camb qui est devenue cumba en gaulois et « combe » en français et qui désigne des dépressions, des vallons en forme d'auge, de cuve.

 

 

La Protohistoire (-2 300, à partir de l’Âge du Bronze) constitue une phase d'anthropisation croissante au cours des trois derniers millénaires, dans des proportions jusque là ignorées. Sur le Rossberg alternent des phases de défrichements et des phases pour lesquelles on n’a aucune trace de ces actions.

Au Bronze ancien (-2 300 à -1 600), on note l’absence de défrichements et/ou de défrichements par le feu, reflétant une faible pression anthropique ou sa diminution sur le milieu. Cette hypothèse peut paraître valable pour les périodes les plus anciennes citées, les pressions exercées restant dans de faibles proportions.

 

C’est durant la période du Bronze moyen/final (-1 600 à -800) qu’on remarque clairement la première phase de défrichements par le feu.

On notera au passage que le Pays Thur Doller recèle (ou recelait) de nombreux gisements minéralogiques. Malgré un grand nombre de mines ouvertes, les productions restèrent relativement limitées. Leur répartition est très hétérogène, cependant des mines ont été importantes dans la vallée de la Thur et ont été exploitées jusqu’au début du XXème siècle : par exemple, celles d’Urbès, de Moosch ou de Fellering. On y exploitait notamment de l’argent. À Kruth, on exploitait entre autres le cobalt-nickel. De nombreux autres sites, plus disséminés ont été répertoriés : Bourbach-le-Bas et Bourbach-le-Haut (fer), Dolleren (fer et cuivre), Wegscheid (argent, cuivre), Sentheim (houille), Oberbruck (fer), Moosch (argent)…

Ranspach, dont la présence d'une voie atteste le passage de populations sur le territoire dès l’Âge du Bronze, était alors formé de fermes isolées, d'où le nombre élevé de ses annexes actuelles. Jouissant d'un ensoleillement très favorable, Ranspach offre la richesse de son environnement immédiat : sentier botanique, panorama du Koestel, fraîcheur de la cascade du Bruscher ou encore ombrage des sentiers de randonnées qui montent jusqu'au Markstein.

Le Bronze final (-1 300 à -800) correspond très certainement à la première période de défrichements des chaumes du Rossberg. En attestent les charbons d'Acer pseudoplatanus et Fagus sylvatica datés respectivement de -1430/-1110 et -1220/-1000. L'érable est globalement très faiblement représenté. Cela peut être lié à la très faible production en pollen (plus faible que celle des autres arbres du Nord de l'Europe).

 

À Wildenstein, à la cascade du Heidenbad, la Thur se jette du haut d'un de ces rochers. La Thur prend sa source au pied du Rainkopf à 1200 mètres d'altitude. Elle dévale la vallée avec une pente de 16 % jusqu'à cette cascade. À cet endroit, elle fait une chute de vingt-quatre mètres dans le vide. La cascade du Heidenbad qui pourrait être traduit par la cascade du « bain des païens » tire son nom des marmites de géants présentes le long de la chute d'eau. Les nombreux bassins peu profonds existant en amont de la cascade ont également dû jouer un rôle dans l'origine du nom. Les marmites de géants se forment dans les torrents. Après avoir creusé une légère dépression dans un rocher, l'eau y fait tournoyer des galets ou des blocs de pierre. Ces galets creusent petit à petit la dépression pour former une cuvette. Au bout de quelques centaines ou de quelques milliers d'années, la cuvette ressemble à une marmite de plus en plus profonde. Certaines marmites de géants atteignent des diamètres de plusieurs mètres. En Dordogne à proximité du village des Moustiers existent des marmites ayant des diamètres de quatre à cinq mètres et des hauteurs de plus de quinze mètres. Ces marmites ont fini par percer la falaise. À la cascade du Heidenbad, elles sont bien plus modestes et sont même difficiles à voir. La végétation empêche une vision claire depuis le haut de la cascade.

