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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

Tassili n’Ajjer, Algérie. Époque des « têtes rondes ». Peinture rupestre illustrant les effets de champignons hallucinogènes

Tassili n’Ajjer, Algérie. Époque des « têtes rondes ». Peinture rupestre illustrant les effets de champignons hallucinogènes

  • Moa : T’es sûre que tu te sens ready pour prendre des champis ? Tu sais ce que je t’ai dit concernant le danger psychique si tu n’es pas prête et bien dans ta tête ! Il n’y a que toi qui connaisse tes prédispositions et tes limites et donc peut juger sereinement si y a bon ou pas moy’ (moy’en, langage jeun’s) !
  • Esperanta : Oui, c’est bon, tu vas pas me refaire la morale, j’ai compris. Franchement ça va super bien, je suis toute turbo-boostée. J’ai d’autant plus envie maintenant d’essayer les champis, en espérant que ça marche tes girolles pour voyager dans mes consciences !
  • M : Bon, si tu le dis. Voici justement Soma, le smart-shop de mon pote indien Uttanka.
  • E : Ça c’est de la vitrine psychédélique !

 

  • Moa : Namaste Uttanka. Hab ke se hay ?
  • Uttanka : Atcha Atcha, ça va nickel mon pote.
  • M : Je te présente une amie venue de nul part, Esperanta.
  • U : Bonjour, enchanté charmante dame. Ton magnifique prénom embaume mon cœur de réjouissance et de sérénité.
  • Esperanta : Bonjour, merci bien, tu es très flatteur.
  • U : Ne t’en déplaise, la vertu des Orientaux, et encore plus des Indiens, est justement de ne s’émerveiller que d’une beauté splendide, pas d’enjoliver par bienséance (sinon dans ce cas, ils s’en tiennent à la simple courtoisie).
  • E : Ils ne font pas de place à la flagornerie et tant mieux, c’est plus franc comme rapport. Ton prénom, … il me dit quelque chose. Que signifie-t-il ?
  • U : Il est issu d’une fable du Mahâbhârata, un poème indien.
  • E : Ah ouais, fais pêter !!    euh pardon, je veux dire, je suis toute ouïe, peux tu me raconter cette histoire ?
  • U : Avec grand plaisir, c’est demandé si gentiment ;-) : un matanga (le plus humble parmi les humbles, la plus basse caste, qualifié de non-humain) invita Uttanka, un sâdhu (saint homme vivant la méditation en ascète, avec le strict nécessaire – comme un ermite), à boire son urine pour étancher sa soif. Uttanka refusa avec indignation avant d’apprendre par la suite que Krishna s’était déguisé pour lui offrir de l’urine de soma. Uttanka avait ainsi gaspillé sa chance de rejoindre les Immortels.
  • M : Explique lui aussi tant que tu y es, ce qu’est le soma, nom aussi de ton smart-shop.
  • U : Les Aryens, peuple nomade du Caucase et d’Asie centrale (donc rien à voir avec les grands blonds aux yeux bleus des nazis), de langue indo-européenne, ont envahis le nord-ouest du subcontinent indien vers – 1600 de l’autre ère. Ils inspirèrent le Rig-Veda, corpus de textes de 1028 hymnes, que les brahmanes indiens (plus haute caste : les prêtres) se transmettaient de bouche à oreille de génération en génération. 120 hymnes sont entièrement consacrés à une divinité-plante dont ils chantent les vertus merveilleuses : le soma. Un poème d’un chamane s’adresse au dieu Indra :
    « Comme le cerf, viens boire ici !
    Boire le soma, autant que tu le désires.
    Pissant généreusement jour après jour, ô puissant,
    Tu atteins le zénith de ta force. »
  • E : Sans vouloir t’offenser Uttanka, c’est quoi ce délire de boire la pisse de quelqu’un ?
  • U : En fait, le soma est l’ Amanita Muscaria (ou amanite tue-mouches). Elle était connue de toute l’Eurasie préhistorique. Elle a une particularité unique dans le monde « végétal » (les champignons ne sont ni des végétaux ni des animaux, mais des eucaryotes, organismes possédant des cellules munies d'un noyau, comme les rouilles, les levures, les moisissures ou encore certains parasites de l’humain ; dans notre cas il s’agit du fruit d’un mycélium souterrain) : elle contient une substance psychédélique dont le principe actif passe rapidement dans les urines. Dans le nord-est de la Sibérie et en Amérique Latine, les aborigènes avaient coutume de boire l’urine de ceux qui avaient pris de l’amanite tue-mouches. En Sibérie, les peuplades auraient découvert cette technique en regardant les cerfs, très friands de ce champignon, boire de l’urine : n’importe quel éleveur de rennes confirmera qu’ils sont souvent défoncés à l’amanite tue-mouches.
    Pour les humains, l’effet est différent, plus profond, comme nous le dit une des plus fameuses strophes du Rig-Veda :
    « Nous (les prêtres, bien sûr, ndlr) avons bu le soma,
    Nous sommes devenus Immortels,
    Nous sommes parvenus à la lumière,
    Nous avons trouvé les dieux.
    Qui peut désormais nous nuire
    Et quel danger nous atteindre
    Ô soma Immortel ? »
  • E : Ah ouais, ça à l’air d’être puissant comme truc. Ils ont l’air bien perchés !!
  • U : Tellement puissant que les prêtres abusèrent de ce savoir pour manipuler le Peuple. Zarathoustra (sage afghan du 7ème siècle de l’autre ère), dans le Zed Avesta, fulmine contre ceux qui utilisent de l’urine dans les sacrifices : « Quand en finirez-vous avec l’urine dont se servent les prêtres pour enivrer le Peuple et le tromper ? » (la religion était déjà l’opium du Peuple). De même, de hauts fonctionnaires chinois se plaignirent des activités de mangeurs frénétiques de champignons rouges et de buveurs d’urine de la secte des manichéens (surgeon de la religion zoroastrienne - dieu unique et culte du feu), qui eurent beaucoup d’influence en Chine pendant plusieurs siècles.
  • E : Très instructif, mais perso, la pisse je vais éviter.
  • M : C’est bien compréhensible, mais tu ne sais pas ce que tu perds. Que nous conseille le chef ? : Miss Tinguette est victime d’une amnésie. C’est la première fois (hummm, la meilleure) qu’elle prend des champis, elle le sent bien et elle voudrait justement redécouvrir sa mémoire.
  • U : Je dirai qu’il faudrait des hawaïens (Copelandia Cyanescens) plutôt que des mexicains (Psilocybe Cubensis) : l’effet est plus fort, mais il est surtout plus régulier, les autres fonctionnent plutôt par vagues d’euphorie.
  • E : Je suis désolé, mais avec ces histoires de pisse et tout le reste, je suis plus tout à fait sûre.
  • M : C’est bien que tu nous le dises maintenant, avant que tu ais pris et qu’il soit éventuellement trop tard (même si en matière de drogue, il est rarement trop tard pour bien faire) ! Bon, alors je te propose un truc : on va faire le tour du magasin, je t’explique comment fonctionnent les drogues et si tu es rassurée alors on passera à l’étape suivante, sinon, on trouvera une autre solution (même si la drogue n’est jamais une solution en soi) !
  • E : Ça me va ! C’est sûrement plus prudent comme ça ! Ça me branche bien de faire un tour dans ton shop, voir tout ce que tu as de bon en biotoxines. Surtout que j’ai deux experts, qui plus est très pédagogues, hors pair.
  • M : Vamos a los toxos. Si dame veux bien se donner la peine d’entrée.
  • E : Quel gentleman ! Mais n’en fait pas trop non plus, ça fait un peu trop suceur, c’est flag !
  • M : Glurps !, … j’en prends bonne note. Sacrée toi va !!!

 

 

Esperanta, Moa et Uttanka entrent dans le smart-shop. Uttanka part de suite conseiller un prospect, très branché par les poppys (« fleurs de pavot » en anglais).

Esperanta et Moa déambulent au gré des substances psychoactives millénairement connues et reconnues pour les plaisirs procurés (et provoqués), sans toutefois occulter les dangers inhérents à toute modification de conscience.

 

  • Esperanta : Il y a beaucoup de monde qui vient dans ce genre de magasin ?
  • Moa : Plus qu’on ne croit, et surtout pas ceux auxquels on aurait pensé à prime abord.
  • E : Genre ? Développe !
  • M : On a un très bon exemple avec le sieur là-bas. Il doit avoir la soixantaine, même si il ne la fait pas. Il doit être perturbé par son début d’andropause : comme les femmes, les hommes ont une chute de fertilité vers la soixantaine (en terme de vie animale c’est Mathusalem), ils produisent un sperme moins riche et ils bandent mou. Dans l’autre monde, en l’autre temps, il se serait bourré de viagra (la pilule de la sarce, parallèle à la pilule de l’Amour, l’extasie) assaisonné d’anti-dépresseur et anxiolytique pour calmer l’anxiété sexuelle. Tout ça a des effets secondaires, que l’on contrecarre avec d’autres médocs pour les atténuer à leur tour, c’est l’escalade dans les drogues légales (alors qu’avec les substances illicites l’escalade est nettement moindre voire nulle, selon les produits). Ici, Uttanka lui proposera plutôt du khat soudanais (feuille excitante équivalente au bois bandé antillais, mais en plus efficace) pour la fertilité et apparemment sieur est aussi un chasseur de dragon confirmé.
  • E : Chasseur de dragon ? Quesako ???
  • M : Un fumeur d’opium.
  • E : Houla, je vois le genre !
  • M : C’est-à-dire ? A ton tour d’expliquer !
  • E : Beh, euh, voilà quoi, … un pauv’ gars un peu paumé qui se shoote la tête pour fuir cette dure réalité qu’est la vie, bien éloignée d’un long fleuve tranquille.
  • M : C’est bien une conception occidentale « moderne » des pratiques narcotiques. Pfff ! Viens, je ne crois pas que tu seras vraiment intéressée par toutes ces plantes.
  • E : Je t’en prie, tu me permets d’en juger par moi-même ! Explique moi et je me ferai ma propre idée des drogues.
  • M : Seulement si tu essaye d’admettre qu’il y a d’autres façons de consommer des drogues qu’en se défonçant les neurones !
  • E : Oui si tu veux : la nature n’est pas une poubelle, ni ton corps, ni ton esprit ! (maxime d’un Teknival vers 2004 de l’autre ère).
  • M : Exactement. Car tous ceux qui picolent quelques verres comme ça, ne le font pas tous pour se mettre minable et aller poser un pâté. Certains ne boivent que pour le goût de l’alcool ou pour avoir de « petits effets », mais au moins maîtrisés. Il faut bien faire le distinguo entre la personne gaie qui délire et fait rire tout le monde, et la grosse poche qui gueule comme un con et est lourd avec tous. Ce n’est pas la consommation qui est dangereuse en soit, mais l’addiction. Au Moyen Age ce terme désignait la dépendance physique (travaux manuels) d’un créancier envers son débiteur, jusqu’au règlement de la dette. Aujourd’hui cela concerne toute pratique irraisonnée, suscitée par un besoin irrépressible et souvent non nécessaire : drogue, sexe, jeu, vitesse, et le pire : pouvoir.
  • E : A ça c’est sûr, comme pour tout, il ne faut pas abuser des bonnes choses.
  • M : J’aime à te l’entendre dire : il « suffit » de laisser, voire d’enfermer si besoin est, la drogue à sa place, un récréatif et surtout pas un solutionneur de problèmes métaphysiques. L’autre monde avait justement fait cette erreur, des médecins prescrivant à toc de médoc anti-dépresseurs, famille des euphorisants, et en rajoutaient une couche pour contrecarrer les effets secondaires (c’est ça la véritable escalade toxicomaniaque). Les fêtards (et pas que les technoïdes, bien au contraire) prenaient des extasies, les parents des médicaments : seule l’appellation change, pas la catégorie des molécules actives. La France, avec ces chimiques et ses vins, est décidemment le pays des drogues et du plaisir, mais interdits ou blâmés pour certains (surtout les jeunes), inavoués pour tous.
