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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Sites archéologiques et surtout traces des esprits celtiques dans la géographie symbolique de Soultzmatt (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

Sites archéologiques et surtout traces des esprits celtiques dans la géographie symbolique de Soultzmatt (https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

 

Dans la région, les vallées sont toutes perpendiculaires à la crête vosgienne centrale et ne la traversent pas, de sorte qu'il n'y a pas de route naturelle d'Alsace en Lorraine à travers les Vosges. Les principaux chemins humains sont ceux de Saint-Amarin et de Munster. Les autres, moins considérables, sont notamment celles de Soultzmatt, de Guebwiller et de Masevaux. D’ailleurs, le Val de Soultzmatt, réputé pour son eau de source, est dénommé Vallis Praenobilis (« vallée hautement noble ») dans les textes anciens pour sa situation extraordinaire, son microclimat méridional et la richesse de son sous-sol.

 

À Soultzmatt, on a découvert au lieu-dit Blumenstein (entre les mamelons du Pfingstberg et du Heidenberg, à proximité des sources minérales) une importante masse de silex du Muschelkalk (ou calcaire coquillier : partie du Trias germanique daté d'environ -235 Ma à -245 Ma et situé entre le Keuper et le Buntsandstein/grès bigarré, ce dernier se retrouvant dans quelques parties sédimentaires des Vosges et prenant naissance sur le flanc Est de la Forêt-Noire), dont beaucoup paraissent travaillés, mais la matière est ingrate et se taille très mal. Par la présence de burins sur troncature et de pièces d'assez petite taille, cette industrie s'apparente aux faciès de l'Épipaléolithique (aux environs de -10 000).

 

Une hache de forme foliacée taillée en silex gris clair zoné a été découverte en creusant les fondations d'une maison à Soultzmatt. Les dimensions de cette pièce exceptionnelle sont les suivantes : longueur totale de 180 mm, au 1/3 de la longueur la largeur est de 67 mm pour 15 mm d’épaisseur ; au 2/3, la largeur est de 48 mm pour 25 mm d’épaisseur. Les enlèvements sont plats et envahissants. La retouche secondaire, plus abrupte, a permis de régulariser les bords tranchants, qui sont d'une parfaite symétrie. Cette pièce ne présente ni fracture, ni ébréchure et ne porte aucune trace d'utilisation. Le fil tranchant est convexe symétrique, très proche du demi-cercle. En Suisse, ces haches en silex taillé ont été généralement trouvées dans des cistes qualifiées du type de Chamblandes, attribuées aux cultures néolithiques de Cortaillod (entre environ -4 500 et -3 500). On avait déjà découvert une hachette polie près de Soultzmatt.

 

 

Le nom de Soultzmatt peut s'expliquer par la présence d'une source au goût acide et salé, coulant dans la prairie (Sulz pour « sel » et Matte pour « pré »). Six sources d'eau minérale y furent découvertes. Nichée dans un creux du Piémont, au cœur d'une vallée boisée et verdoyante de prés, entourée de superbes coteaux, Soultzmatt-Wintzfelden est le lieu privilégié des amateurs de nature. D’ailleurs, le Schaefferthal (« Val du Pâtre »), ces riants coteaux du Paradis et du Himmelrich (« Riche ciel ») rappellent le séjour des dieux.

 

Le Menhir du Langenstein (« Pierre Longue ») est un des plus grands menhirs de la région. Il est situé près de la source du Schaeferthal et non loin du dolmen naturel du Grossfels (un « Grand Rocher » entre deux blocs rocheux laissant une faille de 60 cm entre eux, site panoramique surplombant Soultzmatt et offrant un panorama sur la plaine d'Alsace). À Soultzmatt, il faut prendre la direction de Wintzfelden, puis après les sources minérales, prendre à gauche en direction de Schweighouse et de Buhl. Arrivé à la Gauchmatt, on emprunte un chemin qui mène à cette pierre située au pied du massif du Grosser Pfingstberg (un des cinquante-et-un grands crus du vignoble d'Alsace).

Ce monolithe en grès rose extrêmement caillouteux, ou poudingue, se dresse dans un sentier boisé, non loin du cimetière roumain dans la vallée des bergers. Il fut érigé à cet endroit en 1906 par un archéologue passionné, l'industriel Kessler, qui reconnut dans ce bloc un menhir renversé, afin que les curistes, se promenant au-dessus des thermes de Soultzmatt, puissent l'admirer (le menhir était auparavant sur une hauteur voisine du Bollenberg, soit directement en face sur le mont St-Blaise ou sur le Pfingstberg qui domine la source de St-Gangolphe). De tels monuments sont très rares en Alsace.

Ce menhir mesure 3,75 mètres de haut et possède une base presque carrée avec une largeur d’environ 1 m. La légende conte que durant les nuits de pleine lune, les fées ou des Dames blanches viennent danser autour et durant cette cérémonie, la pierre se mettrait à tourner sur elle-même. Dans le folklore ancien, il s'agit de fées, moitié déesses, moitié sorcières. Elles ont une parenté évidente avec la reine Guenièvre (du mot gallois Gwenhwyfar signifiant « le blanc fantôme », « la dame blanche » ou « la blanche fée ») de la légende arthurienne et la fée Mélusine [femme légendaire du Poitou, d'Alsace, de Lorraine, de Champagne, du Luxembourg et d'Allemagne. Très ancienne, elle est la « mater lucina » romaine qui présidait aux naissances, ou une divinité celte, protectrice de la Font-de-Sé (fontaine de la soif). Il pourrait également s’agir de la Lyké des Grecs, de la Mélugina des Ligures ou de la Milouziena des Scythes, dont le peuple serait issu d’Héraclès et d’Échidna, elle-même ayant une queue de serpent et des ailes de chauve-souris. Pour les Gaulois, elle serait plutôt une sorte de Parque du nom de Mélicine (« la tisseuse »), d’où le thème de la destinée, très présent dans son mythe]. Elles habitent les nuits des landes et les forêts. La dame blanche annonciatrice d’une mort prochaine est la transposition continentale de l’ancien mythe irlandais de la banshee, repris dans la légende de la fée Mélusine.

 

À 3 km au Nord-Ouest, un lieu de culte devait sans doute exister au Schwartzenthann Wintzfelden, sachant que Wintzfelden, « Champs des vents », signifie le souffle d'Odin.

La chapelle dite du Schaeferthal, pèlerinage autrefois assez fréquenté car la Vierge Marie serait venue en aide à un berger lors d'une sécheresse qui menaçait son troupeau en faisant couler une source, se trouve sur un méplat de la clairière aménagée près de la Gauchmatt, sur les hauteurs boisées à l'Ouest de la commune sur la route reliant Wintzfelden et Orschwihr.

 

Le menhir du Langenstein pourrait être aligné avec le site de hauteur du Hohlandsbourg (surveillant l’entrée de la vallée de Munster) daté de l'Âge du Bronze, les filons métallifères du petit vallon de l'Erzenbach (Silberthal) à Steinbach, le menhir de Heidenbuckel (il y avait un haut lieu de culte sur cette colline) et les rangées de pierre de l'Appenthal orientées Sud-Nord.

4 km au Sud, de l’autre côté du Schimberg donnant sur la vallée de Guebwiller, l'Appenthal est un double alignement en forme de Y avec 39 pierres jusqu'à 1,3 mètre de haut suivant 7 lignes (quatre rangées formant deux "V" imbriqués). La plupart des pierres a environ 50 cm de haut et un banc occupe le centre, où d’autres pierres devaient être plantées. Les menhirs sont alignés Nord-Sud et du Nord-Ouest au Sud-Est, les deux alignements ayant une légère courbure. La branche Sud-Est / Nord-Ouest est visiblement alignée sur le lever du soleil au solstice d'hiver et l'autre branche Sud-Nord est alignée sur le coucher du soleil à cette même période. Les menhirs d’Appenthal sont en France les alignements les plus à l'Est qui soient connus à l'heure actuelle.

 

5 km au Nord-Est du Langenstein, la Pierre du diable/du Teufelstein à Pfaffenheim est un gros rocher - qu'un arbre enlace de ses racines - comportant quelques cupules et comme une forme de siège. Comme dans beaucoup de pèlerinage marial, le diable n'est pas loin. La légende raconte que le diable, pour empêcher la construction du sanctuaire (chapelle du Schauenberg) et retrouver son influence sur la forêt et les pierres druidiques, aurait lancé une grosse pierre sur le chantier afin de détruire l'édifice. C'est alors qu'un miracle se produisit, la pierre devenant subitement molle au moment où il la soulevait. Il ne put l'envoyer, et ses griffes laissèrent de profondes marques dans le rocher. Depuis, cette pierre boucherait une des entrées de l'enfer.