En partant de la cascade du Heidenbad, avant le lac de Kruth, on arrive à la cascade du Bockloch. Sur la rive droite du lac de Kruth-Wildenstein, le torrent du Bockloch dévale la pente depuis le col du Bockloch. Le long de cette pente, il se jette par deux fois dans le vide avant de terminer sa course dans le lac. Bockloch pourrait être traduit par le « trou du bouc », l’animal du dieu du tonnerre Thor.

 

En montant par la voie du col de Bussang, dans la vallée d'Urbès, on peut visiter, sous les escarpements qui relient, comme une suite de falaises, le chaume du Rouge-Gazon à la Tète des Neuf-Rois, la grotte appelée par les montagnards voisins « Cuisine du Diable » ou Teufelsküche : après une heure d'ascension depuis le pont de Bruckenbach, on arrive dans cette grotte qui a 10 m de profondeur sur 2 à 3 m d'élévation à l'entrée. Elle paraît avoir été ouverte de main d'homme entre deux bancs de grauwacke. Dans la profondeur, quand on éclaire la caverne, on découvre un trou de sonde. Le trou doit évidemment son origine à des recherches de minerai. Pas la moindre trace de métal d'ailleurs, non pas d'or ou d'argent, mais seulement de cuivre ou de fer, quoiqu'il y ait eu des mines de fer dans le vallon voisin. Telle qu'elle est, la grotte peut servir d'abri contre la pluie et les intempéries. De l'entrée de la caverne il y a une belle échappée de vue sur le massif du Grand-Ballon, dont la tète se dresse au-dessus des cimes voisines du Storckenkopf, du Treh, du Mordfeld, du Hahneborn, du Molkenrain. Au premier plan, on a en face le cône du Darain, boisé entièrement de haut en bas. Wildenstein, par contre, se trouve à 10 kilomètres au-dessus de la jonction de la vallée d'Urbès avec la grande vallée de la Thur.

On remarque également le mégalithe naturel du Kœnigstuhl (« la chaise du roi ») à Fellering, un rocher érodé en forme de siège.

 

À Oderen, plus haut que la rue Dürrembach se trouve deux groupes de maisons appelés « Klein-Cosch » et « Gross-Cosch ». On fait dériver ce terme de la racine indo-européenne Kukk ou Cucc. Dans les Alpes, il y a de nombreux Cosges et dans le Midi de multiples Cuges tous situés, sans exception, sur des élévations et l'on sait que la rue Dürrembach monte considérablement pour atteindre le Tschar. En continuant ce chemin du Cosch on arrive justement au Tschar. Ce racine kar est aussi d'origine pré-indoeuropéenne et désigne un lieu pierreux. De la même racine est formé le toponyme Altscher : Al en indo-européen veut dire « hauteur » et Al-Tschar devenu Altscher est une hauteur rocailleuse au-dessus du village. On trouve ce détail dans le nom des Kalafelsen qui forment un grand massif de rochers au Nord du Suterlay. Les Alamans qui ont constitué ce doublet kalafelsen ne pouvaient pas savoir que Kala et Felsen désignent la même chose. Du radical Kala (Cala) provient le terme Calamis abrégé en calm qui est devenu Schalm à Oderen et désigne un « terrain pierreux » près du Hintergott. De calamis s'est formé le terme Chaumes, nom appliqué aux « pâturages pierreux » des Hautes-Vosges.

