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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Crâne d'Eguisheim comparé à celui de Neanderthal (sites archéologiques sur https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

Crâne d'Eguisheim comparé à celui de Neanderthal (sites archéologiques sur https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM)

 

Alors que les plus grands herbivores peuplaient la plaine, les bouquetins, chamois et ours des cavernes occupaient de préférence les vallons aménagés entre les falaises de grès. Sur le piémont, de grands herbivores ont laissé leurs traces, comme le squelette du rhinocéros laineux trouvé dans l'ancienne tuilerie d'Eguisheim.

L'histoire du Massif du Hohlandsberg débute avec les plus anciennes traces de l'Homme dans la région. Cernés par des accumulations de lœss déposées durant les périodes froides de la Préhistoire, les premiers reliefs vosgiens marquent une frontière entre plusieurs territoires de chasse pour les Hommes du Paléolithique. Des outils lithiques trouvés seuls, apparentés à la culture et à l’industrie moustérienne ont été signalés en de nombreux endroits d’Alsace, notamment dans les secteurs du piémont vosgien.

 

En sortant d'Eguisheim, prendre à la sortie du village la route montagneuse et l'on arrive au pied du village de Husseren-les-Châteaux ; une route à mi-côte se dirige vers le Sud. Depuis l'entrée de Voegtlinshoffen, située sur un promontoire à 340 m d'altitude, on jouit d'une vue superbe sur Colmar, la plaine du Rhin, la Forêt-Noire et le Kaiserstuhl (massif de montagnes moyennes d'origine volcanique situé dans le Sud-Ouest du Bade-Wurtemberg, en Allemagne, directement sur la rive droite du Rhin ; avec une altitude de 557 mètres, la montagne la plus élevée du massif est le Totenkopf).

Altklösterle est l'un des plus anciens sites paléolithiques du Haut-Rhin, daté de -70 000. Ce site est un des rares sites alsaciens où des ossements de faune froide quaternaire sont présents en grande quantité dans un dépôt de pente auquel était associé une industrie lithique qui serait datée du Moustérien, certainement à attribuer à la présence de l’Homme de Neandertal. Il s’agit d’une faune en grande partie propre aux régions polaires. Il va de soi que les faunes et les flores tropicales et subtropicales du tertiaire qui ont précédé le quaternaire ont dû disparaître et céder la place à ce nouveau monde vital. La faune quaternaire de Voegtlinshoffen comprend les ossements d'une trentaine d’espèces au moins. On y voit apparaître le mammouth et le rhinocéros à narines cloisonnées, deux mammifères géants protégés contre le froid par une toison de laine, le renne, le cerf mégacéros, le cheval sauvage, l’auroch, le bouquetin, le chamois, l'ours des cavernes, le renard polaire, le lemming, la marmotte. L’englaciation de la région terminée, les animaux et les végétaux arctiques se retirèrent de nouveau vers les pôles en suivant la glace fondante. Certains préférèrent se fixer dans les parties élevées des Alpes, des Pyrénées, du Plateau central, du Jura, des Vosges, toujours à la recherche des endroits les plus froids (versants Nord, anciens cirques glaciaires, plaques de neige persistante, tourbières) même à de basses altitudes. De cette façon ils ont réussi à persister jusqu’à nos jours : on les appelle reliquats glaciaires. Les membres de la faune et de la flore chaude du tertiaire et des périodes interglaciaires ayant survécu dans des pays plus ou moins éloignés des centres de glaciation quittèrent leurs refuges périglaciaires, reprenant possession de leur ancien territoire. C’est le commencement de l’histoire de la forêt haut-rhinoise après la destruction de la couverture silvatique du tertiaire.

En 1887, lorsque de nombreux os furent découverts dans une carrière située près de Voegtlinshoffen, les érudits de l'époque ont évoqué l'hypothèse d'un piège de chasseurs du Paléolithique. Les animaux auraient été poussés vers le sommet de la falaise de grès qui existait déjà à l'époque. Si l'on a bien trouvé des outils en pierre laissés par des Néandertaliens, le site ressemble plus à un repère de carnivores occupé par les hyènes, ours, lions, loups, gloutons, qui ont été repérés sur le site. Dans la région, il n'y a pas d'implantation vraie durant le Paléolithique : les seules traces paléolithiques sont celles de chasseurs de gibier, tels les ossements d’Eguisheim.

 

 

Situé à une altitude de 210 mètres, au cœur de l'Alsace, on crut reconnaître à Eguisheim un Homme de Neandertal, à partir de quelques os mis au jour dans des caves utilisées pour la conservation de la bière. Illustré dans de nombreux ouvrages de l'époque, ce crâne d'Eguisheim a été au cœur de nombreuses polémiques et a servi les premières théories élaborées sur l'Homme fossile.

En 1865, un fragment de crâne humain (frontal et pariétal droit) a été découvert lors du creusement d’une cave dans le lœss à l'extrémité septentrionale de la colline du Bühl. Ce crâne, dolichocéphale (« allongé »), à arcades sourcilières saillantes, fut trouvé dans le lehm intact (à la limite du lœss ancien et récent) dans le voisinage d’ossements de petit bovidé (moitié inférieure d'un métatarsien de Bos priscus), de petit cheval, de cerf élaphe et d’une molaire de mammouth. On a alors pensé que le crâne était contemporain de la faune et qu'il pouvait appartenir au Würmien (-115 000 à -10 000). L'analyse chimique des ossements humains et animaux paraissait confirmer leur synchronisme, particulièrement par la teneur en osséine modifiée.

 

Les os humains provenant du même dépôt consistent en un frontal et un pariétal droit, les deux presque entiers, pouvant s'adapter en partie l'un à l'autre. Leur développement, leur forme et l'ossification prononcée des sutures prouveraient qu'ils proviennent d'un sujet adulte de taille moyenne. Le pariétal ne présente rien de particulier, sinon qu'une portion de son bord antéro-supérieur avec la suture coronale correspondante a été détachée et est restée intimement soudée au frontal. Celui-ci possède également des dimensions normales moyennes, cependant il offre quelques particularités dignes d'être notées. Les arcades sourcilières sont saillantes, la dépression entre la bosse frontale et les saillies sourcilières est assez fortement accentuée. Les sinus frontaux sont très vastes. II est à remarquer que la saillie des arcades sourcilières et le développement des sinus frontaux ont également été observés sur les crânes de la caverne d'Engis, près de Liège, de Neanderthal, près de Düsseldorf, et sur l'un des crânes du tumulus de Borreby au Danemark (antérieur au Campaniforme, donc du Néolithique).

