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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Wintzenheim, plan de la station d'altitude du Hohlandsberg (Bronze final) {Sites archéologiques sur https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM}

Wintzenheim, plan de la station d'altitude du Hohlandsberg (Bronze final) {Sites archéologiques sur https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zRpXnMc9mISE.kAKxVUHp74DM}

 

Wintzenheim, tout comme Colmar, est une ville qui reçoit très peu de pluie car elle bénéficie d'un microclimat (dit microclimat des Trois-Épis) dû à l'effet de vortex provoqué par la vallée de Munster par vent dominant de secteur Sud-Ouest à Ouest.

Situé aux limites des mondes latins et germaniques, terre de convoitise et lieu de passage, le canton de Wintzenheim s'est enrichi de multiples courants historiques et culturels.

 

L’alsace grand cru hengst est un vin blanc produit sur le lieu-dit Hengst (« le cheval entier » - non castré -, l'étalon), entre le Brand au Nord et le Steingrubler au Sud. À l'Ouest, les Vosges protègent le coteau du vent et de la pluie. Les vents d'Ouest dominants perdent ainsi leur humidité sur le versant occidental des Vosges et parviennent en Alsace sous forme de foehn, secs et chauds. Les précipitations sont donc particulièrement faibles. De ce fait, le climat est bien plus sec (Colmar est la station la plus sèche de France) et un peu plus chaud (avec une température annuelle moyenne plus haute de 1,5°C) que ce qui serait attendu à cette latitude. Le climat est donc continental et sec avec des printemps chauds, des étés secs et ensoleillés, de longs automnes et des hivers froids.

Sur un de ces coteaux, à l'Ouest de la route de Wintzenheim à Wettolsheim, au lieu-dit Obersoedeln (section n°47, parcelles 39-40), on a découvert une tête de burin sur troncature d'assez belle venue ainsi que quelques silex. Il pourrait s'agir d'un campement en plein air du Paléolithique supérieur.

 

 

Au cours du Néolithique, c'est le piémont qui signale l'installation de communautés d'agriculteurs. On sait peu de choses sur le rôle des montagnes durant cette période, mais la présence de haches polies au sommet du Stauffen (commune de Vœgtlinshoffen) et sur le site du château du Hohlandsbourg laisse supposer des passages plus fréquents qu'il n'y paraît. On a d’ailleurs trouvé dans ce dernier un fragment de bracelet régulier (contour externe arrondi, à section épaissie vers l'intérieur ; épaisseur maximum de 9 à 10 mm ; diamètre interne de 69 mm) en serpentine vert clair dans les fouilles d'habitat du Bronze final alors que cet artefact est daté du Roessen type Wauwil (Néolithique moyen, de -4 600 à -4 300). Leur utilisation a fait couler beaucoup d'encre : comme en témoignent les exemplaires trouvés in situ aux bras de squelettes (Cravanche, Herrlisheim-près-Colmar), leur emploi comme parure devrait seul être retenu.

Il faut signaler que le Hohlandsberg est situé sur un axe de communication important, au débouché de la vallée de Munster sur la plaine d’Alsace : on y arrive par trois chemins, le premier par la vallée de Münster, le second par Wettolsheim, le troisième par Éguisheim.

 

Aux pieds des collines sous-vosgiennes, le substrat est composé de cailloutis des cônes de déjection de la Fecht, formé de bancs de cailloux et de sable qui se prêtent à l’extraction de matériaux de construction. Une partie importante du cône de la Fecht a été déposée au Riss et a subi un début d’altération. En surface, le cône a été remanié au Würm et recouvert de lambeaux de lœss. Les cailloutis du cône de déjection de la Fecht, impropres à la culture et à l’établissement d’un habitat à architecture légère, expliquent probablement en partie l’absence de vestiges dans cette zone.

Ces terrains se placeraient depuis la préhistoire dans une lacune d’occupation, ou dans un terroir portant un habitat très sporadique, entre les deux couloirs de pénétration bordant la vallée de la Fecht et un axe Nord-Est / Sud-Ouest de forte densité d’implantation, rejeté loin à l’Est du cône de déjection, sur la terrasse surmontant la Lauch. Les établissements successifs de cette trame enserrent un milieu peu favorable aux habitats, parcouru par des chenaux, érodant plus qu’irriguant le cône de la Fecht et la terrasse de lœss. Cette situation semble avoir prévalu de la fin de la dernière glaciation (vers -10 000) à notre siècle. L’intensité de ces bouleversements affectant la surface de ces terres a été telle que toutes traces d’éventuelles occupations anciennes ont été gommées.

 

 

Outre le Hohlandsberg, il apparaît que diverses hauteurs vosgiennes - et notamment des secteurs ultérieurement occupés par des châteaux - étaient également occupées durant la Protohistoire et ce dès le Bronze moyen (Oberhaslach, le Mont Sainte-Odile, Ferrette–château).

Le massif du Hohlandsberg est constitué d’un éperon granitique séparant la vallée de Munster de la plaine d’Alsace, à environ 5 km à l’Ouest de Colmar. De par son altitude (640 m), cette position offre une vue dégagée dans presque toutes les directions, englobant la plaine rhénane et le débouché de la vallée de Munster jusqu’à la ligne de crête vosgienne.

Sur l’axe Nord-Sud au pied des collines sous-vosgiennes s'en greffe un autre, perpendiculaire, qui mène vers la région de Brisach et les gués permettant jadis le franchissement du Rhin, voie d'invasion et de migration utilisée au Néolithique, au Chalcolithique et surtout an Bronze Final. Du côté de l'Ouest, on cite comme voie de franchissement des Vosges la vallée de la Weiss aboutissant au col du Bonhomme, à cause d'un dépôt de haches en bronze près de la localité de ce nom. Mais cette vallée avec son débouché étroit et encaissé ne semble pas être une voie de passage idéale. La vallée de Munster se présente, par contre, comme un véritable golfe par lequel la plaine pénètre dans la montagne ; quoique cette vallée se termine en cul-de-sac sur des versants raides et des cols élevés, les Hommes de la préhistoire y ont circulé, ainsi qu'en témoignent quelques trouvailles, sporadiques certes, mais jalonnant diverses périodes (âge de la pierre, Chalcolithique, présence romaine constatée à Wihr-au-Val). On a pu prouver, par la trouvaille de tessons à 1100 m d'altitude, que le collet du Rainkopf a été fréquenté au Bronze Moyen (pointe de flèche en silex protohistorique et céramique d’habitat). À travers tout le Moyen-Âge, les archives attestent la continuité de ces franchissements, par lesquels s'échangeaient vin, céréales et bétail d'Alsace contre le sel de la Lorraine.

 

L'Homme s'installa à l'Âge du Bronze sur ce site exceptionnel (entre -1 400 et -750) : une immense "enceinte" protohistorique avec des habitations englobe les vestiges actuels du Moyen-Âge (la construction du château, sur ordre du prévôt de Colmar Siegfried de Gundolsheim, date de l'année 1279 ; dès 1281, les bourgeois de Colmar se révoltent et incendient le château avec l'aide du grand bailli Otton d'Ochenstein). À vol d'oiseau, l’implantation couvre une surface de 400 m sur 200, englobant le sommet de la montagne et descendant le long du versant Est, face à la plaine d'Alsace, jusqu'à la source permanente de « Linsenbrunnen », à quelque 70 m en contre bas. Le site est encadrée (hasard naturel ?) par deux rochers à cupules. Cette station déjà fort intéressante par ce qu'on retrouve comme traces de constructions (plans de maisons, four de potier, etc.), choses assez rares dans le contexte européen, a encore le mérite d'avoir été occupée à plusieurs reprises différentes : cette station d'altitude ne constituait pas un refuge temporaire mais était habité en permanence de la fin du Bronze moyen au Bronze final III (surtout au Bronze final II), soit environ 5 siècles. Le site, organisé en terrasses, a livré des plans de maisons rectangulaires de 6-7 m de côté construites en bois sur un soubassement de pierres et coiffées d’un toit à double pente, dans lesquelles ont été mis à jour un four de potier, ainsi qu'un four à pain. Avec les 30 000 tessons du four à potier, les 10 000 de la maison et plus de 110 000 pour Linsenbrunnen, le Hohlandsberg s'avère être un site très riche. Par sa taille (plus de 6 hectares), cet habitat - site phare pour la phase moyenne du Bronze final - a une importance qui dépasse largement la région (connu comme l’un des sites majeurs pour l’Âge du Bronze de l’Est de la France).

 

 

Les habitats alsaciens de la fin du Bronze moyen restent très mal connus. La sablière d'Oberentzen, à l'Ouest de la route Meyenheim - Sainte-Croix-en-Plaine, a livré un habitat du Bronze moyen. Parmi les poteries, on a trouvé une très belle tasse à riche décor excisé et anses en x. C'est la première découverte d'une poterie de type haguenovien dans la plaine de Colmar. Cette tasse ainsi que les autres poteries trouvent leurs équivalents dans les couches anciennes de la station d'altitude du Hohlandsberg, où quelques traces de maisons sont attestées (cabanes appuyées contre le mur d’enceinte et une maison proche du four de potier sise au sommet de la montagne).

