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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Conversation entre deux familles de singes du Vieux Monde : le singe hominoïde de Banksy conseille à son cousin cercopithécoïde de ne pas rire de sa petite (ou absente) queue, car « un jour nous serons au pouvoir »

Conversation entre deux familles de singes du Vieux Monde : le singe hominoïde de Banksy conseille à son cousin cercopithécoïde de ne pas rire de sa petite (ou absente) queue, car « un jour nous serons au pouvoir »

 

En attendant la synthèse définitive sur la grande famille des singes du Vieux Monde, voici déjà une présentation de nos cousins germains les cercopithécoïdes ainsi qu’une ébauche d’analyse de nos comportements partagés car nos cerveaux sont construits pareillement.

 

 

Les cercopithécoïdes (Cercopithecidae, qui signifie « singe à grande queue ») sont les singes à queue (mais devenue non-préhensile) du Vieux Monde. Les premiers cercopithécoïdes, probablement frugivores à l'origine, apparaissent il y a près de 20 millions d’années en Afrique de l'Est, où ils sont bien représentés dans le gisement de Maboko vieux de 15 millions d’années, mais ce n'est qu'à la fin du Miocène (vers -5 Ma) que ce groupe devient fréquent dans les gisements. Sa diversification semble donc relativement récente et elle est en tout cas postérieure à celle des hominoïdes.

Les cercopithécoïdes sont à cette époque, et comparativement au groupe des hominoïdes, un groupe de peu d'importance uniquement représenté par deux espèces. Le plus ancien fossile de singe du Vieux Monde, le kenyan Victoriapithecus macinnesi, remonte à 19 millions d'années. Il est contemporain de son proche parent Prohylobates d'Afrique du Nord.

Comme potentiellement le premier primate supérieur à avoir renoncé aux arbres et être descendu au sol, Victoriapithecus propose plusieurs leçons importantes qui peuvent avoir des implications pour la compréhension de notre propre ascendance. Premièrement, alors que le paléoenvironnement limite évidemment la paléoécologie, il ne devrait pas être assimilé à la paléoécologie de l'espèce. Bien qu'il existe une certaine corrélation entre la préférence du relief du lieu de vie (forêt, savane ou montagne par exemple) et le mode de locomotion, Victoriapithecus suggère qu'il n'y a pas de relation a priori entre le mode locomoteur et le paléoenvironnement : des environs boisés ou forestiers n'empêchent pas les comportements terrestres. Deuxièmement, la taille du corps est susceptible d'être une conséquence du passage à la vie terrestre, plutôt qu'une cause vers ce changement. La petite taille du corps de Victoriapithecus et d’autres cercopithécoïdes primitifs prouve la responsabilité de l'avènement des habitats de savanes étendues. Ainsi, l’augmentation de la taille dans la lignée des hominidés montre une trajectoire similaire, lorsque les hominidés se sont progressivement adaptés puis en sont venus à dominer l'environnement des prairies. Enfin, l'adoption du mode terrestre a toujours été liée à la propagation des habitats de prairie et au passage à la bipédie. Toutefois, Victoriapithecus apporte la preuve que le comportement terrestre des catarrhiniens est plutôt d'abord apparu chez un cercopithécoïde qui a vécu il y a 19 millions d’années dans un environnement boisé. Comme des contextes environnementaux similaires sont maintenant postulés pour certains des tout premiers hominidés, l'adoption du mode terrestre et l'éventuelle acquisition de la bipédie doivent maintenant être liées à un ensemble très différent des corrélats d'adaptation. La présence de comportements terrestres chez les grands singes africains et dans la lignée des hominidés, ainsi que les éventuelles preuves de knuckle-walking (locomotion sur les articulations ou marche sur les phalanges) autant chez certains hominidés du Miocène et dans notre propre ascendance, plaident également fortement pour un réexamen du rôle du mode terrestre dans notre patrimoine, de la date de son avènement et de ses corrélations à l'alimentation et l'environnement.

 

La famille des cercopithécoïdes comprend notamment les babouins, les macaques, les colobes et les singes cercopithèques (appelés 14 Juillet par les sexologues car le sexe des mâles dispose de deux testicules bleus, surmontés d'une verge blanche, cachant un gland rouge), et constitue actuellement le groupe des catarrhiniens le plus diversifié taxonomiquement.

