Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation du Collectif des 12 Singes

 

Nous sommes un Collectif
d’écriveurs autoédités.

Pour nous suivre, connectez-vous à facebook et/ou twitter

Tous nos textes sont présentés sur http://Collectif12Singes.over-blog.com et nos livres ont une version eBook : "Lendemain du Grand Soir" ; "La philosophie south-parkoise, ça troue le cul !!!" ; "Bouquin Coquin et Taquin d’une Catin et d’un Libertin" ; "Photograffi(ti)es d’Expressions Murales : Pierres Philosophales"

*** TÉLÉCHARGEMENT ***

*** COMMANDE ***

 

L’idée, pour Partager auprès du plus grand nombre et facilité la lecture, est de mettre à disposition les contenus synthétisés par nos soins, puis les internautes le désirant peuvent télécharger les pdf illustrés ou commander les livres papier imprimés par un professionnel

 

  1. Téléchargement pdf
    illustré

     
  2. Commande livre papier personnalisé

 

 

COMMANDEZ NOS
LIVRES CRÉATIFS

Publié par Collectif des 12 Singes

 

Pour célébrer le passage de la 100è édition du Tour de France, le jeudi 4 juillet entre le Gard et l’Hérault puis le vendredi 5 juillet entre l’Hérault et le Tarn (on dépasse un peu mais la Montagne Noire est une partie importante proche des causses du Languedoc), nous publierons des synthèses préhistoriques sur les différentes localités traversées.

 

En outre, nous publierons durant l’été des synthèses sur la Préhistoire du "Languedoc-Roussillon" (en débordant un peu des limites administratives régionales) et de ses diverses zones entre "mers" (Méditerranée au Sud et Rhône à l’Est) et terres (Cévennes au Nord et Pyrénées à l’Ouest).

Restitution du site de Le Cailar - Réalisation du film "Quand les Gaulois perdaient la tête" dans le cadre de l'exposition "Des rîtes et des hommes" au site archéologique Lattara - Musée Henri Prades (http://museearcheo.montpellier-agglo.com/expositions/exposition-temporaire/9-juillet-2011-8-janvier-2012-exposition-des-rites-et-des-hommes--188001.khtml?RH=1182429673260)

Restitution du site de Le Cailar - Réalisation du film "Quand les Gaulois perdaient la tête" dans le cadre de l'exposition "Des rîtes et des hommes" au site archéologique Lattara - Musée Henri Prades (http://museearcheo.montpellier-agglo.com/expositions/exposition-temporaire/9-juillet-2011-8-janvier-2012-exposition-des-rites-et-des-hommes--188001.khtml?RH=1182429673260)

 

À l’extrémité de la vallée, la commune du Cailar occupe une zone de contact entre les vallées du Vidourle et du Vistre, la plaine au Nord et les marais de Petite Camargue au Sud.

 

Situé à une vingtaine de kilomètres au Sud-Ouest de Nîmes, au confluent du Vistre et du Rhôny (deux cours d'eau drainant l’arrière-pays), le site d'habitation de Le Cailar est très ancien. Dans le passé, le village était plus proche des rives du Rhône (dont le lit a varié avec les siècles) et était quasiment au bord de la mer, à laquelle on accédait par une lagune aujourd’hui ensablée. Pour mémoire, il en est distant aujourd'hui d'une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau (avec l’ensablement, le littoral a pris sur la mer qui s’est donc "éloignée"). Cet emplacement privilégié en fait un endroit stratégique qui suscita très tôt un intérêt pour les populations autochtones.

 

 

La station des Clochettes présente les mêmes caractéristiques que la station de Jean-Thomas à Vauvert. Son industrie semble donc se rapprocher de certains moustériens à denticulés. L'hypothèse d'un pré-Würm pourrait être avancée, soit vers -120 000.

 

 

Aux Camartels, plusieurs fosses et fossés présentent des périodes différentes (Néolithique final et Âge du Fer). Sur les sept structures apparentes dans le talus, l’une des fosses montrait l’embouchure d’un grand vase de stockage du Néolithique final.

Localisée au centre d’un talus bordant la RN 572, cette structure de forme circulaire présentait un aménagement en moellons de terre crue et comportait une semelle en terre à bâtir qui calaient un grand vase de stockage du Néolithique final 3. Les dimensions (conservées) de la structure d’accueil sont de 35 cm de haut pour un peu plus de 60 cm de diamètre. La céramique est un vase haut destiné au stockage, de forme cylindrique haute à fond arrondi. Daté du Néolithique Final 3 (Chalcolithique), ce vase est attribué au groupe de Fontbouisse. Ce type de vase, également appelé jarre, comporte un bord avec une lèvre légèrement éversée. Il est orné par deux cordons. Seule l’amorce d’une anse est visible sur l’un des fragments reconstitués qui reposaient au fond de ce vase. Le fond est marqué par une perforation ancienne, existante lors de la phase de mise en place de la jarre dans la structure. En effet, la semelle en terre massive, comportait un tesson placé à l’emplacement cette perforation. Bien que ce vase soit totalement fragmenté, il est resté dans sa forme et sa position initiale dans sa fosse d’accueil. Après remontage et une restauration partielle, ce grand vase de stockage orné de cordons, présente les dimensions suivantes : 74 H x 45cm D pour un poids de 15 kilogrammes et d’une contenance de 115 litres.

L’état de surface interne, comme externe de la céramique est très irrégulier, on remarque en plusieurs endroits des traces de lissage. Ces traces, sont interprétées comme une marque de fabrication propre à chaque potier (traces plus ou moins longues marquées par les doigts du potier). L’épaisseur de la pâte est variable, mais reste relativement faible par rapport à la taille importante de ce vase de stockage : entre 5 et 13 mm.

