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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

 

C’est enfin l’été et comme les touristes vont arriver, afin qu’ils connaissent mieux la région nous publierons durant la période estivale des synthèses sur la Préhistoire du "Languedoc-Roussillon" (en débordant un peu des limites administratives régionales) et de ses diverses zones entre "mers" (Méditerranée au Sud et Rhône à l’Est) et terres (Cévennes au Nord et Pyrénées à l’Ouest).

Homo ergaster/antecessor profite d’un charnier de proie de tigres à dents de sabre, qu'il défend contre des hyènes

Homo ergaster/antecessor profite d’un charnier de proie de tigres à dents de sabre, qu'il défend contre des hyènes

 

Les premiers Hominidés fabricants d’outils apparaissent en Afrique de l’Est dès -2,5 millions d’années. Homo habilis est le premier humain à quitter le berceau africain vers -2 millions d’années et à occuper les territoires de l’Eurasie : dès -1,81 million d’années, il est présent en Transcaucasie/Géorgie à Dmanissi (Homo georgicus), "hybridé" avec les Homo ergaster (apparus en Afrique à peu près à la même époque) qui en feront le point de départ de leur diffusion vers l’Asie et l’Europe.

 

Le Paléolithique inférieur débute en France avec les premières incursions d’Homo ergaster/Homo antecessor, dont les premières traces se trouvent dans une petite cavité située entre la colonnade et l’entablement de la coulée de lave de Bois-de-Riquet, à Lézignan-la-Cèbe près de Pézenas. Ces traces seraient actuellement datées de -1,4/-1,2 millions d’années en utilisant des méthodes de datation biochronologique, géographique et radiométrique.

 

 

Des restes fossilisés d’animaux d’une faune villafranchienne (entre -1,8 million d’années et -780 000 ans) appartenant à une vingtaine de taxons de vertébrés (bovidés du genre leptobos - sorte de buffle - et antilopes, équidés, cervidés, rhinocérotidés, Mammuthus meridionalis, carnivores, reptiles dont une nouvelle espèce de tortue, rongeurs de prairie, insectivores dont des taupes et même des oiseaux) ont été trouvés dans cette cavité fréquentée par des hominidés, des carnivores et une grande variété de grands et petits vertébrés. L’assemblage de micromammifères comprend également un arvicoliné (Allophaiomys aff. Nutiensis), une espèce de campagnol typique du début du Pléistocène également présente dans le niveau TE9c du site Elefante de Atapuerca, daté des environs de -1,2 millions d’années.

Toutes ces espèces indiquent donc une faune riche mais également donnent des indications sur le climat et la flore de cette époque : un climat chaud et relativement humide dominait et les restes d’équidés Equus altidens (les plus nombreux) et de lagomorphes (lièvres et lapins) démontrent la présence d’un milieu ouvert mais arboré, étant donné la diversité des cervidés (notamment Eucladoceros ctenoides) et des carnassiers. La diversité des prédateurs laisse entrevoir un milieu très riche en proies.

Sur le terrain de Lézignan-la-Cèbe, au Pléistocène inférieur, le climat avait donc une tendance tropicale et le paysage était celui d’une vallée, où coulait un cours d’eaux vives qui se jetait dans le paléo-Hérault après avoir serpenté dans une embouchure herbeuse et boisée. C’est un écosystème de type africain qui s’est développé dans la zone nord-méditerranéenne à la fin de l’ère tertiaire.

Dans cet environnement, les prédateurs étaient les grandes hyènes (Pachycrocuta brevirostris), panthères (Panthera onca gombaszoegensis), loups primitifs (Canis mosbachensis, Canis etruscus major) ainsi qu’une espèce de tigres à dents de sabre (Homothérium crénatidens) … et le blaireau (Meles).

 

Bien que l’activité des carnivores soit observée sur les fossiles, il y a aussi des preuves de l’activité humaine (marques de coupures, fractures sur os frais). Homo ergaster/antecessor vivait en petits groupes et pour se nourrir, il charognait les carcasses laissées par les carnivores. Pour en extraire viande et moelle, il utilisait des galets ou autres roches dures choisis parmi les matériaux disponibles sur place. À Lézignan-la-Cèbe, les techniques de débitage sont simples, orientées vers la recherche de tranchants naturels : sur les extrémités de galets tels les choppers (détachement d’un ou deux éclats sur un galet) et chopping-tools (outils plus travaillés, présentant deux faces tranchantes) ou bien périphériques sur les éclats qui en sont issus, ces modes de débitage sont qualifiés de "mode 1" au sein de la classification des industries lithiques les plus anciennes. On retrouve cette série lithique de Mode 1 sur des sites comme Gona EG10 & EG12 (Afar, Éthiopie : plus vieil artéfact, daté d’environ -2,5 millions d’années) et Fejej FJ-l (Sud-Omo, Éthiopie : plus vieux que -1,96 millions d’années) en Afrique ou encore Dmanissi, Barranco León et Fuente Nueva 3 en Andalousie (respectivement -1,4 et -1,2 millions d’années), et dans la grotte du Vallonnet, près de Roquebrune-Cap-Martin, entre Monaco et Menton, datée d’environ 1 million d'années.