Ils sont caractérisés par la structure de la couronne de leurs molaires, unique chez les simiiformes : les tubercules sont réunis deux à deux pour former des crêtes transversales (lophes), de sorte que les molaires inférieures ressemblent aux supérieures. La cisaille entre la canine supérieure et la première prémolaire inférieure est très développée, spécialement chez les formes non arboricoles, et peut constituer une arme redoutable.

Les cercopithécoïdes se distinguent des hominoïdés notamment par leurs molaires très spécialisées, appelées bilophodontes. La plupart sont au moins partiellement omnivores, mais tous préfèrent la matière végétale, qui constitue l'essentiel de leur alimentation. Ces espèces sont très opportunistes, mangeant principalement des fruits, mais consommant aussi presque tous les produits alimentaires disponibles, comme des fleurs, des feuilles, des bulbes et rhizomes, des insectes, des escargots et même de petits vertébrés.

Ils se déplacent surtout au sol, en bandes de plusieurs individus. Dans la plupart des espèces, les filles restent avec leurs mères pour la vie, de sorte que le groupe social de base est une troupe matrilocale. Les mâles ayant atteint l'adolescence quittent le groupe et doivent se trouver une nouvelle troupe qu’ils sont autorisés à intégrer. Chez de nombreuses espèces, un seul mâle adulte vit avec chaque groupe, chassant tous ses rivaux, mais d'autres sont plus tolérantes et établissent des relations hiérarchiques entre les mâles dominants et subordonnés. La taille des groupes est très variable, même au sein de la même espèce, en fonction de la disponibilité de la nourriture et d'autres ressources.

La gestation chez les singes cercopithécoïdes dure entre cinq et sept mois. Les naissances sont généralement uniques, bien que, comme chez les humains, les naissances de jumeaux se produisent aussi de temps en temps. Les jeunes naissent relativement bien développés et sont capables de s'accrocher à la fourrure de leur mère avec leurs mains dès la naissance. Par rapport à la plupart des autres mammifères, ils mettent beaucoup de temps à atteindre la maturité sexuelle, quatre à six ans étant typique de la plupart des espèces.

 

Aujourd’hui on distingue deux familles correspondant à deux types adaptatifs différents.

Les colobinés (Colobinae signifie « mutilé » car on observe un fort rétrécissement du pouce par rapport aux autres doigts de la main), colobes africains et semnopithèques asiatiques, sont très arboricoles (leur pied est capable de mouvements de rotation et leur pouce est réduit) et folivores (leur estomac est subdivisé et leur foie comporte de nombreux lobes). Par "colobes" on désigne communément des singes arboricoles d'assez grande taille, munis de longues queues non préhensiles vivant en Afrique subsaharienne. Cependant, la distinction est mince avec leurs équivalents asiatiques qu'on dénomme semnopithèques et langurs, dont le représentant le plus connu est l'entelle. En effet, ils ont les mêmes caractéristiques physiques, à savoir une taille comparable, une longue queue susceptible de servir de balancier dans la locomotion arboricole, et surtout le même régime alimentaire. Celui-ci est fait presque exclusivement de feuilles et nécessite des adaptations anatomiques proches de celles des ruminants au niveau de la division de l'estomac en plusieurs poches afin de parvenir à digérer la cellulose. La principale conséquence comportementale de ce régime alimentaire peu énergétique est la forte proportion de temps alloué à soit recueillir la quantité de nourriture suffisante, soit à digérer. L'activité sociale de ces espèces est donc moins riche que chez des singes proches morphologiquement comme les cercopithécidés mais qui eux bénéficient d'un régime alimentaire composé de fruits, plus énergétiques et digestibles. Les colobidés sont surtout connus à partir du Miocène supérieur d'Afrique (de -11,6 et -5,3 Ma), le genre Mesopithecus étant déjà répandu à cette époque dans tout le bassin méditerranéen, et jusqu'en Angleterre.

Les cercopithécidés (notamment les cercopithèques, babouins et macaques) sont caractérisées par la présence d'abajoues et le développement de callosités fessières. Leur alimentation est variée (elle est souvent collectée rapidement et conservée dans des abajoues avant d'être mastiquée en lieu sûr), le foie et l'estomac sont simples. Ils sont parfois franchement terrestres (leur pied est moins mobile). Les callosités fessières (qu’on trouve aussi chez les Hylobatidae/gibbons) sont deux régions cornées sur la croupe qui leur permettent de s'asseoir pendant de longues durées. C'est la position qu'ils préfèrent pour se reposer ou dormir dans les arbres. Les cercopithécidés ont aujourd'hui une large répartition, le genre Macaca, seul cercopithécidé d'Eurasie, étant, après l'humain, le plus adaptable des primates.

