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Publié par Collectif des 12 Singes

Reconstitution du tombeau d'Abalessa

Reconstitution du tombeau d'Abalessa

 

Seul monument funéraire saharien connu du grand public, le tombeau d'Abalessa, situé en bordure ouest du Hoggar et associé à la légende de Tin Hinan, doit sa célébrité au riche mobilier qu'il contenait, à l'originalité de sa construction, mais aussi aux péripéties rocambolesques de sa découverte.
Du point de vue historique, c’est Hérodote au -Vè siècle qui a le premier parlé dans son Atlas d’un pays se trouvant « A dix journées pareillement des Garamantes, on trouve une autre colline de sel, avec une fontaine et des hommes à l'entour : ils s'appellent Atarantes, et sont les seuls hommes que je sache n'avoir point de nom. Réunis en corps de nation, ils s'appellent Atarantes ; mais les individus n'ont point de noms qui les distinguent les uns des autres. Ils maudissent le soleil lorsqu'il est à son plus haut point d'élévation et de force, et lui disent toutes sortes d'injures, parce qu'il les brûle, ainsi que le pays. A dix autres journées de chemin, on rencontre une autre colline de sel, avec de l'eau et des habitants aux environs. Le mont Atlas touche à cette colline. Il est étroit et rond de tous côtés, mais si haut, qu'il est, dit-on, impossible d'en voir le sommet, à cause des nuages dont il est toujours couvert l'été comme l'hiver. Les habitants du pays disent que c'est une colonne du ciel. Ils ont pris de cette montagne le nom d'Atlantes, et l'on dit qu'ils ne mangent de rien qui ait eu vie, et qu'ils n'ont jamais de songes. Je connais le nom de ceux qui habitent cette élévation jusqu'aux Atlantes ». En s’appuyant sur la description d’Hérodote, les auteurs de l’Antiquité (grecs et romains) auraient placé le pays des Atlantes dans l’actuel Ahaggar/Hoggar. Au XVè siècle, Ibn Khaldoun a fait de Tiski-el-Ardja "Tiski la boiteuse" (la sœur des quatre frères Houaras, Sanhadja, Zénètes, Bafours/Bafots) l’ancêtre féminin de tous les touaregs habitant les déserts. En relevant au début du XXè siècle, chez les Touaregs de l’Ahaggar, la légende de Tin Hinan, les chercheurs européens, et notamment le père Charles de Foucauld, ont cru confirmer et reconnaître dans Tin Hinan la Tiski la boiteuse d’Ibn Khaldoun. La publication, puis la large diffusion du roman de Pierre Benoît, L’Atlantide, inspiré de la légende de Tin Hinan et se fondant sur les informations d’Hérodote ont motivé les recherches archéologiques qui ont abouti à la découverte du monument d’Abalessa. Abalessa est un centre de culture du Hoggar situé à quelque 80 km à l'Ouest de Tamanrasset. Ce petit village, la seconde agglomération du Hoggar par le nombre de ses habitants et ancienne capitale de la région, est le principal centre de production de la tribu noble des Kel Rela, suzerains des Touareg Ahaggar, parmi lesquels sont choisis, depuis le XVIIIè siècle, les amenokal, chefs suprêmes de la confédération.
Fouillé par M. Reygasse en 1925 et 1933, il n'a jamais fait l'objet d'une étude complète, seulement de plusieurs articles. Avant les fouilles de Reygasse et Prorok, seul était visible un volume informe d'amas de grosses pierres au milieu duquel on ne distinguait ni murs, ni ordonnance particulière. Les gens des environs devaient cependant attribuer à cet ensemble un certain pouvoir religieux ou magique, car ils venaient y planter des bannières et des piquets de bois au sommet, y déposer une pierre en signe de dévotion, comme cela se faisait sur les tombes des saints, mais aucun culte particulier ni pèlerinage n'est signalé ; chacun venait à titre individuel. Les Touaregs étaient bien conscients que le tombeau contenait une femme de prestige et un certain nombre de légendes à son sujet étaient depuis longtemps en circulation avant l'ouverture du tombeau.

Tin Hinan est le nom que des traditions orales donnent à l'ancêtre originelle des Touaregs nobles du Hoggar. Il s'agit d'une femme de légende décrite comme « une femme irrésistiblement belle, grande, au visage sans défaut, au teint lumineux, aux yeux immenses et ardents, au nez fin, l’ensemble évoquant à la fois la beauté et l’autorité ». Recueillie auprès des Kel Rela par le Père Charles de Foucauld, bien avant les fouilles de 1925, la légende peut se résumer ainsi.
À une époque relativement récente, deux femmes, l'une, Tin Hinan, d'origine noble et musulmane et l'autre, Takamat, sa servante, arrivèrent dans le Hoggar au IVè siècle ou Vè siècle et s'installèrent avec un certain nombre d'esclaves dans la palmeraie de Silet. Tin Hinan « venait de loin », comme peut l’indiquer son nom. La légende a localisé cette origine chez les Beraber (Berbères) du Tafilalet, une contrée présaharienne du sud-est marocain. C'est un ensemble d'oasis, dans les basses vallées des oueds Ziz et Ghéris (aujourd'hui, le Tafilalet, au sens large, correspond à la province d'Errachidia, ancienne Ksar-es-Souk et fait partie, depuis 1997, de la région Meknès-Tafilalet). Le Tafilalet fut un centre commercial important pendant de nombreux siècles ; porte principale du Sahara, il a servi de lieu d'échange entre le Nord et l'extrême Sud (point de départ de la route commerciale vers l'Afrique sub-saharienne, particulièrement vers Tombouctou). C'est par cette région que s'effectuait le transit de l'or, des épices, du sel et des esclaves provenant du "Soudan" (balad es-soûdân, le « pays des Noirs », Mali, Niger, côte du golfe de Guinée).
Au IVè siècle, le nord de l’Afrique, et en particulier la Numidie (ancien royaume berbère de -202 à -46 qui se trouvait dans le nord de l'actuelle Algérie et débordant jusqu'à l'extrémité ouest de l'actuelle Tunisie et l'est de l'actuel Maroc jusqu'au Moulouya), est dominé par la puissance romaine qui a adopté la religion chrétienne à laquelle s’est converti l’empereur Constantin. Cette Numidie, dont le nom pourrait venir de nomade et qui pour la région qui nous intéresse est devenu à cette époque la Gétulie, est alors le théâtre de révoltes contre le pouvoir romain. Diverses tribus circulent entre la côte méditerranéenne et les régions plus au sud, colportant non seulement des produits divers mais aussi des informations. Quelques membres de la tribu marocaine des Beraber, avec Tin Hinan, ont-ils quitté la région pour des raisons de conviction ou de politique ? Un conflit personnel au sein de la famille ou de la tribu aurait incité Tin Hinan à fuir loin de son milieu d’origine ? Une femme intelligente, une femme d’autorité qui prend la décision de partir... pourquoi pas ?