Les hautes chaumes sont, traditionnellement, les pâturages sommitaux. Au-delà de 1100 m, les ligneux ne sont plus capables de résister aux conditions climatiques et cèdent leur place à des landes à végétation basse où dominent la Myrtille et la Callune. Ce sont les chaumes primaires, qui constituent un des seuls milieux ouverts climaciques non aquatiques de ces régions. On les retrouve au Grand Ballon, du Rothenbachkopf au Batteriekopf et sur le Ballon d’Alsace. Ce milieu naturel primaire est extrêmement rare en Europe et également très vulnérable. Les chaumes secondaires, à moindre altitude, sont largement majoritaires sur ces crêtes. Elles résultent du défrichement et se sont maintenues grâce au pastoralisme. Leur valeur écologique n’en est pas moins capitale. Ce sont essentiellement des pelouses sèches (Arrhénathérion et Polygono-Trisetion). Le Treh est une de ces chaumes. Son nom a comme base le pré-indo-européen tr ou ter ; tritus en latin et tresk en pré-germanique en viennent les termes Tresk qui est devenu dreschen et veut dire « battre, abattre, faire un abattage, une coupe ». Trêh désigne donc un défrichement. On sait que les crêtes des Vosges étaient autrefois boisées et furent dénudées peu à peu par le rude travail des éleveurs pour en faire des pâturages d'été.

 

 

Le premier Âge du Fer d’Hallstatt (-800/-750 à -450) constitue une période pour laquelle on n’a pas de datation de charbon. L’absence de défrichement pourrait être corrélative d'une faible pression anthropique ou de sa diminution sur le milieu.

L’absence de défrichements pourrait aussi indiquer l’utilisation d'un milieu ouvert précédemment et suffisamment entretenu durant ces périodes. Des défrichements complémentaires ne s'avèrent donc pas nécessaires dans ce cas. Toutefois, les vitesses d'enfrichement pouvant être rapides, inférieure au siècle (les exemples les plus flagrants en sont la période actuelle et la période La Tène-Antiquité), une pression anthropique constante au cours du temps serait nécessaire pour maintenir ces espaces ouverts, ce qui paraît peu probable.

 

La périodes du deuxième Âge du Fer de La Tène (-450 à -50) marque la deuxième phase de défrichements et réouverture de pâturages, mal entretenus ou abandonnés, puis remis en état par brûlis. L'existence de pâturages préalablement à cette période est certaine. Trois charbons de genévrier commun (Juniperus communis) ont été datés de -380/-180, -240/-50 et -210/-40. La présence de cette espèce pionnière, atteste : de l’existence des chaumes depuis au moins le deuxième Âge du Fer ; que celles-ci subissent une phase d’abandon ; suivie d’une réouverture délibérée par le feu.

L'antériorité de l'existence des pâturages à la période de feu ne fait que peu de doutes, d'une part au vu de l'écologie du genévrier, espèce envahissante typique des prés sous-pâturés, d'autre part de part l’existence de défrichements au Bronze final. La présence de frêne (Fraxinus excelsior) sur le versant Est du Thanner Hubel à la même période que les charbons de genévrier pourrait traduire : soit la présence initiale d'une hêtraie-sapinière accompagnée éventuellement de chêne, d'aulne, etc, dans laquelle le frêne est toujours disséminé (cette forêt aurait été défrichée à cette date) ; soit l’existence d’un terrain ouvert abandonné, mais en conditions d’ubac. Le frêne, qui aime la fraîcheur et l’humidité, y aurait alors joué un rôle de pionnier.Le frêne est aussi connu pour offrir un bon fourrage pour les animaux ; il pouvait être employé à des fins d'émondage (couper les branches d'arbres ou de haies pour le fourrage des animaux) ou de pâturage sous forêt.

 

 

La vallée de la Thur occupe une position remarquable, au carrefour de deux axes de circulation, le principal étant matérialisé par la nationale 66 qui relie Mulhouse au Sud vosgien, le secondaire remontant vers Oderen, Kruth et la route des Crêtes. Le long de ces chemins, au sein de la montagne, des groupements se sont formés. Les bords de la Thur et de la Moselle que remonte la voie de Bâle à Metz, comptent au moins quelques noyaux d'une population déjà considérable en aval.