À 100 m, la Table des Druides se trouve au lieu-dit Schauenberg. Signifiant « l'habitat du prêtre », ce lieu est certainement un lieu de culte druidique, les origines de Pfaffenheim étant sans doute liées à la présence des Celtes dans la région. Il s’agit d’un affleurement de grès qui forme une petite falaise orientée Est / Nord-Est, dont l'érosion a détaché de nombreux blocs. Ces blocs gisent le long des flancs de la montagne. Trois d'entre eux sont positionnés de manière bien singulière. Ils forment une table de pierre, arrangement tout à fait naturel dû à un heureux hasard. La petite dalle surmontant la dalle horizontale du "dolmen" ainsi que la dalle verticale disposée perpendiculairement à la chambre sont par contre les témoins d'un aménagement humains de cet ensemble. La plateforme située à côté du "dolmen", faisant face à l'Est, a dû servir à des cultes solaires comme en d'autres lieux des Vosges. Protégé par une triple enceinte "énergétique", que l'on peut deviner par la présence de portes délimitées par des rochers en grès, cet ancien lieu de culte est très puissant. Le sentier d'accès forme un labyrinthe, nécessaire pour la mise en fonction des pierres du dolmen. Il faudra passer par les différentes portes, à condition de s’en échapper de temps en temps. Un peu plus haut, on arrive sur une sorte de plateau auquel on accède par des marches succinctes taillées dans la roche. Il semblerait que ce fut là que les druides officiaient. L'utilisation du lieu a dû persister au cours du temps, nécessitant la création du pèlerinage marial et la légende de la "Pierre du Diable" pour l'éradiquer.

La montagne qui fait face au Bollenberg du côté d'Orschwihr, le Liebenberg, rappelle une fois de plus le souvenir des géants. Autrefois le peuple, qui ne pouvait se rendre compte du phénomène des blocs erratiques, les appelait lübbensteine, « pierres des géants ». On avait bien remarqué qu'elles n'étaient pas à leur place première, qu'elles venaient de plus loin, de fort loin souvent, et l'on s'imaginait alors qu'elles avaient été lancées par une puissance surnaturelle. Aurait-on cru voir quelque chose de semblable dans ces blocs de grès qui jonchent le terrain calcaire du Bollenberg, comme si une main de géant les eût lancés là par-dessus le vallon ? Le génie du Ruhfelsen se plait encore à ce jeu, et en plus d'un endroit, comme au Schauenberg, le diable aussi s'en mêle. C'est pourquoi diable et géants ont toujours été considérés comme de puissants constructeurs. Les Titans n'ont-ils pas entassé montagnes sur montagnes, c'est-à-dire nuages sur nuages, pour escalader le ciel ? Apollon lui-même, quand il se joint à Neptune, quand le soleil s'unit à l'eau, construira une cité en l'air. Ces géants-là n'ont pas cessé d'agir, les forces de la nature ne sont pas toutes rentrées dans le repos ; car aujourd'hui même, quand les glaces flottantes des mers du Nord se détachent du rivage à l'époque du dégel, quantité de rochers sont arrachés avec elles et transportés au loin. Mais autrefois, lorsque les plaines du continent étaient encore sous eau, c'était un phénomène plus général, témoin les blocs innombrables qui, détachés des monts scandinaves, jonchent le sol de l'Allemagne septentrionale et de la Russie. Le Jura même a le flanc couvert de blocs du côté des Alpes, d'où il les a reçus. De même aussi, tout le long de la chaîne des Vosges, alors que la vallée du Rhin ne présentait encore qu'un lac immense environné de bancs de grès, leurs falaises devaient être ébréchées à chaque débâcle par les glaçons qui s'en détachaient. De là ces blocs sans nombre que l’on rencontre aujourd'hui, particulièrement dans les lieux incultes, en aval de toutes les montagnes de grès. Souvent aussi ce ne sont que les débris d'une falaise écroulée, qui ont pu glisser peu-à-peu jusqu'en bas, à mesure que le pied de la montagne était déchaussé par le courant. Ces derniers blocs, comme ceux que la glace a entraînés plus loin, n'ont rien de commun d'ailleurs avec les débris qui composent les moraines au fond des vallées. Ces moraines, en effet, sont l'œuvre d'anciens glaciers en tout semblables à ceux de la Suisse, et qui, dans leur progression lente mais irrésistible, entraînaient tout, rochers et terre, pour venir se fondre dans la vallée en y amoncelant leur butin en forme de digues. On rencontre encore une troisième sorte de blocs isolés, mais point erratiques : ce sont les restes de quelque dépôt, les débris d'un banc de grès qui, disloqué par le soulèvement de son sous-sol et n'opposant pas assez de résistance à l'action continue des eaux ou de l'air, a disparu en ne laissant sur place, comme un cadavre, que les parties les plus dures de sa charpente osseuse. Les blocs du Bollenberg doivent donc être rangés dans la première espèce, et le Kastelberg, avec ses pentes abruptes et ses hautes falaises, indique clairement où ces blocs ont dû s'embarquer, en même temps que ces plateaux qui se correspondent si bien à l'entrée du Florival, montrent encore, par la gradation de leurs niveaux comme par la nature de leur composition, les lents soulèvements qu'a éprouvés depuis cette époque le sol de la contrée. Après cela, que les blocs en question aient servi au culte druidique, comme on l'a prétendu encore, il est assurément permis de le supposer.

 

 

Odin, Thor et Balder, tels étaient les trois grands dieux de la Germanie, ce qu’on pourrait appeler la trinité du Nord. Ce qui n'empêche pas que l'un ou l'autre ne soit remplacé quelquefois par quelque proche parent, comme Balder par Freyr, ou Thor par Heimdaller, dieu de l'orage aussi, puisqu'il est armé de dents de feu et qu'il sonne de la trompe, comme gardien du pont céleste de l'arc-en-ciel. Au reste, il en est de la mythologie allemande ou scandinave comme de toutes les autres : peu de figures y sont bien dessinées, peu de caractères bien définis, bien tranchés. Chacune des trois divinités occupait précisément la place respective qui lui avait été assignée dans l'ordre hiérarchique : Odin au centre, Thor à la droite et Balder à sa gauche. C'est encore la position respective de leurs successeurs : saint Michel/Odin à Guebwiller, saint Pierre/Thor dans la vallée de Rimbach et saint George/Balder dans la vallée de Soultzmatt.

 

 

À l'entrée de Westhalten et du Val Saint-George, le Bollenberg est une colline de 363 mètres d’altitude bien connue pour être un lieu fréquenté par une société essentiellement féminine structurée selon des critères égalitaires et matriarcaux où le savoir se transmettait de mère en fille, de génération en génération, de sorcière « initiée » à « adepte » nouvelle recrue. Dans le folklore européen, on dénomme sabbat les assemblées nocturnes de sorcières, lesquelles donneraient lieu à des banquets, des cérémonies païennes, voire des orgies. On sait par la Bible que ce terme vient du mot hébreu Shabbat, dérivé probablement étymologiquement du chiffre 7. Celui-ci a une grande importance dans la Bible et dans les mythologies égyptienne et babylonienne, liées aux observations des astres. Avec les débuts de l’agriculture se développent les cultes agraires liés à la fertilité, qui perdureront durant toute l’antiquité. À partir du Néolithique, avec la naissance de cultes liés à l’observation des astres et leur adoration en tant que divinités, la danse en cercle, un flambeau en main, fait sans doute son apparition. Dans la tradition la plus ancienne, le sabbat avait lieu dans la nuit du jeudi au vendredi : on y arrive alors avant minuit pour partir à l’aube. Les solstices, les équinoxes, sont des dates importantes, comme le 2 février, le 1er mai ou le 1er novembre. Célébration des forces vitales de la Nature incarnées par le dieu cornu, symbolisé par le cerf ou un autre animal à cornes tel le bouc ou le taureau, et dès les origines certainement personnifié par le chaman de la tribu s’ornant de ses attributs et portant un masque figurant l’animal, maître de la cérémonie, il s’agit d’un spectacle dont les participants sont les acteurs. Aussi la cérémonie se compose-t-elle d’un banquet où l’animal, de la préhistoire à l’antiquité, était sacrifié et consommé sur place. Des drogues extraites de plantes ayant un effet hallucinogène y étaient certainement consommées pour parvenir à la vision extatique durant la danse rituelle. En certains cas, chez les primordiaux, une victime humaine, capturée dans une tribu ennemie, était probablement sacrifiée, d’où le cannibalisme parfois évoqué.