  • E : On est bien d’accord. Et pour ton histoire d’opium et de chasseur de dragon ?
  • M : Déjà, il faut savoir que le pavot à opium est connu depuis des milliers d’années. Des graines et des capsules ont été retrouvées dans des habitats néolithiques européens datant de moins cinq mille ans. Les Sumériens le connaissaient près de quatre mille ans avant l’autre ère et une de leurs tablettes le qualifie de plante de la joie. L'image de la capsule du pavot, un entheogène (substance qui engendre {« -gen »} dieu ou l'Esprit {« -theo »} a l'intérieur de soi {« -en »}), fut un attribut des dieux, bien avant que l'opium soit extrait de son latex laiteux. À la galerie des reliefs assyriens au Musée métropolitain de New York, une divinité ailée d'un palais d'Asurnasirpal II à Nimrud, datée de -879, porte un bouquet de capsules de pavot (prudemment décrites par le musée comme des grenades). L'opium a été un objet de commerce pendant des siècles pour ses effets sédatifs. Il était largement utilisé aussi dans l'ancienne Egypte, notamment par les pharaons, non seulement à des fins thérapeutiques mais également pour ses propriétés psychotropes. Dans la Grèce antique, il figurait sur des monnaies et la déesse Déméter était représentée avec des plants de pavot dans ses mains. Le Népenthès, boisson procurant l’oubli de tous les chagrins décrite par Homère dans L’Odyssée, contenait vraisemblablement de l’opium (opion signifie « jus de pavot »).
  • E : Ah ouais quand même, c’est une drogue qui fait partie prenante de notre Histoire !
  • M : Oui, et elle a continué à l’être. C'est à Rome que sa première description scientifique en fut faite par Dioscoride au premier siècle de l’autre ère. Un peu plus tard, Pline l'Ancien signalait ses propriétés analgésiques et antidiarrhéiques et c'était le principal constituant de la thériaque inventée par Galien. Il était d’ailleurs largement consommé dans la Rome impériale, pas seulement pour ses propriétés thérapeutiques, puisqu’en l'an 312 il y existait près de 800 magasins vendant de l’opium et que son prix, modique, était fixé par décret de l’empereur. La récolte y était faite par scarification des capsules comme c'est encore le cas aujourd'hui. L’opium a probablement été introduit aux Indes par les armées d’Alexandre le Grand vers le moins troisième siècle mais sa culture ne s’y est développée que vers le neuvième siècle après les conquêtes musulmanes. A la fin du treizième siècle, Marco Polo observa des champs de pavot dans le Badakhshan, région du nord de l’Afghanistan où se trouvent encore aujourd’hui de nombreuses plantations. Les Arabes utilisaient également l’opium, tant pour ses propriétés thérapeutiques que pour le plaisir et ils contribuèrent à le faire connaître dans tout l’ancien monde. Sous le règne des Grands Moghols, empereurs musulmans des Indes du seizième au dix-huitième siècle, la culture du pavot et le commerce de l’opium devinrent monopole d’état. L’opiophagie se développa alors puis l’habitude de le fumer, importée de Java ou de Formose.
  • E : Et quand et comment c’est venu en Europe ?
  • M : L’Anglais Thomas Sydenham étudia son action au dix septième siècle et mit au point une nouvelle formulation du laudanum (préparation à base d'alcaloïdes du pavot somnifère appelée également vin d'opium). Cette drogue opiacée, la première à répondre à une formulation précise, avait été inventée par Paracelse un siècle plus tôt. Sans l’opium, la médecine serait manchote et bancale, écrivit Sydenham qui en consommait lui-même de grandes quantités. D’importants personnages politiques comme Pierre le Grand, Frédéric II, Catherine de Russie, Richelieu, Louis XIV et bien d’autres en consommaient tous les jours de même qu’un peu plus tard de nombreux artistes et intellectuels comme Goethe, Shelley, Coleridge, Goya, etc. Si l’opium a été pendant des siècles l’un des médicaments les plus importants de la pharmacopée en raison de ses multiples propriétés physiologiques, l’abus d’opium à grande échelle en Europe est apparu au dix-huitième siècle en Angleterre, d’abord sous forme du Laudanum de Sydenham utilisé comme apéritif puis sous forme de pilules d’opium brut vendues dans les pharmacies. Au dix-neuvième siècle, des milliers d’ouvriers en consommaient en Grande-Bretagne tandis que l’habitude de fumer le chandou (opium raffiné) se développait en France.
  • E : Quoi ? Comment l’opium est arrivé jusqu’à nos pays ?
  • M : D’abord limité à la haute société, l’opium ne tarda pas à se répandre jusque dans les classes populaires. Après la chute de Napoléon (Empereur français de 1801 à 1814, chute à Waterloo en Belgique), la France fut saisie d’une brusque frénésie d’anglomanie, et l’opium traversa la Manche avec d’autres modes. Cela plu tellement et l’état sentit qu’il y avait des sous à se faire, qu’en 1898 Paul Doumer (futur président) décida d’établir un monopole d’état sur l’opium cultivé dans le Sud de l’Indochine, colonie française à cette époque. Il s’agissait alors d’une industrie officielle : l’administration achetait, préparait et vendait les graines de pavot. Cela rapportait un tiers du budget de la colonie. C’est pareil ça, peu de gens savent qu’en 1916 il y avait environ 1 200 fumeries d’opium clandestines à Paris et que jusque vers 1920 de l’autre temps, il y avait de nombreuses fumeries d’opium à Toulon et sur d’autres bases de la marine. Il y a d’ailleurs un très beau chant militaire sur les plaisirs et douleurs de l’opium. Les états occidentaux ont toujours rejetés officiellement les drogues mais n’en laissaient pas moins faire (jusqu’à ce que les conduites addictives deviennent gênantes pour les autres ; pas pour le tox, lui l’état s’en fout, il ne sera jamais un citoyen docile).
  • E : Hein ? Les Français étaient des drogués durs avant la 1ère guerre mondiale ?
  • M : Au XIXè siècle, l’opium (pas plus que n’importe quelle autre drogue « douce » ou dure », nuance inexistante à l’époque) ne faisait l’objet d’aucune interdiction. L’opium commença à être utilisé comme drogue au début du XIXè siècle en Angleterre. Au dix-huitième siècle, les Anglais avaient développé dans leur colonie des Indes la culture du pavot (traditionnellement utilisé pour consacrer les mariages) et, sous la domination anglaise de la Compagnie des Indes Orientales, le principal producteur était le Bengale. Si les portugais commencèrent à l’introduire en Chine en petite quantité au début du dix-huitième siècle (12 tonnes en 1729), la Compagnie des Indes Orientales prit rapidement le relais et initièrent les Chinois (uniquement les vieux, qui pouvaient restés perchés ; la société s’en foutait car elle ne pouvait plus rien tirer d’eux) à la consommation de l’opium malgré les édits impériaux interdisant son importation. En 1798, le gouvernement anglais de William Pitt avait envoyé à Pékin la mission Mac Cartney (rien à voir avec le chanteur;-). La mission tenta d'obtenir des facilités commerciales mais l'empereur chinois préféra, par prudence, fermer son pays aux commerçants et aux missionnaires européens. Les Anglais prirent fort mal cette mesure. C'est qu'eux-mêmes continuaient d'acheter en Chine le thé dont ils étaient friands et bientôt, la balance commerciale pencha résolument en leur défaveur. Tandis qu'en Europe se terminaient les guerres napoléoniennes, en Extrême-Orient, les affaires suivaient leur cours. La Compagnie britannique des Indes Orientales (« East India Company ») joua son va-tout en accroissant ses ventes illégales d'opium en Chine en intoxiquant la jeunesse et le reste de la population ; de 100 tonnes vers 1800 à 2600 tonnes en 1838. En 1839, le gouverneur de Canton, excédé, fit saisir 20 000 caisses de drogue (de quoi faire pâlir d'envie les gangs colombiens d'aujourd'hui) et les détruisit en place publique : ce fut le prétexte qu'attendait Londres pour imposer l'ouverture du marché chinois à ses commerçants.
  • E : Il y a un truc qui m’échappe là : les Britanniques ont fait une guerre pour obliger un pays à accepter sous la contrainte de se faire livrer une drogue (bien costaud en plus) ?
  • M : Exactement : Au nom du sacro-saint libre-échange, le premier sinistre de la jeune reine Victoria, lord Melbourne, et son sinistre des affaires étrangères, Palmerston, convainquirent le parlement de Westminster d'envoyer un corps expéditionnaire pour demander raison au gouverneur de Canton. Un peu comme si les Occidentaux avaient fait une guerre contre des pays musulmans pour les forcer à leur acheter de l’alcool (pour faire du business et écouler les stocks) : belle mentalité !!!
  • E : Et comment se fini cette guerre ?
  • M : Un croiseur britannique bombarda Canton et occupa l'archipel voisin des Chousan. Puis une escadre remonta le Yang Tsé Kiang (le Fleuve bleu) et vint menacer Nankin, obligeant le gouvernement de l'empereur à capituler. Cette première application de ce que l'on appellera plus tard la « diplomatie de la canonnière » (droit du plus fort) déboucha sur le scandaleux traité par lequel les vainqueurs gagnèrent le droit de commercer librement dans cinq ports chinois dont Canton et Shangai. Ils obtinrent en prime la cession de l'îlot de Hongkong (port embaumé en chinois), qui commande l'accès à Canton et à la Chine du sud. À ce rocher sans eau s'ajouteront le territoire de Knowloon, sur le continent, par une convention de 1860, et les Nouveaux Territoires par un bail emphytéotique de 99 ans en 1898 (le non-renouvellement de ce bail en 1997 conduisit les Britanniques à restituer l'ensemble des territoires à la Chine).
    Comble de l'humiliation, l'empereur du accorder l'extraterritorialité aux ressortissants britanniques et payer une indemnité de 21 millions de dollars d'argent. Jaloux des Anglais, les Français et les Américains s'empressèrent d'exiger de Pékin des avantages équivalents pour leurs commerçants et leurs missionnaires.
  • E : Et beh, c’est pas glorieux pour les Occidentaux d’avoir coulé un empire (ça en soi c’est pas si grave, au contraire) mais pire encore une civilisation.
  • M : Surtout qu’avec le traité de Nankin, l'« Empire du Milieu » (surnom de la Chine) entra dans une période dramatique tissée de guerres civiles et d'humiliations face aux « diables roux » venus d'Occident. Le Peuple fomenta des soulèvements contre le gouvernement mandchou, coupable de collusion avec l'étranger. Le soulèvement le plus notable fut celui des Tai p'ing. Il fit environ 20 millions de morts dans un empire d'environ 300 millions d'âmes. Humiliations diplomatiques et guerres civiles ne prirent fin qu'un siècle plus tard, le 1er octobre 1949, avec la victoire des communistes.
  • E : J’hallucine comme juste pour une question de gros sous, nos sociétés dites modernes (par opposition aux « barbares » de l’Orient ; alors que ça marche plutôt dans le sens inverse) se sont permis de mettre sans dessus dessous une civilisation aussi puissante et plurimillénaire, mais encore plus une population aussi nombreuse. Nous avons, par nos lourdes fautes, provoqués un avènement douloureux de la Chine moderne en déstabilisant complètement l’ancienne en très peu de temps ?
