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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Pour célébrer le passage de la 100è édition du Tour de France, le jeudi 4 juillet entre le Gard et l’Hérault puis le vendredi 5 juillet entre l’Hérault et le Tarn (on dépasse un peu mais la Montagne Noire est une partie importante proche des causses du Languedoc), nous publierons des synthèses préhistoriques sur les différentes localités traversées.

 

En outre, nous publierons durant l’été des synthèses sur la Préhistoire du "Languedoc-Roussillon" (en débordant un peu des limites administratives régionales) et de ses diverses zones entre "mers" (Méditerranée au Sud et Rhône à l’Est) et terres (Cévennes au Nord et Pyrénées à l’Ouest).

 

La n°une des quatre grottes du Mas des Caves

La n°une des quatre grottes du Mas des Caves

 

*** Malheureusement, nous n’avons pu finir à temps cette synthèse vue la quantité de sources à traiter sur le riche passé de cette commune.

Repassez d’ici le 14 juillet, toutes les périodes (préhistoriques) d’occupation auront été traitées. ***

 

Lorsque l’on arrive des Cévennes ou de la vallée du Rhône, Lunel marque l’entrée dans un paysage de vastes étendues planes : les palus qui entourent l’étang de l’Or et le delta du Vidourle.

Des collines calcaires jusqu'au cordon littoral, entre les vallées du Vidourle à l'Est et du Lez à l'Ouest, la région Lunelloise présente des facettes contrastées, juxtaposition de ces unités morphologiques. De cette diversité découle l'un des intérêts majeurs de la zone, qui rassemble sur un espace restreint tous les éléments d'un géo-système littoral méditerranéen. On parle souvent, à propos de la morphologie de cet ensemble, d'un amphithéâtre dominé au Nord par des collines calcaires culminant entre 30 et 60 m, puis vers le Sud par les terrasses de la Costière, entre 15 et 40 m. Vient ensuite la plaine, qui n'excède pas une quinzaine de kilomètres de large et s'incline doucement vers le Sud, pour passer de 1,5 à 2 m d'altitude. Plus bas encore, apparaissent les marais où la terre le dispute à l'eau avant de céder la place à la lagune : l'étang de l'Or, ou de Mauguio, séparé de la mer par un mince lido. Voilà le principal vestige d'une petite mer intérieure, le stagnum Latera jadis décrit par Pline, aujourd'hui cloisonné par les deltas et grignoté par la conquête de terres agricoles.

 

 

Les coteaux calcaires du Lunellois témoignent d’activités humaines aux abords de la plaine littorale depuis le Paléolithique jusqu’à la période moderne. Le plus ancien fleuron du patrimoine lunellois est aussi le plus mystérieux : il s’agit des vestiges laissés par les animaux et les Hommes du paléolithique ancien dans la grotte du Mas des Caves (il y a en fait trois grottes). Un kilomètre au Nord-Ouest du village en direction de Saint-Geniès-des-Mourgues, la grotte s’ouvre dans un coteau fameux aussi pour le muscat qu’on y produit. Les Homo heidelbergensis furent les premiers occupants des lieux où ils s’établirent il y a 500 000 ans, laissant autour de leur campement les reliefs de leurs chasses, ossements de cervidés principalement, ainsi que leurs outils grossièrement taillés dans des galets de silex. Depuis sa première exploration en 1824, la grotte a donné lieu à de nombreuses découvertes concernant la vie de ces ancêtres d’Homo sapiens, devenant l’un des plus prestigieux gisements préhistoriques d’Europe (mais qui n’est plus fouillé depuis 1984). En effet, la fouille de la grotte n°1 a apporté des éléments très importants dans les domaines de la géologie, de la paléontologie et de la préhistoire.

