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Présentation du Collectif des 12 Singes

 

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Tous nos textes sont présentés sur http://Collectif12Singes.over-blog.com et nos livres ont une version eBook : "Lendemain du Grand Soir" ; "La philosophie south-parkoise, ça troue le cul !!!" ; "Bouquin Coquin et Taquin d’une Catin et d’un Libertin" ; "Photograffi(ti)es d’Expressions Murales : Pierres Philosophales"

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L’idée, pour Partager auprès du plus grand nombre et facilité la lecture, est de mettre à disposition les contenus synthétisés par nos soins, puis les internautes le désirant peuvent télécharger les pdf illustrés ou commander les livres papier imprimés par un professionnel

 

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Publié par Collectif des 12 Singes

 

Pour célébrer le passage de la 100è édition du Tour de France, le jeudi 4 juillet entre le Gard et l’Hérault puis le vendredi 5 juillet entre l’Hérault et le Tarn (on dépasse un peu mais la Montagne Noire est une partie importante proche des causses du Languedoc), nous publierons des synthèses préhistoriques sur les différentes localités traversées.

 

En outre, nous publierons durant l’été des synthèses sur la Préhistoire du "Languedoc-Roussillon" (en débordant un peu des limites administratives régionales) et de ses diverses zones entre "mers" (Méditerranée au Sud et Rhône à l’Est) et terres (Cévennes au Nord et Pyrénées à l’Ouest).

 

*** Autant nous avons critiqué Beaucaire et autres villes qui mentionnaient à peine leur passé pré-historique, autant nous sommes ravis de la quantité et qualité des informations dispensées sur le site de Vauvert ! Bravo à eux et MERCI pour ce partage ***

Fouilles sur La Condamine, une zone optimale d'environ 2000 m2 (https://www.flickr.com/photos/inrap/7006749004/in/photostream)

Fouilles sur La Condamine, une zone optimale d'environ 2000 m2 (https://www.flickr.com/photos/inrap/7006749004/in/photostream)

 

Situées à quelques kilomètres au Sud-Est de Nîmes, entre Camargue et Vistrenque, les Costières du Gard (ou de Nîmes) représentent une entité géographique bien individualisée à l’Est de la plaine littorale languedocienne. Elles culminent à 145 m d’altitude NGF à Générac, où la "zone des Puechs" semble émerger d’un plateau qui court de Meynes et Beaucaire à Vauvert, à des altitudes voisines de 80 à 30 m NGF.

 

Dans l'étude de la Préhistoire de la Costière du Gard, il est difficile de faire abstraction de la Vistrenque qui la sépare de la Garrigue de Nîmes.

La Vistrenque est une plaine agricole ayant pour seule zone naturelle la mince ripisylve des rives du Vistre. Elle suit un axe reliant l'agglomération nîmoise au Nord-Est, au village du Cailar au Sud-Ouest. Au Nord, elle délimite les Garrigues et au Sud, le plateau des Costières. Sa surface est de 220 km².

 

 

Les plus anciennes traces de l'histoire de l'Homme sont représentées par des instruments très primitifs réalisés sur des galets au Grès. Ces outils au tranchant sommairement aménagé sont particulièrement abondants dans la Vistrenque parmi les cailloux déposés depuis près de 2 millions d'années par le Rhône. Il faut savoir que le Rhône n'avait pas alors son tracé d'aujourd'hui et empruntait l'actuelle vallée du Vistre pour se jeter à la mer aux environs de Mauguio. Ce n'est que bien plus tard (il y a 400 000 ans) que le Rhône adoptera un cours proche de celui que nous connaissons de nos jours. C'est là, sur les berges du grand fleuve, riches sans doute en animaux de toutes sortes (des mammouths par exemple), que les premiers habitants de la Costière ont établi leurs premiers campements il y a environ 1 million d'années.

 

 

Bien plus tard, vers -200 000, le peuplement gagnera la haute Costière en se concentrant dans les grandes combes qui entaillent vigoureusement les sables et les galets. La Combe de Valliouguès à elle seule recèle une dizaine de gisements préhistoriques dont l'âge varie entre -200 000 et -80 000. C'est l'Homme de Néandertal, avec son outillage déjà plus élaboré, taillé sur éclats de silex, qui occupe alors la région dans un paysage combien différent de celui qui nous est familier. Le climat était froid, la végétation rase, riche en espèces montagnardes. Des animaux aujourd'hui refoulés vers des pays plus septentrionaux, tels que le renne, parcouraient en grands troupeaux ces espaces peu boisés. L'Homme, chasseur principalement, suivait les grands troupeaux d'herbivores qui représentaient l'essentiel de sa nourriture.

 

Les formations astiennes et villafranchiennes de la Costière du Gard au Sud-Est de Vauvert sont vigoureusement entaillées par de grandes combes (occupés par des cours d'eau très temporaires) qui portent le nom local de "Valat". Le Valat des Marchands, petit affluent de la grande combe de Valliougues, possède en outre plusieurs stations préhistoriques dont la station de la descente de Jean Thomas, placée en tête de talweg (ligne qui rejoint les points les plus bas d'une vallée ou du lit d'un cours d'eau), est sans conteste la plus importante.

Bien que les travaux ne soient pas achevés, une étude préliminaire portant sur 329 pièces dont 125 outils permet de se faire une idée de l'industrie. La position et l'orientation des pièces montrent bien que celles-ci font partie intégrante de la colluvion ; leur état ainsi que la position géomorphologique du gisement permettent de penser que leur transport fut de faible distance.