Les voilà donc en route avec leurs chevaux, les Numides ayant la passion de ces animaux (introduits en Égypte par les envahisseurs Hyksos au -XVIè siècle) et étant réputés être des cavaliers sans mors (l'origine numide de certaines formes de manifestations équestres au Maghreb appelées "fantasias" est probable). En effet, les Touaregs disent n’avoir connu le chameau qu’après leur arrivée dans le Hoggar, alors que ces vaisseaux du désert dont le pas lent et sûr inspire confiance reste encore de nos jours pour les Touaregs leur moyen de transport favori, leur monnaie d’échange, l’insigne de leur richesse. On sait que le chameau a fait son apparition en Afrique au IIè siècle, venant de Libye (sa domestication a probablement eu lieu dans le sud de la péninsule Arabique vers -2000), et que sa résistance permettant de longues marches a transformé la vie des nomades. Dans le Tafilalet et notamment à Sijilmasa, grand lieu de rencontres commerciales, les caravanes chamelières faisaient halte.
Les jours passent, lentement. Parfois, la petite troupe aperçoit quelques nomades, pillards possibles, qu’elle évite soigneusement. Les heures de la journée sont chaudes et les voyageuses du désert qui subissent la brûlure du ciel accueillent la nuit avec soulagement. La pause du soir est bienvenue, surtout si elle se situe près d’un point d’eau et d’un pâturage. Les outres se remplissent et les bêtes se régalent (quelques animaux comme des moutons et des chèvres qui leur offrent le lait et la nourriture dont elles ont besoin les accompagnaient). Il faut faire vite car l’obscurité tombe d’un seul coup. Tin Hinan connaît les principales étoiles, elle consulte le ciel pour trouver sa future direction. On dresse une tente faite de peaux de chèvres tendues sur des arceaux. Le repas est frugal : une bouillie de farine mélangée au lait que l’on vient de traire, quelques dattes et du miel. Mais la route était longue jusqu'au Hoggar. Après des jours et des jours de route, les provisions de bouche commençaient à s'épuiser et nulle oasis n'apparaissait à l'horizon. Aux dunes succédaient d'autres dunes, et aux rochers, d'autres rochers. Au point que la caravane en était menacée dans son existence. Un soir, Takamat vit un petit monticule de sable bouger. Elle se pencha, fébrile, creusa légèrement et découvrit une termitière, où les insectes avaient emmagasiné du grain. Aidée des esclaves noirs, Takamat ramassa la précieuse manne, et alla l'offrir à Tin Hinan, qui était restée sur sa superbe monture comme doivent le faire les femmes nobles. Cette provision inattendue permit à la caravane de continuer sa route dans de bonnes conditions. Un jour, enfin, le sable s’estompe et la roche granitique, surmontée de crêtes et de pitons, apparaît. Il faut contourner les montagnes, se faufiler dans les vallées, trouver les trous qui ont conservé l’eau de pluie, et surtout faire manger les animaux. Région magnifique, mais aride et difficile.
Le Hoggar (en touareg Idurar Uhaggar dont le pluriel Ihaggaren désigne la classe noble chez les Touareg du Hoggar), est un massif montagneux de l'ouest du Sahara, dans le Sud de l'Algérie. Traversé par le tropique du Cancer à 80 kilomètres au nord de Tamanrasset, le Hoggar couvre une superficie d'environ 3 800 km2. À l'est de Tamanrasset s'élève à plus de 2 000 mètres d'altitude un plateau érodé de 250 kilomètres de diamètre composé de coulées de lave, l'Atakor du Hoggar, et sur lequel se dressent des volcans dont l'altitude avoisine les 3 000 mètres. Le point culminant du massif, le Tahat avec 2 918 mètres d'altitude, est aussi la plus haute montagne du pays. Le relief escarpé est composé de pitons et de falaises de basalte et de porphyre. Les températures élevées de l'été contrastent avec celles d'hiver où il peut geler ; les pluies sont rares. Toutefois, ces conditions climatiques inhospitalières sont moins extrêmes que dans le reste du Sahara et le Hoggar constitue un lieu de vie de certaines espèces animales et végétales qui permettent de différencier ces montagnes du reste du Sahara. L’oasis d’Abalessa, près de Tamanrasset, offre l’hospitalité de ses eaux et de ses pâturages. En reconnaissance des bienfaits de Takamat qui avait su sauver la petite caravane d’une mort certaine en ayant l’idée de fouiller dans une fourmilière où elle trouva des grains et avait de ce fait préservé sa maîtresse épuisée, Tin Hinan décida de fonder à cet endroit les bases de son nouveau royaume. Y rencontra-t-elle d’autres habitants ? Le pays de l’Atakor aurait connu une population nombreuse, attestée par les palmeraies de Silet et d’Ennedid et des puits creusés avant l’arrivée de Tin Hinan. Cette population noire, les Isebeten, était un peuple d’ignorants qui vivait de la chasse au mouflon et de la cueillette des graminées sauvages. Ces autochtones, dont les tombeaux parsèment aujourd’hui le Sahara central, ne connaissaient pas le chameau et parlaient un tamasheq archaïque. Ayant presqu’entièrement disparu, Tin Hinan n’aurait pas eu besoin de se battre pour conquérir ces lieux devenus inhabités et fonder son royaume sur la voie des caravanes. Tin Hinan devint donc l’amenokal (possesseur du pays), la reine de ce petit peuple en voie de création. Les voilà donc installés dans l’oasis d’Abalessa. Les tentes blanches se dressent dans ce paysage dominé par le haut massif de l’Atakor. La beauté des paysages, le silence de la nuit, le vent dans les montagnes n’a pu qu’inspirer ces nouveaux venus dans la région. Autour du feu, les habitants du campement montraient leurs dons en matière de musique et de poésie avec le tambour et l’amzad (violon monocorde).

Tin Hinan et Takamat trouvèrent ensuite des époux et eurent des filles : Tin Hinan une, Kella, qui est à l'origine des Kel Rela ; Takamat deux, qui sont les ancêtres des Ihadanaren, des Dag Rali et des Ayt Loayen. Cette légende est sujette à variations, ainsi il est parfois attribué à Tin Hinan trois filles portant des noms totémiques se référant aux animaux du désert : Tinert (l'antilope) ancêtre des Inemba, Tahenkot (la gazelle) ancêtre des Kel Rela, Tamerouelt (la hase) ancêtre des Iboglan. De son côté Takamat, la servante, aurait eu deux filles qui reçurent en cadeau de Tin Hinan les palmeraies de la région que possèdent toujours leurs descendants. Les tribus vassales des Dag Rali et des Kel Ahnet, descendantes de Takamat, payèrent annuellement la "tioussé" aux tribus nobles des descendants de Tin Hinan (d'autres légendes font descendre tous les Touareg d'une femme unique, nommée Lemtoûna).
Tin Hinan a donc été capable, non seulement de faire ce voyage à travers le Sahara mais aussi de créer les conditions de vie dans ces lieux et de nouer des relations commerciales nécessaires à l’enrichissement du peuple né de sa descendance. Les Touaregs de l’Ahaggar ont donc naturellement conservé le souvenir de cette femme remarquable, reine de légende qui préfigure la femme moderne, capable de créer la vie et de gérer le bien public.
À leur mort elles furent enterrées à Abalessa, Tin Hinan dans le grand mausolée et Takamat dans un des petits tombeaux qui l'entourent.