Cette pratique, tolérée par le christianisme conquérant mais pas encore enraciné en profondeur dans la société rurale (le christianisme ne s’y étant pas implanté du jour au lendemain et le Nord de l’Europe et les pays slaves ne furent guère christianisés avant l’an mille), va être perçue comme une forme d’hérésie et combattue comme telle au fur et à mesure que les participants vont devenir plus nombreux. Or ils vont le devenir, et le sabbat va drainer, du fond des campagnes, les déshérités de tout poil et de toutes origines, les mécontents et les malheureux, les déçus de la religion officielle, par le biais du bouche-à-oreille. Il s’agit alors plutôt d’un festin où les drogues et la boisson ont certainement leur rôle (il suffit de penser au joli champignon rouge à pois blancs qu’est l’Amanita muscaria, présent dans l’iconographie des fables). On vient dès lors au sabbat pour oublier des conditions de vie difficiles, pour manger à satiété et faire la fête. Et si le "diable" y fait son apparition, masqué comme il se doit, pour y mener la danse, c’est bien souvent à un rebelle contre l’ordre établi qu’il fait penser. Dans les procès-verbaux des tribunaux de l’Inquisition, il est généralement décrit comme affable et débonnaire, et non pas comme un criminel sanguinaire. Un des aspects du sabbat souvent évoqué, tant par la culture populaire que par l’Inquisition, est son caractère sexuel, explosion des sens. Dans une société sexophobe où, par tradition religieuse après la rupture avec la liberté sexuelle de l’Antiquité qui n’était pas hantée par l’idée de « péché », la chasteté est à l’ordre du jour et les interdits sont nombreux ; le sabbat devient l’occasion de rapports sexuels et de relations libres. Indubitablement, cette liberté sexuelle évoquée et qualifiée d’orgiaque fait partie de cette fête comme dans tout rite de la fertilité et en toute occasion sociale dans un monde rural au moment des moissons, des vendanges, etc.

 

La divinité qui vient naturellement se placer sur cette colline comme personnification du principe féminin, de la terre fécondée par le soleil, c'est Fulla ou Folla, la déesse de l'abondance et de la fertilité (la « Généreuse », servante de Frigg, elle est vierge et porte ses cheveux flottants avec un bandeau d’or autour de la tête ; elle assiste la guérison du poulain blessé de Phol), la dame Abonde de la légende (la principale des fées bienfaisantes, qui visitait les pauvres gens). C'était l'antique Isis sous un autre nom. D'ailleurs le mot fulla se prenait déjà, comme le mot hertha, dans le sens de « terre », mais surtout dans le sens de « terre cultivée, fertile », tandis que hertha parait avoir désigné plutôt une « terre boisée ». On trouve une Haardt en-deçà du Bollenberg, une Pfuel au-delà, du côté de la plaine. La nature du terrain (au Bollenberg démarre une faille géologique qui témoigne que l'Alsace subit de nombreux mouvements tectoniques. Cette faille bien visible se poursuit sur la colline située au Nord, au-delà de la vallée de Soultzmatt ; à certains endroits, cette faille se présente sous la forme d'une falaise rocheuse d'une hauteur d'une dizaine de mètres) ou plutôt sa couleur ne semble pas avoir été pour rien dans le choix des montagnes à consacrer à certaines divinités, notamment en ce qui concerne Balder et Thor (après les dernières glaciations, il y a environ 8000 ans, la région subissait un changement climatique important, l'Alsace entrant alors dans une période chaude et sèche ; les terres rhénanes accueillaient une faune et une flore méditerranéenne. Mais un millénaire plus tard, un nouveau renversement climatique survenait, contraignant ces espèces sensibles à la disparition. Pour leur survie dans le fossé rhénan, un seul refuge s'est offert à elles : les collines sous-vosgiennes et leur microclimat exceptionnellement chaud et sec. Ce cortège vivant qui a su se maintenir jusqu'à nos jours sur les landes arides des Bollenberg, Strangenberg, Zinnkoepflé et Bickenberg est donc unique en Europe : c'est une véritable relique vivante d'un passé vieux de plusieurs millénaires), tandis que pour d'autres, comme pour Odin et Isis, en tant du moins qu'ils représentaient le jour et la nuit, on devait regarder avant tout à la situation du lieu. On remarque, sous ce rapport, une certaine analogie entre la vallée de Guebwiller et celle de Masevaux. Pour peu que l'on veuille étudier cette dernière vallée, on lui trouvera encore plus d'un point de ressemblance, surtout si l'on comprend dans le cercle de ses études les deux petites vallées latérales. C'est ainsi que dans celle de Rougemont on retrouve saint Pierre avec une histoire de dame blanche et de dragon (dans la gueule de ce dragon se trouve une clef, ce merveilleux passe-partout qui, comme la clef de saint Pierre, ouvre tous les trésors, et qui fut appelé pour cela dietrich, en souvenir du Dietrich de la légende, qui vint remplacer saint Pierre comme celui-ci, avec sa clef et en partie à cause de sa clef, avait remplacé Thor, l'idole au marteau) ; dans celle de Bourbach, avec saint Michel au pied du Rossberg, saint George et saint Apollinaire ; dans celle de Massevaux enfin, avec la montagne du Schimmel, le Lac aux Étoiles (Sternensee), nom qui rappelle le Chariot-d'or, quoiqu'on l'explique autrement (c'est le Chariot d'or de la Firstmiss, dans la vallée de Munster, tiré par trois frères, les trois étoiles qui forment le limon du Grand-Chariot).

Il y avait autrefois sur le Bollenberg une chapelle dédiée à sainte Apolla/Polona. Aujourd'hui encore, sainte Apollonie partage avec saint Sébastien le patronat de l'église de Soultzmatt. Cette chapelle doit avoir servi aux gens d'Orschwihr, alors que leurs habitations se trouvaient encore dispersées par petits groupes autour de la montagne. À moins que la sainte elle-même n'ait laissé son nom au Bollenberg, ce qu'il est assurément permis de supposer, cette seule analogie des noms était un motif suffisant pour préférer ici sainte Apollonie à toute autre patronne. Tout, dans le culte de sainte Apollonie, trouve son explication dans la légende même. Force est donc de se contenter de la similitude des noms, pour expliquer le choix de sainte Apollonie. Ce qui caractérise donc proprement le Bollenberg, c'est surtout sa réputation de montagne aux sorcières. La Hexenmatt de Guebwiller ne rappelle rien de semblable ; tout au plus si le Chemin des voleurs (Diebsweg) qui y conduit, c'est-à-dire le chemin de la grève, indique ce que le Pré-aux-sorcières a dû être dans le bon vieux temps. Voilà ensuite le Hexenbuckel du Geffenthal. Mais celui-là encore n'est jamais hanté par plus de deux sorcières que l'on peut y voir danser ensemble, si l'on a bon œil ; langage figuré pour signifier la danse des deux vents d'un tourbillon. Aussi tenez-vous bien sur vos jambes, ou plutôt passez vite, de peur qu'une force invisible ne vous saisisse, vous entraîne et, après vous avoir fait pirouetter un instant, vous lance au loin dans les broussailles. Mais voilà tout. Pour le Bollenberg c'est autre chose. Là, en effet, toutes les sorcières du pays se donnent rendez-vous, et elles semblent y être chez elles, comme dans leur domaine, soit qu'elles attisent la flamme sous la chaudière où déjà bouillonne et se brasse la tempête, soit qu'elles tamisent la neige au haut des airs pour la semer en flocons sur la campagne, ou qu'elles exécutent ensemble, sur la hauteur voisine, une ronde joyeuse autour du Ringelstein/Langestein. On prétend même que la pierre alors se redresse et se tient debout, comme une colonne, pendant tout le temps que dure le sabbat. Que dire enfin de ces concerts nocturnes, de ces sérénades données à la lune et que l'on serait tenté de croire exécutées par une de ces troupes de virtuoses dont les brillantes modulations ont mérité d'être chantées par Boileau ? L'un miaule en grondant comme un tigre en furie ; l'autre roule sa voix comme un enfant qui crie. C'est le cas de rappeler ici que les anciennes divinités personnifiaient presque toujours quelque phénomène de la nature, qui le soleil ou la terre, qui l'air ou l'onde, qui le vent ou le nuage. Ce que l’on dit des sorcières, par manière de plaisanterie, nos ancêtres en faisaient honneur le plus sérieusement du monde à leurs divinités. Cette tempête qui se prépare et cette neige qui se tamise, c'était l'œuvre d'Odin et de Frigga ; cette ronde dansée autour d'une pierre, c'était le mouvement apparent des astres autour de la terre, ronde simulée dans le culte par des danses religieuses ; enfin il n'est pas jusqu'à cette métamorphose des sorcières en chattes qui ne rappelle l'ancienne déesse de l'air, Berthe ou Freya, avec son attelage de deux chats figurant sans doute le vent qui miaule. L'influence bénigne ou maligne des éléments, ou des divinités qui les personnifiaient, fut attribuée dans la suite aux prêtres et aux prêtresses de ces mêmes divinités. Pour conserver leur influence et leur prestige, prêtres et prêtresses finirent, comme en Égypte, par faire profession de magie et de sorcellerie, et Odin lui-même apparaît, dans les chants des bardes, comme le grand magicien qui se vante de posséder le secret de tous les maléfices. À vrai dire, il n'était plus alors que le Satan du paganisme en décadence, l'idole d'un fétichisme exploité par des jongleurs.

