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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Le cairn de Barnenez, dont André Malraux disait qu'il méritait, de par sa taille et son ancienneté, le nom de « Parthénon de la préhistoire » (il est parmi les plus vieux mégalithes européens, daté de -4850)

Le cairn de Barnenez, dont André Malraux disait qu'il méritait, de par sa taille et son ancienneté, le nom de « Parthénon de la préhistoire » (il est parmi les plus vieux mégalithes européens, daté de -4850)

 

Avec le radoucissement du climat, l’effet maritime atlantique du Gulf Stream est accentué et une unité climatique se met en place, du détroit de Gibraltar jusqu’à la Scandinavie méridionale. On constate alors que, lors du -VIè millénaire, des sociétés épipaléolithiques se regroupent au Danemark, en Grande-Bretagne, en France et au Portugal dans des camps semi-sédentaires (occupations de longue durée ou retours réguliers au même emplacement). L’habitat commence à prendre une réelle importance à cette époque, chaque groupe occupant une centaine de kilomètre de territoire.

Ces groupes aménagent des nécropoles en plein air qui présentent tout le long de la côte atlantique de grandes similitudes, à l’embouchure du Tage, dans le golfe du Morbihan (Höedic et Téviec) et sur les rives de la Baltique méridionale.

Cette évolution coïncide avec l’apparition à Téviec des premiers animaux domestiqués (chèvres ou moutons, et chiens) dans la seconde moitié du -VIè millénaire, alors que la céramique est encore inconnue à ce moment-là dans ces régions littorales. Il s’agit donc de cultures mésolithiques en voie de néolithisation, mais par elles-mêmes, sans l’intervention de groupes pleinement néolithisés venant coloniser les terres (premiers tessons de céramique, cardiale, au Portugal vers -5 000).

Les populations mésolithiques (du -IXè au -VIè millénaire) du littoral atlantique pratiquaient dès le début des sépultures Collectives (avec plus ou moins d’individus).

Les corps accompagnés d’un riche mobilier en coquillage et d’un petit outillage en pierre, ont été saupoudrés d’ocre rouge, tradition qui remonte au Paléolithique, et recouverts de massacres de cerfs ou d’aurochs, qui sont respectivement les symboles du renouveau (par la chute des bois qui repoussent) et de la puissance. L’un des corps a même été incinéré.

A la fin du Mésolithique, les nécropoles Collectives de Höedic et Téviec (Morbihan) présentent des corps déposés parfois dans des coffrages de pierres placés de chant, surmontés d’un petit tumulus et d’une dalle horizontale de pierre. Des pierres dressées, hautes de 1 m, accompagnaient même deux des tombes. Tant du point de vue des coutumes funéraires (sépulture Collective de quelques individus dont les ossements ont pu être manipulés) que de l’architecture même des petites chambres funéraires en pierres qui contiennent ces ossements, l’origine du mégalithisme de l’ouest de la France est locale et date du Mésolithique, donc d’avant l’arrivée des néolithiques. Les figurations des stèles décorées du Morbihan vont d’ailleurs dans le sens des derniers chasseurs-collecteurs (et un peu pasteurs) face aux premiers éleveurs-agriculteurs.

 

 

C’est en Europe de l’Ouest et plus précisément dans l’ouest de la France que se trouvent les plus anciens monuments mégalithiques (dolmens – sépultures collectives ou individuelles – et menhirs – pierres dressées).

Dans l’ouest de la France, tout comme d’ailleurs dans l’ouest de la péninsule ibérique et, un peu plus tard, en Irlande, les nouvelles sociétés vont se trouver confrontées à un problème, d’ordre plus philosophique que domestique : elles se trouvent face à l’occident, devant un immense horizon maritime difficile à maîtriser, et l’on peut imaginer leur désarroi lorsque stoppées dans leur progression depuis les confins orientaux de l’Europe, et incapables de comprendre les mécanismes réels de l’univers, elles voient chaque jour l’astre solaire, pièce centrale de leur cosmogonie, disparaître dans cet océan sans limites.

