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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Göbekli Tepe modélisé par http://ngm.nationalgeographic.com/2011/06/gobekli-tepe/mann-text

Göbekli Tepe modélisé par http://ngm.nationalgeographic.com/2011/06/gobekli-tepe/mann-text

 

En haute Mésopotamie, le passage du chasseur et collecteur nomade de l’âge Paléolithique au paysan sédentaire du Néolithique se fait plus tôt que dans d’autres régions. Il est étonnant toutefois que ces évènements ne résultent pas d’une évolution graduelle à partir de débuts modestes. Le mode de vie sédentaire du paysan trouve ses origines dans des espaces construits, mégalithiques et monumentaux, de nature et de dimensions insoupçonnées. On imaginait nos ancêtres d’alors nomadisant dans une nature hostile par petits groupes de dix ou quinze, voici qu’on les découvre organisés en société puissante, maîtrisant les grands travaux ! Toutefois, ces constructions anciennes ne furent pas érigées pour la vie quotidienne, leur fonction étant plutôt à chercher au sein de la sphère spirituelle.

 

Ce sont les sites de l’Anatolie du Sud-Est qui ont livré pour l’ensemble de la Turquie les phases les plus anciennes de la néolithisation (en rapport à ses débuts avec celles du Proche-Orient, du Levant au nord de la Syrie et de l’Irak), entre -10 000 et -8 000.

Les premiers habitats sont de simples huttes circulaires à soubassements de pierre, auxquels se trouve associé un sanctuaire en rapport avec le culte de l’aurochs qu’accompagnent d’autres êtres vivants (carnassiers, capridés et serpents).

 

Les établissements se multiplient. Ils sont devenus trop nombreux pour subsister uniquement grâce à la chasse (les grands troupeaux ont été décimés) et à la collecte (le milieu naturel s’est épuisé), ceci entraînant des tensions insolvables entre les groupes et leurs « propriétés » de survie (c’est ma chasse gardée, c’est mon espace de céréales).

Le territoire économiquement exploité par un groupe était donc rigoureusement limité. Chacun de ces territoires possédait de l’eau, du bois, du gibier et des fruits comestibles en abondance. Cependant, toutes ces richesses ne pouvaient assurer une vie séculaire étant donné les dimensions et l’isolation des territoires par rapport aux autres groupes. Ces communautés humaines ne pouvaient donc pas assurer leur existence en usant des ressources naturelles de manière élémentaire sans aucun contrôle, mais seulement en établissant un système économique et socioculturel nouveau.

Ce nouveau système se forma progressivement et avec lui une nouvelle culture.

 

Göbekli Tepe (la Montagne du Nombril, vers le -Xè millénaire), dans la région d’Urfa (sud-est de la Turquie), est une colline imposante, haute de 15 m, qui ne se trouve pas (comme c’est le cas d’autres tells habités de cette époque) dans la plaine ou dans la partie inondable d’une vallée, mais au point le plus élevé d’une chaîne montagneuse dominant le paysage, à la quasi jonction du Tigre et de l’Euphrate. Ce centre cultuel, bien visible, et de loin, attirait alors les pèlerins à 100 ou 200 km à la ronde.

Les espaces circulaires mégalithiques avec piliers monolithiques, souvent ornés de reliefs et pouvant atteindre plus de 4 m de hauteur, sont les plus fréquents. Ces piliers sont, comme à Nevali Çori, en forme de T, ce qui suggère une figure anthropomorphe et leur donne une signification correspondante (de personnages stylisés). Souvent, les piliers sont pourvus de reliefs qui représentent des lions – animaux de domination, masculins, liés au soleil –, des taureaux – animaux reproducteurs, féminins, liés à la Lune –, des sangliers – animaux forts/courageux et savants –, des renards – la ruse négative -, des onagres (âne sauvage) – animaux humbles et doux, porteurs de la sagesse suprême –, des canards – animaux de couples, érotiques – et des grues – animaux vigilants qui ne se fatiguent jamais et qui exterminent les serpents – animaux du chaos originel, opposés en tout, jour/nuit, bien/mal, vie/mort, féminin/masculin. Ainsi, le symbolisme animal reflète non pas les animaux eux-mêmes, mais l’idée que s’en fait l’humain et, en définitive (clairement exprimé par la suite), l’idée qu’il se fait de lui-même ! La symbolique animale élève à un niveau initiatique où le symbolisme prend toute sa valeur et atteint sa réelle mission, poétique, créatrice. Ces animaux sauvages, souvent redoutables, sont enfermés dans un lieu clos, gravés dans la pierre, façon pour les proto-néolithiques de les « domestiquer », en tout cas de la assujettir !

L'humain, qui commencera bientôt à s'auto-figurer de manière récurrente et imposante, s'accorde déjà une place éminente, traduction d'une prise de conscience de sa capacité à dominer ce qui l'entoure

Des sculptures d’animaux et d’humains de grand format faisaient aussi partie de la décoration de ces espaces, témoignages d’image aussi importants que l’art européen de la période glaciaire. Mais, contrairement aux paléolithiques européens  utilisant pour leur lieu de culte un espace naturel (également avec un bestiaire iconographique abondant), au Proche-Orient, le lieu cérémoniel est bâti de main d'humain !

Les pierres, à l’origine isolées, ont été reliées par un mur. Ces cercles de pierres immenses de 20 m, ont deux colonnes jumelles au centre. Elles représentent un couple conceptuel.