 

Un piton rocheux domine au Nord-Ouest sur une hauteur de plus de 17 m : le secteur de l’éperon, face Est et Sud-Est d'un promontoire rocheux, est appelé Linsenbrunnen I. À 100 m à l’Ouest de cette source, on remarque un rocher à cupules. En dehors de la zone sommitale, l’occupation protohistorique s’étend sur le versant Nord-Est du massif : sur le versant Est de la montagne, face à la plaine de Colmar, entre 570 et 580 m d'altitude, on a mis au jour un groupe d'habitats protohistoriques sur 4 à 5 hectares, à proximité de l'unique source connue actuellement appelée « Linsenbrunnen ». L’implantation du site protohistorique est circonscrite par un talus plus ou moins marqué.

On remarque une suite d'aménagements (maisons encastrées contre le rempart extérieur) dans le secteur Linsenbrunnen I. On distingue deux sortes d'amas de pierres : les premiers, fort volumineux, disposés perpendiculairement à la pente et s'opposant aux effets de l'érosion ont provoqué la formation de terrasses assez planes délimitées par une rupture de pente due aux amas de pierres sous-jacentes. De tels amas, qu’on appellera « mur extérieur », ont été trouvés autour du four à potier et surtout à Linsenbrunnen où on l'a suivi sur près de 80 m. Les autres amas inclus dans ces terrasses sont beaucoup moins importants, se limitant parfois à des murets de faible hauteur (2 à 4 couches de pierres superposées). En forte pente vers l'intérieur, largement étalé vers l'aval, l'amas du « mur extérieur » est constitué de pierres de tout calibre, non appareillées, mélangées à de la terre et s'appuyant sur de nombreux rochers. La hauteur actuelle va de 0,50 m à 1,20 m. Un tel mur avait visiblement un double but : sur un versant en pente, il permet l'aménagement de surfaces horizontales suffisamment larges pour y asseoir les constructions ; d'un autre côté, vu que les niveaux archéologiques sont nettement plus bas (entre 0,50 m et 1 m) que le sommet actuel du pierrier, que celui-ci n'est certainement que l'écroulement d'un amas primitivement plus élevé et qu'en plusieurs endroits on a constaté des trous de poutre descendant jusqu'au niveau du sol à travers les pierres, celles-ci devaient servir à maintenir solidement l'armature verticale des constructions, tout en habillant et protégeant - au moins jusqu'à une certaine hauteur - leur façade aval (des observations similaires ont été faites dans des stations d'altitudes suisses). Au four du potier et à Linsenbrunnen I, les traces d'habitats ont été vues accolées à la face interne du mur sur un terrain presque horizontal.

La plupart des maisons possédaient un sol revêtu d'argile. Des constructions protohistoriques, très certainement en bois, il ne reste rien à part des murets qui devaient leur servir de fondations. Tout le secteur Nord et centre a été occupé par des maisons ; des murets disposés perpendiculairement au mur extérieur cloisonnent la surface. On ne peut que deviner une première maison, au Nord, mais une partie de la cloison médiane était bien restée en place. Le plan de la seconde maison se lit fort bien : trois murets délimitent deux pièces à peu près carrées de 5 m sur 5, encore munies de leurs foyers ; d'un côté, un foyer rond tapissé de galets, de l'autre, un foyer confiné entre de grands blocs de granit disposés en carré et, profitant d'un décrochement du mur extérieur, un autre foyer plus vaste, isolé par des rochers affleurant ; c'était certainement la cuisine et le lieu de séjour des femmes, car on a retrouvé, à côté, quelques poids de tisserand. Au centre, l’emplacement d'une troisième maison apparaît plus confusément : en deux points, des murets recouvraient des foyers sous-jacents, reposant sur un lit d'argile cuite et dont les alentours, au même niveau, formaient un sol tapissé de pierres. Contre, le mur extérieur, un foyer, d'abord enfermé dans une niche parallèle à ce mur, a été reconstruit par-dessus dans une abside semi-circulaire prolongée de murets, cette fois perpendiculaires. Le mur extérieur lui-même a été surélevé et épaissi.

Tandis que les zones Nord et centre étaient les lieux d'habitats, avec une céramique riche en formes et en décors, la zone Sud a un caractère tout différent : aménagement en pierres plus complexes - la plus forte densité en tessons à cause de nombreuses poteries de grande taille - mais céramique peu variée et surtout moins décorée. On y trouve une structure en pierres qui, en plus petit, reproduit le foyer du four de potier, mais sans poteries ; il s'y ajoute ici une rigole retrouvée pleine de cendres et de charbon de bois. Ici, on peut penser à un four de boulanger, muni d'une rigole pour l'évacuation des braises. Celles-ci ont pu être réutilisées tout à côté, là où une très grande pierre plate posée sur des pierres formait une sorte de table dont le pied était entouré d'un grand foyer sur socle d'argile ; on y a retrouvé un amas d'os calcinés de cervidés : n'est-ce pas la "rôtisserie", l'endroit où l'on fumait la viande ? Plus au Nord, un enclos ovale contenait un autre foyer ; à l'extérieur, les éléments d'au moins 14 grandes poteries : réserve d'eau du boulanger, ou mieux, à cause du foyer, lieu de préparation de boissons ? Une telle interprétation, tout en restant hypothétique, est néanmoins plausible. De toute façon, cette zone Sud étant différente du reste du site, il apparaît que l'agglomération de Hohlandsberg n'était pas un simple agrégat de maisons. On croit pouvoir y discerner une structuration économique avec des "quartiers" spécialisés : four de potier, boulangerie, "rôtisserie", "débit de boissons". Peut-être même pourrait-on y lire une hiérarchie sociale : les maisons de Linsenbrunnen, par leur taille, leur situation par rapport à l'eau, la vue et l'exposition, semblent être des demeures privilégiées.

Les fouilles de la partie Ouest de Linsenbrunnen I ont permis d'observer plusieurs couches stratifiées, correspondant à différentes époques de construction et de reconstruction. Sur le rocher, ont été retrouvés les restes d'un habitat du Bronze final I, avec murs formés d'une accumulation peu volumineuse de pierres avec trous de poteau. Cette maison détruite par un incendie, fut remplacée par une deuxième, du Bronze final II, avec trois foyers, dont deux matérialisés par un épais lit d'argile brûlée et, aux alentours, un sol pavé de nombreuses pierres et galets.

Au Bronze Final I, les maisons initiales sont plus petites, car le grand "mur" n'étant pas encore édifié, les surfaces planes restaient exiguës (il fallait en aménager en entamant la pente) ; ces maisons ont aussi un plan plus irrégulier, devant s'appuyer sur les émergences rocheuses. En fait, l'occupation était plus étendue que ne le laissent supposer les traces conservées, témoin les foyers isolés préservés dans le creux (il y en avait un sous le « mur extérieur » à 1,50 m sous le sol actuel), et la présence de tessons de cette époque sur presque toute l'étendue fouillée, y compris au sommet de la montagne (four et maison du potier).

Au sommet de la montagne, y avait-il un seul four de potier de structure coudée plutôt compliquée, ou 2 fours non contemporains, d'orientation différente et dont les traces ont été vues imbriquées et, en plus, antérieurement ou postérieurement, ou les deux, des habitats, le tout responsable de la masse de céramiques retrouvées ? Un nombre limité de tessons peuvent en effet être datés du Bronze moyen ou du Bronze final I.

 

La céramique du Bronze final I a de fortes affinités avec celle du Bronze moyen : décor excisé, grands triangles hachurés, mamelons, etc... Comme dans la fouille du four de potier, de nombreux fragments d'objets en terre cuite baptisés « chenets » (pièce de bois ou de métal souvent placée par paire dans une cheminée ou un foyer et servant à soutenir les bûches, afin que celles-ci n'étouffent pas le feu) ou « cornes de consécration » furent recueillis (l'argile, absente du site, était transportée sous forme de boule). Ce type d'objet est apparu à l'Âge du Bronze dans la vallée du Rhin (Ebersberg) puis, s'est diffusé avec la civilisation des Champs d'urnes jusque dans la région de Champagne-Ardenne (Connatre, Ecury- le-Repos, Barbuisse-Courtavant, La Villeneuve au Chatelot...). Au début, ce sont des cornes parfois accompagnées de disques plats en argile, puis ils évoluent pour atteindre une forme parallélépipédique dont les extrémités sont souvent soit relevées, soit représentent des petites têtes animales stylisées (Wintzenheim, Dautenheim, palafittes de Haute-Savoie). Leurs faces sont souvent décorées d'incisions. Il en existe quelques exemplaires dans le Languedoc (Hérault), au premier Âge du Fer, ainsi qu'en Espagne (Roquizal del Rullo (Zaragoza), Cortes de Navarra). Ces objets semblent situés à proximité des foyers, mais aucune « corne » ne présente de trace de calcination, même sur une face.