D'après les témoins de l’époque, lors des premières fouilles, personne ne connaissait l'existence de la chambre funéraire de Tin Hinan, ni le plan de l'ensemble. C'est en dégageant les pierres qu'on découvrit des murs et des salles qui furent évacuées et leurs décombres jetés au pied du tertre. La chambre funéraire fut facile à découvrir lorsque l'ensemble fut dégagé, car elle présentait d'énormes dalles lisses qu'il a suffi de soulever pour découvrir le squelette sur ses trésors. À ce moment, les archéologues avertis de la découverte (on alla chercher M. Reygasse à quelques heures de là), écartèrent tous les ouvriers et sortirent eux-mêmes le squelette et les bijoux.
La première impression en arrivant sur la colline qui domine la rive gauche de l'Oued Tifirt à proximité de l'oasis d'Abalessa est l'ampleur du monument dans un pays qui ignore pratiquement la construction en pierre. Rares sont en effet, même parmi les monuments protohistoriques du Hoggar, ceux qui présentent un agencement d'assises plus ou moins régulières : quelle que soit la complexité de leur plan, les monuments ne sont le plus souvent constitués que par des amoncellements ou des juxtapositions de blocs ou de moellons. Juché sur son piton, se découpant sur un fond de ciel toujours clair au-dessus de la large vallée, le tumulus de 4 m de hauteur, ayant une forme elliptique, paraît donc colossal. En réalité, ses dimensions sont relativement modestes : son grand axe mesure 26,25 m, le petit 23,75 m. Les mausolées princiers de l'Afrique du Nord ont souvent des dimensions nettement supérieures, ainsi le Tombeau de la Chrétienne a un diamètre de 65 m, celui du Medracen mesure 59 m, tandis que le grand Djedar de Ternaten a 48 m sur 45 m de côté. Nombreux sont les tumulus dépassant 50 m de diamètre. Malgré ses dimensions relativement modestes, ce monument n'a pas son pareil dans le Hoggar ni même dans tout le Sahara. Il s'agit, en effet, d'un ensemble de 11 salles (la plus grande avait pour mesures 6 × 7 m et la plus petite 3,50 × 2 m) communiquant entre elles et entourées d'une enceinte régulière formée d'un mur en pierres sèches dont l'épaisseur varie de 1,40 m à 3,70 m.
Située à l'un des endroits où le mur d'enceinte est le plus mince, la seule entrée, ouverte à l'est comme la plupart des monuments protohistoriques, donne directement sur une vaste salle que M. Reygasse pense ne pas avoir été couverte. Sur cette antichambre ou cour (salle n° 7) s'ouvrent au sud deux salles allongées sans communication entre elles (salles n° 3 et 4) et au nord la chambre 11 qui permet d'accéder à la chambre 10 puis à la chambre 9. Vers l'ouest l'antichambre donne accès sur une grande salle centrale (n° 6) qui s'ouvre sur les salles 8, 5 et 2, cette dernière permettant d'accéder à la chambre 1, dans l'angle sud-ouest du monument ; c'est dans le sol de cette salle qu'était creusée la tombe de Tin Hinan. Ainsi, malgré l'irrégularité des murs, les dimensions très variables des salles, le tracé piriforme de l'enceinte étroitement calqué sur la topographie, le plan ne manque pas d'une certaine logique et s'organise autour des deux pièces 6 et 7 qui jouent le rôle de patio ou d'atrium. Nous avons là, à peine modifié, le plan classique de l'habitation méditerranéenne, mais cela n'empêche nullement qu'il ait été cependant un monument funéraire. L'Afrique du Nord a connu des sépultures de ce type. La mieux connue est celle qui était cachée sous un énorme tertre de terre de 47 m de diamètre, à Sidi Slimane du Rharb (Maroc) : ce monument en briques crues comprenait un long couloir, une cour et une chambre, cette dernière était couverte de troncs de thuya alors que le couloir et la cour étaient à ciel ouvert. La multiplication des chambres ne saurait non plus étonner dans une sépulture princière sans faire appel aux comparaisons toujours faciles avec les tombes de l'Égypte prédynastique (le tombeau de Nagada comptait 21 chambres, un grand tombeau d'El Ga'ab avait 17 cellules). Il est bon de rappeler que les Djedars, monuments de la région de Frenda sensiblement contemporains de celui d'Abalessa, présentent un plan complexe qui dans le plus grand d'entre eux ne compte pas moins de 20 chambres. Mais dans des régions plus méridionales, au Tafilalet par exemple, d'où la légende fait précisément venir Tin Hinan, on connaît des monuments qui doivent être mis en relation avec certains aspects du tombeau de Tin Hinan. Ce sont des monuments à chapelle qui ne sont connus que dans les steppes sud-atlasiques (région de Négrine et Tafilalet) et le Sahara occidental. Ces monuments présentent un plan particulier : ouverts à l'est, ils possèdent une série de galeries ou de salles constituant une sorte de sanctuaire ou chapelle sans relation avec la sépulture qui est toujours au centre et sous l'amoncellement de pierres du tumulus circulaire ou rectangulaire. Alors que ces chapelles sont simplement cruciformes dans la région de Négrine, dans le Tafilalet elles se compliquent, se dédoublent et se diversifient. Elles occupent une surface croissante dans le monument au fur et à mesure qu'on pénètre dans le Sahara ; ainsi à Bir um Garn et à El Mreïti en Maurétanie, c'est une grande salle occupant la moitié de la surface du monument qui joue le rôle de chapelle. Par la multiplication de ces chambres aboutissant à des culs de sac et des cellules, le monument de Tin Hinam semble devoir être assez étroitement rattaché au groupe des monuments à chapelle et à chambres.
On peut associer le plan particulier de ces monuments à la ferveur dont a joui en Afrique du Nord et au Sahara une pratique non encore oubliée au Hoggar, celle de l'incubation qui permet d'obtenir des prédictions en allant dormir dans ou sur les tombes. Il est incontestable que ces galeries profondes ou ces chambres qui pénètrent dans la masse du tombeau favorisaient à la fois la célébration des sacrifices et la venue des songes prémonitoires. Les monuments à chapelle n'ont généralement pas livré de mobilier archéologique ayant une valeur chronologique, toutefois un tumulus à chapelle de Bouïa dans le Tafilalet renfermait des perles en cornaline identiques à celles de Tin Hinan. Nouveau rapprochement entre le monument d'Abalessa et le Tafilalet d'où la légende fait venir la princesse beraber. Ce n'est cependant pas la multiplication des chambres et des ressemblances de plan entre le tombeau de Tin Hinan et les monuments à chapelle qui retiendra le plus l’attention. Il est en effet un groupe particulier de chambres qui mérite d'être examiné plus soigneusement. Il s'agit de l'angle sud-ouest qui comprend les chambres 1, 2 et 5. La chambre 1 est celle qui renferme la sépulture couverte par six dalles de dimensions importantes pesant chacune plusieurs centaines de kilos. Il est peu probable que ces dalles aient été apportées dans cette dernière chambre après la construction du monument, il aurait fallu les manœuvrer pas moins de quatre fois pour leur faire franchir les portes qui séparent le caveau de l'extérieur du monument. Or, la chambre 1, la seule à avoir un plan rectangulaire à peu près régulier a le privilège de posséder deux entrées, l'une sur la chambre 2, l'autre, bouchée à une époque ancienne, sur la chambre 5. Cette particularité est doublée d'une autre disposition : le couloir courbe qui partant de la chambre 2 rejoint la chambre 5 en contournant par derrière la chambre funéraire. Il était donc possible de tourner tout autour de la chambre funéraire sans y pénétrer, ou au contraire de rentrer directement dans la chambre par la salle 2 et de sortir sans revenir sur ses pas par la porte donnant sur la salle 5, ou encore, ayant pénétré dans la chambre funéraire par l'une ou l'autre salle de revenir dans la même salle en empruntant la porte donnant sur l'autre salle et le couloir, en contournant la sépulture. On se rend compte des nombreux avantages que présentait cet aménagement, dans le déroulement des cérémonies du culte funéraire ou dans les simples visites à la sépulture. Il permettait en particulier les processions le long du déambulatoire et de sortir "autre" du sanctuaire en empruntant un parcours différent. Les salles 2 et 5 furent les seules à avoir livré à M. Reygasse un mobilier de caractère funéraire, facilement associé à celui de la tombe de Tin Hinan. Ces salles présentaient également certains aménagements intérieurs inconnus ailleurs, ainsi la salle 2 possédait dans la partie sud, à proximité de l'entée du déambulatoire, les restes d'un pavage de pierres liées à la chaux. Dans la salle 5 fut reconnu en cours de fouille, une sorte d'autel rectangulaire en briques blanchies à la chaux. Dans cette même salle fut trouvé un objet de cuivre en forme de cornet prolongé par un tube étroit qui a pu servir à des libations. Le couloir fut fermé du côté de la salle 5 par un mur en briques crues (le remplissage du couloir n'a livré que des fragments de coquilles d'œuf d'autruche et de plumes du même oiseau, ainsi que des noyaux de datte de la variété deglet en-nour qui ne pousse pas au Hoggar) à une époque indéterminée, peut-être au même moment où fut également fermé l'accès entre les salles 1 et 5.
Les monuments à déambulatoire, c'est-à-dire ceux présentant un aménagement intérieur qui permet de contourner la sépulture grâce à un système de couloir ou de chambres, sont de plan très variable en Afrique du Nord. Les plus caractéristiques possèdent un couloir circulaire recoupé par une galerie qui, de l'entrée du monument, rejoint directement la chambre funéraire. Ce plan se retrouve aussi bien dans un tumulus voisin du Medracen que dans un mausolée d'époque chrétienne de la région de Ménerville. Bien plus complexe est la double série de chambres et de couloir qui constitue un double déambulatoire autour des deux caveaux du grand Djedar de Ternaten, monument qui date au plus tôt du VIè siècle. Ces deux derniers monuments sont donc contemporains du tombeau de Tin Hinan.

