Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation du Collectif des 12 Singes

 

Nous sommes un Collectif
d’écriveurs autoédités.

Pour nous suivre, connectez-vous à facebook et/ou twitter

Tous nos textes sont présentés sur http://Collectif12Singes.over-blog.com et nos livres ont une version eBook : "Lendemain du Grand Soir" ; "La philosophie south-parkoise, ça troue le cul !!!" ; "Bouquin Coquin et Taquin d’une Catin et d’un Libertin" ; "Photograffi(ti)es d’Expressions Murales : Pierres Philosophales"

*** TÉLÉCHARGEMENT ***

*** COMMANDE ***

 

L’idée, pour Partager auprès du plus grand nombre et facilité la lecture, est de mettre à disposition les contenus synthétisés par nos soins, puis les internautes le désirant peuvent télécharger les pdf illustrés ou commander les livres papier imprimés par un professionnel

 

  1. Téléchargement pdf
    illustré

     
  2. Commande livre papier personnalisé

 

 

COMMANDEZ NOS
LIVRES CRÉATIFS

Publié par Collectif des 12 Singes

Découvertes archéologiques dans les Hautes-Vosges (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

Découvertes archéologiques dans les Hautes-Vosges (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

 

Les Hautes-Vosges vont du Ballon d'Alsace à l'extrémité du Champ-du-Feu (30 km au Nord-Ouest de Sélestat). Elles présentent les plus hauts sommets de la chaîne, avec des vallées profondes commençant par des cirques ou se ramifiant en éventails sur les flancs des montagnes aux formes arrondies, mais sans ressemblance aucune avec des ballons de nature granitique ou de grauwacke stratifiée. Du côté du Rhin, ses versants restent beaucoup plus escarpés. Les sommets les plus importants ne se trouvent pas sur la ligne de faîte principale, mais sont tous rejetés du côté de l'Alsace.

Le massif des Vosges est soumis à une double influence, océanique et semi-continentale. D'autre part, il constitue le premier relief sur la route des perturbations océaniques. Enfin, c'est le massif français majeur le plus septentrional. Il en résulte plusieurs caractéristiques remarquables :

  • une hauteur annuelle de précipitations importante, à l'origine du très dense réseau hydrographique propre au massif ;
  • un fort gradient de précipitation d'Ouest en Est : Gérardmer est ainsi beaucoup plus arrosée que Colmar et à la même latitude, les pentes occidentales du massif sont essentiellement occupées par la forêt et des pâtures, tandis que les pentes orientales hébergent un vignoble réputé et une flore et une faune liées aux milieux secs et ensoleillés. Ceci permet à une partie de l'Alsace de jouir d'un climat d'abri ;
  • des températures hivernales très basses, et des hivers longs ;
  • toutes choses égales par ailleurs, une limite pluie / neige plus basse que dans les Alpes et, par conséquent, un climat rude, de type montagnard, affectant les sommets vosgiens, à des altitudes où dans d'autres massifs on trouve une occupation humaine permanente, avec des cultures ;
  • un enneigement relativement important chaque hiver (un hiver sans neige étant très exceptionnel) ;
  • des vents pouvant être soutenus, essentiellement d'Ouest, frais et humides, et secondairement d'Est ou de Nord-Est (la bise). Celle-ci est synonyme de beau temps mais peut devenir éprouvante en hiver car elle renforce la sensation de froid intense ;
  • des phénomènes d'inversion de température, fréquents en hiver, pendant lesquels l'air froid s'accumule dans les vallées, sous un couvercle de brouillard, tandis que le relief émerge au soleil, dominant une mer de nuages, et jouissant de températures douces.

 

Les dernières glaciations ont laissé des traces dans les vallées en amont creusées en forme de paliers descendants, d'ombilics et de ressac, laissant en aval nombre de tills (équivalent des moraines glaciaires : accumulation de débris de roches qui sont entrainés puis abandonnés par les glaciers). Ces surcreusements ou ces matériaux mal déblayés sont à l'origine de lacs et de tourbières. L'érosion glaciaire et fluvio-glaciaire a laissé de grandes vallées larges et un haut massif parsemé de ballons arrondis, dont la ligne de sommets cristallins rappelle la pénéplaine (large espace avec de faibles dénivellations, qui résulte d'une longue érosion) arasée avant les dépôts permiens.

 

 

On manque de données sur la quasi-totalité du massif vosgien, et dans une moindre mesure, selon les époques, sur le Sundgau et le Jura alsacien, ou encore les Vosges gréseuses... Pour autant, ces espaces ne constituaient pas des espaces vides d'habitants, même si les densités de population y étaient bien moindres et les ressources moins exploitées qu'en plaine d'Alsace ou sur le plateau lorrain.

L'évolution de la végétation des périodes du Paléolithique supérieur (avant -8 200) et du Mésolithique (de -8 200 à -5 500) est assez bien connue. À l’échelle extra-locale ou régionale, le Paléolithique supérieur est marqué par l’arrivée des premiers arbres pionniers. Pour autant, on note une diminution très nette des espèces arborées par rapport aux graminées (et autres plantes non ligneuses ?) au Würm. Cette dernière période glaciaire du Quaternaire s'étend de -70 000 à -10 000 environ, avec un maximum de froid et probablement d'extension glaciaire vers -20 000/-18 000. C'est principalement lors de cette dernière période glaciaire que les glaciers ont laissé les empreintes les plus visibles et les plus nombreuses dans les Vosges. Les formes caractéristiques de l'érosion glaciaire sont les cirques, les cuvettes de surcreusement et leurs verrous, les vallées en auges, telles celles de la Wormsa et de la Thur. Fait important, cette période est marquée par l'existence de glaciers de vallées, à des altitudes assez basses et de nombreux glaciers de cirques (de tête de vallée). Les sommets n'étaient donc pas recouverts par une calotte glaciaire. Ainsi, sur les versants et sommets, en particulier sur les hautes chaumes, protégés par des névés peu épais mais immobiles, des formations de pente périglaciaires formaient une couverture quasi-continue. Le sol devait y être gelé en permanence, avec un dégel estival de surface.

 

Pour autant, les arbres ne disparaissent pas (Betula, Pinus, Corylus, etc.), hormis le chêne et les espèces qui lui sont associées, au cours de la dernière période froide (entre -23 000 et -13 000). La date de charbon la plus ancienne, isolée vers -16 200 ± 100 est celle du sapin pectiné (Abies pectinata). Cette date, centrée sur le dernier maximum glaciaire, soulève plusieurs questions. En premier lieu, la présence du sapin peut étonner dans un contexte d’extension glaciaire. Mais au Würm les glaciers étaient des glaciers de vallée. Qui plus est, ce charbon a été découvert dans une grèze lavée, formation de pente périglaciaire, témoignant de l’absence d’englacement du versant, au moins à cette époque. Il serait toutefois curieux que les versants aient été occupés à cette époque par des forêts. Cependant, le sapin est une essence qui peut avoir un comportement pionnier, et rien n’empêche que quelques arbres isolés aient pu pousser sur les versants dans un milieu ouvert, comme c’est le cas dans les Alpes actuellement, au-dessus de la limite forestière (la limite forestière actuelle au Hohneck et au Rossberg est située au moins 300 m en-dessous de la limite ancienne). On notera également que les rankers cryptopodzoliques (sols humifères asylvatiques : terre brune noirâtre provenant de la décomposition de débris végétaux et/ou animaux dans le sol et qui contribue à sa fertilité, mais sans formation de forêt) du Hohneck pourraient être d’anciens sols de toundras.

 

Le Tardiglaciaire (-12 450 à -9 600) est caractérisé par la disparition des glaciers de vallées, les glaces se retirant dans les cirques. Pour preuve, on note d'une part de nombreux dépôts morainiques frontaux, liés à des arrêts ou des réavancées, durant le retrait. Le Grand Étang, au Sud de Gérardmer, à une altitude de 785 m, a été libre de glace depuis le Dryas ancien (-12 000). D'autre part, les études polliniques faites sur les tourbières, dont bon nombre occupent le fond des cirques glaciaires, montrent que celles-ci se sont formées au Préboréal (vers -9 600). On en déduit, d'après la base des tourbières, que les cirques glaciaires semblent être encore occupés par des glaciers ou des névés au Tardiglaciaire, les hautes vallées étant déjà libérées des glaces.

 

 

Globalement, la dynamique sédimentaire à l'Holocène se caractérise par une stabilisation des versants et une diminution de la charge sédimentaire des cours d'eau ; une instabilité relative des conditions environnementales tout au long de l'Holocène, avec une succession d'oscillations climatiques d'ordre pluriséculaire ; un impact croissant de l'Homme sur le milieu, conduisant à un accroissement des volumes sédimentaires piégés dans les lacs, les fonds de vallées, les cônes de déjection. L’Holocène n'est marqué que par des changements mineurs, par une diminution de la dynamique fluviale et par une régularisation des cours d'eau, la réinstallation de la couverture végétale ayant considérablement freiné la fourniture et le transport des débris. Les arbres pionniers remplacent vers -9 500 une végétation steppique.

 

Le Mésolithique est principalement caractérisé par la présence d'espaces forestiers, composés de noisetiers et de chênes, accompagnés de pins. Le charbon de Papilionacée indéterminée daté d’environ -9 100/-8 600 évoque des espaces encore très ouverts. Quant au saule, qui est sans doute lié à des conditions d’hydromorphie très locales, il a souvent un comportement pionnier et s’inscrit bien dans le cadre de forêts majoritairement composées d’espèces de ce type. La rareté des charbons datant de ces périodes est à corréler à la rareté des indices d'anthropisation de ces milieux (rares objets lithiques, absence d'habitat...). Une épaisse forêt vierge couvrait toute la contrée jusqu'au sommet des montagnes, occupée par l'ours, l'aurochs et le cheval sauvage, par l'aigle et le vautour.