Une vingtaine d’outils de cette pebble culture (civilisation du galet, qui s’est étalé entre -2,5 et -1,6 millions d’années) a également été mise au jour, confectionnés à partir de supports assez divers : des galets quartzitiques (matériau hétérogène ne permettant pas l’obtention de pièces de qualité), du basalte ainsi que des silex taillés et des éclats de différentes nature (microgranite, grès quartzitique fin), issus des "cailloutis villafranchiens" qui affleuraient épisodiquement dans le secteur.

La concentration d’industries anciennes sur le site témoigne d’une continuité de l’occupation humaine depuis les débuts du quaternaire jusqu’à la fin des temps préhistoriques avec des industries qui couvrent l’ensemble des périodes de notre préhistoire.

 

 

Il est rare que les faunes de vertébrés terrestres du Pléistocène inférieur européen soient associées à des restes humains ou à des artefacts. Seuls les sites d’Atapuerca en Espagne (vers -1,2/-1,1 million d’années) et de Kozarnika en Bulgarie (vers -1,4/-1,2 million d’années) font état d’une telle association, et moins de dix sites européens de toutes époques associent faune et artefacts.

C’est donc sur les berges d’un fleuve ou fort cours d’eau qu’un petit groupe d’Homo ergaster/antecessor s’est arrêté. Au pied de la planèze (plateau de basalte volcanique limité par des vallées convergentes) du Volcan des Baumes appelée le "Causse", qui relie sur 8 kms le village de Neffiès à celui de Lézignan-la-Cèbe (témoin des coulées de lave datées de -1,73 et -1,57 millions d’années), ils y ont trouvé des galets de quartz assez durs pour tailler leurs outils sommaires qui définissent leur industrie "oldowayenne" (du nom d’un gisement africain vieux de 2 millions d’années). Protégés par une couche de lave volcanique devenue carrière de basalte, ils attesteraient de l’activité ancienne d’ancêtres des humains dans cette partie de l’Europe occidentale. Une présence qui se situe à mi-chemin entre l’Homme de Géorgie et celui d’Espagne et qui laisse entrevoir un peuplement très ancien selon un arc nord-méditerranéen (à la même époque, Homo erectus - stade pré-Heidelbergensis - se développe en Éthiopie et dans la Vallée du Rift, avec apparition de l’industrie Acheuléenne et ses bifaces et hachereaux).

À côté du gisement qui livre les outils se trouvait un amoncellement d’os et de restes de prédateurs qui laissent supposer la présence d’un charnier de tigres à dents de sabre visité régulièrement par des charognards (traces de mâchonnage et d’impacts de crocs). Comme sur d’autres sites, Ergaster/Antecessor se serait emparé pour un temps de cette manne. Ayant peu d’aptitudes à chasser de grosses proies (même si ses outils de pierre et outils de percussion lui permettaient de chasser, de tuer des animaux et de les préparer), Ergaster/Antecessor profitait de toutes les opportunités afin d’utiliser au maximum les ressources sur lesquelles il tombait lors de ses déplacements. Ici, à Lézignan-la-Cèbe, il découvrit un charnier et se mit aussitôt à l’ouvrage. Il utilisa des galets en guise de percuteurs pour frapper sur des roches bien sélectionnées (des basaltes, des silex), et il en tira des éclats et des racloirs pour enlever les restes de chair que les autres animaux avaient épargnés.

