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Publié par Collectif des 12 Singes

L'Alsace et ses régions naturelles

L'Alsace et ses régions naturelles

 

Cet article est une ébauche pour intéresser de la famille Elsässer à la préhistoire de notre région.

Pour l’instant nous sommes concentrés sur nos synthèses concernant le Languedoc-Roussillon à travers les âges, quand ce sera fini nous passerons à cet autre carrefour des populations qu’est l’ensemble Alsace-Rhin.

 

 

 

Il y a 1,4 millions d’années, des galets aménagés à Lézignan-la-Cèbe (Hérault) donnent la plus ancienne preuve de présence humaine sur le sol français. Il s’agissait d’Homo antecessor/erectus, qui se sont installés dans les parties méridionales européennes, tempérées (Kozarnika en Bulgarie à la même époque, Atapuerca en Espagne il y a 1,2 million d'années).

Les premiers ensembles lithiques clairement identifiés en Europe comportent essentiellement des éclats et des galets ou blocs taillés, parfois associés à quelques bifaces et quelques éclats retouchés (transformés en outils plus spécialisés par de petits enlèvements sur les bords).

 

Vers -1 200 000 débute la glaciation de Günz, première glaciation de l'ère quaternaire (époque du Pléistocène) qui s'est étendue jusque vers -700 000 environ. Après l’invention d’outils en pierre et en bois, la maîtrise du feu vers -800 000 est une seconde étape capitale dans l’histoire de l’humanité par ses implications techniques (éclairage, chaleur, cuisson des aliments, etc.) et sociales. La technique par percussion consistait à percuter une roche siliceuse (silex, quartz) contre un minerai de fer (sulfure de fer, pyrite ou marcassite). Cette action permettait l’obtention d’étincelles pour embraser des variétés de champignons (amadou) ou des végétaux séchés (mousse, écorce, paille). Le "foyer" va devenir au cours de l’évolution un élément structurant majeur dans les habitats. La maîtrise du feu semble être due à cet Homo, avec des vestiges dans les grottes de l’Aldène dans l’Hérault et de l’Escale à Saint-Estève-Janson à 22 km au Nord d'Aix-en-Provence, limitée au Sud par le piedmont de la Chaîne des Côtes et au Nord par la Durance (présence de foyers en six endroits différents sur les couches B et G). Cette maîtrise du feu va dès lors permettre de coloniser les territoires nordiques.

 

 

Le site de Lowestoft dans le Suffolk (Est de l’Angleterre), daté de -700 000, présente des restes humains potentiellement à cheval entre Homo antecessor et Homo heidelbergensis. En effet, selon les dernières recherches phylogénétiques, Homo heidelbergensis résulterait d'une évolution depuis Homo antecessor ayant disparu d'Europe il y a environ 700 000 ans.

Il existe peu de traces du Paléolithique inférieur au Nord de la Loire, cependant à la faveur de phases interglaciaires, des incursions puis un peuplement continu ont eu lieu vers -700 000, avec le développement d'une nouvelle culture : l'Acheuléen (Saint-Acheul près d'Amiens dans la Somme) et le célèbre biface d'Homo heidelbergensis trouvé à Menchecourt-les-Abbeville.

À l’Est, des signes d'occupation humaine datent de la même époque : de l’industrie très archaïque sur galets découverte sur les hautes terrasses alluviales de la Moselle au Sud de Nancy, dans la vallée supérieure de la Saône, le versant Sud des Vosges, la Trouée de Belfort, la bordure occidentale et les premiers plateaux du Jura. L’Alsace attendra encore 100 000 ans !

 

 

Vers -600 000 débute le stade interglaciaire Günz-Mindel. Les économies de subsistances des Hommes préhistoriques sont en étroite relation avec les paléoenvironnements. Ainsi, les facteurs climatiques sont prépondérants dans les activités et les modes d'occupation des territoires par les groupes humains paléolithiques.