L’ensemble de ces facteurs a joué un rôle prépondérant dans la constitution des unités sociales de ces pays atlantiques, les Finistère bien nommés (Finis Terræ en latin, et Penn ar Bed en breton : Penn ar Bed ne traduit pas exactement la « fin de la terre » ; penn – tête – a le même sens et la même étymologie que cap en français et bed évoque plus le monde que la terre ; originellement, le nom signifierait donc la tête, l’extrémité sommitale du monde).

 

Les sépultures des adultes dans la culture de la céramique à décor linéaire furent en général regroupées à l’extérieur du village, dans des cimetières. Le phénomène était nouveau et se manifesta avec une certaine ampleur.

Les offrandes sont en général peu importantes et se limitent à un vase, à des pointes de flèches et à une hache polie. De l’ocre est quelquefois saupoudré sur le défunt. A la fin de cette période, vers -4 000, la sépulture de Cys-la-Commune (Aisne) fait figure d’exception en raison de la richesse de ses offrandes.

Vers -4 800, les sociétés trouvèrent nécessaire de vénérer leurs morts et de gérer les cadavres d’une autre façon : une conception nouvelle de la gestion des morts se mit en place, en s’inspirant des modes funéraires mésolithiques. Le respect des ancêtres devint une règle systématique pour les vivants. Lors de leur arrivée, les groupes néolithiques choisissaient des grottes naturelles, puis ils en créèrent des artificielles, creusées dans la roche (hypogées). Dès lors ils inventèrent de nouveaux monuments, investirent dans des constructions durables, toujours dans une volonté d’imiter les grottes. Un changement fondamental s’opéra quand il fut décidé de réunir les morts dans un même sépulcre, en construisant d’abord des tombes Collectives sous forme de petites chambres rondes couvertes d’un encorbellement en pierre sèche, ou rectangulaires et formées de dalles.

Plus leurs moyens le leur permettaient, plus ils les voulurent grandioses. Des écoles d’architectures se créèrent, des spécialistes gérèrent la construction de monuments toujours plus sophistiqués.

Le phénomène des tombes à couloir, qui sont donc des sépultures Collectives, a pris naissance dans l’ouest de l’Europe, probablement dû à l’évolution de la tombe Collective simple, c’est-à-dire à ouverture directe sur l’extérieur, sans couloir, elle-même issue de la tombe en coffre à dépôt funéraire plus ou moins Collectif, connue dès le Mésolithique, dont l’ouverture devenait difficile pour de nombreux dépôts. Ce processus a pu s’établir de manière indépendante dans plusieurs régions du littoral atlantique et interférer assez rapidement d’une région à l’autre, ce qui expliquerait que l’on trouve des dolmens à couloir dans des petits tumulus circulaires – au Portugal, en Espagne, en France – comme dans de très longs tertres – en Angleterre, au Danemark, en France – qui paraissent être une spécificité plus nordique, les longs tumulus n’étant pas connus au Portugal et dans l’ouest de l’Espagne.

 

 

Des contacts ont eu lieu entre Est et Ouest, Nord et Sud, des influences furent alors échangées. Pour autant, la zone atlantique construisit des tombes Collectives à une date plus ancienne que ne le fit la Méditerranée.

La matière première, comme celle des haches polies, s’échangeaient sur de longues distances (et en même temps qu’elle les idées), et souvent sur un rapport nord-sud reliant l’Atlantique et la Méditerranée. Les haches en pierre polie sont des objets emblématiques du Néolithique, avec des diffusions parfois massives. L’affleurement de métadolérite situé à Plussulien en Bretagne centrale a ainsi été identifié comme la source de plusieurs millions d’objets qui, entre -4 200 et -2 200, ont massivement approvisionné tout le nord-ouest de la France et essaimé jusqu’en Angleterre, en Belgique, en Alsace et dans la vallée du Rhône.