 

L'amélioration des conditions climatiques à partir de l'Holocène ayant entraîné l'installation d'une végétation ligneuse sur les versants, une certaine stabilité morphoclimatique s'amorce dès le début du Boréal, vers -9 000. Pour autant, à l'échelle mondiale, on note globalement six périodes de changements climatiques rapides au cours de l'Holocène, marqués par des phases de refroidissements avec une humidité variable, suivies d'un réchauffement. Les principales phases de refroidissement auraient eu lieu entre -7 000 et -6 000, entre -4 000 et -3 000, puis entre -2 200 et -1 800, enfin entre -1 500 et -500. Les caractéristiques de ces périodes sont un rafraîchissement polaire, une aridité tropicale, des changements majeurs de la circulation atmosphérique. Plusieurs de ces intervalles coïncident avec des ruptures majeures de civilisation. Mais ces périodes de refroidissement ne semblent pas correspondre aux estimations faites à l'échelle régionale.

 

 

Dans la tourbière du Gazon du Faing, à 1230 m d'altitude, la phase boréale (de -9 000 à -7 500) à pins et noisetiers se traduit par un réchauffement rapide, ce qui entraîne une augmentation du noisetier, puis de l'orme et, plus lentement, du chêne. La forêt monte alors jusque vers 1200 m. La phase du noisetier et de la chênaie mixte correspond à l'extension maximale du noisetier, alors que le pin est en déclin. Le frêne, le tilleul et l'aulne les accompagnent. Vient ensuite la phase de la chênaie mixte qui se traduit par la régression du noisetier et du pin, et l'apogée du chêne, comme en témoigne le Hohneck. Cette phase est relativement chaude et sèche, les températures étant de plusieurs degrés supérieures à l'actuel. La présence de pollen de callune et d'espèces herbacées témoignerait de l'existence de sommets libres d'arbres.

 

Au cours de la période mésolithique (-8 200 à -5 300) les espaces sont largement forestiers et la présence humaine est faible.

Le pin sylvestre (Pinus sylvestris), présent sur le Rossberg vers -8 170 ± 170 et -7 570 ± 50, est une espèce colonisatrice bien adaptée aux conditions climatiques froides et sèches. Il signale un début de colonisation des versants suite au réchauffement climatique de la fin du Tardiglaciaire. Les deux dates obtenues correspondent bien avec la phase à pin et bouleau en lien avec l'augmentation des températures, et peut-être la plus forte activité solaire de cette période.

La présence de charbons de sapin à -16 200 ± 100 ans et de pin vers -8 000 au Rossberg, de papilionacées et de saule vers -7 500 aux Trois-Fours prouve l'existence de sols, au moins sur certains versants. On remarque cette présence du saule (Salix sp.) sachant que ce genre est relativement exigeant en eau et généralement héliophile (« qui aime la lumière »), avec un caractère souvent pionnier. La période déterminée de -7 260 ± 60 cadre bien avec la phase d'installation du pin et du noisetier, eux aussi pionniers sur des espaces ouverts.

 

Sur les pentes Nord du massif du Hohneck, à mi-chemin du col de Schaeferthal et des escarpements du Montabbey, le fond du vallon glaciaire du Frankenthal est situé près de 200 mètres plus bas. Une grotte se cache quelque part dans cette sombre et sauvage gorge rocheuse avec ses escarpements à pic, falaise de granit gris foncé très glissante et humide car exposée au Nord. Ces escarpements s'abaissent droit devant sur une profondeur d’environ 650 mètres. Et pas de fond visible à travers les bouffées humides qui fouettent le visage. Descendre là-dedans, sans un être vivant pour soutenir en cas de chute, cela n'est pas prudent. Un étroit sentier, non pas un sentier, mais une simple piste par où des Hommes ont passé, où les vaches des alpages n'osent placer leurs pieds tant la pente est raide, est le seul point accessible au couloir qui descend dans le Frankenthal, entre les précipices qui bordent la gorge. Le point de départ se trouve dans une dépression du plateau, entre le Hohneck et le Montabbey. La piste va en lacets, tantôt à droite, tantôt à gauche, sur des parois de rochers et des éboulis. À mi-hauteur jaillit une forte source. Plus bas on voit la brume s'éclaircir. Quelques instants encore et on embrasse d'un coup d'œil tout le plafond de la gorge, sans être gêné par une seule bouffée de vapeur à l'état vésiculaire ou autre. Tout le brouillard est monté au-dessus de la tête, pour former calotte au rebord des escarpements. Vu de la plaine, le Hohneck paraît alors perdu dans les nuages. Quant au Frankenthal, il s'allonge dans un bassin en forme de cirque. Les parois du cirque sont formées par des précipices granitiques, étages les uns sur les autres. Le débouché est barré par d'énormes blocs, avec une digue de décombres. Au centre du bassin, il y a une mare d'eau avec des joncs et des sphaignes. C'est un fond tourbeux, provenant d'un petit lac : lors du recul du glacier, les eaux piégées par une moraine ont formé un lac qui s’est lentement comblé pour devenir tourbière flottante, délicat tapis de sphaignes creusé de dépressions inondées, radeau flottant sur le plan d’eau. C’est l'Étang Noir au centre de la tourbière du Frankenthal.

On se glisse dans un fouillis de plantes grimpantes et d'arbustes, qui recouvre comme d’un rideau une accumulation de blocs mouillés, où l’eau ruisselle. À dix mètres plus haut se découvre une ouverture étroite dissimulée par les rochers et les broussailles. Il faut rester sur ses gardes, en se faufilant dans ce véritable gouffre. L'entrée de la grotte de Frankenthal/Dagobert est là. Après beaucoup de crapahutage, on arrive enfin dans la cavité. Cette grotte de section triangulaire s'ouvre au sein du granit, dans la roche vive, sur une profondeur de huit à dix mètres, avec trois mètres de hauteur et autant de largeur. Sur les parois, l’eau suinte et tombe goutte à goutte. L'humidité est constante, permanente : logique, le soleil ne pénètre jamais jusqu'ici. À l'entrée même jaillit une forte source très fraîche, marquant au plus six degrés de chaud. La Frankathalerkaller (cave du Frankenthal en alsacien) servit de refuge à toutes les époques, comme le prouve son autre nom de grotte Dagobert, le roi s’y étant caché après avoir entendu un complot s’ourdir contre lui (il jeta les traîtres dans l'Étang Noir). En aval du cirque, plus bas encore que le Rothried, la cascade du Stolzen-Abloss, débouchant d’un sombre fourré d'arbres, se précipite écumante dans un étroit ravin avec un fracas étourdissant. Non moins bruyant, après les pluies, un autre torrent descend des hauteurs du Gaschney, par le couloir d'Enfer ou Hoellenrunz. Chutes d’eau, torrents, escarpements, ravins, forêt, forment un ensemble sauvage d’effet grandiose. Quelle nature tourmentée : un véritable chaos de rocs détachés ou en place, entre lesquels sautille une cascatelle.

À 1 km au Nord du Hohneck, 2 km au Sud du col de la Schlucht et 600 m de la cave du Frankenthal, les rochers de la Martinswand ont livré 3 silex dont un fragment de lamelle à 2 facettes, peut-être du Mésolithique, sachant que les flancs de la cime du grand Hohneck fournissent une pierre de taille fort dure. La Martinswand se trouve à 1200 m d'altitude, de ce fait, le climat est alpin et relativement continental donc hivers froids, souvent très enneigés, étés chauds et orageux. L'orientation Sud-Est de la falaise permet des après-midis à l'ombre du soleil et à l'abri du vent. C'est une des plus belles falaises des Vosges granitique, haute de 100 à 120 m. On peut rencontrer des chamois à l'aube et au crépuscule, qui remontent sur les chaumes pour brouter de l'herbe.

 

 

De -7 700 à -4 000, des oscillations climatiques brutales seraient liées à un forçage océanique, avec des phases majeures de détérioration climatique culminant vers -7 500 et -5 200. À l'échelle locale, des arrêts et réavancées tardives, liés à des récurrences froides, ont pu avoir lieu à l'Holocène (entre -6 400 et -6 000, au Boréal par exemple). Dans deux cirques sous les crêtes, la disparition des glaces n'aurait eu lieu que vers -4 300 à -3 400.

Le Néolithique ancien (de -5 500 à -4 300) est encore marqué par la phase de la chênaie mixte et du noisetier, qui diminue progressivement. Les pollens de hêtre et de sapin restent en proportion faible, au moins jusqu'au Néolithique moyen au cours duquel se met en place la hêtraie-sapinière, végétation qui a subsisté jusqu’à nos jours. Elle est accompagnée du noisetier, de l'aulne... La présence de chêne à cette altitude semble étonnante, elle est pourtant attestée. Une augmentation des ligneux hauts a eut lieu à la source de la Moselotte (1290 m) et au sommet du Kastelberg (1350 m), mais il s'agissait surtout de formations buissonnantes naines.

 

Les conditions climatiques actuelles, très pluvieuses, ont été à peu de choses près celles qui ont prévalu dans les Vosges depuis près de 6000 ans.

Dans la région, la foudre s’accompagne presque systématiquement de pluies orageuses violentes qui auraient vite fait d’éteindre l'incendie. Ce sont majoritairement les résineux qui sont foudroyés, et plus rarement les feuillus. On remarque une date unique de charbons entre -7260 et -3580, au cours de l'Atlantique ancien, période où le climat, plus chaud et plus sec qu’actuellement, devait être plus favorable aux incendies naturels.