 

Les sondages dans la vallée du Dardaillon Ouest ont touché les calcaires du Burdigalien. Ces calcaires tendres, souvent masqués par des dépôts plus récents, peuvent révéler des réseaux karstiques. C’est là que se trouve la grotte du Mas des Caves. C’est un site préhistorique majeur, connu pour ses dépôts de faunes pléistocènes et pour les industries lithiques qui pourraient leur être associés. Il fait partie de la séquence des grands sites languedociens de la seconde partie du Pléistocène moyen (comme la Caune de l’Arago, il y a plus de 350 000 ans). La civilisation acheuléenne est une civilisation étendue, et par la taille de son territoire et par sa durée dans le temps. C’est aussi une civilisation connue par les progrès techniques, dans le temps, en matière de débitage et d’allègement de l’industrie lithique. Ainsi, un biface Acheuléen primitif nécessitait un kilo de silex pour vingt centimètres de tranchant utile. À la fin de l’Acheuléen les artisans de l’époque fabriquent deux bifaces et quarante centimètres de tranchant. Cette technique se retrouve dans l’Hérault dans la grotte de Lunel-Viel.

À l'heure actuelle, peu de sites européens fournissent des exemples significatifs pour examiner l'évolution technologique et du comportement humain au cours de la deuxième partie du Pléistocène moyen et le passage du Paléolithique inférieur au Paléolithique moyen, lié soit à la taille mode 2 ou au mode 3. Cette transition peut avoir lieu entre le stade isotopique marin (MIS) 9 et MIS 7. De nombreux sites européens attestent d’un nouveau comportement technologique orienté vers des méthodes longues et complexes de débitage, avec de longues et complexes réduction répétitive du noyau, forme de flocon prédéterminé, et la standardisation de l'outil. Cette période de transition peut être observée dans les occupations du MIS 9 à Ambrona, la Cueva del Bolomor et Atapuerca (TD 10/11) en Espagne ; Castel di Guido en Italie ; Soucy 1, Lunel Viel, Montmaurin la Terrasse et Cagny l'Épinette en France et Vértesszőlős en Hongrie. Selon des données récentes, ce comportement peut avoir émergé avant ou il y a environ 300 000 années.

 

 

On peut attribuer aux différents ensembles de la grande grotte de Lunel-Viel les âges suivants : Ensemble I du Rissien (-240 000 à -120 000) ; Ensemble II du Mindel-Riss (-430 000 à -240 000) ; Ensemble III du Mindel ou fin du Mindel (-480 000). La stratification se délimite ainsi : Couche 1 : cailloutis de galets remaniés (éboulis sous grotte) provenant des formations pliocènes qui recouvrent le plateau au-dessus de la grotte (puissance de 20 à 60 cm) ; couche 2 : limons sableux, faune extrêmement abondante et en parfait état de conservation (bœuf, cheval, cerf, rhinocéros, loup, hyène, etc), industrie humaine assez rare ; couche 3 : cailloutis et limons à peu près stériles sur 20/30 cm ; couche 4 : limons sableux, faune, mais pas d'industrie humaine pour l'instant ; couche 5 : limons jaunes, varvés.

 

Dans la grotte du Mas des Caves, les niveaux datés du Mindel (-480 000) sont essentiellement constitués par un éboulis à gros blocs tombés du plafond correspondant vraisemblablement à la brusque apparition d'un climat froid.

Les remplissages des grottes ont été profondément altérés pendant l'inter-glaciaire Mindel-Riss (formation de Ferretto), entre -430 000 et -240 000. Dans la grotte se sont alors déposées des argiles décalcifiées, formées d'illite pratiquement pure.

 

 

Les fouilles ont permis de situer l'emplacement de l'entrée primitive de la grotte n°1 (entrée du Mindel-Riss) et de localiser la suite de la grotte n°1 en amont de cette entrée, sous forme d'une galerie pénétrable contenant des sédiments fossilifères du Quaternaire moyen, à une centaine de mètres sous la surface du sol. Cette découverte permet de localiser exactement le gisement du Mindel-Riss et de reconstituer l'histoire et l'évolution du karst de Lunel-Viel, creusé durant le Pliocène et le Quaternaire ancien dans la molasse marine du Miocène supérieur. On peut ainsi voir que sur un substratum d'argiles rouges datant probablement de la fin du Quaternaire ancien, stériles dans la zone considérée, les dépôts fossilifères du Mindel-Riss forment un grand cône étalé de part et d'autre de l'entrée du Mindel-Riss sur une distance totale d'environ 250 m, avec des puissances de 1 m à une dizaine de mètres dans la grotte, et d'une quinzaine de mètres à l'entrée primitive (actuellement entièrement colmatée). Cet important gisement du Pléistocène moyen (fin de l’Interglaciaire Mindel-Riss) contient un remplissage meuble (limons et graviers) épais de 3 à 5 m, très riche en faunes fossiles (ossements de mammifères).