Homo heidelbergensis a vécu en Europe au Pléistocène moyen, entre environ -600 000 et -200 000. Ses restes ont été trouvés au Mauer, au Sud-Est de Heidelberg, dans la région allemande de Bade-Wurtemberg. Si on le compare à Homo antecessor qui l'a précédé, Homo heidelbergensis présente les caractéristiques suivantes :

  • un cerveau plus volumineux (environ 1 200 cm³) et plus large vers les tempes au lieu de l'être à la base ;
  • un front plus élevé ;
  • une silhouette plus élancée (la taille des individus pouvait atteindre environ 1,70 m pour les hommes et 1,60 m pour les femmes) ;
  • des arcades sourcilières moins fortes ;
  • une mâchoire moins allongée (mais encore plus robuste que chez le futur Homo sapiens) ; des dents plus petites.

 

Il est probable qu'Homo heidelbergensis se nourrissait surtout de viande acquise par la chasse. Les marques de découpe visibles sur les ossements d'animaux découverts dans les sites qu'il a occupés indiquent qu'il les raclait pour en retirer la viande. Il était capable de venir à bout du gros gibier, par exemple les chevaux (site de Schöningen, Allemagne) et le rhinocéros (site de Boxgrove, Angleterre). Il fabriquait avec soin des épieux à lancer qui atteignaient jusqu'à 2,50 m de long ainsi que des outils en silex. Entre outre, il serait le premier hominidé à avoir utilisé des lances à pointes en pierre taillée.

Certains fragments osseux étaient aussi utilisés comme outils de percussion (retouchoirs) pour la fabrication d'outils en silex.

Le développement de ses capacités culturelles fait supposer qu'Homo heidelbergensis possédait déjà un langage rudimentaire.

Les archéologues ont découvert des traces de mutilation et de calcination sur des os de cette espèce, ce qui pourrait indiquer la pratique du cannibalisme ou peut-être un rite funéraire.

 

En comparaison à d’autres régions de France et d’Allemagne, l’Alsace du Paléolithique semble n’être qu’une terre de passage de tribus de chasseurs-cueilleurs nomades, vu la qualité médiocre de son climat et de ses sols particulièrement marécageux (l’Ill et le Rhin faisaient, de la dépression entre Vosges et Forêt Noire, un vaste marécage inhospitalier). Pourtant, les premières traces d’occupation humaine à Strasbourg et ses alentours remontent à -600 000, comme pour la Lorraine (principalement sur les couloirs alluviaux des rivières de la Meuse et de la Moselle), et le Sud Alsace avec le Sundgau.

Neuf kilomètres à l'Ouest de Strasbourg et douze kilomètres à l'Ouest du Rhin actuel, dans les sous-collines des Vosges, se situe une des plus importantes stratigraphies de lœss d'Europe. Les niveaux du bas sont constitués par les graviers du Rhin et de ses affluents. On peut estimer l'âge de la plus ancienne strate (strate 30), formée d'alluvions et graviers du Rhin, à un âge d'environ 600 000 ans. Dans les carrières de briques de ce village du Bas-Rhin (arrondissement de Strasbourg et canton de Mundolsheim), près de la Bruche et de la route de Flexbourg à Strasbourg liant les Vosges à la plaine du Rhin, des restes d’ossements préhistoriques d’un mammouth, d’un cerf gigantesque, d’un cheval de Mosbach, d’aurochs, d'hippopotame, de rhinocéros étrusque et d’Ursus Deningeri (faune de type Mauer) étaient associés aux outils lithiques.

Au Nord du "Mühlbach" de Achenheim se trouve l'ancienne sablière "Gold", plus au Nord en direction d'Oberschaeffolsheim, se trouve la carrière "Matériaux de Construction" et au Sud, le long de la rue de Hangenbieten, la lœssière Jeuch-Wellau. Mais la presque totalité des trouvailles provient des lœssières Sundhauser, Hurst et A. Schäfer, qui forment aujourd'hui une lœssière de grande extension. Le nombre total d'éclats et outils paléolithiques remaniés recensés était proche de 700 artefacts dans les lœssières de Hangenbieten-Sundhauser et Achenheim-Hurst.