Les Néandertaliens ont utilisé une matière première empruntée aux cailloutis villafranchiens, même si le silex y est souvent de mauvaise qualité. Le quartz, le quartzite et le calcaire ont aussi été utilisés pour la confection d'outils sur galet (chopper-chopping-tool). Le débitage Levallois est très peu important et peut être considéré comme accidentel. Les indices de facettage sont assez forts sans permettre toutefois de considérer l'industrie comme facettée. Les éclats sont petits, courts et épais, présentant souvent des traces de cortex. Les Nucleus sont nombreux, leur majorité est constituée de nucleus informes et globuleux.

Le pourcentage des racloirs n'est pas très élevé mais ils constituent les plus belles pièces du gisement. Ils sont de types variés, avec une retouche envahissante. Les racloirs caractéristiques du groupe Charentien sont peu nombreux. Les denticulés sont abondants, ainsi que les pièces à encoches. Les outils de type paléolithique supérieur sont assez bien représentés par des grattoirs et des burins parfois très typiques. Les couteaux à dos naturel à cortex constituent une part non négligeable de l'outillage (9,9 %). Les outils sur galet sont assez bien représentés. Dans les groupes caractéristiques, le groupe Moustérien domine le groupe denticulé mais l'ensemble des pièces à encoches et des denticulés dominent le reste de l'outillage. Il n'a pas été trouvé de pointes moustériennes. Les retouches Quina et demi Quina sont absentes. L'industrie de J. Thomas semble donc se rapprocher de certains moustériens à denticulés. Il n’y a pas jusqu'à présent d'équivalent très satisfaisant dans les différents moustériens et prémoustériens étudiés dans le Midi de la France. Cette industrie n'est cependant pas isolée et on la retrouve en d'autres points de la Costière du Gard (Station des Clochettes, Le Cailar).

Provisoirement nous la définiront comme une industrie à denticulés, riche en couteaux à dos naturel à cortex, de débitage non Levallois à talon non facetté. Nous serions assez enclins à y voir une industrie pré-würmienne assimilable à un prémoustérien.

D’ailleurs, si le sol de Jean Thomas ne peut pas correspondre à un interstade majeur, comme l'interstade Riss-Würm, il semble plutôt signer une oscillation climatique mineure à l'intérieur d'un interstade. L'hypothèse d'un pré-Würm pourrait être avancée, soit vers -120 000.

 

Quelques mètres en aval de la station de Jean-Thomas, débute une formation caillouteuse qui s'étale dans la combe. Il y fut recueilli un outillage de belle facture, en partie roulé, comprenant des racloirs, de nombreux éclats et des outils sur galets.

La formation du Valat-des-marchands se poursuit vers l'aval avec la station de Valliougues, prenant une belle extension à la confluence du ruisseau des marchands avec celui de Valliougues.

 

La Condamine VI soulève également une hypothèse qui stipule la présence humaine du paléolithique inférieur (il s’agit d’un galet de quartzite) et du paléolithique moyen (un éclat en silex).

 

 

Après Neandertal, c’est Sapiens qui s’installe dans la région. Les traces de cette période d’il y a environ 35 000 ans sont peu nombreuses en Costière, localisées surtout sur le rebord Nord, au pied du talus qui domine la Vistrenque. Le gisement le plus riche se trouve très près de Vauvert dans les vignes qui entourent la fontaine des Piles Loins (venant du dialecte occitan, cette expression signifie « abreuvoir qui est loin ») et d'autres sont connus au quartier des Plaines.

La station des Piles Loins est située à 800 mètres à peine de l'agglomération, en contrebas des premiers virages à la sortie de Vauvert en direction de St-Gilles, occupant environ quatre hectares de part et d'autre de la petite source captée des Piles Loins, au débouché du petit vallon de Bout-en-Barbe. Il y a une certaine complexité de la stratigraphie archéologique avec un minimum de deux niveaux d’habitat, tous deux très proches l’un de l’autre en stratigraphie, sans véritablement de "stérile" entre les niveaux d’habitat. Plusieurs fosses néolithiques (au sens large : fosses silos néo-chalcolithiques) sont indéniablement creusées dans l’encroûtement initial.

L’industrie lithique fut attribuée dans un premier temps, avec réticences, à l'Aurignacien, sur la base d'une série peu abondante (136 outils) et assez peu caractéristique. En fait, l'industrie des Piles Loins s'est révélée appartenir à une phase ancienne du Magdalénien à la lumière de documents nouveaux, des prospections postérieures entraînant entres autres la découverte de lamelles à dos et de quelques raclettes. L'industrie est proche à la fois sur les plans typologiques et technologiques de celle du site magdalénien ancien à raclettes et lamelles à dos de Camparnaud à Vers-Pont-du-Gard mais également de celle des sites de l'Aude, Lassac (1000 ans plus jeune) et la Rivière. En l’état, les Piles Loins représenterait l’extension la plus orientale de ce faciès du Badegoulien récent ou Magdalénien ancien méditerranéen. Vauvert est à l'époque le "poste frontière" des Magdaléniens, venus une fois n'est pas coutume de l'Ouest, quelque part entre la Loire et la Garonne.