La faune paraît identique dans les 12 couches qui subdivisent l'ensemble fossilifère : les bovidés y sont extrêmement abondants, puis viennent les équidés et les cervidés. On y trouve aussi des carnivores (l'hyène domine), et de nombreuses plaques de tortues.

La faune, très abondante, comprend des espèces issues du Pléistocène ancien et moyen, et d'autres qui marquent l'arrivée dans nos régions des espèces du Pléistocène supérieur (Riss et Würm). Elle constitue un matériel d'une qualité exceptionnelle pour l'étude des animaux du Pléistocène moyen, qui se traduit par la présence de nombreuses formes nouvelles.

La liste des fossiles représentés dans la grotte n°1 est la suivante : Carnivores : Canidés : Cuon priscus Thenius, Canis lupus Lin. Lunellensis, Vulpes vulpes L. ; Félidés : Lynx cf. pardina, Lynx spelaea, Felis spelaea, Felis (Panthera) lunellensis, Felis monspessulana ; Ursidés : Ursus cf. deningeri ; Hyaenidés : Crocula spelaea, Hyaena prisca ; Mustelidés : Mustela palerminea Petenyi, Luira sp., Meles thorali spelaeus ; Pinnipèdes avec Phoca sp. ; Artiodactyles ; Suidés avec Sus sp. ; Bovidés : Bos primigenius Boj., Bison sp. ; Cervidés : Cervus elaphus L., Euctenoceros méditerraneus, Capreolus cf. sussenbornensis ; Rhinocerotidés avec Dicerorhinus mercki ; Équidés : Equus caballus L., Equus cf. hydruntinus ; Rongeurs ; Lagomorphes ; Oiseaux ; Reptiles avec Testudo sp.

 

Les faunes de la grotte n°1 du Mas des Caves nous révèlent que le grand interglaciaire Mindel-Riss voit, en Europe méridionale, la disparition des dernières espèces ayant vécu antérieurement (Euclenoceros mediterraneus, Hyaena prisca, Meles thorali spelaeus ) et l'arrivée d'espèces migrantes qui, soit disparaîtront au début du Riss et constituent donc de bons fossiles directeurs de la fin du Quaternaire moyen (Cuon priscus Thenius, Felis (Panthera) lunellensis, Felis monspessulana), soit évolueront pour donner les faunes classiques du Quaternaire supérieur Riss et Würm (Felis spelaea, Crocuta spelaea, intermedia Bos primigenius, Bison sp., Cervus elaphus, Capreolus sussenbornensis, Equus caballus, Equus hydruntinus, etc.). Dans ce cadre général, les faunes de Lunel-Viel comportent un nombre assez élevé d'espèces nouvelles ou peu connues ; c'est ainsi que pour les seuls grands mammifères ont peut déjà décrire trois espèces nouvelles et deux nouvelles sous-espèces.

 

 

Au point de vue préhistorique, des données importantes ont été recueillies sur l'industrie lithique, et des structures d'habitat ont été découvertes.

En effet, à cette époque l’habitat se transforme et les grottes sont particulièrement recherchées pour se protéger contre les premiers froids.

Les structures d'habitat sont nombreuses, surtout dans les couches les plus anciennes (couches 6 à 11) qui ont été mises en place à une époque où la partie située à environ 25 m de l'entrée était encore très accessible : murs en pierres sèches, dallages de galets et foyers indiquent l'existence de fonds de cabanes. Ce sont parmi les plus anciennes structures d'habitat sous grotte actuellement connues en France.

Les structures d'habitat sont présentes dans la grotte n°1 (ou grotte sud), la "doline" (habitat de plein air dans la partie effondrée de l'ancien réseau entre les grottes 1 et 4), et dans la grotte n°4 (grotte nord), sur plus d'une centaine de mètres de longueur et une largeur de 10-20 m (l'épaisseur de la couche archéologique, dans la zone des structures en place, varie de 2 à 10 m).