De la magie, noire ou blanche, devaient sortir ainsi les sorciers et les sorcières. Les valkyries, ces furies d'Odin, apparaissent déjà comme autant de sorcières de la pire espèce, lorsqu’on les voit, à la veille d'une bataille, tisser des entrailles humaines sur un métier tout ruisselant de sang, en s'accompagnant de chants de guerre. La magie était donc un reste de paganisme, une sorte de renaissance de l'ancien culte de la nature. La sorcellerie, de son côté, peut être regardée comme le paganisme se survivant à lui-même à l'état de société secrète. Il est à présumer aussi que l'usage des réunions nocturnes s'est maintenu plus longtemps parmi les femmes, plus attachées que les hommes aux pratiques superstitieuses de l'ancien culte. Prohibées par les autorités chrétiennes, ces réunions, avec leurs rites, leurs sacrifices et leurs orgies, n'en furent certainement pas plus morales, et l'on sait ce qu'étaient déjà, chez les païens, les saturnales et les bacchanales en plein jour. Il est fort probable que les dernières réunions de ce genre se sont tenues sur le Bollenberg, et c'est ce qui lui aura valu sa réputation de montagne aux sorcières. On se rendait à ces réunions nocturnes par des chemins détournés, avec les victimes et les ustensiles servant aux immolations, et plus d'un enfant chrétien, dérobé à sa famille, dut accompagner au sacrifice, pour n'en plus revenir, ces fanatiques adhérents de la religion nationale. On sait que ces enlèvements d'enfants furent un des crimes le plus souvent imputés aux sorcières, et ces animaux et ces ustensiles durent leur servir, dans l'imagination du peuple, de monture pour se rendre au sabbat. De même que les prêtresses, devenues magiciennes à leur tour, avaient supplanté les anciennes divinités, les sorcières prirent la place des anciennes prêtresses. C'est ainsi que l’on voit encore passer devant nos yeux, dans nos histoires ou procès de sorcières, tout cet étalage de symboles qui constituait autrefois le culte de la nature ; ces vaches que l'ancienne prêtresse venait désigner pour l'immolation, regardées comme ensorcelées, le bouc devenu diable et la chatte sorcière, de symbole qu'ils étaient, puis ces oies, ces coqs noirs et ces chiens noirs, avec tout l'attirail du sacrifice, la chaudière, le trépied, la broche, la fourche, le balai, etc., sans parler des diverses plantes, racines, et autres ingrédients. Près de l'ancienne chapelle de Sainte-Polona, sur le Bollenberg, on a trouvé plusieurs tombes en pierre de taille, ayant la forme d'auges de fontaine. Les squelettes avaient les mains jointes. On a trouvé en même temps quelques monnaies, des bractéates (où l'empreinte est en relief sur la face et en creux sur le revers : apparition au Vè siècle en Europe du Nord, à l'époque de l'âge du fer germanique) de Thann et de Zurich. Vers la fin du Moyen-âge, les herboristes et les guérisseurs étaient nombreux à venir profiter de la flore singulière de la colline, souvent considérés comme des sorciers. Les participants qui y étaient arrêtés étaient condamnés pour sorcellerie et enfermés dans la tour des sorcières de Rouffach en attendant leur jugement. Les archives de l'époque font étant d'un nombre impressionnant de condamnés et en l'an 1615, on ne compte pas moins de soixante-deux procès pour sorcellerie à Rouffach. Cette longue persistance du culte de la nature démontre une fois de plus, combien ce culte s'était profondément enraciné dans les mœurs, parce que c'était le culte de la nature au service de l'erreur, parce que l'Homme déchu y trouvait la justification de tous ses plus mauvais penchants. Sous les apparences d'un culte divin c'était au fond toujours le culte de l'Homme, qui s'en était constitué lui-même le prêtre et l'idole. Ces bénédictions de l'église qui varient suivant les temps et les lieux, bénédictions d'animaux, de plantes ou de fleurs, n'avaient souvent d'autre but, dans l'origine, que de substituer à quelque superstition un usage innocent et chrétien ; et ici encore la religion, avec la poésie de son culte de la nature sanctifiée, n'a fait que répondre à un besoin du cœur de l'Homme, enfant de la nature par son corps.

 

La fête est d’abord celle du dieu Nature, la fête dionysiaque apprivoisée avec ses fleurs, ses nymphes et ses héros. Ainsi, le Mai, qui marque l’avènement du printemps et se traduit par des réjouissances champêtres. À l'époque celtique, la date des fêtes religieuses était déterminée par la position du lever du soleil placé dans l'alignement de certaines montagnes. Celles-ci étaient dénommées à partir du radical du dieu gaulois "Belenos", dieu celte du feu associé à la vie pastorale. Nos ancêtres devaient y pratiquer le culte solaire, tout comme l'ensemble des Ballons vosgiens et des Belchens de la Forêt-Noire, situés dans le prolongement de la course solaire. La colline du Bollenberg est clairement détachée du massif vosgien. Elle bénéficie d'un ensoleillement exceptionnel tout au long de la journée. Aucun sommet environnant ne vient interrompre les rayons du soleil, de son lever à son coucher. Ainsi, l'alignement Bollenberg - soleil levant a lieu le 2 février, le jour de la Chandeleur et de la fête celtique de l'Imbolc, dont le sens du nom est « lustration » (cérémonie de purification de la Rome antique, elle s'effectuait en versant de l'eau, ou en aspergeant de l'eau au moyen d'un rameau de laurier ou d'olivier, ou encore à l'aide d'un instrument appelé aspergillum. L'effet de cette purification était censé être équivalent à la fumée de matériau brûlé. Elle était également souvent associée aux sacrifices d'animaux, promenés rituellement autour de la personne ou de l'objet à purifier) : il s’agit donc d’une purification avant les semailles qui prend place à la fin de l’hiver (februare signifie « purifier »), censée protéger les troupeaux et favoriser la fécondité (chez les Romains, on fêtait les Lupercales aux environs du 15 février, fêtes inspirées de Lupercus, dieu de la fécondité et des troupeaux. À la même époque, on trouve également la fête de Feralia, célébrée à Rome durant le mois de février, en l'honneur des morts).

Sous le patronage de Frigga/Brigit, à la fois la mère, l’épouse, la sœur et la fille des autres dieux, on allumait, le soir à l'apparition de la première étoile, un bûcher de carnaval fait de perches enrobées de paille, de sarments et de roseaux : ce feu porte aujourd’hui le nom de Haxafir, « feu des sorcières », et doit protéger les habitants des alentours de leurs maléfices. Patronne des druides, des bardes (poètes), des vates (divins et médecins) et des forgerons, les activités de Brigit sont étroitement liées car le principe de l'inspiration est conçu comme un "feu" de l'illumination. En Gaule, son avatar Épona (grande déesse cavalière ou déesse jument, une émanation de déesse-mère, célibataire, mobile et pourvoyeuse des âmes, qui orchestre le passage du monde des vivants au monde des morts) lui confère un rôle psychopompe évident : la « guide des âmes » est le conducteur des âmes des défunts (guide ou passeur) dans la nuit de la mort, associée à des animaux tels que les chevaux. Briga (« hauteur, forteresse ») a donné pour Brigit la signification de « très haute », « très élevée », confirmant le rôle primordial de cette déesse. D'innombrables légendes entourent l'endroit, une Dame blanche serait également apparue sur cet ancien lieu de culte. Les fils Notre-Dame, ces légers filaments que l’on voit quelquefois, par une belle journée d'automne, flotter dans le calme azur du ciel, c'étaient autrefois les cheveux de Frigga (frickhaar), et aujourd'hui encore, lorsqu'il neige, on dit que c'est la Femme qui secoue son lit de plumes, c'est-à-dire la femme d'Odin, cette même déesse de l'air qui, dégénérée en sorcière, tamise la neige et le grésil sur le Bollenberg.