  • M : Malheureusement oui. La bourgeoisie et le pouvoir, autant que l’attrait de l’argent, ne connaissent pas de limites et n’ont jamais fait de sentiments : l’argent n’a pas d’odeur, et la morale se tait. La défaite chinoise se traduisit par l’importation de  3 000 tonnes d’opium en 1850. Une deuxième guerre de l’opium déclenchée en 1856 eut des conséquences encore plus graves pour la Chine. Ainsi, 6 000 tonnes furent importées en 1879, plus de 10 000 en 1886. Dans le même temps, le nombre d’opiomanes chinois dépassait 120 millions, soit le cinquième de la population. Toutefois, la culture du pavot se développa parallèlement en Chine faisant de ce pays le premier producteur mondial d’opium au début du vingtième siècle. Résultat de tout ce micmac (chez les Mac Tarmac), à la même époque, c’est à Shanghai que fut prise la première décision internationale de bannir l’usage de l’opium. Elle devait conduire à la législation internationale actuelle représentée par les différentes conventions internationales sur les stupéfiants, les précurseurs et les médicaments psychotropes. Ceci n’empêcha pas la France de continuer à produire de l’opium raffiné, dans ses bouilleries de Saigon jusqu'en 1954. Pour les relais en Europe, on recrutait dans les ports d’arrivée : c’est ainsi que se constitua le milieu marseillais. Par la suite, à la Libération, on paya ces mafieux pour briser les grèves communistes, pour coller des affiches et être gardes du corps pour les élus gaullistes et socialistes. Du coup, les politiques reconnaissants de la sauvegarde de leur pouvoir, fermèrent les yeux sur le trafic. Dans les années 60, la French Connexion vendait 80% de l’héroïne (substance issue de la morphine, elle-même issue du pavot à opium, on pensait à sa découverte en 1898 qu'elle permettrait de soigner l'addiction à la morphine, très répandue à l'époque – d’où son nom d’héroïne ; ironie du sort, car la morphine elle-même avait été préconisée comme substitut à l'opium) présente sur le marché américain (pure à 98%), en Amérique Latine et en Asie. Les pressions US parvinrent à freiner un temps l’expansion des parrains corses continentaux et marseillais dans le trafic de drogue, mais la répression ne dura guère.
  • E : Bah ça alors, si on m’avait dit qu’à cette époque les Européens se toxaient à l’opium, je l’aurai pas cru.
  • M : Aujourd’hui l’opium est légal (l’héroïne non car incontrôlable et personne ne peut se prétendre être assez fort contre sa dépendance induite), mais nous y faisons super attention. Tu sais, notre organisme fabrique ses propres drogues, notamment un système antidouleur, essentiel à notre survie. L’opium et ses dérivés ne font qu’utiliser ce système naturel pour procurer un état de bien-être. Les caractéristiques communes des stupéfiants capturant, c'est qu'ils suscitent des sensations agréables, mais dans le suivi, ces sensations seront supplantées en engendrant des symptômes de plus en plus désagréables et un état d’âme languissant. L’héroïne et les autres opiacés (composés chimiques présents normalement dans le cerveau telles que l'endorphine et l'encéphaline), en bloquant au niveau du système nerveux la sensation de douleur, déclenchent une sensation de jouissance incomparable. Cependant (puisque toute drogue à ses inconvénients), attaqué par la drogue, le cerveau s’adapte. Il se désensibilise au plaisir et l’addiction s’installe (d’où le manque en période de sevrage). Mais il est à noter, et la dépendance est moins risquée (quoique), que normalement, ces agents organiques se produisent suffisamment lors des activités agréables, si nous faisons du sport ou l’amour (euphorie naturelle).
  • E : Ça me fait penser à la C.
  • M : C’est vrai que l'usage de cocaïne provoque aussi une euphorie immédiate, un sentiment de puissance intellectuelle et physique et une indifférence à la douleur et à la fatigue. Mais ces effets vont laisser place ensuite à un état dépressif et à une anxiété.
  • E : Par contre j’en ai pas vu dans le magasin.
  • M : C’est normal, Uttanka ne vend pas de chimiques, c’est bien pour ça que je viens ici, c’est le paradis du toxobio ! A titre personnel (mais ça n’engage que moi), je trouve que la cocaïne c’est de la merde (surtout le sale goût amer d’aspirine qui te coule sans arrêt dans la gorge). C’est vrai quoi, une pâte est obtenue en mélangeant des feuilles de coca avec un produit alcalin (le plus souvent du bicarbonate de sodium), un solvant organique (du kérosène par exemple) et de l'eau. Le mélange est agité et l'alcaloïde est extrait dans le solvant organique. L'utilisation d'un acide permet ensuite de séparer l'alcaloïde du kérosène qui est jeté. Une addition supplémentaire de bicarbonate permet d'obtenir une substance solide : c'est la pâte de coca. Cette pâte est mise à sécher. Chimiquement, cette pâte de coca est de la cocaïne base mais elle contient des résidus toxiques des produits chimiques qui ont servi à sa préparation. La cocaïne en elle-même est obtenue en dissolvant la pâte de coca dans de l'acide chlorhydrique et de l'eau. On ajoute un sel de potassium à ce mélange afin d'éliminer les impuretés. Enfin, on ajoute de l'ammoniaque ce qui provoque la précipitation du chlorhydrate de cocaïne qui peut être récupéré et séché puis conditionné en sachet de poudre blanche. Franchement, avec tous ces produits chimiques qu’on utilise aussi comme détergents pour l’entretien, ça ne donne pas envie de s’en mettre plein le pif.
  • E : C’est vrai que toi c’est la nature avant tout.
  • M : Ben ouais, mais il n’y a pas que ça contre la cocaïne. Excitant puissant, elle provoque une dépendance psychique importante. Il est difficile d'arrêter une consommation aiguë de cocaïne, tant la nécessité d'en reprendre est importante. Pour moi, c’est vraiment la drogue à ne pas prendre car elle te donne tellement une impression de puissance que tu peux te prendre pour une superstar et faire chier tout le monde avec des soi-disant idées fulgurantes et clairvoyantes. Et plus dur sera la chute car avec une moyenne de 20 minutes de défonce, il faut souvent se repoudrer le nez (ce qui détruit les narines au passage) sinon on redevient tristement normal. L'apaisement, même avec la consommation d'une autre substance, est très difficile car on veut absolument redevenir le leader qu’on croyait être alors que ce personnage n’est que temporairement et chimiquement créé par un cerveau trompé à l’insu de son « plein gré » (car avec la c on ne sait plus où est et comment gérer sa personnalité, la « molle » de tous les jours).
  • E : Ça, pour avoir connue quelques nightclubers, je te confirme qu’ils se prenaient souvent pour plus grandioses, plus forts, plus beaux qu’ils n’étaient.
  • M : Les enfants hyperactifs souffrent de trouble de l’attention et de la concentration : leur cerveau limbique (reptilien) est sur-actif et ils bougent dans tous les sens. Les gens qui prennent de la C sont souvent des personnes souffrant de l’attention et la drogue permet de se concentrer et de se calmer en même temps. La cocaïne empêche l’aspirateur à dopamine de les récupérer une fois qu’elles ont transmis leur message au neurotransmetteur suivant et qu’elles devraient être récupérées pour servir ailleurs. Les neurotransmetteurs sont donc alors surexcités. Par contre, dans le même registre mais en nettement plus soft, j’aime bien les feuilles de coca. Les légendes Incas rapportent que le dieu Soleil créa la coca pour étancher la soif, éteindre la faim et faire oublier la fatigue aux humains. Les Indiens aymaras, dont la civilisation s'est épanouie dans la région du lac Titicaca avant l'arrivée des Incas, lui ont donné le nom de khoka, qui signifie « l'arbre par excellence ». Pour l’Europe, il faut attendre 1863, quand un certain Angelo Mariani, chimiste corse, dépose les brevets de plusieurs produits de sa composition. Des pastilles à la coca, du thé à la coca et un vin aux extraits de coca, dont la réclame vante les propriétés tonifiantes et qui remporte un vif succès commercial. Le vin Mariani et son créateur deviennent bientôt célèbres dans toute l'Europe. Mais cette invention est vite éclipsée sur les marchés par une autre boisson. En 1886, un pharmacien américain d'Atlanta, John Smith Pemberton, s'inspire du vin Mariani pour concocter une potion stimulante à base de coca et de noix de cola. En 1892, Asa Candler, un autre chimiste, rachète les droits et fonde la Coca-Cola Company. Une dizaine d'années plus tard, les scientifiques découvrent les dangers de la cocaïne, l'un des alcaloïdes de la feuille de coca. L'alcaloïde est alors retiré des feuilles de coca entrant dans la composition du Coca-Cola (décocaïnisée). Coca arrête la cocaïne en 1903, et la cocaïne est interdite en 1914.
  • E : Si on m’avait dit que le coca contenait de la coke, je l’aurai pas cru.
  • M : Et oui ma chère, il y a plein de choses que peu de gens savent. Mais l’Histoire est là pour se rappeler à nos bons souvenirs (les mauvais on y pense et puis on oublie – c’est la vie c’est la vie, après en avoir tirer les enseignements). Ainsi, même Sigmund (Freud), était un cocaïnomane patenté. C’est pour ça qu’il a eu tellement de clairvoyance quant à la nature humaine et sont attirance instinctive vers le sexe (même si du fait de sa toxicomanie il voyait le « mal » partout [notamment bien sûr le fameux complexe d’Œdipe où un bambin désire sexuellement son parent de sexe opposé, il peut y avoir de l’attirance pour l’autre, mais plutôt de curiosité envers cet être différent dont il « faut » – sauf les homos, histoire de se simplifier la tâche – apprendre le mode de pensée et d’action]). Pour dire, même Sherlock Holmes (donc l’auteur de ce personnage détective, Conan Doyle) était à fond de c et c’est entre autre grâce à ça qu’il était aussi perspicace, les sens toujours à l’affût et la réflexion en alerte (même si à force de trop en prendre, ça peut vite tourner dans le vide égocentrique).
  • E : Et beh, avec tout ça, je me coucherai moins conne ce soir. Merci pour toutes ces lanternes en tous cas. Et ça c’est quoi, ces magnifiques fleurs, qu’ont-elles de toxantes (puisque c’est le cas j’imagine, sinon elles n’auraient pas leur place ici) ?
  • M : Ah ça, on rentre dans le secteur des clefs de la perception, des hallucinogènes ! Ça ma belle c’est du Datura, autrement appelée « trompette des anges/du jugement/de la mort », « pomme poison », « herbe du diable », « grand carapate bâtard ».
  • E: Mais qu’est ce que c’est encore que ce truc ?
  • M : Attention, ça c’est du costaud ! Le datura est une substance hallucinogène naturelle issue d’une plante que l'on trouve sur tous les continents, sous des climats tempérés ou tropicaux. C'est une jolie plante, que l’on peut reconnaître en été et en automne à ses longues fleurs mauves ou blanches facilement identifiables. Elle produit un nombre important de graines qui contiennent le plus de principe actif (l’atropine, l’hyoscyamine et la scopolamine) mais tout le reste de la plante est toxique. Il y a donc de nombreux moyens de la prendre : on peut fumer les feuilles (c'est la méthode la moins risquée), faire un thé avec des graines et des feuilles ou manger les graines. Le datura a été largement utilisée et depuis fort longtemps dans les pratiques chamaniques, la sorcellerie (on pense que la sorcière sur son balai est une représentation du trip causé par la datura) et la quête de vision en Europe, en Asie, et parmi les tribus Amérindiennes. Une légende raconte que quand le Buddha prêchait, des gouttes de pluie tombaient du ciel sur des plants de datura. Le datura était également associé au culte de Shiva, le dieu indien lié aux aspects créateurs et destructeurs de l'univers. Elle était consommée de plusieurs façons, en onguent enduit sur le corps pour les sorcières, fumée ou en décoction chez les Amérindiens. On suppose aussi que la lycanthropie, croyance selon laquelle un humain peut se transformer en loup (le loup-garou) viendrait de l'impression induite par le datura de se transformer en animal. Ses effets sont si puissants qu'à haute dose, la personne peut avoir l'impression que ses hallucinations sont réelles et ne plus savoir si elle est éveillée, endormie, dans le réel ou pas. Il y a tout d'abord les hallucinations auditives avec l'impression que des personnes ou des objets te parlent; ceux-là peuvent être présents, ou pas. Il y a ensuite les hallucinations visuelles très variées. Elles dépendent de beaucoup de facteurs mais on note en général des confusions au niveau des couleurs (le bleu paraît vert etc...), des visions d'animaux, de personnes ou d'objets absents, l'impression que des objets inanimés le deviennent (les murs parlent, les objets se déplacent sur leurs petites jambes etc...). Il existe aussi des hallucinations au niveau des sensations avec l'impression de voler, de ne pas ressentir la douleur, de devenir un animal etc... Enfin, les effets de la datura se traduisent par un état important de confusion qui peut rendre la personne incapable de faire quoi que ce soit (certains rapportent avoir parlé à celui qui est dans le miroir et s'être énervé quand il s'est aperçu qu'il répétait les mêmes gestes).