 

 

Les vieilles cultures des eaux et des rivières, de passage, rencontreront d’autres peuples et cultures au cours du Néolithique et des premiers âges des métaux. Les peuples des collines, cultivateurs de champs en terrasses et éleveurs de petit bétail, blottis près des sources, et surtout les tribus semi-nomades de gros éleveurs, défrichant les chaumes et aménageant de vastes prairies, leur ont disputé une partie de cet espace naturel. Malgré les différences de modes de vie, de croyances et de pratiques, une coexistence tolérante s’est instaurée.

 

À partir de -4 000, des oscillations climatiques brutales correspondraient à une période de changements climatiques plus progressifs qui seraient liés à un forçage solaire.

La phase Atlantique marque la fin de la chênaie mixte et la rapide extension de la hêtraie-sapinière, peut-être liée à un refroidissement et à une humidification du climat. On note qu'il n'y aurait pas eu de déplacement sensible de la limite altitudinale de la forêt lors de cette phase. L'extension de la hêtraie-sapinière se serait effectuée en deux phases, débutant vers -4 000 environ. La première correspondrait à la prédominance des pollens de hêtres, les boisements se faisant jusqu'aux abords immédiats des crêtes, et les chaumes culminales étant alors réduites à leur surface minimum. La deuxième phase correspondrait à une ouverture nette du milieu, liée soit à une aggravation du climat, soit aux débuts de l'anthropisation des Hautes-Vosges. Enfin, on note une phase de la forêt diversifiée, dans laquelle l'Homme intervient par des déforestations et déboisements.

 

 

Au Subboréal et au Subatlantique, à savoir depuis -3 800, soit depuis le Néolithique moyen, plusieurs phases de détériorations climatiques ont provoqué des changements de l'utilisation du sol et de l'intensité des processus géomorphologiques comme l'érosion des sols.

Dans la vallée de la Moselle, la dynamique fluviale semble être restée importante au moins jusqu'au début du Boréal. Un changement du mode d'écoulement du cours d'eau a lieu ensuite au cours du Boréal/début de l'Atlantique, se traduisant par une phase d'envasement et de stabilisation. Du début du Boréal au Néolithique final, le fond de vallée de la Moselle connaît donc une certaine stabilité morphoclimatique (boisement du fond de vallée).

Dans la vallée de la Meurthe, ce changement de dynamique alluviale serait postérieur à la première partie de l'Atlantique, puisqu’on observe 5 m d'alluvions grossières liées à des crues brutales à Chavelot (Vosges), postérieurement à -5 125 ± 70 ans.

Le secteur de Vandières, dans la vallée de la Moselle, est marqué par une recrudescence des crues qui a lieu à partir du Néolithique final (Campaniforme) et du Bronze.

À 1290 m d'altitude, à proximité directe de la source de la Moselotte, sur le versant Ouest du Wormpsel entre le Hohneck et le Kastelberg, une carotte de tourbe correspond à une période de temps relativement longue de 6400 ans. Le sommet du Kastelberg au-delà de 1250/1290 m n'a jamais été couvert de forêts, sur les 6400 ans enregistrés : au mieux, la couverture à proximité de la crête principale était-elle constituée d'une formation arbustive mixte naine (à Fagus ?, Corylus, Acer, Sorbus, Salix, etc), qu'on nomme « Krummholz », installée de manière éparse au sein des prairies à graminées. La répartition de cette formation était sans doute contrôlée par le type de sol et l'ombre, l'exposition, l'aspect de la couverture neigeuse. Mais les analyses polliniques obtenues permettent-elles de distinguer ce type de "forêt" rabougrie et clairsemée d'une forêt "classique" de type futaie ?

 

On remarque une phase majeure de détérioration climatique culminant vers -3 500. Lors de cette période subboréale, on considère que les crêtes les plus exposées furent couvertes de hêtres rabougris, car les Vosges ne dépassent pas l'altitude au-delà de laquelle les conditions générales ne permettraient plus la survie de forêts, même compte tenu des facteurs climatiques plus rudes que dans d'autres massifs à altitudes de même ordre.

Dans le massif du Falimont, au cours du Néolithique final (de -3 500 à -2 300), le milieu est encore très peu anthropisé.

Au Néolithique final, vers -3090/-2900, Abies alba est présent sous l'actuelle forêt des Trois-Fours.

 

 

On compte 4 dates de feux pour le Néolithique, 30 dates depuis le début de la Protohistoire. Les quatre derniers millénaires sont donc marqués par une emprise très forte de l’Homme sur le milieu. Il est d’ailleurs avéré que le massif vosgien est traversé de part en part aux diverses époques protohistoriques La convergence entre la répartition des feux et cette action est au moins troublante…

En analysant les intervalles de temps minimum entre deux phases de feux, on constate que de nombreuses dates sont regroupées sur de courtes périodes séparées par des durées importantes sans feux enregistrés, ce qui semble correspondre à une logique de périodisation des phases de feux. Cette périodisation est liée à des évolutions de la pression anthropique sur le milieu davantage qu'à des périodes climatiques.

Au sommet du Falimont, un charbon de Sorbus sp., daté vers -2470/-2230 est à rapporter à la transition Néolithique/Bronze. Leur présence confirme d'une part l'existence d'une forêt sans doute mixte, de type hêtraie-sapinière sur les versants, et d'autre part la présence de feuillus sur les sommets. Sorbus ayant un comportement très pionnier, peut-être que les espaces sommitaux du Falimont auraient été défrichés très précocement au courant ou à la fin du Néolithique, puis abandonnés et repris par des espèces pionnières. Bien que le Néolithique soit bien représenté en plaine dès le Néolithique ancien (Rubané), sur les terrasses de lœss en particulier, le massif vosgien reste semble-t-il peu exploré.

 

Les feux restant rares voire absents, seuls quelques objets archéologiques trouvés sur la crête attestent la présence et le passage des cols par les populations du Néolithique (plutôt final). Il s'agit en général de lames de silex et d'éclats, ou de pointes de flèche, retrouvés au Petit Hohneck, au Schnepfenried, ou encore au Gazon du Faing, et une hache en pierre polie trouvée sur la Côte du Bonhomme. En outre, il est établi que le massif vosgien a fait l'objet d'activités minières ou de débitages lithiques non seulement au Néolithique (Vosges Saônoises ; Plancher-les-Mines ; vallée de Saint-Amarin), mais plus anciennement au cours du Paléolithique final (Plancher-les-Mines). Les fonds de vallées vosgiennes semblent faire l'objet, au Néolithique tout comme auparavant au Mésolithique, d'une relative stabilité morphoclimatique sur le versant lorrain. Un seul charbon peut en fait être rapporté de façon certaine au Néolithique dans ce secteur des Hautes-Vosges (Sorbus sp. daterait du Bronze ancien).

 

La contrée était sauvage, région impénétrable du fait de ses forêts et dangereuse de par les animaux qui la peuplaient, tels les loups (Frothaire, évêque de Toul de 814 à 849, relate dans l'une de ses lettres que 220 loups ont été abattus dans les forêts de Moyenmoutier, arrondissement de Saint-Dié) depuis sa prise en charge du diocèseet ours (le dernier ours a été abattu en Alsace dans la région de Munster en 1886). Le lynx habitait la Gaule et la Germanie et de préférence les forêts de montagne. Les premiers lynx parurent dans l’Empire romain avec les jeux que Pompéi fit célébrer pour les plaisirs de la population romaine. Ils venaient de Gaule, où on le trouvait très répandu autrefois notamment dans la vallée de Munster et sur le Hohneck. Le cerf était abondamment représenté en Alsace à la Préhistoire, et pendant tout le Moyen-Âge ils étaient encore nombreux dans les Vosges. Les sangliers apparaissent dans ces contrées dès la plus haute Antiquité. On suppose que le chamois vivait dans ces contrées en des temps très anciens.

 

C'est à partir du Néolithique final (Campaniforme) et du Bronze (secteur de Vandières) qu'une recrudescence des crues a lieu, du moins dans la vallée de la Moselle, ce qui ne semble pas correspondre à une phase de détérioration climatique. À l'inverse, en Forêt Noire, on estime que des phases de détériorations climatiques provoquant des changements de l'utilisation du sol et de l'intensité des processus géomorphologiques comme l'érosion des sols ont lieu dès le Néolithique moyen (à partir de -3 800 environ). Ce déterminisme pourrait être en partie climatique (dégradation du Néolithique moyen), mais une influence anthropique est possible.

 

 

Au cours du quaternaire, le massif vosgien a connu des glaciations successives, mais c'est pendant la dernière phase, celle de la glaciation de Würm (-80 000 à -10 000 environ) que sont nés les trois lacs de Gérardmer, de Retournemer (lac de cirque glaciaire) et de Longemer. Retournemer, lac sauvage encaissé au fond de la vallée des Lacs, au pied du massif du Hohneck, fut longtemps, avant l'ouverture de la route des crêtes, « le lac d'où l'on revient sur ses pas » faute de pouvoir franchir les montagnes.

Gérardmer se situe au cœur du massif des Vosges, au bord du lac du même nom, à une altitude moyenne de 670 m. L'altitude la plus basse de la commune, 584 m, voit la Vologne s'écouler en direction de Granges. Le point le plus élevé est la Tête de Grouvelin qui culmine à 1 137 m et surplombe le lac de Lispach de La Bresse. Issu de la glaciation de Würm (-80 000 à -10 000), le lac de Gérardmer est retenu par une moraine terminale bloquant définitivement la vallée vers l'aval. Le nom de ce lac, le plus grand des environs (longueur de 2200 m pour une largeur maximum de 750 m, profondeur maximum de 38,40 m), est lié à la giration : la visite ou le pèlerinage au lac consistait en effet à en faire le tour. Il est dénommé simplement le lac, mais les locuteurs gallo-romains comme les anciens habitants au Moyen Âge ont employé aussi « mer » qui indique l'étendue d'eau remarquable et sacrée.