 

Les Piles Loins représentent, avec les sites de Lassac et Camparnaud l’un des rares habitats de plein air de la phase ancienne du Magdalénien en Languedoc. À cette époque, la végétation se composait, outre des pins de type silvestris (majoritaires), d’érables (Acer sp.) et de chênes à feuillages persistant (cf. Q. Ilex/coccifera) auquel il faut ajouter des dicotylédones (feuillus) indéterminés.

L'association de zones d'étangs (cf. l’étang du Crey, au Sud de la Costière, où se jette le ruisseau de Vallongue ou "Valliouguès", ou celui de Saint-Gilles) et d'industries du Paléolithique supérieur et de l'Épipaléolithique n'est sûrement par fortuite. Ces étangs devaient constituer une importante source de nourriture dans l'alimentation des peuplades du Würm récent. La découverte d'un triangle de Châteauneuf à Campuget vient appuyer cette hypothèse de travail, maintenant que nous connaissons le rôle de la pêche chez les mésolithiques Castelnoviens.

 

 

On décèle une certaine complexité du Paléolithique supérieur régional pour la période comprise entre -18 000 et -12 000/-11 000 (date approximative de l’apparition d’un Magdalénien supérieur à harpon en Languedoc rhodanien, à la Salpêtrière). Jusqu’aux environs de -18 000 se développe dans la basse vallée du Rhône un Solutréen relativement classique, même si le stade moyen ne connaît pas un développement très marqué de la retouche solutréenne bifaciale. À partir de ce substrat émerge un Solutréen supérieur révélé à la baume d’Oullins.

Vers -17 500, à la charnière entre le Solutréen supérieur et le Salpêtrien ancien, on assiste à une première rupture dans la continuité : le premier (schéma opératoire bipolaire non cintré) et le troisième schéma opératoire sont abandonnés au profit exclusif du second (schéma bipolaire cintré), corrélativement à la disparition de la pointe à face plane et au redéploiement du couple pointe à cran/lamelle à dos. C’est donc non seulement un outil, la pointe à face plane, qui disparaît, mais aussi la retouche rasante qui lui était presque exclusivement associée. Par le haut degré de prédétermination de son support, le Salpêtrien ancien procure ainsi à la pointe à cran à retouche abrupte de type méditerranéen une place prépondérante dans son système de production. Le Salpêtrien ancien perdurera jusque vers -16 000/-15 000 (couche 5 de la Salpêtrière). Il est coupé du Salpêtrien dit "supérieur" (couche 4, 3 et 2 du porche-centre) par une lacune d’érosion de près de quatre millénaires ; cette lacune, ainsi que l’absence d’un véritable Salpêtrien "moyen", pose la question d’une éventuelle filiation entre Salpêtrien ancien et Salpêtrien supérieur. Malgré quelques convergences (crans à Fontgrasse), la rupture est forte sur le plan technologique entre l’Épisolutréen salpêtrien et les industries qui lui succèdent en Languedoc rhodanien, que ce soit aux Piles-Loins à Vauvert, à Fontgrasse ou à Camparnaud.

 

Vers -15 500, rupture complète avec l’apparition d’un ensemble "magdaléno-badegoulien" qui reste encore difficile à cerner, malgré les données de fouilles récentes [Piles-Loins n’a pas livré de raclettes, connues seulement par prospection de surface (7 % contre 16 % à Camparnaud) ; ces raclettes peuvent provenir d’une autre occupation au sein de ce vaste gisement de plus de quatre hectares. La zone fouillée (70 m2) a livré une industrie lamino-lamellaire et microlamellaire, sans caractères badegouliens marqués].

Dans le Sud de la France, quelques gisements datés entre -15 000 et -14 000 présentent des convergences avec le niveau AG-IIIa de la grotte du Taillis des Coteaux (Antigny, Vienne). Il s’agit de l’abri Gandil (couches C23 et C25 : son industrie à crans, proches de ceux de Fontgrasse, présente des datations comprises entre -15 500 et -14 500) à Bruniquel (Tarn-et-Garonne) et de l’ensemble inférieur du gisement de Saint-Germain-la-Rivière (couches C3 et C4), qui sont attribués à un Magdalénien ancien stricto sensu, donc distinct du Badegoulien. Il pourrait en être de même des gisements de plein air des Piles Loins (Vauvert, Gard) et de Fontgrasse à Vers-Pont-du-Gard, tout comme de Montllleó, en Cerdagne Espagnole daté de -13 400.

 

Le site de plein air des Piles Loins, attribué à une phase ancienne du Magdalénien, présente lui aussi un abondant débitage lamellaire à partir de nucléus sur bloc très cintrés et sur "tranche d’éclat". L’absence de microlamelle à dos aux Piles Loins distingue ce site du niveau AG-IIIa du Taillis des Coteaux.

Dans son ensemble, l’industrie des Piles Loins apparaît très "magdalénienne", plus encore que celle de Camparnaud et de Lassac, dont la tendance est à la laminarité. La date de -15 530 ± 79 correspond bien à un âge attendu pour une phase supposée ancienne du Magdalénien languedocien, à savoir un âge proche, bien que légèrement plus ancien, de celui du site de Lassac dans l’Aude où deux dates donnent un résultat proche, aux environs de -14 600.

Cependant, la récente datation de Fontgrasse, peu ou prou contemporaine (-15 000 à -14 500), en tout cas plus ancienne que Lassac, vient compliquer le schéma évolutif proposé antérieurement, à savoir faire de cette industrie un Magdalénien moyen issu du "Magdaléno-Badegoulien" type Lassac/Camparnaud, avec disparition de la raclette et développement d’un débitage microlamellaire à partir de grattoir-nucléus carénés associé à un débitage lamino-lamellaire principalement unipolaire.