  • E : Beurk, ça donne pas envie ton truc.
  • M : C’est sûr, ça calme bien, mais pour autant le datura était employé comme aphrodisiaque aux Indes, et des remèdes de datura existaient pour l'asthme mais furent interdits après que les gens commencèrent à les employer récréationnellement. Pour autant, le datura appartient aux solanacées, famille de plantes qui a une grande importance économique. En sont issus bon nombre de légumes et de fruits : pomme de terre, tomates, aubergines, piments et poivrons. Sont également issues de cette famille des cultures industrielles comme le tabac ou ornementales comme le pétunia. Beaucoup de plantes de cette familles sont riches en alcaloïdes et certaines sont très toxiques : belladone, morelle, datura, mandragore, tabac et Salvia Divinorum (sauge divine) ; ces plantes étaient utilisées par les sorcières pour soigner au Moyen Age. La Salvia Divinorum contient un des hallucinogènes les plus efficaces connus : la salvinorine A. Cette plante, désignée sous le nom des « feuilles de prophétie », était très utilisée par les chamanes Amérindiens pour leur produire des visions. Tout est toujours une question de Respect de soi et de la drogue : son usage traditionnel était précédé d'une longue période de purification et de jeûne (ils étaient pas fous ces chamanes, ils voulaient continuer à prédire en restant « crédibles »). En effet, il y a un risque important d'overdose au datura car la marge entre une dose qui fait un effet et celle qui risque de provoquer un accident est très faible. La méthode de consommation la moins risquée est de la fumer, viennent ensuite les infusions et recettes de cuisine diverses. Ces deux dernières sont beaucoup plus dangereuses et représentent un grand risque de dépression respiratoire puis d'arrêt cardiaque (overdose).
  • E : Ça fait froid dans le dos ! Et le machin collé à la tige là-bas, c’est quoi ?
  • M : C’est de l’ergot de seigle.
  • E : Et ?
  • M : C’est un champignon du groupe des ascomycètes, parasite du seigle (et d'autres céréales), contenant des alcaloïdes polycycliques, dont est tiré l'acide lysergique (duquel le LSD est un dérivé). Il fut autrefois responsable d'une maladie, l'ergotisme, appelée au Moyen Âge « Mal des ardents », liée à la présence d'ergot dans le seigle utilisé pour fabriquer le pain. Cette maladie, qui dura jusqu'au XVIIè siècle, se présentait sous forme d'hallucinations passagères, similaires à ce que provoque le LSD, et à une vasoconstriction artériolaire, suivie de la perte de sensibilité des extrémités des différents membres, comme les bouts des doigts. À cette époque, il était communément admis que ces personnes étaient des victimes de sorcellerie ou de démons. Saint Antoine était d’ailleurs le saint patron des ergotiques.
  • E : Et tu prends ça toi ?
  • M : Quelques fois oui, mais à dose très modérée. Pour info, l'ergot était parfois utilisé par les sages-femmes pour arrêter les hémorragies et faciliter certains accouchements. Le dernier incident majeur lié à l'ergot de seigle en France date d'août 1951, dans le village de Pont-Saint-Esprit (Gard), où la majorité des habitants auraient été atteints d'hallucinations, suite à l'absorption de pain contenant de la farine de seigle contaminée. Plusieurs personnes sont mortes d'accidents liés à leur hallucination. Pour ta gouverne, en médecine, les dérivés de l'ergot de seigle sont des molécules utilisées en particulier dans le traitement des crises de migraine. En fait, en 1938, le chimiste suisse Albert Hofmann (lorsqu'il travaillait pour l'entreprise pharmaceutique Sandoz - qui s'appelle maintenant Novartis) a obtenu par transformation chimique de l'ergot de seigle la première synthèse du LSD, son enfant terrible. Le LSD pirate le système de communication du cerveau (qui passe le plus clair de son temps à discuter avec lui-même pour vérifier que tout va bien et réguler l’ensemble si besoin) ce qui provoque une altération des frontières de l’ego (comme le dit Descartes : cogito, ergo(t) sum : je pense, donc je suis). Ainsi, le LSD a été étudié comme arme chimique. En 1953, l’Office of Strategic Services (OSS), la future CIA, acheta du LSD à Sandoz pour développer une arme opérationnelle pouvant produire des effets tels des troubles de la mémoire, un discrédit dû à des conduites aberrantes, des altérations du comportement sexuel, la délation, la suggestibilité et la dépendance. On avait testé le LSD mais ça rendait les soldats pacifiques et ce n’était pas ce qu’on leur demandait. Ces recherches, « Projet MK-ULTRA », cessèrent en 1960 après que de nombreux agents eurent pris du LSD pour leur propre plaisir.
  • E : Ah ouais ?
  • M : Et oui, qui l’eut crû ! La sérotonine ainsi libérée provoque une hypersensibilité des sens tels que la vue (vision stéréoscopique multicolore), l’ouïe (on écoute – démarche active – des choses auxquelles normalement on ne prête jamais attention car on les entend – démarche passive – à peine), le touché (on peut palper les molécules du vide autant que vraiment rentrer en contact avec l’autre. On ressent un apaisement du corps et de l’esprit, on a un sentiment d’appartenance à son environnement et au cosmos : ce que l’on peut appeler une union mystique. Timothy Leary (1920-1996), auteur Américain, psychologue, militant pour les drogues, est le plus célèbre partisan des avantages thérapeutiques et spirituels du LSD. Pendant les années 60, il a inventé et à popularisé le slogan « Turn on, Tune in, Drop out » (Branchez-vous, Soyez en Phase, Lâchez prise) [Timothy lui était carrément « wired » – attaché avec du fil barbelé ; cette maxime faisait référence a son expérimentation avec la fameuse molécule de la chanson des Beatles – eux aussi étaient « branchés » – Lucy in the Sky with Diamonds].
  • E : Mais c’est qui ce gars ?
  • M : Tu verras plus tard, là je ne te parle que des drogues et de leur consommation classique. Pour revenir au LSD, le côté négatif (car il y a toujours un revers à chaque médaille) est que l’on peut se sentir tellement dissous dans un grand tout, que l’on peut se morceler et devenir anxieux jusqu’à la folie. Avec l’éclat de l’ego, il peut y avoir une certaine perte d’autonomie et un décalage complet par rapport à la réalité. Il y a d’ailleurs une photo où l’on voit un chat perché au LSD, être blotti au fond d’une cage, effrayé qu’il est par une souris (tout comme peut l’être un éléphant, comme quoi la taille ne fait pas tout, voire même rien !). Ainsi, en 1966, l’acide (ou buvard, autres noms du LSD) était jugée (à juste titre vu les abus des hippies, cf. la chanson des Beatles Lucy in the Sky with Diamonds, allusion directe au LSD et au trip d’Alice au pays des merveilles, quand elle mange des gâteaux et bois pour grandir, rétrécir, avoir le cou qui s'allonge) plus dangereuse que la guerre du Vietnam. Du coup, on en refila à des malades mentaux mais ils n’aimaient pas ces médicaments. Moins regardant, les hippies allaient directement acheter chez eux !
  • E : Tiens en parlant de tout ça, ça me fait penser que je n’ai pas vu de pilules !
  • M : Normal puisque Uttanka, comme moi d’ailleurs, ne touche pas aux chimiques !!! Même si le safrole (huile de sassafras qui contient du safrole, un précurseur classé sur la liste produits stupéfiants, utilisée en aromathérapie pour ses propriétés relaxantes) et le baobab (autre précurseur des tata) sont bien naturels eux.
  • E : D’accord, mais tu peux quand même me dire d’où est sortie cette drogue, vu que tu parles que de ça ici ?
  • M : Même si je ne suis pas un fan de cette drogue, je vais t’en parler avec grand plaisir. Une substance, appelée MDMA (Méthylène Dioxy-Métamphétamine), dérivée de la molécule d’amphétamine, a été synthétisée pour la première fois en 1912 par des chimistes allemands de la firme Merck. Elle a été brevetée en 1914, même si on ne lui trouvait aucune utilité. Par contre, elle a été fournie comme produit stimulant et coupe-faim aux soldats de ce pays pendant la deuxième guerre mondiale. Il faut dire qu’à cette époque, les anglais, américains, allemands et japonais étaient tous à fond d’amphétamines (benzédrine) qui seront connus plus tard sous le nom de speed. Concernant les taz, c’était vraiment une contre-indication : l’ecstasy (mais perso je préfère dire extas{i}e car c’est bien de cela dont il s’agit) développe le sentiment d'empathie, d'euphorie et de bien-être avec les autres. La « pilule de l'Amour » (même si elle n’a jamais permis d’améliorer les capacités sexuelles, mais « seulement » les sensibilités) agit sur trois hormones du cerveau : la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Ces hormones agissent normalement sur le centre du plaisir, sur le cycle de l'éveil et du sommeil, sur l'humeur, sur les émotions et sur les fonctions sexuelles. Toutes ces fonctions sont stimulées en même temps par le MDMA. Imagine l'état béat dans lequel se trouve la personne qui a consommé de l'extasie, tu vois bien que c’est pas très compatible avec la guerre, cette boucherie innommable !
  • E : C’est clair que sur le front, ça devait être un sacré bordel avec des militaires tazés qui rêvaient plutôt de faire l’Amour que la guerre.
  • M : Hihi, ils avaient même déjà inventé le slogan des hippies, un demi-siècle avant eux ! C’est sûr que pour une pilule qui stimule l’humeur et la communication, s’appeler drogue pro-sociale en pleine guerre ça fait bizarre et décalé. Il n’empêche que par la suite, la CIA tenta de s'en servir comme d'un sérum de vérité (après l’opium et le LSD, ils auront tout essayé pour faire parler les rouges), sans succès. Par contre, son efficacité fut réelle dans la guerre du Vietnam, car l’extasie cible et détruit (le fameux search&destroy cher aux GI’s au Vietnam) la peur. Par la suite, Alexander Shulgin (figure dans la communauté psychédélique, donnant des conférences, accordant des entrevues fréquentes, et inculquant un sens de pensée scientifique raisonnable au monde de l'individu-expérimentation et de l'ingestion psychoactive) s'y intéresse dans les années 70, pour ses effets sur l'humeur. C'est un psychotrope possédant une composante stimulante, et dont un des effets est d'accélérer les battements cardiaques comme lors d'une forte excitation. Elle inhibe la peur de l'autre et la peur de soi, et favorise ainsi le contact. Cette propriété l'indique pour le traitement du stress post-traumatique (comme après la guerre du Vietnam ou un viol) et elle est donc utilisée en psychiatrie aux Etats-Unis, où elle a été rapidement retirée du marché en raison de ses effets secondaires indésirables et de la dépendance qu'elle engendrait. Mais le produit avait déjà gagné les campus universitaires et les clubs branchés.
  • E : Y a des effets secondaires ? Parce que moi je croyais que c’était inoffensif, la preuve on appelle ça aussi des bonbons.