 

Le "Mont de Belen" est le Brocken/Blocksberg de la Haute-Alsace, où on célébrait également le 1er mai, la fête de la purification du feu. Sur ce point culminant du Harz en Saxe-Anhalt, les sorcières se réunissaient pendant la « nuit de Walpurgis ». Fête de printemps qui a lieu dans la nuit du 30 avril au 1er mai, elle était célébrée dans toute l'Europe depuis des temps reculés, malgré les interdits et les excommunications des églises chrétiennes, identifiée au sabbat des sorcières. Elle est surtout le symbole de la fin de l'hiver, associée à la plantation de l'arbre de mai ou à l'embrasement de grands feux. Les mythes de la Belle au Bois dormant ou de Thésée et Ariane narrent la libération de la lumière (l'Aurore de l'année) par le « chevalier solaire », incarné ici par Balder/Phol.

Le nom s'écrivait autrefois Polenberg. Ce nom même et celui de sainte Apolla, à qui l'ancienne chapelle du Bollenberg était dédiée, ont fait supposer à quelques savants que la montagne était consacrée à Apollon. On aurait pu ajouter que le coq d'Apollon figure encore dans l'écusson de Soultzmatt, et pour les troupeaux d'Admète, rien n'empêchait de les envoyer paître au Schaefferthal. Mais on ne songeait pas alors à Phol, le dieu national. Or, pourquoi recourir aux souvenirs de la Grèce, en présence des données de la mythologie allemande ? Le culte d'Apollon aurait certainement laissé moins de traces dans le pays ; car on sait que les Romains, loin d'imposer leurs dieux aux peuples conquis, ouvraient volontiers leur Panthéon aux divinités étrangères ; et ensuite, outre le nom de Bollenberg et les traditions qui s'y rapportent on croit voir encore un souvenir de Balder dans le choix de saint Sébastien pour patron de Soultzmatt, de saint Etienne pour patron d'Osenbach et de saint George, remplacé depuis par sainte Odile, pour patron de Wintzfelden et de la vallée de Soultzmatt.

Odin n'était pas seulement le dieu de l'air, il régnait encore sur les eaux, et ce n'était que justice : qui verse la pluie et la rosée, si ce n'est l'air ? Jupiter assembleur de nuages, Odin était donc en même temps un Jupiter pluvius, assis sur les hauteurs et épanchant de son urne les eaux du ciel, les sources et les rivières. Nimbosus Orion, disaient les anciens poètes car la chasse d'Orion, c'est tout à la fois et le vent qui se déchaine, et la tempête qui mugit, et l'averse qui tombe. On comprend alors aussi comment, d'un coup de lance ou de bâton, selon qu'il sera guerrier ou voyageur, ou bien encore d'un coup de sabot de son cheval, Odin fait jaillir les sources d'eau, sources du ciel et de la terre. Cette lance ou ce bâton figure aussi le rayon de soleil qui tantôt fait couler les sources, tantôt les boit et les absorbe, comme le bâton de saint Gangolf. Et ce guerrier à cheval, armé de sa lance et faisant retentir le ciel des pas de son coursier, c'est encore la nuée d'orage avec l'éclair qui brille et la foudre qui gronde. Or qui dit orage et pluie, dit chaleur et humidité, c'est-à-dire croissance, fertilité, abondance.

On remarquera que chaque fois que le petit bonhomme vert, dit Hütschermaennlé (Odin), fait entendre son cri perçant du côté du Hohenrupf, et que Huperi, assis sur l'Engelstein, lui répond du côté de la Dornsyle en faisant résonner de son cor la clairière de la Jaegermatt, l'un et l'autre annoncent un changement de temps. C'est toujours le vent, comme on voit. Le vent prenait-il ses ébats dans le bassin de Wintzfelden, c'était encore le souffle d'Odin, ce qu'on appelait autrefois oskabyrr, car Oski et Omi, d'après Grimm, étaient des noms d'Odin personnifiant le bon vent. Or dans le même bassin on trouve ces souvenirs localisés par les noms de Wintzfelden (Windsfelden, « champs des vents »), Ombach, Osenbach et Osenbuhr. On écrivait autrefois Ochsenbach, sans doute pour Oskenbach, et naturellement aussi Oskenbyr. Il est intéressant de noter que le Strangenberg fait partie du champ de faille de Guebwiller, au pied de Westhalten et dans le prolongement du Bollenberg (les deux étant séparés par une étroite brèche de 250 m de large qui mène au village). Les failles délimitent une série de compartiments formant soit des dépressions comme celle de Wintzfelden - Osenbach, soit des collines sous-vosgiennes de nature gréseuse ou calcaire. La disposition géographique du Strangenberg explique son climat. Les vents d'Ouest, chargés d'humidité, se condensent en pluies sur les hauts reliefs vosgiens, et lorsqu'ils pénètrent dans la zone plus ensoleillée des collines, l'humidité résiduelle se dissipe. Cela explique l'énorme différence de pluviosité entre les Haute Vosges et Westhalten, où il pleut quatre fois moins, soit en moyenne 500 mm/an. Si le climat des Hautes-Vosges est de type atlantique (maximum de pluie en hiver), il se modifie pour devenir, 25 km plus loin, à Westhalten, semi-continental, avec le maximum de pluie en été sous forme d'orages. Ces orages parfois catastrophiques pour la terre qu'ils emportent, rectifient par contre momentanément la trop grande sécheresse de cette colline calcaire. Ces caractéristiques géographiques, géologiques et climatiques favorisent l'apparition d'une flore remarquable, très riche et très variée. Les versants Nord de la colline, plus exposés aux intempéries et au microclimat plus humide, se présentent sous la forme de bocages bien fermés mais hétéroclites. Sur les versants Ouest et Est apparaît un bocage sec à l'aspect steppique, dont la flore se réfugie parfois sur les éboulis et les pierriers. Les versants Sud sont soumis à un ensoleillement intense. Ces terrains abrupts sur sol squelettique disposent d'un faible recouvrement végétal parsemé d'espèces physiologiquement adaptées à des conditions héliothermiques et de sécheresse très intense. Enfin, les landes steppiques constituées par une pelouse rase occupent les sommets des collines calcaires environnant Westhalten.

 

En sa qualité de dieu-soleil, Balder était aussi par excellence le dieu des sources, et c'est en cela surtout qu'il remplace Odin. Balder est donc le maître des eaux qui jaillissent au pied du Heidenberg à proximité d’Osenbach, de la source prophétique de Jettenbrunnen du côté de Westhalten (dont le nom même a sa signification mythologique), des eaux minérales, balsamiques et autres de Soultzmatt. Quant aux poètes, ils iront toujours puiser l'inspiration dans l'Hippocrène du Sonnenkoepflé, cet Hélicon moderne de la vallée de Saint-George. Il n'est pas jusqu'à Pégase enfin qui n'ait laissé à cette heureuse vallée un souvenir, et un souvenir des plus précieux, dans la colline dite l'Âne-d'Or. Au reste, pour qui veut bien se donner la peine de décomposer le nom d'Orschwihr, avec un peu de bonne volonté il retrouvera le cheval sans s'éloigner du Bollenberg. Ors ou hors, en effet, est un vieux synonyme de ross, et ainsi, sans remonter jusqu'aux Celtes, on pourrait prétendre qu'Orschwihr signifie Rosswihr, à peu près comme le Horselberg allemand, également fameux par ses sorcières, signifie Rossberg. C'est de la crinière blanche du cheval de Balder que dégoutte la rosée du matin.