Les strates 30 à 20b s’étalent de l’interglaciaire Günz-Mindel d’environ -600 000 à la fin de la période glaciaire de Mindel (-300 000). Des 7 couches archéologiques proviennent 64 artefacts où dominent les galets aménagés (50% de l'outillage). Les choppers (outil façonné sur galet ou sur bloc anguleux, dégageant un tranchant rectiligne ou plus ou moins sinueux et généralement partiel) sont quatre fois plus nombreux que les chopping-tools (galet taillé assez peu modifié, présentant des enlèvements sur deux faces d'un même tranchant). Parmi les 20 outils, on compte aussi 5 racloirs sur éclat. Remarquables sont 3 racloirs sur débris ou sur galet. Deux unifaces complètent le spectre de l'outillage. Les éclats sont frustes et ne sont pas préparés. Seuls deux éclats sont proto-Levallois (vers -400 000).

D'âge mindélien, le galet retouché ou chopper d’Achenheim se place parmi les plus anciens outils préhistoriques d'Alsace. On compte notamment dans la lœssière d’Hangenbieten-Sundhauser un galet de quartz blanc fracturé selon son axe médian qui présente une arête émoussée sur sa face place, avec retouches d'utilisation (outil occasionnel ?), un outil atypique de forme ovalaire en grauwacke, présentant quelques retouches bifaciales avec traces de percussion, ainsi qu’un fragment d'os long, vraisemblablement utilisé comme "compresseur" pour le travail de la pierre. Un galet aménagé sur un galet de quartzite, de forme ovalaire, présentant sur son bord le plus long deux enlèvements juxtaposés de façon à obtenir un bord aminci au profil concave a également été trouvé. Cet outil se trouvait inclus dans un banc de glaise grisâtre s'intercalant dans un vaste dépôt de sable gris rhénan très fin, exempt d'éléments caillouteux et constituant le socle de la très vieille terrasse de Hangenbieten. Découvert dans le lœss ancien inférieur, un uniface travaillé sur un large éclat de galet en grauwacke est un outil exceptionnel, tant par ses proportions que par sa technique de fabrication. Cette pièce, au contour en amande, présente dans sa partie supérieure (face bombée du galet), de larges enlèvements envahissants, asymétriques, destinés à amincir les bords latéraux et à obtenir une arête tranchante plus ou moins régulière. Sur la face d'éclatement, une petite dépression située dans la partie centrale du bord gauche montre que le galet a été fractionné transversalement par un coup de percuteur violent. La partie proximale droite présente une réserve corticale du galet, aménagée pour la préhension. Quelques traces d'utilisation sur les bords tranchants indiquent que l'outil a servi à couper.

 

Hochfelden, chef-lieu de la communauté de communes du Pays de la Zorn, a livré un biface cordiforme travaillé dans un bloc de silex blond, zoné de brun. Le territoire de Hochfelden est situé sur le champ de fracture de Saverne ; ceci fait que son relief se caractérise par les vallonnements des collines sous-vosgiennes.

Burbach, dans l’arrondissement de Saverne et le canton de Drulingen, est un important gisement attestant, à l'époque interglaciaire, la présence en ce lieu et dans la vallée de la Sarre de rhinocéros, d'hippopotames, d'éléphants et d'Homo heidelbergensis. L’abri entre roches a livré un outillage d’os acheuléen ou préacheuléen. Située à environ 50 kilomètres au Nord-Ouest de Strasbourg, la zone est traversée par la Zorn, à une position stratégique près du col de Saverne, un des passages naturels du plateau lorrain à la plaine d'Alsace à travers les Vosges (à cet endroit l'escarpement de la faille vosgienne y est le moins élevé ; le col permet de contrôler la voie reliant Metz à Strasbourg et c'est, avec la trouée de Belfort, le principal axe de franchissement du massif vosgien).