Une première tentative de comparaison avec d’autres grands vases de stockage de la culture de Fontbouisse permet de trouver des parentés avec des séries sur différents sites du Languedoc. Le site des Vautes à Saint-Gely du Fesc (Hérault), comporte dans ses séries plusieurs vases hauts. Le site de la Roquette à Tresques (Gard), a fourni quelques jarres profondes à fond hémisphérique, sans cordon, mais dont le profil est très proche de la jarre du Cailar. La série du site de Saint-Paul à Mèze (Hérault), possède des fragments de vases hauts à décor de cordons, mais leur morphologie s’oriente majoritairement sur des formes globuleuses. Le site de Novi a livré une grande jarre sans cordon, mais dont la morphologie est proche du vase du Cailar. Ce vase cylindrique haut présente des similitudes troublantes avec le faciès Caussenard. Les sites des grands Causses ont livré des grands vases de même morphologie, notamment le site de l’Aven d’Altayrac dans l’Aveyron, mais dont la hauteur est moins importante. Un autre site ayant fourni des vases hauts dans le contexte géographique des Causses est celui de Campasse-Labro dans le département de l’Aveyron, où des grandes jarres d’une capacité de 50 litres, sont bien représentées.

Les découvertes effectuées en Languedoc méridional, sur d’autres sites du Néolithique final, montrent dans un contexte de plaine, une utilisation de la terre crue dans des structures domestiques. Ces résultats permettent aujourd’hui, d’affirmer une certaine cohésion dans ce type d’aménagement de fosse pour le calage de grands vases de stockage. Le site de référence pour ce type de structures est celui de la Capoulière à Mauguio (Hérault), où l’emploi de la terre crue est avéré dans plusieurs fosses. Ce site avait livré une fosse contenant un grand vase Fontbouisse, qui présentait le même type d’aménagement que la structure 1 du Cailar. Deux autres structures de la Capoulière attribuées au groupe de Ferrière présentaient également un aménagement en moellons de terre crue, qui couvrait l’ensemble du creusement sur lequel reposait des tessons céramiques et des galets chauffés. L’utilisation de matériaux préformés (pains de terre crue), pour caler ces grandes jarres atteste ici une maîtrise de l’architecture en terre et de sa banalisation sur différents territoires par des groupes fontbuxiens.

Les bords du Vistre, ont été largement occupés dès le Néolithique moyen. Le relevé en surface de plusieurs structures fossoyées de morphologies et de périodes différentes atteste ici l’occupation du site sur plusieurs siècles.

 

 

Bien plus tard, on assiste à l'étendue du domaine marchand de la colonie grecque de Marseille dont le marché atteint le maximum de son expansion au début du -IVè siècle. La cité phocéenne a établi son activité à la fin du -VIè et au -Vè siècle par le biais de ses relais rhodaniens : la tentative coloniale d'Arles sur le fleuve d'une part et de comptoirs indigènes en arrière du littoral d'autre part, comme ceux d'Espeyran à Saint-Gilles et du Cailar, dans le Gard.

L’âge du Fer est alors marqué par l’émergence d’un vaste habitat en lisière de l’actuel village du Cailar sur la Place de la Saint-Jean (nombreux vestiges d'influences grecque et celtique, remarquables par leur singularité, datant du -Vè au -IIIè siècle). L’habitat de l’Âge du Fer a été installé sur une légère éminence naturelle entourée par les eaux et occupe vraisemblablement une surface d’environ 1,5 ha. À proximité de l’habitat, vers le Sud-Est, se trouvait le rivage d’une vaste lagune qui s’étendait dans tout le sud de la région à l’Âge du Fer. Cette lagune aujourd’hui comblée par les alluvions du Rhône et des différents fleuves côtiers du Languedoc oriental mettait alors en relation toute la série des comptoirs littoraux protohistoriques connus : Arles, en remontant un bras du Rhône aujourd’hui fossile, Espeyran, Le Cailar, Lattes. La mer se trouvait également beaucoup plus proche du site du Cailar qu’à l’heure actuelle et les différentes campagnes de fouille ont livré des quantités très importantes de mobilier importé (étrusque, grec et massaliète), ce qui permet de caractériser cet habitat comme l’une des interfaces commerciales entre l’arrière-pays indigène et le monde méditerranéen. Ce site du Castellas, difficile à délimiter à cause du bâti médiéval, occupe environ 3 ha et correspond à une bourgade protohistorique d’une certaine importance, oppidum indigène ou comptoir commercial.

 

 

La zone littorale privilégie le recours à la brique crue moulée, tendance déjà enregistrée d’une répartition géographique des modes de construction à partir de la fin du -VIè siècle.

Avant de s’appliquer à la construction de l’habitat, la pierre intervient dès le Bronze final dans l’érection de murailles défensives (Saint-Pons-de-Thomières). Le catalogue des enceintes du Languedoc s’est enrichi de celles de Lattes (fin -VIè) et du Cailar (-VIè siècle). Certaines intègrent des adobes : en guise de superstructures, au Cailar la brique moulée constitue l’élévation d’un rempart à solin de pierre.

Le rempart semble mis en place dès la création de l’habitat, au cours du -VIè siècle. Ce rempart montre une architecture assez complexe, avec notamment trois phases de reconstruction ou de réfection qui ont pu être observées, ce qui renvoie à une pratique largement attestée par ailleurs en Gaule méridionale, d’entretien régulier des systèmes de fortifications. Il présente dans une première phase une élévation en adobes sur un socle de pierres (une exceptionnelle élévation en adobes en place, 4 assises), puis dans une seconde phase il est bâti totalement en pierres liées à la terre ; enfin, dans un troisième temps, une partie de la courtine présente un agrandissement, interprété comme un renforcement, du côté extérieur.