On a nommé spécialement trois saints comme ayant recueilli la succession légendaire de Balder : saint George, saint Etienne et saint Sébastien. Saint George est représenté comme un guerrier à cheval, transperçant de sa lance un monstre, un dragon. On connait le sens de ce symbolisme à la fois naturel, mystique et mythologique : le chevalier du soleil printanier tue le dragon hivernal qui gardait les trésors de la terre, permettant le retour de la végétation. Mais saint George n'est pas seulement le patron des guerriers comme saint Michel, saint Martin, saint Maurice ou saint Gangolf ; il est invoqué aussi en certaines contrées comme protecteur des bergers et des troupeaux, ce qui ramène au Schaefferthal, pour ne pas dire à Apollon. Saint Etienne, saint du solstice d'hiver, lapidé comme Balder, ce proto-martyr de la mythologie, se trouve être invoqué, en certaines contrées du moins, comme protecteur des chevaux. Encore un souvenir de Balder. Le cheval de Balder, dit la fable, eut un jour une mémarchure dont Odin seul put le guérir. Ce pied luxé parait être une figure de la saison d'hiver ; c'est le quatrième pied faisant défaut au soleil dans sa course annuelle. Chez les peuples surtout où l'on ne comptait que trois saisons, on ne pouvait donner quatre pieds au cheval du soleil. Pythie, la prêtresse d'Apollon, rendait ses oracles sur un trépied, et c'est encore un trépied qui servit de monture à Apollon pour traverser la mer. Voilà bien le cheval bouleté de Balder. Quand après une inondation la peste achève de dépeupler la terre ravagée par les eaux, le fléau devient ce serpent, ce dragon qu'Apollon tue à coups de flèches. C'est l'humidité que le soleil dessèche en y dardant ses rayons. Mais ces mêmes flèches avec lesquelles Apollon tua les cyclopes qui avaient forgé la foudre, ces mêmes rayons qui dissipent les nuages amoncelés et qui mettent fin aux orages, ce sont les traits d'Apollon courroucé, la fièvre, la peste, la mortalité sous toutes ses formes. On comprend pourquoi l'on nous à montré la Peste chevauchant par le monde sur un cheval blanc tripède. C'est le Heljaeger de la ballade à la tête de cette fantastique chasse aux morts où meute et gibier n'ont que trois pieds comme le cheval ; c'est la Hel à cheval, die Pestjungfrau, cette pâle amazone de la mort, au corps fluet et si subtil qu'il apparait comme une flamme bleuâtre dans un léger brouillard chassé par le vent. Aussi le seul moyen pour se préserver de la peste ou pour arrêter ses ravages, c'est de la prendre, si l'on est assez adroit, et de l'enfermer entre d'épaisses murailles, ou mieux encore, de l'emmurer. Ainsi fit-on à Guebwiller, dans la rue de la Peste, où le fléau avait déjà dépeuplé toutes les maisons, lorsqu'on parvint enfin à s'en emparer. Cette singulière tradition n'aurait-elle pas son origine dans le souvenir d'une ancienne coutume païenne, dans la coutume barbare que l'on avait, jadis, d'immoler ou d'enterrer vivante une victime humaine, à l'intention d'obtenir du ciel irrité l'éloignement d'un fléau ? Ainsi l'on raconte que dans l'ancien château d'Ungerstein on voyait chaque année, à certain jour, un endroit de la muraille se mouiller de pleurs. C'était la dame du Hungerstein que l'on disait emmurée là; mais on doit supposer que c'est uniquement le nom du château qui aura fait localiser là ce souvenir, après que l'Unterstein, dont une ancienne prononciation aura fait l'Ungerstein, fut devenu finalement le Hungerstein, le « château de la faim ».

Saint-Sébastien, le guerrier martyr percé de flèches, et à ce titre patron des tireurs, était encore spécialement invoqué en temps de peste, bien qu'il ne soit nullement question de la peste dans la légende de ce saint. Comment s’expliquer la raison de cette dévotion, ou pourquoi saint Sébastien était-il invoqué contre la peste ? Ne serait-ce pas parce que la peste était figurée par des flèches, par ces traits mortels que lançait le dieu courroucé ? C'est ainsi qu’on voit souvent les chrétiens emprunter à l'ancien symbolisme ses images pour y attacher une signification nouvelle, comme les artistes changent quelquefois le nom d'une statue en lui mettant dans la main un autre emblème. Le symbolisme est une langue qui se comprend dans toutes les langues, et à ce titre il avait sa place marquée d'avance dans la grande œuvre de la conversion des peuples.

 

 

En descendant du Bollenberg du côté d'Orschwihr pour rentrer dans les montagnes, on se trouve bientôt à l'entrée du vallon qui mène au col du Banstein, près d'une vieille tour sans nom, dernier reste d'un manoir détruit. Le vallon ne présente qu'une gorge étroite et partout boisée, à l'exception d'une clairière cultivée qui s'ouvre au fond. C'est le Schaefferthal/Val du Pâtre, où la fête de saint Gangolphe se tient huit jours après la Fête du Ier mai.

Des deux sentiers qui se croisent au Schaefferthal, l'un conduit de Soultzmatt à Guebwiller par le plateau du Pfingstberg et du Kastelberg ; l'autre, celui qui a amené d'Orschwihr, va aboutir à la route de Soultzmatt à Lautenbach. On gagne cette route, et après avoir traversé une belle forêt qui n'empêche pas le regard de plonger sur le riant bassin de Wintzfelden, on rentre dans le Florival. Au pied de la Dornsyle, entre cette haute montagne et le plateau boisé du Schimberg, un humble sanctuaire cherche à se cacher aux yeux derrière un rideau de feuillage. C'est la chapelle de Saint-Gangolf. Le petit temple rustique, parfaitement orienté, formait anciennement une croix grecque. Sous le sol de la chapelle, au fond d'un long souterrain voûté, jaillit une source qui va alimenter la fontaine voisine, décorée de la statue du saint guerrier Gangolf, en costume de chevalier. Le culte de Saint Gangolphe a été introduit par le chapitre de Lautenbach, en remplacement d’un ancien culte païen des sources.

C'est le soleil qui, en fondant la glace, fait jaillir les sources au printemps et qui les tarit en été, de même qu'il fait naître et qu'il dessèche les plantes. On peut en dire autant des sources du ciel : c'est encore sous les rayons du soleil que les nuages se fondent en pluie ou se dissipent. Et voilà pourquoi Balder est, au même titre et plus spécialement qu'Odin, ce dieu qui tantôt fait jaillir une source sous le pied de son cheval, et tantôt abreuve toute une armée en frappant la terre d'un coup de sa lance. Bien des légendes se sont inspirées de ce mythe, comme celle de Charlemagne, entre autres. En voici une qui a tout l'air d'appartenir à la même famille, mais dont le héros est d'un caractère plus pacifique, car il ne s'agit que d'un pauvre berger. Apollon, d'ailleurs, ne fut-il pas berger aussi ? D’ailleurs, la Froideval, qu’on appelle fête des Bergers, est un exemple de ce beau jour qui associe les jeux, le pique-nique et les danses.

 

Voici ce que la légende raconte sur l'origine de la chapelle du Schaeffertal, qui est un lieu de pèlerinage en grande vénération dans la contrée. C'était par une brûlante journée d'été. Un berger gardait ses brebis dans le vallon solitaire. La besogne devenait rude, car à tout instant le troupeau se débandait, et le chien lui-même, haletant, furetant, changeant de place à tout moment, ne savait plus où se coucher pour trouver un peu de fraîcheur. Exténué de fatigue, mourant de soif et se traînant à peine, le berger était arrivé enfin près de la source où déjà le chien l'attendait, l'appelait, et semblait l'interroger de son regard suppliant. Elle était tarie ! Dans cette extrémité, n'ayant plus de secours à attendre que du ciel, il tombe à genoux, et appuyé sur sa houlette il s'adresse à dieu. Il invoque aussi Marie et la supplie de se joindre à lui, d'intercéder pour lui auprès de son divin fils. Celle qui par un mot de sa bouche a obtenu le miracle de l'eau changée en vin, ne lui obtiendra-t-elle pas un peu d'eau, pour lui et pour son troupeau qui se meurt ? Tout en suppliant ainsi, il sent renaître sa confiance ; quelque chose lui dit que sa prière est exaucée, et il se relève. O prodige ! Comme il retire à lui sa houlette qui s'est légèrement enfoncée sous le poids de son corps, il voit sourdre à ses pieds de l'eau, une eau claire, fraîche et abondante, qui ne cesse plus de couler. Et tous aussitôt de se désaltérer, et le berger de rendre grâce à dieu avec des larmes de joie et de reconnaissance. Le bruit de ce miracle ne tarda pas à se répandre. Bientôt on vit une modeste chapelle s'élever près de la source, et la confiance des fidèles se voyant sans cesse récompensée par de nouvelles grâces, le sanctuaire devint un lieu de pèlerinage pour les habitants du pays.

 

Saint Gangolphe ne fut pas, comme on pourrait le croire, un martyr béatifié, comme tant d'autres, pour avoir été supplicié, avec tous les raffinements de cruauté. Son histoire est beaucoup plus simple. La légende bourguignonne de saint Gangolphe a été importée en Alsace, après de nombreuses transformations dues, tant aux coutumes, qu'aux usages particuliers et spéciaux des pays et des contrées auxquels elle s'est adaptée.