En faire des idoles ou des objets cultuels est une hypothèse qui paraît bien convenir. Vu leur emplacement, on y verrait volontiers des objets d'invocation à la puissance du feu pour qu'elle se cantonne dans un rôle bénéfique aux Hommes. L'incendie était certainement un des dangers menaçant ces maisons en bois : on en a vu les traces dans la première occupation au Bronze Final I ; il y a eu également incendie au Bronze Final II. À Linsenbrunnen, dans la zone des maisons, les chenets sont bien décorés, tandis que dans le quartier "artisanal" ils restent plus frustes et mal cuits ; seul le four de potier possède de belles pièces, en particulier la plus grande (n°1).

 

La filature est attestée par les nombreuses fusaïoles, parfois fort belles, mais dont certaines trop petites devaient plutôt servir de perles ; ajoutons-y quelques fragments de bobines. Du tissage, il reste les poids de tisserand. Si la fabrication de la poterie paraît avoir un caractère déjà "industriel", le textile reste familial, et les objets qui en restent ont été trouvés disséminés un peu partout, les poids de tisserand localisés cependant près des "cuisines".

Le matériel lithique comprend un grand nombre de fragments de meules en granit ou en grès, une grande meule complète, des polissons et surtout beaucoup de galets de toutes tailles ; certains ont servi de pierres de chauffe et sont calcinés, d'autres ont servi d'outils soit pour lisser, d'où les usures en facettes, soit pour marteler, d'où les traces de piquetage et les galets éclatés. L'objet le plus curieux (n°1) est en grès soigneusement poli, formé de deux sphères accolées, munies d'une protubérance à leur jonction ; cela fait penser à une "amulette" de caractère sexuel, sans qu'on puisse en dire davantage faute d'éléments de comparaisons. Signalons un fragment d'ambre, qui souligne l'importance du troc.

 

De nombreuses questions restent posées concernant la vie des gens qui y habitaient et les raisons qui les ont incités à s'y établir. Leurs besoins alimentaires étaient pourvus grâce à un petit élevage et essentiellement la chasse. Au Bronze Moyen, on peut souligner la présence fortement majoritaire des cervidés, suivis par les suidés (sanglier ou porc) et enfin quelques os de bovidés, ce qui indique toute de suite l'importance relative de la chasse et de l'élevage.

Pour le reste, sans négliger l'appoint des fruits de la forêt (glands, par exemple), on peut admettre une certaine activité agricole, même s'il faut localiser les champs au pied de la montagne, voire jusqu'en plaine. Le fragment de faucille, dans la mesure où c'était une pièce de leur outillage, laisse supposer une agriculture céréalière.

L'implantation au sommet d'une montagne se justifie-t-elle par un souci de sécurité durant des périodes troublées par les migrations ? On l'admet communément pour cette époque (le château médiéval répond à des besoins similaires). Il est vrai que pour le moment, on ne peut parler d'un site protohistorique fortifié, à moins de considérer le mur extérieur et le revêtement des maisons du côté aval par des pierres comme un procédé de défense. Ce qui apparaît plus clairement, c'est l'excellente situation géographique de Hohlandsberg permettant de fructueux échanges de troc dans lesquels pouvaient entrer les produits de la chasse et la poterie. Mais faut-il mettre l'accent uniquement sur le carrefour ? Les vallées vosgiennes ne sont que des voies de passage secondaires et il est certainement plus aisé de contourner le massif vosgien par le Nord (région de Saverne) ou par le Sud (seuil de Belfort). D'autre part, pourquoi s'être installé au débouché de la vallée de Munster plutôt qu'à celui d'une autre ? Certes, la prospection archéologique des Vosges reste des plus incomplète : il a fallu les travaux de réaménagement du sentier menant vers la ruine de Hohlandsbourg pour qu'on découvre des indices préhistoriques en un lieu pourtant très fréquenté ! Ne pourrait-on pas envisager l'idée d'un site "chien de garde" des ressources minières de la vallée ? Dans cet ordre d'idées, signalons qu'à l'entrée de la vallée de Ste-Marie-aux-Mines la montagne de Frankenbourg offre une certaine analogie : château féodal et enceinte à queue d'aronde.

 

 

La période du Bronze final témoigne de l’apogée de la métallurgie du bronze. Après un abandon des sites défensifs durant le BF Ib/IIa (vers -1 200), on constate un retour aux habitats de hauteur, notamment au Hohlandsbourg (occupation clairsemée plutôt que hiatus) et au Mont-Saint-Odile.

Situé à la frontière montagneuse entre Alsace et Lorraine, le belvédère naturel où se dresse le château du Hohlandsbourg est un site stratégique convoité de tout temps. Il offre une vue unique à 360° sur la Plaine d'Alsace et la Forêt Noire. À l'emplacement actuel du château du Hohlandsbourg, se trouvait un véritable village ravitaillé naturellement en eau par une source, qui marque une première installation de grande ampleur en altitude : c’est la première période d'intenses défrichements des sommets. Les tas d'épierrement que l'on retrouve sur le flanc Est de la montagne marquaient des limites de parcelles et des aménagements de pâturages. Ils signalent combien l'agriculture et l'élevage ont été présents sur le massif, alors que certains chemins creux rendent compte de l'acheminement du bétail vers des sommets déboisés. Ces premiers reliefs vosgiens ne ressemblent pas à l'image romantique des forêts impénétrables habitées par quelques druides.

 

À Linsenbrunnen I, le dépôt de la couche stérile, la rareté des vestiges du Bronze Final IIa laissent supposer un relâchement momentané de l’occupation du site. Puis les Hommes sont revenus pour édifier le grand amas de pierres après avoir au préalable nettoyé ses assises par le feu. On peut subdiviser cette réoccupation au Bronze Final IIb en trois phases. Tout se passe comme si la partie centrale était le lieu de la première réinstallation ; puis remaniements de cette zone et, en même temps, prolongement du mur extérieur vers le Nord, avec décrochement, et vers le Sud. Tout le site est maintenant occupé. Enfin, phase finale avec occupation limitée à la zone Sud, sans grands aménagements en pierres, il n'y a que de simples constructions en bois.

 

L’accès ancien à l'Oberschloss (châtelet supérieur) depuis la basse-cour était assuré au moyen d'un sentier non aménagé (ou sommairement aménagé) empruntant le sommet de la rampe d'accès longeant l'enceinte. Une partie de la rampe d'accès n'avait pas été perturbée par la construction de l'enceinte et par l'exploitation du substrat granitique : elle a livré des niveaux d'occupation protohistoriques en place, attribués d'après le mobilier céramique recueilli à la deuxième moitié du Bronze final.

Au niveau du mur Nord, à l’intérieur du château, l’analyse de la stratigraphie interne de la pièce centrale (volume B) a mis en évidence l’existence de vestiges bouleversés d’une occupation attribuée au Bronze final sur ce môle sommital, avec la découverte de tessons de céramiques et de nodules de torchis carbonisés.

 

À Amont-route I, on est à l'intérieur de l'enceinte et sans contact avec elle, sur un terrain en pente : le matériel y a été fort riche, avec les structures d’une grande maison et d’une cabane.

 

 

Linsenbrunnen II se divise nettement en 2 secteurs (Sud-Est à gauche et Nord-Ouest à droite sur le plan) séparés par une étroite bande d’1 m orientée selon la plus grande pente. Tout se passe comme si on est en présence d'une piste de circulation respectée par les constructions successives. On observe aucune trace de stratification, les vestiges archéologiques s'y trouvant à toutes profondeurs, tandis que des tessons appartenant à des époques considérées différentes voisinaient au même niveau. Cela est sûrement dû aux multiples remaniements causés par des maisons successives implantées aux mêmes endroits. Tout se passe comme si les habitats s'allongeaient perpendiculairement à la pente et, qu'en même temps, les maisons successives avaient tendance à s'installer de préférence là où il y en avait eu auparavant. Est-ce la conséquence de servitudes liées aux besoins de la circulation et à une certaine organisation de l'espace constructible, ou est-ce simplement par commodité afin de profiter des travaux de terrassement effectués par les prédécesseurs ? Les dénivellations ont été aménagées en « marche d'escalier » où deux surfaces horizontales ou en plan incliné, sises à des niveaux différents, sont raccordées selon un tracé rectiligne par une pente forte parfois même abrupte. De telles ruptures de pente sont souvent accompagnées, en contrebas, d'une rangée de trous de poteaux ou de piquets suggérant, en toute logique, la présence d'un aménagement (un clayonnage par exemple) destiné à éviter les éboulements. Il y a des endroits où plusieurs dénivellations se succèdent d'amont en aval, comme dans les colonnes 9-11 avec ses 4 dénivellations successives. Ces dénivellations sont le résultat d'excavations effectuées dans un terrain en pente pour obtenir des surfaces horizontales, destinées à recevoir entre autres l'assise amont d'une maison.

