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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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L’idée, pour Partager auprès du plus grand nombre et facilité la lecture, est de mettre à disposition les contenus synthétisés par nos soins, puis les internautes le désirant peuvent télécharger les pdf illustrés ou commander les livres papier imprimés par un professionnel

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

 

Pour célébrer le passage de la 100è édition du Tour de France, le jeudi 4 juillet entre le Gard et l’Hérault puis le vendredi 5 juillet entre l’Hérault et le Tarn (on dépasse un peu mais la Montagne Noire est une partie importante proche des causses du Languedoc), nous publierons des synthèses préhistoriques sur les différentes localités traversées.

 

En outre, nous publierons durant l’été des synthèses sur la Préhistoire du "Languedoc-Roussillon" (en débordant un peu des limites administratives régionales) et de ses diverses zones entre "mers" (Méditerranée au Sud et Rhône à l’Est) et terres (Cévennes au Nord et Pyrénées à l’Ouest).

 

*** Nous profitons de l’exemple emblématique de Beaucaire pour critiquer le fait que nombre de villes ne valorisent pas leur patrimoine préhistorique. Sans même parler de restauration ou travaux coûteux, il est trop fréquent de lire sur leur site internet que leur ville est « fréquentée depuis les temps les plus reculés » et passer directement ensuite à l’Antiquité voire au Moyen-âge en indiquant que la ville fut fondée à tel siècle, omettant au passage des millénaires d’installation et de développement des populations anciennes. ***

Rocher de Triple Levée, zone surplombant le Rhône et le Gardon ainsi que des zones géographiques aux intérêts spécifiques depuis la Préhistoire

Rocher de Triple Levée, zone surplombant le Rhône et le Gardon ainsi que des zones géographiques aux intérêts spécifiques depuis la Préhistoire

 

À cinq kilomètres au Nord-Ouest de Beaucaire, sur la rive droite du Rhône, en aval du confluent avec le Gardon, trois massifs de molasse miocène s'élèvent au-dessus des dépôts de galets roulés de l'ancien Rhône : ce sont les buttes de Saint-Roman, de l'Aiguille et de Triple-Levée. Elles dominent une chaîne de collines au tracé sinueux le long des rives du Gardon et du Rhône.

Dernières collines de la basse vallée du Rhône, au croisement de grandes régions naturelles telles la Provence, la Camargue et le plateau des Costières, le massif de l’Aiguille a été occupé dès la préhistoire par des tribus de chasseurs. Ils utilisaient les nombreuses grottes et fissures que l’on trouve dans ces massifs calcaires surplombé aujourd’hui par l’abbaye de Saint-Roman.

Au cours de la préhistoire, ils seront suivis par d'autres peuplades qui occuperont les grottes et construiront des cabanes de terre et de branchages.

 

 

Le Würmien II (-70 000 à -40 000) offre un contraste brutal avec le Würmien I (-110 000 à -85 000). Alors que le climat en Provence et Bas-Languedoc était resté relativement peu froid et très humide pendant le premier stade du Würm, il devient brusquement périglaciaire pendant le Würmien II. D'abord extrêmement humide (grand ravinement des remplissages de grotte : Rigabe, Baume Bonne, Balauzière, Hortus, Grotte Tournai, etc.), il est ensuite plus sec mais très froid. Des éboulis de piedmont et des grèzes litées s’accumulèrent alors au pied des massifs escarpés et des cailloutis cryoclastiques anguleux s’amassèrent dans les grottes et abris de Provence (grotte du Prince, abri Mochi, grotte Mellira, Baume-Bonne, abri Breuil, Bau de l’Aubesier, Baume des Peyrards) et du Languedoc méditerranéen (Esquicho-Grapaou, les Charlots, Ioton, l’Hortus, Baumasse d’Antonègue).

Deux phases climatiques arides situées au milieu (interstade des Peyrards) et à la fin du Würmien II (passage à l'Inter-Wurm II-III ou interstadiaire de Laufen) sont attestées par la présence de sols à encroûtement calcaire superficiel dans de nombreux gisements (Abri Mochi, Baume Bonne, Abri Breuil, Ioton, Les Chariots, Hortus, etc.)

 

À Ioton, l'ensemble des sédiments s'est formé sous des conditions climatiques froides, d'abord sèches puis plus humides. Les pollens recueillis évoquent le paysage d'une steppe sèche à herbacées parsemée de quelques Pins.

La faune récoltée, très caractéristique des dépôts du Würmien II bien que fragmentaire, a permis l'identification de chevaux Equus caballus (dominant), auxquels s'ajoutent quelques bœufs Bos primigenius et cerfs Cervus elaphus.

Le renne avait été retenu comme critère de datation indirect pour dater le site de la fin du Würm II. Il est en effet considéré comme tout particulièrement fréquent au Würm II dans la région, à l'Ouest du Rhône. Le renne est pourtant absent à Saint-Marcel en Ardèche (fin stade isotopique 4, début 3), au Ranc Pointu n°2 (début du Würm ancien) ou à Ioton (Würm II), mais les occupations pourraient avoir eu lieu lors de phases tempérées plus anciennes. Cette espèce a donc très bien pu vivre dans la région tout au long du stade isotopique 4 (il est par ailleurs présent au Bau de l'Aubesier dans le Vaucluse daté du début du dernier glaciaire et à l'abri du Maras en Ardèche, dont des datations récentes donnent également un âge du début du stade isotopique 4, vers -70 000).

 

 

Contrairement aux industries du Würmien I, celles du Würmien II ont été essentiellement découvertes en grotte. En effet, chassés par le froid, les Neandertals abandonnent peu à peu les campements en plein air et se réfugient dans les cavernes où ils vont s’installer assez confortablement. Ils construisent des cabanes allongées (Baume des Peyrards, Bau de l’Aubesier, Esquicho-Grapaou, Ioton) relativement vastes (plus de 80 mètres carrés), solidement maintenues et plantées en terre par de gros poteaux (30 centimètres de diamètre à la Baume des Peyrards) et souvent appuyées contre l’une des parois de la grotte ou de l’abri. Au centre, ils allument leurs foyers protégés par des murs en pierres sèches (grotte du Prince) ou par des dalles. Leur habitat est compartimenté (Baume des Peyrards, Ioton) : une zone, le plus souvent à l’extérieur de la cabane, est réservée à la taille (éclats, nuclei, percuteurs), une autre, peut-être aux repas ou même aux veillées (cendres et déchets culinaires). De nombreux silex et os brûlés attestent la fabrication du feu, sans que des foyers organisés n'aient jamais été rencontrés.

 

Le gisement en pied de roche de loton est un habitat de plein air, installé sur un replat rocheux de la molasse miocène, dominant un petit thalweg (ligne qui rejoint les points les plus bas d'une vallée), au pied d'une toute petite falaise. Il occupe une grande terrasse rocheuse d'environ 50 m de long sur 11 mètres de large protégée à l'ouest et au sud par un contrefort abrupt de molasse variant de 2 à 4 mètres de hauteur. Les petites anfractuosités situées à la base et la grotule de l'Ouest ne pouvaient certainement pas suffire à abriter les hommes préhistoriques qui avaient dû aménager leur campement en installant des tentes ou des cabanes.

On peut y circonscrire des zones presque stériles, des zones très riches en outils taillés et enfin des zones où ont été abandonnés une grande quantité de galets de quartzites, de choppers et de percuteurs. Ainsi, un important outillage lithique moustérien a été récolté sur une superficie de 400 m2 et une épaisseur de 50 cm. Des silex brûlés datés de -48 à -43 000 ont permis par comparaison de bien situer dans le temps cet habitat lié au climat régional.

 

Situé non loin d'une source en matières premières (galet de la terrasse mindelienne du Rhône), cet emplacement répondait incontestablement aux besoins des Paléolithiques. Ces groupes humains néandertaliens possédant des domaines vitaux larges en relation avec des milieux divers au point de vue bioclimatique ou géotopographique occupaient cet abri fort probablement liée à la chasse des chevaux (élément dominant de la faune, par ailleurs constituée de très nombreuses esquilles), cet escarpement dominant une sorte de large couloir entre deux buttes témoins par où passaient très probablement les troupeaux.

Des matières premières originales ont pu être isolées sans pouvoir encore pouvoir présumer de leurs origines. Cet habitat domine, à quelques centaines de mètres de là, une terrasse ancienne du Rhône constituant la principale source de matières premières. En réalité, les matières sont beaucoup plus diversifiées, limitant l’approvisionnement à la seule Costière du Gard et aux alluvions du Gardon (Quartz). Le silex de Collorgues est, par exemple, présent en proportion appréciable. Certains de ces gisements peuvent être relativement éloignés des sources de pierres à tailler, mais cet éloignement peut être compensé par la petite dimension des rognons ou galets utilisés : 4 à 5 km entre Ioton (Gard) et la terrasse rhodanienne d'où sont issus les galets de silex employés.

Le silex des Costières est exclusif dans les séries du Paléolithique ancien et moyen de la Costière méridionale : il représente la quasi-totalité de la matière première à Ioton, gisement moustérien très proche de cette zone d’approvisionnement. Il est présent de façon plus sporadique dans le Moustérien de type Quina des gorges du Gardon à la Balauzière et à l’Esquicho Grapaou, à coté d’une dominance écrasante des silex de Collorgues Aubussargues (90 %). On le retrouve à la grotte de l’Hortus (Hérault) avec quatre éclats, dont deux corticaux et à la Crouzade (Aude) avec trois éclats et un nucléus, soit à plus de 100 kilomètres des Costières.

 

Un élément intéressant du comportement économique est la sélection effectuée dans ces matériaux : la terrasse rhodanienne comporte majoritairement de grands galets de quartzite et une très faible quantité (de l'ordre de 10 %) de petits galets de silex. Or ce matériau a été utilisé pour plus de 90 % de l'outillage, malgré une mauvaise qualité évidente (nombreuses vacuoles) et de très petites dimensions. Là encore donc, la proximité du matériau semble avoir été l'élément déterminant dans le choix d'installation, même si par ailleurs les contraintes de la matière première sont fortes (faible quantité, petites dimensions des galets). L'industrie va bien entendu être marquée par les caractéristiques de ces matières premières ; en particulier, les dimensions de l'industrie sont exceptionnellement faibles (longueur moyenne des produits 2,8 cm), y compris pour les outillages retouchés et le débitage de galets de petites dimensions va également déterminer la présence de cortex important.

 

 

L'industrie découverte dans ce gisement est très riche. L'indice de racloirs, essentiel, très fort, et la présence d'outils à retouches écailleuses scalariformes, permettent de la classer dans le complexe charentien du Moustérien. Contrairement au Charentien typique de l'Esquicho-Grapaou par exemple, le pourcentage des outils à retouches écailleuses scalariformes n'est cependant pas dominant et les racloirs à retouches bifaces de type tranchoir sont absents. L'indice levallois technique, assez bas, se situe légèrement au-dessus du seuil critique séparant les industries de débitage levallois des industries de débitage non levallois. Par contre, les indices de facettage sont situés légèrement au-dessous de la limite du débitage facetté. Cette industrie présentait de grandes analogies avec celle de la station des Charlots située à 24 km à vol d'oiseau vers le Nord-Ouest, qui est également un gisement en pied de roche daté de la première partie du Würm II.