 

Au confluent du Vistre et du Rhôny, cet habitat occupait le carrefour des itinéraires reliant la mer avec les oppida de Vaunage et de Nîmes et constituait un pôle de peuplement majeur, à peu près à mi-distance entre les ports contemporains de Lattara/Lattes et d’Espeyran/Saint-Gilles. C’était donc un comptoir de commerce lagunaire protohistorique, largement ouvert sur la Méditerranée et servant de relais avec l’arrière-pays de Nîmes, auquel le Cailar est lié par la vallée du Vistre, et la Vaunage, dans laquelle le Rhôny prend sa source. Le Cailar s’inscrit dans le système des comptoirs de redistribution des produits méditerranéens du littoral languedocien, au même titre que Lattes et Espeyran, également en relation avec le monde celtique. En effet, les vallées du Rhôny et du Vistre, qui confluent juste au Sud du site du Cailar, lui ouvre l'accès à ces deux importants pôles d'occupation protohistoriques. Ce comptoir offre donc l'avantage d'avoir un arrière-pays relativement bien connu puisque le Cailar se présente comme le débouché des sites de La Liquière, Mauressip, Roque de Viou, Nages, en Vaunage, ainsi que de Nîmes. Par cet arrière-pays, le site du Cailar était en relation avec le Massif Central à travers les Cévennes, et par là avec l'ensemble de la Celtique intérieure, à laquelle elle pouvait également avoir accès par la voie plus traditionnelle de la vallée du Rhône. Il se présente comme l'une des interfaces les plus importantes du Languedoc puisqu'il met en relation avec le littoral à la fois la Vaunage et la plaine nîmoise.

 

L’habitat du Cailar peut être définitivement caractérisé comme un comptoir de commerce fortement impliqué dans les trafics méditerranéens, grâce auxquels il recevait du vin (amphores de Marseille), de l’huile (amphores grecques) et des céramiques fines pour le service. Le faciès mobilier présente toujours – ou plutôt déjà – une coloration très massaliète dans cette période autour de -500 : les amphores étrusques sont présentes mais en quantité assez faible, alors qu’à la même époque dans la zone 27 du site de Lattara les amphores étrusques confinent à l’exclusivité dans une maison qui témoigne de l’installation de marchands étrusques. Au Cailar, on note la présence de céramique fine de Grèce orientale (coupe ionienne GREC-OR Ky 0), d’amphores grecques (groupe Milet-Samos), de céramique à pâte claire et claire peinte de Marseille, et signalons la présence d’un type rare de bord de mortier massaliète peint en rouge (CL-MAS 623b) à l’imitation des mortiers grecs orientaux. On notera également une forte présence de la céramique grise monochrome dans les niveaux du dernier quart du -VIe siècle. Plus étonnante est la distribution ponctuelle (Montlaurès, Lattes, Le Cailar) de meules à grain en téphrite, une pierre des montagnes d’Étrurie. Il peut s’agir de la vente occasionnelle d’objets dont l’intérêt majeur, sur les bateaux, devait être celui de servir également de lest.

 

La présence d’établissements secondaires alentour et d’épandages agraires sur plusieurs kilomètres carrés marquent une vaste emprise territoriale, liée à la mise en valeur de la plaine.

 

 

Le Cailar a livré un important dépôt d’armes et de têtes coupées (plus de 200 m2 restitué), apparus sous la forme de restes humains mêlés à des objets métalliques, au milieux de cailloux et de fragments de faune et de céramique, dont les relevés ne montraient aucune organisation claire même si des ensembles (cinq amas en fait) avaient été délimités. Un simple dégagement de surface avait alors livré 144 restes humains et 57 objets métalliques, dont plusieurs épées ou fragments d’épée, un umbo de bouclier avec des traces de coups et des éléments de chaînes de suspension de fourreau (éléments courts et long). La céramique recueillie montrait des fourchettes de datation s’étalant entre le milieu et le début du -IIIè siècle pour les niveaux supérieurs (R0 à R5) puis entre la seconde moitié du -IIIè et la fin du -IVè siècle pour les niveaux inférieurs.

 

Les armes découvertes au Cailar appartiennent à un seul et même ensemble, homogène, même s’il présente une certaine durée puisque des armes ont été déposées dans un même espace durant tout le -IIIè siècle. Le matériel identifiable semble bien caractéristique typologiquement des phases La Tène B2 et LT C1, même si des éléments déterminants comme la longueur des fourreaux ou les associations entrées-bouterolles font défaut. En aval, les types de LT C1 sont bien présents, mais les éléments de la phase la plus récente sont semblent-ils absents : pas de chaîne de suspension à maillons à double torsades fins (et pas de fibule à pied fixé à l’arc dans les autres matériels datant). Ce qui est certain, c’est que les types caractéristiques de LT C2 sont absents à ce jour.

On estime donc le Terminus Ante Quem à la fin du -IIIè siècle, en relation avec la chronologie de la céramique. En amont, on se fixe pour l’instant au début de La Tène B2, soit les dernières décennies du -IVè siècle.

Toutes les pièces caractéristiques de la panoplie du guerrier gaulois sont représentées en plusieurs exemplaires : bouclier, lance, épée, fourreau, chaîne de suspension.

Au moins dix épées peuvent être décomptées à ce jour. Elles correspondent à des modèles standards du milieu du Second Âge du Fer. Quelques-unes sont pourvues de croisières rapportées campaniformes.

Les lances ne sont représentées pour l’instant que par cinq exemplaires, caractéristiques du milieu du Second Âge du Fer, avec des fers de petites dimensions à douille cylindrique et des talons à soie. Les armes d’hast les mieux conservés sont deux fers de lance courts, à douille cylindrique et empennage foliacé étroit élargi à la base, peut-être asymétrique pour l’un des exemplaires, classiques à LT B et C, tout comme un petit fer de lance/javelot à douille longue conique et pointe courte losangique.