Drulingen, entre les vallées de la Sarre et de l'Eichel, est habité dès le Paléolithique comme en témoignent les seebs, sorte de cratères artificiels servant d'abri.

Altwiller, dans le canton de Sarre-Union, a livré à 2 km au Nord-Ouest de la source de Bonnefontaine (sur le passage de la route du sel : puits salants en Lorraine près de Moyenmoutier dans les Vosges, qu’on traverse au Col du Hantz pour passer par le Val de Villé vers l’Allemagne et la Suisse) un biface ovalaire à talon aminci. L'outil, bien élaboré, est taillé au percuteur dur à partir d'un galet de quartzite de couleur gris-brun. Les retouches sont envahissantes sur le côté supérieur et les bords sont vifs, très coupants.

Goersdorf, dans l’arrondissement de Wissembourg et du Parc naturel régional des Vosges du Nord, a livré un biface triangulaire travaillé dans une roche volcanique granuleuse noire.

Toujours dans le Bas-Rhin, un biface pédonculé déterminant un bord sinueux régulier a été découvert (attribué à Schiltigheim mais absence totale de contexte stratigraphique potentiel dans ce secteur). Travaillé dans un bloc de silex gris de grande taille, ce biface présente une patine d'une couleur uniformément brun-jaune, avec traces d'oxyde de fer.

Aux confins de la Lorraine orientale, le Pays de Bitche est limitrophe au Sud de l'Alsace Bossue, à l'Est de la partie alsacienne des Vosges du Nord, au Nord du Palatinat allemand tandis qu'à l'Ouest il est réuni au reste de la Lorraine par un étroit couloir de cinq kilomètres de large. Le pays découvert est un plateau variant de 200 à plus de 450 mètres, fortement morcelé par des vallées nombreuses, profondes et très ramifiées, et hérissées de barres et de pointements rocheux ruiniformes, offrant un paysage pittoresque. Le village de Rimling s'est développé au pied de la côte du Muschelkalk, à une altitude comprise entre 281 m et 392 m à proximité des sources de ruisselets qui se jettent dans la Bickenalbe. Sur son territoire, le plus riche et le plus important du Pays de Bitche et de tout l'Est Mosellan en vestiges archéologiques, des sites du Paléolithique inférieur et moyen ont été découverts. Homo heidelbergensis puis Neandertal ont taillé sur les sites de Kleinwald et au Sud du Buchenbusch des galets aménagés, nucléus, racloirs en quartz et quartzite, racloirs et produits Levallois (pointes, nucléus, éclats) en silex local du Muschelkalk. Des galets aménagés ont également été découverts à Haspelschiedt (Goret) et Erching. Obergailbach a livré une industrie sur quartz et quartzite, sur silex du Muschelkalk et sur calcédoine locale (racloir à retouche bifaciale), avec débitage Levallois effectué par Neandertal (paléolithique moyen).

Zellwiller est situé sur un plateau peu élevé dans les prairies du Ried, sur les bords du plateau dominant le Bruch de l'Andlau, à 4 km au Sud de Barr (arrondissement de Sélestat-Erstein, canton d’Obernai). La grotte de Notre Dame de Lourdes a livré un pic tétraédique travaillé sur un galet en quartz. Le gisement se trouve au centre de l'Alsace, à 20 km au Nord de Colmar et 50 km au Sud de Strasbourg, sur la rive gauche de l'Ill. À proximité du massif vosgien, Sainte Marie-aux-Mines offre un accès à la Lorraine en rejoignant Saint-Dié-des-Vosges, à 50 km à l'Ouest de Sélestat. En outre, une vingtaine de kilomètres vers l'Est suffit à atteindre le Rhin et la frontière avec l'Allemagne.