 

La façade atlantique montre une belle homogénéité et une logique d’évolution qui implique que le mégalithisme appartient à un phénomène général, bien qu’il ait pu avoir quelques originalités. Ainsi, l’Irlande est très similaire à la Bretagne (les sépultures et les décors sont très ressemblants) car les deux entretenaient des liens étroits avec la mer et étaient prospères. Des pierres pendentifs sont les copies de pointes de haches polies françaises : la Manche et la mer d’Irlande ne sont pas des obstacles, ni la mer du Nord.

Il s’agit de cultures maritimes, et comme elles naviguaient sur les rivières, elles ont forcément été en contact avec d’autres groupes d’autres sites.

Ainsi, il existait un vaste réseau commercial avec une forte intensité des échanges culturels sur toute l’Europe du Nord.

 

L’opposition entre Atlantique et Méditerranée évoque deux mouvements très différents, qui ont pu être créés sur les deux rivages et évoluer à leur façon. Il y eu pourtant des points de rencontre : à certaines périodes, les deux architectures furent contemporaines et ceux qui remontaient du sud furent en contact avec ceux du nord. La frontière, difficile à cerner, s’établirait quelque part en Dordogne et dans le Lot, sachant que des incursions ponctuelles d’une école se sont produites.

Les grands dolmens de l’Aude s’inspirent-ils de quelque idée venue de l’Atlantique ? Ce qui sera appelé plus tard l’Isthme gaulois passant par l’Aude et la Garonne, bien connu à l’époque protohistorique pour ses échanges, fonctionnait sûrement à des périodes plus anciennes.

 

Le grand arc de la Catalogne à la Provence présente la plus grande concentration de dolmens de la Méditerranée occidentale.

Tout commence par des tombes uniques en coffre entouré d’un tertre. Entre -4 500 et -4 000, quelques rares coffres contenant plusieurs individus annoncent les systèmes qui vont dominer dans les siècles suivants. Ensuite, des dolmens faits d’une chambre desservie par un couloir, abritant plusieurs défunts, apparaissent vers -4 000 en Catalogne : les coffres ont pris de l’ampleur et émergent de terre pour être visibles et plus ostentatoires. Vers -3 500, les formes se diversifient et le mégalithisme se diffuse intensément jusqu’en -2 900.

 

Les dolmens sont nombreux dans le sud de la France, notamment sur les Causses (plateaux des piémonts du Massif central), où ils furent construits au Néolithique récent (-3 500), longuement et intensément utilisés jusqu’au bronze ancien (-2 000).

Comme beaucoup de monuments mégalithiques, ils ont souvent été secondairement enfouis dans une masse de condamnation qui les recouvre pour les cacher à la vue.

Les statues-menhirs sont caractéristiques du sud de la France, datant du Néolithique final - Chalcolithique (-IIIè millénaire).

Le groupe rouergat compte la moitié des stèles, réparties sur l’Aveyron, le Tarn et l’ouest de l’Hérault, occupant une région montagneuse à une altitude moyenne de 600 m, implanté de -3 500 à -2 300 dans un milieu montagnard et forestier, déjà localement aéré par l’humain mais où les grands habitats restaient rares. Les statues-menhirs étaient érigées, sans liaison directe avec des habitats, en des points remarquables du paysage : cols, interfluves, clairières, sources, gués. Elles étaient donc placées sur des territoires qui étaient parcourus (voies de passage tels que chemins de transhumance, vallées, etc.) et étaient destinées à occuper l’espace en tant que repères, bornes voire limites. Elles assurent une protection, une défense symbolique exacerbée par le rôle emblématique de l’objet (poignard ?) qui devient alors essentiel, comme si cette protection devait être exercée par un personnage de haut rang et qui en affiche le signe.