Quant à la partie frontale, on peut remarquer sa très grande analogie avec celle du crâne de Neandertal. Les arcades sourcilières sont beaucoup moins développées, mais ce n'est là qu'un caractère secondaire. Le caractère essentiel, front extrêmement bas et remarquablement fuyant, est à peu près le même dans les deux crânes. Si on rapproche ces deux crânes de la mâchoire de la Naulette (large caverne sur la rive gauche de la Lesse, à proximité de son embouchure avec la Meuse à Dinant en Belgique ; on y découvrit en 1866 une mâchoire néandertalienne inférieure abîmée, présentant des caractères anciens et simiesques, notamment pour le port des dents, avec de fortes canines et de larges molaires de taille croissante vers l'arrière), les scientifiques de l’époque avaient là un argument en faveur de l’existence « d’une race ou type humain bien différent des types et races actuels ».

Au-dessus de la glabelle, le front n'est pas plus fuyant que sur beaucoup de modernes. Par contre, au-dessus des bosses frontales, bas situées, l'écaillé frontale s'enfuit assez brusquement vers l'arrière décrivant une courbe à grand rayon qui se prolonge régulièrement jusqu'au lambda sans méplat obéliaque. Le ptérion (jonction osseuse unissant les os frontal, pariétal, sphénoïde et temporal) devait être en H, forme habituelle chez Sapiens. Au total le front, d'aspect quelque peu primitif, ne présente aucune ébauche de ce torus évoqué par de trop fréquentes confrontations avec Cannstadt ou Neanderthal. L'échancrure sus-orbitaire gauche, bien qu'évasée, entame plus profondément le bord sus-orbitaire que ses deux congénères de gauche, à peine indiquées. Le bord supérieur des orbites n'est pas aussi rectiligne que chez la plupart des Paléolithiques, mais aussi épais (il est incontestable que les crânes paléolithiques, dans l'ensemble, sont plus épais que les modernes tout en présentant aussi de grandes variations).Au fond de la cuvette, l'épaisseur de l'os n'est que de 2,9 mm contre 8,6 mm pour les bords de l'ulcération. L'hypothèse d'une ostéolyse (destruction du tissu osseux) probablement traumatique apparaît la plus vraisemblable, comme à Cro-Magnon (Dordogne) ou au Veyrier (Haute-Savoie). Pour Eguisheim, tout ce qui a pu entraîner un processus congestif prolongé (micro-facture, hématome, suppuration ou tumeur du cuir chevelu) peut expliquer une ostéolyse en cuvette. Peut-être une banale « loupe » du cuir chevelu (le kyste du cuir chevelu est une petite bosse qui ressemble à l'acné ou des boutons et se trouve généralement dans les follicules pileux) serait-elle une étiologie encore plus convenable.

La plus grande longueur de la calotte d'Eguisheim sans occipital est, de la glabelle au lambda, de 195 mm. Il n'y a donc pas lieu de la séparer, sous ce rapport, du Néanderthaliensis. La largeur est d'une bonne moyenne entre 140 pour Spy I et 150 pour Spy II (en aplomb de l'Orneau, au Sud du village d'Onoz, dans la province belge de Namur), et 148 ou 150 pour Eguisheim. Les indices céphaliques seraient alors de 72 pour Neanderthal, de 70 pour Spy n°1, de 74,8 pour Spy n°2 et de 74 ou 75 pour Eguisheim. Toutefois, c'est moins la longueur absolue que le développement horizontal de l'occipital qui distingue le Néanderthaliensis, et envisagé ainsi dans les éléments de sa longueur, celui-ci se sépare du crâne d'Eguisheim. Il n'y a manifestement pas de différence spécifique entre la conformation de sa voûte et celle de la voûte des crânes actuels. La différence spécifique qui sépare le groupe de Néanderthaliensis des "races" actuelles et du crâne d'Eguisheim s'accuse encore davantage par cette circonstance que dans ce groupe la ligne glabelle-inion est plus longue que la ligne glabelle-lambda, alors que chez les "races" actuelles c'est le contraire qui existe constamment.

Du point nasal ou racine du nez au bregma, le profil du crâne se compose de deux lignes convexes qui se rejoignent au milieu d'une petite concavité, dont le fond correspond assez exactement à l'ophryon de Broca. La première de ces deux lignes est sous-cérébrale, la seconde cérébrale. La mesure de la longueur relative de la première, comparée à la longueur totale du front, donne l'expression numérique de l'importance de la visière du Neanderthaliensis, du développement des sinus frontaux des bosses sourcilières, autrement dit de la projection en avant de la partie faciale du frontal au détriment de sa partie cérébrale. Le crâne de Neanderthal a l'indice le plus élevé, ce qui répond bien aux apparences tant de fois décrites de son énorme visière. Mais malgré certaines apparences, ou plutôt des impressions provoquées en partie par son ancienneté, le crâne d'Eguisheim s'éloigne du Néanderthaliensis, et il s'en éloigne assez pour être encore classé sous ce rapport parmi les "races" actuelles.

Le crâne d'Éguisheim a une base qui possède exactement les mêmes dimensions que le type de Spy, mais sa voûte est plus élevée, plus arquée, autrement dit sur cette base repose un cerveau plus volumineux.

Le crâne de Marcilly-sur-Eure trouvé non loin du château de la Mésangère, sur le versant gauche de l'Eure gisait presque au fond d'une cuvette, sous environ sept mètres de terre à brique rougeâtre, dépôt datant de l'époque moustérienne (crâne "analogue" à ceux de la Chapelle-aux-Saints, de Spy, de Cannstadt et d’Olmo en Italie). Présentant des caractères néanderthaloïdes non douteux, mais cependant assez atténués, il se rapproche des crânes d'Eguisheim et de Tilbury (avant port de Londres, le lieu a toujours été un point de passage à cause de la proximité de l'autre rive de la Tamise : Mésolithique descendant d’Épipaléolithiques), beaucoup plus que celui de Neanderthal.