 

 

En attendant notre synthèse sur les comportements de base au sein de la famille des singes du Vieux Monde, voici déjà la retranscription de cette expérience de création ex-nihilo d’une société de macaques en territoire isolé.

 

 

À la base, 400 macaques dont une majorité de femelles (et la plupart enceintes), des jeunes, et quelques mâles en bonne santé ont été implantés sur l’île de Cayo Santiago, un territoire isolé d'un kilomètre de long.

Comment se sont-ils organisés ? Guerre des clans, discriminations, abus de pouvoir, mais aussi gestes maternels, solidarité et respect des lois sociales : une véritable société s'est constituée.

Mais alors qu’ils pouvaient en faire leur propre Paradis, ils l’ont transformé en Enfer. La principale source de nos problèmes n’est pas tant l’environnement physique mais nos rapports avec les autres.

 

Deux semaines après leurs premiers pas sur l’île, tous les jeunes sont tués par leurs congénères. Puis, contraints à vivre ensemble, les macaques commencent à s’organiser et forment différents groupes. À partir du moment où on s’est mis à vivre en groupe, il a fallu développer des mécanismes psychologiques pour être bienveillant avec les autres car il était devenu vital de prendre soin du groupe dans son ensemble.

Fondement de l’organisation des macaques : une société hiérarchisée à l’extrême, où les rapports de domination et la compétition s’exercent d’un individu à l’autre, d’une famille à l’autre, d’un groupe à l’autre. Dans la société macaque, tout le monde agresse (plus ou moins violement) tout le monde.

 

Aujourd’hui les 1000 macaques se sont répartis en 7 groupes. Dans tous les groupes, les macaques sont répartis selon une stricte échelle sociale. Les individus dominants se repèrent grâce à la "grimace de peur" qui ressemble un peu à un sourire : quand un singe fait cette grimace à un autre c’est qu’il est d’un rang inférieur. Les déplacements indiquent aussi les dominants : quand un singe s’approche et que d’autres lui cèdent la place c’est qu’ils sont de rang inférieur.

Les comportements agressifs (mordre, pourchasser, frapper, menacer) construisent un réseau social, les comportements bienfaisants (dont le toilettage est la meilleure expression) constituent un autre réseau.

Chaque singe se caractérise par son agressivité ou sa sociabilité, donc de sa tendance à plus ou moins échanger avec les autres. De toutes les activités sociales, le toilettage est celle où se manifeste le plus clairement l’altruisme, cet élan qui pousse un individu à en aider un autre. Ainsi, les échanges de toilettage permettent donc d’identifier les individus qui sont les plus impliqués dans les réseaux altruistes, et ceux qui en sont exclus. Ces échanges révèlent également la mise en place d’alliances stratégiques (par exemple une femelle qui se fait toilettée par le même mâle depuis plusieurs semaines peut annoncer un accouplement futur).

 

Selon la forme que prend le gène de la sérotonine, les individus seraient plus sociables, mieux intégrés dans le réseau de toilettage, ou au contraire plutôt asociaux et donc moins enclins à passer du temps à toiletter les autres.

Ainsi, le comportement des individus dépend de leur structure génétique, les gènes liés au comportement étant triés selon le processus de la sélection naturelle. De générations en générations, les comportements efficaces pour la survie sont retenus et ceux inefficaces éliminés. La sociabilité des macaques, qui serait liée au gène de la sérotonine, semble donc être un trait de caractère fondamental de leur espèce.

 

Groupe F (287 individus) : groupe n°1 en nombre d’individus et en statut social. Quand ils arrivent quelque part les autres leur cèdent la place. Ils dominent l’île depuis 40 ans, soit depuis 35 ans après leur arrivée. De tempérament flegmatique et n’étant pas le plus séduisant (tête un peu déformée car jeune il est tombé sur le crâne et tout le monde pensait qu’il allait mourir), le mâle dominant (Chester) de ce groupe (et donc de toute l’île) se déplace accompagné de son numéro 2 (36S). L’autre figure charismatique de l’île doit sa popularité à des raisons opposées à celles de Chester : Tony a en effet la réputation d’être le singe le plus agressif de l’île. Tony, n°3 du groupe, s’en prend régulièrement à ses congénères, sans raison apparente. Chester se fait toiletter par une femelle de "bas étage" alors que la femelle dominante, la matriarche du groupe, toilette le challenger Tony.