 

Une quinzaine de sols d'habitats structurés, au minimum, existe dans les couches 6 à 11 de la grotte n°1 ; ils montrent des structures très élaborées telles que traces de cabanes, litières, foyers construits, aires de travail, aires de circulation dans et hors des cabanes, murs en pierres sèches, sols portant des empierrements de galets, aires d'accumulation des détritus, etc., le tout probablement organisé en fonds de cabanes édifiées dans le secteur de l'ancien porche par lequel la grotte n°1 s'ouvrait sur la "doline".

La doline contient un remplissage très puissant (18 m environ de sédiments post-mindéliens, dont 10 m de dépôts fossilifères du Mindel-Riss) qui l'a entièrement colmatée. Ses dimensions sont importantes : 45 m de longueur sur 15 m de largeur, et elle constitue un vaste gisement préhistorique du Paléolithique ancien. Elle permettait l'accès durant le Mindel-Riss, aux grottes n°1 et n°4.

La partie amont de la grotte n°1, vers l'entrée primitive, constitue un gisement préhistorique du plus grand intérêt. On y trouve des structures d'habitat humain du Paléolithique ancien (interglaciaire Mindel-Riss) : fonds de cabanes limités par des murs en pierres sèches contenant des foyers aménagés, des dallages du sol, des litières, des dépôts de graines, etc. L'étude des foyers montre l'existence de plusieurs types (foyers sur pierre plate, foyer en cuvette simple, cuvette sur sol dallé, cercle de grosses pierres) qui témoignent de la grande diversité et du degré d'élaboration atteint par l'habitat humain dès la fin du Pléistocène moyen.

 

Toujours dans la zone des habitats humains, des sols piétinés représentent soit des zones centrales de cabanes, soit des aires de circulation autour des cabanes préhistoriques. Dans les zones marginales des aires d'habitation, l'étude des accumulations détritiques (amas d'ossements) le long de la paroi Est de la grotte montre, dans les couches 9, 10 et 11, des oscillations du lac souterrain qui s'avançait vers l'entrée de la grotte.

C’est dans la couche 11 que se trouve le foyer aménagé le plus ancien de la grotte, qui est en même temps un des foyers construits les plus anciennement connus. Ces foyers parfaitement "structurés" (cercles de galets, feux allumés dans des cuvettes) indiquent une bonne connaissance des moyens d’améliorer la combustion et le tirage. Les plus anciens foyers incontestables apparaissent à partir d'environ -400 000, notamment à Lunel Viel, et se multiplient vers -200 000 (Caune de l'Arago, Orgnac III). Les autres sites connus en France et en Europe démontrent une maîtrise générale du feu vers -250 000 à -300 000 ans. Les archéologues y observent en effet, des foyers indubitables (charbons, niveaux cendreux, pierres rougies et ossements partiellement carbonisés). Dans la vallée du Verdon, en Provence, la grotte de la Baume Bonne a conservé jusqu’à nous des couches archéologiques qui montrent une utilisation répétée du feu dès -300 000. Les foyers délavés d’Orgnac ont été datés entre -300 000 -365 000. À Nice, l’âge des silex brûlés du site "acheuléen" de Terra Amata est estimé à -380 000 ans (le foyer comporterait charbons et cercles de galets). Contradictoirement, la grotte de Tautavel/Caune de l'Arago, près de Perpignan, n’a, vers -400 000, fourni aucun témoignage de feu.

 

Le "sol 76", contenu dans la couche 9, montre l'existence d'une cabane située à proximité immédiate du lac souterrain, dont le sol comporte une couche de galets épars recouverte d'un "plancher" de branchages. Des moulages des objets ligneux (fragments de branchages, objets en bois) et de tous les objets en matière organique périssable (coquilles de gastéropodes, déjections, fruits ?) apportés par les Hommes du Paléolithique ancien dans leur habitat autorisent une reconstitution plus précise d'un habitat préhistorique datant d'environ 400 000 ans, ainsi que des techniques utilisées par les préhistoriques pour la construction de leurs abris sous grotte (calage de poteaux et de piquets en bois, aménagement du plancher de la cabane, canalisation des eaux de ruissellement, etc.).