La relative abondance à Ioton de racloirs à dos aminci (n°27 -3,1 %), phénomène souvent remarqué en Provence et Bas-Languedoc dans les Moustériens tardifs, paraît confirmer l'appartenance de cette industrie au deuxième stade du Würm ancien. On peut également signaler un pourcentage élevé de racloirs à dos aminci dans le Moustérien de type Ferrassie "oriental" de la Baume des Peyrards daté du Würmien II.

 

La diversité des comportements techniques existe. Ainsi quelques séries attestent de la pratique d'autres modes de débitage comme ceux de la famille du "discoïde" donnant une production conjointe d'éclats épais et fins (Saint-Marcel, abri Moula et baume Néron en Ardèche, Ioton et Brugas dans le Gard, niveaux de la grotte Mandrin dans la Drôme), sans que des explications d'ordre fonctionnel puissent pour l'instant les relier à des comportements originaux de subsistance ou à un type d'activité particulier. Il paraît donc délicat d'associer un ou des modes de production particuliers à un faciès. La variété des réponses techniques à des besoins humains transparaît au travers des assemblages de la moyenne vallée du Rhône, qui sont associés à des contextes environnementaux variés. Mis à part des contextes environnementaux variables qui ont certes sans doute une influence toute relative sur les comportements de subsistance, les espèces présentes sont toutes des moyens et grands herbivores pouvant vivre aux alentours de ces cavités, situées toutes en bordure de vallées ou de vastes espaces favorables aux parcours de grands troupeaux d'herbivores.

Dans le Sud-Ouest de la France, les sites, plus nombreux, permettent de constater que les assemblages rattachés au "Moustérien de type Quina" sont observés principalement lors de phases climatiques rigoureuses, en particulier dès le stade isotopique 6 (-180 000), mais surtout lors du stade 4 (-70 000), avec assez systématiquement des restes osseux abondants de rennes ou de grands herbivores (Bovidés).

 

 

La dénomination de Moustérien de type Quina "oriental" ou "rhodanien" ne restreint pas cette famille d'industries au sillon rhodanien ou à une frange orientale de la France méridionale, mais caractérise une aire géographique où ces techno-complexes seraient largement représentés. Celle-ci comprend la vallée du Rhône et ses affluents : Gard, Gardon et Ardèche, avec actuellement pour limite septentrionale le gisement du Champ Grand dans les gorges de la Loire.

Les gisements du Gard fournissent de nombreux indices pouvant être abordés, non plus comme découlant d'un atypisme technologique, mais comme s'inscrivant au sein d'un schéma opératoire probablement similaire à celui décrit pour les gisements de la Baume Néron et du Champ Grand.

Si les supports sont courts et épais, ils ne dégagent pas la même impression de massivité que ceux décrits dans les Charentiens Quina type. Les talons lisses sont aussi dominants mais ils ne sont pas très larges et rarement clactoniens. L'aspect massif des éclats rencontrés dans le faciès Quina n'est pas fréquent ici. Les supports corticaux sont pourtant assez abondants, sans que l'on retrouve aussi systématiquement les dos corticaux enveloppants et les éclats à talon-dos, morphologie des supports bien mises en évidence dans les Charentiens Quina du Périgord.

Afin de replacer ces remarques au sein du schéma opératoire élaboré à partir des données de la Baume Néron et du Champ Grand, la coexistence de nucleus Levallois récurrents centripètes et de nucleus "discoïdes vrais" pourrait être interprétée comme différentes phases du débitage au sein d'une même méthode. Ces éléments, corrélés au déficit important d'éclats Levallois pour ces séries, permet d'envisager un rattachement possible de ces industries à un grand groupe du Sud-Est de la France qui s'individualiserait nettement des autres Charentiens Quina.

Les industries moustériennes de type Quina du Sud-Est de la France pourraient résulter d'une dynamique technologique nettement autonome vis-à-vis des ensembles moustériens Quina Européens ou encore de séries plus atypiques proposées parfois comme une origine rissienne du moustérien de type Quina (Les Tares). Il est par ailleurs possible que ce schéma opératoire soit identifiable sur des gisements qui ne seraient pas typologiquement rattachables à un Moustérien de type Quina. Le moustérien Quina "oriental" ou "rhodanien" pourrait s'extraire de l'aire restreinte du Sud-Est de la France (actuellement Languedoc oriental, Provence, vallée du Rhône, avec un extrême occidental : le Mas Viel dans le Lot). Il conviendrait alors de délimiter les aires géographiques et chronologiques de ce complexe du moustérien. En l'état, ce schéma opératoire est si différent de celui décrit pour les Moustériens Quina classique, que le regroupement de ces deux entités lithiques au sein d'un même faciès culturel ne repose plus que sur des convergences morphologiques au sein des artefacts retouchés. Par ailleurs, l'existence même d'ensembles Moustériens Quina classiques n'est pas clairement avérée au sein de l'aire géographique définie. Le niveau 5 de la grotte Mandrin (Malataverne, Drôme), pourrait éventuellement présenter des analogies technologiques plus proches des complexes Quina classiques.

 

 

La céramique Impressa apparaît au Proche-Orient durant la seconde moitié du -VIè millénaire, elle apparaît ensuite dans différentes parties de la mer Égée mais demeure marginale dans les sites archéologiques. Le courant Impressa doit son nom aux décors de la céramique qualifiée d’Impressa, imprimée en italien, car ils sont réalisés par des impressions réalisés par différents moyens sur la poterie avant la cuisson. Dans toute la partie centrale de la Méditerranée, cette céramique apparaît par voie maritime dans les plus anciens sites du Néolithique, où l’agriculture et l’élevage sont attestés. On la retrouve dans le site de Sidari sur l’île de Corfou à l’Ouest de la Grèce à -6 200 puis en Italie, en Dalmatie, dans le sud de la France jusqu’en Catalogne à des dates autour de -5 800. La phase la plus ancienne, dite Impressa zoné, d’affinités adriatiques et d’Italie péninsulaire, n’est bien attestée qu’à l’abri Pendimoun à Castellar, dans les Alpes maritimes, antérieurement à -5 500, mais trouve des points de comparaisons en Ligurie dans les niveaux les plus anciens de La Pollera. L’Impressa géométrique, défini en Ligurie et attesté alentours sur une dizaine de sites dans la région côtière de Savona est reconnu également en Provence orientale à Nice/Caucade et en Languedoc à Portiragnes (pour la Roque-Haute, une des plus anciennes installations du Néolithique, vers -5 700, d’agriculteurs éleveurs dont l'origine semble être toscane et, pour Peïro Signado, un peuplement également agricole mais d'origine différente, venant du Nord).

 

 

Le Cardial franco-ibérique, groupe Bas-Rhône-Provence, débute dans le Midi de la France au plus tôt vers -5 400/-5 300 et il perdure jusqu'environ -4 800. Les sites cardiaux en grotte se trouvent généralement dans les zones karstiques, en particulier sur les plateaux calcaires du Gard et de l'Ardèche. On a ainsi trouvé dans la grotte Féraud un vase typique de la civilisation cardiale, avec des décors de cordons lisses orthogonaux et de cordons pastilles.

Beaucaire a été choisi comme étant à la jonction d'une voie Est-Ouest et de la vallée du Rhône. Il était impossible de s’installer dans le delta car dans le triangle Saint-Gilles, Fourques, Beaucaire, les abords du fleuve sont longtemps restés marécageux, et le lit du Rhône lui-même a fortement divagué au cours du temps. Une route protohistorique - et plus tard romaine - joignant Saint-Gilles à Beaucaire peut être raisonnablement supposée légèrement en retrait, au pied des Costières, par Bellegarde, où elle pouvait croiser une éventuelle liaison entre Nîmes et Arles.

 

 

Par la suite, on voit apparaître parmi le matériel néolithique des grottes du Gardon le groupe céramique chasséen "B" (entre environ -4 800 et -4 300).

Dans la grotte Féraud on a ainsi découvert une forme particulière d'anses multiforées abondamment représentée, à savoir des anses horizontales à perforations verticales multiples.

L’aire de dispersion des "flûtes de Pan" est plus restreinte que celle des cordons multiforés. Il est donc possible que les premières soient antérieures aux seconds. D'autre part, il semble qu'en Italie il y ait plus d'anses en flûte de Pan que d'oreillettes multiforées, à l'inverse de ce qu'on remarque sur le territoire français. C'est un indice de la direction suivie par le courant de civilisation ayant introduit ce type d'anses.

Par la suite, on assiste à l’évolution plus ou moins rapide des ensembles chasséens d’une microrégion à une autre, de façon buissonnante et avec ou sans influx extérieurs. Dans tous les cas, les convergences stylistiques observables entre le Languedoc et la Provence ne témoignent pas réellement d’évolutions totalement isolées les unes des autres, mais plutôt de l’existence de phénomènes communs. Le groupe Chasséen du Néolithique moyen ne semble pas s’étendre au-delà de -3 700 à -3 500.

 

L’apparition du groupe du Ferrières ancien en Languedoc succède peut-être rapidement à ces premières manifestations nouvelles, entre -3 400 et -3 200. On assiste en effet à l’extension géographique des faciès du groupe de Ferrières jusque dans la moyenne vallée de la Durance à La Fare (Forcalquier, Alpes-de-Haute-Provence). Le Ferrières du Gard, le plus riche, est le véritable centre de gravité de cette civilisation couvrant essentiellement l’Est du Languedoc et l’Ouest de la Provence.

 

Au Néolithique succède le Chalcolithique, période particulièrement florissante dans le Midi de la France et dans le Languedoc Oriental en particulier (le Chalcolithique occupe dans les régions méditerranéennes, pour tout ou partie, la place du Bronze Ancien). Il est certain que le Midi méditerranéen formait un ensemble culturel et, dans le Chalcolithique du Gard, la qualité de la pâte, le lustrage soigné de ces céramiques carénées et le décor a solcature (avec rainure : décors de cannelures) caractéristique, confèrent à cette civilisation une haute antiquité.