Le crâne incomplet découvert au Musée de Stuttgart provient très probablement des fouilles faites en 1700 à Cannstatt (quartier le plus ancien et le plus peuplé de Stuttgart, situé des deux côtés de la rivière Neckar). La calotte d’Eguisheim est de même type, qui est fort différente de celle de Neanderthal : elle diffère essentiellement parce que les énormes arcades sourcilières de celle-ci manquent et sont remplacées par de petites bosses frontales situées un peu plus haut, formant un V très ouvert et qui sont très caractéristiques. On retrouve ces caractères sur les fossiles des Guanches (autochtones des îles Canaries, d’origine berbère) et sur divers habitants actuels de l'Espagne, de l'Afrique du Nord et de l'Asie Mineure. Kannstadt a des sinus frontaux moins développés que sur les crânes du Neanderthal et d'Eguisheim, mais beaucoup plus cependant que sur la majorité des crânes modernes. La voûte s'y montre sensiblement plus relevée que sur les pièces du Neanderthal et d'Eguisheim. Si l'on restitue la partie pariétale absente, on constate que la vue de haut n'est point celle des crânes néanderthaloïdes. Cela tient à la grande disproportion existant entre le diamètre frontal - qui est fort court - et le diamètre pris à son maximum dans la région postérieure. Cette grande disproportion n'existe ni sur le crâne du Neanderthal, ni sur celui de Brüx/Most (Tchéquie), ni sur celui d'Eguisheim. Le crâne de Canstadt n'a pas dû être aussi allongé que les autres crânes dont on le rapproche : il est incontestable qu'il diffère d'eux par la forme de son ovoïde.

À côté du crâne de Canstadt, les moulages de ceux du Neanderthal, de Brüx et d'Eguisheim ont évidemment le vertex (sommet de la tête) très peu élevé. Si l'on compare les arcs sourciliers, on reconnaît immédiatement une énorme diversité : même sur le crâne d'Eguisheim, qui présente ce dernier caractère atténué, il y a une différence notable avec celui de Canstadt. Les crânes de Spy, de Brüx, d'Eguisheim présentent, très accusés, les divers caractères qui constituent le type dit néanderthaloïde, non seulement l'allongement et l'aplatissement de la voûte, mais encore la fuite du front, l'obliquité de la région obélique, etc., et surtout ce bourrelet sus-orbitaire continu.

Le crâne de Podbaba fut découvert en 1883, près de Prague, à côté d'une défense de mammouth. Si on compare le moulage avec ceux des crânes de Cannstadt et d'Eguisheim, leur parenté apparaît très nettement.

La calotte crânienne du gravier de fond, découverte dans la sablière Elie de Grenelle (Paris), dont le profil sagittal est intermédiaire entre ceux de Cannstatt et d'Eguisheim, appartiendrait à la race de Cannstatt. Cette comparaison n'a plus sa valeur puisque la provenance et les conditions de gisement incertaines du crâne de Cannstatt ont fait à juste titre récuser son ancienneté, et que la calotte d'Eguisheim est rapportée au type de Combe-Capelle (vallée de la Couze, commune de Saint-Avit-Sénieur en Dordogne : Sapiens donné comme Cro-Magnon mais il date de -7 600).

 

Si la position chronologique de la calvaria d'Eguisheim n'est pas du tout certaine, c'est néanmoins une pièce intéressante par quelques caractères archaïques : grandes dimensions, front petit, os épais, fossilisation... Toutefois, l'Homme d'Eguisheim n'est pas du tout néandertaloïde. Morphologiquement, il rappelle Engis (province de Liège : crâne d’un individu âgé à côté de restes d’animaux, il est connu sous le nom de Engis 1, considéré comme la boite crânienne d’un Homo sapiens et daté de l’époque néolithique), Brno III (capitale de la Moravie en République tchèque : squelette féminin comparable à celui de la femme de Predmosti, ce dernier trouvé dans une tombe elliptique de 4 m de long et 2,5 m de large contenant 5 hommes, 3 femmes et 12 enfants, avec des caractéristiques très archaïques - grandes arcades sourcilières, front fuyant. On n'exclut pas que les chasseurs de Předmostský puissent descendre d'hybrides de l'Homme de Neandertal et de l'Homme moderne), le Veyrier (restes magdaléniens du -XIIè au -Xè millénaires trouvés dans le canton de Genève) et les Cottés (dans la Vienne, sur le seuil du Poitou, point de contact entre le bassin parisien et le bassin aquitain, à quelques kilomètres de la Vallée de l’Anglin et de la région du Grand Pressigny, célèbres pour leurs sites préhistoriques : un des rares gisements qui livre en séquence du Châtelperronien évolué, du proto-Aurignacien et de l’Aurignacien ancien, on y a découvert un squelette en position fœtale d’Homme anatomiquement moderne dans les niveaux Aurignacien ancien) plus étroitement que les Mésolithiques et les Néolithiques.

Au total, il s'agit donc d'un crâne de grandes dimensions, à front remarquablement étroit, mais non fuyant, d'indice crânien mésocrâne (tout juste : il y avait deux races - brachycéphales et dolichocéphales - à l'Âge du Renne, tandis que les pièces osseuses d'Eguisheim, de Lahr, d'Engis et de Neanderthal, qui remontent à l'époque du mammouth, sont uniquement dolichocéphales).