 

Si les garrigues ne recèlent jusqu’ici aucune trace de ces tout premiers Hommes, on continuera de suivre ses traces sur les "sept collines de Générac" (éclats de pierre taillée, dont un grattoir caréné typique, trouvés aux alentours du puech de Dardaillon : le village est immédiatement entouré de petites collines d'une centaine de mètres environ, les puechs, formés par la puissante érosion hydro-éolienne du plateau ; le plus haut d'entre eux, le puech de Dardaillon, culmine à 144 mètres), au Mas Méjanelles (Caissargues), sur la commune de Vestric-et-Candiac, voisine de celle de Vauvert, des galets aménagés et bifaces datés de -800 000 ("Abbevilliens") dans le bassin du Libron (fleuve côtier qui prend sa source à Laurens puis traverse les communes de Magalas, Lieuran-lès-Béziers, Boujan-sur-Libron et se jette enfin dans la mer Méditerranée vers Vias) ainsi que sur les hautes terrasses du Roussillon (trouvailles isolées d’artéfacts en surface). Tout ceci date de la glaciation de Günz, première glaciation de l'ère quaternaire (époque du Pléistocène) qui s'est étendue entre -1 200 000 à -700 000.

 

L’Homo antecessor possédait une capacité crânienne d’environ 1100 cm³ (1100 à 1700 cm³ pour Homo sapiens). Les modalités de développement et d'éruption des dents est pratiquement identique à celui des populations modernes. Si son faciès présente encore des caractères archaïques, notamment un fort prognathisme (projection plus ou moins avancée des mâchoires et de la face), la morphologie faciale est assez proche de celle d'Homo sapiens, avec une orientation coronaire et une légère inclinaison vers l’arrière de la plaque infraorbitale qui détermine la présence d'une fosse canine très marquée. Le bord inférieur de cette plaque est horizontal et légèrement plié. La morphologie de la mâchoire rappelle celle de certains hominidés du Pléistocène moyen, de l'espèce Homo heidelbergensis, comme ceux de la Sima de los Huesos d'Atapuerca.

Le squelette postcrânien indique une certaine gracilité, en comparaison avec la plus grande robustesse de l'Homme de Neandertal de la seconde moitié du Pléistocène Moyen. Les fossiles retrouvés démontrent que la taille moyenne de l’Homo antecessor était comparable à celle de l’Homo sapiens actuel. Ses hanches étaient en revanche plus larges et son nez moins saillant que le nôtre. Le dimorphisme sexuel de cette espèce est déjà plus réduit que chez son ancêtre Homo habilis. Le dimorphisme sexuel est l'ensemble des différences morphologiques plus ou moins marquées entre les individus mâle et femelle d'une même espèce. Plus généralement, le dimorphisme sexuel peut porter soit sur des caractères sexuels primaires (surtout les organes génitaux), soit sur des caractères sexuels secondaires qui peuvent être morphologiques (taille, couleur du pelage, pilosité...), physiologiques (métabolisme, odeur…) ou comportementaux (parade nuptiale, construction d’une couche, socialisation…). L'origine évolutive de telles différences entre mâles et femelles d'une même espèce s'explique en général par la sélection sexuelle ou le conflit sexuel mais aussi par des pressions de sélection différentes liées à l'investissement parental.

 

Homo antecessor pratiquait l’anthropophagie, en effet plusieurs des fragments de squelette retrouvés présentent des traces d’outils lithiques, montrant clairement que les défunts ont été dépecés. L'étude de ces fragments montre qu'ils auraient consommé la chair humaine pour s'alimenter et non par rituel. Selon J. M. Bermudez de Castro (l'un des co-directeurs du projet Atapuerca), leur consommation n'est pas due à un manque de nourriture et n'est pas ponctuelle : ils se nourrissaient de rivaux de façon répétée. L'étude montre également qu'ils mangeaient principalement des jeunes enfants et des adolescents ainsi que de jeunes adultes (notamment féminins), ce qui signifie qu'ils tuaient la base de la pyramide démographique du groupe rival. Des restes découverts sur le gisement dit de "Gran dolina" sont apparus éparpillés, cassés, fragmentés, mélangés à des restes d'autres animaux comme des chevaux, des cerfs, des rhinocéros, tout type d'animaux produits de la chasse et consommés par l'être humain. Ces fossiles avaient aussi, comme les autres animaux, des marques de couteaux en pierre, de dépeçage, réunissant tous les éléments caractéristiques d'une accumulation d'os utilisés par les êtres humains.

 

 

Homo antecessor s’était installée avant et durant la glaciation de Günz (la première glaciation de l'ère quaternaire, époque du Pléistocène, qui s'est étendue entre -1 200 000 et -700 000 environ, stades isotopique 23 à 18). Il disparaît d'Europe il y a environ 700 000 ans lorsque la glaciation de Mindel s’installe, remplacé par son descendant direct Homo heidelbergensis.

J.-Y. Crochet, et al., Une nouvelle faune de vertébrés continentaux, associée à des artefacts dans le Pléistocène inférieur de l’Hérault (Sud de la France), vers 1,57 Ma, C. R. Palevol (2009)

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