  • M : Oui, beh justement, c’est loin d’en être ! En raison de son usage facile et de sa présentation «attractive », l’extasie bénéficie auprès de certains de la fausse réputation d’être inoffensive. Elle provoque tout d'abord une légère anxiété, une augmentation de la tension artérielle, une accélération du rythme cardiaque et la contraction des muscles de la mâchoire ; la peau devient moite, la bouche sèche. Suit une légère euphorie, une sensation de bien-être et de plaisir. Elle s'accompagne d'une relaxation, d'une exacerbation des sens et d'une impression de comprendre et d'accepter les autres. Mais prendre de l’extasie, qu’elle soit pure ou contienne d’autres produits, comporte de nombreux risques car les substances amphétaminiques et dérivées neutralisent certains mécanismes de défense naturelle et d’alerte de l’organisme. Elles entraînent une perte de la notion du temps, une suppression de la sensation de fatigue, de soif et de faim et de l’hyperthermie (élévation de la température du corps). Ainsi, dans certains cas, la déshydratation et l’épuisement des danseurs ont entraîné leur mort ou des malaises soudains et intenses, proches de l’état comateux. Ceux qui ont fait usage d’extasie dans ces conditions éprouvent souvent des difficultés à « faire surface » avant plusieurs jours. Après avoir usé et abusé du robinet ouvert à dopamine, les lendemains sont moins enchanteurs. Les hormones du plaisir n'étant plus libérées en grande quantité par l'extasie, le corps subit un effet de sevrage de 24 à 72 heures (temps de restockage de dopamine/sérotonine : le blues du milieu de semaine) qui plonge la personne dans un état dépressif. La dopamine (qui gère aussi gère le mouvement par la coordination motrice) active le noyau accumbens qui gère nos élans vitaux (sustentation, sexe, …) et le trompe pour qu’il décrète le bonheur. En dépression suite à du stress, le thalamus et l’hypothalamus (qui gèrent l’anxiété, la peur, la faim) libère de l’ACTH qui est une des rares hormone à pouvoir se balader dans tout le corps et avertie la glande surrénale de produire de la cortisol pour réguler l’état de stress. Ce système se régule au fur et à mesure, mais si le cortisol reste, la dépression s’installe. Le stress crée la perte des élans vitaux, le cerveau crée une partie du contrôle de la volonté et si il est trop stressé, on a plus envie de rien, plus goût à la vie ni au bonheur. De même, les consommateurs habituels peuvent être victimes de troubles du rythme cardiaque et d’hypertension. Mais les atteintes les plus graves et que l’on ne perçoit pas immédiatement, sont les possibles lésions des neurones cérébraux qui peuvent être irréversibles, ainsi que les crises d’anxiété, d’angoisse et les dépressions qui, pour les sujets prédisposés, peuvent être profondes et très longues à soigner. D’autant plus qu’après un certain nombre de prises, la lune de miel est finie (le verrou à dopamine est définitivement cassé et il ne peut plus y avoir de libération massive de cette substance, même en gobant à fond, ce qui détruit plus que cela ne défonce). On peut juste limiter les risques en prenant une pastille de vitamine C avant et après la soirée, elle agira comme enduit un anti-oxydant (c’est un anti-radicaux libres qui protégera, un peu, les neurones lors des attaques).
  • E : Mais pourquoi cette drogue rencontrait-elle un tel succès alors ? Il y a un truc caché là-dessous.
  • M : C’est comme pour l’alcool ou la kétamine (anesthésique pour cheval, qui permet de se dissocier de son corps et de partir dans des rêveries absolues), mais je t’expliquerai plus tard, ça aidera à la montée des champis (si tu te sens prête et que moi aussi je te sens bien) et de tes souvenirs.
  • E : D’accord, on verra ça. Mais avec tout ça, tu m’as pas encore parlé des champis, alors que c’est quand même ça qu’on est venu chercher.
  • M : Mais j’y viens, puisque ça fait partie de la même famille des hallucinogènes (même si l’extasie n’est pas à proprement parler hallucinante, c’est plutôt un stimulant qui accélère l'activité du cerveau). Les champignons magiques étaient déjà consommés par les cultures d’Amérique Centrale vers -1000 et elles leurs consacraient des temples et des grottes. En Europe, les Mystères d’Eleusis (Grèce vers -1000 également) étaient un rite initiatique et de purification lié aux divinités de la Terre. Toute personne parlant le grec (donc même les étrangers) et n’étant pas un meurtrier impuni, pouvait se rendre (une seule fois, il ne faut pas abuser des bonnes choses) à Eleusis auprès de la grande prêtresse pour y boire une potion, vraisemblablement tirée des champignons (appelés « nourriture des dieux »). La personne y restait toute la nuit (pour des raisons de sécurité pour le voyageur intersidéral) et suite à la Vision (provoquée par la psilocybine, substance psychoactive), devenait un initié des grandes choses de la vie. Les portes de la perception venaient de s’ouvrir pour elle. En effet, psychédélique signifie « qui dévoile l’esprit ». Par rapport aux drogues de pharmacie, c’est une drogue illégale. Les champis auraient amenés les dieux (enthéogène), dans les bagages suite au voyage intersidéral offert à celui qui a pris.
  • E : Ça a quelque chose à voir avec le peyotl ? Je me souviens de ce nom par rapport au groupe Lofofora !
  • M : Oui, Lophophora williamsii est son nom scientifique. Le peyotl (petit cactus sans épine) est utilisé depuis des siècles dans des cérémonies religieuses, divinatoires ou thérapeutiques par les chamans des tribus d'Indiens du Mexique. Au début du XIXe siècle, cette pratique s'est étendue à des tribus des États-Unis (Apaches, Comanches, Kiowas, Navajos, etc.). Ces pratiques sont toujours en vigueur dans une cinquantaine de tribus différentes (Huichols, Coras, Tarahumaras) qui lui prête souvent une valeur enthéogène (communication avec les dieux).Il contient de nombreux alcaloïdes de type phényléthylamine, dont le plus notable est la mescaline. La complexité de sa composition permet d'expliquer les différences entre les effets du peyotl et ceux de la mescaline seule. Il est consommé soit chiqué soit ingéré. Il provoque de fortes nausées voir des vomissements lors de son ingestion (comme les opiacés la première fois). Les hallucinations surviennent généralement trois heures après l'ingestion et commencent par des flashs de couleur dans le champs de vision, puis se divisent en deux phases : une période de plénitude et d'hypersensibilité, suivi d'une période de calme et de grand relâchement musculaire.
  • E : Et le canna alors, parce qu’il peut aussi rentrer dans cette catégorie !
  • M : Le chanvre est certainement la plante psychotrope cultivée depuis le plus longtemps. En effet, déjà vers -10 000 (c'est-à-dire juste après que les glaces aient commencé à se retirer) les Chinois l’utilisaient. Cette plante a la particularité d’être utile en tout : rien ne se jette ! Ils mangeaient les graines pour se nourrir ou en faisaient de l’huile (peu grasse) ou de la farine, fabriquaient avec les tiges du papier, des filets de pêche, des cordes et des textiles. Le chanvre fut déclaré comme la première plante de guerre car on fabriquait auparavant les arcs en bambou, puis en chanvre car plus costaud. Ainsi, des terres impériales étaient cultivées exclusivement pour cette plante à usage militaire. Vers -2800, on découvrit que la plante pouvait également soigner, notamment pour redonner l’appétit et calmer certaines crises. Au IIIè siècle de l’autre ère, l’empereur romain Gallien poussa même à la consommation pour développer le bonheur et l’hilarité. Evidemment, en 484, le pape Innocent IV déclara le cannabis sacrilège car il s’agissait d’une drogue païenne (heureusement qu’il restait les sorcières pour ne pas se plier à ces règles et nous transmettre une part de ce savoir très ancien : ce qu’on appelle l’ésotérisme – Histoire officieuse – par opposition à l’exotérisme – Histoire officielle et dogmatique).
  • E : Pff, c’est vrai que les chrétiens préféraient picoler le sang de Jésus (et pas que durant la messe) !
  • M : Oui, pour autant la bible de Gutenberg fut imprimée sur du papier chanvre et Rabelais faisait prendre du cannabis (Pantagruélion, reine des plantes) à Pantagruel. Mais plus tard, le cannabis était nettement moins en vogue que les opiacés. Pour l’Occident en général et la France en particulier, le hachich était une découverte toute récente à cette époque (datant de l’expédition en Egypte conduite par Napoléon Bonaparte en 1798 : la consommation par les soldats fut interdite suite à une tentative d’assassinat du nabot Napo par un Egyptien). Les quelques amateurs, qui appartenaient aux couches sociales privilégiées (coût exorbitant de cette drogue, une dose de dawamesk représentant trois journées de travail d’un ouvrier), y recherchaient des sensations fortes (préparations agressives capables de produire des hallucinations), comparables à celles produites par l’opium, substance connue depuis des millénaires en raison de ses applications thérapeutiques (analgésique et sédatif, utilisé par les Babyloniens) et alors largement plus en vogue dans ces mêmes milieux.
  • E : Dawamesk ? C’est quoi encore cette instrument de « toxure » ?
  • M : Comme aujourd’hui, on peut fumer le haschisch mélangé à une pipe (la cigarette n’existant pas encore, le joint était inconnu) mais les vrais amateurs tendaient à considérer que les effets en étaient un peu trop faibles. Une méthode beaucoup plus efficace consistait à absorber la drogue sous forme liquide : si le thé au cannabis reste relativement modéré, le mélange de vin ou de bière au même produit est nettement plus virulent. On consommait également le hachich (selon l’orthographe de l’époque) sous forme solide, notamment en dragées parfumées au chocolat afin d’en améliorer le goût, unanimement jugé peu appétissant. Cependant, la façon la plus en vogue au XIXè siècle était de manger du cannabis sous forme de « dawamesk », terme arabe désignant une préparation venant du Moyen-Orient. On fait longuement bouillir, dans du beurre allongé d’eau, des fleurs fraîches de cannabis (réservons le terme de chanvre indien pour l’usage industrielle, ou en tout cas non-récréatif, de la plante) jusqu’à obtenir une bouillie bien épaisse que l’on passe dans un linge très fin pour en éliminer tous les débris végétaux, puis que l’on chauffe jusqu’à évaporation complète du liquide restant. Le résultat est une pâte verdâtre, sentant plutôt mauvais et au goût encore pire. On s’en servait donc pour confectionner une sorte de confiture largement parfumée à la vanille, à la pistache ou à la cannelle, mais également, exotisme oblige, à la rose ou au jasmin. Afin de corser le tout, les plus acharnés y ajoutaient un peu d’opium. Le dawamesk se prenait par doses servies dans une petite cuillère, allant de 15 à 30 grammes selon la puissance des effets recherchés. Au lieu de l’avaler directement, accompagnée ou non de biscuits, d’aucuns préféraient diluer leur confiture (la « pâture » selon le terme usité par le Club des Hachichins) dans une tasse de café brûlant afin d’en accroître encore la force. Toutefois, les avis divergeaient sur l’efficacité d’un tel mélange : ce n’étaient que des considérations empiriques car son principe actif, le THC (TétraHydroCannabinol), n’était pas encore connu car seulement isolé à la fin du XIXè siècle.
  • E : Ah ouais, ils n’y allaient pas avec le dos de la cuillère.
  • M : C’est le cas de le dire, ils prenaient même plutôt des cuillères à soupe, voire des louches.
  • E : Et le Club des Hachichins c’est la jet-set des toxoplasmes ? Ça sort d’où ?
  • M : Ce nom, choisi par les participants aux expériences psychédéliques, vient de l’arabe « hachchâhi » signifiant buveur de haschisch mais se réfère surtout à la célèbre secte ismaélienne qui terrorisa le Proche-Orient au Moyen-Âge pendant près de trois siècles, au point de nous avoir donné notre mot assassin. Dirigés par un chef mystérieux, retranché dans une forteresse imprenable des monts de l’Iran du Nord et surnommé le Vieux de la Montagne, les membres de la secte lui devaient une obéissance absolue, plus fondée sur un fanatisme religieux exacerbé (avec promesse de 70 vierges qui les attendaient au Paradis) que sur la consommation de haschisch à laquelle ils doivent leur nom. Les Assassins sévirent de 1090 à 1256 de l’autre ère, avec comme spécialité le meurtre politique, toujours pratiqué de manière spectaculaire, tel au poignard et en public. Leurs lointains descendants parisiens étaient nettement plus pacifiques mais ils se sentaient comme appartenant eux aussi à une élite, sorte de secte de la sensibilité et de l’intelligence d’apprécier les vertus hallucinogène de leur drogue favorite. Ainsi, loin de tout prosélytisme (prospection commerciale), ils ne recrutaient que par cooptation (entres potes), sans toutefois éprouver le besoin de se cacher le moins du monde.