Le début du troisième millénaire est principalement marqué par le développement du groupe de Fontbouisse, probablement dès les tous premiers temps du millénaire, alors que la date de disparition du Ferrières n’est toujours pas précisée et que celui-ci semble perdurer quelques siècles dans le troisième millénaire (les techniques de la céramique marquent une coupure totale : les formes élaborées, les pâtes fines solides, les engobes lustrés du Fontbouisse évoquent souvent les plus belles productions chasséennes et s'opposent radicalement aux formes élémentaires et aux pâtes grossières rarement pourvues d'engobe du Ferrière. Les décors aussi sont totalement différents, dans leurs thèmes comme dans leur facture. À ce propos, des vases présentent des chevrons véritables, et ce motif caractéristique du Ferrière peut être associé au damier typique de Fontbouïsse, attestant une sorte de symbiose qui n’est pas un fait nouveau en Languedoc). Le groupe de Fontbouisse semble avoir influencé l’ensemble des groupes du Midi méditerranéen français pendant le troisième millénaire. Ainsi, l’extension des faciès orientaux du groupe de Fontbouisse, dont le centre de gravité se situe dans le Gard entre le Vidourle et la Cèze, est évidente en Provence occidentale et jusque dans la moyenne vallée du Rhône.

 

 

La troisième phase du Néolithique final correspond dans le Midi méditerranéen à l’apparition et au développement du Campaniforme, entre -2 500 et -2 400. Toutefois, le style pointillé géométrique est assez remarquablement absent du Languedoc oriental, sur les terres du groupe de Fontbouisse, où sont malgré tout présents quelques gobelets standards en contexte fontbuxien.

Entre -2 400 et -2 300, apparaissent les groupes campaniformes récents régionaux du Midi (le groupe pyrénéen et le groupe rhodano-provençal) qui partagent une même céramique commune et des relations importantes avec les groupes ibériques. Ces groupes tendent à remplacer les cultures locales du Néolithique final, par acculturation amorcée dès les premiers temps de la présence campaniforme (avec prépondérance des éléments dinariques - ethnie adriatique - et nordiques, suivis de très près par les alpins, l'élément méditerranéen restant loin derrière les trois autres). L'influence des campaniformes lusitaniens sur ceux de Catalogne-Languedoc et sur ceux de Bretagne peut être prouvée par les V boutons en tortue portugais qui se répandent largement dans le midi français. Ils atteignent même le cœur des Alpes françaises avec la trouvaille de Saint-Pancrace dans le département des Hautes-Alpes.

C’est bien sur le littoral méditerranéen, où les campaniformes sont les plus nombreux et les allées couvertes les plus précoces, que les Dinaroïdes sont les plus nombreux et les plus anciens (Ossuaire du Trou-du-Loup, dans l’Aude) mais au sein d'une population très mélangée et bien avant l'apparition de la céramique campaniforme. D'autre part, les allées couvertes de Bretagne, qui ont fourni tellement de gobelets campaniformes, n'ont livré aucun sujet à caractères dinaroïdes. Il n'y a donc pas de parallélisme absolu entre la culture et l’ethnie. Depuis que la génétique est devenue le principal facteur de classification humaine, le terme de « race dinarique » n'a plus le moindre crédit dans la communauté scientifique. Leurs caractéristiques étaient une grande taille, une forte musculature, de longues jambes, un tronc court et une envergure moyenne au niveau des bras ; la boîte crânienne était classée comme brachycéphale voire hyperbrachycéphale (indice compris entre 81 et 86). Pour autant, ce groupe et d'autres ne sont pas des "races" mais des expressions visibles de la variabilité génétique des groupes mixtes auxquels ils appartiennent. La création des différents phénotypes issus du mixage d'anciens groupes, semblable à la "dinarisation" indique que le groupe dinarique est un type spécifique engendré par le mélange des caractères de groupes méditerranéens et alpins.

Les niveaux supérieurs de la grotte de Gourdan (Haute-Garonne), où Piette découvrit de la céramique campaniforme, contenaient la sépulture d'au moins un sujet brachycéphale, à face brutale, comme celles des allées couvertes du Castellet(Bouches-du-Rhône) où la crypte de Fontvielle-les-Arles a livré un crâne dinaroïde (ressemblant beaucoup à ceux de Beaucaire, de Nant dans l’Aveyron, etc.).

En résumé, les Dinaroïdes apparaissent sur les rivages de la Méditerranée dès le début de l'Énéolithique (juxtaposition de cultures contemporaines chalcolithiques, néolithiques et du Bronze ancien sur des territoires voisins) ; leur nombre semble s'accroître considérablement avec l'introduction de la céramique campaniforme, qui marque en quelque sorte leur apogée, sans qu'on puisse étroitement solidariser les crânes et les pots.

 

 

En Languedoc oriental, dans le Gard comme dans la moyenne vallée du Rhône, l’expansion du Campaniforme rhodano-provençal se fait en synchronie avec les phases récentes du groupe de Fontbouisse. Les associations de mobilier, comme les cas de mixités stylistiques sont bien assurées. L’hypothèse selon laquelle le groupe de Fontbouisse pourrait perdurer localement jusqu’à l’aube de l’Âge du Bronze ne peut donc être écartée, même si l’implantation et le développement du campaniforme rhodano-provençal sur l’ensemble de ces régions semblent très importants.

 

La station de Triple-Levée est installée au centre d'un massif de collines calcaires (Sicard, l'Aiguille, La Roche de Comps), dominant vers l'Ouest une zone de marais (La Palud), vers le Sud l'extrémité des Costières, vers l'Est la bande de plaine alluviale de Comps-Beaucaire, et est peu éloignée du Gardon et du Rhône. Située sur une terrasse naturelle au-dessus de la Plaine de Jonquières-Saint-Vincent, elle a livré un fond de cabane limité par un mur construit à l'aide de blocs de calcaire non équarris. Réoccupée au Bronze final IIIB où l’on voit l'exiguïté de son extension, l'occupation s'étendait auparavant sur une surface nettement supérieure.

Un intéressant mobilier céramique a été exhumé : on y note un abondant matériel campaniforme.

 

Une autre station chalcolithique a été trouvée au lieu-dit Sicard. Ce gisement a livré un matériel caractéristique d’anses, bords de vases, lames, grattoirs, galets aménagés, etc. L'époque du Bronze y est également bien représentée.

 

La perle à ailettes est un de ces bons fossiles connu dans les habitats (de grotte ou de surface) et les sépultures (dolmens ou grottes sépulcrales). Elle est abondante dans l'Hérault et dans le Gard (la grotte de Durfort et la grotte Féraud) mais on la connaît aussi dans les Charentes d'une part (Villehonneur), à l'Est d'autre part (lac de Bienne, Möringen et lac de Clairvaux), en Provence (Saint-Vallier) et en Ligurie (dans la Tana Bertrand) ; dans l'Aveyron et la Lozère, vers le Massif Central ; il y en a aussi dans le Tarn-et-Garonne.

 

 

Dans le nord du Languedoc un élément original et tout à fait nouveau émerge avec l’apparition des céramiques à décor barbelé et des premiers petits objets de bronze dans le Midi méditerranéen de la France, marquant théoriquement la fin du Néolithique entre -2 200 et -2 100. Faisant suite, sans grandes interruptions semble-t-il, à celle de Fontbouïsse, une civilisation riche et variée dans ses manifestations se développe à partir d'éléments divers, dont certains sont incontestablement étrangers.

Ces apports d’origine orientale (Italie septentrionale, nord-ouest des Balkans) s’insèrent dans l’ensemble de la région considérée et au-delà en remontant la vallée du Rhône pour ne disparaître qu’entre -1 900 et -1 800 avec le développement du plein Âge du Bronze Ancien et de nouveaux influx, rhodanien cette fois. Les fortes traditions campaniformes encore sensibles conduisent à considérer cette période comme partie intégrante du Néolithique final en même temps que comme les prémices de l’Âge du Bronze. Les cultures locales du Néolithique final ont cependant probablement disparu, même si les traditions fontbuxiennes ont pu ponctuellement perdurer en Languedoc oriental (ainsi le Gard oriental et le Vaucluse limitrophe, où la céramique présente souvent des influences tardi-ferrières bizarrement liées à des campaniformes nombreux et variés et à une tradition lithique lamellaire pseudo-chasséenne).

 

Les survivances locales se manifestent fortement dans la céramique d'usage à fond rond, les formes carénées ornées de cannelures en métopes, l'industrie de la pierre polie (6 haches) et l'industrie lithique dont la dégénérescence nette conduit à l'utilisation de nombreux éclats bruts à côté des pièces soigneusement finies. Les influences étrangères sont importantes et ne peuvent s'expliquer que par divers courants dont on ne peut pour l'instant déterminer la nature exacte. On doit supposer des échanges commerciaux actifs responsables de l'introduction de divers éléments importés dans un milieu resté, par ailleurs, très néolithique dans ses grandes lignes. Ces innovations appartiennent surtout à deux catégories du mobilier : la céramique avec les tasses à carène, les urnes à fond plat et panse renflée, les cordons en résille, en T, le décor poinçonné, les anses coudées ; le métal avec les deux haches en bronze à légers bords. La tasse à carène (parfois appelée pichet quand elle est d'assez grande taille), est une forme d'origine unéticienne qui présente en Languedoc l'intérêt d'être parfaitement datée dans deux ensembles clos du Bronze ancien : la tombe en coffre sous tumulus des Gardes à Concoules-Montjaux (Aveyron) et la tombe en coffre de Chanteperdrix à Beaucaire.

 

Exemple très rare de dolmen enterré, sans qu'on puisse y pénétrer par les parties latérales, la sépulture de Chante -Perdrix a bien tous les caractères d'un dolmen, mais elle a été construite dans un trou creusé dans le poudingue qui, autour, ne présentait aucune trace de remaniement, si bien qu'on ne pouvait y accéder d'aucun côté et que, par conséquent, la table supérieure n'a du être placée qu'après l'introduction du cadavre unique et de son mobilier funéraire. La surface du sol qui recouvrait le dolmen de Chante-Perdrix était en pente douce et ne présentait aucune trace de tumulus.

À l'époque du bronze, l'enterrement des dolmens est moins rare et plus comparable à ce que nous observons à Carthage (des exemples de tombeaux ayant ce caractère ne se trouvent que dans les anciennes sépultures puniques). Enfin, de nos jours, en France, nos caveaux de famille sont de véritables dolmens enterrés ; les murs sont bien en maçonnerie, mais la table de recouvrement est formée d'une seule dalle qui émerge plus ou moins au-dessus du sol. On la soulève à chaque inhumation, comme à Chante-perdrix, et les cercueils sont disposés côte à côte et les uns au-dessus des autres, absolument de la même manière qu'il y a trois mille ans à Carthage. Le travail est plus fini et plus délicat, voilà tout. La fosse creusée mesurait l,70 m de long sur 92 centimètres de large. La table de recouvrement qui, dans la largeur, dépassait les dalles supports de 21 centimètres de chaque côté, reposait donc en partie sur les terres voisines. Comme la chambre n'avait pas d'ouverture, cette table n'a dû être placée qu'après le dépôt du cadavre. On l'a ensuite chargée d'un petit galgal de cailloux roulés et de petits blocs de mollasse, le tout recouvert de quelques décimètres de terre. Les dalles, malgré leurs surfaces régulières, sont le résultat d'un clivage naturel.