 

Longemer occupe un bassin dans l'ancien lit d'alluvions fluvio-glaciaires laissées par le glacier et s'étire sur plus de 76 ha dans le sens de la vallée. Ses dimensions maximales sont de 1950 m de longueur sur 550 m de largeur, sa profondeur dépasse 30 mètres. Le lac de Longemer, « Miroir aux mille reflets », est un lac alangui au pied du massif de la montagne vosgienne qui offre une luminosité changeante. On trouvait jadis des moules perlières d'eau douce (« huîtres d'eau douce » ou « mulettes allongées » : Margaritifera margaritifera, d'une taille d'environ 11 centimètres par 5, et d'une espérance de vie de l'ordre de 80 ans, produit ces perles, plutôt petites) près du Pont des Fées, d'où les « Perles de Vologne », sachant qu'on en trouve encore dans le lac de Longemer, surnommé le « Pays des fées ». En effet, les Fées ont un goût particulier pour les lacs et les étangs : elles venaient s'y baigner, et les gouttelettes d'eau qui ruisselaient sur leur corps se changeaient en perles. Elles fréquentaient aussi les lieux humides, les feignes, où on y voyait leurs grandes formes blanches. À l'égard des Hommes, leur attitude est fort variée : il leur arrive de leur rendre service mais elles peuvent aussi s'opposer à eux.

Vers -3 000, un chasseur du Néolithique a perdu ou déposé une hache en pierre polie sur les bords du lac. Il existe très peu de traces du Néolithique sur ces hauteurs où la neige blanchit cinq mois durant les hautes cimes des Vosges. Dans l'ensemble, les empreintes laissées par les Hommes du Néolithique sont plus rares en montagne qu'en plaine, où elles se localisent préférentiellement sur lœss. Pour cette époque en effet, les Hautes-Vosges sont caractérisées par une véritable lacune de vestiges préhistoriques, hormis quelques menus objets lithiques, notamment aux cols vosgiens (cols de la Schlucht, du Bonhomme...). La rareté de ces objets s’explique par l'inexistence très probable d'un habitat fixe sur les hauteurs. Notons tout de même le site néolithique majeur de Plancher-les-Mines (Haute-Saône, Sud des Vosges), site de production de grandes lames de haches et d'herminettes (jusqu'à 30 cm) dans des pélites-quartz. Cette production néolithique de grande ampleur, vers -4 100/-3 800 était exportée jusqu'à 200 km à vol d'oiseau du lieu d'extraction et de taille.

 

Au-dessus de Munster est le col de la Schlucht, profonde entaille dans la crête rocheuse, un des points les plus dignes d'être visités dans les Vosges. L’un des principaux cols du massif des Vosges, élevé à 1139 mètres d'altitude, il a un accès facile, malgré sa hauteur, par les deux versants de l'Alsace et de la Lorraine, Munster et Gérardmer étant pareillement à une quinzaine de kilomètres. Le col fait communiquer les vallées lorraines de la Meurthe et de la Vologne avec la vallée alsacienne de la Fecht, un affluent de l'Ill et donc du Rhin. On notera que les sources de la Meurthe, sous-affluent lorrain du Rhin, et de la Fecht sont voisines entre le Hohneck et le col de la Schlucht : la première coule sur les hauteurs entre le Collet et la Schlucht, et la Fecht apparaît côté alsacien au Sud des Trois-Fours. Tout comme la Vologne prend sa source sur le domaine du jardin d'altitude du Haut-Chitelet. L'appellation de col de la Schlucht provient du mot alsacien ou allemand die Schlucht signifiant « la gorge », « le défilé », mais il se nomme lo Schluy en dialecte vosgien, ce qui en fait un toponyme de genre masculin très ancien.

Le passage s'effectuait par un méchant petit chemin raboteux, à peine praticable aux bêtes de somme, avec des charges légères. Du col de la Schlucht partent deux sentiers "des roches" : l'un traverse les parois du Montabey et des Trois Fours pour aboutir au pied du Hohneck, dans le cirque du Frankenthal ; l'autre monte au Spitzenfels et traverse les Hirschsteine, au pied du Tanet. À chaque invasion tragique qui déferlait sur la région, La Schlucht fut un lieu de refuge et de maquis. On y a trouvé quelques menus objets lithiques, sachant que le profil trop escarpé du versant alsacien faisait jadis négliger ce passage au profit du Hohneck.

 

 

3 km au Sud, la montée jusqu'au Hohneck est assez douce, s’effectuant par un paisible sentier évoluant à travers chaumes, le long des crêtes. Le Hohneck, troisième sommet du massif des Vosges avec 1363 mètres d'altitude, domine la ligne de crêtes qui sépare l'Alsace de la Lorraine. Il constitue le point culminant de cette dernière région. Personne ne reste à la Schlucht sans aller voir le lever du soleil au Hohneck. Ce n'est pas que le lever du soleil au Hohneck offre des particularités à lui propres mais on y admire une scène de la nature toujours belle, la chaîne des Vosges étant à sa place sur ce point central où le relief du pays s'étale au regard mieux que n'importe ailleurs. En effet, la cime du Hohneck forme le point culminant du massif central de ce système de montagnes. Les principaux cours d'eau de la contrée, la Meurthe et la Moselotte, la Fecht et la Thur, naissent sur ses flancs pour couler dans les quatre directions de l'horizon. Quand on aborde le Hohneck du côté de la Schlucht, par le sentier de la ligne de crête, à travers les bois de hêtres, sa cime paraît arrondie mollement. Ses flancs ne présentent pas de profondes entailles sur les deux versants de l'Alsace et de la Lorraine.

Le versant Ouest (lorrain) du sommet est en pente relativement douce et est très arrosé, recevant toutes les eaux des vents océaniques. Les pentes les plus douces accueillent en été les troupeaux de vaches vosgiennes. Le massif du Hohneck abrite également quelques troupeaux de chamois. Le Hohneck, avec son altitude supérieure à 1 200 mètres, se situe à l'étage subalpin. Cet étage, qui suit l'étage montagnard est facilement remarquable par des versants rocheux et abrupts, une absence de végétation due aux vents violents et aux températures basses, où le sapin et les hêtraies ne se développent plus et laissent place aux espèces de plantes alpines et aux chaumes, vastes étendues herbeuses, équivalentes aux alpages dans les Alpes, bien que l'étage subalpin vosgien soit unique en son genre. La partie sommitale du Hohneck est ainsi dominée par une lande composée de callune (Calluna vulgaris), de myrtille (Vaccinium myrtillus), d'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea) et de nard raide (Nardus stricta) qui constitue la chaume proprement dite. Dès le mois d'avril, on peut y voir fleurir la jonquille (Narcissus pseudonarcissus), puis la pulsatile blanche (Pulsatilla alpina ssp. austriaca) et la pensée des Vosges (Viola lutea) qui peut prendre des teintes jaunes ou violettes. Durant l'été, les fleurs de la gentiane jaune (Gentiana lutea) apparaissent, de même que l'arnica des montagnes (Arnica montana) et la centaurée des montagnes (Centaurea montana). Plus rarement, on pourra apercevoir le lis martagon (Lilium martagon), l'œillet superbe (Dianthus superbus) au parfum délicat ou encore deux orchidées discrètes, l'orchis miel (Pseudorchis albida) et l'orchis grenouille (Dactylorhiza viridis). En revanche, il n'est pas rare de rencontrer le long des sentiers le gnaphale de Norvège (Gnaphalium norvegicum) et les fleurs bleues de la jasione vivace (Jasione laevis). La diversité des milieux présents au Hohneck et aux proches alentours font de la flore du Hohneck une des plus riches des Vosges.

Le sommet du Grand Hohneck présente des escarpements très raides vers l'Est, dus à l'action des glaciers, qui ont créé deux cirques : Wormspel au Sud et Frankenthal au Nord. Ces deux cirques sont bordés de deux rangées de rochers hérissés : les Spitzkoepfe au Sud prolongent le Kastelberg en une longue rangée hérissée, où la roche fragile provoque de nombreux éboulements ; la Martinswand, au Nord, qui prolonge les escarpements des Trois Fours. À la fin de l’hiver, de spectaculaires corniches de neige s’écroulent en avalanches, qui, décapant régulièrement les couloirs, entretiennent les milieux naturels. Dans les parties supérieures des cirques du Frankenthal et du Wormspel, on peut apercevoir les fleurs jaunes de la digitale à grandes fleurs (Digitalis grandiflora) et de l'aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum), plus rarement la phalangère à fleurs de Lis (Anthericum liliago), l'ail des cerfs (Allium victorialis) et l'anémone à fleurs de narcisse (Anemone narcissiflora). Dans les altitudes plus basses, les mégaphorbiaies (stades floristiques de transition entre la zone humide et la forêt) formées dans les couloirs à avalanche abritent la laitue des Alpes (Cicerbita alpina) et la mulgédie de Plumier (Cicerbita plumieri) ainsi que plusieurs espèces d'épilobes. On rencontre également la sanguisorbe officinale (Sanguisorba officinalis), la bartsie des Alpes (Bartsia alpina) et le trolle d'Europe (Trollius europaeous).

 

Un ballon voisin, situé à 1,5 kilomètre à l'Est et culminant à 1289 mètres, est dénommé Petit Hohneck, le sentier les reliant surplombant la tourbière surcreusée du Schiessrothried. On a trouvé sur ce sommet des lames de silex du Néolithique, voire du Mésolithique.

Au Hohneck, la vue du panorama des Vosges amène naturellement quelques explications sur l'orographie de ce système de montagnes. Toute la chaîne des Hautes-Vosges apparaît ici depuis le Ballon d'Alsace, le Rossberg, le Grand-Ballon jusqu'au Gazon-de-Fête et au Champ-du-Feu (30 km au Nord-Ouest de Sélestat), avec la Forêt-Noire, le Jura et les Alpes dans les lointains, avec la plaine du Rhin et la Lorraine entière.