La superficie estimée à 4-5 hectares englobe tout le sommet de la montagne et descend le long de son versant Nord-oriental jusqu'au niveau de la source dénommée Linsenbrunnen (altitude : environ 530 m). La station est ceinturée par un amoncellement de pierres qui n'apparaît de nos jours que par un bourrelet ou une rupture de pente. Ces amas semblent être les restes écroulés d'un mur constitué de troncs d'arbres formant un coffrage lesté de pierres de tout calibre. Le sol est truffé de pierres de toutes tailles, mais ces pierres granitiques, détachées de la roche-mère, ne se prêtent guère à l'édification de murs appareillés ; tout au plus pourrait-on en faire des murets de soutènement de faible hauteur, comme on en voit de nos jours dans le vignoble. Tout se passe donc comme si le bois était le matériau utilisé de préférence à tout autre, malgré l'abondance des pierres.

On remarque l’extension du site à l’intérieur d’une enceinte de pierres sèches. Appelée « mur extérieur », " l’enceinte" est constituée d’un amas de pierres de tout calibre mélangé à de la terre, sans qu’un appareillage précis ait pu être repéré. La hauteur de ce mur alternait entre 0,50 m et 1,20 m, il permettait d’établir des zones de constructions planes (terrasses) et pouvait soutenir en partie les structures d’habitats qui lui étaient accolées. Cette enceinte mesurerait au total 1,5 km de long et enserre une surface d’environ 4 à 5 ha. Son tracé n’est connu que partiellement, mais il a été suivi sur 80 m au niveau de la fouille de Linsenbrunnen I. Des incertitudes demeurent donc sur l’attribution de toutes les portions repérées sur le site et la découverte de tessons protohistoriques au Krappenfels, au Nord du château, pose le problème de l’extension de l’occupation protohistorique au sommet du massif. En effet, le Krappenfels, au pied d’un rocher à cupules, est situé en dehors du tracé supposé de l’enceinte. Entre deux petites collines, dans un chaos de blocs granitiques, un espace rectangulaire de 20 m sur 13 m est entouré d'amoncellements de grosses pierres, sur trois côtés, le quatrième étant formé par un mur de pierres sèches. À cet emplacement ont été recueillis des tessons préhistoriques. Au centre se trouvait un vaste foyer de 2,50 m de diamètre, truffé de grosses pierres. Au-dessus d’une terre noire, des tessons des Champs d'Urnes. Au fond, à 1 m de profondeur, un petit amas d'ossements humains calcinés, mêlés à quelques fragments de céramique gallo-romaine. Il s'agit d'une incinération romaine située dans un emplacement où il existait un habitat du Bronze Final.

Au-dessus du parking, le bombement semble changer d’orientation et est mieux visible, grâce à la présence d’un pierrier longiligne (50-70 cm de haut, pour 2 m de large maximum) dans lequel il est impossible de distinguer une quelconque structure. Les différents "tronçons" de ce mur, peut-être édifié au début de la phase RSFO ou Bronze final IIb (vers -1 200), ont été localisés. Pourtant, pour la plupart des zones incertaines, il faudrait plutôt parler de terrasse, et éliminer le terme "enceinte". Deux phases d’édification sont soupçonnées. Si cette hypothèse était vérifiée, elle modifierait complètement la perception du site : la partie sommitale, complètement entourée d’une enceinte, délimiterait une sorte d’acropole surplombant la partie orientale du site ; cette dernière, pentue, aurait vraisemblablement une fonction différente.

 

 

Le secteur Sud-Est apparaît comme étant le plus lisible, grâce à quelques variations dans l'orientation, les différentes maisons étant en plus décalées les unes par rapport aux autres, soit latéralement, soit d'amont en aval. Par contre, dans le grand secteur Nord-Ouest, les choses sont plus confuses.

À Linsenbrunnen II on arrive à distinguer 12 maisons, peut-être 13, sans compter le four de potier, et ces maisons ont été édifiées en 6 phases successives, chacune comptant 1 à 3 maisons contemporaines ou à peu près contemporaines. La phase 1 correspond au Bronze Finale IIa (la subdivision 1 bis se place fin IIa ou début IIb), les phases 2 et 3 se trouvent en plein B.F. IIb, tandis que la phase 4 sert de transition entre le IIb et le IIIa, les phases 5 et 6 correspondent respectivement au IIIa et IIIb. On constate une nette cassure dans l'évolution de la céramique entre les phases 5 et 6 : elle se traduit par la disparition de divers types de récipients si caractéristiques du Bronze Final.

Le niveau d'habitat était constitué par un plancher séparé du sol, au moins à cet endroit, par une couche d'argile, peut-être pour l'isoler de l'humidité du sol. D'autres fragments de plaques d'argile, plus épais, mais pas trouvés en place, présentaient les mêmes traces de planches sur une face et sur l'autre l'empreinte en creux, mais incomplète, de poutres d'un calibre appréciable, perpendiculaires à la direction des fibres du plancher. On peut en déduire, qu'en d'autres endroits de la maison, le plancher reposait sur un système de poutres, ces dernières plaques d’argile correspondant apparemment à l'extrémité épaissie de la nappe précédente, à la jonction des deux parties du plancher. En effet, tout se passe comme si celui-ci reposait du côté amont sur une banquette taillée dans le sol, tandis que vers l'aval il passait par-dessus un vide de bonne hauteur pouvant faire office de cave, de remise ou d'étable pour petits animaux, cette partie devant être supportée par des poutres reposant sur des pilotis. La profondeur de la maison serait alors d'environ 3 à 3,50 m.

Les premières maisons à s'installer ici ont adopté la solution du remblai, apparemment la plus simple dans une pente encore peu touchée ; pour la maison récente, on a peut-être cru judicieux de profiter de l'excavation creusée pour des maisons antérieures afin de l'utiliser comme sous-sol et de construire une maison à étage. Quelle est la solution la plus répandue ? On ne peut être catégorique pour la réponse, mais chaque fois que les observations le permettent on arrive à en déduire la présence d'un plancher surélevé. Il est possible qu'il y ait un 3è type de sol. Pour le bâtiment dont la limite amont se situe sur la gouttière en 8-11 A (niveau — 149) et qui s'appuie côté aval, à 4 m de là, sur l'alignement des gros blocs rocheux, tout se passe comme si le plancher était appuyé d'un côté sur la poutre amont et de l'autre sur le dispositif basé sur les blocs, donc partout surélevé par-dessus un sol en pente. Il est vrai qu'il s'agit d'une maison un peu particulière caractérisée par ses dimensions fort modestes : 4 m de profondeur et sa longueur serait seulement de 3 ou 3,50 m au plus.

On doit tabler sur une certaine variété des habitats, peut-être liée à la fonction des divers bâtiments. Certes un type de maison semble prédominer, ayant grosso modo 6 à 7 m de long sur une profondeur de 3 à 5 m, la longueur toujours disposée selon les courbes de niveau. Si l'on prend le secteur Nord-Ouest, celui-ci est cerné de 3 côtés par un net relèvement du fond, voire par des assises rocheuses ; ses limites latérales sont écartées du côté amont de 8,50 m et vers l'aval cet intervalle grandit jusqu'à atteindre 11 m. Même si l'on admet un décalage latéral des maisons successives, tout se passe comme s'il y avait eu là surtout des bâtiments de grande longueur. Mais il y a aussi des maisons plus petites, cette fois de plan à peu près carré. On en a une de 5,50 sur 5 m, et une autre de 3,50 sur 4 m.

Le premier type de maison, dit à structure verticale, possède une armature de poteaux fichés verticalement dans le sol selon une certaine géométrie, un peu à la façon des habitats danubiens ; dans un second type de conception horizontale, le corps du bâtiment forme un caisson rigide qui n'a besoin d'aucun support. Comme système d'assemblage, on peut envisager celui des chalets suisses où des poutres superposées se croisent aux angles grâce à des entailles appropriées ; il y a également celui qui a survécu jusqu'à nos jours dans les maisons à colombage, où sur une "sablière" horizontale sont agencées, par tenons, mortaises et chevilles, d'autres poutres verticales et obliques couronnées à leur tour par des horizontales, les intervalles étant obturés par du torchis. Sur le site de Buchau (Wurtemberg), où grâce à la tour bière du Federsee le bois était parfois fort bien conservé, on constate que les 2 types de caisson coexistaient au Bronze Final dans ce site ; certains murs, renversés mais restés d'un seul tenant, étaient faits d'un treillis de branchages habillé de torchis, une série de poteaux verticaux servant d'armature à cette vannerie. Tel qu’on conçoit l'agencement des sols d'habitat, un bon nombre de poteaux sont nécessaires pour soutenir les planchers surélevés. On a aussi des poteaux, parfois de gros calibre, qui s'implantent dans les parties amont.