Ce genre de sépulture sous tumulus est également représenté au trois quarts enterré (seulement les parois ne sont pas formées de tables supports, mais construites en pierres sèches superposées) au tumulus en galgal du Mané-er-Hoech à Locmariaquer (Morbihan).

 

Cette tombe contenait un squelette brachycéphale accompagné d'un vase biconique à anse légèrement coudée, d'une épingle en bronze à tête sphérique et d'un poignard-scie en même métal, à deux rivets. Son matériel associé fait envisager une datation Bronze Moyen, à mettre en parallèle avec le décor digité dont la présence fréquente aux côtés de l'épingle à tête sphérique perforée en biais (diamètre 9 mm, longueur de 41 mm) ne paraît pas fortuite (Grotte du Frouzet, Grotte de la Corde et celle des Chats à St-Rémy, St-Gervais-les-Bagnols), ce qui témoigne en faveur d'une certaine diffusion dans la région. L'association à l'épingle tréflée et à l'épingle à tête globuleuse perforée, donne un repère chronologique précis.

 

L'anse coudée manifeste une autre influence sans doute italique. La tasse à carène est une forme très répandue en Languedoc. La liste des sites reste à établir et nous ne citerons que les principaux : Grotte de Saint-Vérédème et Grotte de Pâques, dans les gorges du Gardon, Grotte sépulcrale du Creux-de-Miège, Mireval (Hérault), Grotte de Château-Vieux, Aiguèze (Gard). Pour la première fois, ce type se trouve associé de façon sûre à d'autres formes de céramique et en particulier à l'urne à fond plat. Ces urnes et leurs cordons en résille, horizontaux, verticaux et obliques, caractérisent la civilisation du Rhône. Il est bien établi maintenant que ce groupe du Bronze ancien centré sur la vallée du Rhône a largement étendu son influence jusque dans le Languedoc.

 

Le crâne du défunt de Beaucaire a pour indice céphalique 86,80 avec 173 millimètres comme diamètre antéropostérieur maximum. La partie de cette longueur située en avant de la paroi postérieure de la selle turcique qui limite l'extrémité antérieure de la corde dorsale chez l'embryon, mesure 76 millimètres, c'est-à-dire 43,42 pour 100 de la longueur totale, ce qui donne au cerveau antérieur une dimension antéro-postérieure importante.

 

 

À Beaucaire comme à Mailhac (commune située dans le Minervois sur le Répudre, la colline du Cayla, au Nord du village, a abrité une importante agglomération protohistorique, probablement depuis la fin du -XIè siècle) et souvent dans les cavités de la Clape (petit massif calcaire de 15 000 hectares situé entre Narbonne, Gruissan et la mer Méditerranée), on trouve des restes campaniformes dans des ossuaires collectifs largement réutilisés par les gens du Bronze ancien (Rhodano-poladiens) et dont certains, peut-être tous, avaient primitivement servi, bien avant les gobelets campaniformes, à des chasséens ou autres cardiaux.

 

Comme dans d’autres ossuaires, le fond de la population est méditerranoïde, mais il n'y a plus cet air d'homogénéité familiale si fréquent dans les sépultures du Néolithique. De fait, les plus beaux et plus nombreux sujets du type planoccipital se rencontrent dans les ossuaires campaniformes réutilisés au Bronze ancien : grotte de Julian et Féraud et Grotte des Andrés à Beaucaire (également Grotte de la Treille à Mailhac dans l’Aude). Fait caractéristique, la proportion des dinaroïdes diminue quand on s'éloigne du Rhône, et à Corbères-les-Cabanes (Pyrénées-Orientales) il n'y en a plus du tout.

Une cavité naturelle au lieu-dit Ioton, la Grotte des Andres non loin du campement moustérien, contenait une tombe du Chalcolithique et du Bronze Ancien-Moyen.

Le mobilier de cette tombe est constitué d'une urne rhodanienne décorée d'impressions digitales, d'un vase biconique avec anse en ruban surmontée d'un poucier (céramique "de la polada"), de divers tessons et d'une alêne de bronze. Les trois corps dégagés étaient de type dinarique. La présence d'éléments culturels chalcolithiques (Néolithique final Campaniforme 3) atteste des inhumations plus anciennes. En effet, les incinérations avec dépôt des urnes étaient inconnues dans le Bronze Ancien, alors qu’elles ne l’étaient pas dans le Chalcolithique régional.

En France méridionale un certain nombre d'ossuaires du Bronze Ancien (notamment la grotte de la Treille à Mailhac et bien d’autres) ont livré des campaniformes mélangés à des poteries cordonnées rhodaniennes et à des tasses carénées poladiennes. Il s'agit manifestement d'inhumations campaniformes déblayées par les gens du Bronze Ancien soucieux de placer leurs propres cadavres. Les campaniformes y sont d'ailleurs réduits à de rares tessons. Pourtant, la fréquence du fait semble indiquer que les gens du Bronze Ancien ont succédé aussi rapidement aux porteurs de campaniformes que ceux-ci succédaient aux mégalithiques. Un contact entre la Polada et les campaniformes est donc vraisemblable, même s'il paraît très court. Il est vrai que la Polada peut se révéler, tout au moins en Italie, comme initialement chalcolithique même si son expansion française se place au Bronze Ancien.

 

 

Dans le quartier des Caunelles (Grotte Julian et Féraud), un ossuaire contenant trente-deux squelettes a été dégagé.

Cette sépulture est située sur une des petites collines qui bordent la rive droite du Rhône depuis Saint-Roman jusqu'au Rocher de Beaucaire, à 2 kilomètres environ de la ville. Le versant Ouest de cette élévation descend en pente douce vers la route de Nîmes, qui serpente à ses pieds. Le versant oriental, au contraire, est creusé d'un profond ravin qui dévale rapidement vers les francs-bords du fleuve et s'arrête à la route de Beaucaire à Remoulins et au pont du Gard. La sépulture exposée au midi, s'ouvre à la partie supérieure de ce ravin, à gauche ; c'est dans l'Hauterivien qu'elle est creusée. Dans cette région le faciès de cette formation géologique se présente sous l'aspect de calcaires marneux grisâtres ou de couches gris-bleuâtres, peu épaisses, séparées par des assises plus meubles, schistoïdes se délitant facilement. Ce dernier calcaire est très perméable, se fissure sous l'influence des agents atmosphériques et se sépare en plaquettes ou en graviers plus eu moins fins, que le ruissellement entraîne sur la pente des collines.

Avant les fouilles, la cavité de la grotte était absolument comblée ; il n'existait à sa place qu'un trou de lapin. Aujourd'hui, l'orifice a 3,50 m de largeur, sur 1,60 m de hauteur. À cette ouverture succède un vestibule de 2 mètres de profondeur, sur 5 mètres de largeur. Le développement de ce vestibule est arrêté par un gros pilier qui soutient la voûte. De chaque côté de cette masse partent des galeries qui l'enserrent en fer à cheval ; la galerie de droite mesure 5 mètres de longueur environ.

Vestibule, galeries, pilier présentent des fosses où s'entassent et s'enfoncent des squelettes, sans aucune trace d'incinération. Il y a eu là trente deux corps ensevelis sous un amas de pierres plates et de terre qu'on peut évaluer à 15 mètres cubes. Rangés côte à côte et par couches successives, des squelettes de tout âge et des deux sexes ont le crâne tourné vers le fond de la grotte et les membres inférieurs vers l'ouverture extérieure. Les crânes (la population de l’ossuaire est avant tout brachycéphale), sont entourés des petits os de la main ; la calotte crânienne d'un des derniers morts découverts en était remplie.

On peut conclure de cette remarque qu'au moment des funérailles, les avant-bras du mort étaient fléchis sur les bras et les mains appliquées sur la face.

 

Sur les dix crânes, six classés par ordre de découverte, ne forment pas une série homogène; cinq ont un indice qui varie entre 85,24 et 90,64 ; ils sont franchement brachycéphales. Le numéro 2 n'a comme indice que 78,97. C'est un mésaticéphale, produit de métissage avec la race dolichocéphale qui dominait à cette époque dans la région. Toutes ces mandibules portent de belles dents, sans trace de carie.

Sur deux crânes un commencement d'ossification des sutures péribregmatiques indique un âge assez avancé ; les autres sujets, étant plus jeunes, n'ont pas de sutures consolidées. Néanmoins on peut se demander si, à défaut de synostose prématurée, il n'y a pas eu, au niveau des sutures postérieures ou des os de la nuque, un trouble de nutrition capable d'en enrayer le développement régulier et dont toute trace aurait disparu après la mort. Pour beaucoup d'anthropologistes ce trouble serait dû à l'usage de coucher les enfants en bas âge sur le même côté et de les porter sur le même bras. C'est une hypothèse séduisante qui semble rendre compte de l'aplatissement de l'occipital et de sa voussure compensatrice, mais c'est une hypothèse qui ne va pas sans quelques réserves. Ce mécanisme est exceptionnel sur le vivant. On observe en effet les déformations crâniennes surtout chez les enfants héréditairement tarés ou devenus athrepsiques. Pour expliquer une plagiocéphalie aussi accusée que celle des crânes de Beaucaire, l’action du couchage paraît insuffisante et l'on ne serait pas éloigné de croire qu'au décubitus occipital sont venus s'ajouter soit des compressions, soit des massages comme en pratiquent certains peuples primordiaux sur la tête de leurs nourrissons.

 

Les Brachycéphales de Beaucaire avaient une taille moyenne de 1,68 m ; ils portaient un crâne rond, haut et asymétrique ; leur front était bien développé et leur face était large et un peu inégale ; leurs cavités orbitaires, dont le diamètre vertical était supérieure à l'horizontal, surmontaient des pommettes saillantes.

Ces popilations sont venues chez nous probablement par les Alpes et ont fondé dans les Caunelles et la Triple Levade une colonie qui ne paraît pas avoir prospéré, car elles n'ont pas fait souche comme les tribus de la même race fixées en Savoie, en Auvergne, dans le Berri, l'Anjou et jusqu'en Bretagne.

 

Cette prédominance de têtes rondes sépare nettement la grotte de Beaucaire de toutes celles des Basses Cévennes ou du Larzac, où l'on n'a trouvé, à quelques exceptions près, que des dolichocéphales. Sur 28 crânes on peut noter 19 dolichocéphales, 6 sous-dolichocéphales, un mésaticéphale et deux brachycéphales seulement. Le même fait se reproduit dans les grottes et les dolmens de la Lozère ainsi que dans celle de Montouliers (Hérault). L'indice céphalique des crânes de Beaucaire est très élevé et va de 85,24 à 90,64. Cette progression étonnante leur donne une supériorité non seulement sur les anciens Lozériens (80,6 à 89), mais encore sur les populations brachycéphales habitant actuellement d'autres régions de la France : Auvergne (84,7), Savoie (83,63), Aveyron (85,3 à 87,9), Ardèche (87), Hérault (80,2 à 82), etc.