Au sommet volcanique du Kaiserstuhl (massif de montagnes moyennes situé en Allemagne, légèrement au Nord-Ouest de Fribourg-en-Brisgau et directement sur la rive droite du Rhin, dans la plaine du Rhin supérieur), on embrasse d'un seul coup d'œil tout le versant oriental de la chaîne : les montagnes du bassin de la Doller, jusqu'à celles du Champ-du-Feu, se découvrent en même temps que la crête centrale. Le groupe du Grand-Ballon se détache à peine des sommités environnantes ; la ligne des hauteurs prend des contours moins saillants ; l'aplatissement de la chaîne vers Sainte-Marie-aux-Mines et la Brusche, la cime isolée du Climont qui domine, cette interruption, restent à peine sensibles. Mais, quand on le regarde de la Forêt-Noire, le profil légèrement festonné de la chaîne se déprime encore. À ces hauteurs, les Vosges ne semblent plus qu'un groupe de proéminences dont les bases se confondent, dont les sommets forment une ligne presque unie, contraste frappant avec les dentelures aiguës des Alpes que l'œil aperçoit du même point. Cette uniformité d'aspect, malgré des différences de composition, de nature et de hauteur, a fait comprendre tout le système des Vosges sous une même dénomination.

 

 

800 m au Nord-Ouest du Hohneck, sur le Haut de Falimont, on a découvert une pointe de flèche en silex (Néolithique final ou Bronze ancien). On notera que le haut du couloir du Falimont (35° de pente au début) peut être glacé en hiver. 700 m à l’Est, au Col du Schaeferthal (1228 mètres), entre les deux Hohneck, on a trouvé une meule en grès néolithique ou protohistorique. 500 m à l’Ouest du Hohneck, les Hautes sont des hautes-faîtes, traduction de l'alsacien Hohen Firsten, c'est à dire « hauts sommets », pratiquement synonymes des Hautes-Chaumes. Les fées y dansaient lors des sabbats. Il faut dire qu’on a une superbe vue du sommet par temps dégagé - on peut même voir les Alpes (Mont Blanc, Eiger) - et que le cirque du Wormspel, où la neige s'accumule parfois en quantité telle qu'elle persiste d'un hiver à l'autre, à côté des pointes aiguës des Spitzenkoepfe, est à 400 m à l’Est. Quatrième plus haut sommet du massif des Vosges avec 1 350 mètres d’altitude, le Kastelberg et précisément le lieu-dit Wormsawald-Ammelthal abrite jusqu’en juillet, exceptionnellement en août, le dernier névé des Vosges au Schwalbennest, le « nid d’hirondelles » (1 km en contrebas du Hohneck, entre la tourbière du Schiessrothried et le lac de Fischboedle). Ce névé est visible avec de bons yeux depuis Colmar. Ces neiges sont appendues aux escarpements du cirque comme d'immenses draperies d'un blanc immaculé. Malgré le soleil et la pluie, les amas accumulés fondent lentement, parce que la neige se transforme d'abord en glace et constitue un embryon de glacier. Aussi longtemps qu'ils se maintiennent, la raideur de leur pente est telle qu'on dirait l'inclinaison d'un toit à haut pignon, si dur à la surface qu’on s’y enfonce avec peine ses talons. À traverser le petit glacier du Wormspel sans autre appui que ses deux pieds, on glisse au bas de la pente … et non sur les jambes ! On peut contourner le petit glacier par le chemin ordinaire, un sentier de chèvres, raboteux, tortueux, tourmenté, allant entre les gazons et les rochers, se repliant sur lui-même, escarpé comme un escalier, interrompu par places sous l'effet du ruissellement des sources ou des masses tourbeuses, dans lequel les jolies fleurs alpestres et le parfum des fraises mûres arrêtent le grimpeur malgré lui, où le teint du visage s'empourpre comme les fraises cueillies au passage, où on respire à pleins poumons l'air vif des hauteurs.

 

 

9 km plus loin sur la ligne de crête, le Gazon du Faing, situé à 1295 m, a livré une pointe de flèche en silex et des éclats de silex (Néolithique final ou Bronze ancien). Le panorama vers le val d'Orbey et le val de Munster (Soultzeren-Stosswihr) est remarquable. Le Gazon du Faing est un sommet granitique du massif des Vosges situé sur la ligne de crête entre le col du Bonhomme et le col de la Schlucht. Ce sommet presque plan aux abords arrondis qui compte parmi les dix plus hauts du massif, présente un flanc assez abrupt du côté alsacien, donnant naissance à une auge glaciaire qui abrite le lac Noir 350 mètres en contrebas. Au Nord de la zone sommitale, des trous d'eau permanents favorisent l'installation de faignes (tourbières) et de zones marécageuses, dans une végétation qui s'apparente à une lande nordique. La crête des Vosges entre le col du Calvaire et le col de la Schlucht aligne des sommets aplatis et couverts de chaume (Gazon du Faing, Gazon de Faîte, Tanet), mais qui présentent une face Est abrupte et rocheuse. Au pied du Tanet s'accrochent des falaises impressionnantes, les Hirschsteine. Elles se prolongent par les rochers de l'Altenberg et du Spitzenfels qui dominent le col de la Schlucht. Plusieurs de ces rochers surplombants offrent une vue très étendue. La roche des Fées, au Gazon du Faing des Hautes Chaumes dominant le lac Tout blanc-Forellenweiher (1061 m), avec ses fentes naturelles a l'aspect d'une tête d'animal à long museau.

On met trois heures pour venir de la Schlucht jusqu'au lac Blanc, en marchant bien et en demeurant au-dessus des précipices qui dominent successivement le Daaremveyer, le Forellemveyer, le lac Noir et le lac Blanc. Le lac Blanc, d’une surface de 29 ha et d’une profondeur maximale de 72 m, est dominé par un rocher ruiniforme appelé Rocher ou Château Hans. Des cascades de glace allant jusqu'à 100 mètres de hauteur sont visibles en hiver dans les environs du lac.

Environ deux fois moins étendu (14 ha) et presque fois moins profond (profondeur maximale de 45 m), le lac Noir, situé à environ 1 km en aval, est un lac glaciaire situé sous la crête du versant Est du massif des Vosges vers 935 m d’altitude moyenne, sous le col du Louchbach, en amont d'Orbey. Il est établi dans un cirque glaciaire de hautes falaises granitiques, naturellement barré par un cordon morainique ; son émissaire est le "ruisseau du lac Noir" qui rejoint la Weiss en aval d’Orbey. Les deux cirques du Blanc et Noir sont séparés par l’arrête granitique du Reisberg qui culmine à 1272 m.

 

 

Dans le massif du Falimont, l'activité agro-pastorale ne débute véritablement qu'à partir de la période protohistorique, voire la toute fin du Néolithique (Néolithique final), allant en s'accentuant au cours des quatre derniers millénaires. Les dates obtenues sont plus particulièrement centrées sur le Bronze ancien.

 

Le Bronze ancien (-2 300 à -1 500) semble correspondre aux premiers forçages anthropiques sur le massif du Hohneck, via des défrichements par le feu. Cinq à six datations de charbons correspondent à cette période, dont cinq comprises sur une période de 200 à 300 ans. Ainsi aux Trois-Fours, on note la présence de Fagus sylvatica vers -1881/-1692, et Acer sp. vers -1870/-1611 qui accompagne le hêtre et le sapin. À cette même époque ont lieu les premiers défrichements des sommets : la présence au Bronze ancien, vers -1728/-1520 de charbon de Fagus sylvatica au sommet du Falimont, permet de considérer l'existence d'arbres et d'un premier défrichement par le feu.

Aux Trois-Fours, vers 1080 m d'altitude, la présence de Fraxinus excelsior entre -1680 et -1450 traduit soit l'existence d'une hêtraie-sapinière dans laquelle le frêne est disséminé ; soit son rôle de pionnier sur un terrain préalablement ouvert, puis abandonné. Quoi qu'il en soit, son feuillage constituant un très bon fourrage pour les animaux, il a peut-être été employé à des fins d'émondage (coupe des branches d'arbres ou de haies pour le fourrage des animaux) ou de pâturage sous forêt, à l’instar de ce qui est pratiqué en plaine d’Alsace dès le Néolithique.

Cette période correspond donc au développement des premières activités agro-pastorales. On notera à cet égard que l'exploitation de zones de haute montagne à des fins d'élevage extensif est attestée ailleurs, notamment dans les Alpes et les Pyrénées au-delà de 2000 m, en complémentarité des zones de piémonts. Un système agro-pastoral plus ou moins pérenne semble donc s'être mis en place au début du Bronze, un entretien régulier par le feu s'avérant sans doute nécessaire afin d'éviter l'envahissement des espaces pastoraux par des ligneux bas puis une reconquête forestière. La présence de différents objets archéologiques, même s'ils restent isolés, attestent d’ailleurs d’une présence de l'Homme plus importante sur les chaumes : un dépôt de haches du Bronze ancien au col du Bonhomme (qui pourrait d'ailleurs provenir d'un simple colporteur et ne marquer qu'un passage, le col reliant la vallée de la Meurthe à la plaine du Rhin), des pointes de flèche en silex et éclats de silex au Gazon du Faing (1295 m), au Falimont et au Rainkopf (1250 m), et une meule en grès au col du Schaeferthal (date indéterminée entre Néolithique et Protohistoire) ont été trouvés sur les sommets pour la période protohistorique. On note que ces découvertes mineures dans les vallées vosgiennes et les Hautes-Vosges s'opposent aux découvertes majeures faites en plaine. Il convient toutefois de noter que le Bronze ancien est très rare en plaine d’Alsace : l’intensification de l’utilisation des espaces montagnards par des défrichements et des brûlis ne peut pour l’heure être corrélée à des habitats en plaine. Enfin, on relève, dans le bassin-versant du Chitelet sur le versant Ouest du Falimont, des témoignages de deux crises torrentielles majeures, qui ont provoqué l'édification de cônes de déjection. On suppose que la seconde crise pourrait être en relation avec ces premiers défrichements sur les hauteurs. Cette crise torrentielle pourrait dater du Bronze ancien, période qui ne correspond d’ailleurs pas à une crise climatique.