Le sujet d'Eguisheim (un homme dont l'âge au moment du décès pouvait avoisiner, au grand maximum, la quarantaine) n'a rien de néandertaloïde (pas de torus sus-orbitaire ; pas de front fuyant ; pas d'indication de chignon occipital ; écaille temporale très probablement arquée vers le haut ; voûte haute), et peut être antérieur au Néolithique (il présente des traces de fossilisation ; ses dimensions sont inhabituelles au Néolithique si on juge par la série de Cravanches près de Belfort et quelques autres séries alsaciennes bien datées), probablement du Magdalénien (-15 000 à -10 000). Les parentés morphologiques fondées surtout sur le profil sagittal s'établissent principalement avec Engis, Brno III, le Veyrier, les Cottés et d'une manière générale avec les Cromagnoïdes centro-européens les plus graciles et les plus tardifs. En effet, les Cro-magnoïdes "néandertaloïdes" de Brno (François-Joseph), de Predmost, de Pavlov, doivent être écartés de la comparaison. Les Cro-magnoïdes du Midi français (Cro-Magnon, Barma Grande) n'offrent aucune similitude.

 

 

Après la trouvaille de 1865, la colline du Bühl a livré plusieurs sépultures néolithiques, à faible profondeur (moins de 1 mètre) dont l'une (1889) contenait un sujet cromagnoïde ressemblant à celui de 1865 par les courbures générales et les dimensions. Bien que les conditions de gisement soient différentes, on se trouve embarrassé par les similitudes morphologiques. Toutefois, la morphologie frontale du sujet est très particulière, l'os est épais, les caractères endocrâniens sont plutôt de type paléolithique (le néolithique ayant une voûte plus basse). Aucun de ces arguments n'a de valeur déterminante, mais leur ensemble confère le bénéfice du doute en faveur de l'ancienneté.

On rapproche ces deux crânes des squelettes humains découvert dans le lehm à Bollwiller (crânes dolichoplatycéphales, fémurs à colonnes, etc.).

 

Toujours au Bühl, en 1937, un crâne fut rencontré à 6 ou 7 mètres de profondeur. À peu près au même niveau, à 4 mètres de là, sous une pierre se trouvaient rassemblés des ossements de petit équidé, des bois de renne et de cerf élaphe. Cette sépulture, accompagnée d’offrandes rituelles renfermées sous une dalle de pierre, appartient au Mésolithique.

 

 

Au lieudit Altkloesterle de Voegtlinshoffen, on a découvert des silex taillés, des charbons, des fragments de poterie néolithique. En effet, sur les chemins ruraux du Zwisacker et de la Carrière, une dense occupation existe à l’Est sous le vignoble, alors que le Nord-Ouest est fermé par les éboulis et le front de taille de la carrière. Les vestiges archéologiques, soit les 18 structures mises à jour, sont situés sur un léger plat, dans la partie basse de l’emprise. Parmi les 8 structures ayant livré du mobilier céramique, deux d’entre elles sont datées avec précision du Néolithique moyen (-4 600 à -3 900).

 

Eguisheim est appuyé à de douces collines, dont les terroirs sont remarquables par leur microclimat exceptionnel. Le site contrôlait le chemin rejoignant le val de Munster par la montagne et passant à côté des châteaux de Haut-Eguisheim, l’importante voie surveillant un des axes Nord-Sud, le long du vignoble vosgien.

Situé à 500 m au Nord-Nord-Est du centre d’Eguisheim, au lieu-dit Teufelsjuechert, le site d’Icare se trouve au pied des premières collines sous-vosgiennes qui portent la majeure partie du vignoble alsacien, à 200 m d’altitude en moyenne. Au total, 36 structures ont été mises au jour. 3 fosses datent de la fin du Néolithique moyen. Seules les structures en creux du Néolithique moyen, contenant des déchets domestiques, font incontestablement partie de sites d’habitats. La répartition de ces structures et la faible quantité de mobilier témoignent d’un habitat à structure relativement lâche qui occupe essentiellement la partie Nord de la parcelle concernée mais dont l’étendue reste inconnue. En effet, des découvertes de cette période ont été notées dans l’ancienne carrière à mois de 150 m à l’Est du terrain sondé. Les tessons décorés évoquent le Roessen tardif de la plaine du Rhin supérieur (« groupe de Bischheim »). Ainsi, le site d’Eguisheim-Lotissement Icare peut être daté dans la fourchette -4 600 à -4 300 qui regroupe les dernières manifestations de la culture de Roessen et les premiers établissements du groupe épiroessénien de Bruebach-Oberbergen. Jusqu’à ce jour, cette période chronologique n’était pas attestée à Eguisheim où les sites néolithiques sont pourtant nombreux.

Pour la première partie du Néolithique moyen, Éguisheim a livré 4 ou 5 tombes.

 

Aux niveaux des trois châteaux, on a découvert les vestiges d'une occupation du Néolithique tardif (-2 700 à -2 300). Le lieu-dit Grand Cru Eichberg est exposé au Sud-Est à une altitude comprise entre 220 et 340 m. Ce vignoble, au pied des trois châteaux, est abrité par les contreforts des Vosges et bénéficie d'un microclimat particulièrement sec et chaud, puisque les précipitations y sont les plus faibles actuellement connues dans la région de Colmar.

 

 

De l'Europe Centrale et Orientale arrivent la céramique cordée (Aschenheim) et les amphores globulaires (Hochfelden), pénétrant dans les groupes lacustres et du Michelsberg qui persisteront dans la vallée supérieure du Rhin jusqu'au Bronze I (-2 300 à -1 800), période pendant laquelle se manifestent deux courants nouveaux : le premier, issu de la vallée du Rhône, amène en Haute Alsace le type de la tombe à ciste (Eguisheim, Riedisheim), et les bracelets d'argent de la Péninsule Ibérique ; le second, passant au gué de la Seltz, a été suivi par les groupes de la céramique cordée, apportant avec eux la sépulture sous tumulus (plus de 100 tumuli à Seltz, arrondissement de Wissembourg).

 

À proximité du carrefour de la nationale 83 et de la départementale 14, un vaste empierrement, inconnu ailleurs, ne contenant que du matériel caractéristique de la civilisation Cordée, constitue une structure exceptionnelle quoique d’interprétation bien difficile.