On retrouve cette chaîne opératoire particulière, à savoir un débitage microlamellaire à partir de grattoirs-nucléus carénés, ici discret mais très développé au Taillis des Coteaux dans la Vienne et sur le site de Thèmes dans l’Yonne. Ce mode de débitage est aujourd’hui bien identifié au sein de la phase ancienne de la "mouvance magdalénienne", comme à Gandil en Tarn-et-Garonne, Montlleó en Cerdagne espagnole. En définitive, nous voyons une certaine homogénéité du fonds culturel du Magdalénien régional mais qu'il n'y a pas de recette unique au sein des productions lamellaires dans le Magdalénien du Languedoc méditerranéen et de la Catalogne, il existe toute une palette de possibilités techniques.

 

 

Pile Loins est un atelier au sein d'une zone de vie (présence de structures de combustion et d'outils du fonds commun - grattoirs, burins, perçoirs et pièces esquillées par exemple) : emport de supports bruts et transformation sur place réduite à quelques pièces d'usage immédiat. On y note une spécialisation très probable dans la production de lamelles, avec la possibilité de détailler la chaîne opératoire, du galet de la Costière (sans doute choisi) à la lamelle (sans doute standardisée). La production lamellaire a fournit aux Magdaléniens des supports destinés aux armatures à ficher dans des sagaies en bois de rennes ou en bois dur, mais également à certains outils domestiques (récupération de sous-produits) et la part des lames allochtones supports d'outils varie selon la nature des gisements et la disponibilité en silex de bonne qualité.

À coté des armatures considérées comme des éléments de projectiles et destinées principalement aux activités cynégétiques, l'outillage dit du fonds commun (grattoirs, burins, perçoirs et pièces esquillées par exemple) peut être considéré comme l'équipement de base des Magdaléniens ayant permis de répondre notamment à certains besoins domestiques. Les supports de ces pièces peuvent provenir de lames allochtones apportées sur le site et/ou de sous-produits issus du débitage lamellaire comme les tablettes de ravivage ou certains enlèvements de recadrage des flancs. On a noté la transformation quasi-systématique (au Cres) ou plus marginale (à Montlleó, Belvis et aux Piles Loins) des tablettes de ravivage de plan de frappe en outils d'appoint permettant de compléter un équipement allochtone (le toolkit de Binford) qui accompagne les groupes. L'hypothèse d'une "trousse" formée de supports bruts, d'outils et de nucléus lamellaires encore productifs, accompagnant les déplacements des groupes est tout à fait envisageable.

 

En outre, il semble que la contrainte de la matière influence peu le choix des installations et le besoin de bon silex ont amené ces chasseurs à se déplacer plus ou moins loin. L'hypothèse d'une certaine économie des matériaux de bonne qualité dans un contexte pauvre en silex pour expliquer certains schémas de débitage doit être relativisée par la mise en évidence des mêmes modalités techniques sur des sites proches [la situation des Piles Loins semble avoir influencé les tailleurs magdaléniens à abandonner des nucléus âpres quelques échecs (réfléchissements)] ou éloignés des sources d'approvisionnement (Le Cres ou Belvis). Les épandages de galets de la Costière du Gard présentent de nombreux gélifracts de silex portant des surfaces de patine différentes et présentant une certaine diversité de facies lithologiques (terrasses rhodaniennes ou de la Durance et colluvions locales). Ces éclats permettent de contrôler directement la qualité de la matière et présentent une morphologie favorable à l'entame du débitage lamellaire en limitant les phases de mise en forme. On remarquera au sein de ces affleurements des matériaux de très bonne qualité, qui semblent avoir été ramassés préférentiellement.

Il est intéressant de noter aux Piles Lions, l'utilisation d'une matière première allochtone plus propice au débitage laminaire que le silex local issu de la surface villafranchienne. Il s'agit d'un silex en plaquette originaire vraisemblablement du bassin lacustre de Sommières.

 

 

En ce qui concerne la matière première, pour sa très large majorité elle est locale et même très locale. Elle provient des plateaux voisins de la Haute costière (Cheval Blanc) qui, à 500 mètres vers l’Ouest, dominent le site d’une trentaine de mètres de hauteur. Il s’agit d’un silex d’excellente qualité provenant des nappes alluviales du Pliocène terminal (formation de Surville III), d’affinité à la fois duranciennes et rhodaniennes due à la faille radiale dans ce Pliocène au niveau de Vauvert (qui n'a pas moins de 30 mètres : c'est cette faille qui détermine le compartiment de la Vistrenque, prolongement pur et simple du fossé de Pujaut où se voit bien l'effondrement local). La matière dominante est un silex "caramel" à blond, mais d’autres matériaux sont également présents, comme un silex gris marbré ou un silex noir.

 

Les Costières sont constituées de formations du Pliocène terminal, marin à la base (Plaisancien), puis lagunaires et enfin continentales et détritiques dans la partie sommitale (formation de Surville III). Inscrites dans cette séquence ancienne, et de part et d’autre de la ligne des "puechs", plusieurs nappes alluviales étagées témoignent des différents cours du Rhône depuis le Quaternaire ancien. À l’Ouest, au-delà du Rhône, les cailloutis duranciens de la Crau d’Arles ou d’Eyguières procèdent d’un système sensiblement contemporain des cailloutis de Surville III, les grands épandages "Villafranchiens" qui marquent la fin du remblaiement post-Pliocène marin. Au-delà du Gardon, les Costières se prolongent jusqu’à la dépression de Pujault par des dépôts à stratigraphie comparable, sinon identique, se terminant par une nappe caillouteuse puissante, affectée par une forte pédogenèse : plateau de Signargues, bois de Clary...