Saint Gangolf d'Avallon ou Gangulphus, mort en 760, est un chevalier bourguignon vénéré comme martyr de la foi conjugale. Il vivait à Varennes, près de Langres, au temps de Pépin le Bref. C'était, dit la légende, un grand capitaine. Il partit un jour pour combattre les infidèles, et dit à son épouse : « Je me mets en campagne avec et pour dieu, reste-moi fidèle, et je rentrerai, je l'espère, bientôt ». En rentrant de son expédition, il s'arrêta auprès d'un paysan qui se reposait au bord d'une source : « Donne-moi, lui dit-il, ta source, je te la paierai en argent de bon aloi ». « La source ! s'exclama le paysan étonné, marché conclu, à condition que vous puissiez la prendre avec vous... ». « Avec l'aide de dieu », répondit Gangolphe, qui tira sa bourse et fit tomber belles espèces sonnantes et trébuchantes dans la main du paysan, puis, plongeant aussitôt son bâton de voyage, ou son bourdon de pèlerin dans la source, il le retira et la source était captée dans son bâton. Rentré dans son manoir, il fit appeler son épouse pour lui souhaiter la bienvenue. Puis, lui proposa un petit tour dans le jardin, et plantant son bâton en terre, il en jaillit aussitôt une source claire et limpide. « Ma chère amie, tu m'as été fidèle et sincère, dit le chevalier Gangolphe ; plonge donc ta blanche main dans cette onde pure, si tu la retires telle qu'elle était, tu es et seras un ange du paradis, sinon tu appartiendras à l'enfer ». Après moult manières et simagrées, Madame plongea sa blanche main dans la source et l'en retira noire comme si elle avait été trempée dans de l'encre indélébile. Jetant à son épouse un regard plein de courroux, Gangolphe s'écria : « Il ne m'appartient plus de rester ici ». Et, ce disant, il plongea de nouveau son bâton dans la source et en aspira le contenu jusqu'à ce qu'il n'en restât plus une goutte. Il partit là-dessus, en voyage à travers monts et vaux, jusqu'au moment où, arrivé à une vallée fleurie et entourée de belles forêts vertes, garnie de gras pâturages, il planta, de rechef, son bâton merveilleux. La source jaillit aussitôt. Le pieux chevalier s'établit en ce site enchanteur, y fit même des miracles, mais le divorce n'étant pas encore inventé à cette époque, il mourut victime de cette omission.

Saint Gangolphe, mari malheureux et grand capitaine, est, à ce dernier titre, l’objet d'une dévotion particulière comme protecteur des gens de guerre en campagne. Il existait dans sa chapelle un témoignage remarquable de la foi qu'il inspire : lors de la levée en masse en 1793, les bonnes gens de Bühl, obligés de se rendre à la frontière, promirent un ex-voto à saint Gangolphe s'il les ramenait tous sains et saufs dans leurs foyers. Leur vœu fut exaucé, ainsi que l'attestait un tableau suspendu dans le sanctuaire, représentant tous les défenseurs que la patrie en danger ramassa à Bühl. Ils sont au nombre de quarante-cinq, rangés diagonalement en bataille. L'équipement et l'armement laissent à désirer. L'uniforme est le costume des paysans du temps et, en fait d'armes, on ne voit que des fourches, des haches, des gourdins, des faux, quelques piques ; cela ne fait que mieux ressortir l'efficacité de la dévotion. Trois officiers brandissent de véritables épées devant le front de la troupe. Dans le lointain on voit galoper une estafette, sur le premier plan, un abri de feuillage et une énorme marmite où mijote le menu traditionnel du soldat français.

 

 

La construction de l’ancienne collégiale St-Michel-St-Gangolphe/Gangolf a débute par une crémation rituelle de la zone. En effet, une couche de cendres apparaît sous toute la superficie de l’église. L'entrée primitive de la chapelle était côté Ouest, on a édifié à l'intérieur deux autels, l'un situé à la paroi Nord, vis-à-vis de la porte d'entrée principale, l'autre situé à la paroi Est et dont la table est très ancienne. C'est sous cet autel que jaillit la source, qui a été amenée à l'extérieur au moyen de conduites, de façon à se déverser sous la statue placée en dehors.

Une sépulture d’enfant, formée par un coffrage de dalles de grès, constitue le premier vestige anthropique du site. Elle est localisée sous l’emprise du bas-côté Nord. Elle a été perturbée par l’apport d’un squelette d’adulte provenant de la réduction d’une autre sépulture. L’axe de l’inhumation et la présence d’un couteau de fer permettent de dater cet élément comme antérieur à l’église (qui date du premier quart du XIIè siècle).

 

Saint-Gangolf est un lieu de pèlerinage célèbre dans la contrée, on s'y rend souvent de très loin, et le 11 Mai, fête du saint, c'est un beau spectacle que la vue de cette immense procession qui vient de la vallée, avec ses prières, ses chants et ses bannières flottantes, grossir la foule des pèlerins. Le sermon est toujours prêché en plein air, et l'orateur traite ordinairement des vertus conjugales ou de la sainteté du serment. C'est que le saint fut bien malheureux sous ce double rapport, car celle qui lui avait juré amour et fidélité, non seulement se montra infidèle et parjure, mais alla jusqu'à le faire assassiner par son amant le curé ! Ces pèlerinages, ces processions dans les campagnes, ces chapelles dans les bois et sur les collines, et ce chant des cloches dans les vallons, toute cette poésie extérieure de la religion aura toujours, pour les âmes sensibles, un charme indéfinissable, parce que c'est le culte de la nature sanctifiée par l'église. Le jour du pèlerinage il se tient à Saint-Gangolf une sorte de petite foire derrière la chapelle, et à côté des objets de piété et autres que l'on y voit étalés, on remarque surtout une quantité incroyable de coucous et de chouettes, espèce de sifflets en terre cuite qu'on amène par charretées. Ils vont faire la joie, pendant quelques jours du moins, de tous les enfants de la contrée ; car quiconque revient de la fête de Saint-Gangolf, doit, en bon pèlerin, rapporter au moins un coucou et une chouette. Il y a du Jupiter et de l'Apollon, de l'Odin et du Balder dans les souvenirs de Saint-Gangolf, et rien de plus naturel : on est, à cet endroit, entre le Florival et le val de Saint-George. Et d'abord, voici le coucou qui annonce, ou pour mieux dire, qui dénonce le printemps.

Dans la mythologie, lorsque Jupiter s'introduit auprès de Junon, c'est sous la figure d'un coucou. C'est le soleil printanier, c'est le printemps venant féconder la terre. Messager du printemps, le coucou, en cette qualité d'abord, et puis sans doute aussi un peu en raison de ses mœurs et coutumes, était parfaitement bien choisi pour représenter en cette circonstance le trop galant maître des dieux. Ayant pu cacher un dieu, il peut bien aussi cacher le diable, comme par exemple lorsque, dans un mouvement d'impatience, on envoie les gens au coucou ; ce qui n'empêche pas, si on veut bien lui faire l'honneur de consulter ses oracles, que le coucou ne dise la bonne aventure. On est allé même jusqu'à en faire un garçon boulanger, mais un boulanger devin, le tout en souvenir d'Odin, grand amateur de fleur de farine : toute farine qui s'envolait emportée par le vent était la nourriture d'Odin, tout comme le bouquet de vin était sa boisson. Il fallait une nourriture légère à un dieu d'une nature si subtile. Et la chouette ? Elle ne figure ici, sans doute, cette coureuse de nuit, que pour compléter le naïf symbolisme. C'est la nuit à côté du jour, c'est la lune à côté du soleil. Oiseau de Minerve, la chouette symbolisait ensuite assez bien cette sagesse païenne qui se plait, et pour cause, à appeler jour la nuit et qui en plein soleil de midi ne voit goutte. Chouette et coucou avaient donc leur signification, comme on voit, et saint Gangolf a eu raison de ne pas chasser de sa fontaine les deux oiseaux. S'ils ne lui prédisaient pas l'avenir, ils lui rappelaient le passé.