Les boucliers, en dix exemplaires au moins, sont représentés par des rivets à tête hémisphérique, plusieurs fragments d’umbos et de nombreux morceaux d’orle.

Fourniment : Il s’agit du mobilier le plus représenté avec au moins vingt fourreaux dénombrés jusqu’à présent. Les entrées sont de formes variables mais systématiquement campaniformes. Les pontets sont de forme classique, à attaches circulaires plus ou moins larges parfois avec une attache inférieure ogivale - et passant rectangulaire ; ils semblent tous situés sous entrée. Le type le plus ancien est à petites attaches et passant long. Une entrée possède une barrette de renfort sous le passant du pontet, caractère des fourreaux de LT C1, de même qu’une barrette à petits disques latéraux.

Du côté des bouterolles, un exemplaire à extrémité ajourée circulaire massive, de type Gournay 2, est attribuable globalement à LT B. Une bouterolle courte ajourée circulaire appartient à un fourreau de type Hatvan-Boldog, et il semblerait qu’il s’agisse de la forme évoluée attribuable à LT B2. Plusieurs extrémités non circulaires de bouterolles de fourreaux des types Gournay 2 et 3 sont aussi présentes, et enfin des extrémités de bouterolles fines de fourreaux des types Gournay 4 et 5. Ainsi, malgré l’absence d’associations directes entre entrées et bouterolles, ces caractères sont cohérents typologiquement et indiquent des fourreaux de LT B2 et LT C1. Les chaînes de suspension, au nombre de dix, sont bien conservées, diverses, et livrent des indications précises. Un exemplaire est à longs maillons torsadés et datable de LT B2, au début du -IIIè siècle. Un fragment appartient au type en échelle, de LT B2b-C1a. Deux éléments courts, très plats, pourraient appartenir au type ultime en gourmette, de LT C1b, ainsi que peut-être deux autres éléments courts de forme similaire. La majeure partie des éléments semble devoir être identifiée aux types à maillons simples en huit alternés, ou à maillons simples dits "¼ de tour", qui sont les exemplaires les plus récents de LT C1 avec les chaînes en gourmette.

 

D’autres catégories de vestiges métalliques figurent également dans cet ensemble au sein duquel les pièces d’armements et de fourniment sont cependant largement majoritaires avec 76 % des restes pour 67 % des objets et finalement 40 % des individus, auxquels s’ajouteront certainement après nettoyage la majorité des restes indéterminés (fragments de tôles et plaques).

La totalité du matériel métallique provenant du dépôt, auquel s’ajoutent les fragments d’armes déplacés retrouvés dans des contextes postérieurs, compte actuellement 818 restes pour 522 restes post-recollage, et une estimation minimale de 239 objets pour 132 individus, principalement en fer (96 % des restes, 90 % des objets et 80 % des individus). En marge de ce corpus, on dénombre seulement 16 objets en bronze et 10 objets en plomb.

L’assemblage comprend des accessoires vestimentaires, représentés par 13 fibules (10 en fer et 3 en bronze), un anneau terminal de chaîne-ceinture en bronze de La Tène C1 et 6 anneaux de ceinture en bronze et en fer, pouvant pour certains appartenir à des suspensions souples de fourreaux de LT B, notamment deux exemplaires en fer de section massive en amande et circulaire. Les fibules sont illustrées par des exemplaires à pied replié en fer, dont des grands modèles à grosse perle terminale, et des modèles à pied replié à petite perle terminale parfois pourvue d’une perle décorative, et un seul exemplaire à pied fixé au sommet de l’arc par une pince caractéristique de La Tène C1. Sont également présents 2 ustensiles, une râpe à fromage en bronze et un gros couteau en fer à dos droit et manche plat; et 2 outils en fer, une hache/herminette à douille et une serpe/vonge à douille. On note enfin la présence de quincaillerie : 3 clous en bronze et 23 en fer, notamment des clous de construction, possibles témoignages de la présence originelle de structures construites, peut-être des supports d’exposition des vestiges humains et métalliques.

 

Mêlés au mobilier métallique et aux restes de têtes coupées, se trouvaient également un certain nombre de monnaies, ainsi que des fragments de faune et de céramique. Avec les armes et les restes humains, les monnaies représentent le troisième élément lié très probablement à des pratiques rituelles. En effet, 48 monnaies ont été retrouvées à ce jour dans le dépôt, toutes sont des oboles de Marseille en argent ; or si les monnaies commencent effectivement à circuler en Gaule méridionale à cette époque, une telle quantité dans un espace aussi restreint est inhabituelle. Leur type est cohérent avec une datation dans le courant du -IIIè siècle. Comme le reste des éléments mobiliers du dépôt, ces monnaies étaient éparpillées sur l’ensemble de la surface.

Au sein de cet ensemble si particulier, se trouve également un grand nombre de fragments de faune et de céramique. Ces deux types de vestiges sont associés ici car ils présentent tous deux des assemblages plutôt caractéristiques des habitats, sans aucune particularité qui tendrait à les rattacher à des pratiques rituelles, en-dehors bien sûr de leur association avec les armes, les restes humains et les monnaies.