On sait qu'à Buchau les toits étaient à double pente. À Linsenbrunnen II l'orientation du faîte étant parallèle aux courbes de niveau, un des problèmes majeurs qui devait se poser était celui de l'humidité, que ce soit celle provoquée par l'eau pluviale dégoulinant du pan arrière du toit ou celle qui pouvait suinter au pied des dénivellations. C'est certainement pour cela que de telles précautions avec un toit à double pente ont été prises pour s'en isoler. Dans la mesure où on écarte toute idée d'uniformité, l'emploi du toit à pente unique, quelque peu parallèle à la surface du terrain, est une solution qui paraît apte à équiper les maisons relativement étroites, comme celle qui n'a que 3,50 m de profondeur.

Les remaniements du sol n'ont pas fondamentalement bouleversé tout le terrain. Tout se passe comme si les maisons s'étaient succédé en se superposant, réduisant au strict minimum les déplacements de matériau. On soulignera, au vu de tout ce qui a pu être déduit des observations, combien ces maisons devaient avoir une architecture déjà bien élaborée, ce qui éloigne singulièrement de la vision primitiviste de « huttes de sauvages » ; on imagine volontiers ces maisons couvertes de planches, voire de bardeaux, dont la matière première avait l'avantage de se trouver sur place. Ajoutons enfin ces fragments de plaques d'argile galbées en tunnel, souvent décorées extérieurement, et que l'on appelle « tuiles faîtières » sans que l'on sache vraiment si c'était là leur vraie fonction ou s'il s'agit d'une forme particulière de "chenets", cette dernière interprétation étant préconisée par certains. Toujours est-il qu'on en trouve dans toute fouille du Hohlandsberg, ainsi que des fragments plats étalés en éventail façon acrotère.

On compte à Linsenbrunnen II 6 foyers, avec un assemblage de pierres dressées verticalement destinées à confiner les flammes.

Le four voûté le mieux conservé avait visiblement l'allure d'une demi-calotte sphérique adossée contre une dénivellation. Par-devant, une pierre plate devait probablement servir de seuil à la porte. Par ses dimensions réduites (diamètre 1 m), ce four peut être considéré comme domestique.

On trouve également un four de potier identique à celui du sommet de la montagne, preuve d’un autre atelier de potier. Ce four se trouvait apparemment en plein air, sans traces de trous de poteaux, mais il était installé sur une aire horizontale, prouvée par la dénivellation visible en amont, et délimitée d'un côté par une rangée de pierres disposées en arc de cercle.

 

 

Au sommet, à l'Ouest du château, là où les remaniements médiévaux n'ont pas détruit les structures protohistoriques, on a découvert un four de potier et une maison du Bronze final II (entre -1 100 et -1 000) dans une dépression entre des monticules rocheux. La seule maison de Hohlandsberg dont on a eu le plan complet jusqu'à présent, celle qu’on appelle « maison du potier » au sommet de la montagne, était structurée par une série de poteaux verticaux dont la base était maintenue par des pierres amoncelées dessinant le plan de la construction. On peut aussi supposer que seul l'un ou l'autre mur possédait une armature verticale, complétée par du clayonnage et du torchis, et que ce procédé était particulièrement indiqué pour le mur amont le plus soumis à l'humidité. Tout compte fait, à voir le nombre de trous de poteaux disponibles en amont, seuls 2 ou 3 murs étaient équipés de la sorte ; aussi on estime que la plupart des autres maisons devaient appartenir au type à caisson rigide (l'existence des gouttières ou des alignements de pierres, à la limite amont des bâtiments, devaient servir d'assise à des sablières). Disposant d'une surface plane suffisante, cette maison n'a nécessité que l'aménagement des fondations. On y retrouve la grande pièce carrée de 5 m sur 5 avec son foyer isolé entre des murets d'un type déjà observé ; à côté, la cuisine avec son foyer terminé en abside, est plus exiguë à cause d'un grand rocher faisant obstacle. Un certain nombre de trous de poutre restent discernables ; l'un d'eux, dans le prolongement d'un mur côté Sud-Ouest, laisse supposer l'existence d'un auvent protecteur. Les interruptions des murs donnent même l'emplacement des portes munies de seuils constitués par des pierres enterrées. Du côté Sud-Ouest, une énorme accumulation de pierres, semblable au pierrier de Linsenbrunnen, mais tournant à angle droit, avec quelques trous de poutre, laisse entrevoir une remise adossée au monticule rocheux. À proximité du four, à l'Est, un ensemble de murs en pierres sèches fait penser à une sorte d'appentis couvert, à l'intérieur duquel avait été aménagée une sorte de logette de forme à peu près circulaire, peut-être destinée à loger le bois de chauffage.

Au centre, un cercle de pierrailles délimitait le seul endroit riche en vestiges : tessons dont certains étaient brûlés ou déformés, le tout dans une terre noire truffée de charbon de bois, apparemment les résidus du nettoyage du four de potier. Le four avait été construit en blocs de granit bruts, lutés avec de l'argile. Il présente une forme assez singulière, car son alandier/foyer, ouvert vers le Nord et limité au Sud par un muret demi-circulaire en forme d'abside (3 m sur 1,50), est perpendiculaire à la chambre de chauffe. Cette dernière, orientée à peu près Est-Ouest, avait été bâtie sur un plan quadrangulaire irrégulier. Elle présentait, à la base, un épi central, surmonté d'une sole perforée en argile. Les fours peuvent se concevoir avec leurs 2 parties (foyer et chambre de cuisson) juxtaposées ; une telle installation, par son aptitude à plusieurs réutilisations et à une production importante, se présente comme un premier perfectionnement par rapport au procédé antérieur avant le progrès décisif du schéma classique formé de 2 étages superposés séparés par une sole perforée (tel celui des Champs d'Urnes de l'extrême fin de l'Âge du Bronze à Achenheim). Dire comment était réalisé l'appareillage de la voûte du four est impossible ; toujours est-il que les interstices entre les pierres étaient calfeutrées d'argile et que l'ensemble semble avoir été calorifuge par de la terre, car toute l'épaisseur du sol était ici particulièrement foncée. Le chargement du foyer devait se faire du côté de la remise, là où l'on a retrouvé de grandes pierres plates, le plus grand chenet et des masses d'argile calcinées hérissées de protubérances en forme de courtes cornes trapues (décor de la gueule du foyer ?). L'autre partie du four était constituée de deux rigoles recouvertes d'une sole d'argile fortement cuite par en dessous et perforée de trous. À l'extrémité Est, quatre grandes pierres plates, restées en position verticale et disposées en "cheminée", ont dû s'affaisser en écrasant une grande coupe. Quelles raisons peut-on avancer pour affirmer qu'il s'agit bien d'un four de potier ? Ce sont : la présence de ratés de cuisson et de tessons brûlés ; la présence d'anneaux d'argile ; la grande quantité de tessons (30 000), provenant d'au moins 450 poteries différentes, dont un bon nombre sont reconstituables au moins graphiquement. Mais que vient faire un four de potier au sommet d'une montagne ? L'eau devait être puisée à la source de Linsenbrunnen, à 70 m en contrebas d'un versant raide ; l'argile elle-même devait être montée de la plaine ; seuls le bois et le dégraissant se trouvaient sur place.

Foyers, fours, nappes d'argile et en y ajoutant la grande quantité de céramiques, cela suppose une impressionnante consommation d'argile. Or, il n'y en a pas sur place. Il faut donc la chercher ailleurs et on sait, grâce à la boule d'argile intacte, sous quelle forme elle a été transportée. On peut penser qu'elle pouvait provenir de la vallée de la Fecht ou de la plaine. Un va-et-vient du sommet de la montagne jusqu'à ses pieds paraît indiscutable : on a constaté la présence de tessons protohistoriques non loin du château de Pflixbourg, ce qui jalonnerait un itinéraire vers la vallée. Mais on a également constaté qu'un petit étang (Blaue Läche ou « mare bleue »), sis dans la zone sommitale du massif, contenait une masse d'argile quasi blanche. Ce massif granitique culmine par une succession de grands monticules couronnés de chaos rocheux (de tels édifices sont appelés « tors ») séparés de dépressions faisant office de cols entre les deux versants ; certaines d'entre elles, les moins en pente, ont pu permettre l'accumulation d'argile. Nos ancêtres ont dû repérer la présence de ce matériau dont le transport était moins pénible puisque situé à la même altitude que leurs habitats et à distance relativement faible (1,5 km à vol d'oiseau).

La production devait être importante, à en juger d'après ce qu'il en reste ; visiblement ce four correspond à un net progrès technique : on a dépassé le stade de la production familiale liée aux besoins individuels ; c'est déjà une véritable "industrie" nécessitant de la main-d’œuvre. Cette activité pouvait procurer à la communauté de Hohlandsberg un complément de ressources, grâce au troc et à l'excellente situation géographique de la montagne. La situation mal commode du four si haut perché pourrait s'expliquer par le besoin d'avoir du vent pour son bon fonctionnement ; en effet, les conduits de chaleur sont orientés selon l'axe de la vallée de Munster et des vents dominants.