Dans la couche 9, la zone centrale de la grotte, à une quinzaine de mètres de l'entrée primitive, contient un sol d'habitat présentant des caractéristiques nouvelles pour ce gisement : un dallage diffus occupe une surface reconnue d'une douzaine de mètres carrés au centre de la grotte. Aux galets et blocs du dallage sont mêlés de nombreuses esquilles osseuses et quelques outils répartis sur une épaisseur de quelques centimètres entre les éléments rocheux. En bordure de cette aire d'habitat existait un très important amas d'ossements entiers ou peu fragmentés mêlés à des galets. Dans l'aire centrale de l'habitat, entre les galets du "dallage", la présence de nombreuses cavités creusées dans les limons très fins qui colmatent les espaces du sol, s’est révélé être des traces de fragments de bois contemporains du sol préhistorique (interglaciaire Mindel-Riss). À ces fragments de branches ou de troncs de petit diamètre (1 à 10 cm) sont mêlées quelques empreintes attribuables soit à des fragments ligneux travaillés par l'Homme, soit à des fruits, des coquilles de gastéropodes ou des déjections. La présence de nombreux fragments ligneux ainsi que les caractères et la disposition des éléments minéraux ou animaux de ce sol d'habitat (galets, biocaille, outillage, esquilles osseuses), permet de penser que le sol de cette cabane devait être constitué par un semis de galets (dallages assez lâches et diffus) recouvert par un "plancher" de branchages. Ces résultats, très importants pour la connaissance des structures d'habitat du Paléolithique ancien ante-rissien, soulignent une fois de plus le très grand intérêt des grottes de Lunel-Viel.

 

Dans la couche 7, un fond de cabane comporte un alignement de blocs, des murets destinés à canaliser les écoulements d'eau et à les maintenir le long de la paroi Est, en marge de l'habitat proprement dit, des traces de feu et des dallages de galets, et un amas semi-circulaire d'ossements (dépotoir) autour de l'habitat.

 

 

Les industries du Mindel-Riss de la grotte n°1 du Mas des Caves se caractérisent par l'absence de pointes moustériennes et de bifaces, l'abondance des outils sur galets (galets à enlèvement simple, choppers, chopping-tools), l'abondance des denticulés, des encoches, des becs burinants ; le pourcentage des racloirs y est relativement faible et les racloirs de type "Quina" sont très rares, de même que les pointes et les racloirs convergents ; quelques éclats et nucleus attestent que la technique levalloisienne (proto en tout cas), bien que peu employée, n'était pas totalement inconnue ; l'outillage sur os est abondant et très divers mais le plus souvent constituée d'outils sommairement aménagés. Pour l'instant, l'industrie paraît être homogène dans les différents niveaux et on ne peut déceler de changement notable depuis la base jusqu'au sommet du remplissage.

 

L'industrie, d'aspect primitif, apparentée au Tayacien ancien de la Caune d’Arago (Pyrénées-Orientales) est très semblable à celle recueillie sur les hautes terrasses des fleuves côtiers du Roussillon.

Les industries découvertes sur les sols d'habitat de la Caune de l'Arago peuvent être définies par leurs caractéristiques pétrographiques, techniques et typologiques. Le petit outillage essentiellement taillé en quartz, plus rarement en quartzite ou en silex, a généralement été façonné sur les débris, moins souvent sur des éclats, rarement sur des galets. Le débitage n'est jamais levallois et les lames sont extrêmement rares. Cet outillage est le plus souvent de petite dimension et pourrait être qualifié de microlithique. Les racloirs, en pourcentage relativement élevé, sont généralement peu arqués et souvent aménagés par retouches épaisses ou surélevées, quelquefois par retouches écailleuses scalariformes. Les racloirs doubles et les racloirs convergents sont relativement peu nombreux ; les racloirs déjetés sont cependant assez bien représentés. Sur les éclats, les racloirs latéraux sont fréquents alors que les racloirs transversaux sont peu abondants. Les encoches et les denticulés sont toujours moins nombreux que les racloirs. Parmi eux les encoches et denticulés obtenus par retouches sont plus nombreux que ceux obtenus par encoches clactoniennes. Celles-ci sont cependant de bonne qualité et très typiques, les becs aménagés par deux encoches contiguës sont généralement bien dégagés. La présence fréquente de pointes de Tayac, de pointes de Quinson et de proto-limaces est caractéristique de cette industrie.