 

Les ossements de faune présentent un bon état de conservation mais une très forte fragmentation, témoignant de la succession classique des événements qui va de l’exploitation initiale à vocation alimentaire des carcasses à des marqueurs d’activités post-dépositionnelles intenses ayant entraîné des cassures, ainsi qu’une forte dispersion des fragments osseux auxquelles s’ajoutent les remaniements potentiels, le tassement dû au poids des terres ainsi que quelques marques d’intervention carnivores (coups de dents de petits carnassiers). À ce jour, 1787 fragment osseux ou dentaires ont été prélevés, parmi lesquels le nombre de restes étudiés s’élève à 1224 ; 423 fragments ont été déterminés anatomiquement et spécifiquement. Le bœuf (151 restes représentant 7 individus) est l’animal le mieux représenté suivi du porc (128 restes représentant 12 individus), des caprinés (74 restes dont cinq restes de mouton et un de chèvre représentant 6 individus), des équidés (37 restes représentant 4 individus) et du chien (14 restes représentant 3 individus). La faune sauvage est signalée par un fragment de maxillaire de cerf et une première phalange de lagomorphe. Les répartitions anatomiques ne laissent apparaître, à première vue, aucune spécificité mais témoignent au contraire du rejet d’éléments appartenant à tous les segments du squelette, avec une variabilité nuancée en fonction du format et de l’âge des animaux considérés et de la conservation différentielle des ossements.

L’éventualité de l’exposition de têtes d’animaux associées aux trophées humains ne semble donc pas pertinente. L’observation de ces distributions anatomiques couplée à celle des marques de découpe (dépouillement, mise en pièces) inscrit les équidés dans le circuit habituel des déchets de cuisine, avec simplement une consommation relativement anecdotique par rapport aux autres espèces (porcs, caprinés). L’hétérogénéité des restes fauniques semble contraster avec l’homogénéité des autres mobiliers archéologiques. La fragmentation couplée à la dispersion initiale des carcasses oriente davantage vers la reconnaissance de dépôts dits secondaires, en provenance de contextes différents, et qui, lors de phases de remblaiement de l’espace, auraient pu être entraînés avec des sédiments exogènes, puisés dans des remblais ou dépotoirs riches en ossements. Cela revient à exclure l’animal dans cette pratique dont on connaît pourtant d’autres exemples dans lesquels il a été directement mis en scène (Pech Maho, Gournay, Ribemont, etc.).

 

Des conclusions similaires marquent l’étude du mobilier céramique retrouvé dans l’espace du dépôt, mêlé aux autres types de vestiges. La céramique présente elle aussi une très forte fragmentation (aucun vase complet, ou même susceptible de l’être, n’a encore été découvert) et l’étude préliminaire ne montre aucune spécificité de cet assemblage. Toutes les catégories de céramiques sont représentées au sein des 4068 fragments enregistrés qui correspondent à un Nombre Minimal d’Individus (NMI) de 315 vases. La répartition, en NMI car les différences de fragmentation entre catégories (amphores ou céramiques fines) sont importantes, donne 23 % d’amphores (majoritairement des amphores massaliètes), 2 % de dolia, 40 % de Céramique Non Tournée locale, 14 % de céramiques communes tournées (des céramiques à pâte claire de tradition massaliète principalement ainsi que quelques importations méditerranéennes) et 19 % de céramiques tournées fines comprenant des productions claires peintes et des céramiques à vernis noirs provenant de différents ateliers de Méditerranée. Ces proportions sont identiques à celles des habitats contemporains de la région qui abrite plusieurs sites bien documentés pour cette phase (Nages, Lattes, Espeyran). Le principal apport du mobilier céramique réside ici dans les données chronologiques qu’il apporte. Les productions à vernis noir permettent de donner un phasage assez précis du dépôt. En effet, si l’ensemble du matériel permet de dater globalement le dépôt du -IIIè siècle (bords d’amphores massaliètes de type 8 et 9, formes de vaisselle en claire peinte caractéristiques), la présence de différentes productions de vernis noirs dans les niveaux successifs du dépôt indiquent nettement une durée de cet ensemble, sur la totalité du -IIIè siècle. Dans les couches les plus anciennes, on trouve des productions de l’atelier des Petites Estampilles et des ateliers de Rosas, alors que dans les couches les plus récentes, on note l’apparition et le développement (en proportion) des céramiques campaniennes A. Ce changement indique clairement que l’on passe de la première moitié du -IIIè siècle à la seconde moitié. Le mobilier métallique apporte des informations concordantes puisque plusieurs éléments datés de la fin du -IVè siècle sont apparus dans les premières couches du dépôt que nous commençons à atteindre.

En ce qui concerne le rôle des céramiques au sein du dépôt, l’absence de caractères particuliers de l’assemblage connu à l’heure actuelle amène à des constatations assez proches de celles faites pour l’assemblage faunique et la totalité ou une grande partie du mobilier retrouvé pourrait résulter d’un apport volontaire de terre prise au voisinage de l’habitat pour sceller chaque couche de vestiges lors des phases de "décrochage" des éléments exposés et d’épandage des armes et des têtes coupées, pratique qui s’accompagnait peut-être alors d’offrandes monétaires.

Bien entendu, on ne peut exclure totalement la possibilité que ces vestiges céramiques, ou une partie du moins, soient liés à des pratiques commensales organisées sur le lieu même du dépôt, dans cet espace si particulier contre le rempart.

 

 

Une grande partie des armes découvertes au Cailar présente des traces de déformations volontaires qui ne peuvent pas être dues à des combats. Ces traces sont diverses mais récurrentes - vu la quantité de matériel découvert - et ont été observées sur les épées, les umbos et les fourreaux. Dans la majorité des cas, ces manipulations destructives semblent avoir rendu les objets inutilisables. En ce qui concerne les umbos, plusieurs coques sont aplaties, avec une ou les deux ailettes coupées; deux coques montrent un enfoncement dû à un instrument contondant; une autre trois enfoncements rectilignes parallèles dus à une arme ou un instrument tranchant ; une coque semble avoir été découpée dans sa hauteur et enfin certaines ailettes découpées ont leurs bords repliés.