 

Le noisetier, Corylus avellana, est présent au Rossberg vers -1 850 ± 35. Cette espèce étant héliophile, on la trouve préférentiellement soit dans des faciès forestiers très ouverts tels qu'une forêt naturelle ouverte ou une clairière naturelle ; soit dans des faciès arbustifs de (re)colonisation (anciens pâturages abandonnés ou friches). Sa présence à cette époque peut donc être interprétée soit par la présence d’une forêt relativement ouverte en raison de la présence de nombreux arbres morts (chandelles et chablis), soit par la présence d'une forêt déjà influencée par l’action humaine.

Dans le massif de la Forêt Noire qui culmine à 1492 m au Feldberg, les pâturages ont une extension plus restreinte que dans les Vosges. Une part mineure des « hauts pâturages » vosgiens et schwartzwaldiens est d'origine naturelle, mais les conditions du développement des espaces subalpins originels sont meilleures dans les Vosges, le climat y étant plus rude et l'anthropisation plus tardive.

 

La période du Bronze ancien soulève, à elle seule, certaines interrogations. En effet, alors qu’on trouve des traces de feux pour cette période au Hohneck (4 dates) ainsi que 2 dates à la transition Néolithique final/Bronze ancien, dont 1 au Hohneck et 1 au Rossberg, les traces d'anthropisation sont ténues en plaine d'Alsace. On notera en outre que les défrichements par le feu ne constituent pas un mode de gestion habituel dans l'Europe ancienne, du moins pas dans des environnements impropres à l'agriculture comme le sont les sommets vosgiens. Le mode de gestion connu est plutôt réservé aux zones basses avec des brûlis à finalité agricole (agriculture itinérante). Le mode de gestion ordinaire des zones forestières (dès le Néolithique) consistait plutôt en une exploitation extensive, à un pâturage sous forêt et à la pratique de l'émondage (coupe de branches d'arbres ou de haies pour le fourrage des animaux). On émet donc l'hypothèse d'influences orientales (steppiques) de populations étrangères qui auraient apporté avec elles de nouvelles techniques de défrichements et de gestion des pâturages d’altitude.

En outre se pose la question de savoir pour quelle(s) raison(s) les Hommes ont été amenés à monter sur les sommets vosgiens au Bronze ancien. Ces raisons ont-elles un lien avec leur faible présence en plaine d'Alsace à cette époque précise ? Quoi qu'il en soit, différentes raisons sont possibles. La plus probable est que le développement de l'élevage dans l'économie aurait amené les individus à pratiquer la transhumance et le pastoralisme en milieu montagnard, dès le début de la période protohistorique (ou peut-être dès le Néolithique), donc bien plus précocement que ce que l'on supposait pour les Vosges jusqu'à présent. La seconde hypothèse, puisque le pastoralisme est avéré, est liée au fait qu'une meilleure surveillance des troupeaux est possible, et à l'absence ou au moins à la raréfaction des prédateurs sur les sommets.

 

 

Les premiers défrichements anthropiques des forêts sommitales il y a 4000 ans environ ont entraîné des modifications importantes de l'écosystème. Ces modifications ont pu provoquer une (ou des) rupture(s) plus ou moins brutale(s), telle qu'une érosion des sols, induite par les défrichements et peut-être par le surpâturage. Le système est donc, depuis l'ouverture du milieu, maintenu dans un état de déséquilibre constant, même s’il tend en théorie vers un stade ultime d'évolution, à savoir le stade forestier mâture, en équilibre avec les conditions du milieu. Les facteurs externes et internes exercent en effet des pressions suffisantes pour maintenir ouverts les Hautes-Chaumes, que ces pressions soient constantes ou qu'elles soient fluctuantes au cours du temps. Ce sont principalement, depuis 4000 ans, les activités agro-sylvo-pastorales sur ces pâturages qui en sont les principales causes. En outre, depuis les premiers défrichements, les évolutions ont été telles que le défrichement des sommets au-delà de 1250/1300 m constitue aujourd'hui un processus "irréversible" (à court terme), et "réversible" à long terme seulement (une durée de l’ordre de 200 ans est nécessaire pour que de la forêt puisse reconquérir les espaces ouverts).

 

À Xonrupt-Longemer, on note un dépôt de l'Âge du Bronze (de -2 300 à -800) près du lac.

Les contes vosgiens rapportent le statut infâmant du lac qui était sans doute un lieu de culte païen, fort apprécié à l'époque gallo-romaine pour ses eaux purgatives soignant nombre de maladies, dont en particulier les coliques insidieuses et maladies digestives.

Les sabbats des sorcières avaient lieu au bord du lac de Longemer, le diable étant installé sur la Roche du Diable ou il s'asseyait à Balveurche (1 km à l’Est) sur les pierres moussues qui entourent la pelouse où dansaient les sorciers.

D'après les légendes du secteur, le Diable cherche à tenter les Hommes, à les entraîner à la damnation mais il ne peut les faire pêcher sans leur consentement (l'enfant du Beillard est enlevé par le Diable car le père le lui a donné). Le Diable peut prendre forme humaine mais il est vaincu par les formules du rituel ou par l'aspersion d'eau bénite, par les signes de croix du voyageur qui passe sous la Roche du Diable.

Les sabbats ordinaires avaient lieu chaque semaine dans la nuit du jeudi au vendredi ou du vendredi au samedi. C’était avant tout un rassemblement des esprits infernaux et des sorciers et sorcières autour de leur maître commun, le diable. On donnait à Gérardmer le nom de criki aux sorciers, foi qui était totale dans le Gérardmer d'autrefois (des procès de sorcellerie furent intentés à des géromois aux XVIè et XVIIè siècles). Ils se rassemblaient à la Roche du Criki, monolithe de plusieurs mètres de haut, près de la pépinière des Xettes, en aplomb du lac de Gérardmer. Ils possédaient généralement un grimoire dans lequel étaient inscrites toutes les formules destinées à guérir les maladies des Hommes ou des bêtes, à jeter des sorts, à se métamorphoser en animal. Ils sont les seuls à connaître le point exact où se trouve le tourbillon dangereux du lac de Retournemer qui entraîne les barques vers le fond.

Les fils Notre-Dame, ces légers filaments qu’on voit quelquefois, par une belle journée d'automne, flotter dans le calme azur du ciel, c'étaient autrefois les cheveux de Frigga (frickhaar), et aujourd'hui encore, lorsqu'il neige, on nous dit que c'est la Femme qui secoue son lit de plumes, c'est-à-dire la femme d'Odin, cette même déesse de l'air qui, dégénérée en sorcière, tamise la neige et le grésil. Quand on voit le nuage, frappé par les rayons du soleil, fondre en pleurs, et qu'il y a là comme un conflit de juridiction entre le soleil et la pluie, on dit que c'est le diable qui bat sa femme. C'est Frigga qui pleure sous la verge d'Odin, comme ailleurs c'était Junon suspendue en l'air par Jupiter en courroux. Il convenait que son altesse sérénissime résidât en haut lieu, à l'exemple d'Odin. Or, voici qu’une des plus hautes montagnes, à proximité de la Schlucht, est dans la forêt de Balveurche (nom qui fait penser à la Nuit de Walpurgis célébrée, entre le 30 avril et le 1er mai, dans toute l'Europe du Nord, pour marquer l'arrivée du printemps), au bord du lac, dans le miroir duquel la belle ne cesse de se mirer, dit-on, du matin au soir. On parle également d’Herra ou d’Hertha, la déesse qui va faire sa tournée nocturne dans les airs, mais qui ne fut regardée que comme un génie malfaisant dont on redoute l'influence maligne sur les animaux et sur les plantes.

C'était l'antique Isis sous un autre nom, la déesse de l'abondance. D'ailleurs, le mot hertha se prenait déjà dans le sens de « terre », mais surtout dans le sens de « terre boisée ». La nuit du 1er Mai est réputée la grande nuit des sorcières. Ordinairement, on donnait la représentation d'une lutte entre deux personnages figurant l'hiver et l'été. L'hiver tout naturellement succombait et était ensuite enterré, comme on enterre encore quelquefois le carnaval, tandis que l'été vainqueur et couronné de fleurs était conduit en triomphe en une espèce de cavalcade à travers la campagne, par laquelle on célébrait l'arrivée de la belle saison, représentée par le maigraf, qui était le héros de la fête.