La rue à l'Ouest de la place d'Oderen s'appelle la Gort. Ce toponyme a comme racine Gher/Ghor devenu chortos en grec, hortus en latin et cort en celtique et qui signifie « enclos » d'un lieu fortifié. Ce refuge défensif se trouvait sur le monticule abrupt portant désormais l'église et le cimetière, le tout entouré par un mur solide et certainement fortifié. Lorsque l'on traverse le pont à la limite de la rue de la Gort, on arrive à un groupe de maisons appelé Ritscha. Ce toponyme est formé du gaulois ritu ou rit qui désigne un « gué ». Le passage a été utilisé avant la construction du pont sur la Thur. L'autre composé de Ritscha est le celtique caé qui veut dire « maison » et est devenu Tschar. Le Ritscha est donc le « hameau près du gué ». Au-dessus du Tschar on aperçoit un petit monticule arrondi et symétrique sur lequel se trouve un arbre, le Gummkopf : Gumm a comme base celtique cumba qui signifie une « dépression en forme d'auge ».

Le Grieb est une formation gauloise qui se dit d'un terrain rocailleux et d'où provient le mot gravas ou grève que l'on trouve en Grébimont (Steinberg à côté du Petit Ballon) et Grébur (plateau pierreux) dans les Vosges et au-dessus de Kruth avec le Griebkopf. Le Ritle peut avoir pour base le terme gaulois rit qui veut dire un « gué » ou un « passage ». Le passage étroit entre le Schlossberg et le Wingwald est devenu le Rittle. Le Tschage ou Tschagé est une élévation morainière modeste mais allongée près du pont de Kruth provenant d'un mot gaulois cagio devenu « quai » et « chais ». Le Winderong est un composé gaulois de vindo qui veut dire « blanc » et « de rang » que les Vosgiens prononcent rong et qui désigne une forte pente. Le Winderong est donc une hauteur longtemps couverte de neige et assez abrupte au-dessus du village. D'où provient également le Winderge qui est un champ blanc et qui pour le Rundche/Runsche est le Rondchamp Vosgien. Le Duntle peut provenir de Dumetellum composé du latin dumetum qui se dit d'un terrain défriché autrefois très broussailleux. Le Kimene provient de la racine gauloise camino prononcé kimené par les Vosgiens, ce qui signifie « chemin ». Les Kimenematten sont des prairies traversées par un chemin. Le Strass provient du celtique strath et du latin stratum qui se dit d'une étendue plane mais aussi d'une voie rendue plate par la pose de dalles. Le Schaffert est l'abréviation de Schafhürde qui veut dire le « parc des brebis ». Le village de Wildenstein a pris son nom du mont-îlot voisin. Le Schaffert se situe très au dessus du village de Kruth. La Werschmatt au-dessus de la chapelle St-Nicolas est la prairie des Värsen ou Kalbinen qui signifie « les génisses ».

Le Bitscha dérive du latin bestia qui veut dire biche en gallo-romain. Le Bitscha est le ruisseau de la biche comme à St Amarin où l'on trouve le Hirschebach (« rivière du cerf »). Le Hirschenbach de Saint-Amarin est un ruisseau de quelques centaines de mètres qui prend sa source à 500 mètres d'altitude et se jette dans la Thur par la rive droite. Il tire sa notoriété locale par le bûcher de la Saint-Jean qui domine son vallon. La crémation des bûchers est une coutume ancestrale dans les villages de la vallée, liée aux Ballons et au culte du solaire Belenos. Avec les festivités qui entourent l'embrasement du bûcher, on célèbre ainsi le solstice d'été.

 

 

Un piton rocheux, pareil aux monticules du Marlen, du Bierenkopf et de l'église d'Oderen, remarquables pour les géologues à cause de leurs moraines par obstacle, surgit de nouveau au milieu de la vallée entre Krüth et Wildenstein. Plus élevé que tous les autres, ce piton de nature granitique atteint 705 mètres d'altitude et porte à son sommet les ruines d'un ancien château féodal.

Sur le Schlossberg (« montagne qui ferme »), le site du château de Wildenstein (Wing, transformé en Wild-, peut provenir de winden/wenden et se dit de l'élargissement d'un chemin carrossable mais étroit) a livré des tessons de céramique probablement de la période de La Tène (-500 à -50). La question d’une implantation plus ancienne sur le site est envisageable. Kruth est situé dans la haute vallée de la Thur, en contrebas de la route des Crêtes. Elle est située au pied du Markstein (1 266 m) et du Grand Ventron (1 204 m : plus au Sud de 500 mètres se trouve le Petit Ventron qui culmine à 1 155 mètres d'altitude). Kruth est également un carrefour de voies de communications routières vers Cornimont et La Bresse dans les Vosges d'une part et vers Thann et Cernay d'autre part.