Le silex des Costières proprement dit témoigne d’une énorme diversité, normale quand on considère l’importance du bassin versant de ce gîte secondaire.

Pour l’essentiel (Costière et Crau) les cailloutis témoignent d’apports principalement duranciens, caractérisés, entre autre, par des galets de calcaires sublithographiques, gris clair, à dessins elliptiques de microfissures calcitiques. Les roches vertes ne sont pas exceptionnelles, renforçant le caractère durancien des dépôts. Les apports du Rhône, présents (quartzites alpins), restent relativement discrets au Sud, plus marqués au Nord, au-delà du Gardon (Signargues, Clary).

Selon les données pétrographiques disponibles, le silex représente environ 3% des cailloutis non altérés à dominance calcaire (63 à 61% en haute Costière) ; ce pourcentage est vraisemblablement accru par concentration des éléments siliceux, au sens large du terme (quartzites inclus), en rapport avec la puissante pédogenèse qui affecte les dépôts (au moins 10 m). Ces nappes anciennes livrent en quantité appréciable des galets de silex, de morphologie ovoïde et de dimensions allant de 25 à 10 cm, pour une moyenne de 12 à 15 cm. À l’inverse, les nappes spécifiquement rhodaniennes (terrasses de la zone nord des Costières, Vistrenque et basse vallée du Rhône) sont relativement pauvres en silex, mis à part quelques rares petits blocs de mauvaise qualité et quelques lydiennes plus ou moins propices à la taille.

Le silex de la Costière et des formations assimilées joue donc un rôle important dans le Paléolithique supérieur régional et, sans doute, au-delà du Languedoc oriental. Sa diffusion débute vraisemblablement dès le Paléolithique moyen (Moustérien).

Sa collecte présente un certain nombre d’avantages, qui n’ont pas dû laisser insensibles les populations du Paléolithique :

  • le néocortex d’alluvions, très typique, permet de le reconnaître très facilement, même entier, au sein des quartzites alpins qui représentent l’essentiel des galets siliceux résiduels de ces dépôts plio-pleistocènes ;
  • il est souvent en partie fracturé, offrant au tailleur un plan de frappe et souvent une arête permettant de démarrer le débitage sans préparation ;
  • il est relativement abondant et débarrassé de toute roche encaissante (en fait, il suffit de se baisser pour le ramasser.

 

Le silex des Costières se présente sous forme de galets plus ou moins ovoïdes, de dimensions variables de 5 à 25 cm, plus rarement 30 cm pour leurs plus grandes dimensions, qui restent exceptionnelles. Ce matériel est caractérisé par un néocortex alluvial typique, qui permet de le distinguer sans problèmes dans les séries lithiques du Languedoc-Roussillon. En Crau, un matériel comparable n’a pas été formellement identifié, au niveau du cortex du moins. Cette identité se trouve renforcée par l’absence ou l’extrême rareté de silex dans les alluvions des fleuves côtiers de cette région : Vidourle, Hérault, Orb, Aude, Agly, Têt et Tech. De même, les affluents languedociens en rive droite du Rhône livrent peu de silex, sauf peut-être l’Ardèche, reprenant des éléments aplatis de type plaquette, aisément identifiables.

Au Paléolithique et surtout au Magdalénien, "l’exportation" des matériaux "Costières" est reconnue largement au-delà des 200 km des gîtes supposés ou actuellement accessibles. En l’état actuel des travaux, le silex des Costières semble avoir été diffusé au Magdalénien jusque dans les zones de piémont pyrénéen (Belvis et les Conques). La question est de savoir si ce matériau a franchi la barrière pyrénéenne avec les Hommes, ou si les Pyrénées ont constitué à cette époque un obstacle, comme elles l’ont été pour certaines espèces animales, comme le renne. Si l’on admet une certaine rareté du silex de type "Costières" à l’Est du Rhône (Crau), ce dernier pourrait se révéler un excellent marqueur de contacts entre Languedoc et Provence, malgré le rôle supposé et admis du Rhône comme barrière culturelle après le Gravettien. Il ressort de cette première analyse un courant original, fort, de direction Est–Ouest, sans doute encore sous-estimé. Sauf, peut être, pour les Piles Loins, un courant réciproque n’est pas encore établi.

 

Les Costières du Gard au sens large furent une source d’approvisionnement en roche dure siliceuse au Paléolithique en Languedoc. On note cependant quelques matières exogènes, principalement du silex lacustre qui évoque Collorgues Aubussargues mais également quelques rares pièces du silex de Salinelles et du Cénomanien de l’Uzège. La présence d’un silex à charophytes de Bages-Sigean (Aude) demande à être confirmée. Elle impliquerait un courant Ouest-Est inattendu.