En ce qui concerne les épées, au moins deux exemplaires présentent une cassure recourbée montrant qu’ils ont été pliés en deux; les autres fragments présentent des cassures plus ou moins rectilignes, tendant à montrer que les épées ont été volontairement, sinon coupées, du moins pliées. Les longueurs de lame conservées indiquent des exemplaires coupés ou pliés en deux ou trois parties, ou plus pour quelques fragments inférieurs à 15 cm de longueur. Une épée complète a été découverte, dans son fourreau, mais repliée en deux endroits : au niveau de la poignée - la soie est tordue presque à angle droit - et dans le tiers supérieur de sa longueur.

Les fourreaux montrent le plus grand nombre de stigmates. Certaines bouterolles semblent avoir été démontées, tandis que d’autres ont en revanche été coupées et conservent les extrémités des plaques du fourreau. Quelques fourreaux ont été pliés, un exemplaire notamment replié en cercle, ou coupés en plusieurs tronçons; d’autres ont été démontés (plaques séparées).

À l’instar des épées, de nombreux fragments de plaques montrent des cassures rectilignes, traces possibles de découpe, notamment les entrées qui semblent avoir été coupées selon des longueurs variables. On observe enfin un grand nombre de fragments coupés, tordus, pliés ou repliés sur eux-mêmes, ainsi que quelques autres traces plus spécifiques comme des traces de coups par une lame sur les bords de plaque ou encore un trou d’impact de la pointe d’une arme dans une plaque.

Ces manipulations destructives sont l’un des éléments d’explication sur la fonction de ces armes au sein de cet habitat : des armes qui n’ont pas été découvertes seules mais au sein d’un ensemble très particulier dont l’un des éléments les plus emblématiques, le plus important, est la présence de nombreux restes humains liés à la pratique gauloise des têtes coupées.

 

Les armes qui viennent d’être décrites ont en effet été découvertes dans un contexte très particulier puisqu’elles étaient associées non seulement à des restes humains mais aussi à des monnaies, de la céramique et de la faune : ces différents types de vestiges étant éparpillés et mêlés les uns aux autres sur un vaste espace ouvert, accolé au rempart.

1877 restes humains ont été prélevés, très fragmentaires, comme le reste des vestiges. Tous appartiennent au squelette céphalique à l’exception de trois petits fragments du rachis : un fragment d’atlas (première vertèbre cervicale), un fragment de vertèbre cervicale (probablement la troisième) et un deuxième fragment d’atlas probable. On dénombre 1043 fragments du bloc crânio-facial, 87 fragments de mandibules et 744 dents isolées. Le nombre minimal d’individus, évalué à partir des branches droites des mandibules, s’élève à 37. Il s’agit exclusivement de sujets adultes ou de taille adulte. Parmi les dents conservées, quelques troisièmes molaires dont les racines sont en cours de calcification indiquent la présence probable de grands adolescents. En revanche, il n’y a toujours aucun enfant. Il n’est évidemment pas possible de procéder à une diagnose sexuelle à partir des vestiges du squelette céphalique. Les os appartiennent majoritairement à des sujets robustes ou même très robustes et parfois à des sujets beaucoup plus graciles, mais rien ne permet de dire que ces différences indiquent la présence de sujets des deux sexes. De nombreux restes humains présentent des traces de lésions anthropiques, certaines pourraient être dues à des combats mais la plupart sont manifestement liées à la décollation dont ces individus ont été victimes. Des altérations de l’émail dentaire pourraient indiquer une exposition à l’air libre.

La pratique de la tête coupée est bien documentée pour la Gaule, à la fois par les sources littéraires et par la documentation archéologique. Plusieurs textes évoquent cette coutume : le plus détaillé est celui de Strabon (Géographie, 4.4.5) qui se fonde sur le récit de Poseidonios. Ce Grec d’Apamée a visité le Sud de la Gaule au début du -Ier siècle et décrit les têtes coupées, ramenées des champs de bataille, qu’il a vues dans les habitats indigènes des environs de Marseille. Ce témoignage concerne donc la région même du site du Cailar, quelques décennies seulement après la période du dépôt qui est en cours de fouille.

Même si une partie de l’œuvre de Poseidonios provient de sources plus anciennes, le fait qu’il se soit habitué au spectacle de l’exposition des têtes tend à montrer que ce passage-là au moins correspond bien à une observation directe de cette coutume.

Strabon (4.4.5) attribue aux Gaulois « l’usage qui consiste à suspendre à l’encolure de leurs chevaux les têtes de leurs ennemis quand ils reviennent du combat et à les rapporter chez eux pour les clouer dans leurs entrée. Ils embaumaient à l’huile de cèdre les têtes des ennemis de marque pour les montrer aux étrangers et refusaient de les rendre contre rançon, fût-ce au prix d’un poids égal d’or. Ce furent les Romains qui mirent un terme à ces coutumes. Poseidonios dit avoir vu lui-même en bien des endroits ce spectacle, qui d’abord lui répugnait, mais qu’il avait fini, avec l’accoutumance, par supporter avec sérénité ».

En Gaule méridionale, cette pratique est également documentée par d’autres découvertes de crânes humains dans des habitats et par un certain nombre de représentations iconographiques aujourd’hui bien connues : linteau de Nages, pilier de Glanum ou de Roquepertuse, et bien sûr bas-reliefs et statues d’Entremont. L’interprétation de toutes ces représentations est délicate : plusieurs théories s’affrontent entre représentations des ancêtres héroïsés et trophées guerriers.

Dans le cas du Cailar, l’association avec les armes ainsi que divers autres vestiges est atypique : les restes humains découverts dans d’autres sites du Midi (Pech Maho, Roquepertuse, Entremont, La Cloche), correspondant à des têtes coupées, étaient isolés. Le Cailar est pour l’instant le seul site de Gaule méridionale à avoir livré une telle quantité d’armes dans un contexte rituel.