Tony est au cœur du réseau des agressions mais très en périphérie du réseau de toilettage.

La matriarche et le mâle alpha sont au cœur du réseau de toilettage, le n°2 (proche de Chester, il échange beaucoup de toilettages avec son chef) étant proche du centre.

Chester est donc parvenu au sommet de la hiérarchie par des alliances bienveillantes, tandis que Tony maintient son statut de challenger en agressant les autres.

Les gènes de Chester liés à la sérotonine fonctionnent donc très bien. Du point de vue de l’évolution, il y a donc très peu d’individus dont ces gènes liés à la sérotonine fonctionnent mal, car ces individus sont rejetés (mais leurs gènes, qui fonctionnent mal au niveau de la sérotonine, se perpétuent tout de même).

 

Groupe R (257 individus) : 2è groupe le plus grand de l’île est le plus agressif de tous. Le nombre d’agressions entre individus y est vraiment très élevé.

Groupe S (108 individus) : un des plus petits groupes a été surnommé le « groupe des hippies », car c’est le plus tranquille, un peu plus paisible que les autres car il y a moins de bagarres.

 

Comme la compétition est entre individus, entre familles et entre groupes, au niveau de toute l’île, l’intérêt d’être intégré à une communauté puissante repose sur la soumission des autres communautés. Ce communautarisme se révèle avec la nourriture. Le groupe F, le plus puissant et nombreux est en général déjà là et attend la "soupe", les singes de haut rang étant devant. Bien que ce soit la cohue, les singes connaissent leur place et numéro dans la file d’attente avant de pouvoir manger. Pendant que les nantis du groupe F se goinfrent, les groupes inférieurs, qui ont aussi faim, attendent dehors avec leurs petits. Pourtant, les rencontres forcées autour de la source d’alimentation provoquent toujours des tensions, les singes du groupe F délogeant certains rivaux du groupe R, le second en puissance mais aussi le plus agressif. Lorsqu’un jeune du groupe R en profite pour pénétrer la source alimentaire alors qu’elle est encore occupée par le groupe F dominant, il est puni en étant violemment attaqué. Mais dès qu’un des leurs est agressé, tout le groupe R sonne la charge et attaque en retour : toutes les différences au sein du groupe disparaissent, c’est nous contre eux ! Ainsi se conjuguent l’altruisme et l’hostilité chez les macaques, la solidarité entre les membres d’une communauté entraînant la discrimination de ceux qui n’en font pas partie.

 

Conception de la génération future

La période de la reproduction exacerbe les comportements : coïts et agressions se succèdent. Les agressions augmentent beaucoup durant la période de reproduction, Tony étant en général le plus agressif et aussi le plus occupé du groupe F, tout le temps en train de copuler avec l’une ou l’autre femelle (il y a donc clairement plein de petits qui portent ses gènes dans le groupe F). Si les mâles dominants semblent copuler plus que les autres, c’est qu’ils agissent à découvert sous le regard de leurs congénères. Mais, dans les coins reculés de l’île, s’établissent des unions plus discrètes. Surnommés les « amoureux clandestins », les unions composées d’une femelle et d’un mâle de groupes différents, généralement des singes de bas rangs sociaux, doivent se cacher pour échapper aux agressions.

En général, les femelles sont attirées par les nouveaux-venus, mais les mâles déjà dans le groupe ne veulent pas de cette concurrence supplémentaire et ils acceptent donc très difficilement les nouveaux. Une femelle attire un mâle d’un autre groupe à l’écart, mais si elle se fait surprendre elle se fera agresser par un mâle de son propre groupe. Des jeunes de son groupe surveillent les allées et venues du couple clandestin. Dès qu’un mâle de son groupe s’approche du lieu où le couple clandestin se trouve, la femelle s’éloigne aussitôt et le mâle étranger part dans la direction opposée au mâle du groupe de la femelle, qui la suit elle.

Ce rôle de censeur, appelé « sex police », ne parvient pas à décourager les couples clandestins.

Les mâles qui copulent beaucoup n’ont pas plus de descendance que les autres : les mâles dominants se croient les seuls géniteurs du groupe mais ce n’est pas le cas. Agressifs ou bienveillants, dominants ou dominés, tous les types d’individus parviennent à générer une descendance. Toutefois, le record de progéniture revient à Tony (une quarantaine d’individus), le challenger agressif n°3 du groupe d’élite de l’île. Il parvient à ce record en assurant lui-même le rôle de « sex police ».