Dans le Sud de l’Alsace, une série de galets aménagés a été découverte dans le Sundgau et les régions avoisinantes. La grotte du Mannlefelsen, située sur le territoire de la commune d'Oberlarg (arrondissement d’Altkirch, canton de Ferrette), est l'une des rares grottes repérées en Alsace (elle est creusée dans les premiers contreforts calcaires du massif du Jura, la vallée de la Largue). Un biface cordiforme, à section épaisse et asymétrique, est travaillé dans un bloc de calcaire gréseux à filonnets pegmatiques. Trouvée à proximité de la source de la Largue, cette pièce, d'allure très fruste, est de l'Acheuléen moyen. À l'Est des Ebourbettes (à quelques pas du Jura suisse, à 10 km de Porrentruy) se trouve le point d'intersection des bassins versants de l'Ill (Largue), de la Birse (Lucelle) et du Rhône (Allaine).

On notera également la découverte d’un chopper en quartzite à Raedersdorf, à rapprocher d’un objet analogue découvert à un kilomètre et demi de là à Ritti (Sondersdorf). On peut penser à un atelier de taille de silex sur ce site. Un biface a également été découvert près du village d'Hirtzbach ("Hirsch" pour le cerf, gibier jadis abondant même dans nos forêts de plaine, bien plus vastes que maintenant), en plein cœur du Sundgau (à 5 km au Sud-Ouest d'Altkirch - direction Ferrette ; à 35 km de Belfort ; à 40 km de Bâle et de la Suisse ; à 45 km de l'Allemagne ; à 65 km de Colmar et des Vosges). Découvert au carrefour des routes de Fölleren et Carspach, ce biface sub-cordiforme en quartzite rubané (zones brun moyen à brun foncé) est parfaitement taillé à grands enlèvements sur les deux faces, puis affiné par une série de retouches partielles. Ce biface présente alors un tranchant pratiquement rectiligne. Un autre chopper, sur galet aménagé de métaquartzite, a également été identifié à une vingtaine de kilomètres au Nord, à Walheim.

La rareté des indices laissés dans le Sundgau est certainement à mettre sur le compte de la rareté des grottes du fait de la structure géologique.

 

 

Vers -500 000 débute la glaciation de Mindel (Mindel I). C'est au tout début de cette glaciation que la mégafaune a été la plus riche en Russie et qu'arrivent en Europe de l'Ouest de nombreux grands animaux qui domineront les paysages durant des milliers d'années. Le maximum de cette glaciation s'étendit jusqu'au Sud des villes de Dresde et Erfurt, au Nord du massif du Harz et jusqu'à la côte de la mer du Nord suivant la "ligne Feuerstein".

Les industries à galets aménagés sont progressivement remplacées, peut-être lors d’une deuxième vague de peuplement, par des industries acheuléennes à bifaces et hachereaux nettement plus nombreux : on en trouve la trace, entre -500 et -300 000 ans, dans les sites de Torre in Pietra, Castel di Guido, Fontana Ranuccio, Venosa (Italie) ; de Pinedo, Aridos, Torralba, Ambrona, Atapuerca (Espagne) ; de Terra Amata, Tautavel et Orgnac 3 dans le Sud, Cagny dans la Somme (France) ; de Swanscombe, Hoxne (Angleterre) ; de Kärlich (100 km au Sud-Est de Bonn), Schöningen (150 km au Sud-Ouest de Berlin), Bilzingsleben (250 km au Sud-Ouest de Berlin).

Les premiers humains qui parcourent l’Ouest des Vosges sont arrivés entre -500 000 et -400 000. Ces Homo heidelbergensis suivaient les cours d’eau et les vallées encaissées à la recherche de gibiers, de matière première pour fabriquer des outils (galets de quartzite) et de refuges dans les abris-sous-roche.

Il est à noter que dans le Rhône-Alpes, reliant le Sud au Nord de la France "fortement" humanisés, l’Homo n’apparaît que vers -400 000. À partir de ses implantations méridionales, Homo antecessor serait donc monté vers le Nord plutôt par la façade atlantique, avant que Homo heidelbergensis ne conquiert l’intérieur des terres en étau par le Sud/Nord et l’Ouest.