Un premier secteur, à l’Est de la nationale, a livré une aire empierrée constituée de blocs de grès aux arêtes vives (probablement des éclats de taille) d’environ 10 cm de côté et de quelques galets, aménagée sur un seul niveau de 10 à 15 cm. Plus de 2000 fragments de céramique (40 kg) jonchaient l’empierrement du Strassenaecker, principalement dans sa partie centrale. S’appuyant sur l’existence de structures similaires sur les habitats cordés des bords de lacs suisses, on interprète cet aménagement comme un soubassement de maison destiné à assainir et à stabiliser un terrain relativement humide (cet aménagement, fouillé sur 200 m2, se poursuit vers l’Est sous l’actuelle voie ferrée). La concentration plus forte de blocs occupant le centre de l’espace et dessinant un plan plus ou moins quadrangulaire pourrait coïncider avec l’emprise d’un bâtiment d’environ 65 m2. Cependant, de l’aveu même des fouilleurs, l’absence de trous de poteaux rend cette hypothèse relativement fragile.

Les vestiges mobiliers découverts - principalement des fragments de récipients en céramique, quelques os de moutons et des outils en silex (pointes de flèches et éclats divers) - sont liés à l’acquisition et à la préparation de la nourriture appartenant vraisemblablement à une occupation de type habitat. Deux fusaïoles en terre cuite, témoins d’activités du quotidien, attestent également la nature de cette occupation. La céramique, typologiquement attribuée au Néolithique final, appartient plus précisément à la culture Cordée (civilisation encore peu représentée en Alsace), comme les occupations en grottes de Gonvillars (Haute-Saône) et Courchapon (Doubs). Cette culture, bien connue en Allemagne et en Suisse, reste encore quasiment inédite en France, limitée semble-t-il au Nord-Est du pays. En Alsace, le site de Burnhaupt-le-Bas, qui a livré une fosse appartenant à un habitat Cordé, représentait jusqu’à aujourd’hui le seul site Cordé alsacien. La céramique de ce groupe est divisée en deux types, la céramique fine à décor effectué par pression de cordelette (d’où le nom du groupe) associé à un décor incisé, et la céramique grossière soit à décor modelé réalisé au doigt, plus rarement non décorée. La fréquence des urnes portant des cordons digités, ondulés ou non, au niveau du col et de la lèvre, ainsi que les décors d’ondulations réalisés à la cordelette et remplis d’impressions, rapprochent le style haut-alsacien de la Suisse orientale où ces deux caractères sont très présents. Deux fosses et un trou de poteau sont associés à ce niveau, situés entre -2 600 et -2 400, écart couvrant la quasi-totalité de la durée de la culture du Cordé du plateau suisse.

 

À la suite d'une trouvaille fortuite de restes crâniens faite dans une gravière au lieu-dit Strassenacker, à la limite des bans d'Eguisheim et de Wettolsheim, on découvrit la présence de petites cuvettes et d'un grand trou ovale avec traces de cendres, aménagés, en surface du gravier. Ces dépressions semblent correspondre à un emplacement de cabane à foyer et de poteaux-poutres. On en retira de rares restes néolithiques, dont des tessons de céramique poinçonnée et rubanée.

Sur la colline du Bühl, on a trouvé plusieurs tombes à céramique rubanée de la civilisation poinçonnée (civilisation du Rubané, qui évolue sur place vers un "poinçonné" qui n'en est pas, tout en étant contemporain du début de l'Âge du Bronze).

 

 

Aux âges suivants, où apparaissent le bronze et l'or, puis le fer correspondrait la pénétration et l'établissement en masse importante, dans la plaine alsacienne, d'un peuple brachycéphale, premier ban probable des invasions celtiques. Toujours est-il qu'un mouvement de population des plus remarquables paraît avoir coïncidé avec la fin de l'Âge du Bronze. Il semble que les tribus humaines se soient portées sur le versant alsacien des Vosges, des collines sous-vosgiennes et des terrasses du lehm dans la plaine. Cela tient probablement à ce que les parties autrefois submergées et ravagées par les cours d'eau divaguant à chaque crue, se sont asséchées en partie et recouvertes d'un limon fertilisant qui y attirait les tribus sédentaires pacifiques. Tel paraît, en effet, le caractère des populations qui ont laissé dans les nombreux tumulus de la plaine d'Alsace leurs mobiliers funéraires. Le contenu de ces tumulus, rares dans la région sous-vosgienne, très communs dans la plaine, décèle les relations commerciales à grande distance encore plus étendues qu'à l’âge précédent.

Il est difficile, malheureusement, d'aboutir à des précisions bien complètes touchant les caractères ethniques de ces populations qui s'implantèrent en Alsace à l'Âge du Bronze. La pratique si répandue de l'incinération des corps nous a privés d'une foule de documents irremplaçables. Quant aux corps inhumés sous les innombrables tumulus tant de cette période que de la période suivante, caractérisée par l'apparition du fer (premier âge du fer, période hallstatlienne), les squelettes en sont généralement en si mauvais état de conservation qu'on ne saurait tirer parti pour l'étude de leurs fragments altérés. C'est tout au plus si l'on possède pour ces deux grandes périodes quatre ou cinq crânes intacts. Ils déposeraient, semble-t-il, en faveur d'une composition très hétérogène de la population. Tandis que du tumulus de Buhl, près d’Eguisheim, a été extrait un crâne brachycéphale, le tumulus de Sundhoffen, près de Colmar, a livré un crâne qui, bien que très allongé absolument, est en même temps large, arrondi et globuleux ; et le célèbre Gœthehügel de Sessenheim (dans un tumulus - élevé au-dessus de sépultures anciennes - à l’Est du village, au lieu dit Ebersberg appelé par Goethe « Frederikenruhe », situé entre l’an -2 000 et -900), un crâne mixte, dont l'indice de largeur devait être compris en 76 et 79, crâne tout ensemble long et large comme le précédent. Sans doute, par elles-mêmes, ces observations ne sont pas suffisantes pour conclure à l'existence d'une population en majorité brachycéphale. C'est là, cependant, plus qu'une simple hypothèse, et la probabilité de la conclusion l'impose comme une nécessité logique, lui donne le caractère d'une sorte de postulat. La brachycéphalie, en effet, ne disparaîtra plus en Alsace aux âges subséquents ; elle y dominera, malgré tous les mélanges, sans qu’aucune des immigrations qui se produisirent, passé le premier âge du fer, puisse l'avoir apportée. Force est donc bien d'admettre que son origine, en tant qu'élément ethnogénique fondamental, est contemporaine de l’Âge du Bronze.