Petit à petit les architectes ajoutent d’autres murs d’enceinte avec des passages secrets et des espaces vides. Ce n’est plus un lieu pour les vivants mais pour les morts, d’où l’hermétisme des lieux. Il s’agit alors d’un cimetière colossal du Néolithique relativement sédentarisé, mais sans domestication, ni végétale ni animale.

 

L’érection de tels espaces nécessite un grand nombre de personnes : les piliers monolithiques pesant parfois plus de 50 tonnes ont été extraits de carrières situées autour du Göbekli Tepe et transportés sur une distance de 100 à 500 m jusqu’à leur emplacement au sien des espaces circulaires. Ils témoignent d’un pouvoir social capable d’exiger un tel rendement : pour ériger cette centaine de piliers, répartis dans une quinzaine d’enceintes, il a fallu des centaines d’humains pour le construire, et les travaux ont duré de trois à cinq siècles ! Cela ne put marcher que grâce à la collaboration de plusieurs tribus ou clans.

Les groupes ont initié une véritable division du travail entre sculpteurs et maçons (les artistes), chasseurs et récolteurs (les cantiniers pour assurer les repas après de grosses journées de travail laborieux : ils ont chassé et collecté à une échelle sans précédent les vastes étendues de céréales sauvages à proximité, pour la construction proprement dite, puis pour les grandes fêtes cérémonielles et leurs banquets).

 

Durant les phases les plus anciennes, la stratégie de subsistance des habitants du Göbekli Tepe reposait encore entièrement sur la chasse d’animaux sauvages et la collecte de plantes. A cette époque, la construction des espaces monumentaux était donc assurée par des groupes humains qui, vu le nombre de personnes nécessaires et les moyens de subsistance à leur disposition, étaient à peine en mesure de vivre de manière stable en ce lieu.

En prenant en considération les structures de pouvoir que l’on devine à travers ces constructions, il y avait là des rassemblements rituels de chasseurs, qui furent aussi une des causes de la naissance de nouvelles habitudes de vie basées sur la production d’aliments. Ainsi, le développement de la spiritualité (voire d’une forme plus organisée, de religiosité) a pu pousser les humains à se regrouper pour vivre et célébrer les rites en société. Ce qui entraînera le passage de la prédation à la production, pour nourrir tout ce grand monde. Pour l’instant, une partie du groupe se contente de collecter les fruits des pistachiers et des amandiers, tout en surveillant les champs de graminées sauvages, qu’ils protègent des ruminants sauvages en les clôturant : les humains collecteurs s’approprient l’espace en le délimitant pour leur propre survie alimentaire.

En effet le Göbekli Tepe, datant des -Xè et -IXè millénaires, se place sur le plan chronologique juste avant l’introduction des premières plantes utiles (diverses céréales surtout), c’est-à-dire avant les débuts de la paysannerie. Les groupes d’humains rassemblés sur le Göbekli Tepe pour leurs « réunions olympiennes », c’est-à-dire dans un même lieu et pour un certain laps de temps, commencèrent à exploiter, de manière plus intensive que d’habitude, une source alimentaire qu’ils connaissaient depuis longtemps, à savoir les céréales sauvages.

 

Ces sociétés évoluent et tirent parti d’une situation d’abondance des ressources et il y a intensification ou exploitation intensive des ressources. Dans ce cas la question de la production de surplus est à envisager : l’idéal serait de pouvoir préciser s’ils sont produits à certains moments de l’année, s’ils sont destinés à parer aux risques de soudure saisonniers, et à compenser ainsi des discontinuités d’approvisionnement, dans l’objectif de garantir ainsi la reproduction d’un type de système de subsistance. Ces surplus sont-ils encore destinés à être redistribués (et sous quelle forme ?) dans le but principal d’entretenir des réseaux de relations sociales, les donateurs s’assurant une sécurité pour l’avenir et d’un prestige social et politique dans le présent ? Il semble que ce soit ici le cas, avec la redistribution des surplus aux ouvriers constructeurs du Göbekli Tepe : la surproduction annuelle servit ici à ériger des monuments, en dur, pour marquer la capacité d’organisation et de gestion du milieu de quelques groupes, se Fédérant autant pour s’auto-glorifier et se créer une identité tribale (entité supérieure car surdimensionnée, au-delà de celle du groupe simple) que pour durablement marquer leur empreinte dans un paysage changeant.

 

Dans le plus ancien des sites, la communauté qui y vivait comportait trois à quatre familles biologiques, c'est-à-dire au plus une vingtaine de membres. Ce chiffre est en accord aussi bien avec les dimensions de l’espace habité qu’avec le mode de vie traditionnel. Cet accord a cependant provoqué un immobilisme économique et social qui fait que la phase la plus ancienne ne manifeste pas de phénomènes qui la différencieraient essentiellement des cultures mésolithiques contemporaines. En cela, Göbekli Tepe a servi de régulateur de conflits, en regroupant, autour de lui et d’une spiritualité identitaire organisée, des clans qui commençaient sérieusement à se disputer pour leur survie. Le concept d’un principe supérieur, surnaturel, transcendant, l’idée d’une entité/ « divinité » protectrice est le produit de sociétés complexes devant la nécessité d’assurer leur cohésion, et un temps encore sera marqué dans ces sociétés avant que le concept de la divinité y prenne forme humaine.

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