On notera la direction Est-Ouest de la diffusion des silex de la Costière du Gard, présents au Cres et a Gazel qui illustre la complexité dans la gestion des territoires au sein du Magdalénien. D’ailleurs, en complément du silex qui domine largement les spectres lithologiques, les Magdaléniens ont également testé voire exploité différents types de roches locales. Au Cres et aux Piles Loins, des quartzs et des quartzites locaux provenant dans un cas des terrasses de l'Orb et, dans l'autre des affleurements de la Costière, ont été exploités. Ces données illustrent un comportement d'adaptation des Magdaléniens et une certaine connaissance de la diversité pétrographique autour du site. Aux Piles Loins, l'exploitation d'autres roches pour le débitage représenté par de rares éléments en quartz mais, dans le cas des structures de combustion réalisées avec des galets de la Costière, il semble qu'un type de quartzite particulier ait été choisi selon certains modules et des critères de qualité thermique.

 

L'industrie des Piles Loins diffère assez nettement de l'Aurignacien des cavités du Gardon plus lamellaire et plus classique.

Elle n'est pas isolée en Costière où d'autres stations ont pu être repérées, en particulier sur la commune de Beauvoisin.

La station de la Cote 63 est située en bordure de l'ancien chemin de Vauvert à Beauvoisin à proximité de la limite de ces deux communes. Elle a livré une petite quantité d'outillage et un grand nombre de déchets de tailles présentant de grandes analogies avec ceux de la station des Piles Loins : utilisation du même silex en plaquette, mode de débitage semblable.

L'outillage comprend essentiellement, un grattoir sur lame aurignacienne, un fragment de lame étranglée, quelques lames retouchées dont certaines présentent la retouche aurignacienne, quelques burins d'angles sur cassure, des grattoirs sur bout de lame et quelques grattoirs carénés atypiques.

Malgré le petit nombre de pièces recueillies, la station de la Cote 63 peut être attribuée au même complexe industriel que celui des Piles Loins : la présence d'une lame étranglée, de lames aurignaciennes, de grattoirs carénés, ainsi que l'utilisation de la même matière première allochtone plaident nettement en faveur de cette conclusion.

 

Les stations du Plaisir à Beauvoisin et de la Cote 63 pourraient être des stations secondaires, voire de simples haltes de chasses, l'habitat principal étant constitué par la station des Piles Loins. Sur les flancs du Puech du Plaisir, une industrie moustéroïde a été recueillie. L'industrie peu abondante est taillée sur silex et sur calcaire. La position géomorphologique de cette station par rapport à celle de la Combe Janet permet de la dater du Riss (-200 000). À quelques centaines de mètres au Nord-Est de la Cote 63 une petite station a fourni un matériel comparable. La station du Plaisir, très pauvre, se caractérise par la même utilisation d'un silex en plaquette et un grand nombre de déchets de taille tout à fait comparables à ceux de la Cote 63 et des Piles Loins. Les outils y sont malheureusement très rares : un grattoir caréné denticulé et une lame retouchée. Les trois stations décrites ci-dessus appartiennent vraisemblablement au même complexe industriel ; l'outillage semble, de plus, être de la même main.

 

 

Une étude préliminaire de l'industrie des Piles Loins et sa comparaison avec l'industrie aurignacienne de la Vallée du Gardon (Salpêtrière en particulier) a montré l'existence de différence importante : on s'aperçoit par exemple que l'industrie des Grottes du Gardon a un faciès plus laminaire que celle de Vauvert.

L'explication des différences entre industries de plein air et industries en cavité karstique doit pouvoir être recherchée non seulement dans la chronologie, mais aussi dans les phénomènes paléoclimatiques et par conséquent écologiques. Il apparaît, en effet, que l'adaptation de l'outil au milieu naturel, et aux exigences écologiques, semble avoir pu conditionner d'importantes variations typologiques, voire techniques.

 

La série des Piles Loins est dominée par les lamelles à dos (40,8 %), dont des lamelles à dos tronquées (10,4 %), et les burins (18,4 %) qui supplantent largement les grattoirs (7,2 %) ; elle se complète par des troncatures (6,4 %), des lames retouchées (6,4 %) et un lot d’outils dits "archaïques" (9,6 %), sans raclettes. D’un point de vue quantitatif, les trois grands types de support que sont les lames, les lamelles et les éclats sont représentés dans cette série de façon relativement comparable. On note deux grands types de lames :

  • des grandes lames corticales ou semi-corticales correspondant aux séquences de mise en forme de galets de la Costière de grand module. Ces pièces montrent qu’une partie des galets, ramassés sur le gîte tout proche, ont été apportés et mis en forme sur le site. Certaines d’entre elles, cependant, ont pu être réalisées sur le gîte même (plateau de Cheval Blanc) et ramenées sur le site pour être retouchées ou transformées en outils ;
  • l’autre type de lames correspond à des produits issus d’un plein débitage (pièces non corticales, nervures rectilignes et parallèles à l’axe de débitage), vraisemblablement choisis pour être transformés en outils (grattoirs, burins). Ces lames ne semblent par avoir été produites sur place ; aucun nucléus à lames n’a été retrouvé dans le secteur fouillé. L’hypothèse d’une réduction des nucléus à lames vers les lamelles reste peu probable en l’absence de pièces d’entretien d’un débitage laminaire.

 

Parmi les pièces "lamino-lamellaires" et les lamelles brutes, on constate une assez forte représentation des produits de flanc liés au débitage. Certains de ces produits ont été transformés en outils. Un autre groupe correspond à des produits de plein débitage, parmi lesquels se trouvent des pièces brutes et des lamelles retouchées, le plus souvent transformées en lamelles à dos de différents types. L’ensemble formé par les produits "lamino-lamellaires" et les lamelles, bruts ou retouchés, résulte d’une production sur place. La totalité de la chaîne opératoire est présente sur le site, depuis les pièces d’entame jusqu’aux nucléus résiduels en passant par les produits d’entretien (nombreuses crêtes, néocrêtes, sous-crêtes, tablettes de ravivage, pièces de nettoyage des accidents…) et de plein débitage.