Il s’agit de dalles peu épaisses, d’une hauteur moyenne de 1,50 m, qui figurent des personnages, dont les traits sous les yeux sont peut-être les traces de scarifications, de tatouages ou de peintures. Les statues féminines se reconnaissent à leurs seins, à leur longue chevelure et à leur collier. Les statues masculines portent un arc, une hache. Alors qu’il existe des statues-menhirs masculines qui ont été féminisées par adjonction de nouveaux attributs et disparition d’autres, l’inverse n’existe pas.

Le groupe languedocien s’étale de l’est de l’Hérault au Gard et à l’Ardèche, en majorité dans la garrigue, à faible altitude. La représentation humaine se limite au buste et parfois seulement au visage, quand ce n’est pas simplement au T que forme la ligne des sourcils avec celle du nez. Certaines statuettes sont côtelées.

Le groupe provençal compte à peine une quarantaine d’éléments, presque exclusivement dans les plaines intérieures de la Provence occidentale.

Dans les trois groupes, la plupart des stèles ont été trouvées enfouies dans le sol, associées avec des habitats et des milieux sépulcraux qui ont disparu. Seule la stèle de Montaïon (Gard) faisait partie d’un ensemble constitué d’un tas de pierres, d’une autre stèle sans décor et de trois petites dalles dressées : il s’agissait d’un lieu de culte, rassemblant plusieurs groupes de la région.

Il ne s’agit donc pas de petites communautés isolées, même si des territoires sans mégalithes les séparent. Les monuments ne se ressemblent pas tous mais montrent un air de famille et prouvent qu’il s’agit d’un ensemble homogène avec une multitude de variétés micro-régionales.

Pendant la durée du mégalithisme en Méditerranée, les hypogées seront toujours présents et parfois cohabiteront, sans que l’on sache si le choix de la sépulture provenait du social, du religieux, de collectivités différentes. Certains restes de défunts auraient même pu passer de l’un à l’autre (enterrement secondaire).

 

La Méditerranée est toujours considérée comme une voie privilégiée d’expansion de la connaissance, alors que les régions du Nord était très innovantes et connaissaient les mouvements des corps célestes et maniaient des concepts scientifiques de manière très sophistiquée. Les barbares n’avaient pas besoin de l’apport d’un Peuple autre.

Les tribus du Nord de l’Europe maintenaient des contacts entre elles et commencèrent à accumuler des richesses et à les exploiter.

De la Pologne à la France de l’Ouest en passant par l’Allemagne, le Danemark et le sud de l’Angleterre, l’Europe du Nord est couverte de longs tumulus plus ou moins trapézoïdaux, à l’image des maisons danubiennes. S’ils témoignent d’un gigantisme funéraire, beaucoup de ces tumulus ne sont pas mégalithiques dans la mesure où ils sont souvent construits en terre et qu’ils ne recouvrent qu’une tombe en fosse contenant un seul corps. Ils ne dateraient que de la fin du -Vè millénaire au Danemark et en Pologne, et seulement du -IVè millénaire en Angleterre.

Même si il y a pu avoir différents foyers primaires, tous plus ou moins influencés par la vague danubienne ou la circulation des idées (en même temps que les biens) provenant de l’ouest français, des idées communes commencent à se faire jour entre les régions et ces différents peuples (mélangés au substrat local des anciens mésolithiques). Les relations entre les différentes régions et les époques laissent entrevoir une communauté de pensée, non seulement armoricaine mais du monde atlantique européen (Communauté Européenne des Mégalithes).

Que ce soit à travers les Pyrénées et le long de la côte méditerranéenne, par monts et par vaux ou sur les flots, sans cesse des idées circulèrent et se propagèrent : dans de petits villages, un humain eut l’idée d’un nouveau monument, une petite variante ou un changement radical. Beaucoup de nouveaux concepts n’eurent pas de succès, certains feront date et des milliers de kilomètres.

Le mégalithisme est avant tout la diffusion d’une idée témoignant de systèmes sociaux très structurés.