  • E : Tu me fais halluciner. Tout ça, c’est pas des trucs que tu apprends à l’école, même si je ne me souviens plus de ce que j’ai pu y apprendre, mais moi j’ai l’excuse d’être amnésique. Et ça marchait comment ce club, juste pour info, histoire de savoir ?
  • M : Depuis 1837, un médecin aliéniste (qui soigne les aliénés, les « fous ») exerçant à l’hôpital Bicêtre (établissement des environs de Paris, accueillant les malades mentaux de la capitale), Joseph Moreau de Tours, étudiait les effets du haschisch. Ce dernier constitue pour le médecin, « grâce à l’action que cette substance exerce sur les facultés morales, un moyen puissant, unique, d’exploration en matière de pathologie mentale ; par elle, on devrait pouvoir remonter à la source cachée de ces désordres si nombreux, si étranges qu’on désigne sous le nom de folie ». Pour conduire ses recherches, non seulement Moreau de Tours absorbe lui-même du dawamesk (et pas uniquement par dévouement pour la science) pour en ressentir les effets, mais il demande à certains de ses amis de faire de même au cours de séances de dégustation organisées chez lui. Parmi ces cobayes se trouve Théophile Gautier (poète, chef de file des romantiques) qui est un observateur précieux, capable de décrire précisément son expérience de la drogue. Ces séances au domicile du docteur amateur de haschisch (sous sa version la plus forte) préfigurent les réunions n’ayant plus aucune prétention scientifique de l’hôtel Pimodan : c’est la naissance du Club des Hachichins. Eugène Delacroix, Gérard de Nerval, Balzac et Baudelaire (uniquement observateurs, du moins dans ce club ci) fréquentaient ce lieu, tout comme le Tout Paris des arts et des lettres.
  • E : Ce Théophile Gautier devait être bien perché avec toutes ces expériences « médicales ».
  • M : Même pas ! Mais tu sais, le cerveau a un système cannabinoïde endogène (interne), qui est plus important que d’autres neurotransmetteurs ! Ce système est crée à partir de la graisse périphérique des neurones et joue sur le cervelet (mouvements), le tronc cérébral (coordination), les réflexes, la mémoire, l’anxiété. Le cannabis active le système cannabinoïde interne ce qui provoque un développement des sens. Le cannabis est bon contre l’anxiété et la dépression (à petite dose en tout cas, qui l’eut cru) car il bloque les anadanïdes, qui agissent donc plus longtemps. Pour en revenir à lui, au bout d’environ un an, Théophile Gautier cessa soudain de se rendre aux soirées du Club, renonçant définitivement au dawamesk. S’en expliquant à la fin de sa vie, il précisera que cette décision ne fut pas provoquée par la peur des conséquences pour sa santé de l’usage de ce qu’il qualifie toujours de « drogue enivrante » mais pour une raison plus intellectuelle : « Le vrai littérateur n’a besoin que de ses rêves naturels et il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un agent quelconque ». Cela n’empêchera pas l’écrivain de continuer à prendre des drogues : haschisch sous des formes aux effets moins hallucinogènes, mais surtout de l’opium. Il connut d’ailleurs l’opium bien avant le hachich : huit ans avant d’écrire le Club des Hachichins et cinq ans avant Le Hachich, était paru La Pipe d’Opium.
  • E : Mouais, c’est sûr, c’est une toute autre façon de concevoir les drogues. Mais si ça a été interdit, c’est bien pour une raison de santé publique.
  • M : Mais tu sais, les pires drogues étaient légales ! C’est en ça que l’état est par nature illogique puisqu’il favorise son propre intérêt (taxes) à l’intérêt général (santé). Pourtant, les scientifiques considèrent que c’est une drogue sale car elle modifie la structure même du cerveau et peut sérieusement détruire des aires fonctionnelles entières, d’autant plus que cette drogue reste ancrée dans notre culture et à ce titre promut. Après la cigarette qui n’est qu’un support pour fournir de la nicotine (dont les effets sont amplifiés par adjonction d’ammoniaque et autres saloperies chimiques) qui rend accroc (suffit de voir la queue des nicotoxs le dimanche devant les rares bureaux de tabac ouverts, qui enfilent vite un jogging et brise le farniente dominical juste pour s’acheter leur dose), la plus mortelle des drogues est l’alcool ! Directement (cirrhose du foie, troubles divers) ou indirectement (accidents, violence), la drogue liquide tue des dizaines de milliers de personne rien qu’en France (le pays des dealers embouteilleurs).
  • E : Tiens, justement, je me suis toujours demandée comment l’alcool avait été découvert !
  • M : Par hasard ! La fermentation est un phénomène naturel : rencontre d’un jus de fruit avec des ferments ou de céréales et d’eau, de miel et d’eau. Ainsi, l’usage des boissons alcooliques est contemporain de la sédentarisation de l’humain : c'est-à-dire au Néolithique avec l’apparition de l’agriculture et l’invention de la poterie. Autrement dit, la découverte de ce produit est vraisemblablement due à un mauvais stockage de produits alimentaires laissés à la pluie par exemple ! ! ! La « magie » de cette boisson a été rapidement contrôlée et son usage réservé aux pratiques religieuses, divinatoires, médicamenteuses et nutritionnelles. Les contemporains de cette découverte vont rapidement organiser la production, la consommation et ses bonnes règles, la diffusion, la limitation et ... la sacralisation du produit (tout le monde n’y a pas droit, ça évitera les troubles ivresques ; d’ailleurs quand des Peuples qui ne connaissaient pas cette drogue en goûtaient, ils devenaient fous et voulaient tuer tout le monde car ils croyaient qu’on les avait empoisonné). Pour les Grecs, il y a deux divinités qui tiennent le premier rang chez les humains. L’une est la déesse Déméter (ou la Terre) qui nourrit les mortels d’aliments solides. L’autre s’est placée de pair avec elle, c’est Dionysos. En quelque sorte on avait déjà à l’époque le pain (Déméter), le vin (Dionysos) et il ne manquait plus que le boursin pour que tout aille bien (hihi). La littérature de cette époque insistait déjà sur la notion du « trop boire » mal vue, d’un Socrate jamais ivre, buvant avec modération, éveillant son esprit sans excès de langage, d’un Platon interdisant le vin avant 18 ans, l’autorisant modérément jusqu’à 30 ans et levant toute limite après la quarantaine (il faut dire que la durée de vie moyenne n’était pas la nôtre ...). L’ancien testament évoque fréquemment l’usage du vin. Le premier vigneron reste Noé qui planta la vigne dès la fin du déluge (il avait 600 ans) et en action de grâce, l’arrosa du sang d’un agneau, d’un lion, d’un singe et enfin d’un porc (on reconnaît là les effets du vin selon que l’on en boit peu, beaucoup ou trop). Il connut l’ivresse et l’humiliation de s’être mis nu devant ses fils, la dérision d’un des leurs et l’action des deux autres qui le couvrirent d’un manteau en marchant à reculons. L’ivresse seule est source d’humiliation et non pas l’humain (Noé mourut à ...950 ans ...). Loth est également un symbole de la différence entre l’ivresse et la dignité humaine. Lorsque Sodome fut détruite, aucune possibilité de descendance humaine ne pouvait exister, les survivants étant Loth et ses filles. Celles-ci l’enivrèrent et obtinrent de lui une descendance. Loth, grâce à l’ivresse n’eut conscience « ni de son coucher ni de son lever », donc fut épargné de la culpabilité de l’inceste. Ainsi la race humaine pu se perpétuer dans la morale divine. Le nouveau testament apporta une autre image du vin. Entre le premier miracle de Jésus Christ aux Noces de Cana transformant l’eau en vin et son dernier repas où le vin devient le sang du Christ, la religion chrétienne a permis le passage du vin païen au vin chrétien. L’expansion de l’empire romain et la propagation de la chrétienté étendront la culture de la vigne. Cette culture, en France, dirigée par les romains, faite par les gaulois (esclaves) eut au fil des siècles pour mainteneur les abbés, évêques et princes du Moyen-Âge.
  • E : En France on faisait juste semblant de ne pas voir les pochetrons !
  • M : Même si ça avait commencé à changer peu avant le Grand Soir car la France était l’un des pires pays en terme de sécurité routière. Mais le plus dramatique, c’est que beaucoup de gens étaient persuadés que l’alcool n’était pas une drogue mais un liquide qui fait tourner la tête sans conséquences à part le terrible mal de crâne du lendemain. Or tout ceci est faux : non seulement parce qu’une substance qui enivre est forcément une drogue (suffit de se voir quand on a bu), mais surtout parce que l’alcool modifie (même sans consommation excessive ; et d’ailleurs comment définir celle-ci ?) en profondeur le fonctionnement du cerveau et de sa structure.
  • E : C’est clair que j’ai vu des musulmans qui ne buvaient pas, devenir des poches encore pires que les culs blancs ! Vu les ravages de l’alcool dans les sociétés occidentales, je suis bien contente qu’on ne fasse que fumer du zetla en Orient !
  • M : Certes. Bien sûr les drogues sont dangereuses, mais pas en elles-mêmes. Comme disait Paracelse, grand médecin et chimiste suisse du XVIè siècle : tout est poison, rien n’est poison, tout est question de dosage (tout comme il faut soigner le mal par le mal, vu truc Grec). C’est l’accoutumance et surtout l’addiction qui sont nuisibles, pas les sensations provoquées (tout comme une Ferrari n’est pas dangereuse si on sait la conduire, sinon, c’est le mur assuré). A Utopia, nous avons enfin compris que les drogues faisaient parties de l’Humanité, autant que le sexe, la violence, la religion. Nous avons accepté cet état de fait, même si c’est encadré (Uttanka est responsable de l’information sur ses produits ; même si on ne peut empêcher les gens de faire n’importe quoi avec leurs neurones, il faut au moins qu’ils le fassent en toute connaissance de cause), car sinon à ce moment-là il faudrait aussi interdire les crapauds (quand on les lèche, une substance de leur peau peut provoquer des hallucinations), le mimosa (même principe actif que le crapaud, le DMT), le datura qui pousse dans tous les parcs municipaux (splendide plante-drogue très puissante qui peut vous faire sortir de votre corps et être mortelle) voire même le seigle (un champignon, l’ergot, peut lui pousser dessus et aura les mêmes effets que le LSD). De même qu’on ne peut lutter contre les éléments de la Nature, il ne sert à rien de vouloir bannir les drogues ou autres conduites à risques (c’est comme si on pénalisait le suicide – ce qu’avait fait l’église car seul dieu peut enlever la vie ; alors que l’église ne s’en est jamais privé lors des inquisitions et autres purges anti-« hérétiques »). On peut expliquer que ce n’est pas bon pour l’organisme et la personne en ceci et cela, mais on ne pourra jamais l’en empêcher. Même la mère d’un drogué te diras que ce n’est pas l’interdiction du produit qui empêche de s’en procurer (ce sera juste plus cher, plus difficile à trouver, souvent de moins bonne qualité et vendu par des systèmes mafieux). En plus, auparavant les gens s’éclataient la tête le week-end pour supporter la semaine à venir et oublier la semaine passée, mais maintenant que les gens sont heureux dans leur vie moins stressante et contraignante, ils ont véritablement remplacé le besoin de modifier leur conscience par l’envie de se faire plaisir, sans pour autant abuser des bonnes choses. Nos dirigeants ont souvent mélangés les deux aspects des drogues (pleasure and pain : plaisirs et douleurs de l’accoutumance). Mais à ce moment-là, et ce fut considéré ainsi (notamment par les judéo-chrétiens, qui ont un sérieux problème de rapport au corps et aux plaisirs de la chair), la drogue la plus dangereuse est le sexe (l’amour étant une drogue « douce », le sexe est alors une drogue « dure » vu la force de ses effets) : on est sur son petit nuage, tout heureux quand on est amoureux ; lors du passage à l’acte, le désir puis le plaisir durent un certain temps, enfin la jouissance est très forte, mais courte. Ce flash, si bon, si bref (pour les hommes en tous cas), se rapproche des mécanismes des drogues dures telle l’héroïne (encore plus, toujours plus ; plus haut, plus vite, plus fort – devise olympique). Ainsi, l’orgasme sexuel (certains aspects sont proches de l’orgasme sensitif et émotionnel sous champi, très pratiqué depuis la plus haute Antiquité) fut interdit : le sexe ne devait servir qu’à se reproduire, pas à avoir du plaisir (idem pour l’onanisme, du nom du personnage Onan de la bible, puni à mort par Yahvé pour avoir enfreint la loi du lévirat : il refusa de faire un enfant à Tamar et préféra «laisser sa semence se perdre dans la terre» : masturbation).