En réalité, en raison des grandes variations climatiques dues aux glaciations Mindel, Riss et Würm, la région située entre les Alpes et le Main (affluent allemand de la rive droite du Rhin) n'était pas habitée en permanence. D’ailleurs, les glaciations alpines ont toutes le nom d'un tributaire du Danube, issu de la région préalpine au Sud de l'Allemagne et qui coule entre ces deux éléments. Leur définition repose sur les observations des conséquences géologiques de la baisse importante des températures moyennes sur une longue période (nappe fluvio-glaciaire, moraines) dans le massif alpin.

 

Vers -450 000 commence l’interstade Mindel I avec un net réchauffement.

De nombreux vestiges apparaissent alors dans le Nord du canton de Bâle, surtout dans les vallées de la Birse et de ses affluents, où les glaciers se sont retirés assez tôt. Le coup-de-poing en silex de la Hohli Gass, pièce isolée taillée dans une pierre provenant de Lausen (district de Liestal, vallée de l'Ergolz : affluent de la rive gauche du Rhin, l'Ergolz, soit "rivière aux truites" en langue celtique, prend sa source à Schafmatt à 930 m, dans le Jura plissé. Avec ses affluents, il subdivise le Jura tabulaire et se jette dans le Rhin près d'Augst, à 260 m. La vallée, avec les cols adjacents du Jura - Hauenstein, Schafmatt - est une importante voie de communication vers le Sud), est un chopper des environs de -450 000. Cet outil découvert à Riehen, près de Pratteln, est le plus ancien trouvé en Suisse.

 

Vers -400 000 débute la glaciation de Mindel II. Les premiers éclats "proto-Levallois" apparaissent.

La pratique de la chasse a pu être démontrée pour Homo heidelbergensis grâce à la mise au jour d’épieux en bois travaillés (avec utilisation du feu pour durcir les pointes), notamment à Schöningen en Basse-Saxe allemande : quatre anciennes lances en bois ont en effet été trouvées dans une mine à ciel ouvert à proximité de la ville. Trois d'entre elles ont probablement été fabriqués comme des armes à projectiles, parce que le poids et la pointe effilée est à l'avant de la lance, la faisant voler en ligne droite comme un javelot moderne. La quatrième lance est plus courte avec des points aux deux extrémités et est considérée comme une lance d'estoc ou un bâton de jet. Ils ont été trouvés en association avec les restes d'environ 20 chevaux sauvages, dont les os contiennent de nombreuses marques de boucherie, dont un bassin qui avait encore une lance fichée en lui.

Les lances sont vieilles d'environ 400 000 ans, ce qui en fait les armes et les objets en bois les plus anciens jamais trouvés. Même si le charognage a pu jouer un rôle important, dès cette époque les espèces chassées sont très variées, leur taille pouvant aller de celle du lapin à celle du mammouth.

 

Une dent d'enfant datant de 400 000 ans a été découverte à Vergranne, entre Belfort et Besançon.

 

En Thuringe, on note des traces de peuplement de la région à partir de -370 000 (interglaciaire Reinsdorf) par "Homo erectus bilzingslebensis". C’est à cette époque que les premiers foyers aménagés avec des galets en cercle apparaissent, notamment dans le site de Bilzingsleben (250 km au Sud-Ouest de Berlin) et à Lunel-Viel au Mas des Caves (Hérault), dont les aménagements sont antérieurs, datés de -400 000 environ.

Le site lacustre de Bilzingsleben est situé sur la frontière Nord de la cuvette de Thuringe (Becken), une zone formée de pierre triasique Keuper. En raison d'une ligne de faille hercynienne locale (Finne-Störung), il y a de nombreux puits dans la région. Au Nord de Bilzingsleben sont les montagnes de Kyffhäuser, Hainleite et Schmücke qui se composent de grès et de dépôts de calcaire.