En se fondant sur une autre tradition orale que celle de Tin-Hinan selon laquelle le monument d'Abalessa n'était pas un tombeau mais un fortin construit par un roumi nommé Jolouta qui, chassé du Hoggar par des musulmans, se serait réfugié ensuite dans l’Adrar des Iforas, M. Reygasse a considéré qu'il s'agissait d'un gîte d'étape entre la Méditerranée et le Soudan, une sorte de caravansérail fortifié où se rejoignaient les influences du nord et du sud. G. Camps réfute totalement l'interprétation initialement défendue par M. Reygasse en démontrant qu'il s'agit essentiellement d'un tombeau et non d'un bâtiment à usage militaire et défensif (petite tighremet, forteresse liée à un habitat de plaine où on venait se réfugier dès qu’il y avait une menace). Bien que la disposition des salles fût inspirée par un plan d'habitation, celui-ci est tout à fait comparable à ceux des grands mausolées berbères du Maghreb et des zones sud-atlasiques, à chapelles et à chambres avec également un déambulatoire qui serait le petit couloir permettant de contourner la salle 1 contenant le caveau. En fait, à l'exception des pointes de flèche recueillies dans l'antichambre (salle 7), les autres éléments présentent plus un caractère funéraire que domestique ou militaire. Le plan du monument a des caractères particuliers qui ne semblent pas correspondre à un fortin. Certes, il n'y a qu'une seule entrée et les murs sont épais, mais cette singulière place forte n'aurait eu ni chemin de ronde, ni bastion, ni entrée en chicane ou simplement protégée.
Association spatiale, association logique, association chronologique enfin conduisent à donner le même âge au mobilier recueilli dans le monument et à celui qui accompagnait le squelette (une gravure d’un cavalier, d’un chameau et de deux inscriptions libyques à la base du monument date du IIIè siècle, mais il peut s’agir d’un réemploi pour embellir le bâtiment). Aucun caractère du mobilier ne permet donc de distinguer une première occupation du monument de caractère profane et une seconde, le transformant en monument funéraire. Ce monument fut conçu, dès l'origine, comme un monument funéraire s'apparentant à l'architecture berbère protohistorique que l'on retrouve au Tafilalet, en Mauritanie et dans les mausolées d'Algérie.

Dans l'angle sud-ouest du monument une chambre funéraire recelait un caveau creusé sous la salle n°1 recouverte de grosses dalles.
Au bas des murs se trouvaient des fragments de nattes, au centre les restes d'un lit de parade en cuir et en bois sculpté de décors simples, rectilignes. C'est sur ces fragments (datés au carbone 14 aux environs de 470) que se trouvait le squelette. Le corps était couché sur le dos, tourné vers l'est, les jambes et les bras légèrement repliés ; il était recouvert de fragments de cuir rouge. Cette sépulture était accompagnée d'un mobilier d'une richesse exceptionnelle de caractère princier. Sur le squelette les bijoux suivants ont été relevés : à l'avant-bras droit 7 bracelets en alliage d'argent, à l'avant-bras gauche 7 bracelets d'or, à hauteur de l'épaule gauche une petite coupe de pierre renfermant de l'ocre ainsi que des restes calcinés, au-dessous un petit paquet de plantes. Sous le bras droit un bracelet en argent, à hauteur du sternum un petit anneau d'or et une feuille d'or repliée. Le pied droit était entouré de perles d'antimoine, à côté du pied gauche se trouvaient 5 perles en métal et un certain nombre de perles rouges. Derrière la tête, autour du cou et sur les clavicules une centaine de grains de collier. À gauche du bassin une trentaine de perles de diverses couleurs ; sur la poitrine de petites perles blanches et rouges ; sur l'épaule droite du squelette se trouvaient un poinçon en fer, un stylet en argent sobrement décoré, un fragment d'étoffe tombée en poussière.
Seules les salles 2, 5 et 7 livrèrent des objets intéressants. Dans les paniers des chambres voisines de celle où reposait le corps (qui n'ont pu être conservées), se trouvaient quelques noyaux de dattes et graines ainsi que deux écuelles de bois, un petit anneau d'or, un bracelet en fer torsadé, des pointes de flèche en fer, un gobelet de verre, deux petites boules en or, une grosse perle en plâtre et terre, trois monnaies émises entre 308 et 324 (ou plutôt les empreintes de monnaie de bronze de Constantin le Grand sur feuille d'or), des éléments de collier en pierre (cornaline) et pâte de verre, des rondelles en or et des pierres vertes comme éléments de pendentif, une perle quadrangulaire en or en forme de pilier décoré de spirales appartenant à un type de bijou assez bien connu dans l'orfèvrerie gréco-romaine (particulièrement après le IIIè siècle), un tube en cuivre à extrémité en cornet, des petites rosaces faites de 5 globules d'or soudés, un brûle-parfum romain orné d'une Victoire qui, assise à côté d'un trophée, écrit sur un bouclier (cette lampe a un bec rond à incision en forme de cœur, elle est de type III C et n'a plus été fabriqué après le IIIè siècle), des fragments de poterie à grande anse dont le pied creux peut également servir de récipient (le décor est très simple : 3 profondes incisions entourent l'orifice, tandis que l'anse porte deux séries de croisillons séparés par une longue incision intéressant toute la longueur ; ces incisions furent remplies d'une pâte à base d'ocre rouge de couleur vive ; le reste de la poterie est très soigneusement poli. La comparaison s'impose avec la poterie de même forme plus richement décorée recueillie par les archéologues italiens dans une tombe de Germa datée du IVè siècle).
À côté se trouvait un grigri de pierre, une statuette de femme stylisée portant à hauteur de la tête un trou de suspension biconique. Cette remarquable statuette féminine obèse en gypse était altérée et témoigne donc d’un long séjour dans un gisement de plein air. D'abord elle a été suspendue par le tubercule à col resserré qui la termine du côté tête, c'est-à-dire par une ligature s'insérant dans la gorge de la base du tubercule : ceci a existé dès l'origine, et cette surface est altérée comme le reste de la figurine. Ensuite, à l'époque de son remploi secondaire pour orner la poitrine de la reine Tin Hinan, on a foré le dit tubercule céphalique d'un trou de suspension qui n'a subi aucune altération. La statuette féminine en gypse poli a un caractère archaïque. Elle fut comparée aux "Vénus" aurignaciennes dont elle a effectivement les caractères essentiels : représentation réaliste des parties sexuelles et des seins, négligence dans le traitement des extrémités et de la tête dépourvue de visage mais ayant un double système de suspension (sillon et perforation). Cette convergence, toute relative, avec les œuvres paléolithiques trouve son explication dans l'identité de l'idéal féminin qui servit de modèle aux Périgordiens d'Europe et aux auteurs de cette statuette. Il n'est pas nécessaire de faire appel à la moindre influence ou relation pour justifier ces traits communs qui apparaissent dans des œuvres de style différent. Aucune autre sculpture saharienne d'âge néolithique ne présente la moindre ressemblance avec cette statuette dont le schématisme ne se retrouve que dans les peintures pariétales de style "équidien" récent. Il est vraisemblable que cette statuette, bien plus ancienne que le reste du mobilier, avait été recueille et conservée par la famille princière pour qui fut élevé le monument d'Abalessa. De nos jours encore les Touaregs recueillent ainsi les petites sculptures animalières d'âge néolithique.
L'or et l'argent sont exceptionnellement présents dans les sépultures protohistoriques du Maghreb et du Sahara. Ici, ce sont sept bracelets en or et huit en argent que portait le personnage du mausolée, d'un poids total dépassant 1,700 kg pour les premiers. Tous les bracelets en or, semblables (ouverts, à section arrondie, avec parfois un léger aplatissement des deux faces) et ne se distinguant entre eux que par quelques faibles différences de dimensions, étaient enfilés à l’avant-bras gauche ; celui de droite en portait sept en argent, le huitième étant placé sous ce bras droit.
Les bracelets en or ont été coulés dans un moule constitué par deux parties jointives. Le contact entre ces deux moitiés est parfois visible dans la zone médiane de l'épaisseur, à l'extérieur comme à l'intérieur. C'est un travail assez peu soigné, car on remarque de nombreuses irrégularités sur la surface. Le décor est constitué par deux motifs qui se répètent sur toute la longueur du bijou, extrémité comprise. L'un, paraissant arrondi comme une boule, est parfois aplati ; l'autre, cylindrique, porte quatre sillons qui déterminent autant de petites bandes parallèles finement striées. Cette ornementation, postérieure au moulage, a été réalisée au burin. L'aplatissement des deux motifs apparaît seulement sur chacune des deux faces qui, alternativement, peuvent être posées à plat.
Les bracelets en argent ont été fabriqués selon la même technique de moulage. Le décor, plus simple, est seulement une juxtaposition de « boules » aplaties sur les deux faces quand la pièce est posée à plat, sauf sur un seul bracelet où l'arrondi est continu. Tous ces bijoux sont plus soignés, plus lisses et plus réguliers que ceux en or.
Un bracelet en fer trouvé hors de la sépulture, sur le sol de la salle 5, est fermé, constitué par deux tiges torsadées réunies par martelage. Le cercle qu'il décrit est régulier. C'est un travail soigné, en assez bon état de conservation. Il a été considéré comme d'origine plus africaine que méditerranéenne et pourrait très bien provenir du Sahel, car la torsade sur des bijoux se rencontre à l'Âge ancien du fer près d'Agadès.
On peut en effet voir des similitudes de formes et de décors entre certains bracelets en alliage cuivreux de sites à métallurgie du cuivre de l’Aïr, au nord du Niger, dans le bassin de l'Eghazer, près d'Agadès et ceux, d'or et d'argent, d'Abalessa. Les bijoux en alliage cuivreux du Niger proviennent des sites de l'Âge ancien du fer. Au nombre de trois, ils furent très certainement fabriqués par les artisans du Cuivre II, contemporains des précédents et qui vivaient, dans la même région d'Agadès, durant le dernier millénaire avant notre ère et le début du millénaire suivant. Il existe également un quatrième bracelet de ce type. Il provient de Marandet, à environ 100 km au sud d'Agadès, et fut rapporté par le découvreur de ce site qui est directement postérieur à ceux de l'Age ancien du fer et du Cuivre II. Il est toutefois certain que ces quatre bracelets ont été fabriqués près d'Agadès à une époque se situant autour du début de l'ère chrétienne et il est très vraisemblable que ceux d'Abalessa, en or et en argent, proviennent de cette même région.