Ces évaluations, ajoutées à celle de l'indice céphalique, font de l'Homme de Beaucaire un type spécial.

Enfin les indices nasal et orbitaire achèvent de le caractériser : les deux crânes sur lesquels on les observe sont mésorhiniens et l'un d'eux est franchement mégasème (91,66).

 

 

On remarquera la "brutalité" de traits des Dinaroïdes rencontrés dans les sépultures du Bronze ancien des environs de Beaucaire (Grotte Julian et Féraud, caisson de Canteperdrix, grotte des Andrés) ou dans quelques autres ossuaires de la Clape (Vigne Perdue, Trou du Loup).

Ces ossuaires couvrent un laps de temps s'étendant au maximum de -2 000 à -1 500. Malgré quelques différences dans le mobilier, ils se présentent à peu près de la même manière : assez grand nombre de squelettes sans connexions anatomiques, généralement incomplets, la tête étant l'objet de plus de soins ; amoncellement de blocailles, médiocre mobilier funéraire, traces de feux, etc. La même chose se retrouve à la Treille (Mailhac, Aude) et près de Beaucaire (grotte Féraud, grotte des Andres). Dans ces derniers ossuaires, on retrouve aussi le mélange d'éléments pyrénaïques, rhodaniens et poladiens. Il ne faudrait pas penser à une espèce de civilisation mixte mais à une rapide succession des gens du Bronze Ancien aux campaniformes antérieurs.

 

Sur le plan strictement anthropologique, on note essentiellement un fort pourcentage des brachy crânes : 26,1 % sur 65 têtes.

Les brachycéphales apparaissaient dès le Mésolithique (Ofnet, Rouffignac, etc.) et constituent un fort contingent dans le Néolithique du Bassin Parisien. Si on trouve ailleurs des brachycrânes néolithiques, en Suisse et Europe centrale par exemple, c'est en bien moindres proportions. La plupart de ces Hommes à tête courte se rattachent à l’ethnie alpine. Au cours du Chalcolithique, en Europe centrale, sur le Rhin et en Angleterre, apparaissent d'autres brachycéphales à caractères dinaroïdes. Nous en connaissons quelques-uns dans le Midi mais ils ne se montrent en quantité notable qu'au cours du Bronze ancien, souvent mélangés à des Alpins. On note alors un important changement de populations :

  • Ossuaires du Narbonnais : 17 brachycrânes, dont 5 Dinaroïdes, sur 65 sujets.
  • Grotte de la Treille à Mailhac (Aude) : 2 brachycrânes, dont un Dinarique, sur 3 sujets.
  • Grotte des Andrés, près Beaucaire : 2 brachycéphales, dont un Dinarique, sur 3 sujets.
  • Grotte Féraud : 6 brachycrânes, dont 4 Dinariques au moins sur 9 individus.
  • Caisson de Canteperdrix : un brachycrâne.

 

Au cours du Bronze ancien, apparaissent donc de nombreux Dinariques. Nous avons dit qu'on les aperçoit en masse importante, pour la première fois, dans les sépultures à campaniformes d'Europe centrale et dans la civilisation d'Adlerberg. Puisque tout porte à croire que le haut Danube, le Rhin (d'où ils gagnent l'Angleterre avec les round barrows) et l'Elbe les ont vu naître, n'est-il pas logique de penser que les premiers Dinaroïdes français sont venus du Sud-Ouest allemand. Les trouvailles de Piroutet montreraient que cet élément était prédominant (comme aujourd'hui) dans le Jura, dès le Bronze ancien. Nos Dinaroïdes du Midi ont donc les plus grandes chances de se relier à ces gens de l'Est français ou du Sud-Ouest allemand par une voie naturelle quasi inévitable : celle du Rhône. Rappelons que sur la rive gauche de ce fleuve, les brachycéphales de grande taille, souvent dépigmentés, descendent encore actuellement jusqu'au Comtat Venaissin.

Malheureusement, on n'a pas toujours compris l'intensité de ces échanges culturels ni leur solidarité avec l'histoire anthropologique, tout simplement parce que l'archéologie et l'anthropologie représentent deux disciplines demeurées trop longtemps étrangères.

Est-ce à dire qu'on ne trouve pas de Dinaroïdes dans le Midi, avant le Bronze ancien ? Certainement pas : deux au moins se placent au Chalcolithique, celui du Roc des Fées à Nant (Aveyron) et celui du Rocher de l'Aigle au Caylar (Hérault).

Le type est plus proche de celui du Glockenbechertypus (variété blonde du dinarique, appelée ethnie norique et non nordique d’après la superposition du foyer essentiel du Glockenbechertypus et des dinaroïdes blonds actuels. Cette variété est connue en France sous le nom d’ethnie lorraine de Collignon, ou galate de Guiart) que de celui de l'Alpin.

Cet élément anthropologique n'est donc pas inconnu à l'époque où fleurissent les gobelets campaniformes. Il n'empêche que jusqu'à nouvel ordre il reste rare jusqu'à l'apparition des pots à anse coudée ou munie de poucier, des grands vases gris foncé à cordons digités assez fins, des épingles de bronze (tête perforée, annelée ou tréflée), des poignards à rivets, sans nervure médiane mais décorés de filets, etc.

Quant aux Alpinoïdes, ils soulèvent des problèmes plus difficiles. Comme ils abondent dans le Néolithique du Bassin de la Seine et qu'ils augmentent progressivement en Languedoc, lorsqu'on passe du Chalcolithique au Bronze ancien, on pourrait penser qu'ils viennent aussi du Nord par la voie rhodanienne à partir du moment où les courants culturels se dirigent du Nord vers le Sud.

Frappé par leur fréquence dans les sépultures anciennes de Provence, on peut se demander si les Alpins n'ont pas occupé le massif montagneux dès le Néolithique.

Les grottes ligures, franchement néolithiques, n'ont pas livré de brachycrânes, mais il n'en demeure pas moins tentant de relier les brachycrânes néolithiques de Toscane à ceux de France par l'intermédiaire d'éventuels congénères provençaux. La majeure partie est antérieure au Bronze et peut se classer au Chalcolithique. Il y aurait donc un mouvement antérieur au Bronze, même ancien.

Il est possible que la migration soit postérieure au Néolithique vrai. En effet, tant que la densité d'habitat reste faible et tant que l'économie ne fixe pas au sol des groupes compacts, la substitution des peuplades est presque de règle sur les territoires les plus disputés. Les vaincus peuvent disparaître complètement ou se réfugier à proximité et reconquérir, pacifiquement ou non, les espaces perdus.

 

En résumé, le Glockenbechertypus du Sud-Ouest allemand s'est infiltré le long du Rhône jusqu'à la Méditerranée et il a probablement entraîné des alpins et des proto-nordiques. Il n'a pris sa pleine expansion qu'au Bronze ancien, aussitôt après les campaniformes mais il avait probablement commencé ses migrations avec ces derniers. Cette migration, confirmée par des influences rhénanes dans le bassin du Rhône et jusque chez les pyrénaïques (gobelets) va dans le sens contraire de celle qu'on suppose généralement pour expliquer la diffusion des gobelets ibériques vers l'Europe Centrale. Ces deux mouvements de population sont possibles, l'un après l'autre. Les campaniformes français de l'Ouest, comme ceux d'Ibérie et du Languedoc (malgré quelques traces étrangères) correspondent probablement à des populations dolichocrânes, ces dolichocrânes méditerranéens franco-ibériques se trouvant dans toutes les civilisations préhistoriques de ces régions et n'ayant pas la valeur symptomatique du Glockenbechertypus là où on le rencontre.

 

Cette sépulture de Féraud date du Bronze rhodanien (Final III B), époque où s'établirent ces populations dans la vallée du Rhône (une autre sépulture de la même époque a été découverte à Montélimar). À cette époque, les inhumations sous tumulus sont déjà traditionnelles dans la région. Cela reflète l’importance de l'influence exercée par les groupes de la haute vallée du Rhône sur les populations locales pendant le Bronze Ancien.

 

 

À la terre qui recouvrait les squelettes se trouvaient mêlés une centaine de fragments d'une poterie grossière, épaisse, débris d'ustensiles de forme archaïque, reposant sur des fonds plats de coloration rougeâtre ou grise à l'extérieur et noire ou marron à l'intérieur. Deux tessons portent une ornementation par pression digitale : série de godets entourant le col du vase comme une chaînette. Ce décor, qui marque l'éveil du sentiment artistique, est assez commun. Dans le Gard on l'a encore observé sur des poteries de la grotte de Salinelles. Dans ces débris il y a aussi des anses de trois variétés : anses mamelonnées non perforées, tétons (exemples où les mamelons peuvent être associés à des formes variées : Néolithique inférieur du Fort-Harrouard, Omalien, Cortaillod ancien, dolmen et coupole de la province d'Alemtejo, civilisation de Gumelnitsa en Roumanie) ; anses horizontales de 3 centimètres carrés ; anses modernes peu ouvertes, rapportées. À première vue cette céramique ressemble à celle de l'âge néolithique, mais quand on l'examine de près on voit qu'elle est plus consistante bien qu'à la cassure elle reste encore feuilletée. Les matières organiques carbonisées qui donnent la patine noire à l'intérieur des ustensiles pénètrent moins régulièrement et moins profondément dans la terre cuite parce qu'elle est moins spongieuse. Enfin les grains de quartzite qui sont incrustés dans la poterie sont très petits.

La sépulture ne contient ni silex ni pierre polie ni objet métallique. Les seuls objets travaillés sont une rondelle discoïde en os, de 2 centimètres de diamètre perforée au milieu ; deux perles de même substance ayant un trou central. Ces trois pièces portent des traces de polissage.

 

 

Deux grottes voisines de Féraud sont restées stériles. Il est fort probable que ce groupement humain avait établi des stations sur les trois collines de la Triple Levade : Lieuton, l'Aiguille ou Saint-Roman, où furent trouvé, dans la mollasse qui couronne leur sommet, des abris sous roche avec de la poterie absolument semblable à celle de la grotte (céramique à décors incisés en double trait avec représentations zoomorphes, anthropomorphes et motifs géométriques ; à décors poinçonnés et à décors cannelés). Le matériel céramique le plus représentatif appartient à la période de transition entre le Mailhacien I (motifs géométriques incisés, très caractéristiques, avec incrustations blanches et rouges de type Moulin-Cayla I) et le Mailhacien II.