Les mollusques témoignent d'un climat plus chaud et plus humide qu'aujourd'hui : la température moyenne annuelle était de 9° à 13°C, les précipitations annuelles de 800 mm. Le climat est méditerranéen sous-continental avec une végétation riche en espèces de forêts (chêne et hêtre), comme on en trouve dans les régions du Nord de la Méditerranée aujourd'hui. Ce milieu semi-ouvert était parsemé de buissons et de prairies steppiques ouvertes. Dans cet environnement vivaient de grands herbivores. Ce réservoir inépuisable de nourriture était également fréquenté par les grands prédateurs tels que le lion des cavernes, l'ours et le loup.

Parmi les 3 000 kg d'os d'animaux fracturé, on recense 54 espèces d'animaux : 35 espèces de mammifères, six espèces d'oiseaux, trois de reptiles, trois d’amphibiens et cinq sortes de poissons. On compte surtout du gibier géant : rhinocéros (Dicerorhinus kirchbergensis, Dicerorhinus hemitoechus) (27%) et tout aussi fréquents sont les cervidés (cerf élaphe Cervus elaphus, daim Dama dama, cerf géant Megaloceros sp.), bovidés (aurochs Bos primigenius et bisons d'Europe des steppes Bison priscus), équidés (Equus sp.), des éléphants à défenses droites (éléphant antique) ; moins fréquents sont les restes de chevreuil (Capreolus suessenbornensis), sanglier (Sus scrofa), lion des cavernes (Panthera leo spelaea), loup (Canis lupus), ours (Ursus spelaeus-deningeri), renard (Vulpes vulpes), macaque (Macaca Sylvana), blaireau (Meles meles), chat sauvage (Felis silvestris). Parmi le petit gibier, les castors (Trogontherium Cuvier) ont été chassés (16%). Les animaux des bois prédominent, mais il y a des espèces qui préfèrent les habitats plus ouverts, comme le rhinocéros, le cheval et le bison. Les Heidelbergensis récoltaient également du miel sauvage, de la résine, des noix, des baies et des écorces (espèces avec des parties comestibles : chêne, noisetier, tilleul, pyracantha, épine-vinette, framboisier, poirier, cerisier et vigne sauvages), autant qu’ils pratiquaient la pêche et la collecte de coquillages.

Il s’agit d’un site de plein-air avec une zone pavée de 9 m de diamètre, des structures d'habitation, des foyers, des ateliers et plusieurs zones d'activité (dépeçage des animaux, taille d’outils de bois, travail du silex et du bois). On y a retrouvé plus de 200 000 artefacts en silex, 5 000 outils galets, quelques centaines d'outils en os, des objets en bois de cerf et aussi en bois.

Certains artefacts d'os ont des traces de gravures délibérées. Sur un humérus d'un éléphant de forêt se trouve un témoignage impressionnant de l'Homme primitif de Bilzingsleben : ce sont deux groupes de 7 à 14 lignes fines parallèles incisées à angle droit sur l'os. Ils appartiendraient aux plus anciens signes abstraits de l'histoire humaine, une sorte de représentation graphique de la communication, vieux de plus de 350 000 ans (soit un peu moins de 300 000 ans plus tôt que les gravures sur bloc d’ocre de la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, datées de -75 000).

 

30 fragments de crânes humains et 7 dents humaines isolées ont été retrouvés. Ils représentent les restes d'au moins trois personnes et ont été classés comme "Homo erectus bilzingslebenensis". Les restes de crânes montrent qu'ils ont été délibérément brisés post-mortem, peut-être dans le cadre d'un rite funéraire.

Le seul objet de grande taille sur le site est une enclume, probablement adaptée à partir des cornes d'un crâne d’auroch. Que ce soit un arrangement intentionnel ne peut être déterminé sans équivoque, mais cet endroit n'a pas été utilisé pour les activités quotidiennes.

 

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Même si nous n’avons pas encore attaqué sérieusement les synthèses sur l’Histoire de l’Alsace, vous pouvez déjà consulter nos brouillons, qui contiennent déjà un nombre conséquents d’informations, même s’il n’y a aucune mise en forme et que les synthèses définitives seront bien plus complètes :

 

 

 

 

 

 

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