On remarquera également une part assez importante de pièces aux caractéristiques évoquant des "chutes de burin", sans doute à mettre en relation avec un type de débitage particulier.

Les éclats sont représentés par différents types de produits et l’une des caractéristiques du site réside dans la présence importante de pièces corticales appuyant l’idée d’une chaîne de production lamellaire non segmentée. Si une part importante des éclats peut être associée avec le débitage de lamelles, la possibilité d’un apport sur le site de certaines pièces demeure envisageable. Certains de ces éclats ont été transformés en outils (pièces esquillées, burins) ou utilisés bruts.

Le débitage lamellaire, et c’est sans doute une originalité du gisement, est abondant, voire très abondant, matérialisé par des nucléus (90 nucléus définis et 5 atypiques ou cassons sur 4 065 objets enregistrés, toutes catégories confondues) mais également par des pièces techniques (crêtes, tablettes…) et de nombreuses lamelles brutes et retouchées. Les nucléus aux dimensions réduites sont débités à partir de blocs de petite taille (choix ?). La plupart sont unipolaires, très cintrés par des lamelles, voire des éclats de flanc, et ce de façon presque systématique. Le débitage demeure ainsi très cintré jusqu’à l’abandon des nucléus et se développe selon un recul frontal de la table par le biais d’une exploitation enveloppante ou semi-enveloppante. L’abrasion est assez fréquente. La cause principale d’abandon reste liée à des accidents, en l’occurrence des réfléchissements, qui ont détruit la table (ou l’angulation du plan de frappe) en la rendant concave. Une tentative d’exploitation par l’ouverture d’un deuxième plan de frappe opposé est rarement couronnée de succès. Les produits obtenus sont des lamelles rectilignes, assez épaisses, peu représentées sur le site ; l’hypothèse d’une exportation de ces produits reste à être confirmée mais demeure cependant très séduisante. Non loin de là, le site nîmois de Mayan dans la vallée du Vistre, où l’industrie est limitée aux abondantes lamelles à dos (parfois tronquées) et aux burins et dont le débitage correspondant n’est pas attesté sur place, pourrait conforter ce point de vue. Au Magdalénien, le silex des Costières semble connaître son expansion maximale, avec, dès la phase ancienne, une exploitation intensive, et sans doute l’exportation de pièces lamellaires supports, à partir du site des Piles Loins.

On soulignera également la pratique du débitage sur "tranche d’éclat" ou sur "chant d’éclat" (nucléus sur éclat "buriniformes"), technique bien connue dans la phase ancienne/moyenne du Magdalénien languedocien, en particulier au Bois des Brousses, et bien mise en évidence au Crès à Béziers.

Un débitage microlamellaire n’est pas attesté dans la zone fouillée, mais plusieurs grattoirs-nucléus carénés des récoltes de surface pourraient témoigner de ce mode de débitage sur le site.

Les grattoirs dominent nettement le reste de l'outillage ; les grattoirs sur lames sont particulièrement abondants ; on note des grattoirs-burins, un grattoir sur lame tronquée, un grattoir ogival. Les grattoirs carénés sont peu nombreux et la plupart du temps peu typiques, passant souvent au type nucléiforme. Les burins sont nettement moins nombreux que les grattoirs, il s'agit surtout de burins d'angles sur cassure. Quelques belles lames épaisses à retouches aurignaciennes ainsi qu'un fragment de lame étranglée ont été recueillies. Les outils de type moustérien (racloirs denticulés) sont abondants et donnent à l'industrie des Piles Loins un petit caractère archaïque.

 

Nous signalerons enfin plusieurs blocs de silex fracturés, non débités, et quelques galets entiers à l’exception d’un ou deux enlèvements limités, comme si on avait voulu tester la qualité du silex. L’intention d’apporter sur le site une matière non transformée semble probante.

 

 

Vers -10 000, un réchauffement du climat va modifier de façon radicale le paysage. La forêt reprend ses droits, les grands troupeaux d'herbivores, rennes et chevaux migrent vers le Nord, laissant la place à des espèces vivant en petits groupes dans les forêts comme le cerf, le chevreuil et le sanglier.

Le secteur paléo2 de La Condamine a livré une occupation mésolithique, non fouillée sachant que les vestiges de cette période sont très rares dans la région et peu de documentation existe pour effectuer des comparaisons. De façon exceptionnelle, nous connaissons bien cette période en Costière méridionale avec le site du Plaisir, aux confins de Vauvert et de Beauvoisin (à rapprocher du Mas de Mayan situé dans la vallée du Vistre à seulement une dizaine de kilomètres). Là, à l'abri d'un fragile surplomb de sable grésifié, un groupe lié à la culture du Montadien provençal (de lignée valorguienne) a vécu il y a 10 000 ans et même enterré ses morts vers -6 500. Pour des raisons encore ignorées (épidémies ?) huit individus au moins ont été inhumés au plus profond de l'abri, dans l’hypogée du Roc des Camps, creusé dans l'Astien.