 

À l'âge du Fer ou Protohistoire (-750 à -121 ans) on distingue deux cultures qui évoluent différemment l'une dans le Roussillon et le Languedoc occidental et l'autre dans le Languedoc oriental. Le groupe occidental se caractérise, dans le premier âge du fer, par des nécropoles à incinération, (Mailhac). Il développe des liens étroits avec les Ibères pour former au deuxième âge du fer la civilisation ibéro-languedocienne. Le groupe oriental, opte pour l'inhumation en tumulus, il a des contacts dans un premier temps avec les Étrusques et à partir de la création de Marseille par les grecs de Phocée (-600 ans : ces derniers vont ensuite créer des colonies le long de la côte méditerranéenne, telle Agde), il passe sous l'emprise de cette ville.

vers -750, de grands courants humains, les uns méditerranéens, les autres continentaux laissent présager un changement complet de civilisation. En effet, des éléments celtiques, venant de l’Europe centrale commencent à apparaître dans le Midi languedocien. Ils sont porteurs d’un nouveau métal, extrêmement performant : le Fer. Mais pendant de nombreuses décades la métallurgie du cuivre reste dominante, l’emploi du fer se faisant très progressivement, à petits pas. En même temps, toujours vers -750, le climat, tel que nous le connaissons, s’installe. La température devient plus fraîche et l’humidité plus importante (période subatlantique). C’est alors que commence pour le Languedoc une ère bénéfique. Il faut insister, à ce point précis de notre histoire, sur l’importance de sa situation géographique. La large plaine littorale permet des déplacements Est-Ouest faciles, véritable voie naturelle faisant communiquer l’Italie et l’Espagne. Enfin, au débouché de la grande vallée du Rhône apparaissent maintenant les influences continentales. Non point de véritables invasions, mais des éléments novateurs qui s’intègrent rapidement à ce substrat indigène.

Le point commun entre la Protohistoire de la région nîmoise et de la Provence occidentale est que chacune "subit" des influences extérieures, le Rhône jouant, sinon pour l'Histoire, du moins sur le plan culturel, comme un lien plutôt que comme une frontière. La frange orientale de la région nîmoise, entre Beaucaire et Remoulins, est elle-même très intégrée à la basse vallée du Rhône.

 

Ce Languedoc oriental est donc au point géographique exact d’une triple rencontre faisant de lui une région privilégiée. Une série de vallées Sud-Nord aèrent et pénètrent "le pays". Celle de l’Hérault, bien sûr, à l’Ouest. Mais que dire des voies secondaires navigables par endroits de la Mosson, du Lez et du Vidourle ? Ces cours d’eau sont autant de pénétrantes en direction des Cévennes, là où les terrains primaires (et du début du secondaire) apportent leur richesse minérale : or, plomb, cuivre, argent...

Dans ce cadre favorable, sous un climat agréable, le Languedoc va voir maintenant apparaître et s’épanouir "la civilisation des oppida". D'une manière générale, à l'âge du Fer, l'habitat connaît des changements : meilleure organisation, nouvelles techniques de construction, plan d'urbanisme (de nombreuses nécropoles sont installées à proximité des agglomérations). Pendant 700 ans, de très nombreux villages perchés pour la plupart, véritables acropoles, entourés pour certains d’une enceinte puissante, en pierre de "clapas", vont éclore. La Triple Levée à Beaucaire fait partie des plus anciens.

 

À 5 km au Nord-Ouest de Beaucaire, l'habitat de Triple-Levée est situé sur le flanc sud de la colline du même nom, sur plusieurs terrasses dominées par un massif de molasse miocène. Fréquenté d'abord au Néolithique final, le site a été ensuite occupé par un petit groupe de cabanes au cours du Bronze Final III B (habitat protohallstattien de tradition champ d'urnes, de type mailhacien I). Des fragments de torchis avec empreintes de branchages attestent des structures en matériaux légers. Le sol était pavé de petites pierres et de galets de quartzite, et couvert d'une épaisse couche cendreuse représentant la sédimentation du niveau d'habitat. L'aspect et l'aménagement de la cabane (aire aménagée, partiellement creusée dans le substratum, partiellement remblayée, morceaux d'argile cuite avec traces de branchages, restes de foyer construit présentant une surface lisse, présence de galets roulés apportés ayant pu servir à l'aménagement d'un sol) corroborent ce que l'on connaît de l'habitat languedocien au Bronze Final III B (gisements contemporains, au Cayla-de-Mailhac dans l’Aude).

 

Partout se retrouve au Bronze final III B des cabanes en matériaux périssables et l'on ne connaît pour cette époque aucun mur bâti en pierre : les habitations sont toutes faites à base de branchage et de pisé. En ce qui concerne le mobilier, on doit noter tout d'abord l'absence de métal. Ceci correspond à une rareté générale du métal en Languedoc oriental : elle est flagrante à Roque de Viou (un objet pour sept campagnes de fouilles), à La Bergerie Hermet (1 épingle) et à Triple-Levée (3 objets). Pour ce qui est de la céramique, les formes et les décors sont tous connus dans les gisements mailhaciens I et la plupart sont représentés dans tous les sites (décors incisés qui traitent les motifs précédemment connus avec une bien moindre rigueur). Les motifs géométriques, qui étaient seuls représentés à la période antérieure (B.F. III A) et qui seuls persisteront après le Mailhacien I (notamment dans les niveaux de la fin du –VIIè siècle de La Liquière I, de même à Port-Vielh à Aigues-Mortes et à la Redoute) dominent.

 

 

Les découvertes de gisements appartenant au groupe Mailhac I se sont multipliées en Languedoc oriental. Elles ont été faites d'abord dans la plaine littorale et au contact de la plaine avec la zone des Garrigues. À la station de Languissel (Nîmes) et à l’oppidum de Triple-Levée se sont ajoutés les oppida de La Redoute, toujours à Beaucaire.

Comme en Languedoc occidental également, d'autres habitats du Bronze Final III B du Gard ne possèdent pas les éléments caractéristiques du groupe Mailhac I. En effet, il est possible de déceler des niveaux compris entre le Bronze final III B à faciès Mailhacien I et les couches renfermant les premières importations de céramiques méditerranéennes du dernier quart ou de la dernière décennie du -VIIè siècle sur les oppida de La Font-du-Coucou à Calvisson (Gard) et de La Redoute. Ces découvertes permettent de placer la fin du groupe Mailhac I en Languedoc oriental vers le milieu du -VIIè siècle (c'est un phénomène synchrone qui a lieu en Languedoc occidental. La nécropole du Grand-Bassin I, qui succède à celle du Moulin de type Mailhac I et à ses tombes de transition, a pu être datée par de très rares importations de céramique méditerranéenne et grâce à des synchronismes, entre -650 et -590).

 

La liste des villages perchés est longue et témoigne de l’importance de la population et de la trame humaine très dense qui s’établit à cette époque.

On est d’abord frappé par la variété des implantations. Par exemple, le rôle des routes est particulièrement net pour les stations de la future voie Domitienne (construite à partir de -118 pour relier l’Italie à la péninsule Ibérique en traversant la Gaule narbonnaise) comme Beaucaire. Plusieurs catégories d’agglomérations apparaissent en fonction de leur superficie (autour de 10 ha pour Beaucaire). Des types d’agglomérations se distinguent par la date d’implantation de l’habitat, puisque certaines ont une origine protohistorique comme Balaruc-le-Vieux (Hérault) et Beaucaire. On peut noter aussi que le nombre de ces acropoles décroît du Rhône à la Garonne.

L'habitat protohistorique de Beaucaire, est d'abord implanté à l'extrémité Nord de la ville, sur la dernière colline (les collines de La Redoute et du Château ne constituaient alors qu'un seul massif) qui surplombe, vers l'Est, la rive droite du Rhône (colline peu éloignée de celle de Triple-Levée). Première hauteur importante sur le fleuve depuis la mer, le site présentait un intérêt évident. On y a retrouvé des céramiques étrusques, céramiques grises monochromes et pseudo-ioniennes, amphores massaliotes, céramiques campaniennes, poteries indigènes. La Redoute présente trois niveaux successifs : le premier de transition Bronze/Fer (vers -776), le second d'un Ier Age du Fer typique mais sans importation, le troisième avec des céramiques tournées du début du -VIè siècle.

La couche de la deuxième moitié du -VIIè siècle, comprise entre une strate de la fin du Bronze Final III B et une couche du –VIè siècle, ne livre, comme à Port-Vielh, que des vases non tournés, parmi lesquels des grandes urnes, une coupe à ressaut interne et des urnes à panse carénée et grand col.

 

Succédant vers le milieu du -VIIè siècle aux faciès du Bronze Final III B, un faciès matériel particulier, daté de la deuxième moitié du -VIIè siècle et du début du -VIè siècle, a été mis en évidence dans des cavités des Gorges du Gardon et dans plusieurs autres gisements du Gard (La Redoute à Beaucaire ; La Liquière, Port-Vielh à Aigues-Mortes) ou de l'Hérault (Cabane de Tonnerre).

L’originalité par rapport au Bronze Final III B se manifeste par les faits suivants :

  • la disparition des urnes larges, à col peu développé, des coupes carénées à décor incisé typique du groupe Mailhac I,
  • la raréfaction des coupes tronconiques,
  • le grand développement des coupes à panse arrondie convexe,
  • l'apparition des urnes à grand col, beaucoup plus développé que la panse, et celle du décor excisé.

 

Au cours du -VIè siècle, les éléments les plus particuliers qui ont fait leur apparition dans la deuxième moitié du -VIIè siècle, comme les urnes à col plus développé que la panse, tendent à disparaître et le mobilier, essentiellement la céramique non tournée, traduit une évolution lente et continue, dans la tradition du Bronze Final III B.

Pour d'autres séries, leur fabrication dans les limites de la région nîmoise est certaine, à la fin du -VIè et au -Vè siècle. Ainsi, entre autres, quelques types de vases peints et quelques séries de vases tournés à gros dégraissant paraissent caractéristiques de cette région, et le groupe de la céramique grise monochrome est produit sûrement à l'Ouest du Rhône, sans doute dans le secteur Beaucaire/Remoulins [atelier qui a fonctionné entre -500 et -450, les formes dominantes étaient les coupes dérivées du type ionien B2 (forme IV) et œnochoés (pichet à vin qui sert à puiser le vin dans le cratère, où il a été coupé à l'eau) à embouchure trilobée (forme VIII) ainsi que des vases ouverts, des urnes carénées, des plats à décor interne, des coupes à tige]. Ces ateliers de céramique tournée (quelle que soit par ailleurs leur taille ou leur organisation) rendent compte d'une forme de production artisanale, car ils sont spécialisés dans une fabrication de série destinée à une diffusion commerciale à échelle plus ou moins large. En ce sens, leur apparition à la fin du -VIè siècle dans la région nîmoise, et leur développement au début du -Vè siècle, apparaissent comme des données économiques nouvelles. Il est indéniable que leur création a été suscitée par ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler, faute de pouvoir préciser davantage, un stimulus extérieur : c'est ce qu'indiquent les techniques de fabrication et de décoration mises en œuvre, où l'apport grec (et plus précisément grec de l'Est à travers Marseille) est évident. Mais il est également indéniable que la production a été soit en partie aux mains d'indigènes, soit au moins adaptée aux goûts de la clientèle locale. Tel est entre autres l'enseignement du répertoire, qui nous montre, à côté de vases d'inspiration grecque (coupes à anses, œnochoés), bon nombre de formes d'origine locale (urnes, coupes hémisphériques ou carénées...).