 

Comme dans toute fouille à Hohlandsberg, on trouve du matériel du Bronze Moyen, tout en soulignant que quantitativement c'est toujours peu de chose par rapport au site privilégié dans ce domaine, Linsenbrunnen I. Le gobelet Ia se situe dans les phases anciennes du site, ce qui est confirmé par son existence dans la tombe 4 de Wingersheim en compagnie de vases à épaulement à col rectiligne, et dans la fosse d'Achenheim associé à des jattes à guirlandes tracées au peigne. Quant aux tasses, celles à profil curviligne sont plus récentes que celles qui sont tronconiques : ces dernières sont courantes dans la plupart des sites bas-rhinois, tandis que le type Ie, qui n'apparaît ici qu'à la phase 4, ne se trouve dans le Bas-Rhin qu'avec un matériel plus évolué comme celui du four de potier de Cronenbourg, ou dans la tombe 1 de Lingolsheim.

À Linsenbrunnen II apparaît pour la première fois à Hohlandsberg un de ces petits pots typiques si communs et caractéristiques dans la phase terminale des stations lacustres suisses. On constate donc de fortes distorsions, à l'intérieur de phases chronologiques similaires, entre des régions différentes et pourtant pas tellement éloignées : l'explication passe par l'existence de faciès régionaux.

Les formes céramiques découvertes appartiennent en majorité aux types du Bronze final II a et b (entre -1 100 et -900). Quelques vases isolés semblent appartenir à la période suivante (Bronze Final III, de -900 à -725). On constate que les poteries Bronze Final II sont fortement stéréotypées dans leurs formes, leurs proportions et leurs décors. Si l'on prend l'exemple des coupes coniques, celles-ci se rangent en trois catégories : 1) diamètre = 2 fois la hauteur, pas de décor sauf parfois un zigzag sur le rebord ; 2) diamètre = 3 fois la hauteur, décor sur le rebord et cannelures à l'intérieur ; 3) diamètre = 4 fois la hauteur, véritables plats cette fois portant un décor chargé parfois complexe. Cette insertion dans des normes rigides est-elle la conséquence du progrès dans les techniques de production déjà orientées vers la fabrication en série (pensons au four de potier), ou bien traduit-elle, dans un domaine plus psychologique, une société fortement organisée (pensons à l'agglomération structurée en "quartiers" spécialisés) ? Par opposition à ce Bronze Final II, le Bronze Final I apparaît empreint de liberté, voire de fantaisie : il n'y a pas deux vases identiques.

Le motif caractéristique du Bronze Final IIb, affectionné par le potier, sans être numériquement fréquent, est celui de l'arbre ou branche de sapin. Autre technique caractéristique, l'emploi du peigne à dents fines, rapprochées et parfois nombreuses. Apparaissent à la fin les lignes courbes genre guirlandes typiques du Bronze Final III. Autant on constate une grande différence, voire une véritable rupture, entre le Bronze Final I et Bronze Final II, due peut-être à l'hiatus temporel lié à la baisse de fréquentation momentanée du site, mais surtout à l'intrusion de modes nouvelles, autant on passe graduellement à un faciès Bronze Final III marqué ici par un nombre de tessons plus restreint mais typologiquement caractéristiques : emploi de la couleur, motifs graphités, méandres, trait discontinu, pieds creux, anses entourées de décor.

Signalons que cette céramique était jusqu'à présent pauvrement représentée dans le Haut-Rhin, alors qu’elle trouve son équivalent dans les tertres de la forêt de Haguenau, aussi bien dans les tombes à inhumation que dans celles à incinération. Le Bronze Final IIb-IIIa s'insère fort bien dans le groupe RSFO (Rhin-Suisse-France orientale) des Champs d'Urnes dont le centre de gravité se situe au coude du Rhin à Bâle.

 

On a trouvé à Linsenbrunnen II un fragment de disque d'argile, décoré de larges cannelures concentriques. Considérés généralement comme des symboles solaires, ces disques sont relativement rares. Ils sont souvent associés à des « cornes », aussi bien dans des tombes comme dans le tertre 9 de Buchheim que dans des habitats comme celui de Gross-Biberau en Hesse. En Alsace, un seul disque complet a été découvert : il provient de la fosse centrale de la structure I de Réguisheim, et est daté par la céramique associée du Bronze Finale IIIb.

Comme les disques, les « cornes » ou "chenets" apparaissent dans toute l'Europe médiane, mais d'une façon beaucoup plus fréquente. On en trouve des fragments dans la plupart des habitats, et aussi dans quelques sépultures (souvent avec un format plus réduit). Ces objets sont habituellement qualifiés de "chenets" bien qu'on ne puisse pas leur attribuer avec certitude cette fonction utilitaire ; d'ailleurs aucun exemplaire de Hohlandsberg ne porte de traces de brûlures en particulier sur leur facette supérieure. Une autre interprétation leur confère une fonction religieuse : selon leur forme, ce serait des symboles lunaires ou des représentations d'animaux à cornes (taureau, bélier), liées à un culte répandu dans tout le monde méditerranéen. Une dernière interprétation envisage de leur faire jouer le rôle d'acrotère (ornement sculpté disposé au sommet ou sur les deux extrémités d'un fronton, ou sur un pignon). Toutes les fouilles du Hohlandsberg ont livré des éléments de cornes ; celles de Linsenbrunnen II, très fragmentées, sont décorées de motifs divers associant gravures, cannelures et impressions circulaires. Trois cornes différentes ont été trouvées quasi au même endroit au niveau des plaquettes calcinées de la maison N1.

D'assez nombreux fragments d'anneaux en argile, plus ou moins grands et épais, sont à signaler ; un anneau a été trouvé intact à côté de la poterie également intacte (rebord ou col mis à part). La dispersion de ces pièces dans tout le site peut laisser perplexe quant à la fonction de ces anneaux ; en tout cas cela ne semble pas être des supports de vases pour potier, vu qu'il n'y en avait aucun parmi les vestiges du four.

Ensuite, il y a les objets dénotant une activité textile : poids de tisserand, bobine (ce terme traduit-il sa fonction réelle ?) et un certain nombre de fusaïoles qui à Linsenbrunnen II paraissent moins richement décorées que dans d'autres endroits de la station. Enfin, il y a ce qu'on appelle les « pions ». Ce sont de petits disques, pour la plupart fabriqués à partir de tessons de poteries, et dont la forme ronde est obtenue par polissage de la tranche. Quelques-uns sont perforés, d'autres portent des amorces de perforation inachevées, semble-t-il, car mal opposées ; ce sont peut-être des perles ou des pendentifs. Un bon nombre a été retrouvé cassé par le milieu ; vu la solidité de ces pièces de petite taille, ce fait ne paraît pas simplement accidentel. À quoi servaient ces « pions », ainsi appelés à cause de leur similitude avec des pièces d'un jeu ? Si l'on observe leur localisation dans la fouille de Linsenbrunnen, qui en a fourni un grand nombre, on constate que 60 % des pions entiers et 80 % des pions cassés se retrouvent dans la zone Sud, le "quartier artisanal" ; signalons aussi qu'une douzaine de tessons arrondis, mais non encore façonnés, ont été recueillis ensemble dans la "rôtisserie". Ces faits inclinent à penser que ces pions pouvaient servir de procédé de comptabilisation dans les échanges de troc.

On a également trouvé un fragment de bracelet en terre cuite, comme à Linsenbrunnen I. On en signale de temps à autre dans divers sites Bronze Final comme à Nanteuil-sur-Aisne où l'auteur se contente prudemment de les dénommer anneaux à section torique, et récemment dans la Drôme, aux Gandus. Bracelets ou anneaux, ces objets diffèrent des anneaux en argile mentionnés plus haut, par le petit calibre de leur section plus ou moins circulaire et surtout leur finition extérieure, la finesse de la pâte, ce qui leur donne l'apparence d'objets plus "nobles". En plus de 2 perles en terre cuite, le plus intéressant sont ces perles en verre bicolore, en forme de petite olive, bien connues dans le contexte Bronze Final (rappelons la tombe 13 de Lingolsheim).

Les bracelets en lignite décorés semblent plus fréquents au Bronze Final qu'au premier Âge du Fer. On note leur présence à Vinneuf (Yonne), dans un niveau Bronze Final II, sur la station du Hohlandsberg et au Camp Allaric (Vienne) dans un niveau Bronze Final II b. On en trouve aussi dans des gisements du premier Âge du Fer : à Vix, dans le tumulus n°42 du groupe des cantons de Fischerhübel- Kurzgeländ en Alsace ainsi que dans le tumulus n°1 du Kasacker à Schalbach en Moselle.