Cette richesse jugée d’influence nord-africaine confirmait, en quelque sorte, la tradition la plus répandue qui fait de ce singulier monument la sépulture d'une princesse venue du Tafilalet, connue sous le nom ou plutôt le surnom de Tin Hinan. Une telle découverte ne laissa personne indifférent. Le comte de Prorok s’est arrangé, d’après Reygasse, pour obtenir discrètement de Paris les autorisations nécessaires pour transférer le squelette et les objets funéraires aux États-Unis. Officiellement pour les présenter dans les universités américaines. Sa chevauchée à l’Ouest, Tin Hinan l’effectuera sous l’appellation « d’Ève du Sahara » que de Prorok lui choisira. Ce n’est que suite aux vives protestations des autorités coloniales que le trésor d’Abalessa a été restitué au musée du Bardo à Alger.


Le tombeau de Tin Hinan a révélé, tant par certains détails de son architecture que par la composition de son mobilier, la pénétration dans le Sahara central de gens qui, venus du Nord, n'avaient pas encore tout à fait oublié les leçons de Rome. Mais par sa structure et par le développement donné aux aménagements cultuels, il appartient sans conteste à la longue tradition des monuments funéraires berbères des marges méridionales du Maghreb. Dans son plan nous retrouvons la convergence de deux styles très caractéristiques de cette architecture funéraire berbère protohistorique: il est à la fois un monument à chapelle ou à chambres comme ceux du Tafilalet et de Mauritanie, et un monument à déambulatoire complexe comme certains Djedars de la région de Tiaret. La juxtaposition de ces deux types dans le même monument et la prolifération des chambres, phénomène tardif et sensible aussi bien au Tafilalet que dans les Djedar, donne au tombeau d'Abalessa une très grande originalité accentuée encore par son éloignement des centres de diffusion de ces types. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que cette zone de diffusion qui s'étend de Tiaret au Tafilalet correspond en gros à la région d'origine que la légende attribue à Tin Hinan.

Comme la plupart des grands monuments funéraires, le tombeau de Tin Hinan a servi de centre à une petite nécropole. En effet, à équidistance du monument et pratiquement sur la même courbe de niveau ont été construites 14 chouchets (tombes turriformes, en forme de tour), dont une tombe possédait une dalle sur laquelle était écrit en tifinar : « iheyawen in auray in - din n eg eyaf in », ce qui signifie « mes petits enfants, mon or est sur ma tête ». Un petit tumulus situé entre les tombes 7 et 8 recouvrait un squelette d'enfant.
Seule la légende de Tin Hinan a conduit certains Touaregs à se faire enterrer ad sanctos (« près des saints ») auprès des restes de l'ancêtre présumée comme le veut la croyance en des esprits gardiens de lieux. Mis à part le tumulus d'enfant à peine visible, toutes ces sépultures sont du même type et assez régulièrement disposées autour du monument principal. Les rites funéraires sont rigoureusement les mêmes : tous les corps sont en décubitus latéral fléchi (allongés, jambes pliées) sur le côté droit, la tête orientée vers le secteur sud (la tête est dirigée trois fois au sud, deux fois au sud-est, sept fois au sud-ouest). Ceci permet de supposer que leur construction se fit au cours d'un laps de temps assez réduit et non pas d'une manière anarchique. Par ailleurs, on retiendra le nombre très réduit de ces tombes. Si le désir d'être enterré auprès du tombeau de Tin Hinan était à l'origine de la constitution de cette nécropole, il faut bien admettre qu'au cours des temps antéislamiques qui s'écoulèrent depuis le IVè siècle, bien rares furent les Touareg qui bénéficièrent de ce privilège. La disposition, le nombre des tombes turriformes et l'unité très stricte qui prévaut dans les rites funéraires font penser que ces sépultures sont à peu près contemporaines et qu'elles furent aménagées vraisemblablement peu après l'inhumation de Tin Hinan. Dans la tradition touareg la princesse d'Abalessa fut appelée Tin Hinan, expression qui peut recevoir plusieurs acceptions : « Celle de notre famille » mais aussi « La maîtresse du campement ». Cette dernière signification pourrait être retenue si on tenait compte de la disposition particulière du monument qui domine et occupe le centre de la nécropole dont les tombes peuvent être identifiées aux tentes d'un campement. Des visites et cérémonies de caractère religieux s'effectuaient dans la partie sud-ouest du monument, dans la chambre qui surmonte la sépulture, dans le déambulatoire et la chambre voisine.