 

La commercialisation de ces vases justifie par ailleurs qu'on les ait étudiés en tant que témoins d'échange, et non en tant que produits strictement indigènes. Le fait que les ateliers correspondants soient installés à demeure, qu'ils travaillent continûment durant une période donnée, qu'ils diffusent leur produit à l'échelle régionale, différencie en effet cette production artisanale des formes très particulières de fabrication que représentaient les bronziers itinérants des époques antérieures, que ce soit pour la préparation des argiles, la décoration peinte ou ondée, les instruments de montage (tour rapide) ou de cuisson (fours élaborés), et la maîtrise de la cuisson elle-même, soit en mode réducteur (vases à pâte grise), soit en mode oxydant (vases à pâte claire).

 

En Languedoc méditerranéen, le dolium (vase de très grande taille de l'Italie antique, d'une contenance allant jusqu'à 1 200 litres, et qui servait de citerne à vin, à huile ou à céréales) apparaît au -VIè siècle et se généralise au -Vè siècle. Autour de -500, ils sont encore peu nombreux, mais leur présence est attestée sur de nombreux gisements à Clermont-1'Hérault/La Ramasse, Pignan/Les Gardies, Saint Bauzille de la Sylve/Puech Crochu dans l'Hérault et à Beaucaire/La Redoute. Durant le Bronze Final III B et au début du Premier Âge du Fer, le rôle du dolium était principalement tenu par de grandes urnes en céramique non tournée. Il ne semble donc pas qu'il existe, à proprement parler, de prototypes indigènes du dolium. Par contre, en Grèce classique, l'usage de grandes jarres (pithoi) pour conserver les grains est universellement répandu. On y a également trouvé deux éclats de silex.

Dans la deuxième moitié du -VIIè siècle, La Redoute présente avec Port-Vielh, La Liquière I, la Grotte Suspendue et de Cabane de Tonnerre à Maugio (Hérault) de grandes similitudes. C’est notamment le cas de la série d'urnes (la "série A") caractérisée par une panse surhaussée, un col bas à contact col-panse le plus souvent anguleux, qui peut être divergent ou parallèle, un bord prolongeant la courbure du col, un fond plat. Ces urnes semblent dériver directement des urnes à bord droit du Bronze Final III B(c'est ce que montre l'existence, dans les couches les plus anciennes de la Liquière, d'exemplaires encore très "mailhaciens" qui constituent les jalons d'une évolution vers le galbe plus élancé, caractéristique du -Vè siècle). Les urnes de ce type se retrouvent en Languedoc oriental, sur tous les sites regroupés sous le vocable général de "faciès suspendien". On retrouve aussi les urnes de la série A sur tous les gisements lagunaires du littoral languedocien, et symboliquement déposées, souvent incomplètes, dans les tumuli du Languedoc oriental.

 

 

Au Bronze Final III B et au début du Premier Âge du Fer, jusqu'à l'extrême fin du -VIIè ou le début du -VIè siècle, toutes les habitations du Languedoc, comme d'ailleurs de la Provence voisine, sont construites en matériaux périssables, parois de torchis appuyées contre des poteaux porteurs et reposant parfois sur un solin en pierres. On retrouve ce type d’installation même sur des collines calcaires où la pierre abonde : Le Cayla à Mailhac (Aude), Puech Crochu à Saint-Bauzille-de-la-Sylve (Hérault), Roque de Viou à Saint-Dionisy, Triple-Levée à Beaucaire, Grand Ranc à Boucoiran-et-Nozières (Gard) au Bronze Final III B, La Liquière à Calvisson (Gard) au Premier Âge du Fer. Durant l'Âge du Fer le mode de construction domestiques e transforme progressivement sur toute une portion du Languedoc et il en résulte, de ce point de vue, deux aires : celle de la maison en torchis sur poteaux porteurs qui est en régression ; celle, en expansion, du bâtiment en dur, murs porteurs en pierres liées avec de la terre et/ou en briques de terre crue (et peut-être dans certains cas en terre banchée), et couverture en végétaux ou formée d'une couche d'argile étalée sur un lattis de branches ou de planches soutenues par des poutres. L'influence des premiers navigateurs-commerçants étrusques ou grecs est donc là très probable. Au cours du -VIè siècle, cette architecture domestique à murs porteurs va gagner l'ensemble des agglomérations côtières ou très proches du littoral du Languedoc. Durant le siècle suivant, progressivement, cette technique constructive se propage dans l'arrière-pays sur une profondeur de 50 à 60 km. Outre sur les habitats déjà concernés au -VIè siècle, elle apparaît plus ou moins tôt ou tard dans le -Vè siècle soit dans des agglomérations déjà occupées antérieurement par des maisons en matériaux périssables : La Redoute à Beaucaire, La Roche à Comps, Espeyran à Saint-Gilles, Mont-Cavalier à Nîmes, Gailhan dans le Gard ; Ensérune dans l'Hérault, Le Cayla de Mailhac dans l'Aude.

 

Les premières maisons en dur attestées dans la région nîmoise sont situées sur la frange rhodanienne de cette zone : au Marduel dès les environs de -500, à Espeyran au moins à partir de -475, à Beaucaire peut-être vers -450. Cette technique se généralise à partir de -425, et gagne vers l'Est.

La Redoute témoigne d’une occupation longue et - sauf à ses débuts - relativement continue du lieu durant les Âges du Fer et au-delà. Après la première installation d'un village à La Redoute au début du -VIIè siècle, ses sédiments sont aplanis pour établir d'autres habitations au milieu du -VIIè siècle. Une fosse appartient au début du -VIè siècle (533-500), tandis qu'un nouveau sol, avec traces de dilution d'argile, est de la fin du -VIè et du début du -Vè siècle (475-425). De puissants remblais contenant des pierres et des briques montrent la présence d'habitations en dur dans la deuxième moitié du -Vè siècle. Dans les niveaux remaniés de surface, on recueille du mobilier des –IVè au -Ier siècle.

 

L'apparition dans plusieurs cas, à mesure que se structurent les habitats de hauteur, de zones d'occupation périphériques en prise directe sur l'environnement agricole, paraît témoigner de l'accentuation de cette emprise. Citons, dès la fin du -VIè siècle, les quartiers bas se développant au pied du Marduel et de La Roche de Comps en bordure du Gardon ; au début du -Vè siècle, ceux de Nîmes, au sud de la source de La Fontaine et de Beaucaire, sous la ville moderne. Les rues du vieux Beaucaire attestent l'ancienneté de l'occupation de la plaine au Sud de La Redoute, principalement dans une zone correspondant à la moitié Ouest de la ville médiévale. Le plus ancien témoin remonte au -VIè ou au -Vè siècle (anse d'amphore étrusque, rue du Dr. Anthoine). Vient ensuite une abondante série de documents des –IIè et -Ier siècle, ne laissant aucun doute sur l'extension de l'habitat assez loin du site primitif au moins à partir de -175/-150. Plusieurs inscriptions gallo-grecques proviennent de la lisière Sud de cette zone.

 

Des traces d'occupation sont en effet à nouveau présentes en plaine : autour de Beaucaire, huit points d'occupation du territoire de la ville antique commençaient à fonctionner dès le -Ier siècle (gisements de Valescure, de Pauvre Ménage, du Mas de Mailland, du Mourillon, de Genestet, du Mas Peyrette.

Dans le cas des oppida, il semble que ce développement concerne moins les parties hautes que les quartiers suburbains, créés pour la plupart antérieurement, mais qui s'étendent et deviennent plus denses. Au début du -Ier siècle, Beaucaire, placé sur la voie Domitienne au bord du Rhône, connaît un développement important, à cette époque (richesse des nécropoles du -Ier siècle découvertes à la lisière orientale de l'habitat). L'importance de Beaucaire à l'époque romaine pourrait aussi découler de ce développement précoce de la ville, qui gérait un riche territoire au bord du Rhône. Mais la croissance de la ville est aussi directement attestée par les documents recueillis dans son sous-sol. L'habitat pré-augustéen s'étend alors, sur une dizaine d'hectares, aussi bien sur la colline du Château et de la Redoute que sur sa pente méridionale et son prolongement vers la plaine, entre le point de convergence de plusieurs routes vers le fleuve et un carrefour important (Les Cinq Coins) à l'Ouest. Sur 6 ou 7 ha au pied de la hauteur, la localité pré-augustéenne prenait place dans la zone correspondant de nos jours à la partie occidentale de la vieille ville.

 

Il n’est pas impossible d'imaginer qu'à la structure de l'oppidum-cité ait pu correspondre d'autres types de pouvoir, qui se seraient progressivement élaborés dans le cadre d'institutions municipales : sans doute le titre de τοουτιους Ναμαυσατις dont se pare Segomaros Villoneos, peut-être les Ιεμουριοι de l'inscription de Beaucaire en apportent-ils un reflet ; peut-être également la fonction de praetor, attestée après la conquête par quelques inscriptions, notamment chez les Volques, en constituent-elle une traduction, et donc une survivance (le titre de praetor a d'abord été seulement la traduction latine approximative de quelque titre indigène désignant le chef d'une touta ou d'une agglomération gauloise).

 

 

La répartition des tombes connues pour les -VIIIè-Ier siècle dans la région nîmoise est très inégale, tant sur le plan géographique que chronologique. Sur la soixantaine de sépultures actuellement identifiables, 47, soit 80%, se trouvent dans l'entourage de quatre habitats : Beaucaire (30%), Nimes (25%), Ambrussum (12%) et Nages (12%). Le phénomène tumulaire, déjà attesté dans la région au moins depuis le Bronze ancien/moyen, et sans doute antérieurement au Néolithique-Chacolithique, mais à quelques exemplaires seulement, connaît un grand développement au début du premier Âge du Fer, décline très rapidement dès le commencement du -VIè siècle (seuls quatre tumuli peuvent être rapportés avec sûreté à ce siècle) et disparaît vers les environs de -500.

Les tumuli du premier Âge du Fer des Garrigues du Gard et de l'Hérault sont presque tous antérieurs à la fin du -VIIè siècle. L'incinération occupe une place quantitativement importante dans cet ensemble, à côté d'autres modes de traitement du corps (dépôt d'une pièce osseuse unique non incinérée, dépôt secondaire après décharnement, possible dépôt primaire). Absente des très rares tumuli plus anciens, ceux de la fin du Bronze final IIIB notamment, elle concerne environ 40 % des défunts aux –VIIIè/-VIIè siècle. Elle est ensuite exclusive, semble-t-il, au -VIè siècle. La crémation, dans ce contexte culturel des tumuli, a presque toujours lieu dans un endroit différent de celui de la sépulture.