 

La femelle qui se faisait toiletter depuis plusieurs mois l’hiver dernier par le même mâle, copule de manière à peine cachée. Elle se fait violemment mordre par Tony qui a vu la scène. Pourquoi un macaque en agresse-t-il un autre sans bénéfice apparent ? Quels mécanismes conduisent un singe à en réconforter un autre malgré le danger ?

 

 

Tous les singes sont capables de se projeter dans le point de vue d’un autre, pour lui nuire mais l’empathie est aussi une capacité primordiale pour devenir altruiste : comprendre les pensées d’un autre est à la base de relations sociales élaborées, depuis la conception de stratégies machiavéliques jusqu’à la volonté de justice entre les individus. Mais dans une société ultra-compétitive, comment expliquer que les macaques puissent utiliser leurs capacités mentales pour le bien d’autrui ?

Les mères qui prennent soin de leur enfant expriment les racines de l’empathie et c’est tout à fait logique que la sélection naturelle ait favorisé ce type de comportement attentionné.

On a longtemps pensé que la sélection naturelle impliquait des comportements égoïstes, mais des processus qui sont égoïstes au niveau du gène peuvent engendrer au niveau du cerveau des comportements incroyablement empathiques. Si la sélection naturelle repose sur une compétition sans merci et nous évoque donc des comportements égoïstes où chacun défend ses propres intérêts, la survie de l’espèce dépend également de la capacité à s’identifier à un autre individu, de prendre soin de sa descendance.

 

6 mois après la période de reproduction, une nouvelle génération de macaques découvre la vie sur l’île sous l’attention de leurs mères. Les nouveau-nés qui découvrent cette nouvelle vie sous l’angle de l’empathie, vont vite se rendre compte que cette bienveillance est sélective. Chez les macaques, l’altruisme et l’hostilité s’articulent selon des règles implacables.

 

Quelles sont les règles qui poussent un individu à aider un autre ou au contraire à l’agresser ? Si les macaques sont avec l’être humain l’espèce qui s’est le plus largement répandue sur Terre, c’est grâce à leur système social particulièrement efficace.

Les macaques sont programmés pour se battre pour le pouvoir, et donc quelle que soit la nourriture disponible ou la configuration du lieu, ils se comporteront toujours pareil. Le pouvoir, dans la société des macaques, dépend du soutien que les autres vous apportent : ils vivent dans de grands groupes, ils dépendent des autres, ils ne pourraient pas survivre seuls. Ces groupes ont une structure matrilinéaire, ce qui veut dire que les femelles restent toute leur vie dans leur groupe d’origine.

Les membres d’une famille interviennent presque toujours lorsqu’un membre plus jeune est impliqué dans une bagarre. Donc la fille de la femelle alpha apprend que dès qu’elle se bagarre sa mère viendra l’aider et que du coup elle sortira toujours gagnante. Elle apprend ainsi qu’elle est également de haut rang social. De même, le petit-fils de la femelle alpha, puisqu’il sait qu’il est d’une lignée puissante, s’en prendra à n’importe quel singe car personne ne lui fera rien en raison du rang de sa famille.

Cette entraide au sein d’une même famille, qui entraîne la transmission du rang social d’une génération à l’autre, définit une société népotique, phénomène universel dans la Nature puisque chez la plupart des espèces les individus favorisent leur famille au détriment des autres. La solidarité entre membres d’une même lignée impose des rapports de classe intransigeants entre les différentes familles du groupe. En bas de l’échelle sociale, les petits des femelles de rang inférieur intègrent tout aussi rapidement leur place dans la société.

Une femelle de haut rang vient boire. Tout le monde s’écarte sauf un jeune, qu’elle envoie balader. Quand un autre petit vient boire à côté d’elle, la femelle de haut rang vérifie si la mère du petit n’est pas à proximité, elle l’enlève et l’amène à la mer pour lui plonger la tête sous l’eau et lui apprendre le respect de la hiérarchie. À travers les agressions que les petits subissent, ils apprennent que si leur mère est de bas rang social ce sera aussi leur statut.

 

Après une nouvelle saison sans enfant, car stérile, une femelle est connue pour ses kidnappings. Lorsqu’elle parvient à s’emparer du petit d’une autre, elle s’en occupe soigneusement, jusqu’à ce que sa mère génétique le récupère.

Lorsqu’un petit meurt, la mère ne se débarrasse du cadavre qu’après plus jours, lorsque celui-ci commence à se décomposer.