 

 

La surface dévolue à ces pratiques rituelles dépassait à l’origine les 150 m2, mais nous en avons aujourd’hui une vision tronquée car plusieurs grandes fosses tardo-antiques ou médiévales ont fortement perturbé cet espace. Les vestiges sont en effet dispersés sur cette vaste surface sans aucune organisation apparente : aucun bâtiment de quelque type que ce soit n’a été dégagé. Quelques trous de poteau ont été repérés, mais ils ne forment jamais une structure : ils semblent plutôt devoir être interprétés comme des supports d’exposition, soit des armes, soit des têtes coupées (ou des deux). Les seuls éléments éventuellement liés à une structuration du dépôt se trouvent contre le rempart : il s’agit d’une série de grandes fosses oblongues dont l’interprétation est encore difficile ; elles sont contemporaines du dépôt, mais renfermaient très peu de mobilier et aucun élément spécifique. L’unique élément de structuration évident de cet espace est en fait le rempart qui le borde : il s’agit de la seule limite réelle du dépôt, du côté Est, puisque sur les autres côtés, au Sud, à l’Ouest et au Nord, s’ouvrent les fosses tardo-antiques et médiévales. Le rempart, vraisemblablement élevé en pierres liées à la terre à cette époque, apparaît comme un élément structurant fort sur lequel un certain nombre d’éléments ont pu être exposés, avant d’être dispersés sur le vaste espace réservé au pied de celui-ci, à l’intérieur de la ville. La topographie du site ne laisse pas place au doute : l’espace consacré aux pratiques rituelles conduisant à l’épandage des armes et des têtes coupées est bien situé intra muros. Ce type de localisation est connu en Gaule méridionale où plusieurs sites abritent des bâtiments ou des espaces à vocation rituelle à l’intérieur de leur rempart : Pech Maho dans l’Aude, Entremont et Roquepertuse en Provence.

 

Pour le -IIIè siècle, seul le dépôt d’armes et de têtes coupées est connu : aucun habitat domestique contemporain n’a encore été fouillé. On pourrait donc évoquer la possibilité que le site ait pu être entièrement consacré à des pratiques rituelles à cette époque. Cependant, l’analyse et l’interprétation des assemblages faunique et céramique orientent plutôt vers l’existence d’un habitat, au sein duquel est réservé un espace consacré aux pratiques rituelles.

Le devenir de cet espace, comme de l’habitat du Cailar, à la fin du -IIIè siècle est problématique. Les remaniements de l’époque médiévale se sont accompagnés de forts décaissements qui ont détruit les niveaux supérieurs du dépôt dans une grande partie de la zone étudiée. Un petit secteur épargné par ces bouleversements a permis de mettre en évidence un remblai de plus de 30 cm d’épaisseur, avec du mobilier céramique qui donne une datation vers -200, venant sceller les niveaux du dépôt. Le mobilier céramique résiduel dans les fosses tardo-antiques et médiévales semble par ailleurs indiquer une rétraction de l’habitat aux -IIè et -Ier siècles (faible taux d’amphores italiques notamment). Il est donc possible que le site du Cailar ait été abandonné aux alentours de -200 ou se soit en tout cas considérablement réduit, l’espace occupé par le dépôt d’armes et de têtes coupées étant dans tous les cas fermé.

 

 

L’ensemble découvert au Cailar présente, mêlé à des fragments de faune et de céramique, un assemblage inédit de mobiliers en Gaule méridionale : des armes, une quinzaine de panoplies guerrières, associées à d’autres types de vestiges métalliques en quantité moindre (parures, outillage, quincaillerie) ; des restes humains liés à la pratique gauloise des têtes coupées ; des monnaies (exclusivement des oboles massaliètes en argent).

Les vestiges gisent éparpillés sur un vaste espace accolé au rempart qui ceinturait l’habitat. Tous les éléments mobiliers donnent une chronologie concordante : le -IIIè siècle, avec un développement sur toute la durée de ce siècle. Nous sommes en présence d’un lieu qui a fonctionné durant une centaine d’année : quatre générations ont donc pu s’y succéder pour exposer des crânes, déposer des armes qui avaient été rendues inutilisables à la suite de diverses manipulations destructives, faire des offrandes monétaires, et peut-être consommer des boissons et des aliments carnés. Le déroulement précis de ces diverses pratiques rituelles nous échappe mais elles ont laissé un certain nombre de vestiges matériels susceptibles d’en donner un mince éclairage.

Ces pratiques sont manifestement liées au monde de la guerre, à un degré difficile à estimer pour ces populations protohistoriques dont les croyances et les mentalités ne peuvent être qu’entr’aperçues, mais de manière néanmoins indéniable. Le caractère guerrier apparaît dans la prépondérance des armes sur le reste du mobilier et dans la présence des têtes coupées qui renvoient, si l’on suit le témoignage littéraire rapporté par Strabon, aux champs de bataille. L’une des particularités de ce dépôt est sa durée puisque nous sommes en présence d’un espace qui a été voué aux pratiques rituelles pendant environ un siècle. C’est pourquoi il faut peut-être imaginer plutôt une périodicité de ces pratiques rituelles d’exposition de crânes et de destruction puis de dévolution des armes (à moins que la dévolution rituelle précède la destruction). Régulièrement, de nouveaux crânes et divers objets métalliques essentiellement des panoplies guerrières·étaient exposés tandis que les éléments précédemment accrochés étaient dispersés sur l’espace réservé au pied du rempart, en étant peut-être volontairement brisés, dans un processus de destruction rituelle systématique, ce qui pourrait expliquer l’importante fragmentation de tous les vestiges retrouvés. Cette dispersion serait suivie d’un petit apport de remblai pris dans l’habitat voisin dont témoigneraient les assemblages de faune et de céramique. Des offrandes monétaires pourraient avoir lieu à un moment ou à un autre de ces diverses pratiques rituelles.