Quelque nom que l'on donne à cette ethnie à courte tête qui ensevelissait ses morts sous les tumulus, qu'on l'appelle celtique, qu'on la regarde comme identique aux Ligures, le certain est qu'elle ne différait point de celle qui formait dans la Gaule préromaine, et particulièrement dans la Celtique de César, la grande masse de la population de caste inférieure. Et comme en Gaule aussi, il est positif qu'elle resta, en Alsace, assez puissante ethniquement pour avoir absorbé à la longue tous les autres éléments d’ethnies différentes, plus anciens ou plus récents, avec lesquels elle se trouva en contact.

 

Avec l'Âge du Bronze jusqu'au temps de la conquête romaine, l'Alsace jouera le rôle d'un trait d'union entre la Gaule et l'Europe centrale et orientale. La transition entre la pierre polie et le métal a été lente. La métallurgie danubienne, bohémienne et balkanique, introduite en Haute-Alsace par le seuil de Bourgogne et la vallée de la Saône, pénètre ensuite en Basse-Alsace par l'intermédiaire des gués rhénans et des affluents du fleuve.

Au Campaniforme (-2 900 à -1 900), le brassard d'archer en schiste est l'élément le mieux représenté : six exemplaires dont deux à Kunheim (Haut-Rhin), un à Rouffach, un à Urschenheim, un à Eguisheim, et un à Baldenheim (Bas-Rhin). Il y a association des brassards avec les gobelets campaniformes dans deux gisements (sur cinq). Le brassard de Kunheim est étroit (largeur sensiblement égale au quart de la longueur) et n'a qu'une seule perforation à chaque extrémité. Les bords sont rectilignes. La section transversale est concave à une extrémité, plan convexe à l'autre. Le brassard d'Eguisheim n'a également que deux perforations. Il est un peu moins allongé que celui de Kunheim. Ces deux brassards sont du type 1 des brassards à deux perforations. C’est un élément du « Rückstrom », très répandu en Europe occidentale (Espagne, Sardaigne, Portugal, Bretagne, Sud de la France, Italie du Nord, région du Rhin, Allemagne moyenne). On le trouve aussi, bien que moins fréquemment, en Europe centrale, où il est récent (période 3). Les trois autres brassards (Rouffach, Urschenheim et Baldenheim) appartiennent à un type rarissime en France : type ancien, large (largeur approximativement égale à la moitié de la longueur), légèrement bombé, avec quatre perforations (deux à chaque extrémité). C'est le type spécifique de l'aire orientale, le Rhin marquant la limite occidentale de son extension. Ce brassard fait partie de l'équipement des tombes d'Europe centrale des périodes 1 et 2.

 

Au Bronze I (-2 300 à -1 800), dans les tombes d'Eguisheim - Tuileries apparaissent les premiers Celtes. Les mobiliers funéraires contiennent des objets importés d'Espagne, de Bohême et des Balkans, et l'on constate un changement dans la nature du peuplement avec l'entrée en scène des Alpins et des Illyriens, correspondant à une transformation des genres de vie : aux agriculteurs néolithiques succèdent des Protoceltes, chasseurs et éleveurs. On a trouvé des habitats du Bronze Ancien III (-1 800 à -1 600) à l’échangeur RD83/RD14 d’Eguisheim (Herrenweg). Ceux-ci ont livré un tesson de jarre à cordon et deux fragments de lingots-torques.

On connaît en Alsace, 3 sépultures du Bronze ancien dont les squelettes ont été décrits. Dans celle de Riedisheim le squelette était allongé, mais à Mulhouse il était couché sur le côté droit et fortement replié ; les deux squelettes de la carrière des Tuileries à Eguisheim étaient sans doute accroupis dans la même tombe. Cette sépulture a livré en outre des torques en cuivre (avec leurs amorces de tampons, ce sont des « Thüringerring » importés d'Unétice - Nord-Ouest de Prague, où cette culture fait suite à la culture campaniforme et précède la culture des tumulus du Bronze moyen), une épingle à tête losangique et enroulement, un poignard triangulaire et une pointe de flèche en silex.

Les torques en cuivre du Bronze Ancien se retrouvent avec un poignard triangulaire, un brassard spirale et une épingle « Chypriote » dans le tumulus 12 du Donauberg à Soufflenheim (Bas-Rhin) ; dans les tertres de la forêt de la Hardt à Altenstadt, proche de la forêt de Hagueneau ; à Jaulny (Meurthe-et-Moselle), à Épernay (Marne), à Alise Sainte-Reine (Côte d’Or) ; à « La Couture » à Cléré-du-Bois (Indre). La classification est basée sur le critère de la finition, les torques les plus soignés étant considérés comme des ornements, les plus grossiers comme des lingots. Dans la série française les trois types peuvent être retrouvés : groupe 1 : musée de Bretagne et Soufflenheim ; groupe 2 : Alise-Sainte-Reine et Mulhouse ; groupe 3 : Wissembourg.

 

La civilisation du Bronze II est caractérisée par les mobiliers recueillis dans les tumulus de la forêt de Haguenau (-1 600 à -1 300). Pendant la période suivante (-1 300 à -900), la tombe plate à incinération remplace le tumulus (Lingolsheim). Le pays est visité par les marchands et les fondeurs ambulants. Les fonds de cabanes sont encore rares. À Schiltigheimermatt, les habitants s'installent sur des radiers, établis sur la terre ferme, abandonnés sous l'action des crues qui témoignent du changement de climat qui se produit à la fin du second millénaire avant notre ère : maritime pendant le Néolithique, continental durant l'Âge du Bronze, le climat change et devient humide comme le prouvent l'exhaussement des lacs suisses et la réapparition du marais au Danemark. Il n'est pas exclu que l'élevage du bétail ait alors pris le pas sur l'agriculture et que la nécessité de se procurer le combustible nécessaire à la cuisson de la poterie et à la fonte du métal ait incité l'Homme à rechercher la forêt pour son habitat. La « civilisation des champs d'urnes » se prolonge longtemps en Alsace, plus apparentée à celle de la Suisse qu'à celle du Wurtemberg. Une première phase paraît influencée par les groupes celto-illyriens en Alsace septentrionale ; une seconde présente des rapports avec les cultures de la Suisse et de l'Italie.