 

Comme dans toute fouille d'habitat, il y a très peu d’objets en bronze. Un fragment de bracelet provient de la couche superficielle (carré 4 A). Il s'agit d'une pièce massive, de section en D, à extrémité légèrement amincie et aplatie. Le décor est formé de stries transversales alternant avec une rangée de chevrons ou avec un motif en "croix Saint-André" souligné de chaque côté par de fins pointillés. La forme du bracelet ainsi que ce type de décor (chevrons mis à part) apparentent cette parure aux bracelets du type Nieder-Flörsheim, originaire de la région Rhin-Main et de Hesse rhénane, où il est bien daté du B.F. I. — Un second bracelet (14 D) provient du coin Sud-Est de la maison N3. C'est un petit bracelet massif, lisse, de section losangique, dont les extrémités se terminent par un enroulement. Ce type d'objet, dont on retrouve des exemples dans toute l'Europe médiane, apparaît dès le B.F. II et restera utilisé jusqu'à la fin de l'âge du Bronze. On pourrait peut-être le considérer comme un fragment de « Arm Ring Drill » (anneau d’exercice pour le bras). Une épingle à enroulement terminal provient de 3 A. Ce type, très fréquent, apparaît dans toute l'Europe centrale, aussi bien dans les sépultures que dans les habitats, pendant tout l'Âge du Bronze. L'épingle courte à tête vasiforme de Linsenbrunnen II, dont on trouve des équivalents dans une vaste zone englobant l'Allemagne du Sud-Ouest, la Suisse et la France de l'Est, appartient à une phase récente du B.F. III, donc tout à fait en accord avec la céramique trouvée aux alentours (phase 6).

Les pointes de flèche sont les objets en bronze les plus intéressants de Linsenbrunnen II, ne serait-ce que parce que le Hohlandsberg est un des rares sites à en avoir fourni. Les fouilles des années précédentes avaient permis la découverte de pointes de flèche en silex. À Linsenbrunnen II, il y avait 3 petites pointes de flèche à soie en bronze dans le même carré (17 F). Par contre une très belle pièce intacte et de grande dimension provient de la couche superficielle du carré 6 A ; c'est une pièce à longue soie (à extrémité recourbée) et à bouton. Ce type d'objet, rare en Hesse, apparaît dans quelques sépultures du B.F. I et II d'Allemagne du Sud-Ouest souvent associé à des armes ; il est beaucoup plus rare dans les habitats. En Alsace, la plus ancienne pointe de flèche à soie provient d'une sépulture d'Eguisheim bien datée du B.M. III par 2 bracelets spiralés et 2 très longues épingles à tête en trompette. Les 2 autres exemplaires régionaux sont mal datés, provenant de découvertes anciennes et sans contexte (Oberbronn et Ehl).

 

Parmi ce matériel, il y a des pièces qui paraissent aberrantes dans un milieu Champs d'Urnes : haches polies, anneau-disque, silex et pointes de flèche en silex. S'agit-il de traces laissées par le passage des Hommes plusieurs siècles auparavant ou bien les habitants de Hohlandsberg ont-ils par curiosité ramassé des objets insolites lors de leurs descentes dans la plaine ? Cela semble bien être le cas du galet que la nature a façonné en forme de cupule (n°7), ou de ces nombreux autres galets qui, par leur petite taille, ne pouvaient être d'utilité immédiate ; les ont-ils glanés par attrait pour leur forme, leur couleur ou leur matière, ou pour en fabriquer des perles ou pendentifs après perforation (n°6) ? Les petites haches polies, encore présentes dans les tombes du Bronze Moyen, ne sont pas très éloignées dans le temps du contexte Champs d'Urnes. Mais que penser des pointes de flèche en silex, toutes trois retrouvées du côté du potier, surtout quand on constate la grande ressemblance de forme entre les pièces en silex et celles en métal : faut-il admettre la survivance d'éléments attardés dans ce contexte montagnard ?

Le matériel en bronze, sans être très caractéristique, s'insère bien dans la phase Bronze Final IIb, à l'exception de l'épingle à petite tête vasiforme déjà typologiquement du Bronze Final III. Mais les objets en bronze sont peu nombreux par rapport à la surface fouillée et, dans l'ensemble, de petite taille. Ce qui frappe, c'est la réutilisation d'objets brisés, tel ce couteau (n°29) dont la nouvelle soie a été obtenue aux dépens de la lame et de son décor qui disparaît sous le martelage, cet autre couteau (n°30) à deux tranchants provenant visiblement d'un fragment d'épée, cette épingle à tête vasiforme manifestement trop courte et réappointée (n°27). On peut en déduire que le métal était plutôt rare à Hohlandsberg, et pourtant...

La vallée de Munster n'a jamais été réputée pour ses ressources du sous-sol ; néanmoins, dès le Moyen Age et jusqu'au début du XXè siècle, certains filons ont donné lieu à des exploitations non négligeables. Parmi elles, il faut citer les mines de cuivre de Heidenbach (« rivière des païens ») près de Munster et surtout, de part et d'autre de l'entrée de la vallée, les filons de Zimmerbach et de la montagne d'Aspach, ces deux exploitations se situant à vol d'oiseau respectivement à 3 et 2 km de la station protohistorique ; dans l'état actuel de la prospection archéologique, rien ne prouve que ces filons aient été connus il y a 3000 ans, mais cette hypothèse donnerait un singulier relief au site de Hohlandsberg.

 

 

Au Bronze Final II-III, les vestiges provenant de Linsenbrunnen I et II, du four de potier et d'Amont-Route, sont 224 fragments osseux dont 139 déterminables, appartenant à un nombre minimum de 36 animaux : le bœuf est prédominant avec plus du tiers de la faune, devançant d'assez près le porc et de beaucoup plus loin le mouton (20%) et le cheval (10%). Tous ces animaux sont des adultes sauf un jeune porc d'environ 1 an, provenant de Linsenbrunnen I.

On est surpris que, dans ce contexte montagneux et forestier, les os issus d'animaux tués à la chasse soient si peu représentés (une unique dent de sanglier !). Tout se passe comme si l'activité essentielle des habitants de Hohlandsberg était orientée vers l'élevage. La recherche de pâturages est la raison fondamentale de l'existence de ces habitats au sommet d'une montagne dominant la plaine, avec peut-être comme corollaire une migration saisonnière plaine-montagne, un peu à la façon des marcaires de nos jours.

On peut se poser des questions sur les activités du groupe qui occupait ce site : les activités artisanales (poterie, textile) sont certaines ; celles liées à la métallurgie moins sûres, même si à Amont-Route a été mise au jour une batterie de trois petits fours ainsi que des gouttelettes de coulée de bronze (le site d'autre part est pauvre en objets de bronze).

Certes au sujet des stations d'altitude on parle souvent de sites défensifs servant de refuge durant les périodes troublées. En ce qui concerne le Hohlandsberg, l'étendue de la station, la longueur de l'enceinte (environ 1,5 km) et son tracé qui en certains endroits manque singulièrement de valeur "militaire" incitent à davantage de nuances. Durant la fort longue durée d'occupation il y a certainement eu des périodes poussant les populations à se défendre, notamment à la confluence de la vallée de Munster et du piémont vosgien, zone de passage transvosgien important. On pense donc qu'un site défensif a dû exister, mais localisé à des endroits privilégiés et limités : l'un au sommet de la montagne à l'emplacement du château médiéval, l'autre sur cet éperon que l’on appelle Linsenbrunnen I. Ce petit site est en effet ceinturé du côté Sud par l'enceinte dont l'amas de pierres paraît plus volumineux qu'ailleurs, et du côté Nord par un long pointement rocheux offrant vers l'extérieur des parois très abruptes, et enfin du côté de la montagne par de puissants rochers (dynamités lors de la construction de la route touristique, mais qui étaient connus auparavant par les promeneurs pour la vue qu'ils offraient par-dessus les arbres sur la plaine). On pourrait considérer cet endroit comme un véritable éperon barré. Mais en dehors de ces épisodes troublés, qu’on pense avoir été épisodiques et qui peut-être expliquent quelques-uns des incendies observés, la fonction de la station était principalement de nature économique, en l'occurrence la pratique de l'élevage à commencer par celle des bovidés ; l'important pourcentage d'os de porcs incline à penser que cet élevage était lié à la présence de glands, le chêne ayant été avant la plantation des résineux et châtaigniers l'essence dominante dans ce massif. On a en effet découvert 249 fragments osseux dont 141 déterminables, appartenant à un nombre minimum de 37 animaux domestiques (97%) et sauvages : le bœuf (Bos taurus L.), le porc (Sus domesticus L.), le mouton (Ovies aries L.), le cheval (Equus caballus L.), le sanglier (Sus scrofa L.).

 

 

Le site du Hohlandsberg a connu un pic d’occupation à la phase du RSFO (culture Rhin-Suisse-France Orientale : phase du Bronze final IIb).

Dans le groupe Rhin-Suisse-France Orientale (civilisation des Champs d’urnes), il est démontré l’existence de deux phases (Bronze final IIb et IIIa) selon un continuum évolutif de la céramique dans toute l’Alsace.