Le docteur Leblanc, doyen de la faculté de médecine d’Alger, était le premier, sur demande de Maurice Reygasse, à réaliser la première étude anthropométrique sur le squelette d’Abalessa. Le squelette qui mesure entre 1,70 et 1,75 m est, d’après Leblanc, celui d’une « femme de race blanche ». Il se basera dans ses conclusions sur les caractères du crâne, la dimension réduite du sternum et des côtes, la forme et la dimension du bassin et l’aspect des os longs des membres : « L'ensemble du squelette examiné rappelle fortement le type égyptien des monuments pharaoniques, le type des hautes classes, caractérisé par la grande taille élancée, la largeur des épaules, l'étroitesse du bassin et la minceur des jambes ». Leblanc signale aussi que les vertèbres lombaires et le sacrum présentent des lésions manifestes avec déformation sur la cinquième lombaire. Autrement dit, Tin Hinan « boitait ». En recoupant avec les sources historiques, notamment Ibn Khaldoun, on conclu rapidement que le squelette était vraisemblablement celui de Tin Hinan.
Mais tout n’est pas aussi parfait. Le "fabuleux destin" de Tin Hinan est vite assiégé par les doutes. Après Gabriel Camps, les travaux de Marie-Claude Chamla et Danilo Grébénard ont installé définitivement la "légende" Tin Hinan dans une intenable posture. Pour cause, le squelette est, selon eux, celui d’un homme. Mais comment expliquer dès lors la présence de la parure féminine ? Dans ses mémoires éditées en 1968 sur les Populations anciennes du Sahara et des régions limitrophes, Marie-Claude Chamla (influencée par le contexte) conclut que les « restes étaient ceux d’une femme à caractéristiques masculines » et ajoute que « si les objets découverts dans la tombe n’étaient pas spécifiquement féminins, notamment les bijoux et les bracelets d'or et d'argent, nous aurions opté pour le sexe masculin  d’après les caractères du crâne et du squelette, âgés entre 40 à 50 ans, moyennement robuste. On peut donc estimer d'après ces observations que le squelette attribué à la "reine" Tin Hinan possédait un bassin peu féminin et que celle-ci était probablement nullipare (sans accouchement), en raison peut-être de l'infirmité dont elle était affligée. J'imagine que cette grande femme au menton en galoche et à l'aspect masculin, infirme par surcroît, devait être assez impressionnante ». Le port des bijoux durant l'Antiquité n'étant pas réservé aux femmes et les objets en question n'ayant en outre rien de particulièrement féminin, Danilo Grébénard considère que le personnage inhumé est un homme.


Recherchant en mai 1969 des documents sur les origines des Mrabtines de l'Ahaggar, Marceau Gast rencontra à In Salah des détenteurs de manuscrits anciens (copies récentes de textes originaux et anciens, précieusement conservés à l'abri de tout contact étranger : un esprit occidental a de la peine à imaginer la valeur intrinsèque et sacrée que l'on attribue au texte écrit dans l'Islam, et qui plus est, dans des régions où l'analphabétisme fut quasi total durant une époque assez longue. Il faut donc arriver à gagner longuement la confiance des interlocuteurs et leur estime pour se permettre de toucher et de voir ce qui fait l'honneur d'une famille et qui polarise sa force morale), lesquels citaient Tin Hinan. « En 1020 de l’Hégire, Tihninan fille du Sayyid Malek vint Tin Hinan ben Sid Malek et de Nema oulet Sidi Malek ( ?!). En 1030 vint le Hadj Abu-l-qasim fils du chef de la caravane [du pèlerinage] accompagné de Salih son esclave qui tomba malade en ce lieu. Le sayh le laissa chez le Sayyid al Hadj Muhammed al Salin. Il creusa pour lui une source à al-Majrat ; c'est l'esclave Salih qui creusa la source et on l'appela 'Ayn Salin [la source de Salih] ». Il y a toutefois plusieurs traditions sur la création d'In Salah. Il semble que les traditions arabes la disputent aux traditions berbères. Dans l'une de ces dernières on parle de Kella, fille de Tin Hinan, (dont l'existence remonte au XVIIè siècle). Dans ces traditions on reconnaît cependant la présence des Touareg Kel Ahamellen sur ces territoires. Cependant Voinot place la création de cette oasis au XIIIè siècle après avoir remarqué que ni Ibn Batoutah, ni Ibn Khaldoun, ni Léon l'Africain ne citent In Salah. La date de la création d'In Salah à partir du puits creusé par Salih pourrait-être plausible : 1030 de l'Hégire, c'est 1652 de l'ère chrétienne. Quant à la date du passage de Tin Hinan à In Salah, elle apparaît comme singulièrement aberrante : 1020 de l'Hégire, c'est 1642 de l'ère chrétienne. Or, la datation au C14 sur un échantillon de bois du lit de Tin Hinan a fourni 1480 ± 130 B. P., soit 470. Par ailleurs, Ibn Khaldoun dans l'Histoire des Berbères rapportant l'opinion des généalogistes Arabes et Berbères, dit que les Hooura (c'est-à-dire les Touaregs du Ahaggar) sont appelés "enfants de Tiski". Cette dernière est surnommée Tiski la boiteuse. La Tiski d'Ibn Khaldoun est donc au moins antérieure au XIVè siècle.
Devons-nous distinguer une Tin Hinan musulmane, mère ou grand-mère de Kella qui aurait vécu au XVIIè siècle et serait passée à In Salah en 1642, d'une princesse berbère boiteuse et sans postérité dont le squelette a été retrouvé dans le tombeau d'Abalessa construit au IVè ou au plus tard au Vè siècle ? Nous ne croyons pas à l'existence de la Tin Hinan musulmane des Kel Rela dont il ne subsiste aucun reste matériel dans le monument d'Abalessa qu'ils prétendent être son tombeau (il est exclu qu'elle ait pu être musulmane puisque les dates les plus récentes que donnent les éléments du mobilier funéraire sont largement antérieures à l'Hégire). Nous ne pouvons croire qu'un personnage historique de son importance n'ait été connu que par un sobriquet aussi mystérieux alors que les généalogistes berbères ont de tout temps conservé avec le plus grand soin les noms des ancêtres. La fausse précision du texte apocryphe d'In Salah qui fait de Tin Hinan la fille d'un Sayyid Malek (Monseigneur Roi) révèle l'embarras du copiste soucieux d'établir coûte que coûte une filiation régulière (pourquoi ces manuscrits arabes parlent-ils de Tin Hinan comme d'un personnage historique important, qui n'a pourtant fait que passer dans le Tidikelt, et qu'à son sujet le scripteur a adopté les caractères tifinar ?). Compte tenu des contradictions, mais aussi des convergences entre les données traditionnelles sujettes à variations et les réalités intangibles de l'archéologie on peut proposer l'hypothèse suivante : une lointaine et vague tradition orale avait conservé le souvenir d'une princesse enterrée dans le grand monument d'Abalessa, à moins que par une étrange coïncidence la tradition ait spontanément attribué à une reine la construction de ce monument exceptionnel et mystérieux. À titre de comparaison on peut se souvenir que le gigantesque mausolée des rois de Maurétanie qui s'élève au sommet des collines du Sahel algérois a été nommé Kbeur Roumia, le Tombeau de la Chrétienne, et que toutes les légendes qui s'y rapportent l'attribuent à une femme, princesse ou fée.