On notera également une fosse accolée au rempart (FS2383), extra-muros, mais liée au dépôt puisque recelant du mobilier métallique et des restes humains similaires à ceux de l’ensemble intra-muros. Il s’agit d’un ensemble complexe, aménagé au-dessus d’une grande dalle de pierre, dans un point très particulier du rempart, ce qui pose plusieurs questions quant à sa fonction, ses liens avec le dépôt intra-muros, sa localisation.

Dans la partie intra-muros située contre le rempart, la fouille a montré que l’espace ouvert à vocation rituelle était installé au sommet d’un remblai de nivellement scellant une démolition (adobes et pierres éparses).

 

Ainsi l’ensemble découvert au Cailar apporte un certain nombre d’éclairages nouveaux sur un pan assez méconnu de la protohistoire méridionale.

L’espace du dépôt ne pourra être vraiment compris que lorsque sa fouille sera totalement terminée, cependant les trois dernières campagnes ont déjà apporté beaucoup d’éléments pour interpréter cet ensemble de vestiges. Quels sont les éléments observés à ce stade de la fouille et de l’étude ?

  • un ensemble situé intra muros, contre le rempart, situé stratigraphiquement sous les vestiges de réoccupation gallo-romaine et sur des niveaux d’habitat du -IVè siècle,
  • l’absence d’éléments structurants architecturaux ou autre, fossés, murs, fosses, à l’exception de quelques trous ou calages de poteaux et des fosses ovales alignées contre la tranchée d’épierrement du rempart,
  • des restes humains nombreux, appartenant exclusivement au bloc crânio-facial, avec de nombreuses traces de décapitations et de découpes,
  • des tessons de céramique nombreux et variés, très fragmentés : céramique non tournée régionale, céramiques fines importées, amphores, couvrant les trois derniers quarts du -IIIè,
  • des restes de faune abondants, évoquant un faciès de consommation d’habitat, voire un remblai,
  • des monnaies – uniquement des oboles massaliètes en argent – éparses sur toute la surface du dépôt,
  • un matériel métallique conséquent, composé majoritairement de pièces d’armement et de fourniment, avec cependant des fibules mais aussi des outils, des ustensiles culinaires et des pièces de quincaillerie ; un matériel métallique présentant des traces de manipulations destructives sur l’armement et le fourniment et dont la typo-chronologie couvre les phases LT B2 et LT C1 (de la fin du -IVè à la fin du –IIIè siècle),
  • une accumulation stratifiée des vestiges : les niveaux les plus anciens fouillés pour l’instant, se placent dans la première moitié du -IIIè siècle (-275/-250), alors que les niveaux supérieurs appartiennent à la deuxième moitié du -IIIè siècle (-250/-200).

 

L’ensemble de ces faits permet déjà de se faire une idée plus nette de cet ensemble, en rejetant notamment certaines hypothèses d’interprétation :

  • les vestiges d’un évènement guerrier ponctuel, comme une couche de destruction militaire ? Cette hypothèse est battue en brèche par la stratification du dépôt (et dans tous les cas par l’épaisseur même de la couche archéologique), par la récurrence des manipulations destructives volontaires observées sur les armes et par la spécificité des restes humains qui ne comprennent aucun élément post-céphalique ;
  • les vestiges d’un trophée guerrier commémorant une bataille ? Là encore, cette hypothèse n’est pas satisfaisante à cause de la stratification des niveaux du dépôt et de la notion de durée qui commence à apparaître, à cause également de la densité et de la diversité des vestiges : la présence d’outillage et de parures même si elles sont en faible quantité et la présence de monnaies orientent vers une autre interprétation. L’absence d’éléments structurants clairs - et le fait que la totalité du dépôt n’est pas encore connu - incitent à la plus grande prudence, d’autant plus qu’il s’agit également d’un domaine sur lequel les données dans leur ensemble sont faibles et toujours difficiles d’interprétation. Les termes de sanctuaire ou même d’espace consacré ne seront pas employés, mais on proposera une formulation neutre pour rendre compte de cet ensemble et des pratiques (avérées ou supposées) dont il témoigne ;
  • les vestiges de diverses pratiques rituelles qui se sont déroulées dans cet espace urbain, accolé au rempart : Exposition de têtes coupées, Offrandes monétaires, Manipulations destructives sur les armes, Exposition des armes ?, Consommation de viandes et de vin ?

 

Le rempart a pu jouer un rôle central, puisqu’il pouvait servir de support à l’exposition des restes humains (rappelons que l’éclatement ou les écaillures de l’émail dentaire indiquent une exposition aux variations brutales de température ou d’hygrométrie) et des objets métalliques, tandis que l’espace vraisemblablement ouvert au pied de la courtine (puisqu’il n’y a aucun élément porteur) servait de théâtre à diverses activités rituelles : la destruction des armes et du fourniment, les offrandes monétaires, éventuellement la consommation de viande et de vin dont pourrait témoigner les restes de faune et de céramique (amphores et vases à boire, et au moins un cratère). Ces derniers pourraient également être simplement liés à l’habitat contemporain puisqu’il n’y a pas de spécificité dans ces vestiges comme pour le métal ou les restes humains, ou même les monnaies, ni dans la faune, ni dans le faciès céramique qui comprend aussi des récipients de stockage (dolium) et de cuisine (urnes et jattes non tournées).

La stratification observée dans cet ensemble, avec une succession de niveaux riches en vestiges séparés par une mince couche de terre, pourrait être liée à une certaine périodicité des diverses pratiques rituelles se déroulant dans cet espace, un lieu réservé au sein de l’habitat, fréquenté à certains moments et délaissé à d’autres.

 

On assiste à la rétractation de l’habitat dans la deuxième moitié de l’Âge du Fer, à partir du -llè siècle.

Commenter cet article