La légende de l'arbre-géant, maléfique par son ombre gigantesque réduisant à néant toute vie végétale, animale et humaine, est révélatrice de la présence d'arbres-dieux, sanctuaires du paganisme, probablement des sapins remarquables et des hêtres multiséculaires divinisés, ainsi que des lieux de culte sacrificiel ou rituel d'animaux pour les augures, les fêtes calendaires de transition luni-solaire. Autrefois, toute la surface de ces montagnes était boisée, car on rencontre partout au milieu des pâturages, maintenant dénudés, des souches de sapins et de hêtres indiquant par leurs dimensions des arbres de la plus belle venue. Consacrées par le culte de nos ancêtres, les profondes forêts vosgiennes, dans le calme solennel de leurs massifs impénétrables à la lumière d'en haut, impriment au visiteur une sensation de religieux respect, plus intense, plus vif, que ne le font tous les édifices voués au culte divin par la main des Hommes. Quiconque sort des forêts reculées du Kolben, du Rothried, du Lauchen, du Hohwald et du Donon, doit comprendre le pieux frisson d’Ibycos à l’entrée du bosquet de Poséidon, chanté par des poètes grecs, car la nuit enveloppe presque, après avoir pénétré dans l'épais massif aux troncs plusieurs fois séculaires, d'une hauteur telle que le regard ne l'atteint pas, d'une taille que trois hommes ne peuvent embrasser. Pas un rayon de soleil ne passe à travers les dômes épais d'aiguilles touffues. C'est à peine si quelques rares gouttes y descendent. Un calme solennel vous entoure, interrompu seulement par le bruissement des cimes invisibles. Et quand les grands sapins étagés dans les profondeurs des vallées viennent à escalader les pentes en s'éclaircissant davantage, leur position élevée semble accroître leur taille. Ils montent superbes dans l'azur du ciel ou dans l'air chargé de brouillards. Beaucoup se tiennent audacieusement sur les rochers, où la subsistance semble devoir leur manquer. Étreignant leur base avec force contre leurs vigoureuses racines, ils bravent les tempêtes et la foudre. L'arbre-géant des contes et légendes est détruit finalement, par une collusion agressive des oiseaux et mammifères armés du "bon dieu", non sans victimes ni holocauste animaux. Ainsi l'accès à la vie spirituelle passe par la libération et la double-lumière de l'espace christique né - de sève et de sang - du lac. La violence destructrice monothéiste, puis l'abandon de cet ancien lac-sanctuaire englobé anonymement dans la foresta mérovingienne n'a pas empêché la reprise timide, puis autorisée apparemment au Xè siècle par l'évêque Gérard de Toul, des rares ruines-sanctuaires dévastées par le zèle fanatique des premiers chrétiens.

 

2,5 km au Nord-Est du Col de la Schlucht, la tradition veut que les sorcières de la vallée se donnaient rendez-vous, certaines nuits, au Wurzelstein, comme au Grand Hohnack (visible 10 km à l’Est). Les deux Wurzelstein, le grand et le petit, se dressent sur le rebord des pâturages. Des gnomes garants de la terre, associés à la fertilité et à la production des fruits, le plus connu est le Wurtzel. Le grand Wurzelstein, appelé Haut-Fourneau par les montagnards lorrains, s'élève tout droit comme une cheminée gigantesque au-dessus du niveau des chaumes. La tête de ce monolithe, que la foudre accable souvent de ses coups, comme attirée par la pointe d'un paratonnerre, présente maintes fissures. On trouve en contrebas les pâturages avec leur réserve de prés fauchés pour les mauvais temps de l'automne, quand tombent les premières neiges. Autour des pâturages s'étend un rideau de sapins. Tout cela constitue le chaume du Nishmein.

 

 

Les territoires de moyenne montagne, que l’on peut penser a priori très faiblement anthropisés, subissent en réalité une intensification des économies de montagne, et une importance croissante du pastoralisme, surtout à partir du Bronze moyen (de -1 500 à -1 300). On retiendra donc que l'Âge du Bronze est une étape majeure de la construction des paysages.

Pourtant, le Bronze moyen et le Bronze final semblent caractérisés par une diminution des pressions anthropiques sur le massif du Hohneck. Cette diminution pourrait être soulignée par l'apparition des premières landes consécutive à l'abandon des pâturages. La présence de Calluna vulgaris et Vaccinium sp., caractéristiques de pâturages mal entretenus, l'atteste.

 

On remarque, dans le lit majeur de la Moselle à Crévéchamps, un important niveau d'occupation au Bronze moyen puis du Bronze final au Premier Âge du Fer, dont l'apogée a lieu respectivement vers -1 450/-1 250 et -800/-400 environ. Ce niveau traduit la stabilité et le "calme" hydrologique du cours d'eau, en relation avec un relatif assèchement au Subboréal. De même, au Bronze, on note une absence de sédiments dans les principales vallées de la Forêt Noire, donc des conditions particulièrement stables, malgré un climat plus humide et plus frais en deuxième partie du Bronze.

La stabilité hydrologique des cours d'eau survient au moment de la dégradation climatique du Bronze moyen, au cours de laquelle le climat devient plus humide et plus frais. La diminution de pression ressentie au niveau des chaumes est-elle en lien avec cette dégradation ? Il est difficile de corréler ici rôle du climat et anthropisation du milieu.

 

 

Au Bronze final (-1 300 à -800), la présence de frêne, Fraxinus excelsior aux Trois-Fours entre -1 300 ± 35 et -1 260 ± 35, permet une double interprétation : étant toujours disséminé dans les peuplements, il peut traduire l'existence d'une hêtraie-sapinière, accompagnés éventuellement de chêne, d'aulne, etc ; cette espèce, exigeante en lumière, en humidité de l'air et en richesse du sol, et bien que sensible aux gelées de printemps, peut parfois jouer un rôle pionnier de terrains abandonnés. Depuis -1 000 environ, il n’y a pas eu de forêt sur les sols des chaumes « primaires » et « secondaires » du Hohneck et sur les sols des stations prairiales et forestière du Rossberg.

Cette période voit d’ailleurs la prolifération dans les diagrammes palynologiques de Plantago lanceolata, Rumex acetosella, Urtica sp., etc, espèces rudérales des friches, à la fin du Bronze final.

On suppose le développement d'activités pastorales et de la transhumance à la fin du Bronze final. Le -VIIIè siècle, soit la fin du Bronze final, est marqué dans nos régions par une importante péjoration climatique : augmentation de l'humidité et nette baisse des moyennes de températures. Ce mouvement climatique d'assez longue durée aurait eu pour effet une régression des cultures et un épanouissement des activités pastorales ; on émet des hypothèses de mouvements de transhumance sur les hauteurs.

 

 

À la transition Bronze/Fer, les conditions climatiques deviennent plus fraîches et plus humides (dégradation du Premier Âge du Fer), ce qui provoque une incision des cours d'eau dans le Sud du Bade-Wurtemberg. En Forêt Noire, on note des déforestations pour la première fois à une échelle aussi large à l'Âge du Fer.

Les premiers défrichements du Bronze ancien - du moins supposés être les premiers - ont été suivis par plusieurs phases alternant entre abandons et redéfrichements secondaires, plus tardifs. Les derniers défrichements datent de l'Âge du Fer, ceux qui interviennent plus tard dans l'histoire ne sont la plupart du temps que des reconquêtes sur des zones momentanément abandonnées. C’est lors de la même période du Hallstatt, de -750 à -450, qu’on note la deuxième phase de défrichements par le feu au Falimont, l'extension s’étant faite à partir des sommets et clairières précédemment défrichés. La Tène (Deuxième Âge du Fer), à l'inverse, n’est pas ou faiblement représentée dans le massif du Falimont en terme de datations.

Dans ce contexte, les résultats vosgiens attestent de défrichements sur les sommets au Hallstatt (Premier Âge du Fer), même si quatre dates seulement sont à rapporter à cette phase. On notera en particulier la présence de hêtre au col du Falimont et celle d'érable sur son sommet, sur des espaces censés être des chaumes « primaires », tout comme au sommet du Falimont on notait la présence de hêtre 1000 ans plus tôt. Le Premier Âge du Fer semble donc caractérisé par le réemploi et le maintien des espaces ouverts précédemment à l'Âge du Bronze ancien ; l'extension des espaces sommitaux ou de clairières au détriment de la forêt adjacente, dans des secteurs assez favorables (en témoigne la présence de Fagus sylvatica au sommet du Falimont) ; l'exploitation supposée des forêts, voire le pâturage sous forêt ; la présence de landes à callune et/ou à myrtille en cas d'abandon ou de sous-pâturage attestée par des feux d'entretien, mis en évidence par la présence de Vaccinium uliginosum sur le Falimont.

 

Les toponymes alsaciens et lorrains peuvent constituer un apport intéressant dans la connaissance de l'histoire de l'anthropisation des milieux lorsqu'ils se rapportent aux différents modes de mise en valeur et d'exploitation de l'espace : défrichements par essartage (équivalent de la culture sur brûlis : mode de défrichement de la forêt par abattage, brûlis de branches, puis ensemencement presque direct), défrichements par le feu, présence de mines, de fonderies, etc. Les suffixes les plus courants tels que « -rodern », de l'allemand « défricher », « -rott » et « -hart » font allusion à des défrichements, tout comme le verbe allemand « kerben ». La toponymie peut aussi traduire l'utilisation du feu, en dehors de la fabrication de charbon de bois. Pour preuve, l'utilisation de toponymes originaires de l'allemand « brennen », « brûler » sont courants, tel le terme Brand. De nombreux autres termes constituent des indices de localisation de mines (« Grum », « Grund »), de fonderies (« Schmeltze ») ou encore de forges (« Schmitt »).

 

Celtique d'origine, la dénomination de la chaîne a subi seulement des modifications légères dans la langue des différents peuples qui y ont passé tour à tour. Le Vogesus des historiens grecs et latins comme les Wasichen, le Wasgau, les Vogesen des Allemands désignent le vaste ensemble des montagnes qui, pivotant sur le Ballon d'Alsace, se dirigent d'une part vers le confluent du Rhin et de la Moselle, de l'autre vers le plateau de Langres. Le Mercure gallo-romain recouvre en fait, sur le plan régional, un dieu gaulois, un Teutatès, dieu protecteur du peuple et la communauté. Une inscription, imparfaitement connue, indique peut-être que ce dieu au cerf est une forme de ce Vogesus, dieu local très mystérieux représentant l'esprit de la montagne.

 

Les Gaulois s’étaient adonnés avec zèle à l’entretien des porcs et les paysans les laissaient errer dans de vastes chênaies autour des habitations. Les Celtes l’appelaient Eberswin. Une tradition conservée dans les montagnes de Munster nous montre Charlemagne chassant le chamois dans les rochers du Montabey.