Eguisheim-Oberfeld a livré une tombe du Bronze moyen III (-1 400 à -1 300), contenant des pointes de flèches en bronze coulé. Celles-ci sont connues dans des ensembles de la fin du Bronze Moyen, comme la sépulture III du tumulus 40 du canton de Kurzgeländ, dans la forêt de Haguenau. Dans une tombe de Courtavant, une de ces pointes de flèches est associée à une épée du type de Rixheim. Celles qui sont munies d'une barbelure au pédoncule ne sont guère connues que par des découvertes sans contexte (comme celle de La Tourette, près d'Angoulême), ou par des dépôts (Vénat dans la vallée de la Charente, et Larnaud près de Lons-le-Saunier). Il n'est toutefois pas invraisemblable que ces armes aient été en usage à une période plus ancienne que le Bronze Final II ou III. Ce mobilier se rattache pour l'essentiel au Bronze Moyen, et plus précisément à la phase finale de cette période. Ses affinités sont à rechercher essentiellement vers l'Est, dans la civilisation des Tumulus du Bronze Moyen.

Les sépultures d’Éguisheim RN 83-RD 14, Strassenaecker et Unten am Herrenweg, ont livré un poignards à quatre rivets (comme à Issenheim).

Par opposition à ce carrefour entre plaine et vallée qu’est le Hohlandsberg, les montagnes qui l'encadrent restaient archéologiquement vides. Toutefois, le chantier de restauration des châteaux d'Eguisheim a permis de préciser la présence humaine surtout au Bronze Moyen, mais aussi au Hallstatt.

 

Au Bronze Final (-1 300 à -950), des objets similaires à ceux du Bas-Rhin portant également des décors excisés existent dans le Haut-Rhin. On les retrouve, par exemple, dans les tombes d’Eguisheim Oberfeld Nord et d’Appenwihr VI. Cependant, la plupart du mobilier céramique présente des variantes locales proches des formes du Wurtemberg.

La localisation et la multiplication des occupations funéraires illustrent une occupation plus dense du territoire à cette époque. Toutes les sépultures sont liées plus ou moins étroitement à un cours d’eau, notamment le Rhin et l’Ill. En ce qui concerne l’agencement des sépultures, on remarque qu’on revient à la sépulture unique dans chaque monument. Le mobilier, notamment métallique, déposé dans les tombes oppose toujours un petit nombre de tombes riches à une majorité de tombes plus modestes : une accentuation des marques de hiérarchie est envisagée. L’observation également faite d’un nombre restreint de sépultures richement dotées en mobilier est également valable pour le Sud de l’Alsace. Par ailleurs, il semble qu’au début de la période le mobilier déposé soit plutôt métallique, dans la continuité des pratiques du Bronze moyen, tandis qu’au Bronze final IIa (-1 200 à -1 150), les vases sont privilégiés. Le passage quasi exclusif à l’incinération conduit également à une évolution du mode de dépôt dans les sépultures. En effet, bien que certaines fosses conservent une forme rectangulaire rappelant les inhumations, comme à Illfurth, la plupart des structures sont désormais circulaires et leur taille est adaptée à celle du vase ossuaire, comme à Meyenheim.

Les épingles à tête évasée sont bien connues durant la période de la culture des Tumulus orientaux du Bronze moyen. Deux tombes de la nécropole d’Eguisheim Oberfeld ont livré des exemplaires (épingles possédant une longueur démesurée, avec 54 et 55 cm), avec ou sans décor sur la tête, associés à du mobilier caractéristique du BM III et du BF I. L’épingle de Longuesse (Val d'Oise) appartient au type à tête en trompette (type D, à tête évasée et à tige renflée). Ce type apparaît au Bronze moyen : on le rencontre dans les tumulus de Haguenau (Bas-Rhin) et au Bois- du-Roc à Villonneur (Charente), mais on le connaît aussi dans des contextes du Bronze final : dépôts de Dourdon (Essonne) et de Vers (Gard), sépultures de Saint-Gervais à Auxerre (Yonne) et d'Eguisheim. Il semble que dans le Bassin parisien ce type appartienne plutôt au Bronze final I.

Les pointes de flèches à pédoncule sont très rares dans la région, en particulier en contexte funéraire, et restent difficiles à dater en l’absence d’association. Un unique exemplaire est connu dans le Haut-Rhin, dans une tombe d’Eguisheim-Oberfeld, datée du BM III par des épingles à tête évasée. Dans la forêt de Haguenau, on mentionne la présence de tels objets dans les tumulus 5 de Beckenmatt, 3 de Dachshübel, 33 et 94 de Kirchlach.

En dehors de l’Alsace, les pointes de flèche sont assez nombreuses. Dans les cantons de Vaud et de Berne, on en recense 7 à pédoncule et une à douille, toutes en contexte d’habitat. Dans une tombe de Marthalen, canton de Zürich, on signale la découverte de deux pointes de flèches à pédoncule associées à deux pointes de flèche à douille. Dans le Tessin, 4 pointes de flèche à pédoncule et une à douille, associées à une épingle à tête de pavot, ont été trouvées dans une tombe de Gorduno. La Bavière a également livré plusieurs dizaines de pointes de flèche, aussi bien en contexte funéraire comme à Schöngeising et à Augsburg-Haunstetten, que sur des sites d’habitat fortifié, par exemple au Hesselberg.