 

 

Si des comportements aussi contradictoires qu’une sociabilité exacerbée et une hostilité irrépressible persistent, c’est que ces deux tendances sont parfaitement adaptées pour réussir dans leur société.

 

Ces deux attitudes opposées s’affirment clairement lorsque les mâles atteignent l’âge de l’adolescence. Ils doivent alors quitter le groupe maternel (car beaucoup des femelles sont parentes et il y a risque de consanguinité) et s’engagent alors dans la période la plus dangereuse de leur vie. Ces mâles en transfert (de groupe) perdent donc la protection de leur famille et de leur groupe. Sans aucun soutien, ils doivent intégrer une nouvelle communauté, qui leur est à priori hostile. Ils vivent alors en périphérie d’un groupe, les tentatives d’approche étant longtemps contrariées (souvent plus de deux ans).

Quand on veut s’intégrer à un groupe, on s’expose à l’hostilité de ses membres masculins, et donc au risque d’une blessure mortelle : un tiers des mâles meurent durant leur transfert. Ceux qui survivent choisissent généralement entre une méthode agressive qui consiste à défier les membres dominants du groupe ou une méthode plus amicale qui consiste à nouer des liens avec les plus conciliants (notamment les femelles). Quand on gagne le soutien d’une femelle, toute sa famille (sœurs, tantes et mère) suit, ce qui donne une vraie assise sociale.

L’accouplement est ainsi une très bonne stratégie pour se faire admettre dans un groupe, créer un lien social par ce moyen-là.

C’est ce qui a permis à Chester d’atteindre le plus haut niveau de la hiérarchie sur l’île, malgré un très mauvais départ.

 

 

Les révolutions dans l’ordre établi sont rares, et Chester (à la tête du groupe F depuis 2 ans) a créé un solide réseau d’alliances avec la lignée des femelles dominantes. Mais depuis peu, le groupe F tend à s’étirer, un signe d’instabilité. Le groupe s’est alors scindé en deux camps qui se battent l’un contre l’autre. D’habitude les bagarres durent trente secondes et puis chacun retourne se nourrir ou se toiletter. Là ça durait depuis longtemps puis une mêlée s’est jetée sur un seul singe, ils étaient tous devenus complètement imprévisibles. Au final, le groupe s’est divisé et la matriarche s’est fait exclure du groupe, se retrouvant toute seule. La femelle alpha, à laquelle tout le monde devait se soumettre et laisser la place, est depuis ignorée de tous et toute la lignée maternelle dominante (filles et petites-filles) a été chassée du groupe. Deux semaines plus tard, Chester le mâle dominant bienveillant est retrouvé mort. Tout le monde vient voir et sentir sa dépouille. La femelle et le mâle alpha sont tous les deux morts de blessures infligées par un ou plusieurs de leurs anciens congénères.

 

Depuis, Tony, le n°3 agressif, vit à l’écart du groupe avec une vingtaine d’individus. Lui qui est hyperactif puisqu’il mord et pourchasse les femelles, n’a rien à voir avec Chester et sa force tranquille où tout le monde venait le toiletter. Deux semaines après la mort de Chester, Tony rejoint avec son mini-groupe le reste du grand groupe d’avant. Alors que la première place du groupe doit logiquement revenir à l’ancien compagnon n°2 de Chester, Tony le force à l’exil. Le plus agressif est donc devenu le roi absolu de l’île.

 

 

Que ce soit un programme génétique qui prédispose les macaques à la sociabilité, les capacités cérébrales qui leur permettent d’envisager le point de vue d’autrui, ou des règles sociales qui se perpétuent de générations en générations, les relations sociales peuvent s’analyser dans la perspective d’une très longue histoire d’évolution.

Si on compare le cerveau d’un macaque et celui d’un humain, on s’aperçoit qu’on travaille tous avec un appareil cognitif vieux de 30 millions d’années, à savoir la souche catarrhinienne qui a donné naissance aux singes du Vieux Monde (les cercopithécoïdes, dont les macaques, babouins, colobes, etc.) et aux grands singes que sont les gibbons, les orangs-outans, les gorilles, les chimpanzés et les humains. L’appareil cognitif s’est franchement agrandi dans notre famille, mais les circuits sont les mêmes.

Les humains ont développé des mécanismes biologiques qui permettent de "réguler" leurs instincts basiques, élémentaires, en pensant leurs actions et ce qu’ils voulaient faire de leur nature. Ces capacités de régulation existent aussi chez les macaques, mais de manière très primitives.

 

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