La Pierre Charlemagne, à proximité du Saut des Cuves (restes rocheux glaciaires : succession de cascatelles, ponctuées d'eaux bouillonnantes), porte la trace d'un pied du cheval de l'Empereur, mais on peut aussi supposer que ces empreintes sur des roches sacrées pourraient être des marques symboliques de la gracieuse divinité celtique Épona (« Grande jument »), protectrice des chevaux. Épona est également liée au culte des sources aux flots hennissant et bondissant comme des cavales, ses sources naissant parfois des coups de sabots des animaux divins. Représentée par une jument et une corne d'abondance, elle est la grande déesse cavalière ou déesse jument, une émanation de déesse-mère, célibataire, mobile et pourvoyeuse des âmes, qui orchestre le passage du monde des vivants au monde des morts.

 

 

Diverses preuves de l'évolution vers un milieu ouvert peuvent être notées, prouvant des défrichements secondaires protohistoriques du Premier Âge du Fer. En particulier, les pollens du Tanet, au Nord du col de la Schlucht, indiquent une forte augmentation des NAP (Non Arboreal Pollen : graminées non forestières) un peu avant la transition Hallstatt/La Tène (vers -550) et une augmentation brutale - voire parfois une apparition - d'espèces, principalement de Pteridium et de Plantago lanceolata.

Dans le massif du Tanet, donc relativement en altitude (1230 m environ), sur le versant Ouest de la crête principale, on trouve des pollens d'arbres, de céréales et des NAP (Non Arboreal Pollen) d'altitude, Poaceae et Cyperaceae exclues. On note vers -500 une rupture, se traduisant par une légère augmentation du NAP (graminées non forestières). L'augmentation de cet indice est liée à l'apparition d'indicateurs de milieux anthropisés tels que Plantago lanceolata ou Pteridium, et dans une moindre mesure de Rumex acetosella.

On remarque l'apparition des landes à callune, généralement au début du Subatlantique, soit depuis -500. On peut corréler cette régression forestière aux activités humaines, en mettant notamment en évidence l'apparition de pollens indicateurs d'activités humaines (céréales, plantains dont Plantago lanceolata). Pourtant, dans le massif du Falimont de -450, la faible anthropisation a créée les conditions favorables au réenfrichement des pâturages, à partir de fronts pionniers.

 

On remarque dans la vallée de la Moselle une stabilité hydrologique du cours d'eau jusqu'à la transition Hallstatt/La Tène vers -450. À partir de là, les inondations reprennent. Un parallèle avec la Forêt Noire peut être tenté. Des traces attestent pour la première fois de l'existence de déforestations à grande échelle en Forêt Noire, qui concourent à une augmentation significative des aires agricoles, provoquant une déstabilisation des versants et une phase érosive consécutive aux mises en culture des versants. Cette dynamique de crise alluviale pourrait être corrélée à la dégradation climatique du Premier Âge du Fer, les conditions devenant plus fraîches et plus humides.

 

 

À la période de La Tène (-480/-450 à la conquête romaine), l'influence humaine croît avec les densités de population : diminution de la forêt, augmentation des aires agricoles, activités minières..., ce qui provoque des effets sur la végétation et les processus géomorphologiques, créant une augmentation de l'érosion au pied de la Forêt Noire. De même, on note l'existence de 5 à 6 m de dépôts de sables et de graviers holocènes, comprenant du matériel archéologique de La Tène et historique, ce qui traduit un remblaiement rapide d'un ancien chenal principal du Rhin en plaine. On note en effet un retour des inondations durant une partie du Subatlantique, à partir de -400.

 

Les premières occupations humaines notables dans les Basses-Vosges sont datées du -IIIè siècle (camp de La Bure, Pierre d'Appel). Pourtant, dans les Hautes-Vosges, on remarque une absence de traces de charbons s'étalant au minimum de -240 à 980. Cela atteste soit d'un éventuel abandon des pâturages crées, agrandis et exploités précédemment au cours de la Protohistoire, soit de pratiques de défrichements excluant l'utilisation du feu, tels que l'essartage (défrichement de la forêt par abattage, brûlis de branches, puis ensemencement presque direct).

Hormis une date d'Acer sp. au Falimont au début de La Tène, cette période du Deuxième Âge du Fer est une période "vide" de données anthracologiques dans le massif du Hohneck. On sait par ailleurs qu'à la période de La Tène, l'influence humaine croît avec les densités de population, principalement en plaine. S'ensuivent une diminution des espaces forestiers, une augmentation des aires agricoles et des activités minières... ce qui provoque des effets sur la végétation et les processus géomorphologiques. Ces faits sont attestés d’une par l'augmentation des pollens d'espèces d'environnement non arboré (NAP) vers -550 dans la tourbière du Tanet, ce qui soulève la question de l'existence de traces d'activités agricoles ; deuxièment, par une augmentation de l'érosion au pied de la Forêt Noire liée à des changements environnementaux. On note par ailleurs dans la vallée de la Moselle une reprise des inondations à partir de -400, soit au début de La Tène.

 

 

La comparaison des massifs du Hohneck et du Rossberg souligne l'existence d'oppositions de phases certaines : les âges des défrichements n'y sont pas identiques. Les périodes de feux apparaissent au Bronze ancien et au Hallstatt (plus le Bas Moyen Âge) au Hohneck, alors qu'elles apparaissent aux périodes du Bronze final et de La Tène (plus le Haut Moyen Âge) au Rossberg. Si ces oppositions témoignent bel et bien de la perte de sensibilité climatique, elles ne sont pas pour autant aisément explicables. Elles attesteraient de l'influence locale des populations, et non d'une influence régionale des modes d'exploitation des pâturages.

 

D'Urbès (au pied du col de Bussang, route stratégique importante de Bâle à Metz) à La Poutroye, la lisière de la chaîne reste en dehors de la civilisation. On peut soutenir qu'il s'y trouvait de petites agglomérations celtiques, mais ces habitants auraient été en nombre trop minime pour songer, tandis qu'autour d'eux la pente des contreforts leur fournissait de spacieux pâturages, à escalader périodiquement, avec leur bétail, l'abrupte muraille de l'arête. Si ces gaulois montaient sur la ligne des Hautes-Chaumes, ce n’était que pour des séjours temporaires, au cours de luttes, d'invasions. Une pensée religieuse pouvait également les y conduire, et c'est par la pente abrupte des Hautes-Vosges qu'ils auraient abordé la chaîne. Ils appartenaient aux cités Séquanes qui contrôlaient un vaste territoire correspondant aujourd'hui à la majeure partie de la Franche-Comté, entre la Saône, la Bresse, le Jura, les Vosges et le Sundgau, des Triboques de la plaine d'Alsace ou des Rauraques [ils tirent leur nom de l'Araura, l'Aar suisse actuelle ; leurs villes principales étaient Augusta Raurica (Augst) comme chef-lieu, Basilia (Bâle), ainsi que Argenluaria (Artzenheim), Argentovaria (Horbourg-Wihr) et Biesheim près de Colmar], non à celle des Leuques (ils appartenaient à la zone dite du "denier", zone économique du centre-est de la Gaule, leur territoire très allongée étant limité à l’Est par la ligne des sommets vosgiens).

 

 

La présence au Rossberg de trois charbons de genévrier (Juniperus communis) datés de -210 ± 30, -135 ± 30 et -113 ± 35 est probante. Cette espèce ne se rencontre jamais en forêt. Elle est caractéristique d’espaces ouverts abandonnés, en particulier des pâturages et parcours. Ainsi, on la rencontre actuellement en abondance sur les chaumes sous-pâturées du Petit-Ballon. Sa présence atteste de l’existence des chaumes avant les -Ier et -IIè siècles, que celles-ci ont subi vers les -Ier et -IIè siècles une phase d’abandon, suivie d’une réouverture délibérée par le feu. L'antériorité de l'existence des pâturages à la période de feu ne fait aucun doute, étant donné l'écologie du genévrier, qui est à la fois héliophile, résistante au froid et à la sécheresse.

 

Depuis les défrichements "primaires" protohistoriques, la reconquête du milieu par la forêt a été plus tardive sur les espaces sommitaux. Ces espaces ont donc évolué plus longtemps sous pâturage.

Seul Populus tremula (tremble) semble être présent au début de notre ère sur les contreforts vosgiens et les sommets (jusqu’à 1330 m), P. nigra et P. alba restant plutôt confinés à la vallée du Rhin et à la plaine d’Alsace. Or cette espèce exigeante en lumière, est caractéristique des lisières et des clairières. Sa présence traduirait donc un abandon des chaumes sur un versant qui, 150 à 250 ans auparavant, était envahi par du genévrier commun. La phase de feu s’opposerait à nouveau à cet abandon.

Le genre Genista, trouvé au sommet du Hohneck, est représenté par des espèces de sous-arbrisseaux, héliophiles, croissant sur les pelouses, landes, lisières ou parfois sous forêts claires (G. tinctoria, G. germanica). Leur présence est donc un signe de milieu plutôt ouvert.

On remarque d’ailleurs l'apparition d'indicateurs d'activités agricoles avec l'apparition des céréales (Cerealia) et de Humulus, au début de notre ère, même si ces plantes restent encore très ténues et n'apparaissent que de manière ponctuelle.

 

Pour mémoire, on rappellera que saint Dizier s'établit, vers 672, ad desertum Vosagi ; de même, les moines qui fondèrent Murbach, Munster, Massevaux, au VIIè et au VIIIè siècles, bâtirent leurs cellules dans des lieux déserts : in heremo vasta, que Vosagus appellatur, « Dans ce vaste désert qu’on appelle les Vosges ».

 

Commenter cet article