 

Non loin de là, le col de Bussang était franchi par une route stratégique importante : un poste fortifié en défendait l'accès. Il se trouve sur la voie romaine secondaire qui va de Trèves, Metz à Augusta Raurica (actuellement en Suisse près de Bâle). Les voies romaines ont souvent repris et amélioré les routes gauloises déjà existantes, c’est le cas de la jonction entre les Leuques (gaulois du Centre-Est de la Gaule, ayant pour capitale l'oppidum de Nasium à Boviolles, Meuse) et les Séquanes (occupant un vaste territoire correspondant aujourd'hui à la majeure partie de la Franche-Comté, entre la Saône, la Bresse, le Jura, les Vosges et le Sundgau) ou Lingons (l'un des plus anciens peuples gaulois : situé entre les bassins parisien, rhodanien et rhénan, le territoire originel reconnu des Lingons couvrait à sa plus grande extension un espace d'environ 18 000 km2 se partageant entre une partie de ceux des actuelles régions Champagne-Ardenne, Bourgogne, Franche-Comté et Lorraine) par la haute Moselle. Il s’agit d’une via vicinalis, voie secondaire, qui se détache à Illzach, en latin Uruncis, de la via publica, voie romaine principale Argentoratum/Strasbourg – Vesontio/Besançon pour entrer dans la vallée de la Thur et franchir les Vosges au col de Bussang. La voie de la Moselle poursuit vers Letraye, Vécoux, Remiremont et sort des Vosges pour rejoindre une autre via publica : Lugdunum/Lyon - Augusta Treverorum/Trèves par la capitale des Lingons, Andemantunnum/Langres.

 

 

Les dates de l’époque gallo-romaine sont en relative continuité avec La Tène, même si une durée de 150 à 250 ans sépare tout de même le genévrier commun des charbons de peuplier et de sapin. Elles semblent correspondre à une phase de défrichement d’un milieu qui s’était partiellement refermé, suite peut-être à un abandon des chaumes : la présence de Populus sp. (-50/90) pourrait correspondre à Populus tremula, le tremble. La présence de cette espèce exigeante en lumière, caractéristique des lisières et des clairières, ferait suite à un précédent abandon des chaumes. Le feu enregistré correspondrait à une réouverture de la chaume afin de réintroduire l'activité pastorale dans le secteur.

Ainsi, à au moins trois reprises entre le -IVè siècle et le IIè siècle, des mises à feux délibérées succèdent à un abandon ou à une sous-exploitation des chaumes et au début de leur (re)colonisation par des espèces pionnières (Juniperus communis) ou exigeantes en lumière (Populus sp.). Cela correspond-t-il à une présence de l’Homme plus ténue ?, une charge pastorale insuffisante ?, un abandon pur et simple des chaumes ? Quoi qu'il en soit, les feux enregistrés correspondent : soit à des essartages afin de (ré)ouvrir une friche inexploitable pour les pasteurs ou de fertiliser les sols par le feu (cendres) ; soit à un pastoralisme "itinérant", qui favorise les secteurs les plus riches, les mieux entretenus. L’occupation des chaumes pourrait alors n’avoir été que temporaire.

Cette période correspond d’ailleurs à une phase où à l’échelle régionale, les indices d'anthropisation du milieu commencent évidemment à apparaître de manière significative. On rappellera qu’on note dans la tourbière du Tanet (Le Valtin, au-dessus de la vallée de Munster), entre -400/-200 et 20/230, à la fois une augmentation des pollens non arborés (NAP) et l'apparition des céréales, même si le signal de ces dernières ne devient continu qu'à partir de 600.

 

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