En fait, la persistance de ces figures emblématiques tient au fait qu’elles constituent un modèle structural de la société touarègue.
Étymologiquement, Tin-Hinan en langue tamasheq est un nom composé de trois éléments : – ti : pronom, démonstratif, féminin singulier : « celle » ; – n : préposition d’appartenance : « de » ; – ihinan : nom pluriel du verbe han (racine HN) : « se déplacer en campement, migrer (sans évocation d’une direction précise) ». On a donc : Tin-ihinan, qui devient Tin-Hinan, après la chute de la voyelle initiale (i), du fait de l’état d’annexion : « celle des voyages », ou bien « la migrante ». Le terme ihinan a disparu dans le dialecte tamasheq de l’Ahaggar, où pourtant la légende de Tin-Hinan est encore vivante, aussi bien en tant que nom pluriel que sous sa forme verbale han ; il a été remplacé par le verbe gelet qui a le même sens de « déménager » ou « émigrer », sauf qu’ici l’évocation de l’idée de « se déplacer en campement » ou en tente (ehan) n’est pas clairement affirmée dans le terme gelet. Ce qui plaide déjà en faveur de l’ancienneté de la légende de Tin-Hinan – car il a fallu certainement beaucoup de temps pour que la mémoire collective des Kel Ahaggar (confédération touarègue du Sahara algérien, ils sont issus de la tribu berbères des Houaras) évacue complètement un terme nommant un personnage d’une importance notoire dans la vie d’une société essentiellement nomade, donc en perpétuel déplacement ! Mais la question qui demeure est de savoir pourquoi ce terme a complètement disparu en Ahaggar. Pour essayer d’y répondre, on peut avancer l’hypothèse selon laquelle le verbe han étant lié au nom de l’ancêtre d’un groupe politique aussi important que celui des Kel Ahaggar, a pu disparaître après que sa prononciation a été frappée d’interdit. Il est à noter que le prénom Tin-Hinan n’est pas attribué aux jeunes filles de l’Ahaggar, et cela en dépit de son prestige. Cela rappelle une coutume très courante chez les Touaregs qui consiste à éviter de prononcer le nom de son ancêtre car il est considéré comme tibudar « manque de pudeur envers les ancêtres », que d’en dévoiler les noms. Lors d’une étude sur les Touaregs Iwellemeden, Chevantré a écrit : « ... il y a l’interdit du père mort. Je n’ai jamais eu l’occasion de m’apercevoir qu’une personne m’indiquait le nom de son père. L’interdit a toujours été marqué ». Les Iwellemeden d’Arabanda ne prononcent jamais leurs noms patronymiques, préférant laisser le soin de le faire aux membres des familles maraboutiques Inaslamen ou à leurs griots, Inhadan. C’est ainsi que dans la région de Gao, chaque fois qu’on prononce le terme astel : le clou, on se voit systématiquement arrêté par l’expression : a win amghar n ddinet : c’est l’ancêtre des gens ; une façon de nous rappeler qu’il s’agit de l’ancêtre de la tribu touarègue de Chama-n-Ammas. Peut-être qu’avec le temps, tout comme ihinan, astel aura perdu son sens initial de clou, pour ne désigner que l’ancêtre mythique des Chama-n-Ammas. Le père de Foucauld ne fait nullement mention du verbe han ou du nom pluriel ihinan sous la racine HN, dans son Dictionnaire Touareg-Français (le parler de l’Ahaggar) où l’on trouve seulement ehan, terme désignant la tente ou l’habitation, et commun à tous les parlers tamasheq. En revanche, dans le parler tamasheq de l’Adrar des Ifoghas, on trouve la racine HN sous toutes ses formes, aussi bien nominales que verbales, ainsi que le verbe han, « déménager », « migrer » ou « voyager » ; on dit : ihinan wi-n ekli ahonen, « les campements de Akli ont déménagé ». Cette étymologie, qui vient d’être évoquée, contraste, en effet, avec celle qui est fort répandue dans la littérature archéologique, selon laquelle Tin Hinan signifie : « la femme aux tentes » où le terme ihinan que l’on a traduit par « voyager » ou « migrer » est assimilé à ihanan, « les tentes ». Il est évident que le rapprochement entre les substantifs ihinan et ihanan est pour beaucoup dans cette erreur, laquelle risque de devenir la règle. « La femme aux tentes » peut, en effet, prêter à confusion car cela pourrait signifier : « la nomade » ou « la migrante », ce qui renvoie au même sens donné au début pour ihinan ; la tente étant l’habitat propre aux nomades. Ceci est en partie vrai, mais ce qu’il faut noter ici, c’est que la tente, dans l’esprit des nomades, est synonyme de repos et de stabilité : ihanan est l’endroit où l’on revient après un long voyage pour retrouver les siens et, de ce fait, ce terme n’a pas le sens de voyager, ou de parcourir des longues distances. Chez les Touaregs sédentaires des Kel Djanet, ihanan, pluriel de ehan, désigne l’habitation, la maison, alors que taghahamt est employé pour la chambre ; il est opportun de signaler ici l’existence d’un abondant vocabulaire concernant les différentes parties de la maison chez ce groupe touareg. Cette explication correspond à la légende transmise par la tradition orale au sein du groupe des Kel Ahaggar.

Comment les Kel Ahaggar, les Hoouara, ces "enfants de Tiski", ont-ils perdu aujourd'hui jusqu'au nom de Tiski (pourtant spécifiquement touareg) pour ne garder que celui poétique, mais indéfini, de Tin Hinan, sous-entendu « la migrante » ? Par quel miracle cette Tin Hinan qui semble n'avoir jamais eu d'enfant, exalte-t-elle, treize siècles plus tard, un groupe ethnique, dynamique et ambitieux, qui s'empare du pouvoir en se réclamant de sa descendance ?
De tout ce qui vient d’être dit, il ressort que le phénomène Tin-Hinan est, en fait, une superposition de plusieurs personnages qui ont traversé le temps sous la forme de la légende de Tin-Hinan telle qu’on la connaît actuellement pour arriver jusqu’à nous : c’est la migrante, la voyageuse ou la nomade. C’est Tiski la boiteuse d’Ibn Khaldoun, c’est aussi Tin-Hinan walet Malik, la musulmane du manuscrit d’ln-Salah, et enfin Tin-Hinan, l’ancêtre des Kel-Ahaggar, transmise par la légende. Au-delà des trouvailles archéologiques et de la très abondante littérature qui traite de Tin-Hinan, Tin-Hinan reste pour les Touaregs des Kel-Ahaggar, une figure historique de leur groupe et un modèle structural qui s’applique au niveau même des différents groupes de la société touarègue en général, où le phénomène Tin-Hinan est représenté presque partout sous les formes de femmes légendaires, chez les groupes où le système matrilinéaire est encore vivant ; ou sous les formes d’hommes, chez les groupes où ce système à commencé à disparaître. Cette masculinisation est une autre forme de résistance de cette légende. Ces femmes ont en commun avec Tin-Hinan, d’abord l’appropriation d’un espace donné, et ensuite, la fondation d’un groupe de parenté qui va hériter de cet espace, à l’intérieur des tisarradh, limites territoriales connues et reconnues par l’ensemble des groupes. Ces limites ont des repères physiques et géographiques nettement définis. Des groupes de parenté fonderont un pouvoir politique, tirant sa légitimité des rapports de filiation qui les lient les uns aux autres, autour d’un pôle élu parmi ce même groupe de filiation (tawsit), qui forment la confédération. Cette institution politique s’appelle amenokal, ce qui correspondrait au chef suprême qui, à son tour, se justifie par une idéologie basée sur la parenté, le liant à l’ancêtre féminin que le mythe ne cesse de travailler et de perpétuer. C’est le cas de Tin-Hinan, pour le groupe de Kel-Ahaggar, et de Sabnas qui, comme Tin-Hinan, est arrivée à Iferouan (nord du Niger) à dos de chameau, accompagnée de deux autres femmes, dont elle a dit qu’elles étaient ses timghad (tributaires) ; Sabnas a reçu comme dot le territoire d’lferouan de la part de l’amenokal Azerzer qui l’a épousée parce qu’elle était montée à dos de chameau. Depuis lors, ses descendants hériteront de ce territoire et fonderont leur pouvoir politique en tirant leur légitimité de cette appartenance à Sabnas. Alors que les autres groupes de la confédération (tiwsatin, sg. tawsit.) de statut inférieur (imghad), par rapport au groupe au sein duquel est choisi l’amenokal, se réclameront d’un ancêtre toujours féminin qui est, selon les différentes légendes, venu accompagner l’ancêtre des nobles au pouvoir et avait par rapport à lui la même position qu’eux-mêmes occupent actuellement dans la hiérarchie politique et sociale. C’est ainsi que le groupe des imghad, ou tributaires, dans l’Ahaggar se réclame toujours de Takamat, la compagne de Tin-Hinan lors de son arrivée dans le pays. Mais on peut penser qu’il est difficile à l’archéologie, qui est une science basée sur l’analyse des restes matériels, de saisir la dynamique du phénomène Tin-Hinan, qui est elle-même une construction de plusieurs éléments distants dans le temps et dans l’espace ; et elle relève de la représentation symbolique, perpétuellement retravaillée et refaçonnée par la tradition orale, pour se détacher ainsi de tout repère spatio-temporel. Elle devient enfin un véritable mythe-modèle vivant qui remplit parfaitement sa fonction idéologico-culturelle à l’échelle de la société touarègue en général.