 

 

Un "village" néolithique existait (malheureusement détruit par la charrue) à Valliarnaude (structure en galets, la plupart éclatés par le feu, datée de -3 570 soit une phase ancienne du Néolithique moyen), un autre habitat du Néolithique final existait également au cœur même de Vauvert sur la colline du Castellas. La haute Costière reste alors peu fréquentée, recouverte sans doute de forêts assez denses où domine le chêne blanc. Un autre gisement du Néolithique final (-3 000 à -2 000) a été découvert sur le site de la Condamine (fosses-silos, avec mobilier qui est situé dans l’intervalle Ferrières et Fontbouïsse), zone d’extension du nouveau Vauvert. Dans le site de la Condamine VII, nous observons quatorze structures en creux (deux sépultures et douze fosses) en creux néolithiques. Le mobilier récolté ainsi que l’analyse du comblement de certaines structures ont permis une attribution au néolithique final. Il s’agissait d’un établissement de pasteurs, mais pratiquant aussi une agriculture céréalière : peuplement d’éleveurs (chèvres, moutons et bœufs) assez conséquent et dont l’habitat principal reste à découvrir. Éleveurs, agriculteurs mais aussi pécheurs, ces populations fréquentaient les rives des étangs de Petite Camargue qui, à l’époque, ne formaient qu’une seule et même lagune en communication avec la mer. Ils pouvaient y pêcher des daurades de belle taille et s’alimenter en coquillage (moules).

 

L’importance de l’établissement est suggérée par la découverte de plusieurs sépultures, dont une double, qui attestent d’une certaine pérennité du site. Concernant la sépulture SP 2006 constituée d’une architecture de terre cuite, le squelette du défunt était situé au-dessus des os d’un mammifère qualifié de bœuf : on notera la présence d’une banquette qui repose sur certaines parties de l’individu et du bœuf.

La sépulture SP2121, de forme apparemment circulaire avec un diamètre compris entre 0,95 m et 1 m, comporte des parois verticales voire rentrantes de 0,60 m de profondeur. La sépulture a été installée dans une fosse, déjà en partie colmatée avant le dépôt du mort. En effet, le défunt n’est pas disposé sur le fond de la fosse mais sur un sédiment charbonneux qui surmonte une couche de substrat remanié. Le sujet repose sur le côté droit en position fléchie, la tête au Sud-Est, les pieds au Nord-Ouest. Les membres supérieurs sont fléchis, main gauche repliée en avant du thorax. La main droite devait se trouver au niveau du crâne. Les membres inférieurs sont repliés en avant du tronc. Il y a un coffrage formé d’une dalle subhorizontale (grès calcaire, il peut être prélevé du substrat pliocène autour du site ; il vient du Nord-Est du site) retrouvée au-dessus du squelette, posée sur deux blocs (calcaire fin ou froid, qui correspond soit au Crétacé ou au Jurassique ; ils viennent de plusieurs kilomètres) qui se sont effondrés sur les os, au niveau des pieds et du thorax. Quelques disjonctions des articulations (au niveau du coude gauche, de la main gauche, des chevilles) confirment une décomposition en espace vide (les os ont bougé en dehors du volume du corps). Certains déplacements pourraient s’expliquer par un affaissement lié à la disparition d’un élément en matériau périssable situé sous le corps (effet "d’espace vide secondaire"). Dans le même temps, on a des indices de colmatage rapide de certaines parties du volume de corps (thorax) car certains os sont en équilibre instable (ils auraient dû normalement tomber, mais ils ont été retenus par la terre). C’est le cas des clavicules, de la mandibule. La disposition des côtes témoigne d’une mise à plat incomplète du volume thoracique (le volume est partiellement préservé). Le maintien en équilibre instable du fémur gauche est plus difficile à expliquer dans la mesure où le coxal gauche n’a pas été retrouvé. Il pourrait avoir été prélevé après décomposition du corps, alors que la sépulture était déjà en partie colmatée. Le crâne non retrouvé pourrait également avoir été prélevé.

 

 

La fin de la Préhistoire et la Protohistoire restent mal connues sur Vauvert et le Sud de la Costière en général. L'âge du bronze est attesté par la découverte ancienne (1851) d’un lot de 38 haches en bronze à proximité de la métairie de Fontieulle. Cet ensemble remarquable, daté de -1 500, correspond à une cachette d’un colporteur qui, pour une raison indéterminée, n’a pu venir reprendre sa marchandise.

L’opération de la fouille préventive de la Condamine VII décèle des occupations de l’âge du fer probablement du -Vè. En total, trois fosses protohistoriques ont été dénombré à savoir. Toutes ces fosses ont livré une abondante céramique, qui par leurs formes datent entre -500 et -475. En outre, un vase à cuire non tourné, de la vaisselle de table, beaucoup de céramique grise monochrome ont été récolté. On ajoute à ces derniers quatre vases attiques, peu d’amphore massaliote et étrusque, ainsi que des fragments de meule, plusieurs fragments de mortier peint étrusque et beaucoup de fragments de terre rubéfiée. Pour ce qui concerne les mobiliers métalliques on a six fibules, deux épingles, un anneau, une bague fragmentée de bracelet : tous les mobiliers étaient en bronze. Puis on a aussi des os de faunes et beaucoup de charbon.

Si l’on recense un point d’occupation du Ier Age du Fer à La Malgue, l’essentiel de l’occupation protohistorique se tenait plusieurs kilomètres en amont, autour de l’agglomération lagunaire du Cailar, riveraine du Vistre en son point de rupture de charge.

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