  • E : Oui, à peu près d’accord. Mais t’es hors sujet là, moi je te parle des vraies drogues.
  • M : C’est le cas. C’est trop facile d’esquiver : il faut bien savoir ce que l’on met derrière ce concept de drogue : action ou substance provoquant des sensations inhabituelles ou recherchées, pouvant engendrer de manière temporaire ou persistante des changements dans la personnalité ou le métabolisme du sujet. Répondent à cette définition : alcool, cannabis, extasie, psychédéliques, tabac, sexe, sports, risques, jeux, violences.
  • E : Autant pour moi. Je suis bien d’accord avec toi maintenant que tu as précisé ta pensée. Nous sommes donc tous des drogués ?
  • M : Biologiquement oui : le plus gros dealer au monde c’est notre cerveau. Il fonctionne essentiellement à la chimie (sérotonine contre les douleurs, dopamine pour le plaisir, adrénaline pour l’excitation, endorphine comme antidépresseur, …). Après, tout dépend les drogues qui sont socialement acceptées et les autres. Les musulmans ont interdit l’alcool en voyant ces grosses poches d’occidentaux (les croisés) être agressifs et vulgaires, du coup ils ont préféré laisser les gens fumer de l’herbe et être, un peu, space. Mais au-delà de ça, dans toutes les sociétés les abus ont souvent été condamné. En Occident, la première mesure contre la drogue fut l’interdiction en 1915 de la Fée Verte, l’absinthe dont raffolaient les poètes avec laquelle ils se mettaient minables. Une substance de cette liqueur (la thuyone) rendait fou et aveugle à haute dose.
  • E : C’état le début de la prohibition en fait. Même si aux Etats-Unis ça avait une autre ampleur.
  • M : C’est clair. Là-bas, des ligues puritaines voulaient absolument purifier la nation et cela passait par des esprits sains avec un foie sain (pour eux, le progrès n’était possible que si les dépravations des masses était enraillées) ! Mais après 23 ans de lutte acharnée (1910-1933), il fallait bien se rendre à l’évidence que la prohibition créait plus de problèmes qu’elle n’en résolvait. Tout ce que cela a fait, c’est que des barons de la drogue liquide se sont fait des fortunes (Al Capone) pendant que d’autres mourraient (ou finissaient aveugle) car l’alcool clandestin était distillé n’importe comment et bien frelaté. Même si la qualité était bien meilleure, il y eu le même problème avec le cannabis.
  • E : Ah oui d’ailleurs, comment son interdiction s’est mise en place ?
  • M : Déjà, je voudrai te dire que le chanvre (même plante que le cannabis, mais sans THC qui défonce) a toujours été un produit stratégique par rapport à ses qualités textiles (cordes pour la marine, tissu pour l’habillement). En 1803, alors que les Anglais avaient mis en place un blocus contre les Français, Napoléon signa avec le tsar Alexandre Ier le traité de Tilsit qui comportait notamment une clause contre l’exportation de chanvre vers la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Mais vu que le tsar jouait sur les deux tableaux en organisant la contrebande, Napoléon envahit la Russie en 1812. Pour information, la reine Victoria prenait de la confiture de cannabis (agrémentée de morphine) pour apaiser ses règles douloureuses ; les Indiens ayant introduits le chanvre au Mexique, il eut une place importante dans la Révolte de Pancho Villa (célébrée dans le chant la Cuca Racha) et du Mexique il s’implanta dans le sud des USA où les Noirs le fumaient car la récolte du coton était pénible.
  • E : Mais c’est quand même pas « juste » ça qui l’a fait interdire ? Si ???
  • M : Disons qu’il n’avait déjà pas bonne presse : je pense qu’il a surtout été dénigré car c’était la drogue des étrangers (les blancs tournant aux alcools forts). Mais depuis que les Mexicains venaient bosser aux Etats-Unis, les Américains avaient peur de ces étrangers qui faisaient tout le sale boulot pour eux mais qui fumaient leur petit pet le soir pour se détendre du travail arrassant de la journée. En plus, vu que le jazz et le blues (« musiques dégénérées des nègres » comme on disait en ce temps-là, le Ku Klux Klan – fondé en 1865 pour faire perdurer les liens qui se sont créés durant la guerre de sécession entre les soldats confédérés/sudistes, interdit 6 ans plus tard pour sa violence extrême – étant toujours dans les mémoires – le Klan se reforme en 1915) vantaient le cannabis, une propagande anti-marijuana se mit en place arguant que cette plante rendait fou et dépravé. Bizarrement, plutôt que de l’interdire, une loi fédérale de 1935 imposa sa taxation par les douanes pour éviter les trafics, sauf que les timbres taxés des Finances n’étaient jamais délivrés donc une nouvelle classe criminelle émergea du jour au lendemain. En fait, il n’y avait rien de louche : la vraie raison pour laquelle le chanvre avait été interdit, c’est qu’il concurrençait le coton et même les tissus synthétiques par ses fibres de très bonnes qualités et qui ne coûtaient pas chères (pas besoin d’engrais et tous ses déchets étaient utilisables et recyclables).
  • E : Mais les pro-canna n’ont rien pu faire vu que la prohibition de l’alcool avait déjà montré que ça ne marchait pas ?
  • M : Il y avait bien le maire de New York, Fiorelo La Guardia qui n’était pas convaincu de la prohibition, et un conseil scientifique qui après six années de recherche détruisit tous les arguments de la campagne anti-cannabis, mais il y eut des pressions sur la presse pour acheter son silence et les tests furent arrêtés. En fait, ironie du sort, c’est grâce aux besoins de l’armée (cordages, parachutes, uniformes) que le chanvre est un peu revenu en grâce. Même au XXè siècle on continuait à avoir besoin de lui : c’est entre autre pour lui que le Japon voulut attaquer la Chine (Mandchourie : pays du chanvre), bien qu’il devait éliminer les Philippines (gros producteur) sous protectorat US, que l’Allemagne envahit la Pologne pour son chanvre puis voulut se ravitailler en Russie (pacte germano-soviétique de 1942 : Staline garde son chanvre en échange de laisser le champ libre à Hitler à l’Est). Pour les Anglais le chanvre faisait parti de l’effort de guerre demandé aux Indiens, tout autant que pour les Américains après la coupure de leur accès au chanvre après Peral Harbor en décembre 1941. Ces derniers le légalisèrent à nouveau et créèrent alors une industrie du chanvre (Hemp for victory !). Pour autant, dès la guerre finie, ils ré-interdiront le chanvre (décidemment une concurrence trop déloyale pour leur coton) mais continueront d’en importer pour leurs industries. Il est à noter que la France est le plus gros producteur mondial de chanvre industriel et que cette production n’a jamais cessé (même si elle s’est essoufflée dans le début des années 70 avec le nylon, mais est repartie pour des isolants thermiques et phoniques, des biocarburants et des farines animales).
  • E : Mais avec tous ces aspects positifs, comment se fait-il qu’il était toujours interdit au IIIè millénaire alors que ça semblait être une plante d’avenir ?
  • M : Bonne question, merci de l’avoir posée ! Ici à Utopia le chanvre et le cannabis sont effectivement des plantes (même si c’est la même mais il faut faire le distinguo entre la plante « mâle utile » et la « femelle récréative/médicinale ») que l’on utilise beaucoup car ça pousse tout seul (comme une mauvaise herbe dont sa famille – orties, houblon : ordre des rosales ou urticales – fait partie) et que rien ne se perd tout se transforme chez elles. Comme dans beaucoup de domaine, il y a eu méprise et amalgame fâcheux. C’est dans les années 50 (avec les beatniks déçus du rêve américain) que la consommation d’héroïne explose et qu’apparaît la fallacieuse théorie de l’escalade (quiconque commence par un joint fini par un shoot, sur le même principe que tous les gagnants du loto ont un jour tenté leur chance : ce qui est vrai pour la seconde partie est loin de s’appliquer dans le premier cas). En plus, en ces temps de maccartisme (nom du député qui lança la chasse aux sorcières communistes et qui les voyaient partout, à savoir qui était le plus schizo) l’héroïne était censée subventionner le communisme (car les produits venaient surtout de Chine, voire de … Marseille avec la French Touch – il est aussi à noter que cannebière désigne une plantation de chanvre). En 1956, Anslinger, le patron des douanes fit du lobbying pour que le cannabis entre dans la même catégorie que l’héroïne et soit sévèrement puni, allant même en 1960 jusqu’à l’ONU pour faire adopter une loi internationale anti-drogue en ce sens. Même si de nouvelles études furent lancées, la guéguerre s’orienta entre le cannabis inoffensif face à l’alcool nocif. La France résista un temps (et resta le plus gros producteur européen de chanvre industriel mais derrière la Chine au niveau mondial, 75% contre 15% – mais le suivant, le Chili, est loin derrière avec 4%) mais avec la montée de l’héroïne chez elle, le pays adopta en 1971 le même type de loi et en interdisant « toute présentation sous un jour favorable » des substances stupéfiantes, ce qui clôt le débat et nuit à l'information du public autant que des usagers. Quitte à en nier même les effets thérapeutiques qui peuvent vraiment soulager nombre de malades (sidéens et cancéreux pour redonner l’appétit, épileptiques pour espacer et calmer les crises, migraineux pour amoindrir les maux de têtes, …).
  • E : Vive la France ! : surtout qu’au final il y a moins de drogués en Hollande où le cannabis est légal (mais beaucoup trouve que c’est une drogue du pauvre et préfère les alcools forts) alors qu’en France nous sommes les champions de la toxicomanie toutes catégories confondues (canna, exta, héro, antidépresseurs, neuroleptiques, j’en passe et des pires). Pff, comme d’hab, chez nous on préfère mettre un couvercle sur les problèmes, quitte à ce que ça explose par l’accumulation.
  • M : Oui, mais tu sais tout ceci s’explique ! C’est que les drogues, comme le suicide, sont des indicateurs de la santé d’une société. Chez les Anciens les drogues étaient administrées sous surveillance par un chaman qui les maîtrisaient et leur consommation était entourée de règles strictes et d’interdits, pour que le preneur se découvre tout en se respectant. Dans les sociétés dites modernes, les gens se droguaient à tort et à travers, non plus pour explorer leurs consciences, mais juste pour se mettre à l’envers et oublier l’espace d’un trip les dures contingences du réel. Ils ne prenaient plus les drogues pour des explorations intérieures, mais comme médicament pour fuir. Sachant que toutes les drogues activent d’une manière ou d’une autre le système de récompense/plaisir lié à la dopamine (la nicotine accroche par les récepteurs nicotiniques, les opiacés par les morphiniques, le cannabis par les cannabiques, l’alcool par tous), c’est le début de la vraie toxicomanie, quand le besoin de s’évader d’une prison sans chaîne remplace l’envie de découvrir ses sois et son environnement.
  • E : Clair et net ! C’était bien le cas avec la cocaïne (pour se rassurer sur sa force personnelle), l’extasie (pour être en phase avec les autres) ; encore une fois l’alcool pour avoir les deux (même si trop vous les flingue les deux en même temps). Et comment vous gérez ça aujourd’hui alors, si tout est en Libre accès ?