 

Une coutume très ancienne et consacrée par des siècles de pratique, fait édifier par les fidèles, à la date du 11 mai, une chaire en feuillage placée extérieurement et du côté Sud de la chapelle, le desservant y accède depuis l'intérieur, tandis que ses ouailles sont toutes groupées en dehors. Après s'être bien pénétrée des bons conseils donnés par le prédicateur, et le sermon terminé, toute l'assistance se précipite, qui, vers les boutiques installées autour de la chapelle, qui vers l'auberge située à côté (l'aubergiste est propriétaire de la chapelle et de la fontaine), et quelques-uns cependant, mais avec moins de rapidité, vers la fontaine qui fut si miraculeuse. Les marchands forains, installés comme partout en ces sortes d'endroits, vendent les uns des sucreries et des comestibles et les autres un genre spécial d'articles qui ne se trouve nulle part ailleurs. Les boutiques de ces derniers, au lieu d'être recouvertes en toile comme les autres figurent purement et simplement une auge en bois, dans laquelle se trouve un assortiment d'objets en terre cuite grossière, destinés à imiter différents cris d'oiseaux. Coucous (Kukuk), chouettes (Kutze), canaris (Klouteri). Il y a même aussi l'image du saint auquel on a irrévérencieusement appliqué un sifflet. L'auge employée comme étalage doit évidemment symboliser la source ; quant aux instruments d'une musique aussi hétéroclite que discordante, est-ce encore à travers les siècles une vieille coutume alsacienne qui s'adresse au saint ?

 

Le soleil était assez souvent figuré par un loup, on ne voit pas trop pourquoi, si ce n'est peut-être parce que le regard du loup, comme un rayon de lumière, perce les ténèbres, ou plutôt parce que le soleil a grandi, comme Wolfdietrich, chez la louve de l'hiver. Le loup était donc le compagnon d'Odin et de Balder, et pour cette raison même sa rencontre le matin, ou bien quand on s'en allait en guerre, était un signe de bon augure, car c'était marcher à la victoire, ainsi guidé comme on l'était par le dieu de la victoire. De même que les peuples nomades se disaient guidés par un taureau, les peuples chasseurs par un sanglier ou par un cerf, ainsi les peuples guerriers prétendaient marcher sur les traces d'un loup. C'est au fond toujours la même idée : le guide réel, c'était le soleil ; c'est lui qui a amené tous ces peuples du fond de l'Orient. Or, le nom de Gangwolf ou de Wolfgang exprimant parfaitement cette idée d'une marche victorieuse, ce ne pouvait être qu'un nom glorieux, synonyme de héros, de vainqueur, de conquérant. En ce temps-là, il suffisait d'une morsure de loup pour être à l'abri de tout sortilège, et par ce seul fait de boire à une source, le loup communiquait à l'eau une vertu salutaire, toujours en souvenir d'Odin ou de Balder, dieux médecins l'un et l'autre. Rien ne guérit en effet comme le soleil, qui donne la chaleur et fait croître les simples. Toute source sacrée était donc une source salutaire, et réciproquement. C'est aussi le sens que l'on attachait alors à ces noms de Hirtzenbrunnen, Rossbrunnen (Hippocrène), Wolfsbrunnen, dont on a fait ensuite les fontaines de Saint-Michel, de Saint-Jean, de Saint-George ou de Saint-Gangolf. Un jour que saint Gangolf venait de reprocher vivement à sa femme ses infidélités, comme celle-ci n'en persistait pas moins à protester de son innocence, il demanda à dieu de confondre une bonne fois cette malheureuse pécheresse. Aussitôt il eut comme une inspiration divine, et il dit à sa femme « Si tu es innocente, plonge ta main dans cette eau ! » et il lui montrait le bassin de la fontaine. La femme, sans hésiter, y plongea sa main droite, et voilà qu'elle retira une main affreuse, horrible, noire comme du jais ! Ceci a tout l'air d'un souvenir des ordalies, de ces anciens jugements de dieu où il fallait, entre autres épreuves, que l'accusé retirât un caillou du fond d'une chaudière d'eau bouillante. La chapelle de Saint-Gangolf aurait-elle aussi servi à cet usage autrefois si répandu ? On pourrait supposer encore qu'elle servait primitivement de baptistère, surtout si l'on considère qu'elle se trouve dans le voisinage du Pfingstberg, et que la Saint-Gangolf coïncide avec le temps de la Pentecôte, où avait lieu la cérémonie du baptême. Quoi qu'il en soit, le peuple attribue à l'eau de la fontaine de Saint-Gangolf des propriétés merveilleuses ; d'anciens auteurs parlent même de ce lieu de pèlerinage comme d'un établissement de bains (Sanct-Gangolfsbad), et il faut avouer qu'un établissement de ce genre y eût été parfaitement bien situé.

La Germanie de Tacite (chap. 12) indique l'échelle des peines selon le délit commis, et notamment que les ignauos (« inactifs »), imbelles (« inaptes ») et corpore infâmes étaient noyés dans des marais et fondrières (à Rome les androgynes étaient noyés). L'épouse de saint Gangolf, soupçonnée d'infidélité par son mari, fut obligée de mettre sa main droite dans le bassin d'une fontaine, et elle la retira affreuse, horrible et noire ; le saint homme cousit sa femme, ainsi confondue, dans une peau de vache et la jeta dans la Lauch, où elle se noya évidemment. Chaque mois, pendant que la lune se détourne du soleil qui approche ou qui s'éloigne, elle montre les cornes de son croissant. C'est la vache Io de la fable, ou Isis métamorphosée en vache par Jupiter et faisant le tour du monde, toujours piquée par un taon qui ne lui donne pas un moment de répit. On lit encore dans la mythologie que la vache Io, pour retourner en Égypte, traversa à la nage toute la Méditerranée. C'est la lune revenant par-dessous terre et mer à son point de départ. On a ici le pendant de cette fable, avec cette différence seulement que le monde de nos ancêtres se bornait au territoire de la marche. Ainsi l'on raconte qu'une vache était tombée un jour dans le lac du Ballon. Or, comme il est bien entendu que le lac n'a point de fond, la pauvre pécore descendit, descendit toujours, mais toujours suivie au-dehors par son gardien qui entendait sous terre le tintement de la clochette, jusqu'à ce qu'il la vît reparaître enfin à Isenheim, d'où il la ramena le lendemain sur la montagne. C'est encore à Isenheim que fut repêchée la femme de saint Gangolf, laquelle, au dire d'une autre légende, avait été cousue par son mari dans une peau de vache et jetée dans la Lauch, en punition de son infidélité. C'était une métamorphose comme une autre.

 

 

Il existe dans le recueil des Bollandistes, à la date du 11 mai, toute une série de saints dénommés Gingolphe, Gengolp, Gengoul, Gigoult, etc., et d'autres encore, avec orthographe variable. Le 11 mai marque le début de la période des Saints de glace, néfaste pour l'agriculture et le jardinage, deuxième quinzaine de mai où se situent les dernières nuits froides de fin d'hiver. Ces saints sont invoqués par les agriculteurs pour éviter l'effet d'une baisse de la température sur les cultures, qui pouvait être observée à cette période et qui peut amener du gel (phénomène de la Lune rousse, lunaison après Pâques : durant cette période le fait de voir la pleine Lune peut indiquer une nuit sans nuages et donc un risque de gelée nocturne ou au petit jour, qui fait roussir les jeunes pousses des plantes. Le terme ne désigne donc pas l'aspect de la Lune, qui peut notamment - et en toute saison - prendre une coloration rougeâtre lorsqu'elle est basse sur l'horizon). Une fois cette période passée, le gel ne serait plus à craindre (en Lorraine et Alsace, les gelées plus tardives peuvent aller jusqu'au 25 mai). Une explication populaire tente de justifier la tradition des saints de glace par un phénomène astronomique coïncidant à cette période des 11 et 13 mai de chaque année. Les tenants de cette explication avancent que la Terre serait amenée à traverser un nuage de poussières extrêmement diffus dans le système solaire, formé aussi bien par des « particules piégées » que par des « résidus provenant de la formation des planètes à l'aube de leur existence ». Pendant quelques heures, la poussière ferait très légèrement obstacle aux rayonnements solaires. La diminution de leur intensité serait suffisante pour influencer les délicats mécanismes de la météorologie du globe. La Terre traverserait à nouveau un nuage de poussière six mois plus tard, le 11 novembre, avec l'effet inverse... une diffusion du rayonnement solaire sur la Terre en plus du rayonnement direct qui amènerait « l’été de la Saint Denis » (9 octobre) ou « été de la Saint Martin » (11 novembre), appelé aussi « l'été indien » sur le continent américain. En réalité, le mois de mai correspond, dans les latitudes moyennes de l'hémisphère Nord et notamment en Europe de l'Ouest où les turbulences sont importantes en raison du courant de l'Atlantique Nord et des déplacements plus ou moins erratiques de l'anticyclone des Açores, à la fin de la rapide circulation de systèmes météorologiques d'hiver. Le passage de fronts froids, amenant de l'air du nord, se produit donc encore de temps à autre. Quand le ciel se dégage ensuite sous un anticyclone, la perte de chaleur est encore importante, surtout la nuit. Il est donc normal d'avoir des périodes froides à cette époque même si la tendance des températures est à la hausse.

 

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