Les grattoirs à museau, massifs, sont relativement nombreux et de bonne facture. Les burins, très rares, sont cependant de bonne qualité et caractéristiques. Les galets aménagés, généralement taillés en calcaire, sont en pourcentage moyen et, parmi eux, les choppers sont beaucoup plus nombreux que les chooping-tools. Les polyèdres, presque toujours en quartz, sont relativement bien représentés. Les micro-galets aménagés sont relativement abondants et très caractéristiques. Les bifaces, généralement des fierons, extrêmement rares, sont présents sur presque tous les sols d'habitat. Les hachereaux, exceptionnels, sont de type archaïque.

Cette industrie, datée du complexe mindélien, peut être rapprochée de la grotte d'Aldène à Cesseras (début du Mindel-Riss) et de la grotte du Mas-des-Caves à Lunel-Viel (fin du Mindel-Riss). Elle caractérise l'un des faciès industriels à rares bifaces ou sans biface, contemporains de l'Acheuléen et peut être individualisée sous le nom de Tautavelien.

Le Tautavelien présente beaucoup de similitudes avec les outillages du Budien découverts à Vértesszöllös en Hongrie, également datés de la fin du complexe mindélien, et à Bilzingsleben en Allemagne de l'Est, datés du Mindel-Riss.

Ces outillages (Tautavelien et Budien) appartiennent à un même complexe industriel qui se développera parallèlement à l'Acheuléen pendant le Riss (Proto-charentien ou Tayacien, Taubachien) et se poursuivra même pendant les Würm ancien (Paracharentien de La Crouzade).

 

 

La partie antérieure de la grotte n°4 (près de la doline) est occupée par un très important gisement préhistorique qui paraît contenir des structures d'habitat humain. L'âge de ce site est comparable à celui de la grotte n°1 et entre dans le grand ensemble interglaciaire du Mindel-Riss. La faune y est extrêmement abondante, les couches à ossements s'étendant très loin vers l'amont, au-delà de l'habitat proprement dit. Les espèces représentées ici paraissent être les mêmes que dans la grotte n°1, mais leur abondance diffère, les équidés paraissant ici mieux représentés, ce qui dénote probablement des conditions climatiques un peu différentes de celles représentées dans le remplissage de la grotte n°1 : la stratigraphie de la grotte n°4 complète donc celle de la grotte n°1. L'exploration de cette nouvelle grotte a amené la découverte d'un sol du Mindel-Riss en place, comportant des ossements et des coprolithes, dans une partie de la grotte certainement fréquentée par les animaux durant le grand interglaciaire. L'industrie lithique contenue dans la grotte n°4 est comparable à celle de la grotte n°1 et contient une forte proportion d'outils sur galets.

 

 

Pour l’Ensemble I du Rissien (-240 000 à -120 000), on remarque trois grandes phases froides : Riss I, Riss II et Riss III, séparées par deux périodes de réchauffement, à savoir l’Inter-Riss I-II et l’Inter-Riss II-III.

Après une courte phase humide, le premier stade rissien paraît avoir été caractérisé par un climat aride qui a favorisé le dépôt d'importantes couches de sables, sans éléments cryoclastiques, mais riches en grains de quartz ronds mats. Le Riss I devait se terminer par le retour à un froid humide et la chute de cailloutis cryoclastiques dans les cavernes. Le premier interstade rissien paraît avoir été chaud et humide en Basse-Provence et sur le littoral des Alpes-Maritimes (formations de sols rouges dans les grottes du Lazaret et de Rigabe), chaud et aride en Haute-Provence, dans le Languedoc méditerranéen et en Roussillon (sols ferralhtiques de la Baume Bonne et de la Caune de l'Arago). Le deuxième interstade rissien a été plus court et moins chaud que le premier. Il est caractérisé, selon les régions et l'importance de l'humidité, par des sols rouges (Aldène, Rigabe). D'abord très humide (grand ravinement de la Baume Bonne), le troisième stade rissien est devenu progressivement très froid favorisant la formation de cailloutis cryoclastiques (Lazaret, Rigabe, Baume Bonne, Aldène).

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