  • M : Déjà en ne cachant plus la réalité de l’usage et des abus de drogues, en faisant à foison d’information, partout et tout le temps. Ensuite, on explique bien aux gens que nul n'a besoin d'absorber des psychotropes pour faire la fête, délirer, entrer en transe sur la musique, planer, faire des expériences mystiques, aimer les autres, communiquer ou avoir envie de partager, appartenir à un groupe, ou pour garder le sourire ! On vise à informer le plus objectivement possible des effets des drogues. L’objectif est de prévenir l'usage, mais également de responsabiliser les usagers dans le but de prévenir les accidents (limiter les risques). En aucun cas on incite à la consommation ! Le corps et le cerveau ne sont pas des poubelles, qui veut aller loin ménage sa monture et la drogue ne permet jamais que les problèmes partent en fumée !!!
  • E : On retombe sur ta notion que la drogue n’est pas un médicament, parce que justement la toxicomanie c’est la rencontre entre une personne avec un problème et une drogue.
  • M : Tout juste ma belle, tu as bien retenu la leçon ! En tout cas, rassure toi, on fait tout ce qu’il faut pur éviter que les gens se toxent, même si on n’interdit pas le fait de se droguer !
  • E : Vas-y, explique moi la différence !
  • M : Un toxicomane consacrera beaucoup de temps à rechercher de la drogue, il ne pensera qu’à ça. Son seul degré de motivation sera de faire tout et n’importe quoi pour se droguer, et il continuera de se droguer, même si il sait, il ressent, le mal et les dégâts physiques autant que psychologiques engendrés par les substances nocives à haute dose. L’habitude de consommer de la drogue commence par dégrader la santé, à épuiser les finances et à menacer les relations sociales. On sait depuis longtemps que l’euphorie déclenchée par les stupéfiants est due aux substances chimiques qui stimulent l’activité du système cérébral de la récompense. Ce circuit de neurones déclenche le sentiment de plaisir, par exemple après une prise de nourriture ou un rapport sexuel, des activités nécessaires à la survie et à la transmission des gènes. La stimulation de ce système produit une sensation de bien-être qui nous encourage à répéter l’activité cause du plaisir. Toutefois, la consommation chronique de drogues déclenche des changements de la structure et de la fonction des neurones de ce système, changements susceptibles de perdurer des semaines, des mois ou même des années après la dernière prise. Quand les stupéfiants sont consommés régulièrement, ces adaptations atténuent leur capacité à provoquer le plaisir, et renforcent le besoin qui piège le drogué dans une escalade destructrice de consommation, dont les conséquences sur la vie privée et sur le plan social sont dramatiques. Une meilleure compréhension de ces modifications neuronales permet aujourd’hui aux toxicomanes de reprendre le contrôle de leur cerveau et de leur vie et d’améliorer la lutte contre la dépendance. Pour autant, si il s’arrête trop brusquement, ce sera le manque : pour continuer à fonctionner correctement (drogues inhibitrices des neurones), le cerveau est surexcité et doit se réguler pour retrouver son équilibre, il joue alors au yo-yo avec le corps et l’esprit du patient. Nous, Utopiens, nous ne souhaitons pas que les gens qui se droguent en arrivent à de telles extrémités. Donc on fait tout, et Uttanka le premier, pour empêcher que les gens aient du mal à décrocher, en n’encourageant pas de commencer avec les drogues et en détectant au plus vite ceux qui ont un problème d’addiction avec elles.
  • E : C’est bien mignon tout ça, mais vous faîtes quoi concrètement ?
  • M : Déjà, la première fois qu’on souhaite voyager, on doit aller voir un psy pour qu’il donne son sentiment sur l’ « opportunité » psychique de s’envoyer dans l’espace ! Il ne juge pas, il dit juste son avis sur la stabilité mentale du patient qui souhaite ouvrir ses chakras et ainsi jouer avec ses sens ainsi que son état de conscience ! Ensuite, on fait faire un test de récepteurs à dopamine D2 : ce sont eux qui développent des réponses voire addictions aux drogues. Les toxicos ont peu de récepteurs D2, un taux élevé est donc un facteur de protection (ce qui n’empêche en rien ne faire attention). Pour autant, le taux de récepteurs peut augmenter par une psychothérapie ou par un contrôle, une diminution du stress, de la méditation.
  • E : Et comment ça se fait qu’on soit pas plus égaux devant la drogue ?
  • M : D’une parce qu’il n’y a pas deux humains faits pareil, mais aussi parce que le stress de l’enfance ou la pauvreté des relations humaines diminuent les récepteurs D2. Les gènes et l’environnement sont interactifs entre eux et créent l’individu personnel que nous sommes. La psychologie et la physiologie sont les mêmes aspects des mêmes problématiques. Du coup, les vendeurs de drogues, légalement installés et dont la marchandise est validée bonne pour la défonce, adaptent leur discours préventif (vu qu’ils n’ont rien à y gagner puisqu’il n’y a plus d’argent) au profil psychosocial de la personne qui cherche à se droguer ! Alors que de notre temps et monde, les choses étaient bien différentes : l’état taxait davantage les drogues légales qu’il n’en assurait la prévention, et il laissait plus ou moins faire les autres drogues (qui ne faisaient presque pas de morts, contrairement aux légales) en se disant que cette économie parallèle engendrait des revenus à des personnes peu intégrables dans le monde du travail traditionnel (alors que c’est juste une question de volonté et d’incitation politique, et aussi de rapport financier où l’illégal rapportera toujours plus que le légal à cause de la prime de risque) et cela assurait un tant soit peu la paix social dans certains quartiers ou milieu.
  • E : Oui, je sais que les Français sont les leaders mondiaux de la consommation de drogues (alcool, haschisch et extasies, médicaments anti-dépresseurs, j’en passe et des pires).
  • M : Bien, tu vois que ta mémoire revient sur certains aspects, c’est juste qu’elle est très sélective et qu’on se souvient que de ce qu’on veut bien se souvenir héhé !
  • E : Pfff, si tu crois que ça me fait rire ! Pov’tâche !!!
  • M : C’était histoire de détendre l’atmosphère ! Sinon, plus sérieusement, c’est évident que si les Français prenaient autant de tout et n’importe quoi (autant qu’ils se suicidaient, autre révélateur de l’état d’une société), c’est bien parce que la société avait de sérieux problèmes et que l’avenir ne semblait pas pouvoir les résoudre aussi facilement que la drogue vous permet de vous en abstraire (soit on cherche à s’extraire de celle-ci, donc on sort d’elle, soit on reste dans le concret mais on le perçoit autrement, de manière abstraite) !
  • E : C’est clair et net que si les gens cherchaient désespérément à modifier leur état de conscience, c’est bien parce que la réalité était triste et déprimante et qu’il y avait no futur !
  • M : Bien sûr ! Les humains étaient dopés par le culte de la performance. Chacun, même au niveau le plus modeste (café/thé), était drogué. On pouvait même déjà dire que le IIIè millénaire serait chimique ou ne serait pas, puisque les gens (tout le monde en règle général) utilisaient les drogues selon l’humeur et les effets recherchés. Ils avaient de fait une consommation abusive d’alcool, d’autres drogues, mais aussi d’anti-dépresseurs. Dans le même registre, on peut clairement dire que les jeunes se toxaient plutôt qu’ils ne se droguaient, notamment avec l’extasie et la cocaïne. Pourquoi ? Parce qu’ils concevaient la drogue comme les beatniks déçus du rêve américain capitaliste, tout en étant « résignés ». Le pire, c’est qu’ils ne bénéficiaient même pas des retour d’expérience des parents – ou du moins de la génération précédente, qui avait bien abusé/testé ses limites - qui au moins se droguaient pour se découvrir et planer en période plus espérante et Révolutionnaire.
  • E : Dis moi justement alors pourquoi ces drogues marchaient autant chez les jeunes ?
  • M : Les usagers d'extasie recherchent la sensation d'énergie, de performance et la suppression de leurs inhibitions (les blocages, les défenses et les interdictions tombent). À l'effet de plaisir et d'excitation s'ajoute une sensation de liberté dans les relations avec les autres. Les jeunes de 18-30 ans (les plus enclin à gober) sont au début de leur vie d'adulte. Ils ne sont plus des adolescents et encore moins des enfants, mais ils ne sont pas encore des adultes accomplis non plus. Ils entreprennent des études sérieuses ou commencent à faire leurs preuves sur le marché du travail. Ils ont peu d'expérience de la vie. Ils vivent beaucoup de stress en affrontant leurs responsabilités. Ils sont dans un monde de liberté sexuelle, où pourtant la monogamie est encore la norme. Ils ne reçoivent plus l'affection de leurs parents comme auparavant, mais n'ont pas encore fondé leur propre famille... C'est ici que les raves partys, et l'extasie, leur procurent une nuit de plaisir, de réconfort. Ils se retrouvent à plusieurs milliers dans une ambiance « sensuelle » ; où tous les sens sont sollicités : la musique techno qui les fait vibrer, les jeux de lumières impressionnants, les odeurs corporelles (phéromones) qui les stimulent, les boissons énergisantes et, bien sûr, l'extasie, qui leur donne envie de se toucher, de se caresser (et souvent juste en tout bien tout honneur). Tout y est pour créer une atmosphère sensuelle, réconfortante et stimulante et pour favoriser les effets de l'extasie. Cette pilule provoque un désir de se rapprocher des autres, de leur parler, de les toucher. Dans une rave party, les jeunes ont l'impression d'être physiquement et psychologiquement près des autres. L'extasie a un effet excitant, mais provoque aussi un sentiment de bien-être intense, un sentiment d'euphorie, de la spontanéité, un plaisir sensoriel et une inhibition qui favorise les rapprochements autant avec les amis qu'avec les inconnus. L'extasie n'est donc pas une drogue sexuelle et elle n'est pas non plus un aphrodisiaque. Elle est plutôt nommée « pilule de l'Amour » pour le côté empathique et sympathique que les jeunes ressentent les uns pour les autres lorsqu'ils la consomment. Cette drogue ne stimule pas le désir sexuel, mais le désir sensuel. Enfin, c'est peut-être la pression, le stress et l'individualisme que vivent les jeunes de 18 à 30 ans qui ont permis à la « E » de devenir si populaire depuis peu. Malgré ses nombreux dangers sur le corps, l'extasie est consommée pour l'amour qu'elle fait naître l'espace de quelques heures. On peut voir dans ce phénomène nouveau un désir et un besoin d'Amour Fraternel chez les jeunes adultes. Ce besoin semble aussi grand que leurs désirs sexuels. L'extasie n'étant pas un aphrodisiaque, elle provoque plutôt des expériences de groupe où tout le monde est bien dans sa peau, souriant, heureux, empathique et sensuel. À la base des dysfonctions sexuelles des jeunes adultes, on retrouve souvent l'anxiété, l'angoisse de performance et le stress. Cela semble démontrer que les jeunes adultes ont besoin de relâcher la pression, de créer une ambiance où tous semblent heureux de vivre et surtout où ils peuvent aller chercher de l'affection. C'est comme s'ils recréaient un événement qui copie la rencontre sexuelle (relâchement de la tension et rapprochement intime avec une autre personne) mais vécue à grande échelle, en foule. Ils sont en train de crier fort que leurs besoins d'affection, d'Amour et de sensualité sont aussi grands que leurs besoins sexuels. Malheureusement, l'extasie, la drogue qui sert cette ultime recherche d'Amour, est dangereuse et peut causer des dommages irréparables, voire mortels. Prise à doses régulières, elle est neurotoxique et attaque les neurones et on lui impute également des décès par arrêt cardiaque.
  • E : Avec la C c’était pareil, sauf que c’était pour retrouver de la force intérieure et se rassurer sur le fait qu’on peut faire autant et aussi bien que les autres ! Beh du coup, je crois bien que je suis mûre pour m’envoler avec toi ! Finalement, tout ce que j’ai appris sur les dr

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