Cette légende doit être confrontée à l'histoire des populations du Hoggar. Jusqu'en 1660, l'ensemble du Sahara central était sous la domination des Touaregs Imenân nomadisant dans les Ajjers. Leurs chefs se désintéressaient du Hoggar qui n'était situé sur aucune des grandes voies caravanières, laissant dans une autonomie totale les Kel Rela et les Kel Taitoq (ces derniers nomadisant traditionnellement dans la zone de l'Adrar Ahnet, en Algérie ; c'est l'un des trois groupes nobles de la confédération des Kel Ahaggar avec les Tegéhé Mellet), qui pouvaient maintenir leurs vassaux dans de dures conditions.
Après 1660, suite au renversement de cette dynastie des Imenâm, tous les Kel Ahaggar échappent définitivement à l'autorité dans les Ajjers. Durant cette période, Kel Rela et Kel Taitoq continuent à se partager le Hoggar jusqu'à l'apparition, vers 1750, de Salah, un Kel Rela, le premier amenokal. Les successeurs de Salah, son fils, Muhammad al-Kheir, son petit-fils, Sidi, son arrière-petit-fils Younes, puis le frère de ce dernier, Ag Marna (ou Guemama), conservent à la fois le pouvoir et le titre d’amenokal.
Or, d'après une tradition qui serait récente, Sidi, troisième amenokal, épouse Kella, petite-fille de Tin-Hinan. Il semblerait que jusqu'à Sidi et ses deux fils, Younes et Ag Marna, la succession fût patrilinéaire comme cela est de règle chez les Berbères (seuls les Touareg sahariens et ceux de la zone tropicale du Niger et du Mali, les empires du Ghana au XIè siècle et du Melli au XIVè siècle – et qui n'étaient pas Touareg – ont gardé le souvenir d'une tradition matrilinéaire).
À la mort de Ag Marna se produit une crise dynastique écartant du pouvoir les Kel Rela au profit des Kel Taitoq. La solution unique pour conserver le droit de commandement (tobol, tambour d’appel à la guerre) était de faire succéder à Ag Marna son neveu utérin El Khadj Akhmed, fils de Ezzahara, fille aînée de Kella. Les Kel Ghela prennent la tête de la confédération et s'emparent du titre d'amenokal (chef traditionnel élu par les sages à l'issue des palabres, il est choisi selon des critères moraux et dans des familles nobles ; c'est le chef de guerre, le chef suprême car il détient l'ettebel « tambour de guerre », symbole de son pouvoir) pour leur propre chef, tandis que les chefs des Taitoq et des Tegéhé Mellet retournent au titre d'amghar. Les deux tribus s'opposent à toute tentative d'institutionnalisation de cette position d'infériorité, surtout les Taitoq qui cherchent à plusieurs occasions à retrouver leur statut de tribu entièrement indépendante. Toutefois, El Khadj Akhmed, sixième amenokal, régna de 1830 à 1877. Homme énergique et original (il a introduit la culture des jardins dans l’Ahaggar), il trancha nettement sur son époque pour que l'on puisse se demander si ce n'est pas lui le véritable créateur du mythe de Tin Hinan et l'instigateur du principe de la transmission matrilinéaire du pouvoir et du droit au commandement. Ce serait donc pour justifier idéologiquement ce changement soudain, sorte de coup d'état qui risquait d'être mal accueilli par une société patrilinéaire, que les Kel Rela se prévalent de Tin Hinan et de Kella. La personnalité de Kella, dont nous ne savons rien hormis son mariage, semble donc avoir exercé un ascendant considérable sur l'ensemble des tribus nobles du Hoggar. Cette filiation ne se réclame pas de Kella, après laquelle l'histoire orale garde à peu près tous les chaînons généalogiques, mais de Tin Hinan.
Le caractère récent du mythe de Tin Hinan peut encore être prouvé par le petit nombre de tombes entourant le grand monument. Alors que partout en pays berbère les gens recherchent l'honneur d'être enterrés près de la sépulture des saints et des personnages importants, le tombeau n'était l'objet d'aucun culte particulier et d'aucun pèlerinage.
Il serait également faux de vouloir faire un rapprochement entre la légende et la réalité archéologique. Par ses dimensions le monument ne pouvait que frapper les esprits. Il est possible qu'une lointaine et vague tradition ait conservé le souvenir d'un puissant personnage enterré à cet endroit, d'où la manœuvre des Kel Rela qui, en faisant remonter leurs origines à Tin Hinan, s'inscrivent dans la lignée des anciens chefs locaux en accaparant, pour leur propre compte, le plus prestigieux d'entre eux. Son monument spécifiquement berbère, comme ceux du Tafilalet (tumulus à chapelle de Taouz), de Mauritanie (tumulus à chambre d'El Mrëiti) et d'Algérie du Nord, et son très riche mobilier funéraire révèlent sa puissance et son autorité qui furent suffisamment grandes pour que son souvenir, dans le monde mouvant des nomades touareg, ait pu franchir la barrière des siècles en la personne de Tin Hinan.

Cette étrange légende de Tin-Hinan, qui fait intervenir les femmes dans un monde que domine un ensemble de traditions exclusivement masculines, pourrait donc n'être bien que la version personnelle d'un homme (qui n'aurait eu sans cela aucune chance d'accéder au pouvoir) imposée aux Kel Ahaggar par la cohésion des Kel Rela, peu désireux de perdre leur hégémonie. Après El Khadj Akhmed, tous les amenokals seront choisis dans la descendance de Kella et le mythe de Tin Hinan prendra toute sa force. Il est important de préciser que ce qui fait la différence entre les Touaregs et leurs voisins du Nord ou ceux du Sud est essentiellement le statut de la femme ; aussi ce trait est-il nettement perceptible à travers l’analyse de leurs mythes et légendes ! On est même autorisé à dire que les fondements du monde touareg s’articulent autour de la femme. Cette dernière est assimilée à la création de leurs cosmogonies, l’appropriation de l’espace et l’harmonisation de l’univers. C’est elle qui hérite de la terre (comme chez les Kel-Djanet où seules les femmes héritent de la terre, alors que les hommes sont en principe exclus de ce droit). C’est aussi la femme qui garde et transmet la tradition ; elle est enfin, à travers les légendes, la civilisatrice : Tin Hinan aurait introduit le chameau dont on connaît l’importance et l’utilité dans le désert.


En questionnant une vieille femme de l’Ahaggar sur l’endroit où, selon elle, pourrait se trouver la tombe de Tin-Hinan, elle a répondu que « Tin Hinan est comme l’air que l’on respire ; elle se trouve partout dans l’Ahaggar ».
On trouve, dans les peintures rupestres du Sahara, la trace d’une « route des chars » très ancienne, dont le trajet permet de trouver des mares, des puisards ou des oueds. La petite cohorte de Tin Hinan avait dû l’emprunter pour se procurer cette denrée rare, l’eau, dont un proverbe dit : aman iman, « l’eau, c’est l’âme ». Est-elle, comme le raconte une légende, à l’origine d’une ancienne écriture touarègue, le tifinagh, que l’on a trouvée ici et là gravée sur des pierres ? Ces signes, composés de bâtons (des jambes d’animaux ?) et d’idéogrammes ronds (visages, soleil, astres) servirent-ils de repères pour marquer les routes du désert ?


Pour conclure on peut retenir que le puissant personnage masculin inhumé vivait à partir de la seconde moitié du IVè siècle ; que le tombeau, le mobilier et les bijoux accompagnant le corps montrent des influences venant du nord méditerranéen, du Sahara et du sud soudanais ; qu'enfin rien n'est spécifiquement touareg, bien que le personnage fût de type caucasien.
La légende de Tin Hinan est une création récente, 200 à 300 ans, conjoncturelle, crée par les Touaregs Kel Rela pour des raisons d'ordre politique, afin de conserver le pouvoir et leur suprématie sur tous les Kel Ahaggar. Elle est donc totalement étrangère au tombeau et au personnage qu'il contenait.

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