L’étape initiale du Bronze final (Bronze final I-IIa) n’est pas très bien documentée. Il semble néanmoins qu’il s’agisse d’une période de transition durant laquelle disparaissent les caractères propres du Bronze moyen et où apparaissent certains caractères spécifiques de l’étape suivante (Bronze final IIb-IIIa). Cette étape beaucoup mieux documentée laisse apparaître la mise en place du RSFO à partir de l’évolution locale de la céramique cannelée du Bronze final I-IIa. Cette céramique a de forts liens avec le domaine rhénan, la Champagne, la Trouée de Belfort et le Jura occidental. On note quelques influences issues du Main-Souabe / Rhin moyen (Lingolsheim, Uffheim ou au Hohlandsberg). On peut s’interroger sur la réalité d’une vraie disjonction entre le Bronze final IIa et IIb dans la mesure où l’on constate une communauté de formes dans la céramique de ces deux phases comme sur les habitats de Brunstatt, Magstatt, Steinbrunn (coupe segmentée, gobelet biconique décoré de cannelures) ou dans les sépultures d’Achenheim, Éguisheim qui associent céramique et métal de tradition Bronze final IIa et IIb.

 

 

Le Bronze final IIIa (vers -900) alsacien est visible sur une série d’ensembles encore clairsemés, l’habitat étant quant à lui représenté par quelques rares ensembles, notamment Strasbourg-Cronenbourg et certaines séries du Hohlandsberg.

Dans le secteur Linsenbrunnen III (en contrebas de la route touristique des Cinq Châteaux, en direction de la source ; situé à 15 m en amont de Linsenbrunnen II et à 7 m plus haut), une série de trous de poteaux, des traces de sablières et un alignement de pierres rapportées ont été retrouvés. Il pourrait y avoir à cet endroit seulement deux niveaux d'habitats, ce qui rendrait l'interprétation des structures plus aisée que pour le secteur II. De nombreux fragments de torchis appartenant probablement à un four ont été découverts, associés à un amas de tessons. Le matériel céramique relève du Bronze final IIb et IIIa avec toujours des éléments Bronze moyen en position résiduelle : vases à épaulement, vases à décor graphité et à peinture rouge, coupes ou écuelles à décor en guirlande tracées au peigne avec motif radial, poterie grossière à lèvre encochée ; décor en arête de poisson.

Des structures d'habitat particulièrement visibles et évidentes ont été observés, des amas de pierres alignés, ce qui est classique et courant au Hohlandsberg. Selon le cas, ce sont les fondations d'un mur ou d'une cloison en bois (dans ce cas, les pierres sont correctement alignées), mais il peut s'agir aussi de matériaux de remblai, qui constituent les terrasses en « marches d'escalier » sur lesquelles étaient implantées les maisons. Pour la première fois, ont été repérés très nettement des trous de poutres verticales dans des fosses parfois profondes, qui sont de deux calibres : les plus grosses ont un diamètre de 30 à 50 cm, les petites qui s'intercalent parfois sur deux rangs, n'ont que 20 cm de diamètre. À 50 cm environ de part et d'autre de l'alignement des grands trous de poteaux, ont été observés deux, voire trois alignements de petits piquets parallèles. Dans l'intervalle entre gros et petits piquets, ont été remarquées des traînées de charbons de bois, parfois des fragments bien conservés de bois brûlé, et sous ces charbons de bois, une nappe d'argile. On peut donc se faire une idée sur les techniques de construction de ces maisons. Le mur est fait de troncs horizontaux, maintenus par des poutres verticales et reposant sur un socle fait de terre, de pierres et parfois de poteries, le tout maintenu entre des clayonnages, avec jointoiement à l'argile. Ces maisons successives du Linsenbrunnen III sont plus ou moins contemporaines de la phase finale du Bronze final III.

 

Lors de la dernière phase du site (Bronze final IIIb), Linsenbrunnen II a eu une courte durée d'occupation et le matériel est relativement peu abondant.

 

 

La céramique attribuée au Bronze final IIIa (Strasbourg–Cronenbourg, Hohlandsberg, Dessenheim, Sainte-Croix-en-Plaine, Haguenau–Donauberg...) est le fruit d’une évolution autochtone de celle du Bronze final IIb (raréfaction ou disparition de certains caractères qui lui sont propres) et se caractérise par la présence : de coupes tronconiques à décor géométrique en registres superposés et concentriques (triangles hachurés, chevrons) ; de coupes à degrés ; de gobelets à col rentrant concave. Les décors se diversifient : chevrons rainurés, motifs géométriques (triangles...), incision au peigne bifide. Des formes alors peu décorées le deviennent (anse de tasse...). Toutefois certains critères propres au Bronze final IIIa n’apparaissent pas ou restent marginaux (méandre, triangle estampé, bols décorés). Des rapprochements sont faits avec le Pays de Bade, la Suisse orientale, et la Trouée de Belfort mais les comparaisons avec le Jura et la Suisse occidentale restent limitées tout comme celles avec le Bassin de Neuwied.

Ainsi, le Hohlandsberg (fin du BF IIIb) et le tumulus 2A de Buerckelmatt à Nordhouse ont livré des pointes de flèches à pédoncule et ailerons en bronze. Ce mobilier témoigne des relations privilégiées avec la Suisse orientale, le Sud-Ouest de l’Allemagne et des contacts avec des régions occidentales, jusque vers la confluence Seine-Yonne.

 

 

Au début du BF IIIb, les habitats fortifiés sont encore occupés tant au Hohlandsberg que sur la butte du Hexenberg ; ces deux sites sont abandonnés à la fin de la période. La butte de Hexenberg à Leutenheim (Bas-Rhin), un habitat fortifié de la fin du Bronze final, a livré une dizaine de fusaïoles. Une galette à perforation centrale (diamètre de 9 cm) a pu jouer le même rôle, malgré sa grande taille : on a trouvé plusieurs disques du même type au Hohlandsberg, interprétés comme des jetons.

L'habitat fortifié laténien de la « Pierre d'Appel » à Etival-Clairefontaine (Vosges) a livré un fragment d'une sorte de barre de fer plate, incomplète, munie à une extrémité d'une espèce de soie faite d'une partie de fer amincie et étirée. Ce vestige représente sinon un lingot, du moins peut-être une ébauche d'outil. Parvenu à ce stade, l'artisan "fondeur" se muait-il en forgeron ? La découverte de toute une petite quincaillerie à l'intérieur des zones de production du métal le suggère. Il est possible que les très nombreux jetons circulaires taillés dans du silt argileux, du grès ou des tessons de poterie, qu'on découvre plus particulièrement dans les ateliers, aient servi d'instruments de compte pour quantifier la production, leur forme rappelant celle des loupes de fer (hypothèse déjà proposée pour le Hohlandsberg ; d’autres y voient des instruments de troc). Il est probable que l'activité sidérurgique locale était limitée à la fabrication des articles de base des pasteurs-agriculteurs, forestiers et artisans du voisinage, ce qui n'exclut pas l'importation de lingots pour la fabrication d'une partie des armes, des objets et des outils les plus divers découverts dans les fouilles.

 

 

On ne connaît pas les raisons de l’abandon du site à la fin du Bronze Final IIIb (vers -900). En tous cas, il ne s'agit apparemment pas d'un phénomène subit, car on constate soit la rareté voire l'absence des vestiges IIIb (four de potier du sommet), soit la présence d'éléments plus évolués que ceux trouvés à Linsenbrunnen II, témoin la petite urne polychrome d’Amont-Route I dont le profil reproduit exactement celui des équivalents hallstattiens. En outre, si le Bronze Final II est fort mal représenté dans la plaine de Colmar, il n'en est plus de même du Bronze Final III. Ce qui conduit à penser à un abandon progressif lié à un changement dans les activités économiques, peut-être une descente dans la plaine, famille après famille, si l'on prend en compte une péjoration climatique rendant inutile le séjour en montagne pour la recherche de pâturages. Cela concorderait avec les observations des archéologues suisses dans un certain nombre de leurs stations d'altitude.

On est quand même tenté de mettre en relation la césure dans l'évolution de la céramique, traduisant un changement dans les goûts donc des apports nouveaux sur le plan culturel, avec l'abandon du site lié à une modification des modes de vie, car tous ces phénomènes, loin d'être concomitants, peuvent fort bien s'étaler sur une assez longue période, les facteurs de transformation pouvant être freinés par l'inertie des traditions solidement ancrées.

 

On a signalé un peu partout des traînées de charbon de bois, des nappes d'argile touchées par le feu. Ceci au point que l'on peut se demander si les maisons, pourtant loin d'être contemporaines, n'avaient pas toutes ou presque fini tragiquement. On rappellera que certains peuples pratiquent la crémation, autant rituelle que pratique, d’une structure quand celle-ci doit détruite pour faire place neuve ou être abandonnée.

 

 

Sur un coteau du Hengst à l'Ouest de la route de Wintzenheim à Wettolsheim, au lieu-dit Obersoedeln, le site était utilisé à l'époque hallstattienne comme nécropole : une grande urne cinéraire contenant deux fibules à timbales (Hallstatt final - D3 : fin du premier Âge du Fer, vers -500) y fut trouvée. Les morts avaient une position stratégique remarquable, au-dessus de la plaine.

 

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