Il est très rare que des objets accompagnent le défunt sur le bûcher : jamais les armes, les outils et les ustensiles, ni les poteries. C'est seulement parfois le cas pour des pièces de parure ou d'habillement : 16,6% des tumulus à incinération seulement sont pourvus de ce type d'objets. Par ailleurs, lorsque des observations circonstanciées ont été faites, on n'a pas placé dans le tumulus une portion du bûcher funéraire, mais seulement des os brûlés prélevés sur ce bûcher.

 

Entre -650 et la fin du -VIè siècle, les seules tombes en Languedoc oriental sont des tumulus et, alors que ceux-ci se comptent par centaines, aucune nécropole en tombes plates n'a encore été découverte dans cette région. Il semble par ailleurs qu'on pratique dans ces sépultures exclusivement l'inhumation dans la deuxième moitié du -VIIè siècle. L'incinération n'apparaît qu'à partir du -VIè siècle et elle est en usage concurremment à l'inhumation. La nécropole en tombes plates de la Bergerie Hermet à Calvisson est datée des environs de -500. Elle est donc contemporaine des derniers tumulus sinon postérieure à eux. Après -500, et jusqu'au -IIIè siècle, on ne connaît pas les sépultures du Languedoc oriental.

Le grand développement des tumulus en Languedoc oriental à partir de la deuxième moitié du -VIIè siècle coïncide avec un faciès particulier de civilisation. Ce double phénomène ne saurait être interprété comme le signe d'une invasion de peuples puisque les sépultures de type tumulaire font leur apparition progressivement dans la région tout au long de l'Âge de Bronze et que le faciès de la civilisation de la deuxième moitié du -VIIè siècle, qui se dégage de celui du Bronze Final III B par des étapes intermédiaires, comporte de très larges aspects traditionnels.

Par ailleurs, les tumulus actuellement connus se répartissent tous dans la zone des Garrigues. Mais comme la nécropole en tombes plates de la Bergerie Hermet se trouve dans la même zone, on ne saurait opposer sur le plan des nécropoles un Languedoc oriental des Garrigues à un Languedoc oriental des plaines. D'autant que la civilisation des habitats, du Bronze Final III B au -VIè siècle, ne montre pas de différence essentielle entre le littoral et l'intérieur du pays, si ce n'est au niveau des influences méditerranéennes à partir des dernières décennies du -VIIè siècle.

 

Au pied de la colline du Sizen, au Nord-Ouest de la ville actuelle de Beaucaire, au Nord de la route de Nîmes dont le tracé se confond ici approximativement avec celui de l’ancienne voie protohistorique reliant Beaucaire-Ugemum à l’oppidum de Marduel (St-Bonnet du Gard), une nécropole s’est développée. Deux principales occupations ont été reconnues dans les limites de l’emprise : tout d’abord une nécropole à incinérations du IIe Âge du Fer. Elle se situe dans la moitié septentrionale de l’emprise et s’étend selon un axe ONO-ESE, sur une bande de terrain mesurant une trentaine de mètres de long sur 3 à 4 m de large en moyenne. La plus forte concentration de tombes se situe à l’Est et occupe une surface de 25 m de long sur 5 m de large à l’Est et 2,5 m de large à l’Ouest. Au Sud, certaines tombes se situent sous un niveau d’épandage. Il est donc vraisemblable qu’une partie de la nécropole ait été détruite par cet aménagement antique.

La nécropole livre 112 tombes à incinération ainsi qu’une vaste fosse, plus septentrionale, dont la nature reste encore à déterminer avec précision (absence d’os brûlés et important mobilier daté des -IIè et -Ier siècles). Bien qu’un petit secteur présente quelques traces de rubéfaction, aucune fosse bûcher n’a été mise en évidence. En surface, aucun élément d’architecture n’est conservé. Il n’est donc pas possible de définir une quelconque délimitation de l’aire funéraire, ni de déterminer la présence d’un éventuel marquage au sol des tombes. Le contour des loculi est généralement circulaire (en moyenne, 30 cm de diamètre). Les parois sont le plus souvent abruptes et la profondeur relativement faible (20 à 30 cm en moyenne). Au moins 3 catégories de dépôts sont identifiées, ce qui témoigne de pratiques funéraires distinctes. La majeure partie d’entre eux livre uniquement des vestiges osseux brûlés, parfois accompagnés d’un objet en métal. Sept fosses contiennent, associés aux restes osseux, un ou plusieurs vases brisés, souvent accompagnés de mobilier métallique (objets en bronze et en fer de type fibule et bracelet). Enfin, 20 sépultures livrent un vase ossuaire. Ce dernier est généralement maintenu à sa base à l’aide de galets chauffés. L’ouverture est souvent fermée avec soit un bloc calcaire plat chauffé, soit un volumineux galet rubéfié, soit un fragment de céramique. Au sein de la fosse, le vase est rarement accompagné de mobilier (objet métallique dans trois cas et petit vase d’accompagnement, renversé, dans un seul cas). En revanche, la présence de mobilier est fréquente à l’intérieur du vase (objet en fer ou en cuivre de type fibule ou bracelet, fusaïole en terre cuite dans un cas), presque systématiquement déposé au sommet de l’assemblage osseux. Les caractères qualitatif et quantitatif du dépôt osseux sont variables. D’une manière générale, la quantité de matière osseuse brûlée présente dans les remplissages est faible et sa fragmentation est forte. La coloration des vestiges osseux est relativement homogène (gris/bleu). Cela peut indiquer soit que les ossements ont été exposés à la même température de chauffe, soit un mode de collecte précis, en fonction de la couleur prise par les ossements au cours de la crémation. En revanche, l’extrême variabilité de la teneur en charbon au sein des remplissages de fosses indique divers modes de collecte des vestiges sur les bûchers. Tous les loculi contiennent des galets rubéfiés, certains thermofractés – sur place ou en un autre lieu – d’autres qui ne le sont pas, témoignant encore une fois de gestes funéraires variés. Par ailleurs, quelques éléments de mobilier en métal semblent avoir chauffé, ainsi que certains fragments de céramiques. Cela permet de penser que, dans certains cas, des objets accompagnant les défunts ont été déposés sur les bûchers avant d’être disposés au sein des fosses (une sépulture à arme - épée en fer, simpulum et situle en bronze, 2 amphores et 10 vases - et une autre épée et un talon de lance).

La nécropole a fonctionné durant une période relativement longue puisque les éléments les plus anciens datent du tournant des –Vè/-IVè siècles, et les plus récents de la charnière des –IIè/-Ier siècles. Quoi qu’il en soit, toutes les périodes ne sont pas également représentées et il semble que la plupart des sépultures découvertes soient attribuables à une période se situant entre les -IVè et -IIIè siècles.

 

 

En l’état actuel des connaissances, il n’est pas encore possible de définir le mode de gestion de cet espace funéraire au cours du temps. Les quelques faits identifiés permettent d’ores et déjà d’entrevoir la richesse des pratiques funéraires exercées tout au long de ses trois siècles d’occupation. Reste à définir, dans la mesure du possible, si les différents modes de dépôt observés dépendent de la période chronologique, de critères biologiques (âge, sexe…) ou encore de critères sociaux, plus délicats à identifier avec certitude.

 

La variété des types de traitement du corps en vigueur aux –VIIIè/-VIIè siècle dans le complexe tumulaire, où défunts incinérés voisinent avec morts non brûlés, en dépôt secondaire ou primaire, disparaît au -VIè siècle, cédant la place à l'unicité. Seule subsiste alors, dans les derniers tumulus, l'incinération, avec dépôt hors de tout contenant et souvent disséminés, de quelques os brûlés accompagnés d'objets qui ne sont pas passés par le bûcher.

À partir de la fin du -VIè ou du début du -Vè siècle, si l'incinération reste exclusive dans la région, durant tout le second Âge du Fer, du moins pour les individus décédés après la petite enfance, deux grands types de pratiques apparaissent :

  • le dépôt, dans un loculus creusé en pleine terre, d'un vase-ossuaire contenant quelques os humains prélevés sur le bûcher et parfois des objets de parure non brûlés. La plupart des fœtus, nouveau-nés, nourrissons et petits enfants connus sont alors inhumés dans les habitations ou à leurs abords, presque toujours sans trace perceptible de rituel funéraire, dans une petite fosse dépourvue de dispositif de couverture ou de signalement.
  • le dépôt en vrac, dans une petite fosse, d'une petite partie du bûcher, sédiment contenant des os incinérés non triés et des morceaux d'un mobilier brisé sur l’ustrinum.

 

Une telle diversité du rituel funéraire dans un même groupe humain protohistorique à une époque donnée est un phénomène couramment constaté. On le retrouve dans nombre de sociétés historiques ou traditionnelles subactuelles. Pour celles-ci, les travaux des historiens et des ethnologues mettent en avant différentes raisons, le statut social du défunt, les modalités de sa mort, les causes de son décès et l'interprétation qu'en font les survivants. En revanche, on est beaucoup plus démuni pour tenter d'expliquer les raisons d'une évolution des pratiques funéraires en l'absence de toute trace permettant de discerner un changement ethnique. La contemporanéité entre Ambrussum et les Colombes 3 au premier quart du -IIè siècle pourrait indiquer plutôt l'hypothèse de la variabilité.

 

 

Il faut attendre ensuite le Ier s. avant J.-C. pour retrouver, dans le Gard uniquement, une série relativement bien fournie de sépultures, une trentaine en tout, isolées, ou groupées en nécropoles d'ampleur variable et dont l'usage, parfois, continue au siècle suivant, aux abords des agglomérations principales, comme Nîmes et Beaucaire, ou secondaires, ou encore en milieu rural.

Entre ces deux ensembles, pour ces quatre siècles courant entre les derniers tumuli et les tombes du Ier s. avant J.-C, les sépultures attestées sont extrêmement rares : deux à Beaucaire (les Colombes 3 et 4), une à Nîmes, une à Nages et une à Sernhac (toutes dans le Gard), pour le -IIè s. Les quelques autres sépultures du IIe s. avant J.-C. connues à ce jour renouent avec le rituel en vigueur à la Bergerie Hermet et à la Cougourlude et s'éloignent de celui d’Ambrussum et de la Font de la Vie : tombes des Colombes 3 et 4 à Beaucaire (respectivement premier quart et milieu du IIe s.), d'Atila à Sernhac (second quart du IIe s.), de l'octroi de Beaucaire à Nîmes (milieu du IIe s.) et de la gare de Nages (troisième quart du IIe s.). Et de telles pratiques existent encore dans la même région dans les premières années du Ier s. avant J.-C. comme l'atteste la sépulture du Mas de Jallon à Beaucaire. Une partie des ossements du mort incinéré sur un ustrinum est prélevée et enfermée dans un vase-ossuaire : les Colombes 3, le Mas de Jallon sont les rares cas où les os ont été observés et conservés. L'ossuaire est déposé dans un loculus creusé en pleine terre, environné de vases, d'objets métalliques, armes, parures ou ustensiles divers, et d'offrandes alimentaires ne portant pas les marques d'un passage sur le bûcher funéraire.

 

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