En Alsace, on mentionne la présence de couteaux à Colmar et à Sigolsheim. Ces trouvailles isolées sont attribuées au BF II. À Eguisheim, un couteau à soie était associé à un vase à col cylindrique et rebord, dans une tombe datée du BF IIb, mais les arguments permettant de dater cette structure sont ténus. Dans le reste de la France, de nombreux exemplaires ont été mis au jour. On signale une découverte effectuée lors d’un dragage de la Seine à Paris. En ce qui concerne le Sud-Est du Bassin parisien, de tels couteaux sont connus dans le dépôt 1 de Cannes-Écluse (Seine-et-Marne) ou dans la sépulture à incinération de Sens-Champbertrand (Yonne), en association avec une paire d’épingle de Wollmesheim. Dans le secteur de la Loire moyenne, on indique, par exemple, des découvertes concernant les sépultures de Vasselay (Cher), et de Villemandeur « Le Chessoy » (Loiret) ; ces structures sont datées du BF IIa. Ces couteaux sont également présents en Suisse, par exemple dans la tombe 1 de Belp-Hohliebe (canton de Berne) ou à Muttenz (canton de Bâle). Ce type d’objet est aussi connu dans le Bade, dans le Nord du Wurtemberg, en Rhénanie-Palatinat, dans le bassin de Neuwied, en Franconie ou encore en Bavière du Sud. Par ailleurs, on cite des exemplaires en Autriche et en République Tchèque. On conclut ainsi que le couteau à soie est très largement répandu en Europe Centrale et semble trouver son origine dans la zone orientale.

Les pots bitronconiques à col vertical, décorés de cannelures horizontales et/ou verticales, ne sont pas un marqueur chronologique précis puisqu’ils sont connus dès le début du Bronze final, se généralisent au BF IIa dans la zone concernée par le groupe à céramique cannelée et continuent d’exister durant l’étape moyenne du Bronze final. On rencontre ces récipients aussi bien en contexte funéraire qu’en contexte d’habitat : en Alsace (à Eguisheim, à Haguenau-Maegstub 5, à Algolsheim, à Altkirch, à Rouffach « Gallbühl », à Rorschwihr, à Merxheim « Groupe scolaire », à Magstatt ou encore à Colmar « Diaconat »), dans le Bassin parisien, en Lorraine, en Bourgogne, en Franche-Comté, en Suisse ou encore dans le Sud-Ouest de l’Allemagne. D'autres récipients, au profil plus adouci, sont des formes intermédiaires entre bol et coupe. Leur décor incisé à incrustations blanches se développe en registres horizontaux. Ce sont des éléments caractéristiques du Bronze Final I tel qu'il est représenté en Alsace et dans le Haut-Rhin à Rixheim, Riedisheim et Eguisheim.

Dans le Haut-Rhin, des coupelles globuleuses à bord déversé sont connues à Algolsheim, à Bollwiller ou à Eguisheim. Dans le Bade-Wurtemberg, ce type de coupelle a été mis au jour à Immendingen, à Haltingen, à Ihringen ou à Oberrimsingen. On mentionne des coupelles globuleuses à Fällanden-Wigartenstrasse B3, à Neftenbach I-22, à Neftenbach II-4 ou à Wiedlisbach.

 

Pour la période du Bronze final dite des Champs d'Urnes, Eguisheim-Oberfeld a livré une urne à incinération et la colline de Buhl a donné une céramique et épée en bronze.

Les urnes à col cylindrique de Dampierre-sur-le-Doubs sont comparables à celles des sépultures à incinération d'Eguisheim-colline du Buhl où elles ont été trouvées en contexte avec une épée du Bronze Final.

On peut s’interroger sur la réalité d’une vraie disjonction entre le Bronze final IIa et IIb dans la mesure où l’on constate une communauté de formes dans la céramique de ces deux phases comme sur les habitats de Brunstatt, Magstatt, Steinbrunn (coupe segmentée, gobelet biconique décoré de cannelures) ou dans les sépultures d’Achenheim et d’Éguisheim qui associent céramique et métal de tradition Bronze final IIa et IIb.

 

Éguisheim–Strassenacker a livré des habitats du Bronze Final III (-1 100 à -950), matérialisés par une cinquantaine de trous de poteaux et de la céramique. Le mobilier de la fosse n°48 de Dampierre-sur-le-Doubs est très semblable à celui de ces fosses d'habitat.

Diverses périodes sont représentées dans cette zone : la majorité des fosses sont comblées par des artefacts du Bronze final IIIb ou Hallstatt ancien, d’autres sont attribuées à la Tène ancienne.

Eguisheim-Tuilerie a livré des habitats et des couteaux en fer du Hallstatt, comme Eguisheim Trois-Châteaux a donné quelques traces de ce premier Âge du Fer. Quant à l'épée hallstattienne en fer à un seul tranchant, on en a trouvé deux à Eguisheim.

 

 

L'élément germanique lui-même, si grand qu'ait été son rôle, ne parvint pas à l'emporter. Déjà, à la fin de l'époque gauloise, de la période connue archéologiquement sous le nom de « période de la Tène », représentée dans la plaine d'Alsace par certains tumulus contenant des armes et un mobilier typiques (épées, torques, fibules, etc.), de nombreux Germains avaient pénétré au milieu de la population dite celtique. Divers groupes germaniques, dont les Triboques, établis aux alentours de Strasbourg et vers le Nord de l'Alsace, sont le plus connu, s'étaient fixés dans la contrée dès avant l'invasion d'Arioviste.

 

D’autres communautés celtes en provenance de La Tène (Suisse) se fixèrent en nombre dans la région. La colline du Buhl a livré des tombes plates de La Tène b (-Vè siècle), contenant des bracelets ou anneaux de chevilles à jonc orné de nodosités rarement attestés. Ces types de parures se répartissent dans le Sud de l’Alsace et du Bade-Wurtemberg ainsi que dans l’extrême Nord de la Suisse.

Alors que le Carrefour des oignons a livré un habitat individuel sur lehm, Éguisheim–Strassenacker a livré un habitat ouvert sur graviers de La Tène finale (C2-D1b : -170 à -90).

 

On rappellera qu’au temps des Romains la route du castrum d'Eguisheim au Mons Brisiacus (Breisach am Rhein, Vieux-Brisach) était la seule, qui, dans le Haut-Rhin, reliait le fleuve aux Vosges.

 

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